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LE CORRE Aurélie Ensemble Eostiged ar Stangala Kerfeunteun – Quimper 2013


Remerciements

Je remercie tout d’abord tous les membres des Eostiged de m’avoir permis de les représenter à cette élection et espère les rendre fiers.

Un grand merci également aux personnes ayant répondu à mon appel à témoignage : Jean-Michel Le Viol, Dan ar Braz, Viviane Hélias, Raymond Le Lann, et Mme Mevellec.

Pour leurs connaissances en matière de costumes, et leur aide indéniable sur les travaux de mon costume, je remercie Karine Dorval, Mathias Ouvrard et Paul Balbous. Je joins ces remerciements à ceux dédiés à ma grand-mère et ma mère, pour le prêt du costume de mon arrière-grand-mère.

Je remercie tout particulièrement Mélanie Larboulette, Camille Guyot Stéphanie Blivet, Matthieu Bourdin et Isabelle Quintin pour la relecture et les corrections pertinentes apportées au dossier ; merci également à Goulwen Drevillon et Justine Bernard pour le montage de la vidéo.

Enfin, pour leur soutien et leurs conseils, je remercie tous les membres de ma famille et mes amis, qui ont, de près ou de loin, participé à l’écriture de ce dossier et à la préparation du week-end du Cornouaille.

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Sommaire Introduction .........................................................................................3

I.

Evolution des grands rendez-vous du festival ...................... 4 1.

La Reine de Cornouaille ........................................................................................... 4

2.

Les spectacles ............................................................................................................ 6 Valorisation de la culture bretonne............................................................... 6 

II.

Ouverture à d’autres cultures ...................................................................... 10

3.

L’apprentissage des danses................................................................................... 12

4.

Présentations de costume ..................................................................................... 14

Collectage et histoire .................................................. 16 1.

Du défilé … ................................................................................................................ 16

2.

… à la messe ….......................................................................................................... 17

3.

… en passant par l’animation … ........................................................................... 17

4.

… et les spectacles. ................................................................................................. 19

Conclusion ......................................................................................... 20

Mademoiselle Annie Maréchal, de Penmarc’h, et ses demoiselles d’honneur Reine 1956 2


Introduction Le Cornouaille Quimper, encore connu sous le nom de Festival de Cornouaille, a déjà fait ses preuves en tant qu’exposition de la culture bretonne. Il fête en effet ses 90èmes printemps cette année. A cette occasion, et pour illustrer ma présentation en tant que prétendante au titre de Reine de Cornouaille, j’ai choisi de consacrer mon dossier à ce festival qui réchauffe mes étés depuis que je suis née. En ce mois de juillet 2013, le cœur des festivaliers va donc battre au son du 90ème anniversaire du festival quimpérois. Créé en 1923 par Louis Le Bourhis à l’occasion de l’inauguration de son cinéma, l’Odet Palace, il y a, en réalité, eu 76 éditions de l’évènement. Marqué par la guerre et autres affaires directement liées au festival, les éditions de 1931 à 1933, celles de 1935 et 1936, ainsi que celles de 1938 à 1946 n’ont pas eu lieu. C’est donc bien l’anniversaire de la fondation du festival que nous fêtons cette année. D’abord Fêtes des Reines, puis Grandes Fêtes de Cornouaille, Festival de Cornouaille et enfin Cornouaille Quimper, le rendez-vous est pris chaque année en fin juillet, et ce depuis 1926. Se voulant festival populaire de la culture bretonne, il accueille chaque année plusieurs milliers de personnes. Ouvert aussi bien aux connaisseurs qu’aux novices, il se veut désormais vitrine des arts populaires du monde entier. Ce dossier ne va pas reprendre l’historique année par année de la fête. Ne voulant pas réécrire le livre, Cornouaille, De Fêtes en Festival à Quimper, paru en 2010, je vais tenter de montrer comment les grands rendez-vous du festival ont évolué, ainsi que l’adaptation de la fête à la société moderne et sa ville de Quimper. Enfin, à travers le collectage de témoignages de personnes proches du festival, je vais vous montrer de quelle manière il reste ancré dans la vie des festivaliers d’hier et d’aujourd’hui.

Logo dessiné pour le 90ème anniversaire du Cornouaille Quimper

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I.

Evolution des grands rendez-vous du festival De 1923 à aujourd’hui, les temps forts du festival ne sont pas si différents

que l’on pourrait croire. L’élection de la Reine, les spectacles présentés, l’apprentissage des danses ainsi que la présentation de costumes ou encore les conférences de l’université d’été, marquent chaque année la semaine du festival. Tous ces rendez-vous tant attendus évoluent et s’améliorent grâce au travail du comité mais aussi des bénévoles et partenaires, très nombreux à s’impliquer chaque année.

1.

La Reine de Cornouaille

La première édition, qui se déroule le dimanche 30 septembre 1923, est bien sûr l’occasion d’élire la Reine des Reines. Marie Guirriec, élue par ses consœurs, reines des différents pays de Cornouaille, incarne alors un modèle du port de costume, de l’élégance et de la tradition bretonne. Depuis, 75 jeunes filles se sont succédées au titre de Reine de Cornouaille et ont eu l’occasion de représenter leur terroir dans de nombreuses manifestations locales, mais aussi hors de la région et même à l’étranger. Jusqu’en 1948, les reines étaient élues par un scrutin qui se déroulait entre les différentes reines des terroirs de la Cornouaille. Monique Jacq, de Plougastel Daoulas, plus jeune prétendante de l’année 1948, est élue à l’âge de seulement 16 ans. L’élection d’une si jeune fille a provoqué la fureur du clergé de l’époque. Aussi, l’année suivante un jury sera mis en place. En 1949, c’est donc ce dernier qui décerne le titre de Reine de Cornouaille, et Marinette Viennot, de Chateaulin, est élue parmi une centaine de candidates. Si auparavant les candidates étaient ambassadrices de terroirs, fêtes ou amicales, elles représentent désormais leurs cercles celtiques et seule une vingtaine de jeunes filles participe à l’élection. Depuis 1994, un dossier portant sur un sujet de leur choix, mais en rapport avec la culture bretonne sert de nouveau critère de jugement pour élire non pas la reine de beauté mais celle qui saura, à travers son port de costume et sa présentation tant physique qu’intellectuelle représenter la Cornouaille.

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Le 24 juillet 2011, Emeline Le Du est élue Reine de Cornouaille au balcon du musée breton, face à la foule, agglutinée le long des quais. L’ouverture en plein air de ce moment important du festival montre combien les festivaliers se prennent au jeu de cette élection. Les Quimpérois en particulier attachent une très grande importance au dimanche après-midi et notamment à l’élection de la reine. Il est vrai que l’on entend souvent dans les rues « Qui est la nouvelle reine ? », « Vous savez qui a été élue ? » … Le jury est composé de personnes minutieusement choisies, qui ont de grandes connaissances en matière de costumes traditionnels mais aussi de la culture bretonne en général. Autrefois, la reine était accompagnée de quatre demoiselles, et à l’occasion du 90ème anniversaire, cette tradition est remise en place. Cela donnera alors l’occasion à cinq jeunes filles d’être élues, et de voir l’aboutissement de plusieurs mois de travail, tant au niveau des recherches et de l’écriture du dossier, qu’au niveau du travail sur le costume porté le week-end du Cornouaille.

Mademoiselle Diane Soubigou, Reine de Cornouaille 2012. Photo : Ouest France

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2.

Les spectacles  Valorisation de la culture bretonne

D’un jour de fête, le festival est passé jusqu’à dix jours d’animations (en 2004). Aujourd’hui, le festival c’est 200 000 personnes, plus de 1 000 bénévoles et près de 3 000 artistes sur scène, prêts à partager leur amour de la culture. Ce sont des journées où danses et musiques résonnent aux quatre coins de la ville. En effet, pendant la semaine du festival, de nombreuses animations sont mises en place pour valoriser la culture bretonne et la faire connaître aux passants. « Il se passe quelque chose toutes les 1/2 heures, de 10 heures à 2 heures du matin », archives du site internet du festival de l’année 2003. Depuis cette année 2003, et l’animation « Tous aux Quais », où les arts se sont adaptés à la rue, les après-midis du festival sont rythmées par des animations dans la rue du Parc. S’enchaînent alors des initiations aux jeux bretons, des présentations et démonstrations de métiers d’autrefois, des défilés de chevaux, ainsi que des animations de musique bretonne par le Bagad Festival créé en 2006 et de danses par K-Dañs, le cercle du festival, crée en 2011. J’ai notamment participé à l’édition 2012.

Animation des quais par K-Dañs, le cercle crée pour le festival, juillet 2012 6


Mettant en avant son exposition des arts populaires, le festival présente de nombreux spectacles d’amateurs. C’est notamment le cas du grand défilé qui permet à plus de 3 000 danseurs et musiciens de partager airs et danses tant aimés. Le festival, c’est aussi l’occasion de se mesurer entre pointures de la musique ou de la danse. Les concours organisés par la BAS 1 récompensent les meilleurs chanteurs et musiciens. Le trophée Hervé Le Meur et celui de la Plume de Paon sont remis aux meilleurs couples Koz et Braz depuis 1958. Le concours de danse traditionnelle du samedi après-midi permet également aux danseurs de se confronter entre autre sur de la gavotte glazig. Danseuse depuis de nombreuses années, j’ai moi-même participé et gagné ce concours. L’Abaden Veur2 permet aussi aux meilleurs cercles de Kendalc’h et War’l Leur de présenter une dizaine de minutes de leur création de l’année et ainsi au meilleur de remporter le trophée Gradlon. Enfin, pour animer le défilé, le « trophée défilé » bagad et cercle récompense les ensembles les plus enjoués. Ceci renoue avec la tradition des années 1960 : les prix de présentation étaient décernés aux meilleurs groupes et bagadoù. Le Cornouaille est une véritable tribune pour les confédérations : les concours Dañs pour Kendalc’h et Lagad Tan, devenu Kement Tu pour War’l Leur organisés en partenariat avec le festival depuis respectivement 2004 et 2003 permettent aux confédérations de participer à l’écriture d’une page du festival. De

plus,

depuis désormais

plusieurs

années, la finale du concours de 3ème catégorie du

championnat

national

des

bagadoù

est

organisée pendant le Cornouaille. Affiche Dañs Excellañs, 2012 1

Bodadeg Ar Sonerion, assemblée de sonneurs qui fédère sonneurs et bagadoù de Bretagne et d’ailleurs 2 Spectacle du dimanche après-midi

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En plus d’être une tribune pour les confédérations, le festival l’est aussi pour les groupes, cercles et bagadoù. Les anniversaires de War’l Leur et Kendalc’h sont ainsi fêtés : - « War'l Leur, la fédération des cercles celtiques, célèbre 30 années de succès croissant au festival de Cornouaille avec "Kalon an dans". Annie Ebrel conte en cinq tableaux l'histoire de la danse bretonne depuis les origines, de la danse communautaire avant la Première Guerre mondiale aux évolutions chorégraphiques contemporaines. Avec son impressionnante batterie de cornemuses, de bombardes et de percussions, le Bagad Kemper, une des toutes premières formations musicales de la région, exprime toute la force actuelle de la tradition et fait souffler à Quimper toute l'âme de la Bretagne. » site internet du festival 1997 - Kendalc’h, à l’occasion de ses 50 ans présente « Danses entre Chien et Loup ». « Ce spectacle met en scène des thèmes récurrents dans la danse : normalité, ordre, communauté, action, émotion ... et leurs contraires. Patrick Jéhanno traite de tous ces thèmes dans une chorégraphie qui utilise la danse traditionnelle bretonne. Le parti pris musical est l’illustration des confrontations exprimées par les danseurs au travers des confrontations entre les rythmes, les modes et les instruments. Les musiciens rassemblés pour ce spectacle sont d’une part des musiciens traditionnels et d’autre part des créateurs impliqués dans la dynamique culturelle actuelle. Patrick Jéhanno résume brièvement le spectacle : "Le jour et la nuit se disputent-ils vraiment le temps ? Ne font-ils pas partie d’une même réalité à l’image d’une Bretagne nuancée, diverse et mettant le cap vers un autre millénaire. A l’ouest !" » site internet du festival 2000

Kalon an Dans, spectacle du 30ème anniversaire de War’l Leur

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Le festival permet aussi aux groupes de se lancer en solo et de présenter de nouvelles créations. L’ensemble Eostiged ar Stangala de Kerfeunteun dévoile ainsi son spectacle d’1h30 intitulé Breizh Side Storiou en 2007. En 2012, c’est Tud Fiction qui est joué au Théâtre de Cornouaille. En 2004, le Bagad Kemper présente « Sud-Ar Su ».

Tud Fiction par l’ensemble Eostiged ar Stangala

Pour des grandes occasions (anniversaires, réunions d’artistes), le festival passe parfois commande de spectacle, ou créé des rencontres entre plusieurs expressions de la culture bretonne. Récemment, Heol (dont j’ai fait partie), retrace l’histoire d’un siècle de vie culturelle bretonne. En 2005, le festival crée SPERED, la Bretagne se met en scène. « Ce grand spectacle-création met en scène les ensembles de Spézet, Kerfeunteun et Pont l’Abbé ainsi que le bagad Cap Caval, formations parmi les meilleures de Bretagne. Nolwenn Korbell et l’ensemble Mouezh Paotred Breizh intègrent également ce spectacle. Ils feront une démonstration de la vitalité de la culture bretonne tant du point de vue chorégraphique que de l’harmonisation musicale. A la fin de XIXe siècle, nombre de musiciens, écrivains, peintres,…en mal d’inspiration, trouvent dans les sociétés traditionnelles le moyen de régénérer leurs domaines artistiques.

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La Bretagne n’échappe pas à cette mode…..Aujourd’hui, dépassant ces clichés pittoresques, elle trouve dans notre époque les chemins de son renouveau sans compromettre son essence, son esprit… Les 300 artistes réunis pour SPERED vous montreront l’alchimie entre la tradition et la modernité. » site internet du festival 2005 En 2003, le spectacle du 80e anniversaire, L’héritage d’une culture évoque la mémoire du Festival de Cornouaille à travers la danse, la musique et les images. Il est présenté deux années consécutives. « Près de 200 artistes, musiciens et danseurs, mis en scène pour célébrer l’anniversaire de cette fête d’un jour devenue Festival. Des images d’exception, des films rares et surprenants de 1923 à nos jours, projetés sur écrans géants pour la première fois en public sur le site de la Résistance, témoins de l’histoire du Festival ! » site internet du festival 2003 En dehors des amateurs, il y a bien évidemment les professionnels du spectacle qui proposent chaque année des créations et des concerts de haute qualité. Le plus Quimpérois d’entre eux, Dan ar Braz, meneur de l’Héritage des Celtes en 1993 fait figure d’habitué. Des groupes d’artistes locaux sont même reconnus têtes d’affiche. Aussi le festival montre une autre facette de ses points forts : découvreur de talents.  Ouverture à d’autres cultures Dès 1948, le festival s’ouvre aux cultures celtes et la première nation invitée est l’Ecosse. Depuis, bon nombre de nationalités ont dansé sur les pavés de la rue Kéréon. Chef-lieu des arts et traditions populaires, le festival ouvre ses portes aux artistes d’inspiration celte. Depuis de nombreuses années, un groupe de banda gaitas (ensemble de cornemuses de Galice), ou autre groupe celte est invité pour animer la ville pendant la semaine. Un point d’orgue est mis sur cette ouverture aux autres cultures en 2005 avec les Européades. Le spectacle d’ouverture du jeudi 21 juillet 2005 nécessite pas moins de 6 scènes pour accueillir cette cérémonie monumentale dans l’enceinte du Stade de Penvillers : « les 4 500 danseurs et musiciens venus de toute l’Europe, dignes représentants de leurs cultures, donnent le départ pour quatre jours de fête dans un spectacle haut en couleurs. » site

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internet du festival 2005. Le samedi, un grand bal de l’Europe est donné et le dimanche, les festivaliers assistent à la grande parade.

Européades 2005

Les invités de renommée internationale ayant pour racine des musiques celtes ou folk marquent chaque année les spectacles du soir. Je me souviens de James Blunt, qui avait mis le feu à l’espace Gradlon. Encore une fois, le festival prouve son ancrage dans les arts et traditions populaires en ouvrant ses portes aux artistes bretons, mais aussi internationaux.

James Blunt lors de son concert à l’espace Gradlon, juillet 2011. Photo : An Tour Tan

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3.

L’apprentissage des danses

A l’origine, l’atelier d’initiation de danse a été mis en place par Loiz Ropars. Cette séance d’initiation apprenait les bases de la danse bretonne pour que les débutants puissent participer et danser sur les musiques proposées par les Sonerien Du, à l’occasion du fest-noz du mardi soir. En effet, il était de tradition dans les années 70 que les « Du » animent le fest-noz qui avait lieu le mardi du festival, place de Locmaria, devant l’église. Plus tard, l’apprentissage des danses était réservé aux stagiaires de l’université d’été, qui logeaient à l’IUT1. Marie Christine Rioual, Sylvie Bellouard et Raymond Le Lann ont ensuite pris le relais, et l’activité se développe et prend place dans les jardins de l’évêché. Vivianne Hélias, alors responsable du site, rejoint tout naturellement l’équipe d’animateurs. L’initiation passe d’une seule séance dans la semaine à une séance quotidienne, du lundi au vendredi, de 15h à 17h. Seuls les adultes sont pour l’instant concernés par cet apprentissage des danses. Il y a environ 20 ans, la fédération War’l Leur met à disposition du festival ses permanents, Alan Pierre, et plus tard Thierry Riou, qui rejoignent ainsi l’équipe des formateurs. Sur la semaine, l’équipe essaie de faire progresser les participants en proposant des danses différentes tous les jours, et en révisant celles de la veille. Ainsi, un tour des terroirs de Bretagne est proposé pour montrer la diversité des formes de danse qui existent : rondes, chaines, danses en couple, en quadrette, … Depuis quelques années, une initiation est proposée aux plus jeunes. Suite à une demande des festivaliers, une séance de 45 minutes d’apprentissage pour les enfants a été mise en place avant la séance pour « les grands ». Le répertoire est

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Institut Universitaire et Technologique

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bien sûr quelque peu différent, adapté à l’âge des enfants, mais toujours basé sur des danses bretonnes ; les danses jeux. L’accompagnement musical a lui aussi évolué. À présent, des musiciens participent aux séances d’initiation afin de présenter les instruments typiques tels que la bombarde et le biniou. De plus, les animateurs font chanter les personnes, et ont ainsi noté une meilleure participation et un côté plus festif et chaleureux donné à l’animation. Cette ambiance sympathique et conviviale fait que l’on retrouve les mêmes personnes d’une année sur l’autre, nous confie Raymond Le Lann. Les festivaliers viennent rechercher cette ambiance de fête et de partage de la culture. Plusieurs témoignages montrent d’ailleurs que ces séances ont donné envie à des festivaliers d’intégrer un cercle celtique à Quimper, aux alentours ou même des groupes hors Bretagne. Ces ateliers rassemblent entre 150 et 200 personnes par jour, et environ 80 à 100 enfants. Toutes ces personnes ont du plaisir à découvrir le répertoire breton, il suffit de regarder, et voir les sourires sur les visages quand elles ont réussi à exécuter le pas ! Certains centres de loisirs de Quimper et alentours font même des réservations pour être sûrs d’avoir de la place sur l’esplanade Saint Corentin ! Les plus aguerris peuvent aussi prendre part à des stages plus techniques, permettant aux amoureux de la danse de découvrir différents terroirs en compagnie d’experts reconnus (permanents, collecteurs, …).

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4.

Présentations de costume

La présentation de costume est née dans les années 85. La première a lieu dans l’auditorium de la Tour d’Auvergne. Elle est organisée et présentée par Raymond Le Lann. Le but est de faire connaitre aux festivaliers une des facettes importantes de notre tradition : le costume traditionnel breton. Pour rendre plus vivant cette présentation, les costumes sont portés par des modèles issus de groupes finistériens et suivant les années, des groupes hors département. L’objectif est de montrer l’évolution du costume traditionnel, illustration d’une partie historique de notre tradition. Il est montré l’évolution dans le temps, la richesse des costumes et leur place dans la société car le costume permet aussi de situer le rang social de la personne qui le porte, c’est une sorte de carte d’identité. Si cette présentation se veut pédagogique, elle n’en porte pas moins la notion de spectacle vivant, grâce à l’investissement de « modèles vivants », recréant des petites scénettes, ou arborant des costumes de travail, de cérémonie, et même des pièces non visible dans les groupes. C’est donc pour eux une occasion de montrer et partager le fruit des recherches et du collectage, permettant de présenter des pièces authentiques ou leurs reconstitutions. Au départ, la présentation de costume était conçue pour n’être qu’un moment de passage pour les spectateurs ; histoire d’admirer un ou deux costumes. Mais les gens s’y installaient et y restaient la présentation complète, soit deux heures de spectacle. Même les connaisseurs s’y sont intéressés car ce rendez-vous permet de montrer ce que cache le costume. Ils y trouvent toujours quelque chose à découvrir et se passionnent pour cette animation. Après de nombreuses années passées à la tour d’auvergne, la présentation de costume déménage au théâtre de Cornouaille. Abandonnée pendant quelques années, elle redémarre dans la rue Treuz depuis trois ans. Elle se déroule à présent

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le dimanche afin de présenter plus en détail les costumes des groupes participant au grand défilé. La Fédération Kendalc’h Penn Ar Bed propose désormais de nouveaux rendez-vous dans l’enceinte du Musée Breton. Sous forme de « mini-conférences », des spécialistes viennent partager travaux de collectage, histoire de tenues spécifiques ou encore anecdotes devant un public varié (badauds, collectionneurs, responsables « costumes » de cercles celtiques, etc.)

Consciente qu’en une dizaine de pages tout ne peut pas être abordé, j’ai choisi de parler des thèmes qui me touchent particulièrement car je les ai vécus. J’ai participé à la présentation de costume, aux animations de danse (enfant, pour apprendre, et plus grande, en tant que cavalière remplaçante des formateurs!). De plus, j’ai été voir de nombreux spectacles et y ai moi-même participé avec les Eostiged. Quel bonheur de voir salle comble pour Heol ou Tud Fiction ! J’attends chaque année la semaine du festival avec impatience, je n’ai jamais raté un défilé, mais qu’en est-il pour les autres ? J’ai choisi d’axer la deuxième partie de mon dossier sur le collectage de témoignages et anecdotes qui ont marqué certaines grandes figures du festival ainsi que les personnes de mon cercle.

Mademoiselle Morvan Marie-Noëlle, Reine de Cornouaille 1983, 60ème anniversaire du festival

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II. Collectage et histoire L’élaboration de ce dossier a été l’occasion pour moi de rencontrer des personnes ayant une histoire commune avec le festival. Ces entretiens m’ont permis de récolter anecdotes et témoignages.

1.

Du défilé …

Mme Mevellec Anna, petite nièce de Louis Le Bourhis 1 nous raconte son premier défilé, dans les années 50. « Nous avions le droit de nous garer sur le parking de l’Odet Palace, grâce à mon grand oncle ! C’était une place privilégiée car on était plus près pour rejoindre les autres cercles pour le défilé. » « A cette époque-là, on appelait ça les Fêtes de Cornouailles, mais avant, c’était la Fête des Reines ! » Rappelons qu’en effet, le festival est né de l’inauguration du cinéma L’Odet Palace (aujourd’hui devenu Cinéma Les Arcades et Café des Arts), tenu par Monsieur Louis Le Bourhis, originaire d’Elliant. Le dimanche 17 décembre 1922, les reines des fêtes voisines sont accueillies pour participer à la journée d’inauguration marquée, entres autres, par le vin d’honneur, le banquet, le concours de danse, les projections cinématographiques et le bal. Cette journée est l’amorce du festival. Et c’est un peu moins d’un an plus tard que la première Fêtes des Reines a lieu.

Monsieur Fançois Bégot et Monsieur Louis Le Bourhis

1

Fondateur de la Fête des Reines

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2.

… à la messe …

Elle se rappelle aussi de la messe bretonne, à laquelle assistaient les groupes avant le défilé. « Il fallait se lever tôt pour se préparer, mettre le costume. Ma mère me mettait une serviette de toilette en guise de poitrine ! Quels souvenirs ! », raconte-t-elle, avec un brin d’émotion. « Mais ça valait le coup de venir, tous ces beaux costumes réunis dans la cathédrale, j’étais émerveillée ». La messe du dimanche matin est toujours de tradition. Et c’est Viviane Hélias, grande figure du festival qui s’en occupe aujourd’hui. Elle nous confie même le jour de notre entretien « la messe est prête, elle est dans ma chambre ! ». Elle nous explique que ce qui peut être fait en amont est commencé assez tôt pour avoir le temps pour les petits imprévus de dernière minute. « Comme on sait qu’il y a une messe tous les ans, autant la préparer », nous dit-elle, en nous parlant des personnes avec qui elle a travaillé : Erwan Tanguy, le père Michel Maséas. Elle nous dévoile même le nom de l’animatrice de la messe : Christelle Mainguy1. C’est en 1962 que Viviane Hélias défile pour la première fois avec le cercle de Pont l’Abbé. Depuis, à part l’année 1967 où elle était en voyage en Italie, elle n’a jamais raté aucun festival. « C’est une tradition, je prenais ma semaine de vacances exprès pour ne me consacrer qu’au festival pendant toute la semaine ».

3.

… en passant par l’animation …

En parlant de l’évolution de l’animation « apprentissage de danses », Raymond Le Lann est aujourd’hui très content d’avoir des musiciens « en chair et en os », et se souvient encore du magnétophone à pile ! « On dansait sur l’herbe », nous dit-il. Viviane Hélias se souvient aussi des années où c’est elle qui devait mettre en place le triomphe. « Je répétais « Mettez-vous en place s’il vous plaît », plus de cent fois ! C’était coton ça aussi ! Mais que de bons souvenirs ! » L’entretien lui permet de se remémorer les réunions du festival, qui avaient lieu au-dessus de 1

Orthographe incertain

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l’actuel Hôtel des Ventes, au Cap Horn. « Après la réunion, on allait boire un verre au Café de l’Epée, ou au Bretagne. Qu’est-ce qu’on rigolait ! Souvent on faisait la fermeture du bar ! » Tous nous parlent de cette ambiance conviviale du festival. « C’est l’occasion de retrouver les copains, et de voir tout le monde avant le défilé », déclare Isabelle Quintin. Viviane Hélias, quant à elle, se rappelle du fest-noz du mardi soir, où c’était un réel moment de retrouvailles. « Les gens venaient de loin, on se retrouvait tous là, pour discuter et danser ». Et au fur et à mesure de parler, d’autres souvenirs reviennent et nous voyons combien le festival compte dans la vie des personnes interrogées. Quand vient le moment pour Viviane Hélias de parler des récompenses qu’elle a reçu pour ses nombreuses années de contribution, elle se lève et va chercher dans une jolie boîte les

ornements

suivant :

Sur la photo en haut, à gauche, elle nous montre la broche dessinée par Toulhoat. Elle l’a reçue alors lorsqu’elle a gagné le concours de danse. Juste à côté, c’est l’insigne que portaient tous les membres du festival. « Avant on était

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pas nombreux, on pouvait reconnaître les personnes du festival grâce à cette insigne. Maintenant, on a un badge ! C’est moins classe ! », déclare-t-elle en rigolant. La photo en haut à droite est une représentation de Monsieur Per Jakez Hélias. N’ayant pas encore abordé ce grand monsieur dans mon dossier ; il me semble important de faire un aparté sur lui, et ce qu’il a apporté au festival. D’abord conteur et écrivain, Per Jakez Hélias fait son entrée au festival en tant que conseiller culturel. Auteur de plusieurs pièces de théâtre à succès, dont Le Cheval D’Orgeuil, il est aussi l’auteur de la devise du Cornouaille : « Sans hier et sans demain, aujourd’hui ne vaut rien ». A la fois président d’honneur, présentateur, animateur, Per Jakez Hélias a laissé son empreinte dans l’histoire du festival. Viviane Hélias nous explique qu’elle s’est vu offrir cette médaille pendant le repas qui était offert, à l’époque, au comité organisateur à la fin du festival. Cette récompense a été élaborée suite au Cheval D’Orgeuil. « Et comme je faisais la régie des spectacles, le comité m’a offert cette médaille ». (photo du bas) « Pour les 50 ans du festival, j’ai eu la chance de recevoir ce cadeau ».

4.

… et les spectacles.

En matière de scène, s’il y en a bien un qui s’y connait, c’est Dan ar Braz, célèbre musicien quimpérois. Gamin, il se souvient des concerts donnés à l’Odet Palace ; il voulait toujours être au premier rang. « J’adorais ça », s’exclame-t-il. Concernant Gwenaël Le Viol (chorégraphe des Eostiged), Isabelle Quintin nous dévoile comment il est monté sur scène avec les enfants de Kerfeunteun, alors qu’il ne faisait pas encore partie du groupe. Il avait alors 4 ans. Mais chut, c’est un secret ! Puis elle se souvient que pendant le défilé, pour passer sur la grande scène, il fallait passer sous les gradins. « De l’extérieur, on ne voyait rien mais arrivé devant ce « mur de public », quel joie, et quelle fierté de porter le costume ! ».

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Conclusion Au fur et à mesure des années, le festival a donc su évoluer et s’adapter au public en mettant toujours en avant la culture bretonne. Sachant innover et prendre des risques, le comité organisateur met en point d’orgue la transmission de la culture pour les jeunes générations. « Ils représentent l’avenir de la culture de demain », confie Jean Michel Le Viol à chaque entretien avec la presse. Encore une fois, cette année la programmation faire preuve d’originalité et en même temps, de perpétuité des traditions. J’ai choisi de faire mon dossier sur ce thème car ce festival tient une place importante dans ma vie. N’ayant jamais raté un défilé, ce nouveau Cornouaille est aussi une nouvelle expérience pour moi. Les recherches bibliographiques ainsi que les témoignages m’ont beaucoup apporté. Ils ont été l’occasion de discuter des moments forts du festival et de faire resurgir des souvenirs bien ancrés au fond de ma mémoire. J’ai aussi aimé le partage qu’à émaner des entretiens avec les différentes personnes interrogées. N’ayant pas pu retranscrire toutes les anecdotes et histoires, je joins au dossier un DVD d’une dizaine de minutes qui illustre, en partie, les entretiens. Pour conclure, je souhaite donc un très joyeux anniversaire au festival, et espère qu’il y aura encore de nombreuses éditions pour partager notre culture, nos traditions bretonnes.

Photo de mariage de mon arrière-grand-mère, 1926. Costume que je porterai pour l’élection.

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Sources

 Livres, revues Cornouaille, De Fêtes en Festival à Quimper, Ronan Gorgiard et Jean-Philippe Mauras, 2010, Coop Breizh Musique Bretonne, n°28, juillet 1982, Dastum Editions, 10-14 Musique Bretonne, n°157, octobre novembre 1999, Dastum Rennes, 20-21 Eostiged ar Stangala, 60 ans de passion, Annick Fleitour, 2007, Coop Breizk Quimper, Christiane Fraval et Bernard Galéron, 2004, Editions Alain Bargain, 49 Livret de fêtes en festival depuis 1923 »Festival de Cornouaille », 2001, Le télégramme  Sites internet Différents sites du festival, dont archives (sites des festivals 1996 à 2012) http://www.festival-cornouaille.com/ Site internet de la ville de Quimper

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Dossier cornouaille 2013 aurélie le corre