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KBA

Formation de cadres africains

Karibu| 161

PB- PP 

BELGIE(N) - BELGIQUE

janvier, février, mars 2016

BURUNDI & CONGO: DIALOGUE : RECHERCHE DE LA VERITE LES FEMMES PRENNENT LA PAROLE

BUREAU DE DÉPÔT GENT X - P602401 3-MENSUEL V.U.: Luc Bonte, Rue du Progrès 333/03 B-1030 Bruxelles (Belgique) - Tél. 02 201 03 83 E-mail: info@kba-foncaba.be - www.kba-foncaba.be


CONTENU 4

BURUNDI : QUE CACHE LA DISCORDE DU «TROISIEME MANDAT»? Le troisième mandat du président Nkurunziza a déjà fait couler beaucoup d’encre en a provoqué de la violence. Pourquoi ce petit pays reçoit-il tellement d’attention de la communauté internationale. A la recherche d’une réponse possible.

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CONGO : ESPERER CONTRE TOUTE ESPERANCE En Afrique, la culture de l’alternance au pouvoir éprouve de la peine à s’installer car de nombreux dirigeants estiment qu’ils doivent demeurer le plus longtemps au pouvoir. Cela conduit le Congo vers une impasse politique. Que signifie alors la démocratie?

CONGO : DU DIALOGUE AU GLISSEMENT La situation politique est dominée par les échéances électorales qui seront sans doute retardées. Le régime en place trouve des motifs pour bloquer le processus électoral. Est-ce que le dialogue est une solution ou une manœuvre pour retarder les élections?

UN LEGS POUR LA FONCABA BURKINA FASO : LES FEMMES SE FONT ENTENDRE Dans le passé, la femme n’était pas considérée dans la société Burkinabé. Aujourd’hui les choses ont changé. On a vu une évolution de la situation de la femme. Petit à petit elle a pu se tailler sa place au soleil.

JOURNEE INTERNATIONALE POUR LES DROITS DE LA FEMME SOLIDARITE : POUR VOUS? Un mot que beaucoup de gens, d’associations, de partis politiques s’approprient. Mais est-ce qu’il est vécu par des actes qui concrétisent cette valeur humaine?


EDITORIAL Les nombreux conflits partout dans le monde montrent l’importance du « dialogue ». Le continent africain aussi connaît aujourd’hui beaucoup de régions conflictuelles. Le Burundi par exemple vit une crise grave. Le dialogue seul pourra sortir le pays de cette crise. Jusqu’aujourd’hui, ce dialogue inclusif n’a pas encore eu lieu, même s’il y a quelques lueurs d’espoir. C’est ainsi qu’un dialogue interne interburundais a eu lieu du 19 au 22 janvier 2016 dans différentes provinces du pays, mais celui-ci a été boycotté par l’opposition. Au Congo, le Président Joseph Kabila parle d’un dialogue qui devrait débuter bientôt pour décrisper la situation politique et baliser la voie vers les élections. Une manœuvre dénoncée par une partie de l’opposition qui accuse le chef de l’Etat de vouloir s’accrocher au pouvoir après 2016. Beaucoup de Congolais ne croient pas à l’utilité de ce dialogue. Pour sortir de la crise, les Burundais et les Congolais doivent se dire la Vérité en face, en confrontant, chacun, sa vérité à celle de l’autre, en confrontant les points de vue de chacun qui restent des parties de cette Vérité. Santiago Ramón y Cajal, histologiste espagnol (1852-1934) disait : « Dans tout dialogue un peu vif, les deux parties ne défendent pas la vérité, mais leur propre infaillibilité ». Khalil Gibran, poète et peintre libanais, (1883-1931), propose de ne pas dire « J’ai la vérité », mais plutôt « J’ai trouvé une vérité ». Et Tierno Bokar, mystique de l’Islam Malien (1875–1939) s’exprime à sa manière. « Il y a trois vérités : ma vérité, ta vérité et La vérité. La Vérité n’appartient à personne. Elle est au centre, elle n’appartient qu’à Dieu. Elle représente la lumière totale. Elle est symbolisée par la pleine lune. Ma vérité, comme ta vérité, ne sont que des fractions de La Vérité. Ce sont des croissants de lune situés de part et d’autre du cercle parfait de la pleine lune, autrement dit de La Vérité. Il nous faut d’abord nous retourner l’un vers l’autre, prendre conscience que l’autre existe, et commencer à l’écouter ». Les partenaires de la FONCABA interpellent les élus du peuple à être vrais dans la gestion de leur localité ou du pays. Ils dénoncent la corruption. Ils les invitent à se mettre autour de la table, pourvu que le dialogue porte des fruits pour le bien-être de la population. Merci beaucoup pour votre solidarité, afin que nous puissions continuer à soutenir ces partenaires courageux et engagés. Luc Bonte, Président

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LE BURUNDI

Que cache la discorde du «troisième mandat»? La crise politique qui secoue le Burundi depuis l’annonce de la candidature du Président Pierre Nkurunziza à un nouveau mandat (deuxième pour le parti au pouvoir mais troisième pour tous les autres : société civile, opinion nationale et internationale) a attiré une attention sans précédent sur ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs africains. Un observateur soucieux de la paix dans la justice au Burundi analyse le pourquoi de cette attention particulière.

L’attention pour le Burundi, en solidarité avec la population?

Le pays est dans le collimateur d’une géopolitique mondiale pour la région 4

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De pays voisins comme de pays les plus éloignés tels que les EU d’Amérique, en passant par l’Union Africaine et l’Organisation des Nations Unies, on a écrit et on a parlé de cette crise. Le président Barack Obama de la première puissance mondiale est allé même jusqu’à réserver au peuple de ce pays à peine visible sur la carte du monde un discours direct l’interpelant à se ressaisir pour ne pas replonger dans la guerre civile. Au regard de la logique du profit qui régit le monde et du profil plutôt insignifiant de ce pays, il est justifié de se demander à quoi est dû le paradoxe de cette attention inhabituelle. Serait-ce en vertu de la solidarité? Je ne puis l’affirmer ni le nier, je peux seulement dire que je serais très heureux s’il en était ainsi. Mais, en même temps, je ne puis ignorer l’hypothèse vraisemblable d’un intérêt dû à la perspective d’une extraction imminente du grand gisement de nickel (6ème à l’échelon mondial) dont dispose le pays. Il s’agirait donc d’un positionnement des puissances industrielles sous la poussée des multinationales minières qui y ont érigé


Il s’agit de géopolitique dans la région des Grands Lacs, et non de la vie de la population

leurs sièges, pour s’assurer à bon marché le monopole sur l’exploitation de ce minerai. En plus c’est un point de chute intéressant pour une main mise sur ceux de la RDC voisine. Il y a lieu de craindre que le pays ne soit dans le collimateur d’une géopolitique mondiale pour la région des Grands Lacs africains. Juste comme Luc Michel ose le dénoncer sur Afrique Media, s’inscrivant en faux contre l’opinion dominante sur ce qui se passe dans ce pays. Encore faut-il noter que cette géopolitique se sert malheureusement de certains dirigeants des pays voisins, notamment celui du Rwanda, sous la poussée

A la campagne, les gens ne souhaitent que pouvoir travailler aux champs en paix

de lobbies mondialistes occidentaux.

Provoquer à dessein un génocide…! On ne peut ne pas déplorer bien entendu que le Président Pierre Nkurunziza et ses supporters aient prêté flanc aux tirs ennemis en traitant comme ils l’ont fait la question du troisième mandat. Mais, qu’à cela ne tienne, pour le bien du Burundi, il faut maintenant mesurer l’enjeu de l’apprentissage démocratique tant bien que mal en cours et se battre bec et ongle pour faire échouer le scenario d’un génocide auquel on semble vouloir préparer l’opinion. Cela parce que les pêcheurs en eau trouble qui l’auraient provoqué à dessein en feraient un prétexte pour conquérir le pouvoir au détriment de la démocratie représentative et, ensuite, un fonds de commerce pour s’y maintenir. La bataille à mener exige d’abord que le pouvoir en place à Bujumbura s’abstienne de la globalisation injuste par rapport aux avis sur les parts de responsabilité dans l’injustice

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sociopolitique du passé du Burundi et les violences interethniques qu’elle a engendrées. Elle requiert ensuite que le même pouvoir s’abstienne de tout relent vindicatif à l’endroit de ceux qu’il considérerait responsable de ces maux, de près ou de loin. De même demande-t-elle qu’il reste maitre de ses nerfs pour ne pas répondre à la provocation par des représailles aveugles ou violant en tout cas le moindre des droits humains. Il ne suffit pas de clamer haut et fort qu’il n’y a et qu’il n’y aura pas de génocide pour que son spectre soit conjuré. Il faut illustrer par des faits la détermination à démentir les prophètes de malheur et les professionnels sans scrupule de la spéculation politicienne.

S’abstenir de la globalisation injuste

Bujumbura, 6 mars 2016

Des actions de vengeance ou des violations des droits humains sont à éviter

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MESSAGE DES EVÊQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI Dans son assemblée ordinaire de mars 2016, la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi (CECAB) s’est interrogée sur l’avenir sombre du Burundi et propose le dialogue comme solution pour en sortir. « D’où venons-nous et où allons-nous? » Telle est la question que se sont posés les évêques de l’Eglise catholique du Burundi, réunis à Gitega, du 2 au 4 mars, dans leur assemblée plénière ordinaire de mars. Au niveau politique, les évêques trouvent que la chose la plus importante que les politiciens, surtout chrétiens, doivent continuer à méditer, c’est de se demander où ils sont en train de conduire la nation, car le pays semble se trouver à la croisée des chemins. Le Burundi venait de passer dix ans sous un régime démocratique, dont le socle était l’Accord d’Arusha. Et la CECAB de s’interroger : « Maintenant que certains partis ont été détruits et sont en déconfiture, que d’autres sont sous le coup d’interdiction de fonctionnement, que l’organisation des élections est devenue problématique, quel est le régime politique que nous voulons mettre sur pied? » Les évêques catholiques s’interrogent également sur le nouveau mode d’accès et de succession au pouvoir : «Souhaitons-nous le mode où les populations vont aller voter dans la contestation ou sous l’intimidation d’un parti unique qui se choisira ses satellites pour l’accompagner? Serait-il avéré que les Burundais et les Burundaises ont fait l’option de revenir au système d’un parti unique qui a sur eux le droit de vie et de

Les chrétiens qui le dimanche vont à l’église, ne peuvent pas refuser le dialogue

mort? » Pour la CECAB, telles sont les interrogations qu’un chrétien devrait garder à cœur en cette période.

Des politiciens catholiques responsables et le dialogue « La bonne et efficace réponse à ces interrogations ne pourra se trouver qu’à travers le dialogue des politiciens qui ont une vision pour ce pays et qui aiment cette nation et ses citoyens plus qu’ils n’aiment leurs propres intérêts. » Selon ce communiqué, les choses ne peuvent pas rester comme elles se présentent actuellement. Car même si les tenants du pouvoir s’évertuent à convaincre la communauté nationale et internationale que tout va à bien, il est difficile de ne pas constater une séparation conflictuelle entre les politiciens. Des politiciens de la mouvance présidentielle, qui ont les moyens d’exprimer leurs opinions à l’intérieur du pays, et des politiciens de l’opposition – la plupart se trouvent actuellement en exil -, qui ne peuvent s’exprimer que par des médias étrangers. Selon ces prélats, un manque de dialogue est en train de couvrir des tueries qui continuent, des disparitions de gens

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Un politicien croyant, peut-il accepter de poursuivre ce chemin de refus de rencontre? dont les cadavres sont découverts dans des fosses communes. « Cette situation est aussi en train de nous causer des difficultés avec certains de nos voisins et de la communauté internationale, ce qui aggrave notre situation de pauvreté en privant ainsi notre pays de certaines de ses aides financières. Tout cela crée un désespoir chez les jeunes, ce qui peut les livrer à s’engager dans des chemins sans issue. »

Passer de la parole aux actes… « Un politicien croyant, aimant Dieu, sa patrie et ses concitoyens, peut-il accepter de poursuivre ce chemin de refus de rencontre? », continuent-ils à s’interroger. Pour les évêques catholiques du Burundi, un chrétien conscient de sa vocation ne peut pas continuer à suivre ces voies. La CECAB affirme qu’aujourd’hui une partie de la population est en dispersion en exil. Et

“D’où venons-nous et où allons-nous?

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parmi les populations restées à l’intérieur, certaines se sentent sécurisées, tandis que d’autres vivent continuellement dans la peur. « Nos citoyens ont besoin d’être tous rassurés de telle manière qu’ils sentent qu’ils partagent le même destin. » Elle se réjouit d’entendre des dirigeants se déclarant favorables à un dialogue ouvert à tout le monde : « Plaise au ciel qu’ils passent, dans les meilleurs délais, du dire au faire. Il n’en serait pas autrement quand on sait que celui qui refuse la voie du dialogue permet à ceux qui veulent détruire notre pays de réaliser leur sale besogne, en passant même par les violences. » Communiqué du 4 mars 2016


D.R. CONGO

Esperer contre toute esperance! L’impasse politique de ce jour en RDC appelle les citoyens à plus de foi dans tout ce qu’ils voient et entendent. Il était prévisible que cette impasse se vérifie dans une Afrique où la culture de l’alternance au pouvoir éprouve de la peine à s’installer car de nombreux dirigeants estiment qu’ils doivent demeurer le plus longtemps possible au pouvoir au mépris des textes signés par eux-mêmes et traduisant leur engagement à respecter les règles du jeu. Le Groupe Jérémie, partenaire de la FONCABA, se pose la question si les élections pourront avoir lieu en 2016, telles que prévues dans la Constitution. Pourtant, l’Afrique offre quelques modèles à imiter pour réduire le climat de tension, d’insécurité et d’incertitude quand approche la fin d’un mandat politique. La Tanzanie ou le Nigeria ne sont-ils pas des nations africaines qui font la fierté du continent et dont on parle avec respect? En Afrique, on dirait que la fin d’un mandat est annonciatrice d’un malheur pour la nation et qu’il faut multiplier des subterfuges pour se maintenir au pouvoir quoi qu’il en coûte.

Le dialogue, une solution? Nous ne pouvons pas crier haut que le dialogue est la solution magique de l’impasse susmentionnée car il existe dans l’histoire des dialogues qui ont échoué et qui ont produit des effets contraires aux attentes de ses organisateurs. Chacun entre dans le cercle de dialogue avec des intérêts à protéger et des idées à faire passer. C’est dans ce cadre que le profil des participants pose souvent problème car tous les calculs doivent se faire bien avant le match en ima-

Beaucoup de Congolais n’acceptent pas que leurs leaders s’accrochent au pouvoir

ginant des scénarii possibles : Si les choses vont à l’encontre de nos intérêts, que faire? Ici intervient l’achat des consciences dont la manifestation principale est la distribution

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Les élections 2006. Les élections 2016 seront-elles reportées?

de l’argent pour ne pas parler de la corruption ou encore le choix des applaudisseurs pour gagner chaque fois le vote lorsqu’il faut faire passer une option donnée.

Ici intervient l’achat des consciences Les élections dans le brouillard Il est bon d’envisager des subterfuges pour contourner la vérité. Hélas, celle-ci est toujours têtue. Elle finit par ridiculiser ceux qui montent des stratégies macabres pour gagner quand bien même ils n’auraient pas raison. Tout le monde vit une situation perplexe en RDC autour de la question électorale. Ces élections auront-elles lieu dans le délai constitutionnel comme celles de 2006 et de 2011? A cette question, personne n’a de réponse évidente : la scène politique est suffisamment flouée et la restriction des libertés et de l’espace politique devient la loi. Loin de vouloir décanter l’impasse par l’application stricte des règles du jeu connues et votées par tous lors du referendum, la

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terreur et les intimidations pleuvent. Des jugements parfois expéditifs et décriés par les nations de vieille démocratie sont prononcés par certaines instances judiciaires siégeant en matière de flagrance pour avoir émis une idée qui parle de la manière moderne de gérer les Etats. Pourquoi Obama ne propose-t-il pas de dialogue avant la fin de son mandat? Bien que d’origine africaine, il a vite intégré la culture de l’alternance et sait très bien que le pouvoir use. Faut-il y rester à la manière de Mugabe qui fête bientôt ses 92 ans? Non, le Mugabe actuel a fait oublier celui que nous avions connu vers les années 1980 et il devient de plus en plus un «épiphénomène ». La tendance est de vouloir jouer à l’usure pour décourager les uns, intimider les autres et semer la terreur en vue de faire avaler des couleuvres à ceux qui s’accrochent au schéma populaire arrêté depuis la Constitution de février 2006. Si on tombe dans ce piège, c’est que l’on n’a plus de foi et que cette foi chancelle : C’est pourquoi, nous reprenons cette phrase biblique « ESPERER

Zal president Kabila zijn herverkiezing kunnen vieren?


Pas de faux-fuyants! Un vrai dialogue pour une solution correcte et durable

CONTRE TOUTE ESPERANCE » que les élections doivent se tenir avec tout notre engagement et toute notre participation. Ce pays nous appartient et nous devons nous battre pour son émergence non seulement économique mais aussi politique. Qui vivra verra ! Sortir de la complicité nous rendra grands. Ainsi soit-il !

Si on tombe dans ce piège, c’est que l’on n’a plus de foi

Le Groupe Jérémie

Le dialogue ne peut pas réussir si chacun reste accroché à ses propres intérêts

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DE GROUPE JÉRÉMIE Ce partenaire de la FONCABA veut promouvoir et protéger une spiritualité de la justice. Il veut défendre les droits de l’homme dans la non-violence évangélique et active. Il veut aider les femmes et hommes de bonne foi à lutter contre toute forme d’oppression, à respecter profondément la vie humaine, à voir et aimer l’autre comme un frère ou une soeur. Il veut sortir de l’isolement en s’ouvrant aux autres en vue de promouvoir la solidarité entre les hommes. Les membres du Groupe Jérémie s’engagent à être solidaires entre eux et à éclairer, quoi qu’il en coûte, le peuple dans sa marche vers la démocratie et à être non violents dans leur action. Ils s’engagent à prévenir et à résoudre pacifiquement les conflits et, à promouvoir la paix, la réconciliation par le dialogue et la cohabitation pacifique entre les communautés.

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Les activités du Groupe Jérémie : • Organiser l’assistance judiciaire pour les indigents • Dénoncer toute injustice avec les moyens non violents • Maîtriser et critiquer objectivement l’information et la transmettre au peuple, souvent mal informé • Appuyer ceux qui luttent pour leurs droits et participer activement à leur combat pour plus de liberté, de paix et de bienêtre • Organiser des sessions de formation, des séminaires, des conférences sur la justice, la non-violence, la bonne gouvernance (avec le soutien de la FONCABA) • Préparer les enfants scolarisés pour la promotion des droits et de la culture de la paix. • Publier des ouvrages et autres documents sur les droits humains et l’éducation civique. • Produire des émissions radio, un bulletin « le Prophète», un feuillet « Cri d’espoir » pour sensibiliser au respect des droits humains et à la culture de justice, de paix, de réconciliation et de cohabitation pacifique.


D.R. CONGO

Du dialogue au glissement La situation politique est largement dominée par les échéances électorales mises en doute ou du moins retardées. Le régime en place trouve des motifs pour bloquer le processus électoral : la création de 15 nouvelles provinces pour en faire aujourd’hui un total de 26, ce qui du reste était prévu par la constitution, semble pourtant de la supercherie, aux yeux de la Société civile et une bonne partie de l’Opposition. Jean-Moreau Tubibu, Coordinateur des noyaux Groupe Jérémie, nous trace la crise politique dans laquelle se trouve le pays. Jean-Moreau Tubibu

L’ingrédient qui a fait dérailler le train de la démocratie, c’est la consécration par la cour constitutionnelle de la nomination des « Commissaires Spéciaux » comme gouverneurs dans ces nouvelles provinces. A vrai dire, cela va à contrario avec les dispositions constitutionnelles qui disposent que les gouverneurs de province soient élus par les Assemblées provinciales. Ces nouvelles provinces échappent donc à la sanction parlementaire. Cela fait penser à une tricherie de la majorité présidentielle qui veut garder la gestion de toutes les provinces, par les gouverneurs de son obédience, pour des fins électorales.

confèrent les acteurs politiques et même les membres de la Société civile. Toutes les tendances les éloignent de leur sens étymologique. Pour la majorité, un mandat présidentiel reste flexible, cad à adapter, allonger selon chaque contexte et surtout, il devra dépendre du temps que « l’auto-

Un mandat présidentiel reste flexible

Des mots qui font peur aux politiciens congolais Le « glissement » ! Non-respect de la Constitution ou prolongement du mandat présidentiel. La révision de la constitution! Il y a aussi le mot « dialogue ». Ces 3 mots prennent un sens que lui Vers où se dirige le Congo?

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rité morale » peut mettre pour réaliser son programme, promesses électorales ou « chantiers ». Il exige donc une révision de la loi fondamentale et entraine de jure et de facto un glissement constitutionnel. Pour l’opposition, ce mandat présidentiel de 5 ans (pour le cas de la RD Congo) n’est renouvelable qu’une fois, ce qui est déjà vrai pour l’actuel président (Joseph Kabila). Celui-ci doit se préparer à la remise et reprise en décembre 2016, après l’élection de son successeur. Autrement, pour les partis politiques de l’opposition, il n’y aura pas de président ! La société civile voit d’un très mauvais œil le retard qu’accuse la CENI (Commission nationale électorale indépendante) à proposer un calendrier électoral consensuel et qui respecte le délai constitutionnel, cad concrètement qui prévoit les élections présidentielles avant fin décembre 2016. La CENI semble jouer le jeu de la Majorité présidentielle. Pour la société civile, la CENI a longtemps préparé le lit du glissement constitutionnel. La CENI, elle, se trouve prise en sandwiche entre toutes ces forces sociales et politiques. Elle est accusée de flirter avec la majorité et elle se voit accuser d’avoir perdu son « indépendance ». L’éloignement de son président l’Abbe Malu-Malu, poussé à la démission sous la pression de la majorité présidentielle, a plus que enterré la crédibilité de la CENI.

Pour la majorité, il signifie discuter de tous les obstacles sociaux (manque de fonds du à la baisse des coûts des matières premières, le Cuivre et le Coltan…), de la gestion de la République, de la révision de la constitution qui va entrainer le «glissement constitutionnel» et créer inévitablement un espace politique pour une transition de 2 à x ans. Par dialogue l’opposition soupçonne la majorité de vouloir prolonger le mandat du président actuel et imposer un passage obligé par une transition dont seule la majorité pourrait, avec l’aide des « autres politiciens assoiffés» du pouvoir, fixer la durée. L’opposition refuse donc cette forme de dialogue, car elle estime que c’est un

Le Dialogue proposé et contesté Il signifie tout et rien à la fois. Sa signification dépend du côté où se trouve celui/celle qui veut le définir/l’expliquer. 14 KARIBU 161

« En 2005 nous avons dit oui à la Constitution, et maintenant? »


Les parents doivent toujours payer pour leurs enfants qui vont à l’école! Beaucoup n’ont pas cet argent

subterfuge pour simplement prolonger le mandat du président actuel. Quant à la Société civile (dans sa pluralité), le dialogue n’est autre qu’un distracteur. Pour elle, il existe bel et bien des institutions nationales habilitées à ce genre d’exercice: le Senat, le Parlement national, les différents ministères et même des espaces diplomatiques dans les chancelleries. En plus, tout espace politique appelé dialogue, forum concertation nationale, devient une occasion d’engloutir le budget de l’Etat, tant réputé pauvre et irréaliste par les assemblées parlementaires.

Le panier de la ménagère se vide Malgré les bonnes cotes des institutions économiques et monétaires internationales, « la croissance à deux chiffres», n’est pas perceptible dans l’assiette ni dans le « panier de la ménagère » du Congolais.

Cette forme de dialogue est un subterfuge Une disposition constitutionnelle sur la gratuité de l’enseignement fondamental (cycle primaire) reste une lettre morte. Les parents continuent à payer des frais scolaires exorbitants sous l’œil complice du gouvernement. Ce dernier profite même des frais payés par les parents pour le fonctionnement et la prime de certains agents de l’Etat. Ce qui devrait être une simple « prime » pour encourager les agents assidus et intègres dans leur travail constitue, en ce jour, un « crime ». Cette prime est devenue même contraignante et discriminatoire. Les enfants des moins nantis abandonnent l’école faute de pouvoir verser cette prime mensuelle. Et au bout de compte tout l’enseignement y perd sa valeur pédagogique.

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De nouveaux esclaves! La situation des Droits Humains reste très préoccupante. A l’Est de la R.D.Congo ( Ituri, Bunia, Butembo, Walikale, Kalehe/Ziralo, Fizi, Shabunda, Nzovu,…), les groupes armés écument encore des territoires entiers, tiennent des populations en otages, des femmes en esclaves sexuelles. Ces groupes armés administrent, font payer des taxes de protection et exploitent les minerais dans les sites sous leur domination. Dans le Sud-Kivu, des infiltrations des membres des groupes rebelles burundais ont été constatées dans les Moyens Plateaux de Lemera, et même dans le camp des refugiés de Lusenda, près de la Cité de Baraka, territoire de FIZI. Les nuits, dans les grandes cités et villes

sont souvent pénibles a finir, car s’y multiplient des attaques de bandits à mains armées qui tuent, violent et volent. Et les forces de sécurité semblent être dépassées par ces vagues du gangstérisme. Jean-Moreau Tubibu, Bukavu, 9 mars 2016

Le dialogue oui, si ce n’est pas une manoeuvre pour rester au pouvoir

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TÉMOIGNAGES

« Les élections semblent être une affaire des politiciens, seuls, et ne plus concerner la population. La démocratie traine à s’installer, car la population est oubliée » M. Loci, 45 ans, animateur communautaire

« Les élections semblent être une affaire des politiciens, seuls, et ne plus concerner la population. La démocratie traine à s’installer, car la population est oubliée » M. Loci, 45 ans, animateur communautaire

« Les impôts et taxes multiples nous asphyxient, nous les petits commerçants. Les routes de Bukavu vers Mwenga restent les plus dangereuses pistes à fréquenter à cause des coupeurs des routes et des barrières de certains soldats de l’armée régulière et de groupes armés».

« La parité est consacrée par la constitution de la R.D. Congo, mais la même constitution est violée impunément. Il ne semble pas bien de naître femme en RDC. Le respect des droits de la femme est un bon slogan propagandiste. Les femmes gestionnaires des entités de la base sont à compter au bout de doigts...d’une seule main. C’est ici également que l’on parle de la «capitale du viol mondial des femmes ». G. Aziza, 22 ans, étudiante

Mukambilwa Mufabule, 54 ans, commerçant de Kilunutwe/Mwenga

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Un legs pour la FONCABA VOTRE ENGAGEMENT POUR L’AFRIQUE CONTINUE APRÈS VOUS La FONCABA est ravie de recevoir une donation ou un legs pour ses projets d’Afrique. Comme dernières volontés, la plupart des personnes font un testament. C’est une occasion de traduire leurs pensées pour leur famille, mais également d’offrir une partie de leurs avoirs sous forme de legs ou de donation à une asbl qui travaille dans un pays en voie de développement. La FONCABA est une asbl habilitée à recevoir des legs et des donations qu’elle utilise pour ses projets de formation en Afrique. Il suffit d’insérer dans le document la formule suivante : « Je lègue à l’asbl FONCABA à 1030 Bruxelles, la somme de …………….,…….. euro ou …………………… (biens meubles et)……………… (immeubles) à l’adresse…………………pour la formation de cadres africains ».

Comme le droit de succession est une matière assez compliquée, il est recommandé de consulter un notaire qui fera un petit calcul et vous donnera un avis correspondant à vos souhaits. Pour des informations complémentaires à la FONCABA. Contact : M-Bernadette Zubatse, Directrice Tél.: 02 2010383 ou info@kbafoncaba.be

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Le legs en duo

AUSSI BIEN VOS HÉRITIERS QUE LA FONCABA Y GAGNENT Le legs en duo

Le legs en duo est une donation par testament de biens meubles et/ou immeubles à une ou plusieurs personnes et en même temps à une asbl reconnue comme la FONCABA. Cette technique prévoit qu’en l’occurrence la FONCABA peut prendre en charge les droits de succession de la personne qui reçoit la donation. Si celle-ci est destinée à un parent lointain ou à un ami, celui-ci devra payer normalement beaucoup de droits de succession (jusque 65%). La FONCABA comme asbl ne paiera que 7% (8,8% en Flandres et 12,5% en région bruxelloise).

3 CONDITIONS: • vous devez rédiger un testament. • vous léguez une partie de vos biens à une ou plusieurs personnes • vous léguez la partie restante à une institution agréée (comme la FONCABA) qui aura à sa charge le paiement de la totalité des droits de succession.

WIN - WIN GRÂCE À LA TECHNIQUE DU LEGS EN DUO, VOUS LAISSEREZ AUTANT (SINON PLUS) À VOTRE AMI OU À VOTRE NIÈCE, TOUT EN SOUTENANT LES PROJETS DE LA FONCABA.

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BURKINA FASO

Les femmes se font entendre Dans le passé, la femme n’était pas considérée dans la société Burkinabé. C’était la personne dont la tâche se situait au niveau du foyer : faire la cuisine pour la famille, nettoyer la maison, s’occuper des enfants et les éduquer. Elle ne participait pas aux réunions organisées dans le village. Elle était mise à l’écart. Aujourd’hui les choses ont changé. On a vu une évolution de la situation de la femme. Petit à petit elle a pu se tailler sa place au soleil. Julien Sawadogo, secrétaire exécutif du PER (Projet Ecologie Reboisement) affirme que de nos jours la femme joue un rôle important et qu’elle est devenue incontournable dans la société.

Des femmes sont élues députés 20 KARIBU 161

Actuellement, il y a une grande évolution avec le passé, car la femme a de grandes responsabilités et a un rôle dans les différentes structures mises en place dans le village. La femme occupe des postes de secrétaire ou trésorière et autres au sein des organisations paysannes (les groupements, les coopératives, les associations) ou au sein des fédérations. La femme prend la parole lors des grandes réunions avec le grand public et défend ses propres intérêts et même les intérêts des hommes. Beaucoup de femmes sont devenues des alphabétiseuses et animatrices et ont pour rôle d’alphabétiser, de sensibiliser et de former la population afin qu’elle puisse sortir de l’analphabétisme et de l’ignorance et qu’elle puisse se prendre en charge dans les jours à venir. Depuis l’année 1997, période à laquelle le PER a avec l’appui de la FONCABA formé des alphabétiseuses et ouvert une vingtaine de centres d’alphabétisation, nous avons constaté une évolution dans la vie de la femme au Burkina Faso. Beaucoup


de femmes ont été formées pour sortir de l’analphabétisme et de l’obscurantisme.

La femme dans la politique Depuis des décennies, les femmes ont lutté pour le quota genre, pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Celles-ci représentent 52% de la population au Burkina Faso. Même s’il n’y a pas eu de femme élue présidente, on constate une évolution sur le

plan politique. Des femmes sont élues députés, maires et ministres. D’autres occupent des postes importants dans l’administration. Au cours de cette année 2016 deux femmes ont eu à déposer leur candidature pour se faire élire présidente. Dans notre pays, un ministère dénommé ministère de la promotion de la femme a été créé depuis les années 1997. Ce ministère a pour mission principale de suivre les projets au profit des femmes mis en place par le gouvernement. Ce ministère, depuis sa créa-

« Je suis très contente parce que grâce aux deux stagiaires du PER, je peux mesurer notre champ pour connaitre sa superficie » Sawadogo Bibata, village de Nasséré

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tion, a élaboré plusieurs plans d’actions en vue d’accroitre les revenus des femmes mais également leur pouvoir sur tous les plans : économique, politique, social, décisionnel, éducatif et politique.

Ces actions témoignent de la volonté de l’Etat Burkinabé d’œuvrer dans le sens de la promotion de la femme et pour une égalité entre les sexes.

« Je suis très contente de pouvoir effectuer mon stage comme agent technique d’agriculture au PER. J’ai fait quatre mois de stage de juin à septembre 2015 et j’ai pu apprendre beaucoup dans les villages. Personnellement je suis satisfaite car j’ai pu apporter ma modeste contribution pour le progrès des communautés composées d’hommes et de femmes de la zone encadrée par le PER. » Sore Sarata, village de Nasséré

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« Je vends de la patate pour pouvoir aider la famille car nous ne devons pas laisser l’entretien de la famille uniquement à l’homme parce qu’il est chef de famille ». Ouedraogo Binta, village de Bilga, village de Nasséré

La femme dans l’agriculture Grâce aux formations sur les techniques culturales dispensées aux femmes, « le zaï » par exemple, on constate maintenant que ces dernières jouent un rôle considérable dans le domaine de l’agriculture durable. Elles accompagnent leurs maris aux champs dans les travaux champêtres. Elles soutiennent leur mari dans la réalisation du zaï qui consiste à creuser des trous de

30 centimètres de large sur 30 centimètres de profondeur. Ce qui permet de retenir l’eau et permet d’éviter la sécheresse durant deux semaines voire plus. Ensemble avec leur mari, les femmes réalisent des compostières, aident au transport et à l’épandage du compost sur les champs. Ce qu’elles ont appris sur les techniques culturales et sur le reboisement, elles l’appliquent à leur retour

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au village. Ce qui fait que maintenant, malgré la pluviométrie capricieuse, il y a de très bons résultats. Bon nombre de ménages arrivent à récolter 5 à 6 charretiers à l’hectare au lieu de deux auparavant. Grâce aux femmes certains ménages arrivent à mettre en place chaque année un compte d’exploitation. Avec celui-ci ces ménages arrivent à planifier leurs recettes et leurs dépenses à partir de leur récolte. Ainsi elles arrivent à bien gérer leur récolte.

La femme dans la santé communautaire Avant l’arrivée des forages, les populations en milieu rural se contentaient de l’eau des puits et des mares. La consommation de cette eau n’était pas toujours sans dangers. Les femmes ont joué un rôle important dans la santé communautaire car elles avaient appris aux populations de filtrer l’eau avant de la boire. Grâce aux formations reçues les femmes préparent la bouillie enrichie au profit des enfants, ce qui permet d’éviter beaucoup

La lutte contre l’excision

de maladies. Dans la zone d’intervention du PER, la population est devenue propre sur le plan corporel et vestimentaire. Il y a également la lutte contre l’excision dont la réduction fait l’objet d’une lutte acharnée de la part des femmes leaders. Le PER renforce et accompagne les femmes Actuellement le PER est en train de redynamiser les organisations féminines à travers des formations en vue de mieux les organiser. Au Burkina Faso, progressivement, on tend à abandonner les groupements pour mettre en place des coopératives. Selon la loi 014, une coopérative a une filière bien déterminée et la coopérative travaille pour avoir un bénéfice, ce qui est différent d’une association qui est sans but lucratif. Nous avons formé une dizaine de groupements féminins sur l’organisation et le fonctionnement d’une coopérative au cours de l’année 2015 et cela va se poursuivre en 2016. Nous avons mis aussi en place un projet d’aviculture au profit de douze groupements féminins. Tous les douze ont été formés dans l’élevage des poules et ensuite nous les avons appuyés pour la construction des poulaillers avec un peu de ciment, des portes et des fenêtres. Dans le domaine de l’agriculture familiale, trois groupements féminins ont reçu un appui composé de grillage, de motos pompes et de semence pour faire la culture maraichère et trente femmes ont reçu des semences améliorées de sorgho, de niébé et de maïs durant la saison pluvieuse de l’année 2015. Julien Sawadogo, Kongoussi (Bam), février 2016

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« Au moment de mon mariage, la femme n’avait pas la parole pour s’exprimer et même pour s’expliquer devant son mari. Actuellement, personnellement je vois qu’il y a une grande amélioration concernant la vie de la femme, car aujourd’hui on peut dire que la femme est égale à l’homme et il n’y a pas de différence. Par exemple, s’il y a une réunion dans le village on informe les femmes, si on veut créer un groupement ou une coopérative on implique les femmes. Avant, il n’y avait pas ces genres d’actions. Il n’y a plus de distinction entre hommes et femmes. Toutes les activités réalisées par les hommes sont également réalisées par les femmes. Au niveau des travaux champêtres, les femmes sont associées durant tout le processus à savoir la préparation du compost, le creusage du zaï, le labour et jusqu’à la récolte». Mariam Sawadogo, Nongsoum

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8 Mars journee internationale des droits de la femme

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VOTRE CADEAU DE PÂQUES POUR CES FEMMES FORTES ET COURAGEUSES Faites sonner vos cloches de Pâques et d’espoir Utilisez le bulletin de virement dans ce KARIBU VOTRE CADEAU FAIT LA DIFFERENCE MILLE MERCIS

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SOLIDARITÉ, pour vous? Que signifie-t-elle aujourd’hui? Est-ce qu’on ne l’utilise pas à tort et à travers pour être ‘politiquement correct’? Est-ce que chacun-e ne l’interprète pas à sa manière ? Est-ce qu’on se rend compte de sa richesse ? Est-ce qu’on réalise ce qu’elle implique ? Souvent on l’utilise dans des discours, des programmes politiques, des manifestations ou évènements pour faire bonne figure. Et pourtant, elle nous interpelle dans notre manière d’être. Des femmes et des hommes d’Afrique et d’ici s’expriment et témoignent.

SolidaritŽ:

L’union fait la force Par la « Solidarité », j’entends cet agir volontaire entre les humains. C’est donner sans espoir de recevoir en échange. Une vraie solidarité est exercée sans discrimination de quelque nature que ce soit. C’est un sentiment qui pousse les personnes à s’accorder une aide mutuelle au moment opportun. Un sentiment aussi d’unité et de responsabilité commune. C’est un lien tissé entre les individus ou groupe d’individus. Elle est une responsabilité d’assistance mutuelle et d’entraide réciproque entre les membres du groupe. Il s’agit d’une interdépendance

Solidarité, un engagement collectif

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entre les individus et se traduit par la spontanéité des personnes à se mettre ensemble volontairement et qui s’engagent à s’assister mutuellement. La solidarité comprend aussi un volet éthique et politique : unions de plusieurs groupes de personnes ou plusieurs pays pour formes de grands ensembles afin de peser suffisamment lourd sur l’échiquier politique national et/ou mondial,…!

La solidarité fait partie du vécu Aujourd’hui la solidarité existe d’une manière dynamique surtout que l’on sait que l’union fait la force. Dans ma communauté, nous vivons la solidarité via: • les soutiens mutuels lors des événements heureux (naissance, mariage) ou malheureux (mort, perte de bien de grande valeur comme l’incendie de sa maison, maladie); • le soutien moral aux personnes désespérées, déprimées par des circonstances à difficultés diverses de la vie au moyen des visites à domicile, des gestes de soutien moral et/ou matériel ; • les appuis ponctuels et divers aux pauvres et autres vulnérables démunis; • les groupements à caractère solidaire et sociale (les tontines, les mutualités, les coopératives) qui se mettent en place et qui se multiplient. C’est une nouvelle forme moderne auxquelles les personnes ont recours pour faire un front commun contre les risques multiformes de la vie tels que la pauvreté, la misère, la maladie.

Une dynamique associative

prendre en charge intellectuellement, matériellement et moralement, à vivre en accord avec ses aspirations propres et à prendre conscience de ces dernières dans une dynamique associative et non pas individualiste. Le défi majeur est la mauvaise compréhension de certaines personnes qui confondent la solidarité et la compassion ! On devrait comprendre la solidarité dans le sens de la construction d’une humanité libre et heureuse, d’un monde habitable où les plus démunis peuvent atteindre un niveau minimum de vie décente, des conditions de vie améliorée grâce aux mécanismes de soutien qui sont de nature à tirer les plus démunis et les indigents de cette situation de pauvreté extrême vers une situation meilleure où, à un certain moment, ils pourraient être à mesure de subvenir eux-mêmes à leurs besoins de base. Actuellement dans notre pays, la solidarité souffre du « modernisme galopant » qui fait que les gens deviennent de plus en plus égocentriques, fermés sur eux-mêmes et ne s’ouvrent plus aux autres. La solidarité donne alors un visage d’un jeu d’intérêt et non une démarche généreuse. En plus, la pauvreté qui sévit dans les ménages fait que les gens adoptent de plus en plus un comportement malhonnête pour arriver à satisfaire un besoin. Au fait, il devient de plus en plus difficile pour les gens d’avoir une convergence de valeurs afin de définir ensemble une vision, une mission et des buts stratégiques partagés. Idesbald Nsabimana, Coordinateur national de la Mutualité Nationale de Santé, Gitega

Il y a une nécessité d’éduquer et d’aider les gens des différentes catégories sociales à se

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Des réfugiés au Congo

SolidaritŽ: Etre avec Un mot si souvent entendu et utilisé qui évoque pour moi l’humanité, la citoyenneté, la fraternité, la réciprocité, l’engagement. Un mot qui dit «être avec»: avec qui? pourquoi? comment? où? jusqu’où? Un mot qui s’applique à de multiples situations tant il y a des façons d’être solidaire. Pour moi, depuis plusieurs années, entre autre, j’apporte ma petite pierre au sein d’une association de bénévoles dans l’accompagnement de demandeurs d’asile, arrivés seul(e) ou avec enfants, d’Afrique, de Russie, du Kosovo ou d’ailleurs, pour les aider à faire valoir leurs droits: droits administratifs auprès de l’Ofpra (Office Français pour les Réfugiés et les Apatrides) et des préfectures, et droits sociaux en matière de logement, santé, scolarité. Ecouter et partager les difficultés. Accompa-

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gner dans les divers déplacements quand c’est nécessaire, chercher un interprète, un avocat. Créer des réseaux de relations. Favoriser l’intégration par l’apprentissage de la langue. Expliquer les différents rouages de notre société. Permettre l’autonomie. Mieux comprendre celui qui vient de loin, ce qu’il a vécu, les raisons du départ de son pays, entendre ses espoirs, ses attentes mais aussi ses désillusions, se laisser bousculer dans nos habitudes et nos idées, être ouvert à l’autre, c’est favoriser le mieux vivre ensemble. Marie Lebret, Saint-Brieuc en Bretagne, France


Tout sur la FONCABA sur www.kba-foncaba.be

Les projets

• sont adaptés à la spécificité culturelle de la population locale

• stimulent la culture démocratique

FONCABA

La FONCABA est une ONG de solidarité internationale, reconnue comme telle par les autorités belges, spécialisée dans le renforcement de la société civile en Afrique. Par des formations, les partenaires locaux et leurs groupes de base reçoivent la possibilité d’augmenter leurs compétences et de restituer leurs connaissances de manière efficace à d’autres. La FONCABA collabore directement et sur base de réciprocité avec des organisations africaines locales.

ACTIONS dans le sud

La FONCABA investit dans la formation de partenaires locaux autour de 5 thèmes : l’agriculture familiale et la sécurité alimentaire, la démocratie et les droits de l’homme, la prévention de conflits et la construction de la paix, l’éducation des jeunes et l’empowerment des femmes. La FONCABA développe une relation de partenariat honnête, ouverte et profonde, sur un pied d’égalité et basée sur le dialogue. La FONCABA choisit aussi une approche intégrale de l’homme et de sa communauté : les aspects économique, social, politique, culturel et spirituel s’y retrouvent.

• créent l’autopromotion • renforcent l’empowerment de la femme • prennent soin du système écologique • ne sont pas imposés mais naissent au sein de la population locale

ACTIONS dans le nord

La FONCABA participe à l’éducation au développement concernant la problématique Nord-Sud et sensibilise les intéressés, les organisations sociales et les sympathisants autour de l’importance de renforcer de manière durable les individus et les groupes au Sud sur base d’un dialogue honnête. La FONCABA participe activement aux campagnes du mouvement Nord-Sud, 11.1111 et le CNCD, comme l’action sur les objectifs millénaires, donne des avis (principalement sur l’Afrique Centrale) et attire l’attention sur les thèmes dans la revue KARIBU et via le site web.

Et Vous?

La FONCABA est soutenue par des dons pour une partie de son travail de formation avec des organisations partenaires en Afrique. C’est pourquoi la FONCABA vous remercie 1000 x ! FINTRO : BE 94 1430 6786 22 14 (Pour les dons de 40 euros ou plus, vous recevez une attestation fiscale) janvier, février, mars 2016 | FONCABA 31


Karibu est la revue de l’asbl FONCABA et paraît quatre fois par an. Abonnement: La revue est envoyée gratuitement à tous les intéressés Rédaction: M-Bernadette Zubatse Luc Bonte Erick-Bayard Rwantango Dries Fransen Jean Lefèbvre Hendrik Demuynck

La FONCABA est une ONG reconnue par les autorités, spécialisée dans le renforcement des capacités de la société civile en Afrique. En optant pour la collaboration directe avec des partenaires locaux, les projets obtiennent des résultats durables et un grand ancrage dans la communauté locale. La FONCABA donne des outils pour que les Africains puissent prendre leur propre processus de développement en mains.

Les articles n’expriment pas nécessairement l’opinion de la FONCABA. Cette revue est imprimée sur papier recyclé. Dit tijdschrift verschijnt ook in het Nederlands

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Adresse: Rue du Progrès 333/03 B-1030 Bruxelles Tél. : 02 201 03 83 Fax : 02 205 17 39 e-mail : info@kba-foncaba.be www.kba-foncaba.be Editeur responsable: M-Bernadette Zubatse (Rue du Progrès 333/03 – 1030 Bruxelles) Photos: FONCABA, PER, Radio Okapi, CAEDH, CBMT Layout et impression: De Riemaecker Printing bvba www.deriemaecker.be

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