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■ SÛRETÉ DE WILAYA D’ALGER

Un réseau national de trafiquants de psychotropes démantelé LIRE L’ARTICLE DE KAMEL BENELKADI EN PAGE 32

LE QUOTIDIEN INDÉPENDANT - Jeudi 19 décembre 2013

ÉDITION DU CENTRE

N°7052 - Vingt-quatrième année - Prix : Algérie : 15 DA. France : 1 €. USA : 2,15 $. ISSN : 1111-0333 - http://www.elwatan.com

SUR LES TRACES DES HARRAGA ALGÉRIENS EN EUROPE

La fin de l’aisance financière

Le calvaire du couloir bulgare

Abdelmoumen Khalifa sera à Alger avant la fin de la semaine prochaine. Une délégation, composée de policiers d’Interpol Algérie et de représentants de la justice, s’envolera incessamment pour finaliser la procédure d’extradition. Une mesure devenue définitive après le rejet par la Cour européenne des droits de l’homme du recours introduit par Abdelmoumen Khalifa pour contester la décision du Royaume-Uni. Une victoire pour la justice algérienne…

PHOTO : H. LYES

Il sera extradé vers la fin de la semaine prochaine

BANQUE D’ALGÉRIE

Le mythe de l’aisance financière en Algérie semble s’effriter chaque jour un peu plus. Au milieu de discours laudateurs misant tout sur les accomplissements des programmes quinquennaux de relance et de croissance économiques, les autorités en charge des finances et des politiques monétaires semblent trancher avec l’excès d’optimisme ambiant. Melissa Roumadi (Suite page 8)

Lire l’article de Salima Tlemçani en page 5 Lire également l’article de Omar Berbiche

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

CHU MUSTAPHA PACHA

Kamal Benkoussa candidat

PHOTO : H. LYES

Une équipe de GE pour moderniser les urgences

LIRE L’ARTICLE DE FAYÇAL MÉTAOUI EN PAGE 6

◗ Des clandestins algériens arrêtés à la frontière entre la Bulgarie et la Serbie

PHOTO : EL WATAN

■ Kamal Benkoussa, 41 ans, économiste, annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’avril 2014 avec le slogan «L’Algérie qui avance».

Bulgarie. De notre envoyé spécial Zouheir Aït Mouhoub

M

iziriya oua tahya El Djazaïr» (la misère et vive l’Algérie). Le slogan, repris en chœur au lendemain de la qualification de l’équipe nationale, retentit jusqu’au cœur de Sofia, la capitale bulgare. Sur la place centrale de Sofia et ses environs immédiats, il

m’arrive de me sentir presque à Alger : des «saha kho» clamés ici et là, des «labess ?» affables de compatriotes. Sans parler des chamailles entre délinquants tonnant de gros mots aux accents algériens. Suite du reportage en page 2, lire également en pages 3 et 4

■ De nouvelles méthodes et de nouveaux outils visant l’amélioration de la qualité des soins dans les services des urgences sont sur le point d’être mis en place. ■ Une opération-pilote se déroule actuellement à l’hôpital Mustapha Pacha, engagée depuis plus de deux mois par la compagnie General Electric (GE). LIRE L’ARTICLE DE DJAMILA KOURTA EN PAGE 6

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ABDELMOUMEN KHALIFA


El Watan - Jeudi 19 décembre 2013 - 6

L’ACTUALITÉ KAMAL BENKOUSSA ANNONCE SA CANDIDATURE À LA PRÉSIDENTIELLE 2014

CONSEIL CONSTITUTIONNEL

«Le régime actuel traite le peuple comme un enfant»

Medelci installe les nouveaux membres

PHOTO : H. LYÈS

L

’Algérie qui avance» est le slogan choisi par l’économiste Kamal Benkoussa, 41 ans, pour sa campagne à l’élection présidentielle d’avril 2014. Hier, lors d’une conférence de presse à l’hôtel El Djazaïr à Alger, il a plaidé pour «un changement pacifique, démocratique et réel» en Algérie. «Je me présente aujourd’hui devant vous en tant que citoyen libre de ce pays. Je suis un candidat indépendant de toutes les formations soumises, contrôlées ou proches du pouvoir actuel», a-t-il annoncé. Sa seule ambition ? Construire une Algérie forte. «Une Algérie solidaire et plus juste, en paix et en sécurité, où la confiance sera retrouvée, les libertés respectées. Enfin une Algérie où le travail permet de vivre dignement. Nous sommes tous les héritiers de l’esprit de Novembre 54, et ma candidature s’inscrit dans la continuité du combat des hommes et des femmes qui ont défendu nos libertés», a-t-il appuyé, disant n’attendre aucune autorisation pour se lancer dans la course électorale. Le courage aujourd’hui est, selon lui, la mobilisation pour le changement. «Le statu quo signifie l’immobilisme dans un monde qui bouge. Il constitue une menace pour notre unité nationale et notre avenir, car il mène notre société vers le chaos», a-t-il prévenu. Le fichier électoral doit être, selon lui, remis à tous les candidats à la présidentielle. Autre condition : la présence d’observateurs étrangers au scrutin présidentiel et le contrôle citoyen de la consultation électorale. «Aux citoyens d’exiger que les élections soient libres et démocratiques», a-t-il conseillé. Cet économiste algérien, qui a longtemps travaillé à la City de Londres, envisage de s’appuyer sur un réseau algérien constitué en dix ans pour collecter les 60 000 signatures nécessaires à sa candidature et sur les dons collectés via internet pour financer en partie sa campagne. Il compte également sur ses propres économies. Sans demander le départ du président Abdelaziz Bouteflika à la fin de son troisième mandat, il a relevé que l’actuel locataire du palais d’El Mouradia est «un homme vieux et malade». «Bouteflika a un bilan qu’il devra défendre, nous avons une vision à proposer», a-t-il dit. La situation de l’Algérie est critique. «La paix sociale a été achetée grâce à la subvention d’emplois et aux produits subventionnés financés par les excédents accumulés par l’Etat. Ces transferts de 30 milliards de dollars seront impossibles à supporter. L’Algérie fait face à des enjeux majeurs qui portent sur son avenir et son unité.

Kamal Benkoussa

Les élections présidentielles prochaines sont une échéance cruciale pour notre pays», a-t-il déclaré. Sonatrach finance, selon lui, 50% des richesses nationales, 65% du budget de l’Etat. D’après lui, 200 milliards de dollars ont été dépensés ces quinze dernières années. L’Algérie a, selon lui, besoin d’un taux de croissance annuel de 5% pour répondre aux attentes de la population dans le futur. «Les hydrocarbures financent une politique de grands travaux qui n’a pas profité à l’Algérie mais aux autres nations. Nous avons tout importé, même la main-d’œuvre ! L’Algérie importe presque 70% de ses besoins alimentaires alors que le potentiel agricole est immense.» «L’Etat surexploite d’une manière exagérée les ressources nationales, s’approprie le bénéfice comme un revenu privé. Tout cela à cause de la mauvaise gouvernance. Aucun gouvernement n’est responsable de ses actions ni de ses échecs», a-t-il relevé accusant les institutions étatiques de servir des «intérêts privés». «Le gouvernement est embourbé dans la gestion de l’urgence, incapable de construire une économie forte. Les gouvernants préfèrent maintenir le statu quo de la rente pétrolière, ont délibérément détruit l’économie nationale. Le Parlement est sans pouvoir réel, coupé du peuple. L’administration, qui emploie deux millions de fonctionnaires, est un monstre bureaucratique. L’administration étouffe le peuple algérien. La justice est manipulée et les citoyens ne sont pas égaux devant la loi. Ceux qui dénoncent la corruption sont emmenés en prison et ceux qui la pratiquent sont innocentés», a-t-il constaté évoquant les inégalités entre régions. Le système de

santé est, d’après lui, inefficace : «Quand des Algériens meurent dans les hôpitaux en Algérie et le président de la République se fait soigner à l’étranger, il y a une injustice quelque part.» Il a cité l’exemple des hôpitaux publics qui manquent de matériel et de personnel qualifié. Il a estimé le taux national de chômage à 22%. «La situation réelle du chômage est maquillée par les emplois précaires. Les universités algériennes forment des chômeurs. La jeunesse est oubliée, son avenir hypothéqué», a-t-il noté parlant de «réelle fracture générationnelle» entre la population et le pouvoir. «Le régime a une seule volonté : rester au pouvoir quel qu’en soit le prix. Le régime autoritaire qui vit de la rente pétrolière est destructeur des valeurs morales. Il a fait de nous des assistés, une société sans repères. Il a introduit le doute. L’Algérien doute de son pays, de lui-même. Les jeunes ne croient plus en la politique et les élites s’autocensurent. Nous sommes dans une impasse morale. Le régime actuel a vidé la société de toute sa substance, traite le peuple comme un enfant, lui a enlevé le droit de penser !» a-t-il appuyé, regrettant le renoncement collectif aux droits, aux devoirs et aux valeurs culturelles. «Certains disent que l’Algérien n’a pas d’ambition, n’a que ce qu’il mérite. Ils ne connaissent pas le peuple algérien. Les Algériens que j’ai rencontrés débordent d’énergie, de créativité, ont soif de bâtir une Algérie meilleure, nouvelle dans laquelle ils peuvent exprimer tout leur talent», a-t-il souligné. L’Algérie a, selon lui, besoin d’un nouveau projet de société : «Il faut faire de ce pays une grande nation, moderne et décomplexée. Nous devons bâtir une alternative radicalement différente du régime actuel. L’Algérie a besoin d’une refonte totale du fonctionnement de l’Etat. Un Etat qui scellera un pacte social avec le peuple. Je propose au peuple algérien une nouvelle République. Une République de la transparence et de la réconciliation. Réconciliation entre peuple et Etat.» La Constituante sera le pilier de cette nouvelle République. Kamel Benkoussa a fait un plaidoyer pour la diversification économique. L’ambition serait d’atteindre le taux de 6% de croissance minimum en 5 ans. «Nous ferons du climat des affaires en Algérie le plus attractif pour l’investissement de la région. L’Algérie sera le Singapour de l’Afrique et le Lion de la Méditerranée», a-t-il promis. Kamal Benkoussa est favorable à un septennat présidentiel, Fayçal Métaoui renouvelable une fois.

L

e président du Conseil constitutionnel, Mourad Medelci, a procédé, hier à Alger, à l’installation des nouveaux membres du Conseil, suite à l’expiration du mandat constitutionnel de six ans de leurs prédécesseurs, indique un communiqué de cette institution. Cette opération s’inscrit dans le cadre du «renouvellement partiel de la composition nominative du Conseil constitutionnel conformément à l’article 164 alinéa in fine de la Constitution», a précisé la même source. Les membres installés sont : Boutkhil Brahim, élu au titre du Conseil de la nation, en remplacement de Salem Badreddine. Graoui Abdenour, élu au titre de l’Assemblée populaire nationale, en remplacement de Mohamed Abbou. Balit Ismaïl, élu au titre de la Cour suprême, en remplacement de El Hachemi Addala. A cette occasion, M. Medelci a remercié les membres sortants pour «tous les efforts qu’ils ont consentis durant leur mandat au service de l’institution». Il a, par ailleurs, souhaité plein succès aux nouveaux membres dans l’exerAPS cice de leurs nouvelles fonctions.

CHAÎNE ATLAS TV

Les travailleurs dénoncent «un licenciement abusif» des journalistes et travailleurs de la chaîne satelC olère litaire privée Atlas TV. Ils dénoncent la décision de la direction de cette chaîne de renvoyer tous les travailleurs (journalistes, cameramen, chauffeurs, monteurs), prise hier matin «sans préavis». «Les responsables, Tarek Yahiaoui et Hichem Boualouche, nous ont demandé, ce matin (hier ndlr), de prendre nos affaires et de partir. Ils nous ont dit que certains d’entre nous seront rappelés dans une semaine», affirment les travailleurs, qui ont pris attache avec notre rédaction. Selon eux, «la direction de la chaîne n’a même pas pris soin de régler les salaires des deux derniers mois». «Les travailleurs ne sont même pas déclarés à la Sécurité sociale», déplorent-ils. Contacté, Tarek Yahiaoui, PDG de la chaîne, infirme d’abord les déclarations des travailleurs. «Tous les salaires ont été payés. Tous les journalistes ont perçu leur salaire», dit-il. Selon lui, l’entreprise s’apprête «à entamer sa réorganisation, pour s’adapter à la nouvelle loi sur l’audiovisuel qui ne permet que la création de chaînes thématiques». «Nous sommes actuellement une chaîne généraliste. Nous sommes tenus de nous adapter aux dispositions de la nouvelle loi. Donc nous allons rappeler certains journalistes qui vont s’adapter à la thématique choisie», indique-t-il. Lancée en mai 2013, Atlas TV est, rappelons-le, une chaîne privée algérienne de droit étranger. Madjid M.

AMÉLIORATION DES SERVICES DES URGENCES MÉDICOCHIRURGICALES

Une équipe de General Electric au CHU Mustapha Pacha D

e nouvelles méthodes et de nouveaux outils visant l’amélioration de la qualité des soins dans les urgences sont sur le point d’être mis en place. La première opération du genre se déroule actuellement à l’hôpital Mustapha Pacha. Laquelle est, pour le moment, une opération-pilote engagée depuis plus de deux mois par la compagnie américaine General Electric Healthcare Algérie (GE). Une équipe de 8 experts français spécialisés dans le consulting, dont des médecins spécialistes (urgentistes) et des économistes s’attellent à faire fonctionner le service des urgences avec de nouveaux réflexes adaptés aux standards internationaux pour arriver à une optimisation des services. L’objectif est d’atteindre une performance hospitalière. Une approche qui vise un accès aux soins dans les ratios des standards modernes,

nous confie une source proche du dossier. L’enjeu est, selon notre source, de permettre aux patients d’être pris en charge dans les plus brefs délais et dans les conditions les plus adaptées. En clair, être mieux soignés. L’équipe en question, qui est sur le terrain, a pu réaliser quelques modifications dans les habitudes au sein de ce service fortement sollicité. L’accueil, connu comme la vitrine d’un service public, est déjà au point. Une virée aux urgences de l’hôpital Mustapha nous a permis de constater quelques améliorations sur le plan de l’accueil. L’agent installé derrière un comptoir, inexistant auparavant, semble bien briefé. Les pancartes d’orientation selon les spécialités attirent le regard. «Il y a une volonté d’aboutir à ce changement au sein de l’équipe médicale et paramédicale qui s’est sérieusement impliquée dans cette opération. Il y a un retour positif pour

l’amélioration de la qualité des soins», signale notre source. Pour y parvenir, des axes de travail ont été établis. Il est donc question de se pencher sur l’organisation au sein de ce service, l’informatisation, la formation et la prise en charge médicale directe du patient qui ne doit pas attendre, avons-nous appris. Cette opération qui s’étalera sur une période de 18 mois et pourra être généralisée à tous les autres services d’urgences des centres hospitaliers publics. «Un projet qui s’inscrit dans un partenariat stratégique pour améliorer les services de santé en Algérie», signale Slim Belkessam, conseiller auprès du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Avant de souligner qu’il s’agit d’une des priorités inscrites pour améliorer les services de santé et œuvrer au redressement durable du secteur, notamment en matière d’urgences médicochi-

rurgicales (UMC), de prise en charge du cancer, d’amélioration des conditions de prise en charge en gynécologie obstétrique et de formation. General Electric, précise M. Belkessam, est disposée à offrir un accompagnement particulièrement dans l’amélioration et la réorganisation du management des services d’urgences médicales et chirurgicales au regard de la grande expertise dont dispose cette compagnie en la matière. L’équipe d’experts de GE mène effectivement, à ses frais, une opération-pilote de mise à niveau et de réorganisation du management sur la base des normes internationales à l’hôpital Mustapha d’Alger. Il signale qu’après évaluation de cette opération-pilote, les deux parties entameront des discussions pour asseoir un «partenariat stratégique» entre le ministère de la Santé et GE pour moderniser le management des plus importants services UMC du pays. Djamila Kourta

Déclaration de candidature - 19 Déc. 2013 - El Watan