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K

Kaléidoscope

Le développement collectif dans tous ses états

DOSSIER

L’austérité en région :

Entre résistance et résilience TERRITOIRES NUMÉRIQUES Le péril de la fracture numérique

SOCIALE-FICTION

Entrevue en temps crépusculaires

ÉTUDES DE K

VOL.3 - No 1 - PRINTEMPS 2015

Charlevoix, la Mauricie, le Québec, Montréal


MOT DE LA RÉDACTION - 1

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

L’arbre et la forêt Par Marcelo Solervicens

struction des acquis collectifs nourrissent… Bref, un remède de cheval qui affaiblit la partie fragile plus vite, ensemble on va plus loin, n’était en fait du corps social : les démunis et la classe moyenne. qu’une lapalissade, bref une vérité évidente… Elle Autre exemple de cette tendance à refuser ajoutait que les discours dominants de l’actualité de voir les impacts avant les coupures paraméce printemps, en Europe comme ici, s’acharnent à triques. En éducation, cela se traduit par la révouloir cacher cette évidence. En effet, en mettant duction des services aux élèves qui en ont le plus l’emphase sur des mesures d’austérité «inévitabesoin, nous le savons maintenant. Pour certains bles» dans le contexte, les visions simplistes et comme Gérard Bouchard, les coupures aveugles manichéennes en vogue taisent une autre évidisent que l’éducation publique de qualité n’est dence : en frappant d’abord les plus faibles, on plus une priorité. Très certainement un manque fait croître dangereusement les inégalités sociade vision grave pour un État, toujours dépositaire les. D’autres convives ont rappelé, bien sûr, que du bien commun. la crise climatique démontrait, Force est de constater que Seul on va plus vite, plus que jamais, l’importance la «rigueur budgétaire» affecte ensemble on va d’une vision d’ensemble du toujours de manière disproporplus loin développement, vue la précaritionnée le milieu du développeté de l’environnement et notre proverbe africain ment social au Québec. Faut-il responsabilité collective face rappeler que c’est lui qui avait aux générations futures. Un autre a dit qu’à trop déjà pris la relève de l’État dans les années 80, lors s’occuper de réduire coûte que coûte le déficit, on de cette autre crise financière qui avait imposé des perdait de vue le tableau : une société à bâtir pour mesures d’austérité majeures ? le bien de tous. À ne voir que l’arbre, on oublie Le vaste secteur du développement collectif la forêt. D’ailleurs le copieux essai « Le capital (DC) est lié au caractère distinctif de la société au XXIe siècle » de l’économiste français Thomas québécoise, c’est inscrit dans son ADN. Ce réseau Picketty est devenu best-seller international en complexe et diversifié d’organisations sociales, prouvant minutieusement cette montée fulguéconomiques et communautaires, a été applaudi rante des inégalités. par l’OCDE, tant pour son innovation que pour Agir vite pour juguler le déficit est devenu une sa capacité à réduire les inégalités, justement, ce pratique courante partout. Le Québec était en qui contribue à développer des communautés en retard (!) sur ces politiques d’austérité --ou de risanté. Le plus insidieux actuellement, c’est qu’en gueur budgétaire-- qui surgissent de manière cyfiligrane, le gouvernement actuel s’attend, une fois clique, rythmées par les exigences d’une économie de plus, à ce que le réseau du DC, bien moins mondialisée. Délicat de présumer de la maudispendieux à entretenir que le sien, pallie encore, vaise foi de nos gouvernants. Ils brandissent aux impacts nocifs des mesures de rigueur budl’objectif inattaquable d’assurer la survie de nos gétaire... programmes sociaux et d’accroître la richesse et Ironiquement les acteurs du développement l’emploi. collectif se verront appelés en renfort pour Mais l’austérité a la mauvaise habitude de atténuer les effets destructeurs des polis’accompagner des dommages collatéraux, cela est tiques d’austérité. À trop s’occuper d’un arbre, bien documenté, que l’improvisation et la déconoublions-nous encore une fois la forêt? /

Une amie argumentait l’autre jour, en présence d’autres gens, que le proverbe africain Seul on va


2 - SOMMAIRE

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

K

DOSSIER

L’austérité en région : Entre résistance et résilience

SOCIALE-FICTION Entrevue en temps crépusculaires

Kaléidoscope

TERRITOIRES NUMÉRIQUES Le péril de la fracture numérique

Le développement collectif dans tous ses états

VOL.3 - No 1 - PRINTEMPS 2015

Couverture: Photo : Charles Briand. Dans l’ordre habituel : Juan-Luis Klein (CRISES); Marie-Neige Besner (Touche pas à mes régions); Diego Scalzo (CDC Val St-François); Mario Pedneau-Jobin (Maire de Gatineau); Véronique de Sève (CSN); Nancy Neamtam (Le chantier de l’économie sociale); Constant Awashish.(Grand Chef, Nation Atikamekw)

Dans ce numéro nous sommes allés à: Sept-Îles, Gaspé, Charlevoix, Montréal, Québec, Sherbrooke, Granby, St-Jean sur Richelieu, Rimouski, Gatineau, Nicolet, Salaberry de Valleyfield, Massueville, St-Félicité, Drummondville, Shawinigan, Trois Pistoles, Rivière-du-Loup, SaintAndré-Avellin, Gaspé, Val d’Or, Rouyn-Noranda, MariaChapdelaine, et à bien d’autres endroits encore.

RUBRIQUES 1. MOT DE LA RÉDACTION L’arbre et la forêt

Par Marcelo Solervicens

3. POLITIQUES PUBLIQUES

Politique nationale de la ruralité 2014-2024 Par Jerry Espada

Retrouvez-nous sur mediakaleidoscope.org

5. PRATIQUES CITOYENNES

La formidable odyssée d’un peuple en mouvement Par René Cormier

DOSSIER : L’austérité en région :

7. TERRITOIRES NUMÉRIQUES

Entre résistance et résilience

Le péril de la fracture numérique

12. PRÉSENTATION

Par Caroline Larocque-Allard

10.INTERNATIONAL

Par Ariane Émond et Marcelo Solervicens

Planète femmes

HAUT PARLEUR

Par Caroline Moreau

14. Papa a raison ? Pas toujours !

32.SOCIALE-FICTION

Par Georges Letarte

Entrevue en temps crépusculaires

REGARDS CROISÉS

François Sampson-Dunlop

16. S’adapter au pacte fiscal. De gré ou de force

34.TOUTE UNE HISTOIRE

Les mines sous la Révolution tranquille

Par Sophie Mangado

Par Yanic Viau

19. Première onde de choc

36.ENJEUX

Gestion dans les entreprises d’économie sociale Par Patrick Duguay et Martin Frappier Par Julie Richard, Émilie Dufour, Louis-Filip Tremblay, Sophie Clerc, Laura-kim Dumesnil, Mélanie Lafrenière, Annabelle Petit.

42.RADAR CULTUREL/ À SURVEILLER

DIRECTEUR GÉNÉRAL ET COORDONNATEUR DE LA REVUE Marcelo Solervicens COMITÉ DE LECTURE Ariane Émond, Georges Letarte, Suzanne Lalande RÉDACTION Mickaël Bergeron, Madalina Burtan, Sophie Clerc, René Cormier, Anabel CossetteCivitella, Ricardo Costa, Émilie Dufour, Patrick Duguay, Laura-Kim Dumesnil, Ariane Émond,Jerry Espada, Martin Frappier,

22. L’année des maires courage Par Alexandra Viau

38.ÉTUDES DE K

Seul média indépendant destiné aux citoyens intéressés par le développement collectif, Kaléidoscope a pour mission de les informer, de les interpeler et de soutenir l’innovation. K, le développement collectif dans tous ses états est le lieu où les différents acteurs peuvent partager et enrichir leurs expériences et leur réflexion.

Par Mickaël Bergeron

25. Vers un nouveau cycle d’innovations sociales?

26. Quand Séraphin consulte une voyante dite experte Par Louis-André Lussier

27. Gaspésie : Condamnée à réinventer la roue Par Anabel Cossette Civitella

28. Abitibi-Témiscamingue : En mode sauvetage Par Caroline Larocque-Allard

30. Saguenay–Lac-Saint-Jean: Un seul oeuf dans le panier Par Ricardo Costa

31. Côte-Nord : L’élan retrouvé? Par Jude Brousseau

Par Juan-Luis Klein

Juan-Luis Klein, Mélanie Lafrenière, Caroline Larocque-Allard,George Letarte, Louis-André Lussier, Sophie Mangado, Caroline Moreau, Annabelle Petit, François Sampson-Dunlop, Marcelo Solervicens, Louis-Filip Tremblay, Alexandra Viau, Yanic Viau, PHOTO DE COUVERTURE Charles Briand DESIGN ET MISE EN PAGE Solervicens Communications RÉVISION LINGUISTIQUE Lili-Marion Gauvin Fiset IMPRIMEUR, JB Deschamps DÈPÔT LÉGAL: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada ISSN 1929-6878 (imprimé) ISSN 1929-6886 (en ligne)

KALÉIDOSCOPE 190, boulevard Crémazie Est, Montréal (Québec) H2P 1E2 514 864-1600 info@mediaKaleidoscope.org /mediakaléidoscope.org

CONSEIL D’ADMINISTRATION ARIANE ÉMOND, présidente, journaliste indépendante et animatrice JACQUES FISET, secrétairetrésorier, formateur en développement collectif GENEVIÈVE GIASSON, viceprésidente, coordonnatrice générale Communagir GEORGES LETARTE, consultant en développement collectif SUZANNE LALANDE, consultante en communications et relations publiques LOUISE RONDEAU, ministère de la Santé et des

Services sociaux (MSSS) DENIS SIROIS, directeur général CDEC-Centre-Nord LOUIS-ANDRÉ LUSSIER, conseiller CRÉ Vallée-duHaut-St-Laurent RÉAL MORIN, Directeur, Développement des individus et des communautés INSPQ Kaléidoscope s’inspire du Guide de déontologie des journalistes du Québec et du Conseil de presse du Québec pour prendre ses décisions en matière d’éthique et de déontologie. Les textes publiés sont sous la responsabilité de leur signataire et n’engagent aucunement les partenaires de K. Les textes publiés dans K peuvent être reproduits, à condition d’en citer la source. /


POLITIQUES PUBLIQUES - 3

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Politique nationale de la ruralité 2014-2024

Comme une peau de chagrin

Après 12 ans d’existence, après avoir traversé plusieurs élections et le règne de deux partis politiques, la Politique nationale de la ruralité (PNR), élaborée par et pour les acteurs ruraux, a été sacrifiée sur l’autel de l’austérité en décembre 2014. Quelle est la politique publique actuelle pour le développement du territoire ? Par Jerry Espada

Les gouvernements successifs, libéraux comme péquistes, avaient renouvelé la PNR à chaque échéance, en augmentant tant ses contenus (outils de soutien adaptés à une plus grande décentralisation et autonomie des régions) que sa durée (5 ans, 7 ans, puis 10 ans en 2014), sans pour autant bonifier l’enveloppe financière. C’était l’effet des principes de développement collectif, car si cette politique promouvait des valeurs de solidarité et de coopération, elle s’y appuyait pour sa propre élaboration. Par exemple, pour la conception de la PNR 2014-

2024, Solidarité rurale du Québec a commencé sa tournée des régions, pour discuter et échanger avec les acteurs ruraux, dès octobre 2011 et le ministère a débuté ses consultations dès décembre 2012 avec un comité formé d’élus, de chercheurs, de citoyens et de professionnels. Il s’agissait donc d’une véritable construction collective relevant d’une mobilisation rurale provinciale autour du développement socio-économique d’une grande partie du territoire québécois. La PNR était conçue comme une Politique d’État et non comme un simple programme de financement de projets. Certes, elle proposait des outils de financement pour soutenir des projets, mais ceux-ci n’étaient que des leviers pour favoriser la prise en charge locale du développement par les acteurs ruraux. Comme le soulignent des chercheurs en 2012 l’objectif premier n’était pas de faire des projets isolés, sans cohérence entre eux, mais bien d’être en projet afin d’accroître la capacité des acteurs (citoyens, élus et employés des structures de développement supra-locales ou régionales : CLD, SADC, CJE, CSSS, CLE, CRÉ, Ministères, etc.) à travailler ensemble et non en silo. Pour ce faire, la PNR reposait sur les outils de soutien suivants : * Le Pacte rural, un fonds permettant de réaliser des projets innovants. * Le Pacte plus, un fonds permettant d’investir à long terme sur des projets de plus grande envergure, en collaboration avec d’autres acteurs locaux et supra locaux. * Les agents ruraux, des ressources humaines permettant de soutenir les aspirations des leaders territoriaux (mobilisation, collaboration, projets). * Les Grands Prix de la ruralité, un évènement annuel provincial rassembleur permettant le renforcement des liens entre les acteurs et le partage d’expérience. * Solidarité rurale du Québec (SRQ), un organisme


4 - POLITIQUES PUBLIQUES

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place désormais les MRC au cœur de son nouveau modèle de gouvernance régionale de proximité et que chaque MRC aura l’autonomie pour adapter ce modèle à sa réalité et à ses besoins. En effet, les CRÉ ont été abolies et la compétence en matière de développement régional transférée aux MRC (qui n’ont plus l’obligation de recourir à un CLD). Le MAMOT prétend que les élus locaux et les préfets pourront même, s’ils le jugent nécessaire, se doter d’une instance de concertation dépassant la MRC. Pourraientils alors recréer une CRÉ non reconnue par le MAMOT ? Photo : Solidarité rurale du Québec Par ailleurs, le 22 avril 2015, le ministre Pierre Moreau (MAMOT) provincial permettant de fédésacrer les sommes disponibles à confirme la création du Fonds rer les efforts de développement la réalisation de projets sur les de développement des territoires et de développer les savoirs. territoires plutôt qu’au finance(FDT), doté d’une enveloppe budL’ensemble de ces outils rement de structures». La PNR ne gétaire de 100 millions de dollars présentait moins de 50 000$ par finançant qu’une seule strucpour 2015-2016. Il signale que an, par municipalité rurale. Les ture (SRQ), était-il nécessaire de les modalités de gestion sont exemples de réussite sont nomcouper 100% de ce financement? toujours en cours d’élaboration, breux et l’OCDE, qui a examinée Pour Bernard Vachon, promais on sait que le Pacte rural la PNR en 2010, a même conclu fesseur-chercheur retraité de et la subvention salariale des qu’il s’agissait de la Politique rul’UQAM, c’est bien la mort de la agents ruraux seront désormais rale la plus achevée à l’échelle PNR : « Vidée de son âme et de fusionnés au FDT, associé au des pays de l’OCDE. sa philosophie, ayant perdu son Pacte fiscal transitoire. Quel avemessager et principal partenaire nir dessinent ces orientations ? (SRQ), la PNR se résumera au La PNR est morte, vive le FDT? M. Moreau affirme que l’accès au Pacte rural qui disposera d’un Les conséquences du changeFDT sera sans condition. Faudrabudget réduit ». Et cette mort est ment de cap en matière de t-il ajouter : sans vision ? On peut tragique: «Anéantie désormais développement des territoires craindre, en effet, que les ruraux sont majeures. principes de développe« Vidée de son âme et de Tout d’abord, les MRC ont ment collectif ne servent bien reçu la subvention sa- sa philosophie, la PNR se résumera au plus de base au dévePacte rural qui disposera d’un lariale des agents ruraux loppement des territoires et le premier versement du budget réduit. » à travers ce fonds. Ainsi, Pacte rural en 2014, mais c’est tout un système coBernard Vachon le Pacte Plus n’a jamais vu hérent de développement toute l’expertise développée et le jour. Ensuite, le financement socio-économique et une solidarité transmise par les laboratoires rude Solidarité rurale du Québec essentielle à l’épanouissement des raux, les groupes de travail et ces a été supprimé dès janvier 2015 territoires ruraux qui sont menaautres outils œuvrant en amont et ce qui a sonné le glas des princicés. / parallèlement à l’action de terrain. pales activités de cette structure. Et avec elle, le dévouement Le 1er avril 2015, le ministère de centaines de bénévoles qui des Affaires municipales et appuient les initiatives locales ». de l’Occupation du territoire Le gouvernement soutient qu’il (MAMOT) affirmait vouloir « con-


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La formidable odyssée d’un peuple en mouvement Inscrire les arts et la culture au cœur du projet de société de l’Acadie du NouveauBrunswick, voilà la décision prise par les Acadiennes et Acadiens présents à la Convention nationale de 2004. Cette résolution a permis de doter le peuple acadien de cette province d’une réelle politique culturelle nationale, un outil de développement durable. Par René Cormier

Qu’est-ce qu’on entend par l’Acadie ? Où se situet-elle ? À quoi ressemble son territoire ? Voilà autant de questions qui se posent si on ne connaît pas ces femmes et ces hommes qui crient haut et fort leur appartenance au peuple acadien. L’Acadie n’est pas un État ou une province, et elle n’est pas, en soi, un territoire géopolitique. L’Acadie contemporaine relève plutôt d’un concept virtuel qui s’étend partout sur la planète et qui a, pour point d’ancrage principal, les quatre provinces de l’Atlantique. Au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada, les Acadiens représentent le tiers de la population et sont aujourd’hui dotés d’un ensemble d’institutions, d’organismes et de lois pour assurer leur épanouissement. Les acquis culturels, juridiques, politiques et socioéconomiques de cette population acadienne constituent des digues suffisamment puissantes pour lui garantir un bel avenir, enfin elle l’espère. Répartie dans trois grandes régions de la province, elle vit cependant majoritairement dans des districts de services locaux, sans gouvernance municipale. Le déplacement d’une partie des populations vers des centres urbains, tels Dieppe et Moncton, la présence constante de la langue de Shakespeare, sans parler du difficile contexte économique, sont autant de défis à relever. C’est dans ce contexte que se sont tenus, entre 2004 et 2009, les États généraux des arts et de la culture, un vaste projet d’aménagement culturel du territoire acadien impliquant plus d’un millier de personnes (artistes, gestionnaires culturels, enseignants, fonctionnaires, élus provinciaux et municipaux, journalistes, gens d’affaires...) Ils ont élaboré la Stratégie globale pour l’intégration des

arts et de la culture dans la société acadienne au Nouveau-Brunswick. Porté par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du NouveauBrunswick (AAAPNB), cet incroyable exercice de mobilisation citoyenne a donné naissance à une «politique culturelle nationale ». Depuis 2009, cette Stratégie sert de « carte de navigation », puisqu’elle présente une vue d’ensemble de la trajectoire à suivre pour assurer le développement durable des communautés acadiennes. On estime aujourd’hui que le succès de cette aventure repose sur le décloisonnement de tous les secteurs, l’ouverture d’esprit des personnes impliquées, la grande participation citoyenne, l’exclusion des enjeux de financement dès les premières discussions, l’accompagnement et l’animation de la démarche et le rayonnement de cette concertation dans l’espace public et médiatique. Par ailleurs, la présence des Photo: Yvon Cormier


6 - PRATIQUES CITOYENNES

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L’histoire montre bien que le instances provinciales et municide municipalités qui adoptent peuple acadien a su rester depales tout au long du processus des politiques culturelles, l’augbout, souvent contre vents et a nettement contribué à gagner mentation impressionnante des marées. Ce projet témoigne de la l’adhésion des décideurs publics. artistes dans le système scolaire, détermination de la société acaLa pédagogie utilisée lors des le dialogue ininterrompu entre le dienne, qui veut grands chantiers viaujourd’hui que les sait l’usage d’un voD’autres communautés linguistiques arts et la culture cabulaire commun, s’inspirent actuellement de la démarche reconnus la compréhension réalisée par la société acadienne pour élaborer soient comme une force de l’écosystème culleurs propres plans d’action culturelle. motrice, capable turel, la reconnaisde faire évoluer les sance du rôle et de mentalités et réveiller la créal’impact des arts et de la culture secteur culturel et les gouvernetivité des citoyens. Parce qu’une (cohésion sociale, construction ments provinciaux successifs, vie culturelle riche et stimulante identitaire, etc.), l’engagement cila reconnaissance du statut de permet de rêver l’avenir. toyen, l’appartenance à une cull’artiste dans l’espace public, la ture commune et la conviction multitude d’initiatives culturelles que les arts et la culture sont et le rayonnement des artistes Pour en vavoir plus : www.aaapnb.ca l’affaire de tous ! acadiens sur les scènes nationale Malgré les défis socioet internationale sont autant de Artiste multidisciplinaire et gestionnaire culturel, René Cormier est économiques actuels, cette mopreuves du succès de cette avenconseiller à la mise en œuvre de la bilisation est toujours vivante ture. D’autres communautés Stratégie globale pour l’intégration en 2015. Alors que débute une linguistiques s’inspirent actueldes arts et de la culture au Nouveauphase d’actualisation de la Stralement de la démarche réalisée Brunswick. tégie globale, l’engagement réel par la société acadienne pour de tous les partenaires est maniélaborer leurs propres plans feste. Le nombre grandissant d’action culturelle. Lancement de la Stratégie globale pour l’intégration des arts et de la culture dans la société acadienne au NouveauBrunswick. Photo: Yvon Cormier


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Le péril de la fracture numérique Des fossés numériques se creusent partout : entre les villes « intelligentes » et les villages déconnectés, entre les générations et les diverses communautés. Des organismes tentent de minimiser cette fracture, car les enjeux sont grands. Pendant que certains font des pas de géant dans l’appropriation numérique, d’autres risquent un sous-développement socioéconomique exacerbé par le « débranchement ». Par Caroline Larocque-Allard

Une communauté numérique au bout des doigts. C’est la devise d’organismes comme Île Sans Fil, à Montréal, ou les ZAP (Zones d’Accès Public à Internet). Ceuxci installent des points d’accès gratuits à Internet sans fil dans des lieux publics grâce à des antennes et des partenaires commerciaux, institutionnels et communautaires qui fournissent bande passante et routeurs. « L’innovation citoyenne est à l’œuvre pour faciliter l’accès à Internet. De nombreux projets issus de la société civile en témoignent », constate Dave Pelletier, directeur général de ZAP Québec. Inspiré d’Île Sans Fil et appuyé par la Ville de Québec, l’organisme bénévole offre aujourd’hui 600 points d’accès gratuits dans les cafés, les parcs, les transports, etc. L’Internet par Wi-Fi gratuit se propage dans la province. Les progrès effectués par Montréal et Québec en termes d’accès ont hissé ces villes parmi les 21 communautés intelligentes de 2014, selon le classement mondial de l’Intelligent Community Forum. Sherbrooke a reçu les mêmes honneurs en 2015, grâce au travail de ZAP Sherbrooke, de la Ville et de l’Université. « L’accès au Wi-Fi public évolue beaucoup en régions, de Gaspé jusqu’à Rouyn-Noranda », précise André Boisvert, directeur d’Île Sans Fil. « Granby, en Montérégie, est un exemple de petite municipalité qui,

au prorata de bornes par habitant, a des leçons à donner à Montréal. » Cependant, le manque d’infrastructures ralentit le progrès en régions, où un simple accès résidentiel à Internet haute vitesse est loin d’aller de soi.

S’unir pour se connecter

Délaissés par les grands fournisseurs comme Bell ou Telus, qui hésitent à investir pour une poignée de familles éloignées, de plus en plus de citoyens insatisfaits agissent : « À Saint-Jean-sur-Richelieu, des fermiers qui n’avaient pas de connexion haute vitesse ont investi tous ensemble dans un relais d’antennes privées, d’une ferme à l’autre, à partir d’une antenne en ville. Cette boucle a fait le tour de la campagne », raconte André Boisvert. Le projet ATENA . Photo : Evans Tremblay


8 - TERRITOIRES NUMÉRIQUES KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Les ZAP, Zones d’accès public à l’internet se multiplient au Québec. Photo : ZAP Québec.

Dave Pelletier rappelle que depuis 15 ans, le gouvernement du Québec a cherché à inciter le développement du réseau de fibre optique dans les zones éloignées. Or, le retour sur investissement attendu par les fournisseurs a refroidi ces derniers. M. Pelletier déplore le manque

www.fondslocaux.com

de vision et de leadership politique général : «L’intervention publique n’est pas la solution miracle, mais sans elle, les ressources bénévoles s’essoufflent rapidement. À Québec, au moment où la Ville a compris son rôle de facilitatrice et qu’elle a soutenu financièrement et

stratégiquement le projet WiFi, une barrière au développement s’est levée. »

La fracture croît avec l’usage

Ce n’est pas tout d’avoir accès à Internet : encore faut-il savoir s’en servir. À Rimouski, l’organisme ATENA a conçu un

FIER DE SOUTENIR LE DÉVELOPPEMENT DE L’ENTREPRENEURIAT COLLECTIF 5050, boulevard des Gradins bureau 130, Québec (Québec) G2J 1P8 Téléphone : 418 624-1634 Sans frais : 1 866 624-1634


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villages, permettant à des comlaboratoire informatique itinérant Saint-Laurent », déplore Claude munautés très isolées d’accéder et gratuit pour former les gens Ouellet. aux services publics, à la formapartout au Bas-Saint-Laurent. Dave Pelletier croit qu’il faut tion en ligne, à la télémédecine, La région se trouvait, en 2013, investir, comme province, dans etc. au bas du classement national un plan numérique à long terme, du CEFRIO pour ses compémais en s’appuyant sur la force Combler le fossé tences numériques. « Le manque communautaire qui lutte déjà En somme, alors que tant de d’éducation, l’analphabétisme, contre la fracture. villages et de petites municil’isolement et la pauvreté sont palités peinent à avoir la conNumérique et développement autant de conditions qui freinent nexion haute vitesse, les grands des territoires cette appropriation numérique», centres, propulsés par la denLes nouvelles technologies confirme Claude Ouellet, ressité de leur population, parlent sont désormais l’outil inconponsable d’ATENA. « Nous acdéjà réseautage social, géolotournable pour le développecompagnons, entre autres, des calisation, e-commerce communautés rurales de proximité, données « Le manque d’infrastructures démunies en services de ouvertes pour faciliter ralentit le progrès en régions, où un proximité. » l’innovation, la gouverOpérations bancaires simple accès résidentiel à Internet nance éthique et le prosur Internet, inscriptions haute vitesse est loin longement numérique en ligne pour le chômage d’aller de soi. » de l’espace public. « Le ou l’impôt, aide au retour moment est venu, dans André Boisvert à l’emploi… Beaucoup notre société branchée, de gens, jeunes et moins de faire le pas décisif qui nous ment des territoires. Le Réseau jeunes, ne sont pas outillés pour permettra d’enjamber ce fossé de communications Eeyou l’a faire face à un monde aussi brannumérique, croit Claude Ouellet. compris. Cet organisme autochché. « Les services publics dédiés Sans quoi un paquet de gens ne tone travaille à connecter les à la population aux prises avec seront plus fonctionnels et seJamésiens et les Cris du Norddes problèmes socioéconomiques ront maintenus dans une ignodu-Québec en déployant des sont maintenant numériques et, rance grandissante. » / milliers de kilomètres de fibre par le fait même, difficilement acoptique. cessibles à la clientèle qui veut De Quévillon à Kuujjuarapik, recourir à ces services. On se six communautés sont déjà branretrouve dans un cercle vicieux chées. L’organisme compte sur qui accentue terriblement la le programme fédéral « Canada fracture numérique dans des rérural branché » pour agrandir gions dévitalisées, comme le Basson réseau d’une quinzaine de TIESS_RevueK.pdf

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2015-05-21

11:59 AM


10 - INTERNATIONAL KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Planète Femmes L’importance de la mobilisation autour de la Marche mondiale des femmes (MMF) n’est plus à faire. Cet immense mouvement international d’actions féministes rassemble 4000 groupes et des organisations de la société civile partout sur la planète.

Par Caroline Moreau

La MMF a pris racine à la suite de la Marche « du pain et des roses » en 1995, au Québec. Tous les 5 ans depuis l’an 2000, les femmes de la MMF et leurs allié.es se font entendre dans plus de 50 pays et territoires. Au Québec, l’édition de la Marche mondiale a été lancée le 8 mars dernier avec plus d’un millier de personnes à Montréal. Les activités se poursuivent jusqu’au 17 octobre 2015, date du rassemblement final.

« Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires ! »

Austérité

Les mesures d’austérité au Québec procèdent d’un démantèlement des services publics et du secteur communautaire. Lorsqu’on choisit de couper dans les emplois ou de privatiser les services publics, ce sont les femmes qui sont les premières touchées. Elles en constituent non seulement les principales usagères, mais surtout les premières répondantes. Avec ces coupes, ce sont les écarts entre les femmes et les hommes et entre les femmes elles-mêmes qui se creusent. Les militantes de la MMF refusent ce modèle où la richesse de certains se fait sur le dos de femmes monoparentales, à faible revenu, précaires, immigrantes, racisées ou fragiles au plan de la santé.

C’est la thématique cette année. Le corps des femmes, notre terre et nos territoires sont occupés de façon transversale par les systèmes d’oppression (patriarcat, capitalisme, coloProtection de l’environnement nialisme, hétérosexisme, racisme). Ainsi, la lutte Les projets d’exploitation des ressources féministe rejoint celles pour la protection de naturelles au Québec n’offre pas les mêmes l’environnement et l’autodétermination des conditions de vie pour les femmes que pour peuples. Ces croisements entre mouvements les hommes. Sur les territoires affectés par sociaux relèvent d’une analde telles infrastructures, « Lorsqu’on choisit de yse intersectionelle, puisque on remarque une hausse couper dans les emplois la vision féministe porte des violences conjugales et de la prostitution. Notons l’égalité plus loin que celle ou de privatiser les également que ces projets entre les sexes. Elle l’étend services publics, ce sont s’accompagnent d’une croisjusqu’à l’abolition de toute les femmes les premières sance à deux vitesses, en afforme de domination, que ce touchées » fectant les femmes aux emsoit sur la nature, entre les plois moins bien rémunérés classes sociales ou les peucomme ceux liés à l’hôtellerie ou à la restauraples. tion. Ce développement axé sur l’extraction des La MMF au Québec a choisi d’articuler ses mesressources menace les écosystèmes, détruit et sages autour de l’austérité, de l’environnement et s’approprie les territoires autochtones non-cédés, de la militarisation afin de démontrer comment déstabilise les communautés et contribue au les femmes vivent à la croisée des oppressions. réchauffement climatique et à l’empoisonnement


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KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

de l’eau. Ces industries contribuent à l’affaiblissement du tissu social et à la destruction de la Terre laissant principalement les femmes gérer les impacts sociaux de ce modèle économique.

Militarisation

Les conflits entre nations entraînent, quant à eux, des déplacements de population, encouragent le développement de la militarisation et le déploiement accru d’une logique sécuritaire, ici comme ailleurs. Les femmes de la MMF s’opposent à l’industrie militaire canadienne qui, en fournissant technologies et arme-

ments, participe à de nombreuses guerres et favorisent la répression politique, policière ainsi que la criminalisation accrue des mouvements sociaux ou de toute forme de dissidence politique.

La Caravane des résistances et solidarités féministes À l’automne 2015, la MMF sillonnera les régions du Québec pour rendre compte de la force de la mobilisation des femmes à travers la province. La caravane s’arrêtera à Trois-Rivières le 17 octobre, pour le rassemblement final de la 4e action internationale de la MMF, dans

le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Pour connaître les détails des prochaines actions, pour alimenter la réflexion sur les enjeux de la MMF ou pour utiliser les outils d’éducation populaire : mmfqc.org Caroline Moreau fait partie du Comité communication de la MMF. /

Les activités de la MMF se poursuivent jusqu’au 17 octobre 2015. Photo: MMF


12 - PRÉSENTATION - DOSSIER KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

L’austérité en région :

Entre résistance et résilience

Le milieu du développement collectif est dévasté ce printemps. Mais il ne rend pas les armes. Regards sur les formes de résistance en région.

Par Ariane Émond et Marcelo Solervicens

Est-ce qu’on assistera à l’émergence d’un nouveau modèle de développement collectif ? Au Forum organisé par le TIESS, (Développer ensemble nos territoires) le 14 mai à Nicolet, plusieurs croyaient que les anciens et les nou-

Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec. Photo : Charles Briand

veaux acteurs du DC, dont ceux regroupés dans le mouvement Touche pas à mes régions, reprenaient le même flambeau qu’ils brandissaient dans les années 80 avant que l’État ne développe sa vision du développement régional. Actuellement, des OBNL surgissent pour remplacer les instances éliminées et maintenir la concertation. Suite au choc, des organismes résistent aux coupures et réaménagent leurs effectifs avec d’autres. Les préfets de MRC et les maires prennent la mesure des défis devant eux pour muter en vrais gouvernements de proximité. Comment pourront-ils le faire avec moins de ressources et d’expertise ? Comment remplacer tous ces perdants de la loi 28 -- dont Solidarité rurale du Québec ? Seront-ils à la hauteur ? Certains croient que oui. D’autres attendent de voir si les budgets seront au rendezvous. Mais partout règne la confusion. On aurait tellement pu faire autrement...

Lorsque l’austérité met la concertation à l’index, le flambeau des collectivités vacille, mais trouve preneur. La force des ondes de choc et de l’indignation mises en lumière dans le dernier numéro de Kaléidoscope, restent bien d’actualité. Certains acteurs locaux et nationaux préfèrent se taire pour passer sous le radar des coupures aveugles. Parce que les premiers constats sont affligeants: la concertation a été sacrifiée sur l’autel de l’optimisation. Des annonces incroyables ont été confirmées. Des projets structurants abolis comme les Forums jeunesse, des missions réduites à des actions de courte vue, comme du soutien aux chômeurs. L’austérité a déjà fait plusieurs victimes : des organismes ferment. Leur disparition créera un trou béant, comme Portes ouvertes sur le lac pour l’accueil des immigrants dans la région de Saguenay-Lac-SaintJean. La perte de l’expertise est un fait avéré. Des mil-


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moigne. Toutefois, la diversité liers d’hommes et de femmes L’élimination des commissions des contextes installe une tensont forcés de se réorienter. scolaires, justifiée au nom du dance de fond: l’augmentation L’imposition de la logique « de déficit de participation élecmoins d’État » laisse torale, n’a pas le même plusieurs communauimpact en régions que Lorsque l’austérité met la concertation dans les grandes villes. tés à elles-mêmes. On craint le retour du déve- à l’index, le flambeau des collectivités Et force est de constater vacille, mais trouve preneur. loppement en silos, des que la promotion et la guerres de clocher, de prévention en santé n’ont l’augmentation de la pauvreté des inégalités régionales, plus la cote et il y aura un prix économiques, sociales. des femmes, les grandes vicà payer à plus long terme, en times de l’austérité... Le bien Quelles sont les limites de santé publique. ce grand retournement? Notre commun en prend pour son Auront-nous vraiment fait dossier soulève bien des quesrhume. des économies au bout du tions, les réponses viendront Mais tout n’est pas un compte ? / avec le temps. Les effets sur champ de ruines. De noules populations et sur cervelles pistes d’action émertains secteurs d’activités sont gent. L’imagination revient prévisibles et désastreux. en force et ce dossier en téAteliers lors du Forum Développer ensemble nos territoires. Photo Charles Briand


14 - HAUT PARLEUR - DOSSIER

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Papa a raison ?

Pas toujours !

Pour plusieurs, le ministre Moreau semble avoir sorti l’annonce de la disparition des CRÉ de son chapeau. Par Georges Letarte

Peu de choses, en effet, laissaient présager un tel coup de barre, dont on n’avait jamais parlé en campagne électorale ! Il y avait bien des tensions relatives à l’équilibre des forces entre des villes-centres et les territoires ruraux – notamment en Outaouais – et, surtout, il y avait la guerre lancée par le maire Régis Labeaume, à Québec, contre cette structure « inutile» que constituent les CRÉ. Cela dit, bien d’autres organisations de la région de la CapitaleNationale ont aussi été mises en cause par Monsieur Labeaume : la Commission de la CapitaleNationale, les CLD, les commissions scolaires ont également été qualifiées de structures inutiles, voire sous-performantes.... Évidemment, la Ville de Québec seule pourrait faire bien mieux ! Café solidarité à la MRC Rocher Percé. Photo : Waine Duguay.

On ne peut nier la pertinence d’une réflexion sur la mécanique de la gouvernance régionale et sur la présence de chevauchements dans les responsabilités. Examinons quelques exemples. Primo : on peut légitimement se demander en quoi un territoire comme Laval avait besoin d’une CRÉ alors qu’il ne compte qu’une ville. Quelle était la valeur ajoutée d’une structure régionale sur un territoire local ? En quoi, d’ailleurs, Laval peut-elle être considérée comme une région ? Secundo : l’Île de Montréal, dotée également d’une structure supramunicipale après les défusions, a-t-elle vraiment besoin d’une telle configuration administrative ? On pourrait répondre que ces structures permettent de faire une place à la participation citoyenne, mais pourquoi la Ville elle-même ne pourrait-elle pas faire une place à la participation citoyenne ? De nombreuses formules existent, notamment dans des municipalités et des MRC. On peux penser aux commissions administratives ou des tables de concertation . Tertio : la Capitale-Nationale est dotée non seulement d’une Communauté métropolitaine qui inclut également une partie de la région ChaudièreAppalaches (la Ville de Lévis), mais encore d’un Secrétariat à la Capitale-Nationale et d’une Commission de la Capitale-Nationale. En somme, comme nous l’avons dit, une réflexion sereine sur la gouvernance s’imposait effectivement. Cependant, l’attitude et les mesures adoptées par le gouvernement sont discutables: tout d’abord, il


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annonce la fin de la seule entité assurant une place à la participation citoyenne (les CRÉ), mais il ne remet en cause aucune des structures qu’il contrôle directement, comme la Commission de la Capitale-Nationale et le Secrétariat à la CapitaleNationale ! Curieux, non? Étrange aussi de constater que ce gouvernement, qui remet en cause et annonce même la disparition d’une structure de gouvernance qui empièterait sur les responsabilités municipales, est issu du même parti politique qui l’a imposéee il y a à peine dix ans, et ce, uniformément à travers le Québec, sans tenir compte des caractéristiques et dynamiques territoriales. Aujourd’hui, persistant dans son erreur, il exige qu’on ferme boutique, uniformément à travers le Québec et sans tenir compte, encore une fois, des caractéristiques et dynamiques territoriales. Pourtant, s’il y a un message clair, affirmé unanimement par la société civile, les élus municipaux, les organismes communautaires, les institutions et les entrepreneurs, c’est bien celui-ci : cessons de faire du mur à mur, d’appliquer des mesures uniformes sur l’ensemble d’un territoire si vaste et si diversifié ! Le gouvernement aurait dû s’inspirer de ce qu’on n’a cessé de promouvoir partout, y compris dans les officines gouvernementales : la participation commune des citoyens et des acteurs du développement, la co-construction…. Pas plus que cela ! Et pas si compliqué ! Si l’État avait donné à chaque région le mandat de réfléchir sur la gouvernance et de formuler une proposition, on aurait pu faire le débat, réfléchir ensemble, développer des avenues et possiblement des consensus. On aurait pu revoir les structures et les mécanismes de concertation dans le respect de la diversité.

Cela aurait pris deux ans, sans doute. Mais combien de temps cela prendra-t-il dans chacune des régions pour repenser une forme nécessaire de gouvernance régionale? Et pourquoi tout recommencer à zéro dans des territoires où la CRÉ faisait l’unanimité chez les élus eux-mêmes, comme en Gaspésie ? Ironiquement, dans la région de la Capitale-Nationale, la CRÉ réfléchissait justement à la possibilité de présenter une proposition de travail pour définir ensemble une gouvernance régionale. Elle n’en aura pas eu le temps. La question qui s’inscrit en trame de fond est celle de la carte territoriale du Québec. Il faudra bien un jour cesser de revoir constamment les structures territoriales et les mécanismes de concertation selon les vues de chaque ministère, sans respecter la véritable identité des territoires. La nouvelle réorganisation de la santé, celle des commissions scolaires également, compliquent encore une fois la construction de ces identités régionales et empêchent les différents partenaires de développer, à long terme, une identité et une culture de gouvernance. Quand l’État cessera-t-il d’être paternaliste et de penser que LA solution provenant des ministères soit la seule qui ait un sens, qui soit efficiente, porteuse de réalisations? / Georges Letarte est consultant en développement collectif; il détient une maîtrise en développement régional

« Étrange de constater que ce gouvernement, qui remet en cause et annonce même la disparition d’une structure de gouvernance qui empièterait sur les responsabilités municipales, est issu du même parti politique qui l’a imposéee il y a à peine dix ans. »


16 - REGARDS CROISÉS - DOSSIER KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

S’adapter au pacte fiscal.

De gré ou de force

Le 5 novembre 2014, les municipalités du Québec ont dû signer un pacte fiscal amputant leur budget de 300 millions de dollars. Ville prospère ou village dévitalisé : les disparités géographiques, démographiques et économiques influencent les stigmates laissés par les coupes budgétaires. Quatre maires à mi-chemin entre deux pactes fiscaux élèvent la voix. - Propos reccueillis par Sophie Mangado -

Denis Marion,

maire de Massueville, 527 habitants, MRC Pierre-De Saurel Par quoi se traduit, sur le terrain, le manque à gagner découlant du pacte fiscal 2015? « En Montérégie, l’identité régionale et la concertation passent plus par les MRC que par la CRÉ. Cette réalité, antérieure au pacte fiscal 2015, est une spécificité montérégienne. Mais dans des régions telles que le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie ou le Saguenay, l’identité rurale est attaquée. Mettre la hache dans des instances régionales a, pour ces régions, un impact autrement majeur que chez nous. Ce qui nous affecte tous, c’est le fait que l’on ait demandé aux représentants de la société civile de quitter des instances de concertation. On pense à la CRÉ et au CLD, mais on peut aussi parler du conseil d’administration du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS), par exemple. On a « sorti » les représentants de la société civile de ces lieux. Photo: Municipalité de Massueville

De quelle façon continuez-vous à travailler de concert avec eux? Notre MRC était dotée d’un plan stratégique de territoire, que l’on appelle l’écocollectivité. Il devient notre espace de concertation, et nous le renforçons. À certains égards, nous y gagnons. Auparavant, les membres du CA du CLD se rencontraient pour gérer le CLD, pas pour y élaborer des projets ensemble. Ces coupes nous forcent à prendre la décision de créer ensemble. Nous avons instauré un comité de développement au sein de la MRC, qui doit identifier les projets nécessitant un soutien des élus et la façon dont ce soutien doit être apporté. Je n’ai pas aimé la façon dont les choses se sont passées l’automne dernier et je pense que les pertes sont nombreuses. Néanmoins, ça nous force, comme élus, à nous poser la question de la gouvernance. Le gouvernement libéral avance le concept de gouvernance régionale de proximité, que réclame le monde municipal depuis longtemps? Est-ce le temps d’une réelle décentralisation?? Les élus municipaux ne réclament pas tant de pouvoir que de marge de manoeuvre pour avoir un impact réel sur leur territoire. Qu’on ne soit pas capable, au Québec, de faire coïncider les instances communautaires, de santé, scolaires ou municipales est une aberration. Et c’est une faiblesse majeure parce qu’il n’y a rien que nous puissions faire seuls. Comme élus, nous devons soutenir nos écoles, nos services de santé, nos organismes communautaires. Créer des distances entre nos réseaux entrave inévitablement l’atteindre des objectifs que nous nous donnons comme société. » /


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Alexandre Cusson, maire de Drummondville, 71 000 habitants, MRC de Drummond « À l’échelle municipale, nous avons perdu 1,3 million de dollars. Mais nous bénéficions d’une situation particulière dans la mesure où chez nous, la Société de développement économique de Drummond (SDED) existait avant l’implantation des CLD. Quand ceux-ci ont été créés, nous nous sommes entendus avec le ministère pour que la SDED assume le rôle du CLD. La SDED continue d’exister. Néanmoins, nous avons dû fusionner et abolir des postes, cinq au total. Le gouvernement provincial finance désormais la SDED à hauteur de 5 %. Avant les coupes, il contribuait à hauteur de 7 %. Des représentants des milieux des affaires, de l’éducation et du tourisme siègent sur le CA de la SDED. La société civile y est bien représentée et elle le sera peutêtre encore davantage, puisque Photo: Muncipalité de Drummondville

depuis que Québec a retiré une partie de son financement, les représentants du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire n’ont plus à être présents. Par ailleurs, des postes d’agent de développement ont été abolis. Le gouvernement prétend que de l’argent se gaspillait en bureaucratie : ce n’est pas là que j’ai eu à couper, nous fonctionnions déjà avec le minimum. L’abolition des CRÉ nous force à nous responsabiliser. Je suis de ceux qui étaient favorables à l’élimination d’une structure. Je trouvais assez déplorable d’avoir des rencontres avec les mêmes personnes sur des comités différents : il pouvait y avoir une certaine perte d’efficacité. Par contre, si le gouvernement veut être cohérent, il va falloir qu’il octroie le financement permettant de réaliser des choses ensemble. Je suis d’accord avec les changements de structure, mais inquiet des compressions budgétaires qui y sont associées. » /

Réginald Desrosiers maire de Ste-Félicité, 1175 habitants, MRC de la Matanie « La moyenne d’âge chez nous est de 60 ans. Notre population compte beaucoup de retraités, vivant de leur rente ou de leur pension. Nous ne disposons pas d’un grand pouvoir d’augmentation de taxes. Notre marge de manoeuvre, qui n’était déjà pas grande, a été fortement affectée. Nous avions déjà puisé dans nos réserves l’an dernier, nous ne pourrons pas continuer longtemps. Quelles sont les stratégies privilégiées pour faire face à la situation et pour maintenir la concertation avec la société civile ? La MRC amaigrit le CLD pour investir un peu plus dans les coopératives et les organismes communautaires. Il est encore tôt pour tirer des conclusions, nous en sommes à réfléchir collectivement aux solutions. En foresterie, notamment, la MRC, la ville centre et plusieurs municipalités veulent agir conjointement pour garder à leurs services les experts en la matière. Par exemple en faisant d’eux des conseillers au sein de chaque MRC. Tout ça demeure à développer. Le gouvernement s’est délesté en nous léguant un gros travail de réflexion ! Si, tel qu’annoncé, l’argent autrefois attribué à la CRÉ est redistribué entre les MRC*, peut-être pourrons-nous pallier le manque de services. Mais la concertation, dans notre région, va être beaucoup plus difficile. J’ajouterais que la décentralisation sans la concertation, où


18 - REGARDS CROISÉS - DOSSIER

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Michel Angers, maire de Shawinigan, 50 000 habitants, MRC de Shawinigan (statut de territoire équivalent)

Photo: Municipalité de St-Félicité

chacun fait à sa manière dans son coin, risque de nous faire réinventer la roue à tout bout de champ ! La CRÉ permettait d’éviter ça. Dans notre réalité régionale, les services offerts collectivement sont souvent de meilleure qualité. En Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent, c’est très troublant comme situation. Ça touche nos racines, notre identité, notre organisation sociale et politique. On se fait charcuter de partout. Actuellement, nous gérons la crise, nous absorbons. Nous allons ensuite devoir stabiliser les choses. » /

« Les coupures totalisent 1,2 million, dont 500 000 $ pour le CLD. J’ai été contraint de l’abolir et d’ouvrir des postes au sein de la Ville, mais nous avons la moitié du personnel pour effectuer le même travail. Le gouvernement a coupé sans tenir compte des disparités territoriales. Shawinigan ne jouit pas d’un contexte économique similaire à celui des banlieues de Montréal ou de Québec. Comment faire face à la musique et maintenir la concertation avec la société civile ? Nous y réfléchissons. Les structures telles qu’elles existaient auparavant pouvaient certes être allégées, mais le financement a été coupé sans qu’on songe à l’impact sur la concertation. Je milite depuis longtemps pour la présence de représentants de la société civile au sein des instances. Il revient maintenant aux MRC de s’organiser pour maintenir la concertation. Il y a

encore un certain flou artistique qui règne sur tout ça. On ne sait toujours pas quelle instance est officiellement reconnue comme gouvernement de proximité : les municipalités ou les MRC ?? Le débat n’est pas complété. À travers les CRÉ et les CLD, les municipalités disposaient déjà de moyens de gouvernance. Les reconnaître comme des gouvernements à part entière, comme ça se fait ailleurs au Canada, aurait pu se faire. Par exemple en laissant aux régions le choix de couper, de maintenir ou de redéfinir leur CRÉ. Ponctionner notre financement tout en nous disant que le pouvoir nous appartient, ce n’est pas sérieux ? ! / * Garni de 100 millions de dollars, un Fonds de développement territorial doit être réparti à travers la province, via les MRC.


REGARDS CROISÉS - DOSSIER - 19 KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Première onde de choc Les conséquences des récentes décisions gouvernementales ne sont pas les mêmes partout, mais partout elles sont bien tangibles. La majorité des organismes a ressenti l’onde de choc et s’inquiète de l’amplitude qu’elle prendra.

Par Mickaël Bergeron

sécurité au travail (CSST) ou du Régime québécois En avril dernier, tout de suite après notre rencond’assurance parentale (RQAP) ne peuvent plus être tre avec Félix Joyal-Lacerte, président du Forum jeudesservis par son Carrefour. « C’est épouvantable ! nesse de la région de la Capitale-Nationale (FJRCN), Ils vont aller où, ces jeunes-là ? Pourquoi ne pas les le premier ministre Couillard annonçait la fin des accompagner avant qu’ils Forums jeunesse. Créés n’aboutissent à l’aide soen 2001 par le gouver« On a bien plus l’impression d’avoir ciale ? » nement péquiste, les Foperdu des responsabilités que d’en Pour 2015-2016, le rums jeunesse régionaux avoir acquis de nouvelles. CJE de Rivière-du-Loup assuraient que les fonds C’est une grosse frustration de dire à – Les-Basques a vu son destinés aux jeunes soiquelqu’un qui vient vers nous qu’on budget diminuer de 10% ent gérés localement par et Estèle Bérubé croit eux, selon leurs besoins ne peut pas l’aider. » que ce n’est pas terminé: et leurs aspirations. Au Estèle Bérubé «Auparavant, on nous almoment de notre renconlouait un budget pour tre, les vivres étaient déjà notre mission, sans qu’importe le nombre de jeunes coupées et les représen-tants des Forums tentaient qu’on aidait. Maintenant, les sommes arrivent selde connaître le sort qu’on leur réserverait. on des cibles. On ne croit pas pouvoir atteindre les Leurs fonds sont désormais transférés aux Carrecibles fixées, justement parce qu’on n’est plus autofours jeunesse-emploi. Si le Réseau des Carrefours risé à soutenir tous les jeunes. Je ne sais pas ce qui jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ) se dit «enthousiaste et prêt » à accueillir cette responsabilité, sur Activité Place aux jeunes en région à Trois Pistoles, le terrain, c’est la consternation. Photo: CJE Rivière-du-Loup

La jeunesse écope

Estèle Bérubé est directrice générale intérimaire du Carrefour jeunesse-emploi de Rivière-du-Loup – Les-Basques, au Bas-Saint-Laurent. Son message est limpide. Elle est formelle, « On a bien plus l’impression d’avoir perdu des responsabilités que d’en avoir acquis de nouvelles. On ne peut plus, désormais, servir tous les jeunes de 16 à 35 ans comme nous le faisions jusqu’ici. C’est une grosse frustration de dire à quelqu’un qui vient vers nous qu’on ne peut pas l’aider. » Ce que déplore particulièrement Mme Bérubé, c’est la clientèle qu’on lui retire. Étudiants, jeunes en situation de précarité mais au travail, bénéficiaires de prestations de la Commission de la santé et de la


20 - REGARDS CROISÉS - DOSSIER KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

va arriver en juillet 2016. » Elle est inquiète, d’autant plus que les compressions de 10% ont déjà des effets fâcheux : la perte de deux employés, dont la secrétaire du bureau de TroisPistoles, contraint les agents à se promener entre ce bureau et celui de Rivière-du-Loup, limitant les heures d’ouverture. Les jeunes risquent de plus en plus de se frapper à une porte fermée. Autre grand préjudice pour la génération qui monte : sa représentation. Selon Félix Joyal-Lacerte, la fin des Forums jeunesse signifie la mise à l’écart des jeunes du gouvernement et de la zone d’influence. Les FJR représentaient la jeunesse auprès du gouvernement, mais aussi à plusieurs tables de concertation régionales : condition féminine, im-

migration, culture, aînés... «Nous étions la voix de la jeunesse. L’organisme Place aux jeunes est encore implanté en région, c’est exact, mais il vise d’abord à contrer l’exode des jeunes, pas à les représenter. Terminée, l’instance jeunesse; il n’y aura plus d’avis externes pour alimenter les politiques jeunesse », regrette-t-il. Félix Joyal-Lacerte est aussi préoccupé par l’avenir de plusieurs projets : « On soutenait financièrement beaucoup de partenariats : l’AMPLI de Québec, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), les CJE, la Conférence régionale des élus (CRÉ), les commissions scolaires... Ils devront tous trouver de nouveaux bailleurs de fonds, sans quoi leurs activités seront menacées. »

Disparités régionales

Le président de Développement économique Sept-Îles (DÉSI), Luc Dion, s’étonne pour sa part de récolter du positif de l’abolition des Centres locaux de développement (CLD) : « En termes pratiques, on va gagner en efficacité, mais philosophiquement, [...] les CLD avaient leur raison d’être. Le DÉSI est sans doute un cas particulier. Ailleurs, ce n’est pas la même chose. » Le cas est singulier, en effet, car à l’époque de la création des CLD de Sept-Îles et de Port-Cartier, les deux corporations de développement économique (CDC) déjà en place ont survécu : l’importance des multinationales (minières et alumineries) dans le paysage économique régional exigeait des agents de développement aux

Formation par Marie-Ève Filion et Christine Lepage, dans le cadre du projet Desjardins Jeunes au travail. Photo : CJE Rivière-du-Loup


REGARDS CROISÉS - DOSSIER - 21 KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

compétences particulières. Et comme la MRC ne comptait que ces deux villes, le transfert des responsabilités a été facile. Par ailleurs, à la fermeture des CLD, DÉSI a offert aux employés licenciés d’intégrer ses rangs. L’organisme paramunicipal a repris les mandats d’accompagnement des jeunes entrepreneurs et des PME. « On est devenu le guichet unique. On travaillait déjà ensemble, nous et le CLD. C’est pourquoi la synergie et l’efficacité se sont accrues. » Mais tout n’est pas rose, et l’incertitude plane. Quels montants accompagneront ces nouvelles responsabilités ? « Ce n’est pas encore clair », admet Luc Dion. La situation de Sept-Îles n’étonne pas Jacques Fiset, ancien directeur général du CLD de Québec. Il rappelle que les économies régionales qui ne reposent pas sur les grandes entreprises seront les plus touchées par les changements, tout en soulignant l’importance des petites et micro-entreprises : « À Québec, on n’avait pas de grands clients. C’étaient des petites entreprises, qui, sans nous, n’auraient pas pu démarrer. Le secteur culturel, par exemple. On a aidé plein de petits ateliers, parfois d’un, deux ou trois employés. On en compte 88 aujourd’hui. Au total, c’est environ 300 emplois qu’on a créés. Ça ne fait pas autant de bruit que 300 emplois d’un coup chez Ubisoft, mais ce n’est pas moins important ! » Selon lui, la réussite de la relance du quartier St-Roch repose en grande partie sur ces micro-entreprises soutenues par son ancien CLD.

Des organismes communautaires alarmés

Les impacts se font sentir jusqu’en première ligne. Au Bas-Saint-Laurent, le Carrefour d’initiatives populaires de Rivière-du-Loup s’inquiète pour sa cuisine collective. L’Agence de santé et des services sociaux du Bas-SaintLaurent (un partenaire majeur, avec les commissions scolaires) n’a pas reconduit son programme de sécurité alimentaire. « Cette aide nous permettait d’engager une animatrice », explique la directrice générale, Renée Lévesque. Pourtant, que ce soit pour le comptoir alimentaire, les paniers d’urgences ou la cuisine collective, la demande explose, précise-t-elle, ajoutant que l’ampleur des conséquences ne sera connue qu’au cours des prochains mois : « On se prépare pour un véritable impact. De quelle amplitude? On ne le sait pas. Depuis des années, on demande une reconnaissance des organismes communautaires... Tant qu’elle ne sera pas acquise, on va patiner et bûcher ! » Comme pour tant d’autres, Renée Lévesque ne sait pas ce que l’avenir réserve à son organisme.

Atelier “Bois” du programme « Jeunes en action ». Photo CJE Rivière-du-Loup

La principale victime : la représentativité

Finalement, l’ancien directeur général du CLD de Québec, Jacques Fiset, s’inquiète, à l’instar de Félix Joyal-Lacerte, pour la représentativité locale dans les décisions : «C’était un développement basé sur la participation et la mobilisation. Une méthode qui fatiguait plusieurs élus locaux et le gouvernement, qui trouvent ça épuisant de discuter et de travailler en équipe. La mort des Forums jeunesse confirme mon hypothèse que plusieurs élus veulent mettre fin à toute démocratie participative. » /


22 - REGARDS CROISÉS - DOSSIER KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

L’année des maires courage L’année 2015 ne sera pas de tout repos pour les maires et mairesses du Québec. Ils ont reçu un triple mandat : gérer de nouvelles responsabilités, transférer la prise de décisions à de nouvelles instances, revoir leurs façons de travailler en concertation avec la société civile, et tout cela, avec moins d’argent. Par Alexandra Viau

Dans leur volonté de décentralisation, les libéraux développement comme étant superflues, mais elles de Philippe Couillard veulent faire émerger un nousont importantes ; un édifice sans structures tombe veau modèle de gouvernance régionale. État des par terre! Notre Conférence régionale des élus (CRÉ) lieux dressé avec cinq élus municipaux. nous permettait de nous parler et de dégager des Richard Lehoux est président de la Fédéraconsensus. Et c’est peut-être ce qui dérangeait le tion québécoise des municipalités (FQM) depuis gouvernement : avec elles, les régions avaient du à peine six mois quand l’État québécois propose poids grâce à vingt-et-un porte-paroles forts », dit aux villes, l’automne dernier, de signer un pacte le maire de Gaspé, Daniel Côté, également coportefiscal qui ampute de 300 millions de dollars parole du mouvement Touche pas à mes régions !, l’enveloppe leur étant destinée. Pour assainir les qui déplore l’absence de dialogue avec le gouvernefinances publiques, le Parti libéral du Québec leur ment du Québec. demande de se serrer la ceinture, mais consent à Des MRC toutes puissantes leur donner plus d’autonomie. Richard Lehoux, naLe maire de Gaspé estime que le gouvernement tif de la Beauce, est tombé de haut : « C’est comme multiplie inutilement les interlocuteurs en dési on m’avait donné un coup de poing dans le front. cidant de transiger désormais avec les préfets des Nous demandions au gouvernement de transférer 87 MRC de la province. Créées en 1982, celles-ci les fonds aux Municipalités régionales de comté sont les grandes gagnantes de cette réorganisa(MRC), pas de les réduire! On n’a pas eu le choix de tion municipale. En leur confiant la gestion des signer ce pacte fiscal transitoire. » sommes qui étaient jadis attribuées aux Centre Si le gouvernement du Québec sait où il s’en va, locaux de développement (CLD), les libéraux veuil s’est bien gardé de le dire aux élus municipaux. lent en faire la clé de voûte d’un nouveau pouvoir de C’est du moins l’avis de plusieurs d’entre eux, qui proximité. Le président de la FQM croit que ce palier parlent de 2015 comme supralocal est la meilleure « On a beaucoup entendu parler d’une année transitoire. instance à laquelle confier La mairesse de Saintles rênes du développedes grandes villes en 2014 à cause André-Avellin, un vilment économique et de la des négociations des régimes de lage d’un peu moins de 4 concertation, mais tous ne retraite. Je veux que l’année 000 âmes en Outaouais, sont pas du même avis. 2015 soit l’année des régions » cherche comme d’autres Le maire de SalaberryRichard Lehoux, son équilibre dans la sede-Valleyfield, une ville président de la FQM cousse. «Où est-ce qu’on de 40 000 habitants en s’en va ? C’est la question Montérégie qui a connu que tout le monde se pose. C’était facile de tout déde lourdes pertes d’emplois au cours de la dernière décennie, a convaincu ses homologues de garder leur molir d’un coup, mais quand tu enlèves des strucCLD ouvert après la date fatidique du 31 mars. « C’est tures importantes, il faut les remplacer par autre une structure autonome et collégiale qui nous ofchose », dit Thérèse Whissel. fre une vision beaucoup plus large que celle de la Face à un grand chantier complexe, les élus des MRC, qui est essentiellement politique. Les indusdifférentes régions doivent s’entendre sur les bases triels n’aiment pas tellement développer des projets pour reconstruire l’avenir. « On recule de 40 ans uniquement avec des politiciens, ils préfèrent être en arrière. Le gouvernement voit nos instances de


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en contact avec d’autres représentants de la sociés’adapter. « Nous sommes élus pour gouverner et té », avance Denis Lapointe, qui préside d’ailleurs c’est positif que le gouvernement nous donne les le CLD Beauharnois-Salaberry. outils nécessaires pour le faire », affirme-t-il. Richard Lehoux, qui est également préfet de Le ministre des Affaires municipales et de la MRC Nouvelle-Beauce depuis une quinzaine l’Occupation du territoire, Pierre Moreau, dit d’années, a aussi décidé de maintenir son CLD qu’aucun gouvernement avant le sien n’est allé ausen activité, le temps que le si loin en matière de décen« Désormais les villes doivent gouvernement précise ses tralisation. Cependant, les aussi s’occuper de la qualité intentions. Mais à ses yeux, élus et citoyens réunis au les élus municipaux doivent sein de Touche pas à mes réde vie. L’État québécois a trouver comment alléger les progressivement cessé de soutenir gions ! dénoncent plutôt une différentes structures en centralisation déguisée. « Le les organismes communautaires, gouvernement veut diviser place : « Je n’ai jamais été qui, faute de moyens, se sont en faveur de l’abolition des pour mieux régner. Dans les tournés vers nous. » CRÉ, mais je ne veux pas me dossiers qui vont dépasser le battre pour des structures, cadre des MRC, par exemple Denis lapointe, je veux me battre pour plus celui des transports, c’est lui maire de Salaberry-de-Valleyfield de ressources. On ne peut qui va décider quand il n’y demander à Québec de décentraliser les pouvoirs aura pas de consensus », dit Daniel Côté, qui craint à plus d’un millier de municipalités. Les MRC ont le retour des guerres de clochers. fait leurs preuves et les élus ont intérêt à travailler Depuis ses débuts en 1995 en tant que maire de en concertation avec la société civile. » Salaberry-de-Valleyfield, Denis Lapointe a observé que tous les gouvernements provinciaux tendent à Vers une vraie décentralisation des pouvoirs ? décentraliser les pouvoirs vers les municipalités. Fini Le gouvernement prévoit également confier la gesle temps où ces dernières s’occupaient uniquement tion d’une nouvelle enveloppe, le Fonds de dévelde l’entretien des trottoirs et du réseau d’aqueduc. oppement des territoires, aux MRC. Maire de Sher« Désormais, les villes doivent aussi s’occuper de la brooke depuis 2009, Bernard Sévigny prend acte qualité de vie. L’État québécois a progressivement de cette volonté de décentralisation et compte bien cessé de soutenir les organismes communautaires Inauguration ruelle verte à Salaberry de Valleyfield en compagnie du Maire Denis Lapointe (deuxième à gauche). Photo : Mairie de Salaberry-Valleyfiel


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qui, faute de moyens, se sont tournés vers nous », explique l’ingénieur de formation, aussi président du Réseau québécois des villes et villages en santé. Et tout porte à croire que les organismes communautaires continueront à demander de l’aide aux municipalités pour accomplir leur mission. Le maire Lapointe constate qu’avec la fermeture des CRÉ, ces organismes ont perdu leur lieu pour échanger et se partager les subventions.

2015, l’année des régions

D’est en ouest, des élus municipaux ont tenu tête

Richard Lehoux, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). Photo : FQM

au gouvernement pour préserver certains acquis. Touche pas à mes régions! a obtenu du ministre Moreau l’assurance que les régions qui le désirent pourront continuer à se doter d’une instance de concertation. L’adoption de la loi 28, qui scelle le sort de cette réorganisation municipale, devrait préciser la marche à suivre. Bernard Sévigny pense qu’un nouveau chapitre est en train de s’écrire : « Pour négocier le prochain pacte fiscal, on va s’asseoir avec un gouvernement qui aura un budget équilibré. Espérons que les négociations déjà entamées avec le ministre Moreau débouchent sur plus d’autonomie pour le monde municipal ». Le président de la FQM garde le cap et assure que les régions sont prêtes à recevoir davantage de reconnaissance. « Les coupes budgétaires ont été dures, mais nous demeurons unies. On a beaucoup entendu parler des grandes villes en 2014 à cause des négociations des régimes de retraite. Je veux que l’année 2015 soit l’année des régions », souhaite Richard Lehoux, qui compte sur le Grand rendezvous des régions du 3 juin, à Québec, pour rappeler aux libéraux que l’avenir du développement économique passe par ces vastes territoires que l’on oppose trop souvent aux grands centres. / NDLR : Entrevues réalisées avant l’adoption de la loi 28.

La loi 28, un tournant majeur pour la gouvernance régionale Par Kaléidoscope Plusieurs des 337 articles de la loi 28, adoptée sous bâillon à l’Assemblée nationale du Québec le 20 avril, confirment des changements majeurs pour les régions, dont l’abolition des 19 forums jeunesses et le transfert de leurs budgets aux Carrefour jeunesse-emploi (CJE) et l’abolition des 21 Conférences régionales des élus (CRÉ), dont les pouvoirs sont transférés aux Municipalités régionales de comté (MRC). Ces dernières héritent aussi des compétences en matière de développement économique, ce qui les libère de leur obligation de confier l’accompagnement des entrepreneurs au Centre locaux de développement (CLD). Plusieurs régions n’ont pas attendues l’adoption du projet de loi 28 pour fermer leur CRÉ. En abolissant les CRÉ et les CLD, le gouvernement prévoit faire des économies de 40 millions de dollars. Les acteurs de la société civile et les organismes

qui assuraient le leadership au niveau local sont très fragilisés, on le voit déjà. Les politiques d’austérité compromettent grandement la capacité des communautés locales à intervenir dans leur développement. Ce qui est en cause, c’est l’avenir de l’économie de proximité (proximité physique, mais aussi, et surtout relationnelle). Quel sera l’impact sur ce que les spécialistes du développement territorial appellent la «proximité organisée »? Celle qui met en relation tous les milieux : entreprises, organismes, producteurs de services privés et publics, centres de formation de la main-d’œuvre, organismes financiers, institutions de recherche et organismes communautaires. De la même manière qu’une collectivité est beaucoup plus qu’un agrégat d’individus, les relations étroites entre ces instances décuplent la synergie, l’apprentissage collectif, la capacité d’innovation et augmentent véritablement la richesse collective dans un territoire. /


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Un nouveau cycle d’innovations sociales? Si, dans les années 1980-1990 le « modèle québécois » hérité de la Révolution tranquille a dû se renouveler pour réagir à la crise économique, il est contraint à nouveau de répondre à une crise majeure, mais dans un tout autre contexte, que les politiques récentes du gouvernement aggravent. Par Juan-Luis Klein

Comment se construiront les consensus susceptibles de rallier les acteurs autour d’actions concertées? L’expérience montre que le développement des territoires se fait rarement sous le signe de l’unanimité, ce qui exige des mécanismes de concertation et de médiation bien rodés permettant d’éviter les dédoublements et les guerres de clocher. Est-ce que le savoir-faire et les expertises liées à la planification stratégique, à l’accompagnement et à l’évaluation du développement territorial sont voués à disparaître aussi? Comment les acteurs locaux arriveront-ils à mobiliser des ressources extérieures, tout assurant un leadership local et en coordonnant leur utilisation au profit du développement intégré des communautés ? Les acteurs du développement collectif sont confrontés à la nécessité de recréer des instances permettant de relancer un nouveau cycle d’innovations sociales, rééditant ainsi le processus qui a eu lieu aux années 1980 et 1990. Cependant, nous sommes loin des aspirations que la société civile exprimait alors, lorsque la création d’emplois et l’accessibilité aux services étaient les moteurs de la mobilisation. Bien que la création d’emplois demeure encore incontournable, elle ne suffit plus à assurer l’inclusion sociale des plus démunis ni une meilleure répartition de la richesse. La transformation profonde du marché du travail amplifie, dans plusieurs secteurs, les inégalités et la précarité. S’ajoutent même de nouvelles formes d’exclusion propres à l’économie dite « du savoir »: numérique, alimentaire, culturelle, etc. Désormais, ce qui apparaît crucial, c’est d’anticiper les problèmes en profitant des leçons

du passé. C’est d’identifier correctement les défis et mettre en place les innovations sociales nécessaires à la construction du bien-être collectif. Il faut permettre aux citoyens d’expérimenter de nouvelles solutions, de nouvelles façons de concevoir leur communauté pour mieux répondre à leurs aspirations actuelles, soit la lutte à la pauvreté et à l’exclusion, le respect de l’environnement, la reconnaissance de l’expérience des acteurs, la participation citoyenne. Le défi de ce nouveau cycle d’innovations sociales c’est qu’il favorise un nouveau mode de vivre ensemble, cimenté par le bien commun, la qualité de vie, la reconnaissance et l’ouverture sur le monde./ Juan-Luis Klein est professeur au département de géographie de l’UQAM et directeur du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES). Photo : Charles Briand


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Photo : Jean-Guy Béliveau

Quand Séraphin consulte une voyante dite experte Par Louis-André Lussier

Des pans entiers du développement économique pris en otage par l’application d’une logique économique et comptable d’un gouvernement qui improvise sur les thèmes de la rigueur budgétaire et de l’austérité. Mais où est le vrai exercice de rentabilité et d’efficacité, économique et sociale, des coupures faites ? Certaines cibles peuvent apparaître planifiées mais sabrer dans les budgets et dans des fonds dédiés au développement économique régional, cela compromet à la fois, les effets positifs à court et moyen terme des mesures en place tout en assurant à long terme de plus grandes disparités régionales. En plus d’engendrer plus d’inégalités sociales là où les mesures concertées commençaient à donner de bons résultats. En plus des reculs, les 300 millions de soi-disant économisés aujourd’hui vont en coûter beaucoup plus demain, lorsque la vraie austérité aura créer la dévitalisation au sein des territoires les plus fragilisés. Couper près de 60 % des budgets régionaux de développement, créer de l’incertitude et espérer de la vitalité économique; c’est plus que rêver. Et

comment veut-on alors créer des emplois durables au Québec sur le moyen et long termes? Les plus grandes MRC et les mieux organisées pourront peut-être sauver la donne. Mais cette réorganisation a des coûts importants et pendant les mois de reconstruction, nos proches compétiteurs, ontariens et américains, en profiteront. Autre conséquence de l’improvisation, des partenariats et des expertises, sociales et économiques, sont à jamais perdues. À cela s’ajoute aussi des liens d’affaires à reconstruire et des nouveaux partenariats socioéconomiques à rebâtir dans des milieux concertés presque désertés. Une lueur d’espoir à l’horizon tout de même, les engagements financiers pris à l’égard du développement de l’économie sociale semblent sérieux et le travail acharné de tous les acteurs concertés de cette filière économique prometteuse fonctionne bien. Demeurerons mobilisés et vigilants. / Par Louis-André Lussier, coordonnateur du Pôle d’économie sociale Vallée-du-Haut-Saint-Laurent


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Gaspésie

Condamnée à réinventer la roue Si l’avenir n’est pas forcément sombre, la perte est indéniable. Par Anabel Cossette Civitella

Coupures obligent, après une décennie de loyaux services, la Conférence régionale des élus (CRÉ) Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine a officiellement fermé ses portes en février dernier. Pourtant, la CRÉ n’a pas chômé depuis mars 2004. Elle a notamment mis en place un réseau de transport collectif, un réseau de fibre optique régional, une régie de l’éolien, une société de transport ferroviaire... « La Gaspésie a été pionnière dans beaucoup de domaines », rappelle Gilbert Scantland, directeur des activités de transition de la CRÉ Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine. Cette CRÉ, comme bien d’autres au Québec, était un pivot, un espace de discussion et de concertation pour les acteurs du milieu communautaire. L’argent qui autrefois finançait ces organismes sera dorénavant réalloué aux municipalités régionales de comté (MRC). Comte tenu du dispersement de la population, du revenu moyen plus faible et de la dévitalisation des municipalités, en Gaspésie plus qu’ailleurs, les grands projets de développement sont vitaux pour que s’accélère l’économie. Sans une coordination globale comme l’assurait la CRÉ, les projets s’annoncent plus difficile à réaliser. Par ailleurs, toutes les MRC n’ont pas le personnel pour faire face à leurs nouvelles tâches, signale

Gilbert Scantland. « Ce n’est pas insurmontable, mais ce sera un défi», précise Daniel Côté, maire de Gaspé.

Survivra, survivra pas ?

Selon le maire Côté, les projets qui survivront étaient déjà indépendants des CRÉ, transformés en organismes à but non lucratif ou en régies intermunicipales, comme la régie de transport collectif de Gaspésie – Îlesde-la-Madeleine ou encore la régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine. Par contre, la perte de budget

fera mal aux initiatives encore très dépendantes de la concertation régionale. C’est le cas de la Société de développement de l’industrie maricole ou encore de certains programmes liés à l’agriculture. « Je fais le pari que certaines MRC ne voudront pas contribuer parce qu’il ne se fait pas d’agriculture chez eux. Dans ce cas-là, ça enlève une partie de l’effet de levier », signale le maire Daniel Côté. Selon lui, il faudra beaucoup de « maturité » de la part des élus pour établir des consensus sur les dossiers qui dépassent leurs frontières respectives.

L’OBNL, Régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a construit des parcs éoliens. Photo CRÉ


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Le directeur des activités de transition, Gilbert Scantland, évoque quant à lui pas moins d’une dizaine de projets mortnés. Pour cause de changement de priorités, de manque de ressources humaines et d’argent. Notamment la Charte des paysages de la Gaspésie qui vise la préservation du panorama gaspésien : « Est-ce que ce sera récupéré par les MRC ? On n’en sait rien. Sans leader, sans quelqu’un qui pose des questions et qui incite les gens à mettre en vigueur ces projets, on peut penser qu’ils

vont être oubliés. »

Vers une coopération différente?

Avec la CRÉ, disparaissent les emplois d’un personnel qualifié, bien au fait des dossiers… qui s’expatriera peut-être hors des régions, rappelle Marie-José Fortin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement régional et territorial à l’Université du Québec à Rimouski. Néanmoins, elle remarque que certaines régions pourraient y

trouver leur compte : « L’argent distribué directement aux MRC permettra une plus grande flexibilité, ce que réclamaient certains élus ». Bref, si l’avenir n’est pas forcément sombre, la perte est indéniable. « Les élus veulent poursuivre le travail entamé, croit Gilbert Scantland. J’ai bon espoir qu’on maintiendra une instance de développement régional… Malheureusement, elle n’aura ni l’envergure ni les moyens qu’avait la CRÉ.» /

Abitibi-Témiscamingue

En mode sauvetage

L’Abitibi-Témiscamingue a une longue tradition de concertation régionale en matière de développement social, qui remonte à 1971. Les bouleversements actuels risquent d’y entraîner des dégats inestimables. Par Caroline Larocque-Allard

« Passer du MAMROT au « La décentralisation vise dans l’objectif de créer du MAMOT, ça donne le ton de des économies de 40 millions neuf », assure Mario Tardif, l’orientation d’un ministère », de dollars, mais à quel prix ?», directeur de la Coopérative constate Jean-Maurice Matte, poursuit Jean-Maurice Matte. de développement régional maire de la ville de Senneterre. «Fermer la CRÉAT coûtera 1,4 d’Abitibi-Témiscamingue. et ancien président de «Les discussions inter« Passer du MAMROT au MAMOT, la Conférence régionale disciplinaires autour de ça donne le ton de l’orientation des élus de l’Abitibigrands projets de déved’un ministère » Témiscamingue loppement social sont Jean-Maurice Matte. (CRÉAT). Lorsque le vitales dans une réministère des Affaires gion aussi vaste et qui municipales et de compte à peine 150 000 l’Occupation du territoire a million. Nous aurions pu utipersonnes. » extrait le mot «Régions » de liser cet argent pour bâtir, au Elaborés grâce à une conson appellation, c’est une lieu de détruire. » naissance fine des enjeux organisation performante « Nous avions la crédibilité régionaux, les mandats de qu’il est venu déraciner, esnécessaire pour réunir des l’ancienne CRÉ ont permis de time M. Matte. gens d’horizons différents réelles innovations, notam-


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ment en matière d’éducation, d’accès aux soins de santé et de cohabitation avec les Premières Nations. Pour le moment, ces missions régionales sont dans les limbes, car aucune disposition n’assure leur protection. La région est donc en mode sauvetage de ses acquis. Un nouveau comité de concertation Cependant, les cinq MRC de l’AbitibiTémiscamingue n’ont pas attendu que le ministre Pierre Moreau annonce sa position pour ima-giner un nouveau comité de concertation régional. Elles veulent être prêtes à reprendre les grands dossiers dès que le feu vert législatif sera donné pour la réorganisation. « Un fossé risque de se creuser entre les MRC d’une même région si on n’agit pas rapidement », s’inquiète Jean-Maurice Matte. « La balle est dans notre camp et je crois que nous sommes l’une des régions les plus avancées sur ce plan.» Sauver les meubles Dans l’attente d’un nouveau comité de concertation, certains organismes ont repris d’anciens mandats de la CRÉ. Le GIRAT, chargé de la gestion de l’inforoute en Abitibi-Témiscamingue, veut se réapproprier le développement numérique régional. Le Pôle d’économie sociale, quant

à lui, récupère la totalité du dossier de la culture entrepreneuriale jusqu’en avril 2016. « La débrouillardise est la force et la faiblesse des régions comme la nôtre », met en garde Mario Tardif. « Il y aura toujours quelqu’un pour porter un énième chapeau, en attendant que la phase difficile se résorbe. Cependant, parce qu’on s’accommode, cela peut avoir pour effet de minimiser la crise, un résultat dommageable si la situation traîne. » Mais certaines initiatives voient le jour à point nommé. Depuis mai, l’Abitibi-Témiscamingue compte un nouveau joueur, Commune A-T, qui favorisera le partage d’expertise en développement social. « C’est une très belle piste pour garder vivant le tissu social dans la région, compte tenu de la tourmente actuelle », annonce Dominique Morin, directrice de Villes et Villages en Santé, à Rouyn-Noranda. La collaboration régionale est un véritable levier pour le maintien d’un rapport de force vis-àvis des grandes villes. » « Créer un nouveau comité de concertation est impératif », conclut Jean-Maurice Matte. «La bonne nouvelle, c’est que les gens d’AbitibiTémiscamingue comprennent très bien l’adage selon lequel « Tout seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin. » /

Alliance pour la solidarité et l’inclusion sociale de Rouyn-Noranda. Photo: Villes et Villages en Santé


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Saguenay–Lac-Saint-Jean

Un seul oeuf dans le panier ! Par Ricardo Costa

Dans une région dépendante des grandes indusmisme particulier, on créera un sérieux problème tries, soumises elles-mêmes aux aléas de l’économie de diversité économique ». mondiale, la disparition des CRÉ et des CLD réveille Ce sont les PME et les organismes communautaires les craintes concernant la survie d’un développequi seront les plus touchés, malgré leur rôle priment régional faisant une place à la diversification. mordial. Suzanne Tremblay, professeure à l’UQAC, La tradition industrielle du Saguenay–Lacdonne un exemple concret : «Portes ouvertes sur le Saint-Jean remonte aux débuts de la colonie, lac travaillait pour attirer les immigrants, les intéalors que prospérait l’industrie de la fourrure. grer, les aider à trouver de l’emploi. L’immigration, Aujourd’hui, cette dernière est remplacée par dans une région en déficit démographique comd’autres : l’aluminium me la nôtre, c’est ex«On dit que c’est seulement des (Rio Tinto Alcan), les mines trêmement important. structures qu’on abolit, mais ce sont L’organisme a fermé (Magris Resources, Iamgold) et le bois (Louisiana-Pacifique, des politiques, des lois, et aussi l’esprit parce qu’il bénéficiait Produits forestiers Résolu). d’une subvention prode ces politiques qui est éliminé ». Ces industries sont fragiles venant d’une entente Suzanne Tremblay, parce qu’elles sont congérée par la CRÉ. Beauprofesseure à l’UQAC trôlées par un petit nombre coup d’autres organde multinationales qui peuisations ne savent pas vent déserter au moindre soubresaut des marchés comment, d’ici un an, elles vont être financées». ou du dollar canadien. On entend régulièrement Madame Tremblay poursuit : «On dit que c’est parler de fermetures, de relocalisations et de mises seulement des structures qu’on abolit, mais ce sont à pied massives au sein de ces groupes industriels des politiques, des lois, et aussi l’esprit de ces polipuissants, qui ont un poids démesuré dans la rétiques qui est éliminé ». Avec la suppression des gion. Dans ce contexte, les conférences régionales CRÉ et des CLD, on met surtout fin à un modèle de des élus (CRÉ) et les centres locaux de développedéveloppement local reposant sur une gouvernance ment (CLD) agissaient comme un véritable poumon plurielle. : ils permettaient une diversification de l’économie régionale par le soutien à une multitude de PME et Une pointe d’optimisme d’organismes communautaires. Pour Pierre-André C’est aussi l’avis de Jean-Pierre Boivin, préfet de Tremblay, professeur au département de sciences la MRC de Maria-Chapdelaine : « L’avantage de ces humaines de l’UQAC, « Si on arrête de soutenir des deux organismes-là, c’est que la société civile était organisations dont le but était de stimuler ce dynaintégrée dans le conseil d’administration ». II reste optimiste et se veut rassurant : « On a créé une table des préfets pour la consultation et on cherche le moyen d’ajouter à ça les maires des grandes villes et de les intégrer dans une structure avec la société civile ». Malgré tout, l’incertitude plane et il y a fort à craindre que le poids démographique des villes et régions opère au détriment des besoins pressants de soutien au développement et de diversification économique. S’il est trop tôt pour mesurer l’impact véritable de l’abolition des CRÉ et des CLD sur la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’inquiétude et la déception s’installent. /


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Côte-Nord

L’élan rétrouvé? Par Jude Brousseau

Samedi, 15 novembre 2014. Il est 8 h 30. Réunis à Forestville, les participants prennent place. «Test, un, deux, un, deux ! » Les animateurs lancent la dernière partie de l’événement L’Escale, qui en est à sa 6e édition. Depuis 48 heures, on apprend combien agir ensemble, collectivement, contribue au développement des communautés. Ce qui suivra viendra du cœur. Un grand cri poussé en réaction à l’abolition de la Conférence régionale des élus, à la disparition de l’Agence de la santé et à la diminution du pouvoir d’agir des Centres locaux de développement et des Carrefours jeunesseemploi. Les tensions sont palpables en ces temps d’incertitude. Qu’arrivera-t-il maintenant au Forum jeunesse et aux autres organisations qui ont mis les bouchées doubles dans la dernière décennie ? Le climat est tel qu’il oblige l’équipe d’animation à s’ajuster : il faut permettre aux participants de dire ce que la région et les communautés sont en train de subir comme bouleversements, de nommer ce qu’il y a à perdre comme acquis et avancées. Il est maintenant 11 h. On revient en plénière. Une idée commune surgit. Un comité de travail est mandaté pour la développer. Au moins, on quittera L’Escale 2014 avec l’impression d’avoir fait ce qu’on pouvait faire dans les circonstances : créer une organisation sur laquelle on aura le contrôle, car pour le reste, on est

en plein brouillard. Quelques semaines plus tard, les participants de L’Escale se rassemblent à nouveau. Ils élisent les membres d’un conseil d’administration provisoire. Ce dernier reçoit le mandat de mettre sur pied une organisation régionale, autonome, non partisane, regroupant des citoyens et des organismes de tous les milieux, pour soutenir le développement des communautés. Ce nouvel acteur agira en complémentarité avec les structures existantes, mettant à profit de manière innovante les savoirs et expertises régionales. La première étape sera de prendre le relais de la démarche régionale de développement so-

cial. On veut aussi la bonifier, mettre en place les conditions nécessaires pour reconstruire les partena-riats brisés et envisager de nouvelles stratégies qui permettront à toutes les communautés (autochtones et non autochtones) de faire face aux nombreux défis qui se posent en période de déclin comme en période de prospérité. Ainsi, la brume se dissipe, apparemment… /

Jude Brousseau est président du conseil d’administration provisoire de l’organisation qui fait l’objet texte.

Les participants de L’Escale en plein travail. Photo Jude Brousseau


32 - SOCIALE FICTION

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Entrevue en temps crépusculaires François Sampson-Dunlop


SOCIALE FICTION - 33

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015


34 - TOUTE UNE HISTOIRE

KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Les mines sous la Révolution tranquille : Appropriation ou dépossession collective? La Révolution tranquille fut-elle une période de réappropriation collective de nos ressources naturelles , comme le suggère généralement la mémoire collective? Pour un groupe de chercheurs de l’IRIS, il faudrait plutôt parler d’une dépossession, à laquelle l’État québécois a contribué. Par Yanic Viau

En avril 2015, le député de Québec solidaire Amir Khadir affirmait que la décision du gouvernement Couillard d’injecter 2,7 milliards dans les infrastructures minières nordiques était le fruit d’un « esprit colonisé » plaçant « la loi des mines au-dessus de la loi divine ». Reçue dans une relative indifférence, la déclaration aurait pourtant dû susciter un débat de fond : les citoyens du Québec sont-ils en contrôle de leurs ressources naturelles?

de la nature au statut de ressources exploitables ». Ainsi, plutôt que d’accélérer une réappropriation des ressources naturelles par les citoyens, « la Révolution tranquille a permis l’émergence de deux groupes sociaux, les technocrates et les entrepreneurs québécois », ayant tous deux perpétué la dépossession sous le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis (1944-1959) tout en prétendant y mettre fin. (p. 18)

Un État interventionniste au service des La modernisation du Québec : histoire compagnies minières d’une dépossession L’histoire de l’industrie minière dans les anLe premier tome de l’ouvrage Dépossession. nées 1960-1985 serait en fait celle d’une « triUne histoire économique du Québec contempople dépossession » : matérielle d’abord, les resrain, tome 1 : Les ressources, dirigé par Simon sources étant demeurées entre les mains du Tremblay-Pépin, remet en question l’idée cousecteur privé; « politico-écologique » ensuite, ramment admise selon le contrôle des citoyens laquelle l’intervention et de l’État sur la faAvec la loi 28, une nouvelle accrue de l’État lors çon d’exploiter les resétape vient d’être franchie dans le de la Révolution transources ayant été conprocessus de dépossesion. quille (1960-1980) ausidérablement réduit; et rait permis au Québec économique enfin, l’État de reprendre le contrôle n’étant jamais parvenu à de ses ressources naturelles, jusqu’alors aux tirer sa juste part par l’impôt ou les redevances. mains de l’entreprise privée, souvent de proS’il faut admettre qu’à partir de 1960, l’État priété étrangère. a joué un rôle plus actif dans le développement Pour ces auteurs, l’État aurait alors, au conde l’industrie minière, permettant par ailleurs traire, amplifié une dépossession. Ce concept, l’émergence d’une classe d’entrepreneurs, emprunté au géographe David Henry, désigne ce d’ingénieurs et d’administrateurs d’origine caqui « advient quand on fait passer dans le monde nadienne-française, on doit reconnaître qu’il capitaliste quelque chose qui n’y était pas enn’a pas su en prendre les rênes. core, […] rédui[sant] des humains ou des parties Tout d’abord, la Société québécoise d’exploration


TOUTE UNE HISTOIRE - 35

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du Québec (CDPQ), qui aurait pu jouer un rôle actif, n’a jamais possédé plus de 5% des actions des entreprises minières dans lesquelles elle a investi et n’a jamais cherché s’ingérer dans leur gestion. Bref, l’État québécois a surtout été un « bailleur de fonds discret »; son intervention s’est pratiquement limitée à la prise de participation dans des compagnies minières non québécoises et au financement d’infrastructures, abandonnant la commercialisation des ressources au secteur privé. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle l’intervention de l’État engendre nécessairement une meilleure redistribution de la richesse, le collectif de l’IRIS montre qu’un « État fort », comme l’État du Québec sous la Révolution tranquille, a pu contribuer à nous déposséder de nos ressources naturelles.

minière (SOQUEM, 1965), souvent perçue comme le fer de lance de l’intervention étatique, ne devait offrir qu’un soutien temporaire à des entreprises en difficulté. Elle a souffert d’un sous-financement qui a limité ses travaux d’exploration. La majorité de ses mines productives ont été privatisées en 1986 et ce qui restait de la société a par la suite été intégré à la Société générale de financement (SGF). Ensuite, l’État québécois n’est pas parvenu à favoriser la transformation du minerai de fer au Québec, malgré les avantages fiscaux offerts aux minières et les interventions de la société d’État Sidérurgie du Québec (SIDBEC, 1964). La relance du secteur sidérurgique a échoué et l’aciérie de Contrecoeur a été privatisée en 1994. Finalement, la Caisse de dépôts et placement

La poursuite de la dépossession en 2015 Une nouvelle étape vient d’être franchie dans ce processus de dépossession. Le 20 avril dernier, l’Assemblée nationale adoptait, sous le bâillon, le projet de loi 28 « visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016 ». Celui-ci modifie au moins 59 lois existantes, dont la loi sur les mines. Cette loi, qui oblige les compagnies minières à présenter un rapport annuel détaillé sur leurs activités courantes et leurs prévisions, a été modifiée en vue de limiter l’accès du public à cette information. Le gouvernement de Philippe Couillard s’est ainsi rallié, sans débat public, au lobby de l’industrie minière, qui prétend que le secret commercial doit prévaloir sur l’intérêt public. Les communautés locales, les Premières Nations, les organisations environnementales et les citoyens des régions ressources peineront donc désormais à savoir ce qui se passe dans nos mines et à connaitre le sort de nos ressources minérales. / Yanic Viau est professeur d’histoire au Cégep du Vieux Montréal.


36 - ENJEUX

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Les enjeux de gestion dans les entreprises d’économie sociale Toutes les organisations font face à des défis en matière de gestion. Qu’il s’agisse de décisions liées aux pratiques d’affaires, à la gestion financière ou à la gouvernance de l’organisation, les dirigeants doivent composer avec des enjeux de gestion cruciaux. Les entreprises d’économie sociale n’échappent pas à la règle. Par Patrick Duguay et Martin Frappier

On ne peut ignorer qu’en raison de leur identité particulière, ces entreprises font face à des enjeux particuliers qui nécessitent des stratégies adaptées. Plus encore, elles doivent faire preuve d’une rigueur et d’un soin particulier à refléter les valeurs qui les sous-tendent dans leurs pratiques de gestion. a C’est un défi important et incontournable. D’abord, l’entreprise d’économie sociale a pour finalité de servir ses membres ou la collectivité plutôt que de simplement engendrer des profits et viser le rendement financier. Sa mission ne peut être reléguée au deuxième rang des préoccupations et les pratiques d’affaires mises en œuvre doivent répondre à cet impératif. Quand vient le temps de déterminer la qualité des produits et services offerts, de faire le choix des stratégies de développement, de faire face à la concurrence ou de mobiliser des ressources humaines, le gestionnaire d’une entreprise d’économie sociale doit toujours agir en

que l’entreprise d’économie sociale ne se soucie pas de sa rentabilité ? Bien au contraire! Pour répondre au mieux aux besoins de sa communauté, elle doit démontrer une viabilité économique qui assure la pérennité des activités. Cependant, l’atteinte de cet objectif ne passe pas L’entreprise d’économie sociale obligatoirement par pour finalité de servir ses membres une accumulation ou la collectivité plutôt que de effrénée des prosimplement engendrer des fits. La preuve en profits et viser le rendement est que la performance des entrefinancier. prises d’économie sociale est avérée : leur taux de à sa « mission » de prendre en survie dans les premières ancompte les intérêts et droits nées d’opération est de loin sude toute autre partie prenante périeur à celui des entreprises qui limiterait l’accumulation privées dont le seul véritable de profit. Notamment, les ressources exploitées deviennent objectif est de maximiser le rendement financier. La pertiune variable secondaire et les nence de leur mission mobilise conséquences de l’exploitation, les ressources du milieu, qui autant d’externalités sans visage. Pour l’entreprise d’économie contribuent à leur pérennité. sociale, qui appartient à ses Pour atteindre une viabilité économique sans préjumembres, il ne peut y avoir dice à leur mission et pour d’externalités inconsidérées : ce tirer le plus grand profit de serait comme voir un ouvrier se l’intelligence collective, les encouper la main avec laquelle il treprises d’économie sociale travaille ! sont dotées de mécanismes Doit-on croire pour autant cohérence avec sa mission et avec les valeurs qui y sont inscrites. Évidemment, lorsque la finalité principale d’une entreprise est de maximiser son profit au bénéfice du propriétaire ou des actionnaires, il est en quelque sorte contraire


ENJEUX - 37

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dont la mise en œuvre représente un défi pour les gestionnaires. La gouvernance démocratique en constitue le pilier le plus important. Dans bien des cas, s’y ajoutent des principes de gestion participative qui reposent sur les mêmes valeurs. Le concept de gouvernance renvoie à l’ensemble des mécanismes et règles de décision et d’information qui président au fonctionnement des organisations. Malheureusement, le terme est trop fréquemment associé au néolibéralisme. Pourtant, la gouvernance d’une organisation inscrit dans ses pratiques une forme de partage du pouvoir de décision, révélant ainsi sa « culture », ce qui ne vaut pas seulement pour les entreprises néolibérales. L’économie sociale étant par nature démocratique, sa gouvernance a pris une forme particulière, qualifiée de gouvernance démocratique. D’une part, l’Assemblée générale de l’organisation joue un rôle important, notamment par l’adoption de la mission et des règlements généraux, ainsi que par l’élection véritablement démocratique des administrateurs selon le principe « un membre, un vote ». D’autre part, de la définition des orientations à l’adoption des plans d’action, les administrateurs participent à toutes les grandes décisions qui affectent les activités de l’entreprise. Les gestionnaires sont donc au cœur des enjeux

de gouvernance démocratique puisqu’ils doivent quotidiennement assurer la cohérence entre les décisions du conseil d’administration et les décisions qu’ils sont amenés à prendre. Ils doivent également assurer ou favoriser la participation des membres aux assemblées et, dans bien des cas, concilier la gouvernance démocratique de l’organisation avec la participation active des travailleurs et travailleuses. Certes, un mode de gestion favorisant la participation des employés dans les prises de décision n’est pas le lot de toutes les organisations. Néanmoins, l’esprit d’une contribution active aux décisions de la part des travailleurs et travailleuses est inscrit dans les gènes des entreprises

d’économie sociale et nécessite constamment que les gestionnaires trouvent les voies pour en faciliter l’expression, tout en prévenant les tensions possibles entre les positions de l’équipe de travail et celles issues de la gouvernance démocratique. En somme, la gestion des entreprises d’économie sociale est un défi de taille, mais il en vaut la chandelle. Il ne reste qu’à souhaiter que cette brève réflexion se poursuive au sein même des organisations. / Patrick Duguay est directeur général de la CDR Outaouais-Laurentides et Martin Frappier est directeur des communications au Chantier de l’économie sociale.

Photo: Charles Briand


ÉTUDES DE K - 38

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Charlevoix:

Les jeunes prennent la parole

Par Julie Richard, Émilie Dufour, Louis-Filip Tremblay, avec la collaboration de Lucie Gélineau.

Le problème est bien documenté. Si la tendance se maintient, le poids démographique des jeunes dans Charlevoix reculera de 14% d’ici 2031, celui des 65 ans et plus augmentera de 29%. L’Agence de la santé et des services sociaux constate par ailleurs une défavorisation sociale et matérielle importante (plaçant Charlevoix 10e sur 10 parmi les territoires de la Capitale-Nationale) et une augmentation des écarts entre zones favorisées et défavorisées du territoire. Ces inégalités affectent la santé et le bien-être des jeunes et peuvent accentuer différentes formes de désaffiliation sociale (ex. désengagement citoyen). Dans ce contexte, comment renforcer la rétention, le retour ou la migration des jeunes ??? C’est l’une des visées poursuivies par le collectif CADJ dans Charlevoix, composé d’une quinzaine de partenaires. Initiée en 2013 par une concertation réunissant des organisations qui travaillent à prévenir la toxicomanie et les comportements à risque chez les jeunes, la démarche Collectivités amies des jeunes (CADJ) est inspirée par celle des Collectivités amies des aîné(e)s (CADA), bien implantées dans plusieurs régions. Or, si CADA vise à faire face à l’augmentation des aînés sur un territoire, CADJ vise à contrer la diminution des jeunes. Par une rechercheaction participative, le Collectif a voulu mettre en lumière les préoccupations, les aspirations et les pistes de solutions des jeunes euxmêmes. Ensuite, CADJ les as mis en dialogue avec des décideurs et intervenant(e)s dans le but de bonifier les interventions, les services aux jeunes et les dispositifs qui soutiennent leur participation. La première phase de cette démarche a mobilisé, en 2014, 63 jeunes âgés entre 12

et 17 ans qui ont pu livrer leurs perceptions de leur région. Ils se sont avérés déjà conscients des enjeux socioéconomiques de Charlevoix, soucieux de son caractère touristique et très sensible à sa beauté. Gars et filles disent vouloir investir les espaces publics et politiques. S’ils espèrent longtemps pouvoir vivre et élever leur famille dans Charlevoix, ils sont préoccupés par la qualité et la diversité limitée des emplois, ainsi que par l’accessibilité au transport collectif et à la propriété, qui restent difficiles. Pour nourrir le dialogue citoyen, l’expertise de l’équipe de théâtre d’intervention « Mise au Jeu» a été fort appréciée ! La démarche se poursuivra prochainement avec les jeunes de 18 à 35 ans. /


ÉTUDES DE K - 39

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Le Québec:

Le bras financier de l’action collective Par Sophie Clerc

Au Québec, la Caisse d’économie solidaire Desjardins est le pivot de la finance soucieuse du développement d’une économie plurielle et solidaire. Outil financier incontestable du développement collectif, le projet coopératif de la Caisse a vu le jour en 1971, initié par le Confédération des syndicats nationaux (CSN). « La Caisse a été créée pour répondre aux besoins de base des travailleuses et travailleurs : combattre l’endettement et l’usure financière et leur donner les moyens d’accéder à l’autonomie en regroupant leurs avoirs financiers » raconte Colette Harvey, directrice du service Soutien au projet coopératif. La Caisse d’économie solidaire est devenue au fil du temps un acteur majeur du financement des entreprises de l’économie sociale, qu’il s’agisse de coopératives ou d’organismes à but non lucratif (OBNL). Dans le milieu du logement abordable, de la souveraineté alimentaire ou encore de l’insertion professionnelle, près de 500 millions de dollars en 2014 ont été alloués à des projets de développement collectif. «Notre fonction première, c’est de participer à une autre économie » précise Collette Harvey. Forte de ces 14 500 membres, la Caisse finance ces entreprises sociales avec l’argent épargné par ceux-ci, citoyens ou entreprises, dans des produits d’investissement socialement responsable. Sa mission s’appuie sur quatre concepts fondateurs, l’humanisme, la démocratie, la solidarité et l’écologie. Des exemples ? Les Serres coopératives de Guyenne en Abitibi est de ceux-là. Issues d’un regroupement de citoyens, elles voient le jour en 1980. « Financé dès ses débuts par

la Caisse, ce projet collectif a permis de revitaliser une communauté » s’enthousiasme Madame Harvey. Autre coup de cœur de cette dernière : la mise sur pied récente de « SPOT », une clinique communautaire, développée par des professionnels de la santé de la ville de Québec, offrant des services accessibles pour les personnes les plus vulnérables. Des projets qui, en plus du financement octroyé par la Caisse, ne pourraient émerger sans la concertation des acteurs du développement collectif. «Les organisations de l’économie sociale, de par leur ancrage local, sont essentielles au développement social. Il s’agit de partenaires auprès desquels nous soutenons une économie à dimension humaine » insiste Colette Harvey./ Pour aller plus loin : http://www.caissesolidaire.coop Clinique communautaire SPOT. Photo : Caisse solidaire Desjardins


40 - ÉTUDES DE K

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Mauricie:

Consortium en transformation ? Par Laura-kim Dumesnil et Mélanie Lafrenière

En Mauricie, la démarche régionale en développement social, lancée en 2000, a donné naissance au Consortium en développement social de la Mauricie. Le Consortium est issu d’une entente de partenariat entre l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la Conférence régionale des élus de la Mauricie, Emploi-Québec Mauricie et Centraide Mauricie.

Photo : Stéphane Daoust

Les changements structurels que vivent certains partenaires à la suite des récentes décisions gouvernementales ébranlent les assises du Consortium, notamment le partenariat intersectoriel. Les partenaires actuels ont donc dû se questionner sur l’avenir de la démarche et chercher des solutions lui permettant de perdurer. L’entente sera maintenue jusqu’en mars 2016 et Centraide Mauricie s’est porté volontaire pour « héberger » le Consortium et ses

ressources humaines, qui étaient jusqu’alors logées à la CRÉ. Cette cohabitation, en plus d’être naturelle, va permettre de renforcer le partenariat déjà existant. En effet, Centraide Mauricie, partenaire de l’entente, partage également les valeurs et la mission du Consortium. Les deux organisations souhaitent améliorer les conditions de vie des citoyens de la Mauricie en prenant appui sur des valeurs de justice sociale, de participation citoyenne, d’engagement bénévole et de solidarité. Les moyens qu’elles emploient pour y arriver sont par ailleurs complémentaires : Centraide apporte un soutien aux organismes et le Consortium facilite les processus de concertation et de transfert d’expertise. À l’avenir, comment sera assuré le développement social à l’échelle régionale? Sera-t-il possible de maintenir une entente intersectorielle? Est-ce qu’un rapprochement avec un ou des organismes qui partagent la mission du Consortium pourrait permettre de maintenir la concertation? Chose certaine, la Mauricie ne saurait se passer d’une instance régionale de concertation en développement social; il en va du mieux-être de la population et des communautés du territoire. / Laura-kim Dumesnil et Mélanie Lafrenière représentent la permanence du Consortium en développement social de la Mauricie


ÉTUDES DE K - 41

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Montréal:

Ici, tout est possible Par Annabelle Petit

Ouvert en avril 2013, le Jarry Deuxième café bistro est un restaurant comme les autres, à la seule différence que les serveurs et les cuisiniers vivent avec une déficience intellectuelle.

partenaires de différents milieux qui ont cru en ce projet, le Jarry Deuxième café bistro est un lieu unique, accessible à tous, où la différence est vue comme une normalité et où la notion de pouvoir d’agir est au centre des préoccupations. Aujourd’hui, après deux ans d’exploitation durant lesquels ont travaillé pas moins de 45 jeunes vivant avec une déficience intellectuelle, après avoir relevé les défis que cela posait et mis en place un service de traiteur avec livraison sur toute l’île de Montréal, le Jarry Deuxième annonce un bilan positif ! Bien entendu, les nombreux défis, particulièrement ceux d’ordres financiers, restent de taille. Malgré tout, le Jarry Deuxième contribue à combattre les préjugés et à changer le monde collectivement, une commande à la fois. / Annabelle Petit est coordonnatrice du développement et des communications pour Parrainage civique les Marronniers et Jarry Deuxième café bistro.

Photos : Jarry deuxième café bistro.

Le milieu de la restauration est ingrat : la compétition est grande et les initiatives, risquées. Fallait-il être fou pour y additionner le défi de former des jeunes vivants avec une déficience intellectuelle en cuisine et en service à la clientèle ? Fallait-il être déraisonnable pour développer, après une année d’exploitation, un service de traiteur et répondre à plus de 2500 clients en six mois ? Non. Il fallait cependant être ambitieux et croire fermement au potentiel de ces jeunes qui ne désirent qu’apprendre et qui croient, à juste titre, à la possibilité de voir se concrétiser leurs aspirations professionnelles et personnelles, en accord avec leurs besoins spécifiques et les objectifs qu’ils se sont fixés. Mis en place par un petit groupe de membres de l’organisme Parrainage civique les Marronniers, en concertation avec de nombreux


42 - RADAR CULTUREL KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

Radar culturel RENOUVELER LE SYNDICALISME Pour changer le Québec Ouvrage collectif Jadis acteur important du progrès social, le mouvement syndical donne aujourd’hui l’impression d’être à la remorque des décisions prises dans les parlements et les places boursières. Comment insuffler au syndicalisme un vent de renouveau ? Quelles sont les avenues à envisager pour lui redonner sa force de changement ? Comment éviter que l’institutionnalisation ne fige pas ses capacités d’action ? Pour les auteur.e.s du recueil, - des intervenant.e.s des milieux syndical, politique, intellectuel ou militant - la pertinence de ces questions ne fait pas de doute. Priorisation d’une réforme démocratique, intégration du paradigme écologique, pratique d’un syndicalisme de transformation sociale, réaffirmation du droit de grève, réhabilitation du concept de « grève sociale », défense de la diversité médiatique et intégration des jeunes et autres laissés-pour-compte de la société, ce sont autant de pistes qu’ils soumettent à la réflexion. Source : http://ecosociete.org/livres/renouveler-le-syndicalisme

L’OR DU GOLFE Un film de Ian Jaquier Depuis quelques années, le prix élevé du pétrole sur les marchés internationaux a ravivé la flamme exploratrice au Québec. Pris dans la vague de controverses sur les gaz de schiste, les hydrocarbures se sont retrouvés sur l’avant-scène médiatique, polarisant l’opinion publique. « L’or du golfe » explore la question du pétrole au Québec pour mieux comprendre ses enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Tout en découvrant la beauté du golfe du Saint-Laurent, le film relate les différents aspects de la prospection pétrolière à travers la réalité des acteurs concernés (entrepreneurs, élus, citoyens) et l’opinion d’experts. Pour réfléchir au rapport paradoxal que nous entretenons avec cet or noir omniprésent dans nos vies. Source : http://ordugolfe.radio-canada.ca/film/


RADAR CULTUREL - 43 KALÉIDOSCOPE - VOL. 3 NUMÉRO 1 - PRINTEMPS 2015

TRAQUE INTERDITE. CE QUE LE WEB SAIT SUR VOUS Websérie documentaire personnalisée On divulgue nos données machinalement, tous les jours et sans y penser. Traque interdite est une série en 7 épisodes qui explore les différentes manières dont le Web moderne enregistre et traque nos activités, nos publications et nos identités. Et pour nous aider à comprendre comment nos informations sont utilisées et collectées, on nous demande de mettre de la partie nos données. Ça peut sembler paradoxal, mais c’est en nous prêtant au jeu que nous pouvons totalement comprendre l’implication du tracking Web – non seulement pour nous, mais aussi pour nos amis et notre famille. Quelle est la valeur cachée derrière chacun de nos clics? Que se passe-t-il sans qu’on se rende compte, et sans notre consentement? Une expérience interactive fascinante qui dévoilera la portée réelle de nos comportements en ligne. Source : https://donottrack-doc.com/ca/

CET ÉTÉ PRENEZ LA ROUTE DU ... TRICOT GRAFFITI Après la route des vins, le Québec aura cet été sa route du tricot graffiti. Le projet, présent dans plus de 450 municipalités à travers la province, est initié par le Cercles de Fermières du Québec qui veut ainsi marquer de façon ludique son 100e anniversaire. Bornes-fontaines, arbres, bancs, colonnes, clôtures d’écoles seront tapissés de tricots colorés, tissés maille par maille par des mains habiles ou débutantes qui espèrent faire sourire les passants et leur rappeler par la même occasion la présence centenaire des Fermières. Source : http://cfq.qc.ca/route-du-tricot-graffiti/


À SURVEILLER - 44

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Lancement de l’enquête nationale sur la main-d'oeuvre de l'économie sociale et de l'action communautaire Lancement de l’enquête nationale sur la main-d'oeuvre de l'économie sociale et de l'action communautaire. Réalisée par le CSMO-ÉSAC, il s'agit de la seule enquête qui permet le recueil de données sur ce vaste secteur d’emploi. Complétez le questionnaire, sur : http://enquete-csmo-esac.bip-sondage.com Vous avez jusqu’à la fin août pour y répondre, alors n’oubliez pas de l’inscrire à votre agenda ! Congrès IAMCR 2015 - UQAM: «Hégémonie ou résistance? Sur le pouvoir ambigu de la communication» l’Université du Québec à Montréal et sa Faculté de communication accueillent le congrès de International Association for Media and Communication Research (IAMCR) du 12 au 16 juillet 2015. Pour l’occasion, environ 1500 participants venant de 80 pays sont attendus. L’IAMCR est l’une des plus anciennes associations chargées de la promotion de la recherche en communication dans le monde. Depuis 1957, elle organise annuellement, sur l’un ou l’autre des continents, un congrès regroupant une trentaine de sections et de groupes de recherche ayant trois langues officielles (l’anglais, l’espagnol et le français). http://congresiamcr.uqam.ca/a-propos/theme.html?lang=fr École d’été 2015. Institut du nouveau monde du mercredi 12 août au samedi 15 août 2015 L’École d’été est un événement de 4 jours qui permet de développer ses compétences citoyennes afin d’apprendre à participer activement à la sphère publique. Que ce soit par la prise de parole, par l’art, par les médias ou par l’entrepreneuriat, plusieurs voies vous sont proposées pour partager votre vision de la société dans un style qui vous convient. L’École d’été c’est aussi aller à la rencontre d’acteurs diversifiés et effectuer des apprentissages collectifs. En plus d’autres participants motivés, vous y côtoierez des personnalités publiques, des politiciens, des journalistes, des chercheurs et des artistes avec qui vous pourrez échanger des idées. Pour s’inscrire : http://ecole.inm.qc.ca/fr/inscriptions

Devenez membre individus: 25$ organisations: 50$ Informations: http://lauditoire.org | 514.495.3124

par


LA CSN SALue

l’engagement de celles et ceux qui œuvrent au quotidien pour leur communauté

ADRESSÉ À:

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ADRESSE DE L’EXPEDITEUR: KALÉIDOSCOPE 190, boul. Crémazie Est Montréal (Québec) Canada H2P 1E2

11,95 $

PUBLICATION CANADIENNE : 42748021

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Kaléidoscope, printemps 2015  
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