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Nous sommes au XVème siècle en Flandres, cette partie de notre territoire aujourd’hui occupée par les départements du nord de la France et la Belgique. C’est encore le Moyen-âge, bien que le Quattrocento annonce déjà la Renaissance en Italie. Mais à cette époque en Flandres, les peintres commencent à peine à utiliser les toutes nouvelles techniques venues du sud. La peinture à l’huile est une révolution face à la détrempe utilisée jusqu’alors et les règles de la perspective géométriques découvertes il y a peu, commencent à peine à être utilisées.


Jusqu’à présent, les artistes peignaient des personnages bibliques ou mystiques sur des fonds dorés, des personnages statiques qui ne cherchaient pas à représenter la réalité mais simplement une symbolique. Les paysages n’étaient jamais peints et l’on ne faisait pas non plus de scènes d’intérieur. Pour quoi faire ? Puisque les tableaux servaient uniquement à représenter des scènes de la bible afin d’éduquer les nombreux illettrés.


Mais ce XVème siècle artistique va être bouleversé par l’arrivée de nouveaux peintres aux idées nouvelles ; Van Eyck en premier lieu. Van Eyck, vous en avez tous déjà entendu parler, non? Mais nous reviendrons par la suite sur ce personnage passionnant. Ce XVème siècle subira l’invasion d’une bonne partie du territoire des Flandres par les ducs de Bourgogne. La question qui se pose est donc de savoir quels bouleversements cette invasion va-t-elle apporter? Cela va-t-il influencer la création artistique? Et comment? La nouvelle génération de peintre va-t-elle utiliser les nouveautés venues de l’Italie ou leur préférer le confort du classicisme médiéval?


Comme nous allons le voir, les ducs de Bourgogne vont en effet avoir un rôle prédominant dans cette histoire. Ils sont riches, ils sont instruits et grands amateur d’art. Leur fortune va enrichir le territoire des Flandres et permettre à ces nouveaux peintres en quête d’évolution picturale d’inventer un style nouveau: le primitif flamand. Ces ducs de Bourgogne vont accueillir bon nombre d’artistes à la cour de Dijon. Jean Van Eyck devient rapidement le peintre officiel de Philippe le Bon. Anvers, Bruxelles, Tournai, Gand deviennent alors les foyers d’une intense activité artistique.


Mais qu’est-ce qui caractérise la peinture des primitifs flamands? Quels sont donc ces spécificités dont la cour de Bourgogne est si friande et assurera le renom à travers toute l’Europe? Tout d’abord, les artistes maitrisent les règles de la perspective mais restent fidèles aux canons du gothique. Ils emploient des formes grêles et élancées dans la représentation de leurs personnages. Les nus sont rares et l’architecture est toujours inspirée des bâtiments de l’Europe du Nord.


De plus, ils aiment à créer des rendus fidèles et méticuleux des intérieurs bourgeois avec en fond des paysages, mais toujours des paysages des pays bas. Leurs sujets et leurs messages de prédilection demeurent à caractère religieux. Mais surtout, surtout, et il s’agit ici d’une véritable révolution, ils transposent le sacré dans le quotidien, le réel de leur époque. Ces innovations créent un véritable tournant de l’histoire de l’art. L’utilisation de la peinture à l’huile leur permet une luminosité et une pureté dans les rendus jamais connue avec la méthode ancienne de la détrempe. Ils créent également une gamme de tons bien plus vaste et utiliseront bientôt la technique du glacis, qui consiste à étaler de très minces couches d’un mélange pigmenté, et reproduiront des effets de transparence inconnus jusqu’alors.

Et ? Me direz-vous. Qu’est-ce que tout cela va changer à l’art ? Comment cela va-t-il permettre à la peinture flamande d’évoluer ? Cela va-t-il avoir une incidence sur la créativité du reste de l’Europe ? C’est ce que nous allons découvrir très prochainement.


Introduction à l'art primitif flamand