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02/06/2010

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Anal ys e Mercredi12 mai 2010

La dette publique des Etats-Unis est pire que celle de la Grèce Par Em m an u el Gar es s u s

En 2009, aux Etats-Unis, le dé ficit primaire structure l atte int 7,3% du PIB e t au Royaume -Uni 6,8% du PIB. Ce la paraît incroyable mais il e st pire que le s 6% de la Grè ce Quiconque aimerait savoir qui créera des emplois ces prochaines années peut exclure le secteur public. La dette des Etats est telle que les dépenses publiques devront baisser. Certains crieront au diktat des marchés, mais les Etats ne pourront se soustraire à l’arithmétique la plus élémentaire. Même la France, qui depuis 1974 n’a pas connu un seul budget en équilibre. Les décisions de ce week-end n’y changeront rien. Elles ne permettent que de gagner du temps. D’une façon générale, la situation a tendance à empirer. Dans cinq ans il n’y aura plus aucun pays muni d’un rating de AAA, selon une admirable étude de Willem Buiter, chef économiste de Citigroup. Cet ancien membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre est une personnalité réputée et s’exprimait aussi mardi lors de la conférence de la BNS et du FMI, à Zurich. Nous sommes presque au point où il n’existe plus d’obligation sans risque, selon Willem Buiter. Le kilo d’or n’est pas par hasard à 42 000 francs. Même les Etats-Unis et l’Allemagne ne sont plus sûrs: le CDS spread (mesure du coût de la protection) de l’Etat américain s’élève à 40 points de base. En clair, cela signifie que la probabilité des Etats-Unis d’être en défaut sur leur dette atteint 3,5% à 5 ans. Pour l’Allemagne, la probabilité est de 2,8%. Le pire se trouve-t-il d’ailleurs à Athènes? Si l’attention se porte avec raison sur le sud de l’Europe, les finances publiques britanniques et américaines sont dans une position aussi catastrophique. Le meilleur indicateur de la capacité de sortir de la crise du crédit est le déficit primaire d’un Etat. Il exclut les paiements sur les intérêts de la dette. Il est toutefois nécessaire de l’évaluer en faisant abstraction du cycle conjoncturel. Le résultat s’appelle déficit primaire structurel. En 2009, aux EtatsUnis, ce déficit atteint 7,3% du PIB et au Royaume-Uni 6,8% du PIB. Cela paraît incroyable mais il est pire que les 6% de la Grèce. Nous ajouterons qu’à l’aune de ce critère la Suisse s’en sort bien, avec un excédent primaire structurel de 0,3% (comme l’Allemagne), alors que la France est largement dans le rouge, avec un déficit primaire de 3,7% du PIB. Sur cette base, Willem Buiter montre que les Etats-Unis doivent absolument présenter un programme de réduction budgétaire permanent de 7,3% pour s’en sortir. Soit par hausse des impôts, soit par baisse des dépenses publiques. L’effort doit en outre être permanent. Le calcul est indiscutable, seules les hypothèses peuvent l’être. Willem Buiter s’appuie sur le déficit public américain de 2009, qui atteint 103% du PIB, associé à un taux de croissance annuel de 3% et un taux d’intérêt réel de 4%. L’économiste ajoute que ces chiffres n’ont pas encore intégré le coût considérable des promesses de retraites. Pourtant le défi démographique pèse de plus en plus sur la productivité des pays industrialisés. Laissons tomber le débat sur les promesses liées à la sécurité sociale et aux retraites. Mais

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contentons-nous d’intégrer les engagements des deux grandes agences hypothécaires américaines (Fannie Mae et Freddie Mac), lesquelles appartiennent à 79,9% à l’Etat. Il faut dès lors ajouter une dette de 1761 milliards de dollars à la dette publique officielle. Il serait économiquement justifié d’ajouter 4379 milliards de dollars d’engagements hors bilan. Mais en fermant les yeux sur ceux-ci et ne prenant que les dettes inscrites au bilan, la dette publique de l’Etat américain devrait être relevée de presque 13% du PIB par rapport aux statistiques officielles. Ce n’est pas parce que les gouvernements anglais et américain détournent l’attention et n’entreprennent rien contre l’ascension de leurs déficits qu’ils n’existent pas. Au contraire, l’inaction signifie que la détérioration se poursuivra et que la conclusion sera plus douloureuse, selon Buiter. Le camp des optimistes nous explique généralement que des déficits publics élevés ne sont pas nouveaux et qu’après avoir atteint des sommets au sortir de la Deuxième Guerre, l’amélioration a été considérable. Le déficit américain a en effet chuté de 121% du PIB à 32% en 1974. C’est omettre l’essentiel. Les autorités doivent être au bénéfice d’un fort soutien politique pour que le plan de redressement soit accepté. Après la guerre, chacun avait compris que la cause du déficit était la lutte pour la souveraineté. L’effort demandé était perçu comme normal. Il en ira autrement si le déficit est, comme aujourd’hui, le fruit d’une mauvaise gestion ou de promesses intenables. Les milieux qui ne perçoivent aucun danger dans le niveau des déficits espèrent que la croissance économique permettra d’éponger le déficit public. L’histoire américaine, de 1946 à 1974, a montré que les 89% d’amélioration se sont répartis à parts égales entre la croissance réelle (55%) et l’inflation (55%) et qu’il a été contrecarré par les années de déficit public fédéral (-20%). Le même calcul pour le Royaume-Uni montre qu’entre 1947 et 1991, l’inflation a réduit le déficit de 228% du PIB, la croissance économique de 98% alors que de nouveaux déficits se sont ajoutés pour un total de 124%. En somme, l’idée d’une sortie des déficits par la croissance est un leurre. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont donc très vulnérables. Mais ils ont deux atouts majeurs par rapport à la Grèce. Ils disposent de leur propre monnaie et leur économie souterraine est bien plus modeste. Mais leur maladie n’est pas plus imaginaire que celle de la Grèce.

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