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LA GRANDE

BELLINZONA

L’ENSEIGNEMENT DE MONTE CARASSO


Mémoire réalisé dans le cadre du séminaire: “terriroires en projet, architecture, urbanisme et paysage” ENSA-Paris Belleville Présenté et Soutenu par Sonia Kagan Sous la direction de Philippe Simay et Frédéric Bertrand Septembre 2018.


SOMMAIRE

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INTRODUCTION

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PARTIE I - MONTE CARASSO, UNE EXPÉRIENCE UNIQUE

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Une architecture de tendances Le cas de Monte Carasso Une leçon architecturale appliquée à l’urbanisme

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PARTIE II - DE LA VILLE AU TERRITOIRE

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Réflexions à l’échelle de la plaine de Magadino Bellinzona, la nouvelle ville Le Séminaire de Monte Carasso et le Laboratorio Ticino

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PARTIE III - LE TESSIN DANS LE CONTEXTE INTERNATIONAL La Ville Tessin, les concepts de la città diffusa, sprawltown et hyperville Relectures à propos du régionalisme critique Régionalismes pour le Troisième Millénaire

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BIBLIOGRAPHIE ANNEXE

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REMERCIEMENTS

Merci à mes directeurs de mémoire Frédéric Bertrand et Philippe Simay pour leur suivi tout au long du semestre Merci à Pierre-Alain Croset, Françoise Fromonot, Renato Magginetti, Michele Gaggetta, Cyrille Faivre et Laurent Salomon pour leurs conseils et avis éclairés Un grand merci à Manon Guéguen, Anaïs Petitjean et Léo Lombardie pour leur aide précieuse et à mes amis Maria Zompa, Paul Thierry et Ulisses Machado Merci à ma famille, Nathalie Régnier-Kagan et Sacha Kagan pour leur soutien

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“ Un lieu est un espace doté d’un caractère qui le disingue. Depuis l’antiquité, le genius loci, l’esprit du lieu, est considéré comme cette réalité concrète que l’homme affronte dans la vie quotidienne. Faire de l’architecture signifie visualiser le genius loci: le travail de l’architecture réside dans la création de lieux signifiants qui aide l’homme à habiter” Christian Norberg-Schulz

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introduction

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Au cœur de l’Europe, la République et canton du Tessin, fondée en 1803, est une région de 2 800 kilomètres carrés et d’environ 350 000 habitants. Elle s’inscrit dans la zone pré-alpine au sud des Alpes qui compte environ 350 000 habitants et s’étend sur un territoire restreint mais d’une grande diversité : sites de montagnes et de lacs, à la fois naturels et urbanisés. Sa contiguïté avec l’Italie, pays dont elle partage non seulement la langue, mais aussi des racines culturelles profondes, lui a permis de de ne pas rester isolé même s’il demeurait marginal. Pendant le Moyen Âge, le territoire du Tessin a été longtemps disputé entre les communes de Côme et de Milan jusqu’à sa pré-valorisation par les familles de Visconti et Sforza, qui complètent le rempart de Bellinzona pour la défense de la vallée tessinoise. Les frontières actuelles, qui s’inspirent des réalisations de la Confédération suisse, remontent à 1515. Depuis lors, la spécificité du Tessin réside dans son rôle d’interprète de la culture italienne au sein de la nation fédérale, tâche qui n’est pas toujours facile, notamment en raison du poids démographique et économique plus faible du canton par rapport aux cantons francophones et germanophones. L’intérêt de l’Italie envers le Tessin au contraire, a toujours été discontinu, à l’exception évidente de la Lombardie et de Milan. Si pendant des siècles, l’art et l’architecture tessinoise ont considéré l’Italie comme horizon naturel, c’est avec la transformation industrielle de la Suisse que les universités polytechniques ont étendu leur influence aux concepteurs nés dans le canton subalpin. Privée de faculté universitaire de langue italienne depuis longtemps (l’Académie d’architecture de Mendrisio a été créée en 1996 avec l’approbation de la loi sur l’Université de la Suisse italienne), l’architecture tessinoise a vu ses principaux représentants se former loin de leurs lieux d’origine, le plus souvent dans des écoles à Zurich et Lausanne ou en dehors des frontières nationales. En 1975, c’est à l’École polytechnique de Zurich qu’est créée l’exposition « Tendenzen-Neuere Architektur im Tessin » (Tendances-Nouvelle architecture au Tessin), devenue fondamentale pour la connaissance et la diffusion des œuvres des auteurs tessinois contemporains. À cette occasion, il est apparu à la critique que le Tessin, en termes d’architecture, ne devait pas être considéré comme subordonné à ses voisins plus peuplés et dotés d’une plus grande tradition. Il représentait, à ce moment précis de l’histoire, un lien sophistiqué entre la connaissance technique du béton armé et les idées radicales de l’Italie. Dans le canton, à cette époque, une véritable « communauté » d’architectes s’est constituée, caractérisée par des relations humaines étroites et durables, même en présence d’une forte concurrence professionnelle. Cette capacité de travailler en groupe et de se fréquenter, au-delà de ses propres opinions personnelles, a été une caractéristique qui s’est reflétée positivement

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non seulement à de nombreuses occasions professionnelles mais aussi, par la suite, dans l’activité académique. L’histoire de Monte Carasso est emblématique de l’originalité et de la force de la pensée tessinoise dans une petite commune pour laquelle Luigi Snozzi a su, pendant plusieurs décennies, intervenir ponctuellement dans le tissu bâti à la fois par l’interprétation des règles de construction et par la réalisation d’une série d’édifices publics et privés. C’est la volonté de découvrir le travail de cet architecte sur place qui nous a conduit à nous intéresser à ce petit village du Tessin. L’expérience de la XXIVe édition du Séminaire international de projet de Monte Carasso en juillet 2017 nous a permis d’y rencontrer Luigi Snozzi, fondateur et directeur de ce séminaire, et d’y suivre son enseignement accompagné de celui de ses « disciples », un groupe d’anciens étudiants architectes aujourd’hui professeurs et praticiens composé de Stefano Moor, Mario Ferrari, Michele Gaggetta et Giacomo Guidotti, encadrant avec lui les deux semaines d’atelier. Une série de conférences et de cours magistraux donnés par le corps enseignant ou des architectes extérieurs invités ont permis aux étudiants venus principalement de France, d’Italie et de Suisse, de prendre connaissance du contexte architectural de ce territoire si particulier. À l’origine du séminaire, les projets développés étaient issus de commandes réelles et contribuaient à la continuité du processus de restructuration de la commune. Depuis l’année 2013, le séminaire a ouvert son thème d’analyse à un territoire plus large dont Monte Carasso fait partie : la Grande Bellinzona, issue de l’agrégation de treize municipalités de Bellinzona, ville voisine et chef-lieu du canton Tessin. Après une première ébauche en 2013 d’un plan directeur avec l’énonciation relative de quelques principes fondamentaux qui le gouvernent, le séminaire approfondit d’année en année les zones stratégiques au sein même du territoire dans le but de vérifier et si nécessaire de modifier ou d’améliorer les hypothèses qui y figurent. L’expérience de la méthodologie de Snozzi dans un village tel que Monte Carasso, appliquée à l’échelle d’une ville telle que la Grande Bellinzona constitue le point de départ du travail de ce mémoire. Snozzi avait annoncé cette fatalité de la modification d’un territoire de manière lucide, comme une évidence, Monte Carasso était prêt à accueillir avec « enthousiasme et compétence » la ville qui s’étend, plutôt que comme la promesse d’un désastre à venir. Au retour de ce voyage architectural, il s’agissait d’interroger la cohérence et la pertinence à long terme des idées de Snozzi sur la ville. Le travail de Luigi Snozzi pour la commune de Monte Carasso conservait-il encore sa force exemplaire plus de trente ans après ? Cette exemplarité avait-elle changé de nature dans la situation actuelle marquée par une relation à ce point modifiée, disparate et déconcertante entre édifice envisagé et aménagement territorial ? Telles étaient les questions d’Alberto Caruso, rédacteur en chef de la revue tessinoise Archi lors d’un entretien avec Pierre-Alain Croset, commissaire de l’exposition consacrée à Luigi Snozzi à l’Arsenal de la Biennale d’architecture de Venise en 2012, pour évoquer la portée de l’œuvre de l’architecte. Croset

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lui apporta la réponse suivante : « Monte Carasso reste une expérience unique en Europe de par la durée exceptionnelle d’un processus que Luigi Snozzi encadre depuis trente ans, comme architecte responsable impliqué dans toutes les décisions urbanistiques et architecturales. Cette longévité est aussi à mettre au crédit du maire Flavio Guidotti, comme l’un des rares politiciens également préoccupés de la durabilité des mesures qu’ils engagent. Après trente ans de service, il a finalement pris sa retraite l’an dernier. Je répondrais donc par oui à votre question : Monte Carasso reste un exemple, dont la portée est peut-être encore plus grande aujourd’hui. Il faut toutefois déplorer que le projet soit demeuré unique en son genre et n’ait pas fait d’émules dans d’autres communes, en Suisse ou à l’étranger. Pour l’exposition de Venise, l’idée du « Common Ground » est notamment illustrée par un film sur Monte Carasso, tourné par Alberto Momo et auquel Luigi Snozzi a collaboré comme auteur. Le propos se focalise sur les gens qui ont personnellement vécu l’expérience inédite de Monte Carasso : habitants, enfants, élus et architectes, dont les voix accompagnent les images de promenades et d’événements organisés dans la commune. »

En somme, l’expérience de Monte Carasso est-elle isolée ou fédératrice pour le Tessin ?

Les ouvrages et les articles les plus récents publiés à propos du projet de Luigi Snozzi font état de l’expérience politique, urbaine, du lieu. Peu de textes font références au Séminaire de Monte Carasso qui existe pourtant depuis 1994. Il me semblait important de reconsidérer cet enseignement d’une part dans sa version actuelle qui s’intéresse au grand territoire à l’heure des grandes métropoles et d’autre part, de confronter ces idées aux problématiques environnementales actuelles de densification, de prise en compte du développement durable etc. L’hypothèse de la dimension pédagogique intemporelle, mais également universelle de Monte Carasso dans sa méthode qui envisage la conception urbaine allant de la partie au tout est l’objectif de ce mémoire. Le travail de recherche s’est organisé premièrement en allant suivre l’enseignement de Luigi Snozzi à Monte Carasso, avec la conviction de l’importance de l’expérience vécue comme fondatrice de la pensée critique. Ensuite, une recherche bibliographique : en particulier Le Visiteur n° 16, novembre 2010, l’ouvrage de Roberto Masiero « Architettura in Ticino », l’ouvrage recueil de Vincent B. Canizaro « Architectural regionalism » etc. Des traductions d’articles des revues suisses italiennes Rivista Tecnica et Archi, ont été entreprises, ainsi que la traduction de nombreux textes et ouvrages qui n’étaient pas disponibles en français. La création de ce corpus a permis d’accéder aux dernières actualités architecturales tessinoises. Par ailleurs, des entretiens avec des personnalités proches de Luigi Snozzi comme Pierre-Alain Croset, Renato Magginetti, Cyrille Faivre m’ont permis de recadrer mon sujet et m’ont convaincu de l’intérêt de cette réflexion au regard des évolutions de la ville contemporaine.

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« Monte Carasso, une expérience unique » présente dans une première partie le contexte architectural du Tessin et l’architecture des tendances dans les années 1970 qui introduit le cas de Monte Carasso dont la leçon architecturale s’applique à la construction de la ville et du territoire. « Bellinzona, de la ville au territoire » envisage dans une deuxième partie l’extension de l’échelle de réflexion au territoire de la plaine de Magadino, à la ville nouvelle de Bellinzona et enfin aux travaux de recherches du Séminaire de Monte Carasso et du Laboratorio Ticino. « Le Tessin dans le contexte international » est la mise en perspective de cette réflexion tessinoise à l’échelle de la ville diffuse mondialisée de notre époque en explorant les concepts de città diffusa de Bernardo Secchi, de sprawltown de Richard Ingersoll, et d’hyperville d’André Corboz. Les relectures à propos du régionalisme critique ouvriront sur les possibilités d’envisager un régionalisme pour le Troisième Millénaire.

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I - MONTE CARASSO, UNE EXPÉRIENCE UNIQUE

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1 - Une architecture de tendances « Notre société démocratique a toujours un grand défaut : elle n’a aucune idée de la ville, toutes les autres civilisations en ont toujours eue… » Luigi Snozzi Ce que l’on appelle les tendances de l’architecture au Tessin ne sont pas le fruit du hasard, elles s’inscrivent dans les décennies précédentes. Pour comprendre les racines de l’architecture tessinoise des années 1970, il convient de revenir au contexte historique de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Du bombardement au Plan Marshall, à la reconstruction européenne La guerre laisse derrière elle l’énormité de dix millions de morts et la tragédie d’un continent entier détruit. Les nations d’Europe sont confrontées à des tas de décombres, dépourvus d’électricité, de routes, de ponts et de chemins de fer, des populations misérables, les villes les plus importantes sans gares et ports, des quartiers entiers et des zones industrielles annihilées : Londres bombardé en décembre 1940 et au printemps 1941, Rotterdam en mai et juin 1940, Milan en août 1943, Berlin en 1945. Et si les perdants laissent derrière eux le vide des structures politiques et sociales qui se sont effondrées, les gagnants sont confrontés à de vifs contrastes politiques et sociaux. Plus aucun pays ne dispose de fonds, tout a été dépensé pour la construction d’armes et d’avions. Compte tenu de l’ampleur des destructions, de nombreuses années étaient prévues pour reconstruire et reprendre les pays dévastés. Tout autrement, une période d’expansion économique commence avec une rapidité inattendue, déterminée à la fois par l’urgence de chaque nation à se réorganiser, par l’allocation en 1947 de plus de 17 milliards de dollars grâce au Plan Marshall, décidé par les États-Unis pour éviter le chaos en Europe, et par la tendance favorable progressive de l’économie mondiale. À cela s’ajoutent les progrès techniques et l’utilisation de nouveaux matériaux.

Le boom de la construction des années 1950 et 1960 Cette période d’expansion économique impose d’une part, des transformations sociales importantes, plus rapides et plus profondes que dans d’autres périodes de l’histoire, d’autre part, elle crée des contrastes entre les mesures d’urgence nécessaires à la reconstruction et les mesures à long terme nécessaires au développement planifié. En somme, il y a un manque de débat (y compris le débat culturel) adapté aux problèmes graves du moment. De plus, la pression des entreprises et la nécessité d’agir rapidement rendent toute décision politique ou technique incertaine. Dans la planification et l’architecture aussi, les résultats sont mitigés : la reconstruction et la planification prennent des formes et des temps très différents.

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Ainsi, d’une part, des œuvres importantes sont créées, telles que les villes nouvelles anglaises, les villes satellites, la reconstruction des ports (celui du Havre dessiné par Auguste Perret) ou, comme objets uniques, l’architecture de Le Corbusier en France, de Ralph Erskine en Suède, d’Arne Jacobsen au Danemark, d’Aldo van Eick en Hollande, de Carlo Daneri ou Piero Bottoni en Italie. C’est aussi une période qui va jusqu’à traduire les utopies dans la réalité, dont l’apogée est la construction de deux nouvelles villes : Brasilia au Brésil et Chandigarh en Inde.1 D’autre part, les conséquences ne sont pas les mêmes pour le monde agricole. Le développement de l’après-guerre des années 1950 et 1960 n’a pas seulement des effets positifs, mais génère également des transferts entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, de fortes migrations vers de nouveaux lieux de travail et des bouleversements sociaux. Le développement économique et industriel, donne lieu à des excès qui ne sont pas suffisamment contenus pour les contrôler. Parmi ces distorsions, les banlieues émergent sur l’exploitation de la terre, sans qualité, dotées d’une architecture « banale, agressive, indifférente au paysage »2 et se propagent en raison des mécanismes de la spéculation immobilière.

Le retour à la Règle Au début des années 1960, contre la dégénérescence de l’architecture, des « résistances » prennent forme, et une nouvelle génération d’architectes réfléchit et cherche de nouveaux concepts de projet. Certains le font au moyen du dessin  : Louis Kahn (Newton Richards Medical Center à Philadelphie, 1965), Venturi et Rauch (Guild House à Philadelphie, 1963), James Stirling (Engineering Building à Leicester, 1963), Alison et Peter Smithson (le quartier The Economist à Londres, 1964), Giancarlo De Carlo (Dormitori studenteschi à Urbino, 1963-1966), bbpr (Torre Velasca à Milan, 1957), Aldo Rossi (Fontana monumentale à Segrate, 1965).3 Si la « résistance » est faite à la planche de dessin, celle confiée à la réflexion et à la théorie se réalise principalement en Italie. Le résumé peut être lu dans les livres écrits par Vittorio Gregotti, Aldo Rossi, Manfredo Tafuri, Giorgio Grassi. Apparaît également pour la première fois le terme Tendenza dans le catalogue Architettura razionale (Franco Angeli Editore, 1973) accompagnant la xve Triennale de Milan en 1973. Comme l’écrit Massimo Scolari, la Tendenza (ou Tendance) est basée sur des concepts tels que « la relation étroite avec l’histoire, la priorité des études urbaines et la relation entre la typologie du bâtiment et la morphologie urbaine, le monumental, l’importance de la forme »4. Plus loin, il est précisé la relation avec l’histoire : « [toute l’histoire est] comprise comme l’histoire des types et des éléments constitutifs, et non comme un lieu d’imitation stylistique et formelle » et qu’ « il semble clair 1 FUGAMALLI, Paolo, « A quarant’anni da Tendenzen - Neuere Architektur im Tessin », Archi, août 2015, n° 4, p. 36-37. 2 Ibid., p. 37. 3 Ibid. 4 Cité dans : fumagalli, Paolo, op. cit., p. 37.

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comme le point de transfert entre l’histoire et le projet peut être résumé par le concept de type comme principe d’architecture et aussi comme l’invention du projet peut être exercée à travers une perspective indifférente aux fonctions et références du temps et du lieu, c’est-à-dire par analogie ».

Les tendances au Tessin dans les années 1970 C’est dans ce contexte que se trouvent les origines de la Tendenza au Tessin, une définition qui influence l’architecture tessinoise des années 1970 dans l’exposition « Tendenzen-Neuere Architektur im Tessin  » (Tendances-Nouvelle Architecture au Tessin) organisée par Martin Steinmann à l’École polytechnique fédérale de Zurich en novembre 1975, puis l’année suivante à Lausanne et Bellinzona. À cette occasion, la production architecturale réalisée en l’espace d’une courte décennie trouve une synthèse et une reconnaissance nationale et internationale. Steinmann y présente des projets et des réalisations de Roberto Bianconi, Tino Bomio, Mario Botta, Peppo Brivio, Bruno Brocchi, Mario Campi, Tita Carloni, Collettivo 2, Giancarlo Durisch, Aurelio Galfetti, Ivano Gianola, Marco Krähenbühl, Franco Pessina, Nicki Piazzoli, Bruno Reichlin, Fabio Reinhart, Flora Ruchat-Roncati, Dolf Schnebli, Luigi Snozzi, Ivo Trümpy, Livio Vacchini. Ces architectes ont non seulement suivi les débats en Italie et lu les ouvrages ou visité la xve Triennale à Milan, mais ils ont aussi fréquenté ou travaillé dans les studios de Rino Tami et Peppo Brivio. Ils sont allés voir les œuvres des Maîtres du début du xxe siècle. Ils se sont imprégnés des premières œuvres de Kahn, Stirling, Smithson, De Carlo, Gregotti, bbpr, Aldo Rossi et Giorgio Grassi. Le titre de l’exposition ne prêtait pas à confusion  : l’architecture tessinoise n’était pas due à une tendance unique mais présentée comme un ensemble varié, à partir duquel le titre se décline de manière significative au pluriel, en contradiction ouverte avec la Tendenza esquissée par Aldo Rossi en 1966.5 Il était donc naturel d’interpréter l’architecture tessinoise comme l’architecture du canton du Tessin plutôt que de la ramener à un « mouvement » homogène ou à une «  école  ». Plus tard, l’architecture tessinoise est devenue l’un des emblèmes du régionalisme dit critique, expression réinterprétée et diffusée par Kenneth Frampton dans ses « six points pour une architecture de résistance ». L’émergence de l’architecture produite dans ces lieux sur la scène internationale depuis les années 1970 a incarné un sentiment de revanche dont les protagonistes ont toujours été fiers, en particulier en ce qui concerne leur dépendance à la Suisse alémanique et à Zurich comme siège de l’École dans laquelle de nombreux architectes tessinois ont été formés. Dans les années de Tendenzen, les architectes tessinois (en particulier les plus jeunes) regardaient hors de Suisse, leur horizon était résolument européen, notamment vers Milan ou Venise. Le point fort de l’architecture qui a été produite pendant ces années au Tessin est le fait qu’elle a été construite. Cet aspect a joué un rôle fondamental, non seulement parce que peu de temps après il aurait été question 5 ortelli, Luca, « Architettura nel Cantone Ticino: da Tendenzen alla condizione contemporanea », Archi, décembre 2017, n° 6, p. 25.

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d’ « architecture de papier » vis-à-vis des protagonistes de la période qui sera définie de postmoderne. La possibilité de construire leurs propres bâtiments, trop souvent refusée à leurs collègues italiens, offrait l’occasion de vérifications immédiates ainsi que la capacité d’expérimentation, liée au désir de s’éloigner des habitudes de construction dépassées qui dominaient, à quelques exceptions près, la scène tessinoise. Contrairement à ce qu’il était possible d’observer dans les cercles milanais ou vénitiens, résolument plus structurés et plus habiles dans la production d’expositions et de publications diverses, il ne restait aux architectes tessinois qu’à bâtir.6 À la fin des années 1970, la question critique systématique avait déjà commencé sur l’héritage du mouvement moderne, qui allait conduire à la tendance postmoderne, mais au Tessin, ce regard critique prit un caractère sans précédent, loin des pastiches et étranger aux tentations utopiques que d’autres réalités, en dehors de la Suisse, avaient connues au cours de la décennie précédente. Les regards des architectes tessinois par rapport à l’histoire n’étaient pas des spéculations abstraites mais des positions que l’on pouvait observer, comme on l’a dit, dans les ouvrages construits, ce qui constituait, à l’époque, une différence notoire par rapport à d’autres expériences qui restait ferme, par choix ou nécessité, à la taille du projet et donc sans autre vérification dans la pratique. Il en va de même pour la centralité de la notion de territoire, encore une fois en termes véritablement pragmatiques. Dans les maisons construites par Snozzi, on pouvait encore lire la volonté d’établir des relations directes et perceptibles entre l’architecture et le territoire, malgré la petite taille des bâtiments. À ce propos, la question dimensionnelle n’est pas du tout secondaire précisément parce qu’elle démontre la faisabilité de ces perspectives architecturales, et les hypothèses de conception qui en découlent, au-delà de l’échelle des interventions, ce qui rend leur signification encore plus évidente. En observant les projets et les réalisations de ces années et en recomposant les fragments, on peut percevoir, malgré les différences, une vision commune dans la volonté affichée et évidente de donner au canton une structure solide et équilibrée. Ceux qui visitent le Tessin peuvent admirer le caractère singulier des œuvres de ses meilleurs architectes contemporains : au bord du lac ou dans la plaine, dans la ville ou dans les vallées les plus isolées, toute l’architecture révèle sans équivoque qu’elle appartient à la forme et à l’histoire spécifique du site. Le paysage tessinois, caractérisé par des changements brusques en l’espace de quelques kilomètres, semble ainsi souligner l’impression de différences architecturales. Les communes de Chiasso, Mendrisio, Lugano, Bellinzona et Locarno s’avèrent géographiquement plus éloignés que ce qu’elles sont réalité. Selon ce modèle interprétatif, la localisation de l’activité de Luigi Snozzi, Livio Vacchini et Aurelio Galfetti à Locarno ou Bellinzona (sur le territoire de Sopraceneri) suffirait à attribuer une identité collective à leurs œuvres. Mais tous les trois refusent fermement tout lien avec une pensée ou 6

Ibid., p. 26.

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une idéologie « régionaliste » : leur appartenance à un lieu implique toujours une interprétation critique de celui-ci, mais jamais l’adhésion mimétique ou la continuité stylistique des caractères architecturaux vernaculaires. Ils pensent que vivre et travailler au Tessin ne signifie pas s’enfermer dans les limites étroites d’un canton, au contraire, cela signifie s’efforcer à ouvrir son propre travail vers une perspective plus large, idéalement liée à l’ensemble de la scène architecturale contemporaine européenne.7 Aujourd’hui, ces trois architectes sont internationalement connus, chacun d’entre eux a construit son identité propre et claire, ce qui le rend immédiatement reconnaissable : la radicalité et l’essentialité du choix d’implantation de Snozzi, capable de révéler la complexité morphologique et topographique du site, de manière très économe ; la conviction de Vacchini en la légitimité des principes fondamentaux du classicisme, mais, en même temps, la liberté et l’antidogmatisme avec lesquels ces principes sont interprétés afin d’obtenir une création authentiquement originale  ; enfin, Galfetti a une attitude profondément expérimentale qui lui permet de transformer chaque projet en une occasion d’explorer de nouvelles méthodes et de nouveaux langages formels. Malgré leurs différences, les trois architectes entretiennent encore des affinités profondes et des convictions communes sur le rôle de l’architecte dans la société contemporaine. Ils défendent d’abord le rôle d’un intellectuel critique, chargé d’une responsabilité culturelle et politique précise dans le processus d’actualisation de la ville et du territoire. Pour Snozzi, Vacchini et Galfetti, le début des années 1980 fut une période importante de transition de la recherche “atelier” à un nouveau cycle de travail caractérisé à la fois par une augmentation du nombre de commandes et de l’ampleur des projets. Pour chacun d’eux, cette transition s’exprime par un projet exemplaire : le plan de la ville de Monte-Carasso pour Snozzi (1979-1984), l’école Montagnola pour Vacchini (1978-83), le bureau de poste de Bellinzona pour Galfetti (1978-85).

7 Croset, Pierre-Alain, « In a town called Ticino », dans grönlund, Hannele, hellman, Hannu, norri, Marja-Riitta (sous la dir.), Three architects from Ticino, 1960-1990: Snozzi, Galfetti, Vacchini, [catalogue de l’exposition qui a eu lieu au Musée d’architecture finlandais à Helsinki du 25 avril au 3 juin 1990 et au Musée Alvar Aalto à Jyväskylä du 10 juillet au 5 août 1990], Helsinki, Musée d’architecture finlandais, 1990, p. 5-7.

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chronologie de l’évolution du village de monte carasso © Luigi Snozzi

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b - Le cas de Monte Carasso Un plan directeur pour Monte Carasso 1977-1979, 1990 Le développement du projet de Monte Carasso confirme la conviction de Snozzi que les deux problèmes les plus importants du Tessin (l’exode rural et la perte d’identité culturelle comme conséquence d’une urbanisation incontrôlée) ne peuvent être surmontés par des attitudes défensives et des approches de planification généralisées. Monte Carasso soutient le contraire. Le projet doit son existence à la certitude que l’urbanisation en tant que telle n’est pas le problème à moins et seulement si elle a lieu sans un cadre urbain qualitatif. 1

Selon un plan de zonage décidé en 1977 (résultat d’un processus politique de quinze ans), le centre du village de Monte Carasso devait être la zone centrale et le village environnant la zone périphérique. Le plan de Snozzi s’opposait fondamentalement à cette évaluation. Monte Carasso s’est développé autour du monastère des Augustines, qui est l’unique monastère de la Renaissance au Tessin. C’est un ensemble du xvie siècle, diminué dans une certaine mesure depuis la laïcisation du xixe siècle (insertions, surélévations, reconversions, démolitions). En 1965, des parties importantes du monastère ont été démolies et une école provisoire a été érigée sur le terrain nouvellement libéré. Le plan de zonage de 1977 a libéré les parties restantes du monastère pour être démoli. Le remplacement du bâtiment temporaire de l’école et d’autres installations publiques devait être realisés à la limite sud-est du territoire communal, près de l’autoroute. Cependant, ce plan a fait l’objet d’une controverse au sein de la population. Une initiative citoyenne a soumis une contre-proposition. Il s’agissait de disposer les installations publiques au centre du village, ce qui aurait encore une fois nécessité le déplacement du cimetière. Compte tenu de cette vive controverse (qui était également due à la politique du parti), Snozzi a été chargé en 1977 d’élaborer une proposition de développement pour la commune. Son plan directeur pour le centre de Monte Carasso a été accepté en 1979. Déjà à l’époque, l’importance de l’ancien monastère en tant que centre historique du village était au-delà de toute discussion pour Snozzi. C’est également la condition préalable au plan directeur de 1978-1979. Snozzi suggère une restructuration des vestiges du monastère et de donner au bâtiment la fonction de centre du village (un espace public). Il se compose de l’école primaire et d’autres installations (espaces d’exposi-

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lichtenstein, Claude, Luigi Snozzi, Basel, Birkhäuser, 1997, p. 82.

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maquette des murs d’enceinte du village de monte carasso Š monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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haut: maquette du village de monte carasso bas: photo de monte carasso Š monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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tion, bar, etc.). D’autres éléments du plan pour le centre étaient : Un anneau autour du centre, formant le cadre d’un développement urbain à long terme ; les équipements publics et privés devaient être situés le long de la rue. Il devait être complété par des rangées d’arbres. Un parc circulaire autour des bâtiments centraux, connecté à l’anneau par des sentiers. Un plateau au sud de l’église, qui se développe à partir de l’agrandissement du cimetière et met en valeur l’espace public par opposition aux quartiers d’habitation. Snozzi prévoit de créer ce plateau à travers le gymnase et le terrain de jeu devant. Une amélioration de l’église qui avait déjà eu deux entrées dans les siècles passés. La suppression des distances de limite : les nouveaux bâtiments sont placés directement sur les limites afin de redonner à la rue sa place d’espace public. L’intention de parvenir à une densité plus élevée et donc de surmonter la tendance typique « anti-urbaine » qui s’efforce de maintenir l’état actuel du village. Au lieu de bâtiments à deux étages, il peut y avoir des structures à trois étages et, le cas échéant, des structures encore plus hautes. La vérification (ou la suppression) des règles de construction par le critère de la qualité architecturale et urbaine : « Si un projet est meilleur que le règlement ne le permet, la règle est changée, et non le projet. » (Luigi Snozzi) Pour cela, cependant, seuls les critères typologiques et morphologiques sont valables, aucune modification stylistique ou matérielle n’est autorisée. 2

Snozzi soumet son nouveau plan régulateur pour le centre du village en 1977, et en 1979 il est approuvé. Il permet la réalisation d’un centre (significatif au sens urbain) dont les éléments sont conçus pour que la commune de Monte Carasso double en nombre d’habitants. Snozzi imagine une ville pouvant accueillir trente ou quarante mille habitants. L’objectif était la réalisation d’un contexte ayant le potentiel de se développer. La tâche suivante consistait à étendre ces directives de planification du centre à l’ensemble de la commune. Il s’agissait d’une longue tâche qui réussit à être menée à bien malgré la résistance du canton. L’ensemble du plan de circulation (Piano viario comunale) a dû être remanié et approuvé. La première ébauche de Snozzi fut rejetée en 1980, une deuxième ébauche présentée par Snozzi et un spécialiste de la gestion de la circulation est approuvée en 1983, cependant, le nouveau plan directeur n’a pu être mis en œuvre qu’en 1990. L’extension des directives de planification à l’ensemble de la commune, comme l’exigeait Snozzi, n’a suivi qu’en 1990, après un travail fastidieux. Jusque-là, la demande concernant l’élargissement des rues selon le plan de zonage 2

Ibid., p.84.

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croquis pour le nouveau centre de monte carasso Š Luigi Snozzi

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haut : réalisations de Luigi Snozzi à Monte Carasso bas: photographies des réalisations © monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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de 1977, était valide. Depuis 1990, la stratégie est la restructuration des rues existantes et des éléments typologiques du village, tout en gardant à l’esprit une future ville possible de Monte Carasso, dont les origines (un village agricole) seront transformées en qualités urbaines. « La perception d’une ville est aujourd’hui l’une des choses les plus difficiles, car les frontières traditionnelles entre la ville et la campagne n’existent plus. Où commence Bellinzona et où commence Locarno ? Par conséquent, au Tessin, on parle déjà de la ville du Tessin, allant de Bellinzona à Locarno. Si l’on se tourne un peu vers l’avenir, le Tessin fait partie de la ville de Milan-Côme-Varèse. C’est la grande tâche d’aujourd’hui (créer des situations urbaines dans une agglomération à des endroits qui se situent aujourd’hui quelque part entre périphérique et provincial. Je suis sûr que des expériences comme Monte Carasso sont le seul moyen d’éviter qu’un tel endroit soit dévoré par la croissance de la ville, et je suis heureux qu’elle grandisse ! Si nous réussissons à valoriser les éléments existants, comme le monastère de Monte Carasso, dans un tel arrangement, ces lieux pourront devenir demain un noyau urbain dans une grande agglomération urbaine. Ils peuvent être incorporés dans la ville et non plus relégués à l’extérieur. C’est le concept et je suis presque certain que c’est la possibilité de préserver le sens des villages et même d’augmenter leur valeur dans le processus ». 3

Pour Snozzi, l’expérience de Monte Carasso ne représentait pas seulement une occasion de vérifier dans la pratique l’hypothèse de projet qu’il avait longtemps considérée dans plusieurs projets de concours. C’était le processus de planification lui-même qui était devenu l’objet de son expérimentation. Un processus que Snozzi décrivait ainsi : « Il s’agit d’établir des règles possibles pour de petites zones similaires où il y a une demande de bâtiments ; ces règles sont ensuite approuvées par l’autorité municipale enfin, elles sont vérifiées par une intervention concrète, qui peut éventuellement amener les règles proposées à un point critique, et, dans ce cas, il faudrait retravailler ces règles et ainsi de suite. Il y a donc un processus dialectique entre la proposition planifiée et la réalisation réelle ». Ce processus de vérification continue et de modification des hypothèses de planification s’est révélé extrêmement efficace dans le contexte d’un très petit village comme Monte Carasso. Dans un tel endroit, chaque proposition peut être faite avec une grande transparence et faire l’objet d’un débat démocratique avec le peuple. Deux des trois premiers bâtiments réalisés ont été conçus après l’acceptation du plan de la ville et ont conduit à une modification du code de construction ; parmi ceux-ci, la petite banque, située en face de l’église, complète 3

snozzi, Luigi, cité dans : Ibid., p.85.

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logiquement la place, tandis que la maison Guidotti, construite pour le maire du village, qui « était conscient de l’importance publique qu’une maison privée peut avoir », marque avec précision le lieu où l’anneau change de direction. Les trois premiers bâtiments réalisés se caractérisent par une forte différenciation architecturale. La banque se présente sous la forme d’un cube discrètement décoré et cette forme permet de faire ressortir sa double fonction (banque au rez-de-chaussée, appartement aux étages supérieurs). Ce qui est particulier à la banque, c’est son plancher en quinconce conçu pour laisser le soleil envahir toute la maison. Il s’agit d’une solution astucieuse qui compense l’orientation nord de la façade principale. Le gymnase, cependant, est un bâtiment d’angle fondé sur le système des voies publiques. Enfin, la maison du Maire est comme une petite tour isolée au milieu du vignoble. Les deux ailes du gymnase ne sont pas parfaitement perpendiculaires l’une à l’autre, mais légèrement tournées de manière à refléter la disposition du monastère et de l’église. De plus, bien que la partie contenant les vestiaires marque le côté est de la plate-forme au-dessus de l’anneau - qui a la même orientation que l’église - le volume de la salle de gymnase ferme la série de bâtiments orientés sur la géométrie orthogonale du monastère. Si l’on s’approche de la place, les vestiaires apparaissent comme une arcade continue invitant à entrer ou à passer pour continuer vers les villages de la vallée. La salle de gymnastique, au contraire, se détache au milieu du terrain avec son volume complètement fermé ; elle se dresse sur une plinthe de verre en béton armé qui montre clairement l’état “souterrain” du gymnase. De l’intérieur, cette “plinthe de lumière” magnifie considérablement l’espace et souligne le contraste entre les murs périmétriques blancs et la voûte noire du toit brisé par une lucarne centrale. Cette condition “souterraine” enrichit donc l’expérience spatiale : dans cette belle lumière, modulée par des matériaux opalescents, sous la grande voûte noire, on a l’impression d’être dans une chapelle ou une crypte, plutôt que dans un gymnase. Paradoxalement, le plus petit bâtiment est aussi le plus radical. La maison du maire, construite sans obéir au code de construction du village, a démontré comment la construction d’une exception peut être légitimée dans un contexte spécifique. Le choix du type de tour a été suggéré par la présence d’une bande de vignes abandonnés au centre du village qui a retrouvé une nouvelle vie et qui a été préservée par le nouveau bâtiment.

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l’école primaire

haut: plan général de l’école élémentaire bas droite: photographie de l’école élémentaire bas gauche: maquette de l’école élémentaire © monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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haut: plan général du cimetière photo 1: vue de photo 2: vue de photo 3: vue de © monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

le cimetière

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haut: banque géométraux photo gauche: photographie de la façade photo droite: photographie de la façade © monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

la banque

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haut: photo 1: vue de photo 2: vue des photo 3. vue de photo 4. vue de bas: coupe longitudinale

le gymnase

Š monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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la maison du maire

droite: géométraux de la maison du maire photo1: vue de la maison du maire photo2: vue intérieure de la maison du maire © monographie Luigi Snozzi par Peter Disch

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II - DE LA VILLE AU TERRITOIRE

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1 - Réflexions à l’échelle de la plaine de Magadino « Toute région se distingue des régions sauvages par le fait d’être un immense dépôt de fatigues humaines. Elle n’est donc pas œuvre de la nature, mais œuvre de nos mains : une patrie artificielle. » Carlo Cattaneo

La canalisation du fleuve Tessin

La plaine de Magadino, la plus grande plaine alluviale du canton du Tessin, est entrée peu avant le milieu du xixe siècle au centre des conflits d’intérêts sur l’usage qui en était fait et y est resté jusqu’à aujourd’hui. L’histoire des transformations planifiées ou réalisées de ce territoire s’est toujours accompagnée d’un conflit entre des décisions économiques et sociales conflictuelles, ou du moins divergentes et difficiles à concilier : entre intérêts locaux et intérêts généraux, modernité et tradition, élevage et agriculture, droits communautaires et propriété privée, exploitation forestière et remblaiement des cours d›eau, et plus récemment entre la vocation agricole qui a émergé après de longues hésitations et des utilisations industrielles, commerciales, touristiques, sportives et protectionnistes disparates.1 Au xixe siècle, la valorisation de la plaine de Magadino a été conçue comme une grande œuvre de modernisation, une véritable «  révolution morale et industrielle  »2. En effet, jusqu’au milieu de ce siècle, le Tessin était un canton pauvre en plaines agricoles, «  des terres stériles, malsaines et rocailleuses [...] entrecoupées de marécages et de roseaux  »3. Les populations vivant en bordure de la plaine de Magadino étaient parmi les plus pauvres, les plus analphabètes, les plus tourmentées par des épidémies de paludisme. Les habitants ne pouvaient coloniser et construire dans cette plaine insalubre exposée aux caprices du fleuve qui, dans les crues récurrentes, submergeaient les moulins, les berges, les étables, recouvraient les prairies de gravier. L’impulsion de la valorisation de la plaine est apparue et a progressé sous la menace de la famine ou lorsque de graves difficultés d’approvisionnement se posaient, la population tessinoise dépendant de l’importation de céréales étrangères (de Lombardie et du Piémont). La transformation radicale de la plaine de Magadino dans la deuxième moitié du xixe siècle est le résultat du grand projet de Carlo Cattaneo, économiste milanais exilé à Lugano qui s’est toujours engagé à promouvoir et à servir de médiateur d’initiatives économiques de toutes sortes : minières, industrielles, ferroviaires et agricoles. Il s’agissait non seulement d’un projet

1 ceschi, Raffaello, « Il Piano di Magadino tra innovazione e tradizione », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 12. 2 Ibid., p. 13. 3 Ibid. p. 12.

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hydraulique, urbain et architectural mais aussi et surtout politique. L’objectif était de reproduire exactement au Tessin les formes économiques et juridiques de l’agriculture irriguée lombarde moderne et prospère. Les interventions techniques comportaient trois opérations : le remblaiement du fleuve Tessin de Bellinzona à son embouchure sur le lac Majeur par la construction de digues (le système de doubles digues est réalisé plus tard), la récupération de la plaine avec le drainage des marécages et l’excavation d’un réseau de canaux pour le drainage et l’irrigation, la construction d’un chemin de fer (chevaux dans le projet initial) de Bellinzona au village de Magadino sur le talus, qui sera intégré dans un système de communication plus large pour l’eau et le chemin de fer jusqu’à Milan, l’Adriatique ou même jusqu’à Gênes. De cette façon, le projet se présentait comme une double modernisation, car il permettait d’intégrer le Tessin au réseau de liaisons ferroviaires internationales en cours de conception à l’époque. La réalisation complète de cet ouvrage a finalement abouti pendant la Seconde Guerre mondiale permettant à la plaine de Magadino de devenir « le grenier du Tessin ». À la fin de la dernière phase de canalisation, la plaine de Magadino semblait donc être réservée à une utilisation agricole prééminente. Aujourd’hui cependant, elle peut être considérée comme une extension périphérique et une jonction des agglomérations de Locarno et de Bellinzona. Comme dans les autres vallées alpines longitudinales, on observe depuis les années 1960 un développement urbain relativement désordonné. Par ailleurs l’attractivité de la plaine est liée à l’extension des zones urbaines de Lugano et Mendrisio qui se saturent, où le sol devient une denrée de plus en plus rare.4 «  C’est un territoire sans spécialisations significatives, trop faible pour affirmer plus de fonctions de manière organique, finalement sans identité précise, l’image que donne aujourd’hui la plaine de Magadino est celle d’une région qui se développe de manière désordonnée, recevant les activités, en partie peu qualifiées et grandes consommatrices d’espace : c’est l’image même de l’urbanisation banale, de l’arrière-pays sans qualité et sans fonctions urbaines importantes, bref de l’agglomération sans la ville. »5

4 torricelli, Gian Paolo, « Territorio e sviluppo urbano: il Piano di Magadino come riserva di tempo », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 16. 5 Traduction de l’auteur pour : « È un territorio senza specializzazioni di rilievo, troppo debole per affermare più funzioni in modo organico, in definitiva senza un›identità precisa, l›immagine che si dà oggi il Piano di Magadino è quella di una regione che si sviluppa in modo disordinato, ricevendo le attività, in parte poco qualificate e forti consumatrici di spazio: è l›immagine stessa dell›urbanizzazione banale, dell›hinterland senza qualità e senza funzioni urbane di rilievo, insomma dell›agglomerato senza la città. » Ibid., p. 20-21.

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haut, carte Dufour, 1858 © document fourni par le séminaire de Monte Carasso 2017 bas, carte IGN de Bellinzzona © document fourni par le séminaire de Monte Carasso 2017

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Architecture de la nouvelle ligne ferroviaire AlpTransit Š Flora Rucha-Roncati

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L’AlpTransit ou l’architecture de la vélocité

Afin de comprendre ce qui est important pour le développement de la plaine, il est nécessaire de mentionner la question du chemin de fer alpin transversal avec le projet de la Nouvelle Ligne Ferroviaire à travers les Alpes (nlfa) dont fait partie AlpTransit, au cœur de l›axe ferroviaire européen du xxie siècle. Avec deux tunnels de base, celui du Saint-Gothard, qui a été inauguré en 2016, long de 57 kilomètres sous le massif du Saint-Gothard, suivi en 2020 par le second sous le mont Ceneri, long de 15 kilomètres, l’axe du Saint-Gothard devient une voie ferrée de plaine. Avec la mise en service du tunnel de base du Saint-Gothard, le tronçon de montagne est intégré dans le réseau de trafic régional tilo. Bellinzona et Lugano gagnent en importance, devenant les nœuds d’échange entre le trafic tilo régional et le trafic longue distance. La construction du tunnel de base du Ceneri permettra de réduire de moitié le temps de parcours actuel entre Bellinzona et Lugano. Enfin la liaison Locarno-Lugano à Camorino est une voie ferrée sur remblai qui reliera la ligne Locarno-Bellinzona directement à Lugano par le tunnel de base du Ceneri. Cet ouvrage réduira de moitié le temps de trajet de Locarno à Lugano. Si l’on revient à son histoire, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un ingénieur de l’École polytechnique avait conçu un tunnel de base sur deux niveaux superposés, l’un pour les trains et l’autre pour les voitures. Dans les années 1950, lors de la discussion sur le réseau autoroutier suisse, le tunnel de base du Saint-Gothard a été mentionné comme alternative possible au tunnel autoroutier décidé et inauguré en 1980. Déjà en 1970, avec la forte croissance du trafic de marchandises alors rentable à travers la Suisse, la première recommandation a été faite par une commission fédérale de construire le tunnel de base du Saint-Gothard le plus rapidement possible. Cependant, le fédéralisme suisse, qui exigeait des solutions consensuelles pour toutes les régions, ainsi que des incertitudes sur l’avenir du chemin de fer, a reporté les décisions. C’est au début des années 1990, sous la pression européenne, que la décision fut prise de construire deux tunnels comme compromis interne et de démontrer la volonté de la population suisse de protéger les Alpes du trafic routier : le tunnel de base du Saint-Gothard et un deuxième tunnel de base le long du Sempione (celui du Lötschberg entre les cantons de Berne et du Valais), avec l’avantage d’être ouvert à l’exploitation dès 2007.6 En 1993, le Conseil d’État tessinois fait à la demande des architectes Botta, Galfetti, Snozzi et Vacchini, un choix important en ce qui concerne le projet du tracé d’AlpTransit : il constitue un groupe interdisciplinaire, composé de l’architecte Aurelio Galfetti (coordinateur), de l’urbaniste Pierino Borella, de l’ingénieur civil Giuseppe Grignoli, de l’historien Raffaello Ceschi et de l’économiste Remigio Ratti. L’exemple donné par les quatre initiateurs 6 ceriolo, Laura, « Successi e criticità della nuova trasversale ferroviaria alpina: dialogo di Remigio Ratti e Gian Paolo Torricelli con Paolo Fumagalli », Archi, juin 2016, n° 3, p. 46.

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du groupe est celui de la contribution de Rino Tami au contrôle esthétique du projet d’autoroute A2 d’Airolo à Chiasso. Il n’était qu’un consultant esthétique et son travail chevauchait en quelque sorte celui des ingénieurs, sa grande préoccupation était d’ailleurs de ne pas pouvoir intervenir sur le tracé, ni décider d›une jonction. Il a su cependant saisir les petites opportunités d’espace qui s’offraient. Le « groupe de réflexion  » a pour l’objectif l’analyse du projet des Chemins de fer fédéraux suisses (cff) pour le nouveau train à grande vitesse à travers le canton et l’évaluation des implications territoriales, écologiques et économiques. Une tâche qui n’est donc pas une alternative ou en opposition aux projets AlpTransit des cff, mais complémentaire et interdisciplinaire, dans la conviction que le projet ne concerne pas seulement l’itinéraire ferroviaire, mais doit également s’étendre au territoire traversé par la ligne de chemin de fer. Deux visions s’opposaient  : d’une part, celle de la ligne ferroviaire, qui proposait simplement un itinéraire où deux voies pourraient être insérées là où partent les tunnels. D’autre part, il y avait celle du groupe de réflexion, qui s’y opposait, soulevant le thème d’un projet de réorganisation territoriale : dans le parc de Biasca au sud, dans la plaine de Magadino, avec une gare unique tessinoise AlpTransit, reliée au « métro » de Bellinzona, Locarno et Lugano et enfin, dans le parc de Pian Scairolo au sud-ouest de Lugano. Le groupe de réflexion eût un fort impact politique, en ce sens que toutes les municipalités (sauf Sementina) étaient impliquées dans le projet « AlpTransit Ticino ». Le gouvernement de l’époque soutenait fermement le projet, avec le conseiller d’État responsable du territoire Renzo Respini, qui réussit à concilier les différentes tensions. Les équilibres et les personnalités du gouvernement ont ensuite changé et ce projet ne fut jamais mis en pratique. Berne s’y opposa aussi indirectement, seuls les tunnels étant financés. À la différence du rôle de Rino Tami pour l’autoroute A2, le groupe d’Aurelio Galfetti a pu intervenir sur le parcours dès l’origine mais n’a pas atteint le stade du projet exécutif dans lequel se trouvait Tami. Ce qu’il faut retenir de ce projet c’est la volonté de Galfetti pour l’architecte de ne pas être «  celui qui arrive après toutes les décisions [...], l’architecte doit toujours pouvoir mettre le “projet spatial” au centre des intérêts du groupe. Si ce n’est pas au centre, le travail devient “multidisciplinaire”, c’est-à-dire que chaque discipline suit son propre chemin. L’objectif optimal est plutôt la “transdisciplinarité”, qui est la condition dans laquelle le projet spatial croise les différentes disciplines, restant la référence principale ».7 Les principaux travaux de l’AlpTransit (les plus coûteux) ont été réalisés ou sont en cours de réalisation (comme le tunnel de base du Ceneri). Désormais, il s’agit pour les suisses de travailler à l’achèvement de la transversale «  frontière à frontière  » afin qu’AlpTransit n’ait pas seulement un effet interne et que son activité tienne compte de la nouvelle scène du transport international. Ils doivent notamment travailler sur les mesures de 7 galfetti, Aurelio, « L’architetto del territorio: intervista ad Aurelio Galfetti », Rivista Tecnica, avril 1996, n° 4, p. 36-37.

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planification nécessaires pour maîtriser les effets induits sur le territoire. Ce sont ces mesures qui détermineront, à long terme, le résultat positif ou négatif sur la vie des tessinois, de la construction du plus long tunnel ferroviaire du monde.

Le Séminaire de la plaine de Magadino

Dans le numéro 9 de septembre 1992, la Rivista Tecnica, revue d’architecture de la Suisse italienne, édite les actes du séminaire organisé en mai de la même année au Centre Monte Verità d’Ascona. L’objectif de cette opération, énoncé par Pierre-Alain Croset, était de contribuer à la réflexion sur les problèmes concernant l’avenir de ces plaines qui, dans presque toutes les régions de l’arc alpin, sont les dernières grandes réserves de territoire et qui, à l’instar de ce qui se passe avec la plaine de Magadino, subissent de profondes transformations.8 La décision d’aborder la question à partir de l’analyse du cas concret de la plaine de Magadino a permis, au niveau local, de mettre en évidence l’urgence d’une planification globale et surtout d’une intervention projectuelle, capable d’anticiper et d’orienter les changements auxquels la plaine serait inévitablement soumise dans les années à venir. Plus agile qu’un concours à fournir du matériel de discussion lors d›un séminaire, la formule de l›atelier de projet a permis d›organiser le travail en deux étapes. Dans un premier temps, les concepteurs des différentes régions de l’Arge Alp9 ont été invités à passer trois jours de travail et de recherche avec un groupe d’experts et d’architectes qui ont illustré les problèmes liés à la transformation en cours par rapport à une lecture historique et géographique du territoire. Dans un deuxième temps, à la fin de ce séminaire et après avoir discuté collectivement des premières hypothèses de projet, chaque architecte invité a développé sa propre proposition individuellement pendant un mois avant de la présenter au colloque organisé pour un public d’urbanistes et d’architectes des régions de l’Arge Alp. « En l’absence d’une véritable politique de planification, l’architecte a été contraint de proposer personnellement un “programme” lié à sa propre vision de l’avenir de la plaine de Magadino », nous explique Pierre-Alain Croset.10 En ces termes, il a été proposé de travailler avec les six groupes de jeunes 8 croset, Pierre-Alain, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 7. 9 Fondée le 12 octobre 1972 dans le Tyrol, la Communauté de travail des régions alpines (Arge Alp) réunit différentes provinces et régions d’Allemagne, d’Italie, de Suisse et d’Autriche. Le territoire de 118 504 km2 représente une population d’environ 16 millions d’habitants. Les principaux thèmes de travail de l’Arge Alp sont l’économie, la culture, le domaine social et l’écologie et l’habitat (promotion d’un habitat responsable de l’espace alpin). Pour ce faire, un axe de travail concerne la coordination des objectifs et des méthodes de planification urbaine entre les différents pays, aussi bien en matière d’urbanisme que de transports. Le resserrement des liens économiques et préservation de l’héritage culturel sont deux autres domaines prioritaires. 10 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 26.

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architectes invités au Laboratoire de projet urbain : conscients de la difficulté d’agir en l’absence de tout programme politique précis, aux limites de l’utopie, en utilisant le projet architectural comme outil de questionnement critique et d’expérimentation radicale. Luigi Snozzi avait déjà initié un tel travail d’expérimentation à propos des gares de l’AlpTransit avec ses étudiants à l’École polytechnique de Lausanne, proposant la conception d’interventions spécifiques dans la plaine de Magadino comme thème unique pour ses projets de fin d’études pour l’année académique 1991-1992. D’après Pierre-Alain Croset, bien que manquant d’une vision territoriale convaincante, ce travail a été l’occasion d’élaborer des projets architecturaux concrets, dont certains étaient « d’un très bon niveau », et ont donné « une impulsion supplémentaire pour l’organisation du Laboratoire ». Croset nous résume que l’intérêt des six projets du Laboratoire se manifeste à trois niveaux différents. Au premier niveau, les projets offrent l’occasion de discuter non plus d’idées de planification génériques, mais plutôt de « scénarios »11 qui préfigurent concrètement une éventuelle transformation future de la plaine de Magadino. À un deuxième niveau, ils indiquent une grande diversité d’approches et de méthodologies de conception pour aborder de manière innovante les contextes de la périphérie et de la ville diffuse, contextes au centre de l’intérêt de la culture internationale du projet dans les années 1990, « bien que cet intérêt se soit traduit jusqu’à présent par très peu d’exemples de projets de qualité »12. Enfin, à un troisième niveau, les projets démontrent l’utilité des outils spécifiques de la conception architecturale, en particulier au niveau des moyens de représentation, «  pour repenser les pratiques désormais obsolètes de l’aménagement du territoire » conclut-il.

Le modèle bipolaire de Michele Arnaboldi et Raffaele Cavadini Pour les tessinois Arnaboldi et Cavadini13, le grand vide de la plaine de Magadino doit être exploité comme un espace de relation et de tension entre les pôles urbains de Bellinzona et Locarno. Rejetant explicitement le modèle géographique de la ville-région, ils proposent de manière très traditionnelle de redéfinir les limites de l’urbanisation avec des interventions architecturales précises qui mettent en évidence la vocation différente des deux centres urbains : Bellinzona comme «  pôle industriel  » et Locarno comme «  pôle culturel et touristique  ». L’analyse de Croset nous indique que malgré le fait qu’il soit représenté uniquement de façon planimétrique à l’échelle 1 : 10 000, le projet dénote avec une vision très concrète et une connaissance approfondie du territoire.

11 Ibid. 12 Ibid. 13 arnaboldi, Michele, CAVADINI, Raffaele, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 32-35.

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haut, le modèle bipolaire, planification et projection du plan de Magadino, ©Michele Arnaboldi et Raffaele Cavadini bas, la «ville habitée», ©Mauro Galantino

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haut, la «campagne reconstruite», © Renato Magginetti et Laura Antognini bas, la «nouvelle colonisation» © Erich Hubmann et Andreas Vass

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Croset nous précise que plutôt que de donner des réponses à la situation actuelle, le projet semble critiquer le passé en proposant de façon optimiste un principe de contrôle global du territoire interprété comme un « plan réglementaire idéal » et donc comme une indication concrète de «  ce qui aurait dû être fait  » il y a vingt ans pour assurer un contrôle réel de la transformation de la plaine de Magadino. Pour Croset, le projet révèle cependant une faiblesse méthodologique évidente : plutôt que d’indiquer de façon réaliste « ce qui pourrait être fait aujourd’hui », les concepteurs annulent tout ce qui ne correspond pas à leur vision idéale : du tracé de l’autoroute à la sortie de Locarno en passant par les zones industrielles disséminées sur tout le territoire.14

La « vallée habitée » de Mauro Galantino

Le groupe milanais de Mauro Galantino15 propose de valoriser l’ensemble de la plaine de Magadino en tant que lieu de résidence privilégié. Deux thèmes centraux motivent la proposition : la création d’un système de mobilité publique extrêmement articulé et la transformation du territoire de la revalorisation en un grand parc régional géré par un nouvel organisme de protection (Consorzio del Parco del Ticino). Pour Croset, le projet se caractérise «  par une grande générosité dans la représentation tridimensionnelle des différentes interventions », le projet d›infrastructure « s’avère malheureusement fortement surdimensionné par rapport à un bassin versant d’environ 100 000 habitants  ». En particulier, la proposition de construire un «  métro  » sous la rive du fleuve le long du canal du Tessin met en évidence, en se référant explicitement à l’arrangement d’Otto Wagner du métro de Vienne sur la rive du canal du Danube, un « excès évident d›enthousiasme » par rapport au potentiel réel de transformation de la plaine de Magadino en une grande ville.16 Malgré «  ces erreurs d’échelle évidentes  », Croset admet que l’enthousiasme de Galantino est convaincant en proposant une méthodologie d’approche radicalement alternative aux outils de planification traditionnels. Une fois le thème général de la mobilité fixé, Galantino ne s’est pas limité à définir des intentions programmatiques, mais a développé une série de projets architecturaux réels pour expérimenter différents types d’établissements résidentiels. Le projet architectural est ensuite utilisé comme un outil pour explorer l’utilisation potentielle du territoire, qui sont représentés par des images d’interventions concrètes et locales qui mettent en valeur la diversité des conditions orographiques. Pour Croset, il s’agit d’une proposition très réaliste, peu coûteuse et facile à mettre en œuvre : sans rien détruire, mais seulement en complétant

14 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 26-27. 15 galantino, Mauro, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 36-41. 16 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 27.

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l’existant par un réseau d’arbres fortement géométrique.

La « campagne reconstruite » de Renato Magginetti et Laura Antognini

Pour les tessinois Magginetti et Antognini17, la volonté de « sauvegarder, valoriser et poursuivre le travail entrepris par ceux qui voulaient la revalorisation du Tessin  » se traduit par un geste extrêmement radical  : l’annulation pure et simple de toutes les implantations industrielles qui ont envahi la plaine de Magadino, mais aussi de tous les bâtiments qui se sont développés dans le contexte autour des villages. Au lieu de ce tissu hétérogène réparti «  en taches d’huile  » sur tout le territoire, Magginetti et Antognini s’opposent à une implantation très concentrée : une grande croix tracée par le viaduc de la nouvelle ligne ferroviaire dans le sens nord-sud, et par une longue digue « formée par les déchets » dans le sens est-ouest. Inspirés par le travail des artistes du land art, Magginetti et Antognini utilisent le projet comme un instrument de suggestion symbolique forte. Le « talus de déchets » rend explicite l’interprétation donnée par les concepteurs à l’opposition entre ville et campagne : complémentaire de la ville, la « campagne doit être restaurée » pour répondre à sa fonction spécifique de lieu de vide, de production, de loisirs, d’infrastructures et de toute activité incompatible avec la vie urbaine, et donc d’abord et avant tout la collecte des déchets de construction et des déchets urbains. Croset émet la critique  que le projet se révèle faible dans son argumentation théorique malgré son pouvoir provocateur. Il explique que d’une part, la volonté de redéfinir des limites précises entre ville et campagne caractérise le projet comme « une utopie régressive », ce qui conduit à refuser de considérer les tissus hétérogènes des banlieues modernes comme terrain du projet. D’autre part, que cette attitude nostalgique est contredite par l’affirmation que la « campagne d’aujourd’hui ne peut être un lieu archaïque mais doit être acceptée comme un réceptacle pour les fonctions expulsées de la ville, ce qui rend le geste d’annulation des implantations industrielles interprété comme “illégal” parfaitement illégitime ».18 Pour Croset, le projet utilise avant tout les traits formels de la spectacularité et de l’incisivité de l’image, alors que par rapport aux avant-gardes historiques, il manque de clarté conceptuelle dans le message. Croset relève tout de même qu’au-delà de ces incohérences théoriques, Magginetti et Antognini offrent un témoignage positif en abordant avec beaucoup de courage et d’optimisme deux thèmes très actuels  : celui de l’infrastructure ferroviaire, interprétée comme une occasion de construire un «  ouvrage d’art  » dans l’esprit de l’ingénierie du xixe siècle, et celui des

17 antognini, Laura, magginetti, Renato, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 42-45. 18 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 27-28.

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haut, la «vision géographique», © Michele Reginaldi bas, les «sculptures territoriales» © Max Dudler

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les «sculptures territoriales», plans, photomontages et axonométries ©Max Dudler

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déchets qui sont pris positivement et de manière ludique comme matériaux authentiques de la conception architecturale. « En donnant un sens architectural à une question écologique, Magginetti et Antognini font preuve de lucidité, en nous rappelant non seulement combien une telle question deviendra de plus en plus centrale dans la gestion future de la transformation du territoire, mais surtout combien il est important pour les architectes de continuer à traiter des problèmes similaires à une époque de division croissante du travail de projet environnemental ».19

La « nouvelle colonisation » de Erich Hubmann et Andreas Vass

Comme dans le projet de Mauro Galantino, c’est le thème de la résidence qui est mis en avant par les autrichiens Hubmann et Vass20 qui proposent de franchir la limite de la ligne ferroviaire pour installer les nouvelles résidences au milieu des terres agricoles. Ce geste de colonisation est associé à une réorganisation de l’agriculture, donnant la priorité à la culture intensive de plantes énergétiques (« Miscantus giganteus ») qui devrait assurer l’autosuffisance énergétique des nouvelles habitations. Plutôt qu’une extension des villages existants, les nouvelles résidences prennent le sens originel du «  Siedlung  »  : un établissement humain de colonisation agricole, même si les nouveaux «  colons  » n’utilisent plus les terres de la revalorisation pour l’alimentation mais pour le chauffage. Selon cette idée de projet, habiter n’est plus une fonction antagoniste de l’activité agricole, au contraire, encourager la vie devient la condition nécessaire pour redonner un sens et une fonctionnalité à l’agriculture, permettant ainsi de sauvegarder le travail de revalorisation. En s’alignant sur le réseau de canaux et de routes existants, les nouvelles maisons renforcent les traces physiques parfois très faibles de la revalorisation. Croset remarque la précision des choix d’implantation locale associée à la concrétisation des choix typologiques et architecturaux exprimés notamment dans les représentations axonométriques. Cependant, il observe que la clarté générale du projet d’implantation semble contredite par le traitement hétérogène des deux rives du fleuve Tessin : alors que sur la rive droite, les nouvelles implantations suivent un tracé logique et systématique, sur la rive gauche, la proposition de construire un grand « Siedlung » parallèle au canal de Verzasca semble répondre à un choix arbitraire. Croset constate qu’en général, la prédilection de Hubmann et Vass pour des interventions ponctuelles et minimales est bien maîtrisée à l›échelle de l›objet architectural unique, mais que les deux architectes ont tendance à simplifier excessivement la complexité des lieux réels, annulant des parties importantes du tissu industriel et commercial existant. Par ailleurs, les réponses aux problèmes d’infrastructure lui semblent également trop fragmentées en 19 Ibid. 20 hubmann, Erich, vass, Andreas, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 46-49.

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particulier dans la manière dont la voie rapide est traitée, alternant des tronçons parallèles à la voie ferrée avec des tronçons tracés « arbitrairement » tels que de grands virages libres dans le paysage agricole. Il juge plus prometteuse la proposition d’implanter la nouvelle gare AlpTransit dans la commune de Camorino, dans une situation de colline isolée, en bordure de la plaine, sur le seul tronçon ouvert d’un tracé prévu dans le tunnel pour éviter la ville de Bellinzona.21

La vision géographique de Michele Reginaldi

Pour le groupe milanais dirigé par Michele Reginaldi22, le projet découle d’un examen attentif du processus d’urbanisation diffuse développé dans la plaine de Magadino au cours des dernières années : même si jusqu’à présent caractérisé par de forts déséquilibres territoriaux et une grande pauvreté dans la définition des règles d’implantation, ce processus est interprété par eux de manière positive comme une opportunité de concevoir de nouveaux modèles de vie urbaine. Rejetant de manière décisive l’opposition géographique traditionnelle entre centre et périphérie, le groupe de Reginaldi propose de considérer l’ensemble du territoire de la plaine, étendu jusqu’à la jonction autoroutière de Bellinzona-Nord, comme une entité géographique homogène : une nouvelle forme de ville continue, desservie par un réseau de transports publics rapides et efficaces afin de réduire fortement les distances et les hiérarchies entre les centres urbains et les municipalités de la périphérie. Pour eux, c›est une ville qui reste cependant globalement peu dense, et qui doit avant tout garantir le maintien du grand vide agricole central dans sa spécificité d’artificialité. Le projet met l’accent sur le rôle joué par les interventions artificielles, de la canalisation du fleuve aux grands viaducs autoroutiers, dans la définition du « genius loci » (ou esprit du lieu) de la plaine de Magadino, et donc sur la nécessité de renforcer ces interventions en tant qu’éléments de référence primaires dans la perception de l’identité géographique du territoire. Pour cette raison, les nœuds infrastructurels sont identifiés comme des lieux privilégiés d’implantation des nouvelles fonctions centrales : la gare de l’AlpTransit et l’Université, les structures administratives et les centres commerciaux, les implantations pour la production et la recherche, et en général tous les services qui garantissent la qualité d’une vie urbaine réelle. Une fois ces lieux identifiés, Reginaldi propose de les qualifier avec des architectures représentatives qui peuvent les marquer comme de nouvelles références à l’échelle territoriale. Pour Croset, l’hypothèse est simple et convaincante  : dans la «  ville diffuse  », l’opposition entre «  architecture représentative  » et «  ensemble bâti  » prend la même valeur que celle entre « monument » et « tissu » caractérisant la structure de la ville historique. De même que dans la construction de la ville historique, où l’architecte était 21 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 28-29. 22 annoni, Corrado, parodi, Stefano, reginaldi, Michele, saviola, Daniela, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 50-55.

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uniquement appelé à construire les monuments, dans la « ville diffuse  » de la plaine de Magadino, des interventions architecturales précises et limitées peuvent suffire à réaménager le désordre et la banalité de la construction produite par le processus actuel d’urbanisation.23 Croset souligne l’intérêt principal de la méthode de planification proposée par Reginaldi qui réside dans le rejet du modèle du plan de zonage global, «  abstrait et formellement imprécis  », pour privilégier une stratégie d’interventions spécifiques, «  concrètes et architecturalement contrôlées  », concentrées sur une bande de 150 mètres entre la ligne de chemin de fer et la nouvelle voie rapide.24 En ce qui concerne ce dernier point, Croset émet une réserve sur la représentation encore très schématique des interventions architecturales proposées, même si le choix de privilégier les représentations en coupe lui semble cohérent avec le désir de mettre en valeur l’échelle géographique de l’intervention.

Les sculptures territoriales de Max Dudler

Originaire de Saint-Gall, mais résidant depuis des années à Berlin et Francfort, Max Dudler25 décide de rejeter le modèle d’une « ville continue » entre Bellinzona et Locarno, préférant une stratégie d’implantation fortement discontinue. Pour lui, la nouvelle identité de la plaine de Magadino doit s’affirmer avec une nouvelle échelle architecturale d’interventions : concentrée en quelques lieux significatifs, de grands « bâtiments-sculptures » établissent de nouveaux points de référence qui renforcent la perception du grand vide de la plaine. Dans ces bâtiments sont regroupés (mélangés avec des résidences, des bureaux et des fonctions récréatives) les fonctions liées au futur métropolitain de la plaine : la gare internationale, les grands hôtels et centres de congrès, l’aéroport et l’Université. Présenté dans un style graphique clair et rigoureux qui accentue sa dimension conceptuelle, le projet peut apparaître excessivement brutal dans l’affirmation de grands bâtiments qui semblent ignorer toute dialogue avec des bâtiments préexistants. Pour Croset, cette apparente abstraction du contexte doit en réalité être interprétée « comme un témoignage d’une rare sensibilité aux qualités spécifiques de la plaine de Magadino  »26. Il nous rappelle à ce propos le «  Plan Obus  » d’Alger, dans lequel «  Le Corbusier a fait passer son immense viaduc habité au-dessus de la Casbah existante, la respectant et la valorisant tout en l’ignorant »27. Comme dans l’exemple de Le Corbusier, Dudler rejette toute forme de mélange et de compromis entre deux échelles d’intervention : à l’échelle de l’ensemble du paysage, mais aussi à l’échelle des fonctions métropolitaines de la plaine, les sculptures territoriales font allusion 23 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 29. 24 Ibid. 25 dudler, Max, « Progetti per il Piano di Magadino », Rivista Tecnica, septembre 1992, n° 9, p. 56-61. 26 croset, Pierre-Alain, op. cit., p. 29. 27 Ibid., p. 30.

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à un nouveau principe de fondation qui évoque l’artificialité des travaux de revalorisation. L’échelle des villages pris individuellement correspond à l’échelle des fonctions rurales de la plaine, les nouvelles interventions se détachent définitivement des implantations existantes qui sont simplement maintenues dans leur structure hétérogène. Les deux modèles d’implantation, celui « historique  » des villages et celui «  métropolitain  » des grands objets complexes, entrent ainsi dans une forte tension. Croset ajoute  : «  Dans la planification traditionnelle on tente de résoudre pacifiquement les conflits entre l’implantation de nouvelles fonctions régionales et la structure consolidée des villages, dans le projet de Dudler, c’est précisément cette tension entre les deux modèles d’implantation qui constitue l’instrument le plus sûr de contrôle qualitatif de la transformation territoriale »28. Le projet de Dudler démontre de manière encore plus décisive l›abandon définitif de l›idéologie du plan réglementaire global en affirmant radicalement la force autonome et la valeur locale de chaque architecture individuelle. En conclusion, Pierre-Alain Croset montre que l’ensemble des projets proposés réfléchit sur le processus d’urbanisation de la plaine de Magadino non pas en opposition à la revalorisation mais en fonction de celle-ci, par ailleurs ils vont bien au-delà d’une vision purement prohibitionniste de la planification. Leur rôle principal reste celui de la provocation, car les solutions aux problèmes bien réels et concrets sont difficiles à traduire directement dans un outil de planification efficace, ils donnent cependant une importance nouvelle à la dimension politique du projet.

28 Ibid.

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2 - Bellinzona, la nouvelle ville « L’architecte, à travers la conception de l’espace, [...] exprime aussi sa vision du monde, de la société, de l’homme. [...] L’architecte travaille en pensant avant tout aux espaces vides et pleins afin de les modeler et de les destiner à favoriser une meilleure condition de vie pour l’homme au sens plus général du terme. Pour améliorer l’espace de vie de l’homme, il n’y a pas d’autre façon que de le construire. »29 Aurelio Galfetti

L’expansion du territoire de Bellinzona

Capitale du canton du Tessin depuis 1878, outre la fraction d’Artore, Bellinzona comprend les communes de Carasso, Daro et Ravecchia depuis 1907. En 2017, la ville actuelle de Bellinzona devient officiellement le résultat d’un processus d’agrégation accepté par vote populaire le 18 octobre 2015 qui a entraîné la fusion de treize municipalités supplémentaires : Bellinzona, Camorino, Claro, Gubiasco, Gnosca, Gorduno, Gudo, Moleno, Monte Carasso, Pianezzo, Preonzo, Sant’Antonino et Sementina. La Nouvelle Bellinzona est passée d’une superficie de 1 915 à 16 492 hectares, de 18 131 à 42 084 habitants et de 16 364 à 23 847 employés.30 À la lumière de cette nouvelle réalité, l’enjeu est grand pour le territoire et les problèmes spécifiques de ce nouveau contexte sont la conséquence de la fragmentation municipale précédente qui répondait à la logique individuelle de planification territoriale des municipalités. Cette nouvelle réalité exige une réflexion à plus grande échelle. Les objectifs du développement territorial du district de Bellinzona sont d’identifier le potentiel de la nouvelle ville de Bellinzona, de promouvoir son développement durable par l’utilisation économique du sol et de développer le thème de la « densification qualitative localisée ».31 À ce propos, l’architecte Renato Magginetti, pratiquant depuis de nombreuses années à Bellinzona, émet cette critique en 2012 : «  Les règles de construction actuelles et les règles obsolètes des anciens plans régulateurs, que nous acceptons passivement depuis au moins quarante 29 Traduction de l’auteur pour : « L’architetto, attraverso il progetto di spazio, [...] esprime anche la sua visione del mondo, della società, dell’uomo. [...] L’architetto lavora pensando soprattutto ai vuoti e ai pieni per plasmarli e destinarli a favorire una migliore condizione di vita dell’uomo nel senso più generale delle parole. Migliorare lo spazio di vita dell’uomo, non c’è altro senso nel costruire. » galfetti, Aurelio, « Il progetto dello spazio », [Texte retranscrit d’une conférence donnée à l’Académie d’architecture de Mendrisio le 25 janvier 2007], dans ortalli, Marco, ossanna cavadini, Nicoletta (sous la dir.), Aurelio Galfetti: il progetto dello spazio, Cernobbio, Archivio Cattaneo, 2009, p. 18. 30 arnaboldi, Michele, « Spazi bellinzonesi: progetti per il territorio », NIKE [en ligne], août 2016, n° 4, p. 30. Disponible sur : <https://www.nike-kulturerbe.ch/fr/bulletin/archives-du-bulletin/>. [Consulté le 6 juin 2018] 31 Ibid.

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ans, sont à l’origine de la destruction de quatre mille ans d’histoire de l’architecture et de tradition constructive de notre territoire. En fait, nos ancêtres avaient appris à construire le territoire dans le strict respect, par nécessité, de l’utilisation économe du territoire et des ressources. Ils avaient appris à construire des maisons là où rien d’autre n’était possible : ni prairies, ni champs, ni pâturages, ni forêts. Ils avaient appris à construire des maisons l’une à côté de l’autre autour d’espaces d’échange et de magie (des lieux très beaux et stratégiques), l’un à côté de l’autre pour se protéger du froid de l’hiver et de la chaleur de l’été, pour construire des espaces publics, privés et intimes dans lesquels s’identifier et à travers lesquels communiquer. »32 Si l’on réalise virtuellement la coupe transversale est-ouest du territoire de Bellinzona, entre les montagnes qui définissent la vallée du Tessin, coupant les extensions périphériques au nord et au sud de la ville, vers Arbedo et vers Giubiasco, le tracé urbain de Bellinzona apparaît toujours clair et lisible, presque comme à l’origine de la ville. On y repère successivement la montagne, la ville ancienne et compacte avec ses espaces publics, la trame résidentielle ordonnée du xxe siècle construite avec la gare, le grand rocher de Castelgrande, le parc où sont disséminés des bâtiments et des espaces publics, le fleuve Tessin et ses zones submersibles, puis encore la montagne. La clarté de cette forme est ensuite perdue dans la nouvelle ville qui s’est étendue au nord et au sud. Les travaux de recherche qui seront présentés par la suite sont élaborés par le Séminaire de Monte Carasso et le Laboratorio Ticino de l’Académie d’architecture de Mendrisio. Ils s’intéressent à la nouvelle ville dans le but de concevoir de nouveaux espaces publics, abandonner les prévisions de planification expansives et de nouvelles densités capables d’introduire des règles d’ordre et d’implantation. L’objectif commun de la recherche est d’introduire un niveau de clarté comparable à celui de la zone centrale de la ville. Le défi est d’intervenir dans la nouvelle ville car sa forme tend à ce «  besoin  » rationnel que Renato Magginetti, analyste lucide du territoire tessinois, considère comme propre à la culture de la colonisation humaine avant la phase d’expansion, caractérisée par le gaspillage des ressources et la spéculation. Comme Aurelio Galfetti l’a souvent répété, la clé est le nouvel espace public. Il doit représenter la culture contemporaine et ne peut imiter les formes des espaces hérités de l’histoire. L’espace public doit être ouvert et inclusif,

32 Traduction de l’auteur pour : « Le vigenti norme edilizie e le obsolete norme di piani regolatori nati vecchi, che pure accettiamo passivamente da almeno 40 anni, sono la causa della distruzione di 4’000 anni di storia dell’architettura e di tradizione del costruire il nostro territorio. Infatti i nostri avi avevano imparato a costruire il territorio nel rispetto ferreo, per necessità, dell’uso parsimonioso del territorio e delle risorse. Avevano imparato a costruire le case dove non era possibile altro: né prati, né campi, pascoli o boschi. Avevano imparato a costruire le case una vicina all’altra attorno a spazi di scambio e di magia (luoghi molto belli e strategici), una vicina all’altra per proteggersi dal freddo d’inverno e dal caldo d’estate, per costruire spazi, pubblici, privati e intimi nei quali identificarsi e attraverso i quali comunicare. » Renato Magginetti cité dans : caruso, Alberto, « Bellinzona, la nuova città », Archi, avril 2016, n° 2, p. 25.

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BELLINZONA

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les Casa Nera et Casa Bianca Š photographie de lâ&#x20AC;&#x2122;auteur

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pour constituer la pierre angulaire de la nouvelle ville.33 L’intérêt principal de cette recherche réside dans le caractère des échantillons de territoire examinés : ce sont toujours des projets de transformation du territoire déjà construit. C’est ce fait qui différencie essentiellement ces études des pratiques traditionnelles de planification du zonage, responsables des effets territoriaux les plus désordonnés, qui ont été exercées surtout dans la prévision de nouveaux quartiers. Ces études ont produit des projets d’organisation de l’espace, et non une simple distribution de la quantité d’implantations. Ces considérations montrent que la formation des outils de planification ne peut ignorer l’apport fondamental de la culture et des compétences de la planification urbaine, comprise comme une discipline de conception architecturale à grande échelle. Ces recherches cultivent le terrain intermédiaire entre le plan et le projet et expérimentent les moyens de repenser les instruments de la gestion du territoire, destinés à remplacer les vieilles coutumes de la planification de zonage.

La ville d’Aurelio Galfetti

Afin de mieux comprendre le contexte architectural de la ville de Bellinzona, nous choisissons de présenter quelques-uns des nombreux projets réalisés par l’architecte Aurelio Galfetti qui a œuvré et œuvre toujours pour la réinterprétation de ce territoire urbanisé en proposant de nouveaux repères pour sa compréhension. Il s’agit de faire le point sur la situation d’une réflexion entamée dans les années 1970 à propos du développement futur de la ville. Les projets sélectionnés communiquent entre eux dans l’axe transversal qui relie le château de Bellinzona au fleuve Tessin. Pour Galfetti, l’espace et le territoire sont des thèmes indissociables, tout comme l’architecture et l’urbanisme. La conception de l’espace est l’instrument dont disposent les architectes pour construire le territoire en tenant compte des composantes fondamentales : géographie, urbanisme, architecture. Une ville sans son propre espace public provenant d’un projet « territorial » et « urbain » manque de l’essentiel, c’est-à-dire qu’il lui manque l’espace vital de l’homme dans toutes ses dimensions.34

33 Ibid. 34 galfetti, Aurelio, « Progetti per la città di Bellinzona », Archi, avril 2016, n° 2, p. 37.

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« Je n’ai pas de recettes pour la conception de l’espace public, mais je peux le dire avec certitude : L’espace public contemporain, c’est-à-dire l’espace correspondant à la société contemporaine, est un espace ouvert, tout comme la société est ouverte, du moins dans certaines parties du monde ; Sa forme est profondément différente des formes traditionnelles et ne doit pas être conditionnée par les limites de la propriété privée ou communale ; La complexité des relations est assurément une richesse stimulante, une expérience individualiste pure, à condition qu’elle ne se traduise pas en égoïsmes formels. L’espace public, en particulier l’espace public de la Ville Tessin, a fondamentalement quatre dimensions avec des limites correspondant à chaque dimension. Par ordre décroissant : La dimension de la route passe au-dessus de celle des montagnes et des plaines ; La dimension géographique ou territoriale ; La dimension urbaine ; La dimension architecturale. »35

Les Bains publics, en collaboration avec Flora RuchatRoncati et Ivo Trümpy, 1967-1970 Comme les grandes visions utopiques de Le Corbusier avec le viaduc habité imaginé pour l’aménagement d’Alger, le projet des bains publics de Bellinzona propose la construction d’un « bâtiment promenade » suspendu à six mètres au-dessus du sol et capable de relier la ville au fleuve, en surmontant la rupture provoquée par la route cantonale. Il s’agit d’aménager «  40 000 mètres carrés de prairie pour 40  000 habitants  environ  ».36 Le projet naît du dessin du parcours qui structure l’espace et donne forme à l’ouvrage, les vestiaires sont subordonnés à la passerelle. La matérialisation de la circulation est une des idées fixes de Galfetti, qui apparaît dans d’autres de ses projets (la passerelle qui relie le garage à la Casa Rotalinti par exemple) et sur laquelle il continue de travailler à différentes échelles. C’est le cas de la rénovation de la colline de Castelgrande qui se fonde sur l’idée de creuser une circulation à l›intérieur de la montagne, pour relier la place en contrebas avec celle du château au sommet.

35 Ibid. 36 Ibid., p. 38.

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les bains publics Š photographies de lâ&#x20AC;&#x2122;auteur

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le château © photographie de l’auteur

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La restauration-transformation du Château, 1re phase : 1981-1991, 2e phase : 1992-2000 La restauration-transformation du château de Bellinzona est une œuvre de longue haleine. Cette œuvre tient à la fois de l’architecture, du traitement paysager et des travaux publics. Traitement paysager d’abord lorsque Galfetti a toujours cherché à révéler des lignes et des plans qui reconstruisent l’ensemble historique. Il nettoie, élimine presque toute la végétation, dénude les parois de la roche, il précise, épure les lignes des murailles et des chemins, dispose les plans réguliers des sols, répartit des plantations de vignes en rangées parallèles.37 Architecture lorsqu’il faut transformer des édifices existants pour qu’ils accueillent de nouvelles activités publiques et culturelles : c’est la dernière phase du projet. Avant l’intervention, Castelgrande était un ensemble décousu de constructions, dont certaines en très mauvais état, d’autres à l’état de véritables ruines d’une grande valeur historique. Travaux publics enfin lorsqu’il s’est agi de creuser un puits afin de loger ascenseurs et escalier qui permettent de relier le niveau bas de la ville au niveau haut du château. Tout en essayant de préserver les qualités représentatives et l’histoire du lieu, des transformations sans compromis ont été opérées. Galfetti ne s’est pas contenté de «  retrouver et figer un état historique “naturel”  », son attitude a été, au contraire, « d’abstraire les éléments afin de leur donner une nouvelle assise ».38 L’intervention est globale. Elle ne cherche pas à restituer un état d’origine puisque le château est fait de constructions de diverses époques, souvent hétérogènes. Au contraire, elle vise à donner une nouvelle identité au lieu le plus remarquable de Bellinzona, que l’on voit de toute part de la ville. «  Ce qui reste est un grand rocher noir, au milieu de la ville, avec deux tours au sommet, trois arbres et une pelouse balayée par le vent. C’est le parc de la ville de Bellinzona, composé uniquement de roche, de murs, d’herbe, d’eau, de trois arbres et du ciel. »39

Le club de tennis, en collaboration avec Walter Buechler et Piero Ceresa, 1982-1985

Le club de tennis de Bellinzona complète l’équipement des bains publics. Il fait partie d’un plan de restructuration de la zone avec la construction d’équipements sportifs complémentaires. Le club de tennis s’organise de façon simple et symétrique par rapport à l’axe d’entrée, avec deux murs de béton parallèles qui forment la galerie d’accès aux vestiaires du premier étage, galerie éclairée zénithalement. La partie centrale du club est traitée extérieurement comme une avenue de chaque côté de laquelle se disposent régulièrement les terrains de tennis. 37 lucan, Jacques, « Aurelio Galfetti à Bellinzona », amc, juin 1986, n° 12, p. 32. 38 Ibid. 39 galfetti, Aurelio, Aurelio Galfetti, Barcelone, Gustavo Gili, 1989, p. 40.

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« J’ai construit un mur comme limite entre une zone urbanisée réservée aux loisirs et les parkings et bretelles d’accès à l’autoroute. Un mur fort et rugueux qui résiste aux effets du trafic et du vent. Un mur à traverser et à longer, comme la passerelle de la piscine ou les murs du château. »40

La patinoire et la piscine couverte, en collaboration avec Walter Buechler et Piero Ceresa, 1989-1993 La patinoire et la piscine couverte font partie de l’extension de la ville et contribuent à la définition de l’espace extérieur commun. L’idée la plus importante du projet concerne les espaces extérieurs. Les bains publics, le club de tennis et le complexe sportif sont repensés afin qu’en éliminant l’ancienne patinoire, l’espace des bains publics se prolonge jusqu’au fleuve Tessin. « Durant les vingt-cinq années de travail sur ce complexe, j’ai pu assister au changement de la signification architecturale des différentes parties. La passerelle, par exemple, était un pont qui traversait la vallée et structurait le grand pré compris entre la ville et la rivière. Elle a disparu entre les arbres. Maintenant, l’espace public, le vide du bain public, est plus important que ce pont. »41

L’Institut de Recherche en Biomédecine, depuis 2015

Pour Aurelio Galfetti, les bains publics et le château restauré sont deux « îles » qui laissent entre elles de grands espaces ouverts sans forme. Beaucoup d’études et de projets, non construits, ont exprimé la possibilité de créer dans ces espaces un projet urbain uniforme qui s’étend du pont de la Torretta jusqu’à la via Vincenzo Vela. Ce rêve, cependant, est toujours contré par la barrière du réseau routier, les règlements, la propriété privée et, entre-temps, le vide de l’ancien camp militaire se remplit lentement de petites « pleins » autonomes et sans grande qualité. Il semble donc que la seule possibilité d’amélioration de cet espace vide et aléatoire, mais ouvert, soit la construction de projets territoriaux entre les îles construites. L’intention de Galfetti pour les bâtiments du nouvel IRB est de créer une île semblable au château, aux bains publics. Il explique que parmi les îles clairement définies, l’espace, le vide ouvert, s’il est planifié avec une vue d’ensemble, pourrait être l’élément ordonnateur. L’esquisse de Galfetti suggère la vision d’une relation nouvelle et différente entre les espaces pleins et vides qui composent la nouvelle ville. En cela, l’espace défini par des solides ne provient pas d’une planification conventionnelle, régulée par des normes dépassées, mais de visions projectuelles capables d’ordonner et de valoriser les nombreux éléments présents. 40 Ibid., p. 50. 41 galfetti, Aurelio, Aurelio Galfetti : Projets 1987-1993, [Catalogue de l’exposition qui s’est tenue à l’Uni-Dufour de Genève du 16 juin au 8 juillet 1994], Genève, Hugo Buchser SA, 1994, p. 72.

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haut, le club de tennis © photographie de l’auteur bas, la patinoire et la piscine couverte © photographie de l’auteur

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1. Bains publics 1967-1970 A. Galfetti, F. Ruchat, Ivo Trümpy 2. Poste centrale 1977-1985 A. Galfetti, A. Bianchi, R. Molina 3. Restauration et transformation du « Castelgrande » 1981-1991 A. Galfetti 4. Club de tennis 1983-1986 A. Galfetti, W. Büchler, P. Ceresa 5. Piste de patinage et piscine couverte 1989 A. Galfetti, W. Büchler, P. Ceresa

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© A. Galfetti, W. Büchler, P. Ceresa, 1989

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Schéma du projet de lRB. ©Studio A. Galfetti

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3 - Le Séminaire de Monte Carasso et le Laboratorio Ticino Le Séminaire international de projet de Monte Carasso de 1994 à 2018

Lors de sa création par Luigi Snozzi en 1994, le Séminaire international de projet a pris part au processus d’évolution et de planification de la municipalité de Monte Carasso. Les projets développés au cours de ce séminaire, qui a une fréquence annuelle, contribuaient à la continuité du processus de réalisation de la municipalité de Monte Carasso. Ils permettaient de mieux comprendre la réalité territoriale de ce lieu et de garantir l’évolution du projet d’aménagement de Monte Carasso défini par Luigi Snozzi. Ainsi, les projets servaient à la vérification du processus de planification d›origine, utilisé comme objet d’expérimentation, et dont les règles d’implantation et de construction pouvaient être continuellement remises en question et réajustées sur la base des résultats des projets individuels des participants. Les thèmes du séminaire étaient des projets réels avec des clients privés ou publics sur le territoire de la municipalité de Monte Carasso ou sur le territoire voisin.42 Le séminaire, qui se déroule sur deux semaines, se présente sous la forme d’un atelier de projet dirigé par Luigi Snozzi, avec la collaboration d’architectes assistants. À la fin du séminaire, les enseignants, les architectes du comité et un architecte externe invité évaluent les projets élaborés par les participants. Pendant le séminaire, des conférences publiques sont organisées avec la participation d›architectes suisses et internationaux. Les architectes ayant participé aux éditions de ce séminaire sont mentionnés ci-après : Michele Arnaboldi, Raffaele Cavadini, Pierre-Alain Croset, Aurelio Galfetti, Mario Botta, Eduardo Souto de Moura, Livio Vacchini, Esteve Bonell, Gonçalo Byrne, Bernard Huet, Alvaro Siza, Roberto Masiero, Francesco Venezia, Paulo Mendes da Rocha, Silvia Gmür, Henri Ciriani, Pierre Fauroux, Guillermo Vasquez Consuegra, Vittorio Gregotti, Marco Ortalli, Manuel Aires Mateus, João Luis Carrilho da Graça, José María Sánchez García, Gloria Cabral (Gabinete de Arquitectura), l’historien Alessandro Fonti et le photographe Gabriele Basilico. En outre, des architectes tels que Aurelio Galfetti, Martino Pedrozzi, Francesco Fallavollita, Roberto Briccola, Jan Perneger, Olivier Bourez, Paul Humbert, Nicola Navone, Aaron J. Wegmann, Wilfried Schmidt, le géographe Gian Paolo Torricelli et les studios d’architecture Bonetti e Bonetti, Baserga Mozzetti et Canevascini Corecco ont donné des conférences visant à mieux faire connaître le contexte architectural tessinois et international

42 snozzi, Luigi (sous la dir.), Giornale xix Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juin-juillet 2012. Disponible sur : <http://www.architettinovaravco.it/>. [Consulté le 4 août 2018]

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aux participants du séminaire.43 Au cours des cinq dernières éditions, le séminaire a ouvert son analyse à un territoire plus large dont Monte Carasso fait partie. Il a choisi d›aborder un thème d›actualité urgent pour le territoire du Tessin : l’agrégation des municipalités de Bellinzona. Après une première ébauche en 2013 d’un plan directeur avec l’énonciation relative de quelques principes fondamentaux qui le gouvernent, le séminaire approfondit d›année en année les zones stratégiques au sein même du district dans le but de vérifier et si nécessaire de modifier ou d’améliorer les hypothèses qui y figurent. Le travail de la xxe édition du Séminaire en 2013 est résumé dans un plan d’ensemble de la Nouvelle Bellinzona et une série de six points fondamentaux qui l’appuient. Compte tenu de la curiosité et de l’intérêt suscité par la présentation publique de ce plan directeur aux maires de la région, il a été décidé de poursuivre le travail commencé dans l’édition précédente en continuant d’approfondir, à chaque fois, les domaines d’intérêt général au sein du même secteur dans le but de vérifier et, si nécessaire, de modifier les hypothèses contenues dans le plan directeur initial. En 2014, au cours de la xxie édition, le quartier de Semine a été approfondi et intégré dans le plan général. En 2015, la xxiie édition s’est concentrée sur le quartier de Pratocarasso. La conception de la zone devait tenir compte de questions d’actualité telles que la densification de l’ensemble de la zone habitée selon des critères qualitatifs plutôt que quantitatifs ; la redéfinition des limites entre l’espace bâti et les espaces verts ; la relation entre les zones d’habitation et les espaces publics et surtout le thème de la redéfinition de la relation avec l’espace vert de la plaine inondable conçu comme la colonne vertébrale de la nouvelle ville de Bellinzona. La redéfinition de la porte nord de la ville a été proposée. En 2016, la xxiiie édition du séminaire a traité de la redéfinition et de la clarification de l›importante pièce manquante de la ville : la porte sud, en essayant de définir la nouvelle relation entre la ville de Bellinzona et le parc de la plaine en intégrant toutes les infrastructures importantes et complexes qui caractérisent la zone. En 2017, le xxive Séminaire international de projet a eu pour objet, conformément à ce qui a été proposé dans les quatre éditions précédentes, l’approfondissement, l’amélioration et l’achèvement du plan directeur de la Nouvelle Bellinzona, avec la réorganisation du centre-ville et la relation que toute la ville entretient avec le lac Majeur à travers le parc fluvial. En 2018, pour la xxve édition, le séminaire entend porter un regard critique sur la reconversion des zones industrielles partiellement désaffectées le long de la voie ferrée qui traverse la ville.44 Les résultats des travaux étudiants seront présentés publiquement à l’hiver 2018.

43 snozzi, Luigi (sous la dir.), Giornale xxv Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juin-juillet 2018, p. 2. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018] 44 Ibid.

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La Grande Bellinzona : Vision pour l’aménagement du territoire agrégé, xxe Séminaire de Monte Carasso ( 06.07.2013 - 19.07.2013 ) Le thème choisi pour le xxe Séminaire international de projet de Monte Carasso45, est celui de l’agrégation des communes de Bellinzona. Historiquement séparées en communes de la rive droite et communes de la rive gauche, elles naissent géographiquement isolées les unes des autres parce qu’elles sont situées sur les cônes de déjection des torrents bordant la vallée et au pied des montagnes. À partir de la deuxième période de l’après-guerre, avec la forte croissance démographique et le passage progressif et rapide d’un système économique basé essentiellement sur l’agriculture de subsistance à un système lié au monde tertiaire, le fond de vallée qui restait agricole jusqu’alors a commencé à se remplir de façon désorganisée et chaotique. Au début des années 1970, l’évidence de cette situation critique a conduit à l’introduction d’un décret fédéral, qui avait pour objectif de réguler cette croissance apparemment inéluctable. La tentative, louable dans sa volonté d’établir des règles claires dans un territoire sensible dominé par la spéculation immobilière, imposant aux municipalités une planification visant à définir les zones constructibles et non constructibles, est cependant plutôt maladroite selon le corps enseignant du séminaire. La planification est laissée aux municipalités individuellement, ce qui minimise la coordination des différents plans régulateurs au niveau régional. Cette erreur s’est produite par la suite de façon irrémédiable et chaque municipalité, afin d’augmenter ses recettes fiscales et déplaire le moins possible à tout électeur potentiel, a créé en son sein une micro région équipée de tout et déconnectée des autres. Chaque petite commune, comme un monde idéal fermé sur lui-même, dispose d’une zone artisanale/industrielle, une mini zone agricole, une zone semi-extensive, une zone semi-intensive, une zone pour les bâtiments, une zone pour les maisons, un terrain de football et surtout un clocher à défendre. Le résultat de cette politique de planification est désormais à la portée de tous. Le scénario actuel, héritier de ces dynamiques, se manifeste aujourd’hui dans un tissu urbain déconstruit, qui lutte pour répondre aux besoins actuels de bonne utilisation et de rationalisation des ressources dans un territoire trop occupé et très peu exploité. La conséquence de la forte fragmentation des fonctions et des typologies de quartiers crée la quasi impossibilité d’organiser un réseau de transport public efficace et moderne alors que le trafic privé devient de plus en plus intense et ingérable. La raison qui a conduit au choix de ce nouveau thème d’étude pour le séminaire est liée à la conviction que Monte Carasso, grâce à ce qui a été proposé et démontré en plus de trente ans de travail d’avant-garde mondiale

45 snozzi, Luigi (sous la dir.), « La grande Bellinzona: visione per una pianificazione territoriale aggregata », Giornale xx Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2013, p. 1. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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parco fluviale monumenti dâ&#x20AC;&#x2122;importanza territoriale zona protezione monumentale zone nucleo zone urbanizzate da densificare zone di riserva da pianificare zone di riuso in relazione rete ferroviaria porte / finali della cittĂ parco agricolo parco urbano quartieri fuori porta

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La Grande Bellinzona, vision pour une planification territoriale agrégée, © XXème édition du Séminaire de Monte-Carasso, juillet 2013

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dans le domaine de la gestion du territoire, peut apporter sa sensibilité et une qualité précise en matière de planification sur le sujet de l’agrégation. « En ce sens,  le séminaire d’architecture, conçu et voulu comme un laboratoire académique d’expérimentation architecturale sans contraintes économiques et politiques, est le meilleur moyen de transmettre l’expérience acquise à Monte Carasso au reste de l’agglomération afin que l’agrégation ne reste pas un simple acte politico-administratif mais puisse devenir une véritable occasion de réorganisation et de redéfinition du territoire, en assumant peut-être, avec courage, la charge de réparer les erreurs héritées du passé. »46

L’exemple de Monte Carasso

Monte Carasso ne rejette pas de faire partie de l’agglomération de Bellinzona qui se développe et qui, à une plus grande échelle, fusionne avec celle de Locarno, donnant naissance à l’agglomération tessinoise, mais essaie plutôt d’être vu et reconnu comme un quartier caractérisé par ses propres qualités spécifiques avec lesquelles la population résidente peut s’identifier. Le projet de Luigi Snozzi pour Monte Carasso, commencé en 1979, se caractérise par deux parties complémentaires dont le rapport définit la spécificité. D’après le cadre enseignant du séminaire, comme dans la pensée d’Aldo Rossi, la première partie est composée des éléments primaires tandis que la seconde est composée des zones résidentielles.47 La première partie, probablement la plus connue, est le réaménagement du centre du village. Le nouveau centre se caractérise par le vide public entouré d’un anneau de rues et par la présence de tous les bâtiments institutionnels. Pour être valorisé et reconnu, ce nouveau vide urbain doit être contrasté par un contexte environnant dense. Ainsi, le projet de Snozzi est complété par une deuxième partie, peut-être moins connue mais tout aussi importante. Cette partie se compose des nouveaux règlements de construction de la commune dont les principales caractéristiques sont d’augmenter la densification permettant de construire le double de la réglementation précédente et de permettre la construction en bordure. Les quartiers d’habitat collectif à échelle plus urbaine sont positionnés de manière à souligner et renforcer des éléments géographiques précis dans l’objectif de définir spatialement les limites

46 Traduction de l’auteur pour : « In questo senso il seminario di architettura, che è stato pensato e voluto come laboratorio accademico di sperimentazione architettonica svincolata da condizionamenti economici e politici, risulta essere a nostro parere, il miglior modo per trasmettere l’esperienza maturata a Monte Carasso al resto dell’agglomerazione affinché l’aggregazione non rimanga un semplice atto politico-amministrativo ma possa diventare una vera occasione di riordino e ridefinizione territoriale assumendosi magari, con coraggio, anche l’onere di riparare errori ereditati dal passato. » ferrari, Mario, gaggetta, Michele, guidotti, Giacomo, moor, Stefano, « La grande Bellinzona: visione per una pianificazione territoriale aggregata », snozzi, Luigi (sous la dir.), Giornale xx Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso, juillet 2013, p. 1. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018] 47 rossi, Aldo, « Gli elementi primari e l’area », dans L’architettura della città, [Trad. fr. : BRUN, Françoise, « Les éléments singuliers et l’aire », dans L’architecture de la ville], Paris, L’Équerre, 1981, p. 53128.

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physiques de la commune et d’ « accueillir » la pression croissante exercée par la périphérie de Bellinzona sur le quartier de Monte Carasso. Au fil des années, la recherche de Luigi Snozzi s’est caractérisée par une approche précise du projet urbain : l’attention de chaque projet doit se concentrer sur une lecture attentive de la structure du lieu et sur une utilisation raisonnée et qualitative des ressources territoriales. Ces principes, dans le cas spécifique de Monte Carasso, ont inspiré le réaménagement du centre du village et l’adoption d’un outil d’urbanisme qui a permis d’augmenter la densité de construction avec prudence. «  Il ne s’agit pas d’exporter sans esprit critique un “modèle Monte Carasso” qui [...] identifie un genius loci comme condition préalable essentielle, il s’agit plutôt d’avoir voulu saisir l’occasion d’une agrégation politico-administrative en cours pour tenter de la doter d’un projet territorial précis. Le travail de Snozzi [...] n’a pas dans cette perspective la valeur d’un manuel de recettes urbaines, mais celle d’une référence culturelle complexe : sa référence à une interprétation de la structure urbaine peut se traduire par la capacité d’aborder ce projet d’agrégation avec attention au potentiel de chaque commune individuellement sans perdre une vision d’ensemble. »48  Le résultat du travail collectif réalisé par les dix-huit participants e du xx Séminaire international de projet de Monte Carasso a confirmé l’urgence de profiter de l’opportunité offerte par le processus d’agrégation des communes pour repenser une planification territoriale unifiée capable de transformer un ensemble désorganisé de parties, en un tout respectueux des spécificités individuelles. Les travaux sont résumés ci-dessous en six points fondamentaux49 : . Les crêtes montagneuses représentent les limites longitudinales qui définissent spatialement le territoire à l’intérieur duquel se trouve la Nouvelle Bellinzona. La présence constante de ces « parcs verticaux » fournit à la ville des espaces de loisirs précieux et constituent un outil d’orientation urbaine important. Leur sauvegarde est déterminée par différents plans paysagers qui nécessiteraient d’être coordonnés au niveau régional. . La zone inondable, entre les deux digues insubmersibles du fleuve Tessin, a le potentiel de devenir un parc fluvial structurant pour toute la région. L’intangibilité de ces zones, liée à leur fonction hydraulique de protection 48 Traduction de l’auteur pour : « Lungi dal voler esportare acriticamente un “modello Monte Carasso” che [...] ha nell’individuazione di un genius loci un imprescindibile presupposto, il Seminario ha voluto cogliere l’occasione di un’aggregazione politico-amministrativa in atto per cercare di dotarla di un preciso progetto territoriale. L’operato di Snozzi, [...] ha in quest’ottica non il valore di prontuario di ricette urbane, ma quello di riferimento culturale complesso: il suo richiamo a un’interpretazione della struttura urbana può tradursi nella capacità di affrontare questo progetto di aggregazione con attenzione alle potenzialità dei singoli comuni senza però perdere una visione generale. » ferrari, Mario, gaggetta, Michele, guidotti, Giacomo, moor, Stefano, « La nuova Bellinzona vista dal seminario di Monte Carasso: visione per una pianificazione territoriale aggregata », Archi, avril 2016, n° 2, p. 32. 49 snozzi, Luigi (sous la dir.), « La grande Bellinzona: visione per una pianificazione territoriale aggregata », Giornale xxii Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2015, p. 4. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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contre les inondations, a fait qu’elles sont restées intactes jusqu’à ce jour. Cet espace vert semble être le seul élément territorial commun à tous les villages du district ; il a donc la capacité de devenir la colonne vertébrale de la future Grande Bellinzona. . Pour arrêter l’expansion continue et sans contrôle de l’agglomération de Bellinzona sur tout le fond de la vallée, la Nouvelle Bellinzona a besoin de limites transversales artificielles qui la contiennent. Ces limites claires agissent comme des « portes » à l’entrée des trois vallées qui se rejoignent à Bellinzona, donnant un ordre et une structure à ces lieux. La nouvelle ville, ainsi redéfinie, s’étend de l’entrée des vallées de la Riviera et de la Mesolcina au nord jusqu’à la perspective de la plaine de Magadino au sud. . Toute la ville est contenue à l’intérieur de ces limites. Dans un premier temps, le centre-ville (zone de protection monumentale) doit être redessiné et planifié. Parallèlement, les zones déjà urbanisées doivent être densifiées. Dans un deuxième temps, les zones en réserve devront faire l’objet d’une planification ciblée qui tienne compte des nouveaux besoins et exigences. Les espaces verts existants et futurs en dehors du parc fluvial doivent être considérés comme des parcs à l’intérieur de la ville et appartenant au tissu urbain. Ils permettront de réaménager et de structurer les quartiers existants et les nouveaux quartiers. . Toutes les communes situées en dehors de la zone définie peuvent appartenir légalement et administrativement à la nouvelle ville, mais pas spatialement. Aussi pour ces municipalités, une nouvelle planification radicale est espérée pour préserver leur identité structurelle en tant que municipalités isolées les unes des autres et situées sur les cônes de déjection au bord de la vallée, au pied de la montagne. . La vision d’une planification agrégée telle que proposée par les travaux du séminaire, ne peut pas prescrire, pour fonctionner, d’une réduction significative des surfaces constructibles en dehors des limites de la nouvelle Grande Bellinzona. «  Il convient de noter que cette disponibilité du plan à être remis en question est considérée comme une prérogative extrêmement importante. Sur la base de l’expérience acquise par Snozzi à Monte Carasso, il serait naïf de croire qu’une telle complexité territoriale pourrait être réduite à une énumération statique de principes. Si cette expérience avait un suivi opérationnel, l’intention serait précisément de coordonner un processus de planification, avec des lignes directrices claires mais ouvertes à toute une série d’idées que la phase de concertation apporte avec elle. »50

50 Traduction de l’auteur pour : « È opportuno sottolineare come questa disponibilità del piano a essere rimesso in discussione sia ritenuta una prerogativa di estrema importanza. Sulla scorta dell›esperienza maturata da Snozzi a Monte Carasso, sarebbe ingenuo credere di poter ridurre una tale complessità territoriale a un›enumerazione statica di principi. Se quest›esperienza avesse un seguito operativo, l›intenzione sarebbe proprio quella di coordinare un processo di pianificazione, con delle linee guida chiare ma aperte a tutta una serie di approfondimenti che la fase di concertazione porta con sé. » ferrari, Mario, gaggetta, Michele, guidotti, Giacomo, moor, Stefano, « La nuova Bellinzona vista dal seminario di Monte Carasso: visione per una pianificazione territoriale aggregata », Archi, avril 2016, n° 2, p. 34.

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Étude du quartier de Semine, Carasso ( 05.07.2014 -18.07.2014 )

xxie

Séminaire de Monte

La zone du projet choisi pour la xxie édition du séminaire51 s’étend de la via Tatti jusqu’à l’actuel champ de tir de Saleggi. Cette zone comprend le quartier Semine qui est aujourd’hui l’un des quartiers les plus peuplés de Bellinzona et qui fait l’objet depuis de nombreuses années d’une spéculation immobilière forte et désorganisée. Avec l’arrivée du chemin de fer dans la seconde moitié du xixe siècle, la ville de Bellinzona est sortie de son enceinte médiévale et a cessé d’être une ville frontière entre le nord et le sud. Les premières limites transversales qui ont délimité sa croissance sont viale Stefano Franscini au sud, et viale Giuseppe Motta au nord. Ces deux allées se terminaient par un pont qui reliait la rive droite du fleuve Tessin au centre-ville. L’arrivée de l’autoroute contraint le déplacement des deux ponts sur via Pierino Tatti et via Giuseppe Lepori, interrompant l’accès frontal direct à la ville. C’est à partir de là que commence le développement longitudinal de la ville de Bellinzona. La relation entre la rive droite et la rive gauche devient purement fonctionnelle et perd toute logique structurelle. Les deux véritables entrées deviennent les entrées nord, à Arbedo, et les entrées sud, à Camorino conjointement avec les deux sorties d’autoroute. La ville qui prend forme est linéaire et sans aucune qualité urbaine. Les cinq solutions proposées par les participants du séminaire ont en commun le désir de rompre ce développement linéaire en introduisant un réseau d’espaces verts transversaux perpendiculaires au fleuve. L’intention est de recréer une relation entre la ville et l’espace de la zone submersible et donc entre les deux rives du fleuve. L’ensemble des propositions a également essayé d’apporter des réponses concrètes aux questions d’actualité telles que la nouvelle jonction de l’autoroute de Monte Carasso avec la requalification de la via Tatti en un nouvel axe d’entrée important au centre de Bellinzona, ou bien la densification de toute la zone habitée et le réaménagement des limites entre l’espace bâti et les espaces verts. Les thèmes communs à tous les travaux peuvent être résumés en quatre points : . Le nombre et le type de transversales ; . La relation entre les nouveaux quartiers et le parc fluvial ; . Le nombre et le type de nouveaux quartiers ; . Le positionnement du nouvel hôpital cantonal.

51 snozzi, Luigi (sous la dir.), « Approfondimento quartiere Semine », Giornale xxii Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2015, p. 8. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/ Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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parco fluviale monumenti dâ&#x20AC;&#x2122;importanza territoriale zona protezione monumentale zone nucleo zone urbanizzate da densificare zone di riserva da pianificare zone di riuso in relazione rete ferroviaria porte / finali della cittĂ parco agricolo parco urbano

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Approfondissement du quartier Semine, © XXIème Séminaire de Monte Carasso, juillet-2014

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Du quartier de Pratocarasso au Master Plan, Séminaire de Monte Carasso ( 04.07.2015 -17.07.2015 )

xxiie

Conformément à ce qui a été commencé les années précédentes et après consultation des autorités concernées, le travail de l’année 2015 porte sur l’étude du quartier de Pratocarasso situé entre Bellinzona et Arbedo.52 Cette zone, dont la planification controversée a déjà donné lieu à des débats animés qui ont abouti à un référendum accepté par la population contre le projet de planification de la municipalité, est actuellement incluse dans le plan des zones en tant que secteur spécial et attend donc des directives sur sa destination future. Située dans un espace étroit entre le fleuve et la route cantonale, la zone est caractérisée par son grand vide et la présence d’un collège conçu par Livio Vacchini en 2008. Les limites entre l’espace bâti et l’espace vert sont mal définies. Au sud, se trouvent des bâtiments d’une certaine importance (en particulier les maisons d’appartements de Roberto Bianconi de 1972). Au nord, un quartier triangulaire hétérogène se confond avec le centre historique de Molinazzo le long de la route cantonale. À l’ouest, la passerelle réalisée récemment sur le fleuve Tessin permet aux piétons de se rendre sur la rive opposée. À l’est, au-delà de la route cantonale, on peut voir la Chiesa Rossa, église médiévale au pied du talus de la gare de marchandises de San Paolo. Initialement, l’étude de Pratocarasso devait être la continuité du résultat des projets sur Semine. En redessinant les limites entre l’espace bâti et les zones vides, il a été possible de vérifier si la bande verte le long du fleuve pouvait être prolongée jusqu’à ce point. Afin de trouver une relation entre la ville et le fleuve il a été également été vérifié s’il y avait la possibilité d’introduire dans la ville un autre espace vert transversalement par rapport à la route cantonale, rompant ainsi avec le développement longitudinal. Depuis l’origine mais aussi à partir du travail précis sur le quartier, les réflexions se sont étendues à une échelle beaucoup plus large, remettant ainsi en question des parties fondamentales du plan directeur précédent, pour l’améliorer. . La porte nord Le quartier de Pratocarasso est proche d’une situation orographique précise, à la confluence des torrents Arbedo et Gorduno dans le fleuve Tessin, la rencontre entre leurs cônes de déjection où se situe un pont. Les cours d’eau, les routes, les chemins de fer et les autoroutes se rassemblent ici en un seul point. L’opportunité est d’y placer la nouvelle porte nord de la ville, remettant en cause les deux portes suggérées par le plan directeur de 2013 (dans cette logique, Castione est planifiée comme une sorte d’enclave au même titre que toutes les autres communes situées au-delà de la porte). Les deux vallées, Riviera et Mesolcina, se rencontrent et se rassemblent en un lieu précis qui sera déterminé par la suite. Il s’agit de déterminer un signal pour la nouvelle limite nord de la Nouvelle Bellinzona. La proposition des étudiants fait l’hypothèse 52 snozzi, Luigi (sous la dir.), « Dal quartiere di Pratocarasso al Master Plan », Giornale xxiii Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2016, p. 8. Disponible sur : <http://www. carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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parco fluviale monumenti d’importanza territoriale zona protezione monumentale zone nucleo zone urbanizzate da densificare zone di riserva da pianificare zone di riuso in relazione rete ferroviaria porte / finali della città parco agricolo parco urbano quartieri fuori porta

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Du quartier de Pratocarasso au Master Plan, © XXIIème Seminaire de Monte Carasso, juillet-2015

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Du quartier de Pratocarasso au Master Plan, Š XXIIème Seminaire de Monte Carasso, juillet-2015

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d’une tour. . Les transversales Le travail sur Pratocarasso confirme la nécessité d’y introduire, tel qu’à Semine, un espace transversal, comme un nouvel espace public. Ceci complète le réseau d’espaces verts qui s’immiscent du fleuve à la ville, le tout relié par une large bande verte parallèle à la zone submersible. La transversale de Pratocarasso, contrairement à celles individualisées à Semine, atteint non seulement la route cantonale mais aussi le pied de la montagne, allant se relier avec la Chiesa Rossa et le talus de la voie ferrée. Ici, l’occasion est saisie pour proposer une gare tilo (Trains Régionaux Tessin Lombardie) pour le nord de Bellinzona. Ayant défini ce vide urbain, ses frontières deviennent la limite de toute densification future à approfondir. Ayant défini ce vide urbain, ses extrémités deviennent la limite de toute future densification. . La ville et le parc fluvial La forte autonomie spatiale du fleuve Tessin est le résultat de la séparation exercée par les digues pour le contrôle hydraulique de la plaine de Magadino. Cela rend difficile la relation directe entre la ville et la zone submersible, un vaste parc fluvial entre les digues qui se développent des deux côtés du fleuve jusqu’au lac Majeur. Dans les années 1970, les deux ponts de la Torretta et de Carasso liés au tissu urbain, viale Stefano Franscini et viale G. Motta, ont été démolis et remplacés par deux nouveaux ponts, principalement routiers, en raison de la construction de l’autoroute le long de la rive droite du Tessin. Ces nouveaux ponts, en raison de leurs caractéristiques fonctionnelles, sont déconnectés du contexte urbain. Le travail effectué pour le quartier de Saleggi a permis d’identifier une bande verte le long des digues, déjà partiellement présente dans la ville de Bellinzona et dans laquelle se trouvent plusieurs bâtiments publics. Cette bande est un espace de transition entre les zones bâties et les digues non submersibles. Le projet sur Pratocarasso propose l’extension de cette bande jusqu’à la nouvelle porte nord. Le long de la rive droite du fleuve considéré comme la colonne vertébrale de la ville, un projet analogue et symétrique est proposé. Pour relier les deux rives, deux nouvelles passerelles piétonnes sont conçues, en étroite relation avec le contexte urbain et dans la position des deux anciens ponts démolis dans les années 1970. De la même manière, l’extension de la passerelle du bain public sur la rive droite est proposée. Pour accéder au parc fluvial, un dispositif en série d’escaliers et de passages souterrains est conçu, reliant la ville au parc fluvial.

Réaménagement de la Porte Sud, Monte Carasso ( 02.07.2016 - 15.07.2016 )

xxiiie

Séminaire de

La porte sud, identifiée de manière indicative par le plan directeur de l’édition 2013, doit nécessairement définir la nouvelle relation entre la ville

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de Bellinzona et le parc de la plaine de Magadino en confrontant la présence de toutes les infrastructures importantes et complexes qui la caractérisent (AlpTransit, la ligne ferroviaire Bellinzona-Luino-Locarno et l’autoroute). Comme dans les éditions précédentes, l’ensemble du nouveau travail des participants, en contact étroit avec les enseignants, a cherché à identifier les principaux thèmes que la nouvelle proposition de la porte sud ne peut ignorer53 : . Le premier sujet qui est en discussion depuis longtemps et auquel les projets tentent de répondre est celui de la nature que la limite doit assumer dans la ville contemporaine et de la pertinence de sa raison d’être ; . Le deuxième thème étudié est le rôle que l’infrastructure routière pourrait jouer dans la définition spatiale de la ville contemporaine, en essayant de comprendre si elle pourrait en faire partie, agir comme une limite ou si elle devrait en être exclue ; . La troisième interrogation qui a accompagné l’ensemble des travaux est liée aux aspects fonctionnels. La question fondamentale était de savoir si la tête de la Nouvelle Bellinzona devait et pouvait être formée par des habitations privées ou des espaces publics, ou encore si les zones commerciales, en vertu de leur valeur interrégionale, devaient être contenues dans les mêmes limites ou plutôt créer de nouvelles zones bâties en relation étroite avec les voies de communication. Le projet choisi pour être inséré dans le plan directeur général est celui qui interprète le mieux, en les combinant, à la fois l’extrême nécessité de restructurer et de réorganiser le territoire considéré et la nécessité d’intégrer les tracés préexistants qui, au-delà des faibles qualités urbaines de la zone, sont encore présents. La proposition conçoit un nouveau quartier, libéré des critères d’étalement périurbain qui régissent actuellement l’ensemble de la zone concernée, dessinant un nouveau morceau de ville dont la structure est clairement issue des traces lisibles sur le territoire. En outre, la réalisation facile et immédiate des principaux éléments du projet (parc arboré étendu et réseau viaire) est un motif déterminant pour le choix de cette proposition. La possibilité d’un tel calendrier permettrait en effet de compléter efficacement le temps long de la ville avec le temps court de l’architecture. À travers le projet de la porte sud, l’expérience du séminaire visait à poursuivre et approfondir une réflexion beaucoup plus large sur l’actualité du concept de limite par rapport à la dynamique complexe et très rapide du développement de la ville contemporaine.

53 snozzi, Luigi (sous la dir.), « Ridisegno della Porta Sud », Giornale xxiv Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2017, p. 8. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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parco fluviale monumenti d’importanza territoriale zona protezione monumentale zone nucleo zone urbanizzate da densificare zone di riserva da pianificare zone di riuso in relazione rete ferroviaria porte / finali della città parco agricolo parco urbano quartieri fuori porta

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Réaménagement de la porte sud, © XXIIIème Seminaire de Monte Carasso, juillet 2016

Synthèse

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« Les sept solutions [...] unies dans leurs intentions et pourtant multiples dans leurs résultats formels, soutiennent l’hypothèse qu’une réflexion sur la forme de la ville mérite encore un espace dans le débat sur le projet d’aujourd’hui et que plus cette réflexion sera précise, raffinée et attentive, plus le projet de la ville pourra aussi s’ouvrir intelligemment à l›hybridation -  morphologique, typologique, fonctionnelle - et établir un dialogue constructif avec les forces qui animent l’urbanisation décomposée d’aujourd’hui. »54

De la conception du centre-ville à l’embouchure du fleuve Tessin, xxive Séminaire de Monte Carasso ( 01.07.2017 14.07.2017 )

Pour l’édition 2017, le séminaire différencie ses recherches en deux thèmes : la réorganisation du centre-ville de Bellinzona et la relation entre l’ensemble de la ville et le lac Majeur.55 Le premier thème avait pour objet l’étude du centre de Bellinzona en se concentrant sur la zone située entre viali Motta et viali Franscini, considérée comme stratégique dans la création de la ville et du parc fluvial. L’objectif est de réorganiser « avec conscience » l’ensemble des espaces publics qui y sont contenus et d’offrir ainsi une alternative possible à la tendance dominante allant vers des projets ponctuels et non coordonnés. Le quartier du stade, celui des écoles et le parc urbain sont quelques-unes des zones qui ont été conçues ensemble pour réhabiliter l’expérience transversale du centre-ville et le relier spatialement, à travers le fleuve Tessin, à la Nouvelle Bellinzona. Le second thème, plus large, étend la recherche à la relation que la ville veut entretenir avec le fleuve Tessin et le parc fluvial. Véritable colonne vertébrale de la Nouvelle Bellinzona, une fois sorti de la ville, le fleuve traverse la plaine de Magadino jusqu’à son embouchure, pour atteindre le lac Majeur. Une nouvelle vision de l’espace construit et canalisé du fleuve est recherchée en relation avec les différentes réalités urbaines et paysagères qui le contiennent. Il s’agit de concevoir au-delà du plan directeur pour élargir le cadre des limites fixées par le projet pour la nouvelle ville à une échelle plus large. Le territoire d’étude considère l’ensemble de la vallée du parc fluvial vers le lac Majeur et dans le futur jusqu’à Biasca. . Réorganisation du centre-ville Les travaux du séminaire se sont concentrés sur le principe des vides (ou parcs) qui s’insèrent dans la ville autant que possible, à partir de la bande 54 Traduction de l’auteur pour : « Le sette soluzioni [...] unitarie negli intenti eppure molteplici negli esiti formali, avvalorano l’ipotesi che una riflessione sulla forma della città meriti ancora spazio all’interno dell’odierno dibattito progettuale e che tanto più precisa, raffinata e attenta questa riflessione saprà farsi, tanto più il disegno della città sarà in grado anche di aprirsi con intelligenza all’ibridazione – morfologica, tipologica, funzionale – e stabilire un dialogo costruttivo con le forze che muovono la scomposta urbanizzazione attuale. » Ibid. 55 snozzi, Luigi (sous la dir.), « Dal disegno del centro città alla foce del fiume Ticino », Giornale xxv Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2018, p. 2. Disponible sur : <http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso>. [Consulté le 4 août 2018]

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verte de retrait le long du fleuve Tessin, définie dans les séminaires précédents avec l’intention de clarifier la relation entre les zones bâties et le fleuve en tant qu’entité autonome. Dans le cas du centre-ville, l’identification des zones non bâties qui s’étendent sans interruption jusqu’à la piazza del Sole56 a appuyé la vision d’un vide unitaire qui relie le centre au fleuve par la via Vela et la passerelle des bains publics d’Aurelio Galfetti, Flora Ruchat-Roncati et Ivo Trümpy. Pour définir ce vide, il fallait redessiner les limites des quartiers qui lui font face. Le relevé des nombreux édifices publics du quartier a confirmé l’hypothèse d’une vocation collective et d’une forte valeur urbaine pour ce lieu. Le premier projet tente de conserver tous les bâtiments publics existants dans la zone, en propose de nouveaux et donne la priorité à la conservation du stade en lui attribuant la caractéristique d’un bâtiment isolé au même titre que tous ceux qui l’entourent. Les limites des quartiers qui définissent le vide sont redessinées par des avenues plantées et des parkings. Le second projet adopte la même stratégie pour définir le vide, la seule différence significative est l’urbanisation de la zone actuellement occupée par le stade, qui est supposé se déplacer à l’extérieur du centre-ville. Une nouvelle passerelle est également proposée qui continue et complète le parcours de la muraille de Castelgrande, reliant ainsi le château à la rivière. . Relation entre l’ensemble de la ville et le lac Les projets proposés recherchent la connexion entre les deux rives à l’embouchure du fleuve et enquêtent sur les traces des routes préexistantes dans la plaine. Il s’agit pour l’ensemble des propositions de créer un passage de la plaine à travers ce terminal, afin d’optimiser les itinéraires et de favoriser la connexion directe entre les deux rives. L’étude de la zone a montré qu’à l’embouchure, les digues insubmersibles ont besoin de plus de définition : l’ouvrage de Carlo Cattaneo à la fin du xixe siècle perd de sa clarté lorsqu’il atteint le lac. L’objectif des travaux est de tracer une limite précise entre l’ouvrage (digues) et la nature (réserve naturelle Bolle de Magadino) dans cette zone et de renforcer le rôle spatial des digues tout au long du fleuve Tessin dans la plaine.

Un défi à relever

À la fin du xixe siècle, la digue du fleuve Tessin a permis de contenir ses eaux dans un unique canal. Cette mesure, l’un des moments clés du processus de modernisation du canton, a permis la valorisation de la zone avec des conséquences immédiates pour l’agriculture et la santé en général et a clarifié une utilisation du sol encore visible aujourd’hui. Pour le corps

56 Projet conçu et réalisé par l’architecte Livio Vacchini de 1981 à 1999. La place constitue le toit du parking souterrain et prend la forme d’un carré de soixante mètres de côté défini sur les côtés par différents éléments : la rampe d’accès aux véhicules, les quatre blocs de sorties, la différence de niveau avec l’asphalte environnant.

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parco fluviale monumenti d’importanza territoriale zone nucleo zone urbanizzate da densificare zone di riserva da pianificare zone di riuso in relazione rete ferroviaria porte / finali della città parco agricolo parco urbano quartieri fuori porta

0

250

500

1000

2000 m

Du réaménagement du centre de la ville à l’embouchure du Tessin, © XXIVème Seminaire de Monte Carasso, juillet 2017

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Réaménagement du centre de la ville, Projet 1

Entre la ville et son lac, Projet 1

Réaménagement du centre de la ville, Projet 2

Entre la ville et son lac, Projet 2

Maquette de la proposition, Projet 1

Entre la ville et son lac, Projet 3

Du réaménagement du centre de la ville à l’embouchure du Tessin, © XXIVème Seminaire de Monte Carasso, juillet 2017

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enseignant du séminaire, le processus d’agrégation d’une nouvelle Grande Bellinzona pourrait être l’occasion de canaliser les ressources économiques, politiques et sociales de cette région vers une nouvelle vision d’une planification territoriale partagée. À la lumière du travail accompli au cours des derniers séminaires, l’accomplissement de cette tâche est considéré comme d’une importance cruciale. Ce n’est que si ces potentiels territoriaux et spatiaux sont saisis que la transformation peut devenir une étape fondamentale pour le développement de cette région. L’espoir est que les acteurs concernés (les concepteurs, le monde économique et politique) soient en mesure de relever le défi proposé. Jusqu’à présent, les temps de concertation ont été accompagnés de manifestations d’intérêt, mais jamais d’actions concrètes. Le temps semble venu car même le canton du Tessin, à l’instar de ce qui se passe déjà dans d’autres réalités avant-gardistes suisses, commence à collaborer de manière plus fructueuse entre ces acteurs, au bénéfice d’un projet territorial efficace et maîtrisé.

Les recherches du Laboratorio Ticino

Le Laboratorio Ticino ou Laboratoire Tessin, structure de recherche de l’Académie d’architecture de Mendrisio, est principalement impliqué dans des activités sur les thèmes de l’aménagement du territoire. Jusqu’à présent, diverses études sur le territoire de Bellinzona y ont été réalisées. Nous présentons trois études approfondies qui ont été élaborées entre 2014 et 2015 dans différents domaines : le diplôme de l’Académie 2014 «  Città Ticino  », l’étude «  Comparto Saleggi  » commandée conjointement par les municipalités de Giubiasco et Bellinzona, et la recherche « De la conception à la réalité, densification qualitative localisée » sur l’avenir de la zone Ferriere Cattaneo SA (mandat commun du Fonds National Suisse de recherche fns, des communes de Giubiasco et Bellinzona, Ferriere Cattaneo SA). Les trois moments de réflexion sont liés et s’influencent entre eux. Le projet urbain, et en particulier celui du secteur Ferriere Cattaneo, illustre bien la méthodologie que le laboratoire utilise. L’aménagement paysager et la conception spatiale sont à la base de la mise à jour des règles codifiées du plan régulateur. Le projet a d’abord servi d’outil d’investigation et de réflexion, les résultats ont été partagés et reçus par le plan directeur.

L’espace public dans la « Città Ticino »

Le thème du diplôme 2014 a permis à l’Académie de revenir sur le territoire du canton du Tessin, ce qui ne s’était pas produit depuis 2008, lorsque le diplôme dirigé par Aurelio Galfetti était dédié au projet de l’AlpTransit. Ce dernier visait notamment à aborder les problèmes liés à la transformation du territoire de la Ville Tessin induite par la construction du chemin de fer à grande vitesse. Le Diplôme « Città Ticino » représente la phase finale du projet de

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recherche financé par le Fonds national dans le cadre du programme pnr 65 « Nouvelle qualité urbaine », dont les résultats ont coïncidé avec le lancement, par l’Université de la Suisse italienne, d’un institut de recherche permanent spécifiquement dédié au projet à l’échelle urbaine et territoriale, le Laboratorio Ticino. Le diplôme 2014 représentait la phase finale du projet de recherche du même nom financé par le fns dans le cadre du Programme national de recherche pnr 65 « Nouvelle qualité urbaine ». La recherche s’est concentrée sur les zones du fond de la vallée tessinoise où la pression de construction et l’utilisation du sol sont les plus intenses, ce qui rend les interventions visant à améliorer la qualité de l’espace bâti plus urgentes et nécessaires. Dans la lecture du territoire, une attention particulière a été accordée à deux zones et à leurs relations réciproques : le territoire interprété du point de vue morphologique/ géographique et le territoire analysé du point de vue du réseau de mobilité et des espaces publics dans leur sens le plus large. Cette interprétation n’exclut pas les autres composantes liées aux disciplines de l’espace, mais se concentre sur une interprétation plus orientée vers la réponse du projet dans le but d’améliorer la qualité des espaces publics. Une attention particulière a été accordée au concept d’espace public contemporain, étendu et articulé à différentes échelles : paysage, infrastructures de mobilité (des sentiers aux autoroutes), forêts, espaces verts, vides urbains, espaces résiduels ou interstitiels.57 Pour le territoire de Bellinzona, la valeur des espaces qui s’articulent autour de l’axe du fleuve Tessin est mise en valeur. La planification actuelle jette des bases favorables au développement de cette vision stratégique, car de nombreuses zones le long du fleuve Tessin sont déjà définies comme publiques dans les plans régulateurs individuels. Cinq nœuds (appelés « parcs ») sont identifiés comme particulièrement importants58 : . Le parc industriel et le stade, la porte nord de Bellinzona, la zone industrielle de Castione-Arbedo qui est une zone importante à la fois pour sa proximité du fleuve Tessin et pour la présence de la gare tilo. Un projet de réorganisation et de développement de la zone industrielle et d’un stade avec d’autres infrastructures publiques est à l’étude. . Le parc résidentiel, secteur Pratocarasso, qui a vu un projet qui ne s’est pas concrétisé en raison d’un processus rendu difficile par les recours. Malgré cela, la zone reste particulièrement intéressante du point de vue résidentiel pour planifier et concevoir de manière coordonnée. . Le parc de recherche, près de la zone centrale du centre de Bellinzona, l’infrastructure scolaire et les bords du fleuve.

57 arnaboldi, Michele, dans della torre, Marco (sous la dir.), Diploma 2014, Città Ticino: Accademia di architettura, Università della Svizzera italiana, Mendrisio, Mendrisio Academy Press, 2015, p. 8. 58 arnaboldi, Michele, « Spazi bellinzonesi: progetti del Laboratorio Ticino dell’AAM », Archi, avril 2016, n° 2, p. 27-28.

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haut, photo aérienne montrant l’axe de la rivière du Tessin © Bruno Pellandini, laboratoire de traitement graphique Ticino USI milieu, photo aérienne au sud de Giubiasco © Bruno Peliand bas, Plan de Bellinzone avec indication des 5 parcs © Tessin Ticino-USI laboratoire

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haut, Saleggi, hopitâl, photomontage ©Bruno Pellandini, élaboration graphique du laboratoire TicinoUSI gauche, Plan de Bellinzone avec indication des 5 parcs © Tessin Ticino-USI laboratoire

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. Le parc de l’hôpital (la « Saleggina »), avec le développement d’une infrastructure publique telle que l’hôpital, élément fondamental dans la stratégie des parcs publics le long du fleuve Tessin. . Le parc de la plaine de Magadino, qui comprend la zone agricole et naturelle (y compris la zone marécageuse d’importance nationale) qui s’étend le long du fleuve Tessin sur une longueur de près de 11 kilomètres et une largeur moyenne d’environ 2 kilomètres et constitue le grand espace de liaison entre le territoire de Bellinzona et celui de Locarno. Le développement des projets a donc été l’occasion de vérifier une telle interprétation du territoire et de contribuer à construire une vision plus partagée de son potentiel, dans une approche multidisciplinaire du projet. Tous les sujets identifiés ont été discutés avec les administrations publiques locales intéressées par les résultats d’une telle méthodologie. La recherche a également permis de comprendre la nécessité d’apporter des réponses de projet à des questions d’intérêt cantonal/régional pour lesquelles aucune localisation unique n’a été identifiée : cimetière cantonal, districts avec maisons médicales, tours, hôpital cantonal, nouvelles infrastructures touristiques, etc. Les projets développés au cours du diplôme ont permis aux étudiants et aux enseignants de formuler des réponses, individuelles et issues de sensibilités différentes, à des questions concernant un seul territoire. La comparaison entre les différentes propositions souligne l’importance et l’actualité des questions liées à la conception de l’infrastructure et au thème du paysage, également conçu comme une forme spécifique d’infrastructure. Le paysage est en fait une question centrale, non pas tant du point de vue de sa protection, mais plutôt en tant que récupération et réutilisation du bâti, c’est-à-dire de ces formes spécifiques du paysage contemporain que le processus d’urbanisation a engendré.

« Comparto Saleggi »

En ce qui concerne le nœud « Saleggina  » (parc de l’hôpital), le Laboratorio Ticino a pu réaliser une étude spécifique à la demande des communes de Bellinzona et Giubiasco. L’objectif de l’étude était d’évaluer la possibilité de construire un nouvel hôpital dans le grand espace vert aujourd’hui utilisé comme champ de tir militaire, connu sous le nom de Saleggina. Le projet vise à mettre en évidence les avantages, les potentiels et les conflits possibles d’une telle infrastructure publique, en accordant une attention particulière à la qualité de l’espace public, à la mobilité et aux types d’hôpitaux contemporains. L’hôpital est un établissement en constante évolution en raison de l’évolution de la discipline. Le secteur est particulièrement adapté à l’accueil d’un hôpital car il permet la création d’un premier établissement capable de se développer dans le temps.59

59 Ibid., p. 28-29.

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Le nouveau projet d’hôpital fait partie de ce secteur et détermine les accès. La structure est accessible directement depuis la route cantonale par un nouvel axe urbain qui définit la limite du développement résidentiel et devient en même temps le lien direct avec le fleuve Tessin. Le bâtiment, développé en longueur, est complètement immergé dans l’espace vert et souligne la relation spatiale avec le fleuve. Le projet montre également la possibilité de développer une nouvelle gare tilo. L’accessibilité directe au public est un potentiel du secteur Saleggi qui soutient l’hypothèse de la construction d’une grande et importante infrastructure publique ici. Le projet montre comment le nouvel hôpital peut être inclus dans le secteur en préservant de grands espaces verts, afin de maintenir la valeur publique du lieu et assurer des zones de « réserve » pour les développements futurs de l’hôpital. Des schémas ont été élaborés pour montrer comment le secteur Saleggi peut recevoir un nouvel hôpital dans un premier temps (dimensions suggérées par l’hôpital cantonal de 60 000 mètres carrés) et s’adapter de manière très flexible aux développements de la technologie hospitalière. À toutes les étapes, un grand espace vert public est maintenu, ainsi que des routes principalement piétonnes, reliant l’hôpital au réseau de routes du fleuve Tessin et du parc de Magadino. En ce sens, la passerelle déjà construite, qui relie Monte Carasso à Bellinzona, renforce cette vocation publique du secteur.

« De la conception à la réalité, densification qualitative localisée »

Il s’agit d’un projet de recherche proposé par Francesco Rizzi (architecte et chercheur au Laboratorio Ticino, aam-usi) et approuvé par le comité du fns « Nouvelle qualité urbaine  » à l’occasion du concours pour jeunes chercheurs pnr 65 en 2013. L’objectif était l’étude d’un processus participatif de conception et de planification sur un cas réel, en prenant comme étude de cas le quartier de la gare de Giubiasco avec une attention particulière à la zone de Ferriere Cattaneo sa et à la vision élargie du territoire intercommunal entre Giubiasco, Bellinzona et le fleuve Tessin. Le projet a impliqué activement des acteurs de différents domaines : public, privé, technico-spécialiste (planificateur indiqué par la municipalité), scientifique (Laboratoire Ticino). Le projet de recherche visait à étudier l’intégration d’une proposition de projet qualitative partagée dans le processus de planification en examinant les questions suivantes : le caractère central du projet comme outil d’investigation et de transformation, la densification qualitative localisée comme stratégie urbaine, la nature multi-échelle de l’espace public comme qualité urbaine, le processus participatif pour des résultats réalisables dans un court laps de temps.60 Le quartier de la gare de Giubiasco est le point nodal du réseau cantonal de transports publics et est actuellement une zone de fonctions

60 Ibid., p. 29-30.

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gauche, Ferriere Cattaneo, Plan projectuel © Conception du laboratoire Tessin - USII bas, Ferriere Cattaneo, Photographie de maquette © AAM-USI

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industrielles et résidentielles. La zone de Ferriere Cattaneo sa se trouve au nord de la gare, près du secteur Saleggi. Le projet urbain de la zone prend en considération la qualité des bâtiments existants dans le secteur. Des zones spécifiques sont définies qui conviennent à différentes activités en fonction de leur emplacement. La zone proche de la ligne de chemin de fer abrite les activités de production, tandis que les zones vers le centre de Giubiasco abritent les fonctions les plus publiques, résidentielles et administratives. L’identité industrielle de la région représente un grand potentiel. Les structures industrielles, généralement simples, modulaires et de grande capacité, sont relativement faciles à réutiliser. Le plan du projet vise à montrer une stratégie de planification possible pour le secteur. Le projet urbain met en évidence le potentiel de développement du quartier de Ferriere Cattaneo sa et esquisse une éventuelle stratégie de densification qualitative. L’introduction de fonctions mixtes permet au quartier de garder une activité à tout moment de la journée, ce qui augmente l’intensité de l’utilisation urbaine. La nécessité d’un projet d’accessibilité contrôlée des véhicules est mise en évidence par la mise à disposition d’un ou plusieurs parkings souterrains desservant le quartier afin de limiter la circulation des voitures. La gare de Giubiasco et éventuellement un nouvel arrêt dans le secteur de Saleggi rend le quartier très accessible. Garantir sa perméabilité piétonne publique relie le quartier au réseau de voies urbaines existantes, essentiel au développement futur de la Nouvelle Bellinzona.

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Conférences : FERRARI Mario « Projets récents d’habitation », 26 janvier 2016, Nancy, Organisé par l’ENSAN, [disponible sur https://vimeo.com/153547981] SNOZZI Luigi « Le Maire & l’Architecte », 8 octobre 2015, Bordeaux, Organisée par le 308 [disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=WJOmMYiptSw] SNOZZI Luigi « Parole à l’architecture », 3 février 2014, Paris, Organisée par le Centre Pompidou [disponible sur https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/ c5Bqoz/rKa8dqo] SNOZZI Luigi « Vive la résistance !!! », 8 février 2011, Saint-Etienne, Organisée par l’ENSASE, [disponible sur https://media.st-etienne.archi.fr/?p=345]

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Films : MOMO, Alberto Monte Carasso as a common ground, Biennale d’architecture de Venise, 2012, [disponible sur https://vimeo.com/53924338] LAZZATI, Giuditta ; LO CONTE, Andrea Luigi Snozzi a Monte Carasso : un’esperienza di rigenerazione di un borgo montano, Santarcangelo di Romagna, éd. Maggioli, 2014

Documents web : CROSET, Pierre-Alain L’architecture comme modification (Chaire du Professeur Luigi SNOZZI), [Disponible sur http://www.jointmaster.ch/file.cfm/document/100511_US_text_2. pdf ?contentid=1049] SNOZZI, Luigi (sous la direction de), Giornale XX Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2013 Giornale XXI Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2014 Giornale XXII Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2015 Giornale XXIII Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2016 Giornale XXIV Seminario Internazionale di Progettazione Monte Carasso [en ligne], juillet 2017 [Disponibles sur : http://www.carasc.ch/Seminario-Internazionale-di-progettazione-Monte-Carasso]

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annexes

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MASIERO, Roberto, « Laboratorio Ticino », dans MASIERO, Roberto (sous la dir.), Architettura in Ticino, Milan, Skira, 1999, p. 7-19

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AZZOLIN, Stefano; MUTTIN, Massimo, « Ticino: architettura e territorio 1960-1995 », dans MASIERO, Roberto (sous la dir.), Architettura in Ticino, Milan, Skira, 1999, p. 21-39. traduction de l’italien au français par l’auteur

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En 1992, nous étions au Tessin pour la première fois. Étudiants en architecture à Venise, nous étions à la recherche des œuvres de ce tessinois qui était venu étudier avec nous, eu le courage de déranger Le Corbusier et Kahn et après avoir été diplômé avec Carlo Scarpa et Giuseppe Mazzariol n’était pas parti, pour rentrer chez eux construire beaucoup et dans un court laps de temps. A cette époque, nous avons trouvé au moins trois faits : que le Tessin a été atteint et voyagé en peu de temps, qu’il semblait plus italien que suisse, et qu’il n’y avait pas que les architectures de Mario Botta à voir. Nous avons décidé de revenir le plus vite possible. Depuis lors, nous sommes “grimpés” à nouveau, avec des moyens très modestes et grâce à la complicité d’un Tessin qui ne nous a jamais refusé son architecture. En effet, plus d’une fois, nous avons eu la chance et le plaisir de les découvrir introduits, auprès de ceux qui les avaient pensés ou voulus ; réalisant que les choses qu’ils avaient faites le tour du monde dans les magazines et les livres étaient de ce côté de tant d’interprétations : ils étaient simplement ce qui s’est produit, dans le sillage d’une longue histoire que les architectes tessinois avaient tissée sur leur territoire. L’exposition représente le résultat de cette recherche insistante, et il n’aurait pas été possible sans les encouragements de Roberto Masiero, le soutien du Circolo Trentino pour L’architecture contemporaine, sans la disponibilité patiente des architectes tessinois, l’architecture contemporaine, la Leurs collaborateurs et tous ceux qui ont volontiers accordé de l’attention et du temps à l’équipe de l nos questions. Remerciements fraternels à Renato Magginetti. Une reconnaissance particulière à Luigi Snozzi pour ce qu’il a transmis au cours de l’année. Premier séminaire international de planification à Monte-Carasso.

ses portes à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. L’exposition itinérante, conçue par Martin Steinmann et coordonnée par Heinz Ronner et Thomas Boga dans le cadre du Département d’Histoire et Théorie de l’Architecture1, présentait au public deux types de documentation. Le plan était composé de 66 panneaux de la même taille, qui illustraient les œuvres d’architectes tessinois avec de petits dessins en noir et blanc : Roberto Bianconi, Tino Bomio et Marco Krähenbühl, Mario Botta, Peppo Brivio, Bruno Brocchi, Mario Campi et Franco Pessina, Niki Piazzali, Tita Carloni et le Design Collective 2, Giancarlo Durisch, Aurelio Galfetti, Ivano Gianola, Bruno Reichlin et Fabio Reinhart, Flora Ruchat, Dolf Schnebli, Luigi Snozzi, Ivo Trümpy, Livio Vacchini. La section exposition était accompagnée d’un riche catalogue du même nom2, en allemand, avec deux essais introductifs des professeurs Steinmann et Ronner, les témoignages de design et les œuvres les plus significatives de certains des architectes représentés (Beitraege zum Entwerfen), une très grande section de documents (Bauten und Entwürfe) divisée en six catégories typologiques (maisons unifamiliales, maisons d’appartements, jardins d’enfants, écoles primaires et secondaires, projets de grande envergure et travaux de restauration) et à la fin Biographien und Werkverzeichnisse, les biographies et la liste des œuvres de plus de vingt architectes présentés. Jamais auparavant un “collectif ” aussi étendu n’avait été mis en place sur l’architecture tessinoise, et encore moins dans l’un des deux centres universitaires “officiels” de la Confédération. L’ETH Zurich offre désormais le “Tendenzen”, un cours de formation pour architectes tessinois, principalement des diplômés de l’ETH et, à l’exception de Brivio, âgés de trente à quarante-cinq ans, l’occasion de présenter une vaste rétrospective de leur travail sur la scène suisse et internationale, formulée à travers quinze ans d’activité. Pour leur part, les Tessinois impliqués dans l’initiative, déléguant dans une large mesure le choix des œuvres aux commissaires3, part-

Vingt ans après “Tendenzen” Le 20 novembre 1975, l’exposition “Tendenzen - Neuere Architektur im Tessin” a ouvert

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ageant le ton homologuant de la technique d’exposition et s’inscrivant sous l’égide d’un titre provocateur et ambigu (“Tendenzen” : “les tendances” ou “une école de tendances” ?), ont montré leur volonté, au moins en partie, de ne pas voir la profondeur de la pluralité de leurs recherches et ont convergé, plutôt, pour représenter collectivement le “Neuere Architektur im Tessin” : la “Nouvelle architecture au Tessin [...] contribution utile à la discussion sur l’architecture suisse”. Si l’équilibre entre les efforts des architectes pour voir leurs œuvres exposées et l’intérêt de l’institution universitaire pour la diffusion d’une réalité émergente dans le paysage architectural suisse peut être estimé au seuil de rentabilité, peut-être que la signification et l’importance réelle qui doivent être attribuées à l’événement émergent de la relation avec la sphère culturelle de provenance. Au Tessin, paradoxalement, l’exposition a été jugée comme “une occasion manquée”. La rédaction de “Rivista tecnica della Svizzera italiana” a écrit : (....) Par rapport à notre canton, l’exposition aurait pu et aurait dû être plus qu’un podium et un podium sur lequel rester une quinzaine de jours, mais inversement, elle aurait dû être un moment d’équilibre et de confrontation, de critique et d’impulsion”. Même de nombreux intellectuels, dont Virgilio Gilardoni, qui avait partagé le poids sérieux des défaites subies dans le climat d’agitation politique amère de la fin des années 1960 avec les nouveaux diplômés du Politecnico et les membres de la gauche tessinoise, regrettent le retard pris par certains jeunes architectes dans l’intransigeance dont ils ont fait preuve dans le passé à l’égard de la pratique professionnelle. Avec “Tendenzen”, il y a eu un changement fondamental dans l’architecture tessinoise. Après l’échec de nombreux programmes de réforme6, et après la douloureuse conclusion de la loi urbaine proposée, qui est tombée dans le vote populaire en 1969, la phase de “ résistance héroïque “ et d’attitudes extrêmes assumées en public a définitivement disparu : comme par exemple l’épisode de 1967, quand, lors d’une soirée tenue au Circo-

lo della Stampa à Milan, Vacchini, Botta, Snozzi, Galfetti et Flora Ruchat ont refusé à l’unanimité l’admission au FAS, parce qu’il était considéré comme un groupe d’élite. Après la crise orageuse de la gauche, avec seulement Carloni et Snozzi inscrits dans le PSA et toujours prêts à perpétrer le choix du militantisme, beaucoup ont choisi la voie du désengagement politique et, plutôt, de la déclaration d’un front éminemment disciplinaire. Dans un sens, la fin des hostilités et la clarification des formations ont créé les conditions pour tenter l’historicisation d’un mouvement. Comme le dit Paolo Fumagalli, le proposer dans le cadre d’une exposition officielle, comme c’était “Tendenzen”, “dans ce moment historique était une opération plausible, surtout à la lumière du débat architectural alors en cours : parce qu’il s’agissait de s’opposer à l’architecture de l’éphémère et de l’occasionnel qui reposait sur des intentions et des bases théoriques précises. Bientôt, la recherche sera exprimée par plusieurs auteurs, la qualité incontestable de la revue et, dans l’ensemble, aussi la stratégie promotionnelle ambiguë des commissaires (Steinmann’s, qui dans son écriture illustrait le programme de “répétition différente” et la nécessité de weiterbauen en passant en revue les œuvres du Tessin, alors que quelques pages auparavant, le collègue Ronner avait pris soin de souligner que “le moment de la présentation était arbitraire”, que la sélection des œuvres pouvait être incomplète et déséquilibrée’’ et qui, cependant, n’avait pas pour but de produire « un objet de discussion théorique, préparé et accompli avec diligence »8), a contribué à attirer l’attention critique et quelques attaques célèbres contre « l’insistance théorique et les efforts théoriques produits par les auteurs, et la nécessité d’une forme d’inspiration presque maniériste». Depuis lors, plusieurs tentatives ont été faites pour assimiler la production architecturale tessinoise à l’un des nombreux “ismes”, en l’abstrayant de son contexte culturel et territorial. Selon un scénario éprouvé des publications officielles, de nombreuses

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réalisations sont apparues, en premier lieu, au public des magazines, avec des pages de présentation aussi spectaculaires qu’elles ne sont pas exhaustives : sans images de contextualisation, sans plan de situation, ni une sélection graphique suffisamment comparable. Comme si, face à l’implication stylistique évidente de l’école fantôme “Ticino School”, il était plus important de noter la variété des résultats et des effets formels de ces œuvres que de s’efforcer d’en tirer profit. de préciser, parfois, les convergences des approches du projet ou leur proximité - trop évidente. Vingt ans après “Tendenzen”, si l’on considère le développement et la fortune que de nombreux personnages de l’époque se sont rencontrés, proposer à nouveau un “collectif ” sur l’architecture tessinoise peut sembler résolument anachronique. Cependant, essayer de compiler une anthologie analytique des matériaux “historiques” et récents de la recherche architecturale tessinoise aide peut-être à ajuster le focus pour comprendre l’anomalie d’une réalité qui s’est avérée capable d’assimiler continuellement les idées du débat architectural, pour faire face - sinon résoudre - un examen critique profond des méthodes de conception et pour traduire la forme construite, comme l’a déjà noté Ronner, de nombreuses questions qui affectent la relation avec le paysage, l’histoire et la structure des établissements humains.

extraordinaire des différents Botta, Galfetti, Snozzi, Vacchini, Gianola, Campi et Pessina, qui les ont vu grandir et s’affirmer comme prophètes estimés en dehors de leur patrie, on pourrait dire que c’est leur statut professionnel qui a collecté la plus large rivalité culturelle contre les petits nombres et les frontières étroites du pays.

Le fait que bon nombre des œuvres les plus connues et les plus appréciées étaient concentrées sur quelques kilomètres carrés et n’ont jamais distingué plus de trois quarts d’heure en voiture était très bénéfique : sinon aux réflexions des critiques, alors sans aucun doute au travail des photographes d’architecture qui les ont divulgués. Le Tessin est un petit canton qui a voulu surmonter rapidement la condition de “région mal desservie”, en exploitant ses coordonnées de position, ses conditions géopolitiques et une morphologie sensiblement unique : comme la centralité le long de l’axe nord-sud de l’Europe, la circonstance d’être une sorte de “canal” privilégié dans le sud, avec un territoire qui s’étend encore à moitié nord vers l’intérieur de la Suisse et le fait que “[ ?....] ces terres pré-alpines n’étaient pas les limes fermées par un rempart alpin impénétrable, mais étaient traversées par un réseau de voies de communication transalpines et marquées par des cols obligatoires qui, dès le début du Moyen ge, étaient considérés comme des “portes” et des “écluses” de l’Italie. Le climat doux et la beauté originelle des vallées et des lacs, qui ont toujours été une attraction touristique et immobilière majeure, ne doivent pas être négligés, de même que la neutralité politique héritée de la Confédération bien avant le début de la Seconde Guerre mondiale : une garantie que l’avènement du totalitarisme nazi et fasciste se traduisit rapidement en un magnétisme irrésistible, poussant “ dans le canton une forte concentration

Une balade au rythme rapide Lorsque la question de “l’architecture au Tessin” est soulevée, la différence entre les deux termes devrait conduire à une grande circonspection. Le Tessin est une entité géographique clairement circonscrite, couvrant une zone territoriale environ neuf fois plus petite que celle de la Lombardie voisine et pourtant il n’est pas facile d’être représenté simplement en raison du chiffre quantitatif. Sa production architecturale récente, sans perturber la tradition de construction remontant aux maîtres Comacini, est probablement la racine expressive la plus documentée et la plus célèbre de toutes. En effet, comme en témoigne depuis plus de vingt ans le sort

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de talents intellectuels extravagants et excentriques par rapport aux mythes de l’ordre germanique et donc de l’Europe centrale. Au cours des 150 dernières années, l’aménagement du territoire de cette région a connu des changements intenses et décisifs. Jusqu’au milieu du siècle dernier, le Tessin avait un territoire largement montagneux, presque dépourvu de plaines agricoles, habité par une petite population, principalement installée dans des villages perchés au sommet des cônes d’excréments ou sur les terrasses des montagnes. Dans les fonds étroits des vallées, les plaines alluviales sont apparues comme des terres arides, tourmentées par des graviers tortueux et entrecoupées de marécages malsains et de clairsemées de roseaux. Les gens qui vivaient en marge de ces plaines accidentées et insalubres ne les colonisaient pas par peur des épidémies et des dévastations fréquentes causées par l’”obscurité” incontrôlable des rivières, dont l’élan était d’ailleurs facilité par la déforestation imprudente perpétrée sur les pentes des montagnes pour alimenter le commerce du bois. Les établissements sur la pente qui n’était pas exposée au soleil pendant l’hiver étaient les zones les plus déprimées du canton.

partie de l’Europe, ou par des maladies des plantes alimentaires, comme celle qui a détruit les récoltes de pommes de terre presque partout en 1846-47, ou par la guerre et les événements politiques qui ont fermé les frontières et bloqué les importations : et le canton en a subi les graves conséquences en 1848 et 18521853. Après 1850, à la suite d’une autre grave crise du maïs, le gouvernement de la petite république libérale du Tessin a été convaincu de promouvoir la première grande intervention infras tructurelle qui aurait dû soustraire le Canton à la menace permanente et honteuse des pénuries alimentaires et à la condition stable de marginalisation. Le grand système de drainage a été lancé pour transformer le Plan Magadino en “grenier à blé du Tessin”. Enfin, par le biais d’une séquence d’opérations planifiées telles que le remblaiement du fleuve Ticino de Bellinzone à l’embouchure, le drainage des terres submergées ou périodiquement inondées, le regroupement des terres et la création d’un réseau de canaux de drainage et d’irrigation, la production agricole aurait pu décoller. En outre, la construction prévue d’une voie ferrée sur le talus, entre Bellinzone et Magadino, aurait assuré l’intégration du Tessin dans un système de communication plus large pour l’eau et le rail. En 1888, l’arrivée du chemin de fer a contribué à mettre à jour les travaux de la grande bonification : sous les demandes pressantes de la société du Saint-Gothard pour des garanties adéquates pour l’avancement des travaux, les travaux de correction et de remblaiement du fleuve Tessin et les torrents des vallées latérales ont commencé. Du point de vue tessinois, si la bonification était le symbole de la relance de la production agricole et de la conquête de nouveaux espaces, le GotthardBahn était

Au Tessin, les gens ont à peine survécu, surtout grâce à la montagne, activement habitée, construite et exploitée jusqu’à une certaine altitude. Ceux qui n’émigrèrent pas, pour échapper à la faim et à la maladie, combinèrent l’agriculture marginale avec des troupeaux maigres soutenus par la transhumance, risquant facilement d’être victimes de famines causées “ par des conditions météorologiques défavorables, comme ce fut le cas en 1817 avec un printemps froid et pluvieux qui avait décimé les récoltes de céréales dans une grande

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l’idée de la colonne vertébrale du pays et du cordon ombilical qui le reliait à la Suisse. Le chemin de fer du Saint-Gothard, tout en avançant lentement et au prix de sacrifices très coûteux pour les caisses éternellement languissantes de l’Etat, a brisé les barrières naturelles qui séparaient le Tessin de la Suisse intérieure, contribuant à rendre le fond de la vallée stable et habitable, jetant un lien définitif entre le dessus et le dessous des cendres et entre le Lugano et le Mendrifié. L’assainissement est devenu une nécessité urgente par la suite. Pendant la Première Guerre mondiale, la pénurie et l’augmentation des prix des denrées alimentaires ont forcé le gouvernement à déclarer qu’il s’agissait d’un projet de service public urgent et à demander l’appui financier du gouvernement fédéral pour sa mise en œuvre. La grande entreprise, conçue plus de soixante ans plus tôt pour rendre cultivable un “golfe des plaines”13 de 3 000 hectares, ne pouvait commencer qu’en 1917, risquant d’être abandonnée très vite par manque de planification et de main d’œuvre. “Dans l’entre-deuxguerres”, observe Pier Giorgio Gerosa, “le plan de Magadino a rempli sa vocation agricole. Ainsi est tombée l’ancienne transhumance, et donc le rôle de soudure entre le sol et la montagne, la fonction de prolongement des vallées alpines que, grâce au pâturage, le sol avait exercé”. Une fois le plan consolidé, la réorganisation du terrain s’est accompagnée, avec la création de nouvelles fermes modèles, d’une urbanisation ténue et détaillée qui aurait dû continuer à progresser en fonction de l’évolution économique et démographique attendue de la bonification. C’est après la Seconde Guerre mondiale, à travers des logiques profondé-

ment liées aux “effets de front”, que le Tessin a vu son potentiel économique croître extraordinairement rapidement. Durant cette période, le canton a rapidement abandonné son rôle de pays périphérique et marginalisé, soumis à l’émigration, pour se présenter comme une région attrayante, capable d’offrir, comme le reste de la Suisse, un marché du travail pour les travailleurs saisonniers et surtout transfrontaliers. Derrière un développement économique sans précédent, qui s’est accéléré jusqu’à la fin de la dernière décennie, il est possible d’évoquer certains processus qui se sont produits ensemble, des deux côtés de la frontière. Du côté italien “, dit Gian Paolo Torricelli de l’IRE, “ il faut se souvenir de la restructuration industrielle générale et de la libération du secteur manufacturier d’un fort contingent de main-d’œuvre relativement peu qualifiée. Du côté suisse, nous devons cependant garder à l’esprit deux facteurs : la délocalisation près de la frontière italienne de segments de production à faible valeur ajoutée, détenus en grande partie par des entreprises situées audelà du Saint-Gothard, et l’accélération de l’activité de construction tirée par l’achèvement de l’autoroute et le boom de l’urbanisation résidentielle. L’avancée de la grande artère de circulation et l’extension progressive du minuscule réseau routier pour libérer les terres, l’expansion violente et désordonnée en dehors des principaux noyaux à partir du milieu des années 1950, combinée à l’absence d’outils d’urbanisme et à l’impossibilité politique de surmonter ceux qui sont obsolètes, comme la loi de 1940 sur la construction, afin de lancer un plan supra-municipal16, ont déclenché une transformation profonde et irréversible de la structure d’habitat du Tessin, et en particulier du sort du fond de la

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vallée. Au début, c’était la spéculation foncière liée au marché des maisons de vacances et des résidences secondaires, qui pouvait prospérer sans être perturbée par la vente d’une grande partie du terrain à bâtir à des confédérations et à des étrangers, principalement des Allemands. Puis ce fut le tour de la nouvelle clientèle tessinoise de classe moyenne et enfin de toutes ces activités qui, ne trouvant pas leur place dans les vallées intérieures, ont été déversées dans les différents étages : Magadino, Scairolo et Vedeggio, évinçant la présence cyclique du travail agricole. Ces derniers temps, les fonctions et les activités ont encore été remaniées. Ce que les plans réglementaires appelaient il y a quelques années “zones industrielles” ont perdu une grande partie de leur fonction productive et se transforment rapidement en concaténation d’objets de construction individuels, simplement juxtaposés (entrepôts, centres commerciaux, bâtiments d’exposition et de bureaux). Ces zones de densité relativement faible ont tendance à s’atteindre d’elles-mêmes, s’il n’y a pas d’obstacles majeurs, tandis que le peuplement individuel grimpe les pentes des collines, vallées et rives des lacs jusqu’à une certaine altitude. La transhumance du passé a cédé la place à une très forte migration pendulaire entre les agglomérations, qui ne représentent cependant que 15 pour cent de la superficie cantonale. Le mouvement quotidien dans le système urbain tessinois se fait principalement dans le sens nord-sud (à travers le Monte Ceneri en direction de Chiasso) et grâce à la motorisation privée. Aurelio Galfetti décrit généralement la région du Tessin comme “une petite ville d’environ 300 000 habitants qui double en été, de plus de 100 kilomètres de long, avec une largeur allant de quelques kilomètres à quelques

centaines de mètres, qui s’étend le long du fond de la vallée et s’élève au pied des montagnes, comme beaucoup d’autres villes alpines comme le Val d’Aoste ou la Valtellina, un peu plus dense, plus riche et moins isolée”. La “Ville du Tessin”, à laquelle il aime à se référer, est une “forme urbaine” largement non traditionnelle, avec peu de parties sédimentaires permanentes et historiques et qui semble plutôt appartenir à ce tissu récent beaucoup plus large et dilaté, la “ville diffuse”, qui trouve son origine dans la dispersion le long des principaux axes de circulation des grands centres urbains du nord de l’Italie et qui pousse du bassin du Pô vers les marges des Alpes, se coinçant à l’intérieur des vallées, entre les cavités conçues par les lacs et l’éventail des fleuves. Le contexte naturel qui contient le paysage de dispersion urbaine au Tessin n’est certainement pas le vaste et horizontal de la campagne urbaine du Pô. Le macro-espace physique de cette ville alpine se compose d’un fond de vallée plat, constamment délimité par deux façades de montagne et une bande de ciel. L’élévation et la proximité des deux murs, toujours présents partout, modulent en continu les variations de lumière, d’air et de vues autour. Il suffit de remonter l’autoroute N2, de la frontière italienne de Chiasso à l’entrée du tunnel du Gothard à Airolo, pour voir comment le scénario plein de montagnes, de collines, de lacs et d’ouvertures soudaines vers les vallées latérales prend des caractères profondément changeants en quelques kilomètres, exaltant l’écart entre la réalité géographique et la représentation mentale de certains lieux. Malgré l’effet de la mobilité, les “quartiers” de la Ville du Tessin (le mendrisiotto, le luganese, le Bellinzona et le Locarno) se caractérisent par des vocations économiques, administratives et culturelles différentes : des

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particularités qui les font apparaître plus distinctes et distantes que sur papier. A cet égard, Raffaele Cavadini affirme : “Je ne pense pas qu’il suffise de dire qu’en déménageant on vit au Tessin. Ici, il y a des caractéristiques spécifiques, des différences constructives profondes, d’une vallée à l’autre, qui changent même la réalité climatique. Sans parler du facteur culturel, qui ne signifie pas seulement “italianité”. Par exemple, Locarno, ma ville, a vécu l’expérience de l’isolement à des époques successives, avec la chute du pont de la Tour, l’expulsion des Réformateurs et les épidémies, et je crois que cela implique un conditionnement mental et une fermeture encore perceptible.

fer, bonification et regroupement) ont été introduites sans rencontrer ce type de résistance. Au siècle dernier, la remise en état du Plan Magadino ne représentait pas seulement la mise en œuvre d’une série d’opérations techniques successives, mais il s’agissait d’empêcher la pêche comme activité prédominante des villages côtiers, d’imposer aux communautés patriciennes et aux propriétaires la rançon de terres de servitudes de pâturage et, éliminant ce qui avait été un droit pendant des siècles, de supprimer le soutien à la transhumance des populations montagnardes et alpines. Une fois les marais asséchés et le paludisme éradiqué, il a fallu établir des règles pour le remembrement des parcelles de terres communautaires et des fonds privés, au cas où ils auraient été fragmentés. Le problème de la meilleure voie ferrée des Alpes en termes de géographie et de morphologie, parmi celles représentées par les cols du Saint-Gothard, Lucomagno et Spluga, a longtemps agité les ingénieurs et les responsables des chemins de fer nationaux. Si l’on regarde les nombreux viaducs, les tunnels hélicoïdaux creusés dans la montagne pour gagner de la pente et enfin le tunnel de 16 kilomètres de long sous le Saint-Gothard, la construction de cette ligne, compte tenu des moyens techniques limités de l’époque, a été un véritable exploit d’ingénierie. Mais la canalisation et la Gotthard Bahn, avant d’être le résultat de grands efforts d’ingénierie, sont le résultat d’un projet politique très fort qui considère - comme l’historien Raffaello Ceschi l’a souligné à plusieurs reprises - la figure de l’économiste et publiciste milanais Carlo Cattaneo comme le principal et inépuisable promoteur. L’action très forte de Cattaneo en faveur d’une nouvelle identité territoriale pour le Tessin ressort de l’œuvre

La volonté du projet Comme dans d’autres communautés de la région alpine et pré-alpine, la civilisation tessinoise a prouvé par le passé qu’elle était capable d’établir des relations d’utilisation solides et précises avec son territoire. Les travaux d’aménagement et d’exploitation du territoire, le tracé des routes, la texture des lots, la logique d’orientation et d’agrégation jusqu’à la même structure des bâtiments dans les établissements ruraux retournent dans leur ensemble un projet global qui dénote une compréhension profonde du territoire. Dans le passé, les éléments naturels et architecturaux fabriqués par l’homme travaillaient ensemble pour définir la forme territoriale. L’homme y répétait quotidiennement ses pratiques agricoles et pastorales. Ces coutumes, qui ont été transmises dans le sillage d’un équilibre d’usage séculier, déconseillent tout changement soudain et généralisé. On ne peut pas dire que les grandes entreprises qui ont donné au territoire tessinois un visage moderne (chemin de

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aux multiples facettes produite pendant le long exil à Lugano : des deux rapports sur la récupération du Plan Magadino présentés au Conseil d’État en 1851 et 1853, en passant par la longue série de rapports, pétitions, mémoriaux et traductions sur les problèmes du chemin de fer alpin apparus entre 1856 et 1863, jusqu’à la célèbre Lettre aux Génois publiée dans le numéro de mars 1856 de sa revue “Politecnico”, dans laquelle il lançait un puissant appel en faveur du passage à niveau du Saint-Gothard. Cattaneo, avec quelques autres, a réussi la difficile tâche de condenser en une “valeur collective” le besoin ressenti par la société tessinoise de l’époque de réagir à l’effrayant recul culturel. On lui doit notamment d’avoir pris l’initiative de diffuser une culture du design aussi directement et largement que possible, avec la conviction, comme il l’écrivait en 1837, que le projet était “ une entreprise unique et indivisible, qui doit être discutée, si l’on veut, par cent mille personnes dans les gazettes, au café, sur la place, en toute liberté, et aussi avec des phrases oratoires, mais qui doit être rediscutée “.

ricoles) de l’homme et, par conséquent, comme un dépôt historique d’une population des générations précédentes. De plus, dans le contexte d’une approche collectiviste (qui assimile l’espace physique à un patrimoine commun et partagé) qui, à lui seul, pourrait apparaître, sinon moraliste, du moins anachronique ou nostalgique, ils tentent avant tout de saisir les conditions qui rendent possible l’historicité du sentiment d’appartenance, en introduisant de nouvelles formes de spatialité, sans crainte de les confronter. Dans cette perspective, la création d’une architecture enracinée dans le site ne signifie pas renoncer à son expression moderne, et si nous trouvons que l’histoire, en subissant des revers, vous n’avez jamais régressé, “[....] il faut avoir le courage, selon Livio Vacchini, de dire que certaines vieilles choses sont belles, mais nous sommes capables de les faire mieux, que beaucoup de vieilles choses ne sont pas bonnes et qu’il y a de nouveaux moments avec beaucoup de choses qu’il faut avoir le courage d’apprendre. L’intérêt pour les questions territoriales et d’aménagement du territoire est l’aspect qui guide leur engagement civil. Comme le souligne Tita Carloni, “cet engagement très personnel, parfois étendu à des positions extrêmes, coule plutôt que dans l’architecture, comprise comme une recherche formelle en soi, un domaine dans lequel tout le Tessin est accroché au visage et, pour cette raison, il est inutile de chercher un bon sens stylistique du terme, dans une attitude commune de se tourner vers l’extérieur, de réagir contre le captivisme architectural ainsi que contre la planification dictée par la bureaucratie. Nous pouvons nous disputer entre nous, mais contre certaines règles sourdes des plans de réglementation, nous nous battons tous pour des principes, impitoyablement.

L’étrange revendication des Tessinois Au Tessin, une petite minorité d’architectes s’efforce de travailler dans la perspective clairvoyante esquissée par Cattaneo, partageant non seulement le fardeau des défaites et le risque d’une “exposition” professionnelle nuisible, mais aussi une vision non statique de leur propre avenir. En tant que promoteur de la mise en valeur du Plan Magadino et du chemin de fer du Saint-Gothard, ils considèrent leur environnement avec une conception de la relation entre le bâti et le naturel différente du sens commun : le territoire appartient au sens commun, existe à la suite des activités (d’abord ag-

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L’effort d’organisation et d’intervention en termes de gestion territoriale et urbaine a produit une unité relative de Tessinois, ce qui est évident non seulement dans le canton, mais aussi au niveau de la séparation de l’emploi universitaire. Snozzi explique : “[...] les ‘Luganese’ sont arrivés à Zurich, où les planificateurs de zonage germano-suisses sont formés, les ‘Tami’s’, en raison d’un contraste de fond et de substance, se sont orientés vers Genève et Lausanne”. Depuis plus de trente ans, certains professionnels du second groupe se battent à la première personne pour tenter d’affirmer la nécessité de la confrontation avec les planificateurs, la centralité de la conception architecturale, à leur avis un instrument essentiel de connaissance, un moyen de recherche et seulement comme un acte final de modification spatiale d’une réalité territoriale qui est, avant tout, un ensemble de moments, de lieux et de faits architecturaux. Essentiellement, ils croient que l’approche correcte de leur travail réside dans une attitude qui identifie la construction avec la construction consciente du paysage et que dans cette perspective a pour tâche de connaître et de mettre à jour les traces du changement d’époque, en s’opposant aux valeurs absolues présumées d’une sorte de lecture du paysage qui tend à prendre la forme d’un commentaire non critique, qui prend très souvent sa forme externe de manière esthétique, “faisant une abstraction complète”, comme le souligne Snozzi, “à partir des raisons historiques, économiques, sociales et culturelles qui l’ont structuré”. Sur la base de principes théoriques qui doivent certainement beaucoup à la pensée de Martin Heidegger et en architecture au courant critique des lieux du génie de Christian Norberg Schulz, les relations que la construction établit avec le contexte ne peuvent être

empruntées à des codes totalisants de protection, d’intégration ou de mimesis, résultant d’une vision écologique idéaliste d’une nature “naturelle”, intacte et “intacte”, ni, encore moins, d’inventaires stylistiques d’adaptation ou d’acclimatation architecturale qui répètent tel ou tel élément formel. Paraphrasant Heidegger, on pourrait dire que “l’architecture a pour tâche de transformer le territoire, de le rendre intelligible”. Sur la base de ces prémisses, l’architecture s’élève au rang de discipline artistique et sa conception devient un résultat créatif qui n’est pas déterminé uniquement et automatiquement par les sollicitations contextuelles ou par la “sagesse artisanale” d’une signature, mais par la constitution pas facile d’une distance critique qui nous sépare du contexte. Dans le domaine strictement opérationnel, Rino Tami d’abord, Tita Carloni dépassant la “promesse organique”, Aurelio Galfetti d’une manière perturbatrice, l’infatigable Mario Botta, Livio Vacchini avec une ironie raréfiée et autonome, mais en particulier Luigi Snozzi constamment “à la recherche du lieu” se sont fixé le devoir d’aller au-delà des méthodes et des instruments d’une conscience territoriale opérationnellement réductrice et déformée et déformée, s’interrogeant ouvertement sur la légitimité et la praticabilité de la réglementation en charge de la protection du paysage, s’est battu pour redonner vie au rôle de l’architecte et à la vérification du projet au cas par cas. Cette stratégie de résistance, déjà au début des années soixante, a trouvé un terrain fertile dans la tâche pionnière confiée à Tami pour la surveillance esthétique de l’autoroute N2 (19631983) et dans le “travail de surveillance” prolongé effectué par Luigi Snozzi au sein de la Commission cantonale de la beauté naturelle (1962-1974). Dans cette

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décennie, l’intérêt pour le contexte et les relations de peuplement émerge en premier lieu grâce aux interventions pour les maisons unifamiliales qui proposent, avec l’adoption programmatique d’un langage d’empreinte rationaliste claire, de réagir à la “tradition organique” de l’architecture dans le paysage. Cette intention a été inaugurée par la maison Rotalinti (Galfetti, 1960-1961), “le quatrième château” de Bellinzone, fermé vers l’extérieur et sculpté par quelques ouvertures stratégiquement orientées vers le paysage. Viennent ensuite la maison atelier Filippini à Muzzano (Campi e Pessina, 1964), qui rachète un site apparemment non constructible par une brillante distribution interne linéaire, et la maison Snider à Verscio (Snozzi e Vacchini, 1965-1966), dans laquelle sont reproposés la structure de peuplement de la ville, la mise en bordure de la parcelle et la fermeture pour définir l’habitat interne. En ce qui concerne le contexte, ce sont des caractéristiques qui ont également été reprises à la maison. De la Maison de Stabio (Botta, 1965-1967). Plus tard, dans les années soixante-dix, l’opposition a progressivement pris un rôle proactif sans précédent grâce, en premier lieu, à la création d’œuvres d’intérêt collectif comme la “Pusteria” :

bains publiques”, dit le rapport de projet, “pourrait, étant donné son emplacement, servir de prétexte à une nouvelle enseigne architecturale, qui ne se limitait pas seulement à la fonction contingente, mais qui impliquait une nouvelle possibilité d’utilisation urbaine, liée aux éléments primaires existants. [...] le sens de cette structure est double : elle est (ou devrait être) l’axe générateur des nouveaux équipements prévus autour d’elle - sport, résidence, éventuellement écoles, etc. - mais il y a aussi une fin en soi, une véritable rue surélevée - passerelle conçue pour mesurer le piéton, afin qu’il puisse librement jouir d’une nouvelle relation avec la ville et son environnement. - L’école primaire “ai Saleggi” à Locarno (Vacchini, 1970-1978) et les “nouvelles” écoles secondaires de Losone (Vacchini, 1972-1975) et Morbio (Botta, 1972-1976). À Losone Vacchini poursuit la recherche, commencée deux ans plus tôt avec l’école élémentaire “ai Saleggi”, d’éléments architecturaux à forte connotation urbaine, définis par des règles de composition précises. Comme le bâtiment scolaire de Locarno, conçu “exactement comme une ville, avec des salles de classe comme maisons, des espaces collectifs comme palais, des chemins comme rues et des vides pour jouer comme places”, cette deuxième intervention place aussi “les pièces intérieures du rez-de-chaussée par rapport aux autres bâtiments et les espaces extérieurs qu’ils se forment les uns les autres (comme la place et les arcades)”. Si à Locarno l’articulation la plus marquée des trois bâtiments a été clairement établie par rapport aux irrégularités du site (le premier bloc de salles de classe aligné avec la grille orthogonale du quartier, le second avec une petite forêt et le gymnase tourné dans la direction du delta de Maggia),

- Les bains publics de Bellinzone (Galfetti-Ruchat-Trümpy, 1967-1970). A Bellinzona, l’ingénieuse “passerelle”, tendue entre la ville et la rive, inaugure une alternative à l’exploration des thèmes corbuséens encore référençables, dans le cas spécifique, aux propositions “géographiques” de Rio de Janeiro et d’Alger, et semble vouloir traduire en termes concrets l’appel de Vittorio Gregotti à “reconnaître dans la construction du territoire un domaine d’expertise architecturale spécifique. “L’inclusion d’équipements occasionnels tels que des

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à Losone l’approche de Vacchini vers une géométrie compositionnelle plus rigoureuse est mise en œuvre grâce à une lecture tout aussi “sensible” au contexte, très attentive aux qualités rares de l’espace en question : “le terrain où se trouve le complexe scolaire est éloigné du centre-ville et appartient à une vaste zone agricole partiellement urbanisée. (....) Parfaitement plat, entouré de montagnes, de bois et de rangées de peupliers, le site ressemble à un “bassin” de grande attraction scénique. Ces caractéristiques du terrain ont déterminé la façon dont les bâtiments sont disposés, qui sont placés sur les bords d’une grande base plate qui s’appuie contre les rangées de peupliers et s’ouvre au milieu de la place sur les montagnes. Le résultat est un complexe à caractère urbain où les bâtiments surplombent les rues bordées d’arbres et où les jardins et les places sont accessibles au public. Le bois, qui s’étend sur quelques kilomètres le long de l’escarpement qui sépare le centre habité de la campagne, se détache des bâtiments au moyen d’une grande pelouse verte qui dessine la clairière”. En dialogue avec les éléments du contexte, le bâtiment n’agit pas comme une somme indifférenciée d’étages, mais parvient à enfermer un espace continu avec une articulation sur trois niveaux insoupçonnés de l’extérieur du bâtiment. Ainsi, les salles de classe individuelles au premier étage, composées d’un espace à double hauteur relié à une salle commune à l’étage supérieur, “ se rapportent à l’extérieur avec les rangées de peupliers, le ciel et le sol et à l’intérieur avec les espaces éducatifs au deuxième étage. Au deuxième étage, les élèves se retrouvent dans une grande salle commune ouverte sur les salles de classe, à l’extérieur, cet espace commun est en relation avec les montagnes, les champs et la place. Un contexte similaire, qui n’est plus une

campagne et n’apparaît pas encore comme une ville, est aussi une référence centrale pour le projet développé par Mario Botta dans sa solution avancée pour le collège de Morbio Inferiore (19721977). Au Morbio, comme à Pérouse, “la proposition de projet est présentée comme un modèle morphologique, donc explicitement basé sur les moyens expressifs de l’architecture”30. Les analyses préliminaires de la situation et de l’orientation orographique, des implantations, des urgences et des éléments constitutifs du site tendent à configurer le projet architectural comme “ un outil cognitif, critique et opérationnel pour la création d’un nouvel équilibre environnemental “. “En ce qui concerne l’environnement”, poursuit Botta, “l’intervention architecturale est une opportunité non pas de construire sur UN SITE, mais comme un outil critique pour construire CELA, pour faire en sorte que l’architecture fasse partie de la nouvelle configuration géographique indissociable des valeurs de l’histoire et de la mémoire de ce lieu, comme expression et témoignage des aspirations et des valeurs de la culture actuelle”. L’établissement scolaire de Morbio doit beaucoup au précédent projet d’école primaire à Locarno (1970). Le plan général, avec le long corps droit de l’école tourné de trente degrés par rapport au volume du gymnase, définit dans ce cas la limite entre le cinquième vert de la forêt sur le versant de la vallée à l’est et la pelouse à l’ouest, “une ouverture visuelle naturelle pour les relations entre ce lieu et les urgences environnantes”, tandis que l’idée de répétition et d’agrégation linéaire d’un noyau de type, ici formé par deux unités de construction qui “constituent l’unité architecturale dans laquelle les programmes d’espaces et les temps de construction donnés par le client sont réalisés”, permet que “avec le progrès des travaux de construction,

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l’école entre en service année après année dans ses parties déjà utilisées”.

dans lesquels la lumière de l’eau du lac et la pénombre de la forêt inscrivent des lignes d’horizon changeantes. Au-dessus, le portique surélevé et les dalles du toit, projetés dans le vide et effilés le long du talus, coupent et repoussent le ciel. Selon un sort tristement similaire à celui de nombreuses interventions de Snozzi, même le centre municipal de tennis de Bellinzone n’est qu’une partie du projet plus vaste élaboré par Galfetti pour le centre sportif de la ville. L’ensemble des travaux, qui se sont déroulés entre 1979 et 1982, est particulièrement significatif puisqu’il a permis d’aborder l’élaboration d’un plan de quartier couvrant l’ensemble du territoire entre la ville et le fleuve. Galfetti, notant la disparition progressive du bain public, en tant qu’élément organisateur du tissu urbain environnant, face à la poussée chaotique de la ville, a jugé opportun de repenser le sens du bain et a pris la passerelle et le vert comme le seul grand “vide” entre deux limites complètes construites différemment. Au sud, suivant les modèles réguliers de Bellinzone du XIXe siècle, un réseau de blocs résidentiels et un tissu composé autour d’un espace circulaire ont été proposés. Du côté nord, le centre sportif avec deux patinoires, une piscine couverte et un centre de tennis devait être construit. Le mur en béton armé moulé de ce dernier n’est qu’une partie de l’un des deux grands “murs équipés” censés contenir l’équipement sportif ; cependant, il préfigure effectivement l’idée d’une frontière partiellement construite entre les terrains de sport et la partie de la ville conçue uniquement pour les voitures. Dans les années soixante-dix également, d’autres aspects de la planification de l’”opposition” ont pris une importance fondamentale :

- La mairie et les écoles municipales de San Nazzaro (Snozzi, 1973-1978), la lido patricienne d’Ascona (Vacchini, 19851986) et le centre municipal de tennis de Bellinzona (Galfetti, 1985). A San Nazzaro, le complexe qui unifie l’école et la mairie du village ne permet pas de saisir l’idée originale de reconstruction urbaine, proposée par Snozzi lors du concours de 1973. La première proposition, basée sur une lecture claire des éléments caractérisant le contexte, a essayé magistralement de récupérer, pour les phases successives, le préexistant : l’église, le cimetière, la mairie néoclassique et le petit mur du fond, en les proposant avec les nouvelles interventions prévues, jardin d’enfants et mairie, comme une action architecturale unifiée. Après l’achèvement de son atelier à Locarno, Vacchini fait un pas de plus vers la simplification radicale de la structure architecturale à Ascona. La station balnéaire est interprétée comme une “architecture à franchir” : deux murs recouverts de silico-calcaires, chacun perforé de sept cercles de 3,12 mètres de diamètre, entourent un espace sur deux niveaux, recouvert d’une grande poutre en béton armé précontraint. Ce filtre entre la ville et la plage, dans lequel, en été, le citoyen s’arrête un instant pour se déshabiller, rend explicite dans le paysage la mesure de sa géométrie et, en inversant l’ordre de composition des éléments déjà expérimentés dans l’atelier, parvient à imposer une dialectique extrême : alors que dans l’étude de via Bramantino le portique repose sur le sol et le mur repose sur le toit, maintenant le mur utilise la pelouse comme une ouverture de base à l’extérieur, à travers sept vides

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- Vérification collective avec


l’élaboration des projets pour l’Ecole Polytechnique Fédérale d’Ecublens-Lausanne du Groupe Tessin (Botta, Carloni, Galfetti, Ruchat et Snozzi, 1970), pour la gare de Zurich (Snozzi, Galfetti et Ruchat avec Botta collaboratore, 1970) et pour le centre de gestion de Pérouse (Botta et Snozzi avec Gianola collaboratore, 1971). A Lausanne, l’objectif du Groupe Tessin est “de créer un plan directeur capable de traduire le programme des espaces et des temps de mise en œuvre en un système de relations complètes. Ce système vise à permettre le plus grand nombre possible de choix au sein de relations préétablies (spatiales, fonctionnelles, techniques, distributives, etc.)”. Les règles pour la croissance et le développement dans le temps de l’université sont établies par un principe de réorganisation qui est “territoriale” plutôt que typologique : la proposition d’un établissement séparé de l’université existante, en dehors de la ville et près du lac, trouve une correspondance similaire dans l’acte de fondation du castrum romain, avec les deux axes générant nord-sud et est-ouest qui, comme le cardon et le decumanus, définissent une grille carrée orthogonale, dans ce cas en rotation, dans laquelle il est possible une densification progressive. La main de Mario Botta, visiblement inspirée par le plan de Kahn pour Philadelphie (1953-1958) et le formidable projet de Le Corbusier pour l’hôpital de Venise (1965), a contribué à la condensation architecturale des références opposées - l’analogue, qui montre comment “en 1970 les architectes tessinois avaient déjà assimilé le discours de la Tendenza (c’est-à-dire Aldo Rossi, Giorgio Grassi et dans un certain sens Vittorio Gregotti)” et ceux qui dérivent des thèses super-fonctionnalistes de Shadrach Woods et de la Team X - apporte la main de Mario Botta, visiblement inspirée par

le plan de Kahn pour Philadelphie (1953-1958) et le formidable projet de Le Corbusier pour l’hôpital de Venise (1965). Un an plus tard, l’expérience collective, bien que moins nombreuse, a été répétée dans deux concours : le premier pour la gare de Zurich, qui a donné lieu à la proposition élaborée par Snozzi, Galfetti et Ruchat avec la collaboration de Botta ; le second pour le centre de gestion de Pérouse, qui a vu la rédaction du “Projet 31771” par Snozzi et Botta avec Ivano Gianola en tant que collaborateur. Le thème et le contexte changent : le charme utopique de la refondation urbaine est abandonné pour revenir à la ville où se déroulent d’importantes transformations liées à l’infrastructure ferroviaire, à la distribution et à la gestion des activités tertiaires. Dans les deux cas, les interventions sont présentées “en termes d’un modèle morphologique explicitement basé sur les moyens expressifs de l’architecture et tendant ainsi à proposer de nouveaux modèles d’organisation spatiale”. Les mégastructures de Zurich et de Pérouse tentent d’affirmer une nouvelle échelle d’intervention et un nouveau système de relations au sein de l’environnement urbain environnant. La deuxième solution est particulièrement intéressante, “élaborée dans les strictes limites proposées par l’avis de concours et le P.R.G.”, les concepteurs supposent “comme des données réelles d’une situation existante, comme des paramètres explicatifs des conditions actuelles dans lesquelles le territoire est géré”. Comme pour les Bains publics de Bellinzone et comme pour les sentiers pédestres surélevés de Pérouse, une longue liaison piétonne est-ouest est tracée, une sorte de tunnel au-dessus des routes et de la voie ferrée, autour duquel sont disposées les zones directionnelles qui peuvent être progressivement créées (comme à Lau-

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sanne). Outre la garantie d’une limite symbolique que le “viaduc” établit du point de vue de la morphologie urbaine, Snozzi et Botta ont fixé parmi leurs objectifs immédiats la réorganisation du tissu environnant (à travers la “définition des espaces libres comme des parties “conçues” dans la ville et non comme des espaces résiduels de volumes construits”) et “la création d’un système de relations entre la ville historique et le centre d’affaires” (à travers le parc fourni par l’élévation nord du complexe jusqu’à l’autoroute urbaine). Plus que le projet lausannois, c’est la proposition développée pour Pérouse qui constitue un véritable “jalon” dans l’approche de la refonte de la ville : Ceci est confirmé par les projets de concours pour la gare de Zurich (Snozzi et Botta, 1978), pour la gare centrale de Bologne (Snozzi, 1983), qui peuvent être assimilés à l’échelle mégastructural, et, près de vingt ans plus tard, par la rénovation de la Vallée du Flon à Lausanne (Botta et Mangeat, 1988), que les concepteurs ont voulu caractériser précisément un nouveau centre urbain où le vide et l’inondation sont traités comme des unités séparées et complémentaires “[… constituant] une partie conçue contre le risque de se retrouver avec un ensemble d’espaces résiduels”.

neth Frampton comme des “projets de guérilla”. Le premier, pour un port et des maisons à Brissago (1972), commandé par une société immobilière et la municipalité de Brissago, a été conçu par Snozzi comme une alternative à celui construit par la suite, conçu selon les critères d’acclimatation fournis par la Commission cantonale des beautés naturelles. Snozzi a donné une interprétation alternative du contexte aux indications de la commission (la protection de la rive du lac en reculant d’au moins dix mètres de la façade construite, qui n’était cependant pas plus de vingt-deux mètres de long, l’articulation volumétrique des bâtiments et la séparation des points de vue de la route cantonale dont le mur d’appui devait être caché et la création, près d’une rive du lac, de parkings souterrains), en prenant comme éléments structurants de la nouvelle intervention l’école préexistante et le mur d’une villa du XIXe siècle sur le côté gauche de l’embouchure. « Le projet est basé sur l’idée de mettre en valeur le vide de la rive gauche du ruisseau, par rapport à la rive droite formée par le village : une forme conclue avec les deux urgences de l’église et de la mairie. Cet espace est défini en amont par le mur de soutènement de la route cantonale et au lac par l’ouvrage projeté »38. La mise en valeur du vide et la construction du rivage (et non sa protection) sont réalisées avec la construction d’une ligne de douze éléments en série sur trois étages inspirés du modèle de l’Unité d’habitation de Le Corbusier, qui sont suspendus au port municipal - “profitez du privé pour libérer le port” - et qui, en affectant le revêtement de sol aux parkings, sont desservis à haute altitude par la route cantonale. Les mêmes idées de limites et de répétition ont été réaffirmées dans le projet de concours Suler pour une zone résidentielle dans le village alpin de Celerina (1973). Ici

- La rédaction des “projets de guérilla” et des projets de concours élaborés par Luigi Snozzi pour le port et les maisons à Brissago (1972), pour un quartier résidentiel à Celerina (1973), pour le pont Golino (1976), pour le centre sportif de Tenero (1976) et pour la gare de Zurich (avec Botta, 1978). La vérification collective des thèses de Tendenza Luigi Snozzi, presque à la fin de sa longue expérience personnelle dans le CBN, est flanquée par la pratique individuelle du “contre-projet”, des “projets alternatifs” autrement définis par Ken-

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Snozzi, avec la collaboration de Walter von Euw, soutient et construit l’idée du vide en installant sur la trace d’un ancien chemin un bloc linéaire typologiquement subdivisé “en tours avec des communications verticales et les salons et avec les corps des chambres au-dessus du bloc d’entrée, formé par une série de cellules de taille égale distribuées par un grand couloir à des niches”. Une référence typologique similaire au pont reliant les deux parties se retrouve dans les vieilles maisons et les rues de Zouz. Ce projet était accompagné d’une “proposition de plan” pour Celerina par opposition au plan de zonage en usage qui liait les participants au concours. La proposition de plan préparée par Snozzi à titre d’exemple visait à démontrer comment, grâce à des hypothèses totalement différentes de celles exprimées par le jury, il était possible d’obtenir des résultats efficaces, en élaborant les mêmes concepts sur lesquels reposait le projet Suler. L’approche contre-positive n’aurait plus été abandonnée par Snozzi : il se serait explicitement identifié avec le projet du pont Golino (1976), où l’on entend des critiques s’adressant au concept fonctionnel déformé et abstrait (c.-à-d. strictement viabiliste) qui entretient les vestiges de l’ancien pont effondré faisant tabula rasa d’éléments de valeur Le projet sera inclus dans le projet de concours pour la gare centrale de Zurich (1978), lorsque Botta et Snozzi se placent volontairement en dehors des limites imposées par l’appel à propositions, de voir leurs considérations reprises de manière retentissante et non reconnues dans une nouvelle phase du concours Enfin, elle donnera lieu à la proposition « plus vaste » pour Monte Carasso qui a renversé le plan de Dolf Schnebli en 1977 et l’étude d’urbanisme réalisée par Snozzi et Jenni pour la place de la gare de Pforzheim (1990).

- La vaste recherche parrainée par la Fondation Ticino Nostro sur le thème “La construction du territoire et de l’espace urbain du canton du Tessin “ (1974-1979). Cette expérience (d’un point de vue méthodologique clairement inspiré par le travail du groupe de recherche d’Aldo Rossi qui, à la fin des années soixante, avait abouti à l’ouvrage Analyse urbaine et conception architecturale) a été initiée par une campagne d’enquêtes typologiques sur dix-huit agglomérations d’échantillons disséminées dans tout le Tessin (1974-1975) et s’est achevée en 1979 par la publication de deux études développées par des groupes différents : le premier par Aldo Rossi, Eraldo Consolascio et Max Bosshard intitulé La construction du territoire dans le canton du Tessin, le second par Gianfranco Agazzi, Maurice Goetz, Enrico Prati et Alain Ranc intitulé Pratique et représentation de l’espace urbain. Il est intéressant de noter que ce travail, publié dans une seule réédition italienne40, a éclipsé la “restitution” stylistique et typologique des objets architecturaux, en se concentrant plutôt sur la “transposition” des établissements trouvés dans “une notion de territoire où la nature et l’artifice sont considérés comme des faits corrélatifs et inséparables”41, c’est-à-dire où les éléments naturels et architecturaux travaillent ensemble pour définir la forme territoriale. Le rejet d’une idée de territoire romantique et esthétique se réfère directement aux concepts de colonisation soutenus par Snozzi et ses collègues. Comme l’évaluation critique de Tita Carloni sur le projet de restauration du village de Corippo (proposé par le canton en 1975 dans le cadre de l’Année européenne du patrimoine architectural), qu’il qualifie d’”authentique mensonge idéologique et politique”, Reichlin et Re-

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inhart nient la crédibilité d’une restauration hypothétique des établissements existants et affirment : « Bien que nous ayons l’habitude de renverser le discours sur l’utilisation des terres urbaines, nous croyons que personne ne pourrait sérieusement penser à la transformation de ces maisons en habitations d’aujourd’hui ; peut-être devons-nous dire courageusement que de nombreuses situations doivent être laissées telles quelles. Cette considération est tout à fait réaliste tant du point de vue de la défense du caractère environnemental et architectural que du point de vue économique. Toute restauration, bien sûr, ne peut être qu’une forme de privilège et, en tant que telle, échapper au caractère authentique de ces bâtiments ».

“quelques thèmes d’un grand intérêt, qui vont bien au-delà du projet de Monte-Carasso. Tout d’abord, la nécessité de règles, afin de pouvoir créer des contextes significatifs, prémisse indispensable pour que les “monuments publics”, c’est-à-dire les bâtiments à caractère plus collectif, puissent avoir un sens”. - La revitalisation du centre de Bellinzone avec le retour de Castelgrande à la ville, complétée par Aurelio Galfetti en 1991. Cette intervention, réalisée selon une procédure de conception qui peut être unique pour un ouvrage public (donation liée, dans un délai de trois mois, projet, prévention et approbation, sinon la donation sera perdue), représente une grande transformation des relations et des espaces entre le château et le centre urbain. En dévoilant la roche, l’immense roche glaciaire est devenue la “base” dénudée d’un parc minimaliste surplombant la ville : la forteresse et le parc, entre ciel et terre, sont un chef-d’œuvre “land-art” mais ce n’est pas seulement conceptuel. Comme le souligne l’architecte, “le chemin qui structure les espaces du parc du Castelgrande commence sur la Piazza del Sole, entre dans le rocher, grimpe par une ‘fenêtre’ vers la lumière de la cour intérieure”. La liaison est garantie non seulement par l’ascenseur mais aussi par le “vignoble au sud qui, avec sa géométrie précise, est le prolongement de la ville qui grimpe vers le château”. “La roche et la vigne sont les “ supports “ du parc. Le “ corps “ est constitué de grandes pelouses vertes. Le mobilier est le château lui-même. Les rochers, les vignobles et les prairies nécessitent un entretien. Si cela est évident pour le vignoble et l’herbe, il l’est un peu moins pour la roche. Qu’est-ce que cela signifie de dépouiller un rocher ? Je voulais un

- L’expérience de planification alternative pour le village de Monte Carasso, entreprise par Luigi Snozzi depuis 1978. C’est le résultat d’un processus de planification encore en cours pour un petit village d’environ 1700 habitants situé sur la rive droite du Tessin, à une courte distance de Bellinzone. A partir de la mise en valeur de l’ensemble monumental de l’ancien couvent augustinien, dans lequel les fonctions publiques les plus pertinentes et représentatives ont été incluses (l’église et le cimetière, la mairie et l’école élémentaire), la “doctrine Snozzi” a été progressivement étendue à l’ensemble du quartier, échangeant une libéralité de construction plus large avec une plus grande rigueur de qualité des projets. Ce deuxième objectif est constamment contrôlé par une commission d’architectes dans le cadre d’une procédure d’évaluation dans laquelle les règles proposées sont vérifiées à chaque fois par le biais des interventions individuelles et, si nécessaire, modifiées. “[...] émergent de cette expérimentation”, écrit Snozzi,

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parc aussi artificiel que possible, aussi artificiel qu’une architecture qui ne s’intègre pas mais s’oppose à la nature. Dans cette relation dialectique”, conclut Galfetti, “je vois la seule possibilité de respecter à la fois la nature et ce que l’homme a inventé”.

vallée plate du Tessin, où, depuis plus de trente ans, une profonde transformation de la structure socio-économique du pays a été déclenchée, capable de produire des changements radicaux dans l’ensemble de l’espace physique. En 1963, l’Honorable Franco Zorzi, alors président du groupe tessinois de l’Association Suisse pour le Plan National d’Hébergement (ASPAN) et directeur du Département de la Construction Publique du Canton du Tessin, après avoir lu sur “L’Espresso” les critiques sévères de Bruno Zevi sur le tronçon autoroutier des Appenins Bologne-Florence, décida de confier à Rino Tami la supervision esthétique de l’autoroute N2 émergente. L’architecte Tami, assisté d’ingénieurs de l’Office des routes nationales du canton du Tessin, aurait eu pour mission d’indiquer les règles de “ conception architecturale “ des ouvrages autoroutiers, à respecter et à appliquer sur l’ensemble du tracé, comme suit cette “trace” a été imprimée sur l’ensemble du territoire tessinois. En réalité, le rôle de Tami n’a jamais été celui de l’architecte qui coordonnait l’autoroute : il venait très souvent jouer maintenant, arrachant quelques projets isolés ; et ces rares fois où son opinion - en ce qui concerne l’insertion du projet - a été entendue, cela ne s’est produit que pour l’intelligence de ses interlocuteurs. Même si les conseils de Tami, comme le souligne Tita Carloni, se sont très souvent “réduits à des corrections d’éléments individuels du langage sur les projets d’autres architectes”48, ils restent certainement exemplaires pour au moins trois raisons. Tout d’abord, la nomination de Tami a marqué un chemin sans précédent, anticipant, au-delà des limites objectives, une méthode de gestion des interventions majeures sur le territoire à un niveau interdisciplinaire, où l’échange d’idées entre concepteurs et fonction-

De Tami à l’Alp Transit Ticino Dans le monde d’aujourd’hui, les choix relatifs à la définition de l’infrastructure de transport sont difficiles, controversés et souvent débattus avec amertume. Parfois l’incommunicabilité s’avère être une question fondamentale : d’une part, les oppositions soulevées par les autonomies locales sont capables d’animer une résistance féroce de l’opinion publique, empêchant le dépassement des intérêts du lieu et empêchant la lecture de l’ensemble du territoire ; d’autre part, les stratégies des spécialistes habituellement consultés (historiens, géologues, écologistes, économistes, sociologues, ingénieurs du trafic et structuralistes) apparaissent souvent incongrues sinon contradictoires. L’architecte, au moins dans une première phase de “planification stricte”, n’est presque jamais remis en question : il arrive plus tard pour la “cosmétique esthétique” de ce qui a été décidé. L’éblouissante évolution technique et commerciale du secteur des transports, au-delà du thème “utilitaire” de relier deux points plus rapidement et plus efficacement, ne semble pas avoir été en mesure d’aborder la question importante de la gestion des espaces traversés : les faisceaux de voies ferrées sont arrivés à l’intérieur du cœur des villes, les influençant profondément, tout comme de nombreuses agglomérations “mineures” ont dû payer un lourd tribut aux rayons de courbure du réseau autoroutier. Les résultats de ce problème sont particulièrement évidents dans l’étroite

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naires ne représente pas un fait accidentel. En ce sens, l’épisode qui a vu Graziano Papa transmettre à l’Office National des Routes le précieux manuel d’esthétique autoroutière Man-made America: Chaos or Control?, que Tami avait collecté et fait traduire par son associé F. Van Kuyk, semble emblématique. Dans le second cas, Tami a fait comprendre aux Tessinois que le travail de conseil réalisé est absolument insuffisant pour éviter les erreurs flagrantes et que, paradoxalement, il risque de détourner le jugement du problème prééminent de l’itinéraire, à l’échelle territoriale, et de le transférer à celui des artefacts, de nature expressive-figurative. Enfin, les vingt ans de travail de l’architecte dans une région à dominante montagneuse, densément peuplée au fond de la vallée, au milieu de nombreuses difficultés d’ordre technique et paysager, ont fait du Tessin, avec son économie de coûts, un travail formel précis et unifié de Chiasso à Airolo, défini, sans reconsidérations “organiques”, par un vocabulaire de base de trois règles :

L’expérience de Flora Ruchat Roncati et Renato Salvi depuis 1988 dans la conception architecturale des bâtiments de Transjuranne - l’autoroute N16 du Jura - est similaire aux conseils pionniers de Tami. “Pour nous aussi, malgré les prémisses de la compétition”, soulignent les protagonistes, “l’aspect le plus exigeant (et c’est encore) celui de redéfinir, d’une certaine manière, pour “échanger” notre rôle. Exclus, ou plutôt précédé par la définition acquise de l’itinéraire (dont nous pensons cependant que la compétence de l’architecte est indispensable, mais là encore cela a été le cas), il s’agit donc de faire accepter de temps en temps le sens de l’aspect esthétique et paysager de l’intervention (d’un produit manufacturé à un autre), ce qui, à lui seul, nous disons, devient un point de référence pour l’utilisateur, non seulement pour la route mais aussi pour celle du territoire”. La recherche de conception, à travers le principe de “continuité et identité des interventions”, vise l’unité et la reconnaissabilité de l’ensemble du parcours. En un peu plus de 48 kilomètres, le travail de conseil s’étend à la définition des jonctions, des ponts (en particulier, des têtes et parapets), des viaducs, des remblais, des murs de contrepoids, des murs de protection contre le bruit, des portails d’une dizaine de tunnels, des centrales électriques et des cheminées de ventilation. Au début de 1993, Mario Botta, Aurelio Galfetti, Luigi Snozzi et Livio Vacchini ont demandé au Conseil d’État de pouvoir s’attaquer, sous le patronage du gouvernement, à la question du nouveau chemin de fer alpin transversal à grande vitesse, qui transitera également par le Tessin (AlpTransit Ticino, ATT). La demande des quatre architectes a été acceptée par le gouvernement cantonal, qui a nommé, par l’intermédiaire du

1. l’adoption d’un seul matériau “moderne” : le béton armé exposé, utilisé au maximum de son potentiel expressif ; 2. la définition précise de la relation entre la morphologie du versant de la montagne et la surface de la route, obtenue “ en adoptant le principe du profilage du mur [du contre-rail] dans deux directions parallèles : le premier parallèle à la même autoroute, le second à un angle constant de trente degrés par rapport au premier “ ; 3. le contrôle formel des éléments “typologiques” (portails de tunnel, supports de viaducs) et des éléments connexes (aires de service et installations techniques), ces derniers étant largement ignorés.

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Département du Territoire, un groupe d’étude interdisciplinaire pour la rédaction d’un “grand projet pour AlpTransit Ticino”. Le groupe de réflexion, présidé par l’architecte Galfetti et composé des ingénieurs Borrela et Grignoli, de l’historien Ceschi et de l’économiste Remigio Ratti, a développé un concept alternatif à celui soutenu par les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) dans un court laps de temps, entre février et mars. Par la suite, le projet a été présenté à la presse et discuté en public par l’ASPAN avec les responsables et les concepteurs des Chemins de fer fédéraux. Le projet du groupe de réflexion, conscient des choix clairvoyants faits pour le GotthardBahn50 et des craintes, alors excessives, concernant le thème autoroutier, propose de relancer l’itinéraire des Chemins de fer fédéraux dans le contexte européen et, compte tenu de la vitesse minimale de 250 kilomètres par heure établie par l’accord CE-ONU sur les principales lignes ferroviaires internationales, avance l’hypothèse d’une vitesse de déplacement d’environ 300 kilomètres par heure, au lieu de celle envisagée par le projet CFF d’environ 200 kilomètres par heure. “La grande vitesse n’exclut pas l’adoption de vitesses inférieures à un stade précoce, alors qu’un projet basé sur les exigences techniques actuelles de vitesse moyenne serait rigide et difficile à convertir à l’avenir. Dans cette orientation, certains facteurs techniques tels que les pentes minimales et les rayons de courbure, qui doublent par rapport à la prévision initiale (de 3000 à 6000 mètres), deviennent le paramètre déterminant pour la conception d’un itinéraire qui ne peut pas être intégré dans le paysage, mais qui est destiné à passer pour la plupart dans des tunnels avec de courts tronçons en plein air. L’intention du Groupe de Réflexion, considérant

que le chemin de fer du XIXe siècle a racheté les fonds de vallée stériles et exposés aux inondations, est de faciliter la traversée rapide non seulement pour maintenir la vocation européenne de la ligne, mais pourrait également déclencher des effets bénéfiques pour améliorer et réorganiser à tous les niveaux l’habitat de la région tessinoise. Et en effet, la philosophie du projet, en plus de minimiser les effets négatifs tels que le gaspillage du territoire et la pollution sonore, déclare la tentative de profiter de la taille et de la force d’AlpTransit pour entamer un processus de révision de la politique d’urbanisme et de développement urbain en cours. “L’AlpTransit”, dit Galfetti, « est un projet spatial et non un projet d’aménagement. L’itinéraire est un instrument pour relier les établissements humains au grand paysage. Ce dessin à cette échelle sape la planification traditionnelle : il constitue une occasion unique de sortir de l’isolement, de dessiner des objets et des relations entre objets. Ou, d’un autre point de vue, cette conception met de l’ordre, un nouvel ordre dans la planification ». L’itinéraire proposé “redessine le Tessin et le transforme en un espace structuré par deux portes, trois by-pass et quelques fenêtres”53. Les portes pénètrent sur le territoire du canton, les by-pass desservent les centres de la ville-région, les fenêtres l’alimentent et l’organisent en fonction des exigences techniques et de sécurité. Outre le concept global, le groupe de réflexion s’est penché sur la simulation de quelques scénarios d’intégration de l’AlpTransit dans la région tessinoise et sur la formulation de considérations générales sur une éventuelle planification induite. Les points clés de la stratégie d’intégration entre le système ferroviaire et la structure des colonies sont : l’interre-

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lation entre la ligne internationale à grande vitesse et la ligne régionale à grande vitesse lente (deux voies + deux voies) ; la construction d’un tunnel de base à quatre voies sur le mont Ceneri avec un portail à l’ouest de Bellinzone, afin d’assurer une capacité et une fréquence maximales pour les liaisons entre les régions urbaines de Haute et de Basse Cendres et de relier la région de Locarno, au sud et au nord, à AlpTransit ; l’extension de l’AlpTransit vers le sud, afin de relier la ville-région Ticino au mendrisiotto et au système urbain de Como-Varese et enfin la création d’une série de connexions entre les lignes régionales, la ligne lente et la ligne rapide (Biasca, Claro, Camorino, Lugano nord, Lugano sud, Riva San Vitale, Chiasso), afin de pouvoir laisser ouvertes de nombreuses options concernant l’arrêt des lignes rapides. En ce qui concerne l’éventuelle planification induite, l’interrelation entre le parcours rapide et lent qui aurait lieu dans les “fenêtres sur le Tessin”, où la ligne émerge à l’extérieur, pourrait être l’occasion de définir six zones prioritaires de planification (les régions de Biasca, Riviera, Piano di Magadino, Piano del Vedeggio, Piano Scairolo, Piano Scairolo, le mendrisiotto inférieur). Grâce à la grande signalisation infrastructurelle, les zones mentionnées, situées au fond des vallées en dehors des villes et à la périphérie de la ville, où le Tessin a “confiné ses activités productives, en faisant d’elles les décharges du bien-être économique récent”54, pourraient enfin être reconsidérées. Les plans d’aménagement du territoire des six zones prioritaires ont été intentionnellement conçus de manière indéfinie afin d’ouvrir la voie à des négociations avec les municipalités concernées. Dans une phase ultérieure, également soutenue par le Conseil d’État, le Groupe de réflexion a eu

l’occasion d’approfondir sa planification pour les régions de la Plaine de Magadino et de la Riviera, en s’accordant avec les responsables des municipalités et des Chemins de fer fédéraux. Comme vérification et continuation de la version officielle du “grand projet maximum”, Luigi Snozzi a fourni pour soutenir une série de travaux de diplôme sur le thème AlpTransit Ticino, élaborés par les étudiants de son cours à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Ces projets développent l’itinéraire d’AlpTransit jusqu’à l’échelle architecturale sur la base d’un choix de principe différent de l’échelle initiale : la séparation de la ligne rapide ATT de la ligne régionale FFS (avec des nœuds d’échange pour les passagers sur la Plaine de Magadino et pour le fret à Biasca). Trente ans plus tard, les débuts laborieux de Tami sont devenus un héritage culturel pour les architectes “[...] Je dois beaucoup, dit Galfetti, au rôle de Tami dans la conception de la route nationale. Mon rôle au Tessin dépend du fait que Tami ait “ brisé la glace “ en participant aux travaux de l’autoroute avec l’Office National des Routes. Il n’était que le consultant esthétique et tout ce qu’il a fait en quelque sorte chevauchait le travail des ingénieurs, sans pouvoir intervenir sur la piste, cependant, ramener chez nous de petites opportunités d’espace nous a laissé une grande leçon : notre groupe au contraire pourrait intervenir sur la piste dès le début et nous ne sommes même pas encore arrivés dans la phase de conception exécutive dans laquelle était Tami”. Face à la qualité esthétique de notre environnement et par rapport à un contexte qui n’exprime plus aucune valeur stylistique contraignante, bien que très lentement il commence à devenir une croyance répandue que le stéréotype traditionnellement attribué à l’architecte en tant que “spécialiste de

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la forme” doit être réinterprété dans un concept plus large. “Ce que l’architecte doit apprendre, conclut Galfetti, ce n’est pas seulement d’être un coordinateur d’autres compétences. Et il doit apprendre à ne même pas être un conseiller esthétique, c’est-à-dire celui qui arrive après que toutes les décisions techniques ont été prises, afin de façonner ces décisions. Il doit toujours être capable de placer “ le projet spatial “ au centre des intérêts du groupe. Si ce n’est pas au centre, le travail devient “ multidisciplinaire “, c’est-à-dire que chaque discipline suit sa propre voie. L’objectif optimal est plutôt la ‘transdisciplinarité’, qui est la condition dans laquelle le projet spatial traverse les différentes disciplines, restant la référence principale”.

semble se traduire de plus en plus rapidement en une sorte de handicap pour la région du Tessin. Après l’euphorie de la construction due à la croissance économique et la fermeture définitive du chapitre des grands ordres de l’État, les possibilités de vérification pour les architectes à travers les travaux de construction sont devenues de moins en moins fréquentes. De nombreuses pratiques professionnelles établies ont été forcées de réduire leurs rangs, de sorte que la maturation des nouvelles générations, qui, dans le passé, a puisé sa principale source de vie dans les ateliers les plus qualifiés, est maintenant forcée de se produire plus lentement, souvent à l’extérieur du canton. Le changement générationnel est difficile à faire, d’ailleurs à opérer dans un contexte qui a pris les contours d’un “musée du nouveau tourisme architectural”, comme le dit Croset, “est extrêmement difficile et peut conduire à l’aberration de vouloir crier plus fort que les autres”. Depuis octobre 1996, Mendrisio accueille l’Accademia Ticinese di Architettura. Les attentes à l’égard de la nouvelle institution universitaire sont élevées. Certes, après l’abandon du projet CUSI, longuement débattu pendant plus de quinze ans jusqu’à la chute du vote populaire en 1986, il n’a pas été facile de traduire le sentiment de résignation, de prudence et de scepticisme qui avait pris le relais d’un nouveau pari culturel pour le Tessin, visant son destin en tant que “région ouverte”. En ce sens, le mérite de Mario Botta est indéniable. Les promoteurs de l’Académie estiment que “l’aire géographique du canton du Tessin peut être considérée comme un laboratoire de recherche architecturale, qui peut concerner à la fois l’ensemble de l’arc pré-alpin et les territoires qui, ces dernières décennies, sont passés d’une

Une tentative de conclure Aujourd’hui aussi, l’économie tessinoise, après la course frénétique des dernières décennies, traverse une crise profonde et soudaine que peu de gens avaient prévu. Depuis le début des années 90, le canton a connu une perte de compétitivité de ses activités et une dégradation rapide des conditions d’emploi, phénomènes qui ne se reflètent pas du côté italien de la frontière, où l’on observe au contraire une tendance inverse vers une stabilisation et, dans certains cas, une diminution progressive du nombre de chômeurs. “Depuis quelques mois”, observe Gian Paolo Torricelli, “le Tessin a enregistré le taux de chômage le plus élevé de la Confédération, avec environ 8,5 pour cent de la population active au chômage (la moyenne suisse est de 4,5 pour cent), un phénomène qui touche également ceux qui possèdent des qualifications professionnelles et universitaires dans le secteur tertiaire (qui représente plus de 70 pour cent de l’emploi dans le canton)”. La position frontalière une sorte de ressource

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situation rurale et périphérique à une situation post-industrielle d’abord puis post-tertiaire”. En assumant le territoire tessinois, dans ses aspects problématiques, comme site d’investigation contextuelle spécifique, l’Académie vise à former un nouvel architecte qui est capable, à travers sa nouvelle dimension d’opérateur territorial, de revendiquer un espace de travail dans lequel la centralité du projet architectural est garantie. Contrairement à d’autres universités suisses, cela devrait se faire par une approche humaniste au sein de trois départements (histoire et culture, design, science et technologie). En ce qui concerne la conception de l’apprentissage, trois “ateliers verticaux” avec des groupes de quarante étudiants et un “horizontal”, articulés différemment tout au long des six années d’études, devraient garantir une formation complète et l’obtention du diplôme d’architecte. En termes disciplinaires, la forme change, mais pas le fond. Les réflexions actuelles sont encore fermement fondées sur les convictions d’hier : s’il y a plus de trente ans, Peppo Brivio affirmait que “ les études universitaires ont une valeur de préparation technique, et parfois artistique, mais ne font pas d’architecte “. A l’inverse, on peut être architecte, et un excellent architecte, sans avoir fréquenté une seule année académique”, Mario Botta estime aujourd’hui que “la figure de l’architecte doit plus que jamais renforcer l’aspect critique et opérationnel” et que “le rôle fondamental de l’école doit être d’offrir à l’architecte ces “anticorps” qui lui permettent de résister à la flatterie de la technologie”.

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PIRAS, Marco, « Bellinzona », dans isos: Inventario degli insediamenti svizzeri da proteggere, Repubblica e Cantone Ticino, Vol. 4 : Bellinzona Blenio Riviera, Berne, Dipartimento Federale dell’Interno, 2008, p. 67-87 traduction de l’italien au français par l’auteur

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Développement de l’établissement humain

à bouche carrée, indiquent une communauté culturelle avec la vallée du Pô, tandis qu’à des époques plus avancées, entre le troisième et le quatrième millénaire, avec la forte augmentation de l’utilisation des cristaux de roche comme matériau pour la fabrication d’outils, il y a des signes de contact avec le monde alpin. L’âge du bronze (1500-1300 av. J.-C.) a des traces d’environnements pour le travail des métaux et de la céramique. Les fouilles de la nécropole d’Arbedo Castione, Gudo et Giubiasco ont montré que le territoire à proximité de Bellinzona était alors très peuplé, même si les dernières périodes de colonisation ont effacé ou confondu de nombreuses traces. La première fortification de la colline, y compris une muraille, était déjà à l’époque romaine, probablement au premier siècle avant Jésus-Christ, mais déjà un siècle plus tard, après avoir déplacé vers le nord les frontières de l’Empire, la position a perdu son importance stratégique. Il a été racheté lorsque le peuple germanique a commencé à pousser vers le sud, comme en témoignent les signes d’une forte activité de fortification autour du IVe siècle. Les résultats montrent qu’à côté de la garnison militaire, il y avait une grande population et une activité économique assez importante. Le fait que la position fortifiée ait retrouvé son importance stratégique au début du Moyen ge est attesté par le fait qu’elle a été le théâtre d’affrontements entre les Lombards, qui l’occupaient, et les Francs qui ont tenté de s’en emparer, comme prémisse nécessaire pour le contrôle de la route vers l’Italie et, en général, des mouvements et du trafic entre le nord et le sud, en particulier en 590, comme en témoigne la soi-disant “Historia Francorum”. Sous la domination du parc à grumes, entre le VIIIe et le XIe siècle, d’autres travaux ont été effectués à l’intérieur des murs et, surtout après le Xe siècle, le village entouré de murs a été de plus en plus configuré comme une citadelle fortifiée. Un incendie autour de l’an 800, révélé par des fouilles archéologiques, sera attribué à un événement militaire. A l’intérieur des murs du château, il y avait, à partir d’une date non précisée, une chapelle et une zone

Notes sur l’histoire et l’évolution Les trois complexes fortifiés ainsi que les murs de clôture au bargo et la barrière de la vallée, qui ont joué un rôle majeur dans l’histoire de la ville et de la Suisse et qui ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, sont l’exemple le plus important et le plus spectaculaire d’un système de défense médiéval de la Suisse et, même aujourd’hui, sont l’élément dont la colonie tire une grande partie de son caractère international et de sa reconnaissance. Le nom “Belitionis Castrum” - mentionné pour la première fois en 590 par Grégoire de Tours dans son “histoire du Francorum”, en référence à la guerre entre les Francs et les Lombards - fait référence au sens de “fortification”. D’autres noms de Bellinzone dans le passé étaient, entre autres, “Bilitio”, “Belitiona”, “Vilito”, “Bellinciona”, “Berinzona”, “Berinzona”, “Berixona”. La colline rocheuse où s’élève Castelgrande avait une étroite ouverture à l’est limitée par le versant est, tandis qu’à l’ouest, la plaine était soumise à de fréquentes inondations par le Tessin jusqu’au XIXe siècle, caractéristiques qui ont déterminé le choix de ce site dans un sens défensif. En raison de sa situation aux abords des vallées qui relient les principaux cols entre l’Europe du Nord et l’Italie, le territoire, déjà très peuplé à la préhistoire, est devenu un point clé dans la politique des Alpes pour les Romains, les Lombards, les Francs, les empereurs allemands et, enfin, pour la seigneurie de Milan et les cantons confédérés, avec tout ce qu’il a provoqué dans les conflits et les guerres. De la préhistoire à l’époque romaine Les premières traces d’habitations tessinoises ont été trouvées lors des campagnes de fouilles de 1967-68 et 1984-85 sur la colline de Castelgrande et remontent à environ 5500 avant Jésus-Christ. Les trouvailles, le périmètre des huttes quadrangulaires et plus tard - ovoïdes, ainsi que les céramiques

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sépulcrale. Pour 977, une église qui n’est pas mieux définie comme S. Biagio à Ravecchia est mentionnée. La présence avant l’an 1000 de ce bâtiment et d’un autre plus au nord, où se trouve l’actuelle église de S. Paolo, avec d’autres indices, suggère qu’une route importante, suivant la route du contrefort, a touché ces deux monuments.perdemontana, a touché ces deux monuments. Pour 1168 nous avons des nouvelles d’une église de Saint Pierre “sita castro Birition” et pour 1198 nous parlons d’une tour. Mais à cette époque, il y avait déjà d’autres constructions qui ne pouvaient pas être identifiées, surtout après que Bellinzone, avec toute la campagne, est entrée en possession des évêques de Côme, au XIe siècle. Federico I Barbarossa, allié de la commodité et engagé dans la guerre contre la ville de Milan, est également dédié à l’amélioration de la structure stratégique, qui est devenue encore plus importante après l’ouverture de la Pasa del S. Gottardo.

siècle - la porte allemande, la porte de Lugano et la porte de Locarno - les douves et les ponts-levis sont également mentionnés. Dans l’établissement plat a été construite la nouvelle église dédiée à Saint-Pierre et Saint-Étienne et y ont également déménagé le clergé qui résidait auparavant dans les murs du château. Avec la conquête de Bellinzona, Milan, qui dominait déjà les Trois Vallées de Leventina, Riviera et Blenio, avait acquis le contrôle du territoire jusqu’aux Alpes, et Bellinzona devint le siège principal des fonctionnaires envoyés par Milan ; au cours du XIVe siècle, les deux châteaux étaient reliés par deux murs qui atteignaient les extrémités de la colline Castelgrande, entourant celle-ci et, ensemble, le village. La partie de la plaine à l’est de la colline, déjà défendue par le cours indiscipliné du Tessin, a été renforcée dans la seconde moitié du XIVe siècle avec la construction d’un mur de 600 mètres de long, s’étendant jusqu’au fleuve, un ouvrage qui existe encore en partie. Le mur a également servi d’outil pour la poursuite du contrôle du trafic de marchandises sur le territoire. La mort de Giangaleazzo Visconti au début du XVe siècle - pendant un siècle Milan avait été dans la seigneurie de la famille Visconti - a conduit à une période de crise et les cantons au-delà des Alpes en ont profité pour clarifier les objectifs expansionnistes vers le Sud, mais les Milanais avec la bataille d’Arbedo en 1422 ont pu ralentir son avance. En mémoire de cet événement important, l’église rouge a été construite sur un bâtiment antérieur avant l’an 1000.

Milan a pris possession de la ville en 1242 avec l’aide du Sacco della Mesolcina et des Orelli di Locarno mais déjà en 1249 le village était en possession de Como et de ses alliés, en particulier la famille Rusca qui, vers la fin du XIIIe siècle, pour défendre et contrôler le passage étroit, a construit une forteresse sur la colline de Montebello, qui s’appelait alors Castel Nuovo. Pour le XIIIe siècle est documenté une structure, remplacé au XIVe siècle par Copertum Comunis qui abritait les réunions du village et l’administration de la justice, et que dans le XVe siècle est devenu le siège des représentants de la seigneurie milanaise : l’hôtel de ville, démoli et reconstruit en 1928. Avec l’ouverture du col S. Gottardo, entre les XIIe et XIIIe siècles, le trafic a augmenté et le règlement a commencé à se développer au pied de la colline jusqu’à l’extension de “noyau actuel, car il fait référence précise aux quartiers de Codeborgo, Nosetto et Camminata, les rues actuelles sur lesquelles la plupart de la construction de ce noyau. Les trois portes qui s’ouvrent à l’intérieur des murs et qui ont survécu jusqu’au XIXe

En 1449, à la tête de Milan, la famille Visconti a été remplacée par la seigneurie de la famille Sforza, qui a dû bientôt s’occuper des objectifs des Suisses en 1479 a construit un troisième château, celui de Sasso Corbaro ou Castello di Cima et renforcé les longs murs vers le Tessin après une attaque des Confédérés, l’année précédente, avait causé des dommages à la structure. Le château a probablement été construit à la place d’une tour, en l’espace de six mois, pour éviter l’encerclement en amont du village. Vers

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la même année, le château de Montebello fut achevé et l’enceinte fortifiée renforcée entre 1487 et 1489 ; en 1487, à sa fin, sous Lodovico il Moro, le pont sur le Tessin fut construit. Cela a détruit le pont sur le Tessin. Celle-ci fut détruite en 1515 avec la “torreta”, placée à la tête du pont, par l’inondation provoquée par la rupture de la barrière de la Buzza di Biasca.

sous le nom de “Quartiere Orico”. Près de Castelgrande - également connu sous le nom de Castel Vecchio et dont les bâtiments les plus anciens semblent avoir été détruits par les milanais en 1242 - les anciennes cartes ne montrent qu’une seule tour car les deuxièmes bâtiments avaient disparu pour former un deuxième cercle de murs au nord. L’évolution du peuplement, donc, jusqu’au début du XVIe siècle, est conditionnée principalement par des besoins défensifs. À l’intérieur du village, en plus de l’église, l’hôtel de ville, le long des rues principales detete, les mêmes qu’aujourd’hui, étaient les maisons des familles les plus importantes, tandis que les maisons les plus modestes se trouvaient dans la deuxième rangée ou dans les ruelles secondaires. Déjà au XIVe siècle, l’église Saint-Pierre et Étienne a été agrandie et ainsi au XVe siècle, lorsqu’elle est mentionnée comme “Collégiale” en 1424. La “Porta Todesca” fermait la rue Codebrogo, la porte de Lugano fermait la Via Camminata au sud et la Porta Locarno fermait l’actuelle Via Teatro, alors appelée “Contrada de Sanxa”. Une autre porte, la “Portone”, ouvert dans une tour qui a été inséré dans le mur d’enceinte où se trouve aujourd’hui Viale Emilio Motta au point où convergent le quartier d’Orico et l’ensemble de la porte sur l’avenue. Aujourd’hui, audessus de l’avenue, à cet endroit, au niveau des remparts, il y a une passerelle. Lorsque l’inondation de 1515 a détruit le Ponte della Torretta, la porte de Locarno a perdu de son importance car la route menant à ce village a été interrompue de ce côté.

Avec la descente en Lombardie en 1494 par Charles VIII, roi de France, et la conquête du duché de Milan, Bellinzone tomba également entre les mains des Français, mais en 1500 une insurrection des Bellinzone - les confédérés furent appelés à l’aide et prirent possession de la ville. Le château fut attribué aux Uranos, le château de Montebello aux Schwyz, le château de Corbaro devint le siège du Bailliage d’Unterwald : d’où les noms respectifs des châteaux d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald. Le contrôle de Bellinzone par les cantons d’outre-mer a été ratifié par la Paix d’Arona en 1503 et, de nouveau, par la Paix de 1516 après la bataille de Marignano en 1515. L’expansion du village au tournant des XVe et XVIe siècles. Une illustration de la fin du Moyen ge montre que la ville médiévale a déjà été entièrement construite telle qu’elle est aujourd’hui. La barricade de la vallée contre la Confédération rejoint le Castelgrande avec le Castello Montebello ; au nord, pour ceux qui viennent de Lukmanier, on franchit le seuil de la ville par la Porte du Codeborgo (plus tard Porte allemande et Porte du Tessin) ; on peut déjà voir la Piazza Nosetto ainsi que le point central du village où se trouve l’église Saint-Pierre et Saint-Étienne et l’axe secondaire de la ville qui menait de la Porte - la porte à l’extrémité ouest de la base de la colline - au fleuve Tessin. À l’extérieur de la porte sud, la Porta Milanno, la plaine était encore complètement libre de construire. Au lieu de cela, à l’ouest, devant la Porta Nuova (plus tard Porta Locarno), il devait y avoir une agglomération de maisons attestée dès le début du XIIe siècle

Du XVIe siècle à 1798 En tant que forme récurrente de développement, en contact étroit avec le village et en fonction de la position des églises et des couvents, ils se sont développés, encore à l’époque médiévale, ou plus tard, dans les banlieues. Ainsi, près du couvent des Ursulines, la banlieue d’Orico a été agrandie, dont les bâtiments suivaient le pied de la colline de Castelgrande de ce côté ; au sud, une autre banlieue s’est développée en relation avec l’église de

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S.Rocco. Mais entre-temps, en dehors des murs, à la fin du XVe siècle, le complexe de S.Maria delle Grazie avec le couvent des Franciscains Mineurs était déjà né et, dans une position de château, sur les premiers vols du versant oriental, au moins à partir de 1537, l’église de S.Quirico. Dans la partie la plus méridionale de l’actuelle Viale Stazione contre les murs de la ville se trouvait le couvent des Bendettini qui touchait également la Via Codeborgo et comprenait une scuela. La nef de l’église, qui prit le nom de Galerie des Bénédictins, reste, vidée au XIXe siècle et devint un lien entre deux routes. Les Augustins s’étaient déjà installés près de l’église de S.Biagio en 1468 en fondant le couvent de S.Giovanni auquel était également annexé un “hospitale” ; en 1768, la fureur du Draagonato détruisit le complexe de sorte que les moines s’installèrent dans un lieu plus sûr, où aujourd’hui, seule l’église reste du “nouveau” couvent. L’hôpital est resté, avec des interventions successives de réaménagement, jusqu’en 1938, destiné donc à une autre fonction.

La période de domination des cantons audelà des Alpes a été caractérisée d’une part par l’agrandissement de la ville médiévale à l’intérieur des murs et d’autre part par la création de nouveaux quartiers. Dans la vieille ville, les zones de nombreux jardins à l’intérieur des murs étaient surélevées. Au XVIIIe siècle, par exemple, sur la Piazza Collegiata et Piazza Nosetto ont été construits d’anciennes maisons neuves ou, au moins, transformées avec de nouvelles façades, avec des balcons s’ouvrant qui, encore aujourd’hui, caractérisent les êtres chers. C’est le cas, par exemple, de la Casa Chicherio du XVIe siècle, presque devant l’autre maison Chicherio qui flanque la Colegiata. Devant la porte de Locarno, à la même époque, le quartier Orico, la banlieue de l’époque, avait trouvé sa configuration presque actuelle, avec des bâtiments élégants qui remplaçaient les bâtiments de la période précédente. La première configuration de la Piazza del Sole, appelée “Piazza a Porta Ticinese”, remonte au XVIIIe siècle, mais elle était moins large qu’aujourd’hui, entourée de maisons adossées au mur de la colline et de bâtiments au milieu du vide, la démolition de ces bâtiments a mis en lumière une partie des murs médiévaux.

Alors qu’avant les droits et les recettes fiscales étaient la prérogative de la commune de Bellinzone, après la conquête suisse, ils étaient en faveur des cantons dominants qui les percevaient par le biais de leurs huissiers de justice. Et lorsque l’ensemble du Tessin est devenu la domination suisse et que la Bellinzona ne constituait plus un lieu frontalier, diminuant ainsi son importance sur les trafics, la situation s’est encore aggravée, même si la position du village était telle qu’elle restait une étape des trafics entre le nord et le sud. Continuaba, comme un rendez-vous important pour l’économie locale, la foire de Saint-Barthélemy en août, datant de 1420. Le commerce était entre les mains des patriciens de Bellinzone, qui possédaient aussi le terrain à l’extérieur des murs, qu’ils confiaient aux locataires. L’élevage des vers à soie était très répandu et les moulins étaient actifs le long des rials et des fossés d’irrigation, comme le rappelle encore le toponyme “Roggia dei mulini”, par exemple.

Le développement au XIXe siècle Le 4 avril 1798, Bellinzone a été libérée des trois cantons d’outre-Alpes, déclarée indépendante et nommée capitale du canton qui comprenait la ville, la campagne, la Riviera, les vallées de la Leventina et Blenio. De 1814 à 1878, la dignité du siège du gouvernement a été divisée en alternance avec Locarno et Lugano. L’image de la situation économique de Bellinzone au début du XIXe siècle, dessinée par Stefano Franscini, comprend la cire, les maisons d’expédition et le commerce local (colonial, vin, etc.). Mais la situation économique n’empêche pas les mouvements de migrants qui touchent l’ensemble du canton : entre 1840 et 1860, environ 10% de la population a émigré à l’étranger. Au début de la République helvétique, entre 1805 et 1818, le système routier a

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été grandement amélioré et devait devenir un facteur décisif dans son développement ultérieur. Les routes contonales qui touchaient le village sont devenues les routes sur la base desquelles l’urbanisation de Bellinzona et son système routier s’est développé, jusqu’à Arbedo au nord, jusqu’à Giubiasco au sud, jusqu’au Tessin à l’ouest en direction de Locarno. En 1804, la première section de Viale Portone a été tracée en direction du Tessin, avec la plantation d’arbres déracinés un siècle plus tard. La carte Siegfried de 1910 montre la construction jusqu’à une distance encore considérablement éloignée de la rivière. Ici, en 1815, le pont à 10 arches a été achevé, restaurant l’importance, après trois siècles, de la connexion avec Locarno. Le pont a été démoli en 1969 avec la préservation de l’extrémité sur la rive est. Une route de liaison entre Viale Portone et Piazza del Sole a également été créée, ce qui a permis d’éviter le centre médiéval étroit. En 1812, la Via Lugano a été balisée, reliant la Piazza Indipendenza à Giubiasco, et s’élevant haut dans les champs pour éviter les inondations du Dragonato. Dans ces mêmes années - mais le travail a continué tout au long du siècle - sa canalisation et d’autres travaux de discipline ont été commencés au moyen d’écluses et d’élévation urbaine, en particulier pour la construction de Viale Franscini.

Entre-temps, de nouvelles structures urbaines ont été établies le long des nouvelles routes, comme le cimetière le long de la route de Giubiasco en 1836. Vers 1845, la première section du Viale Stazione, la rue principale de Bellinzona, a été construite. En 1850, le CAserma puis l’arsenal militaire, démoli au siècle suivant pour faire place aux constructions administratives et commerciales actuelles, y seront implantés. Avant même le milieu du siècle, Bellinzona a acquis une réputation pour l’histoire de l’art grâce aux contributions de Jacob Burckhardt, aux aquarelles de J.M.W. Turner et aux textes de J.J. Ruskin - “La ville de Bellinzona est, dans l’ensemble, la plus pittoresque de Suisse” - à l’italienne, et a décrit la vue depuis sa fenêtre d’hôtel de Golden Eagle sur une mer verte de vignes. En ce qui concerne son écriture “Mémoire sur les moyens de fortifier la posizione de Bellinzona”, G.H. Dufour a demandé à son beau-frère Henry de diriger le Hardy, entre 1853 et 1854, l’arpentage de la ville, et Hermann Siegfried a fait la feuille correspondante en 1865. Correction du Tessin et premiers projets ferroviaires Le problème du cours irrégulier du Tessin s’est poursuivi, avec ses fréquentes inondations, affectant lourdement l’agriculture et le transit des marchandises et, par conséquent, l’économie. La proposition de 1851 de Carlo Cattaneo, exilé milanais et grand personnage de la politique et de la culture européenne, est un facteur décisif en la matière. Entre autres choses, il espérait une entreprise qui favoriserait la remise en état de l’ensemble de la plaine Magadino. Fervent partisan de la construction d’une ligne de chemin de fer reliant le Tessin et la Suisse à l’Europe du Nord et du Sud, Cattaneo a également considéré l’entreprise comme un outil important pour la Confédération dans la défense de sa neutralité. Par souci de simplicité, les projets n’ont pas fait l’objet d’un suivi. L’ingénieur Carlo Fraschina qui, avec le naturaliste Luigi Lavizzari, avait réalisé

Les nouveaux itinéraires qui ont comme référence les anciennes portes du village, touchent un noyau médiéval clairement délimité par un mur d’enceinte et une charité urbaine. Les portes, dont certaines en mauvais état, ont été détruites pour faciliter la continuité des routes intérieures avec les routes cantonales - la Porte des Marches en 1816 et la Porte du Codeborgo en 1824 - mais, lorsque les tensions avec le gouvernement autrichien sont apparues dans les années 1940, elles ont été réévaluées dans un sens défensif et reconstruites dans un style néoclassique. Enfin, entre 1857 et 1867 ont été définitivement éliminés comme pierre d’achoppement à la circulation croissante des véhicules.

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un projet complètement nouveau pour la correction du cours du fleuve, présenta en 1868 un instinct pour la réalisation de la ligne ferroviaire Lugano-Chiasso. Le remblaiement du Tessin, une entreprise comparable à la correction du cours de la Reuss, de l’Aar et du Rhin, a été réalisé à plusieurs reprises au cours du siècle. Le Ligne de chemin de fer, les Ateliers de réparation et le développement induit Une étape préliminaire décisive dans la construction d’une liaison ferroviaire entre la Suisse et l’Italie et les pays du Nord a été la construction du tunnel du Saint-Gothard, inauguré en 1882 et, avant cela, le pont du barrage de Melide a été construit en 1847. Dans cette perspective de développement, un outil important pour l’évolution urbaine de Bellinzona a été la planification fournie par le plan directeur en 1886, qui devait prendre l’importance que la ville assumait comme point nécessaire entre les destinations du trafic à Milan au sud et Bâle au nord, en continuité avec les lignes commerciales de l’Allemagne. En décembre 1874, les lignes Biasca - Bellinzona, Lugano - Chiasso et Bellinzona - Locarno ont été inaugurées. L’entreprise a été confiée à un élève de Carlo Cattaneo, l’un des premiers à avoir terminé ses études à l’ETH Zurich nouvellement fondée, Fulgenzio Bonzanigo, qui a été très actif dans les phases ultérieures de la croissance de la ville. Quelques années plus tard, après une période de difficultés financières pour Gottardbahn, propriétaire de la compagnie de chemin de fer, les sections Lugano - Bellinzona et BellinzonaLuino ont également été construites. L’identification de l’emplacement de la gare a été l’occasion d’une discussion et a vu l’émergence de divers intérêts économiques liés à la valeur qui serait acquise par le terrain en bordure du projet. La figure du Bonzanigo a également été décisive à cette occasion. La gare, conçue par l’architecte Goller de Stuttgart et construite par son successeur Gustav Mossdorf de Lucerne, a finalement trouvé sa demeure au pied du Daro, dans une position élevée par rapport au noyau médiéval et au reste de l’agglomération et a été inaugurée en 1876.

Dans une direction nord, en conjonction avec la construction du quartier Officine, l’avenue Officina est tracée, qui a coulé dans la Via S.Gottardo, en continuant avec la Via Guisan. Tout d’abord - par accord entre la municipalité et Gotthardbahn - après de nombreuses discussions, l’avenue de la gare a été construite. Au début des années 1900, le boulevard était presque entièrement construit des deux côtés dans sa partie sud, mais pas encore en direction de la gare. Des bâtiments commerciaux y ont été principalement installés. Avant même que cet axe ne soit planifié, la Casa Bonzanigo, construite en 1822 presque en face du Largo Elvezia, se trouvait sur son tracé. Selon les attentes, l’avenue, absolument droite, en pente, a fait le lien le plus direct possible entre le centre médiéval et la gare. Cet axe spodestava spodestava la voie Guisan comme une façon de représenter la ville. La gare et l’avenue, en fait, ont rétabli une sorte d’équilibre entre les parties sud et nord du noyau médiéval. En fait, deux pôles distincts ont été créés, à la fois géographiquement et pour leurs fonctions : les services et le commerce dans le Nord, l’administration et la culture dans le Sud. Au sud, il y avait déjà le Palais du Gouvernement, caractérisé dans un sens néoclassique dans les années 1848-1851 et orienté avec sa façade vers la Piazza qui, encore dans la première moitié de ce siècle, était une étendue du vignoble ; en 1892, l’église de S. Maria di Loreto, prte du complexe, a été détruite. En 1847, le théâtre a été construit sur la place. Pour confirmer ce pôle administratif et culturel, le Pretorio, l’École cantonale d’économie et de commerce, l’Église protestante, le Collège Soave et les écoles municipales du Sud ont été construits avant la fin du siècle et dans les toutes premières années du XXe siècle le long de la nouvelle avenue Stefano Franscini, tracée dans les dix dernières années du siècle. Ainsi, le “Quartier Sud” a été configuré comme un contrepoids prestigieux et fonctionne par rapport au Quartier Nord, représenté par le Quartier S. Giovanni. Comme beaucoup d’autres projets, l’Ecole

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cantonale de commerce a été créée par Fulgenzio Bonzanigo avec l’idée qu’avec le lycée, elle compenserait l’absence d’une université au Tessin. Il a également été responsable des première et deuxième centrales électriques, de la fondation d’une brasserie et de nombreuses autres entreprises publiques et privées.

et la construction de bâtiments hôteliers sur le côté opposé, qui définissait la rue abaissée par rapport à la place, est devenu un espace ouvert avec une définition plus serrée. Dans les mêmes années que la gare est aussi l’impressionnant Hôtel Schweizerhof. Bellinzona n’a pas eu le développement touristique attendu, qui a connu Lugano et Locarno à la même époque, mais le choix de Bellinzona comme site des Ateliers de Réparation, qui a remporté en ce sens le concours d’autres localisations, a été décisif pour la croissance économique, l’urbanisme et la caractérisation sociale de la ville.

Entre les dernières années du XIXe siècle et le début du XXe siècle, dans les zones éloignées des caprices du Tessin, incluses parmi les principaux axes déjà existants, de nombreux axes orthogonaux ont été tracés sur lesquels ont été construits les quartiers résidentiels les plus importants - et, de manière moins programmée - qui abritaient également des activités productives. Le long de la Via Franscini et de la Via Salvioni voisine, en particulier en position distale par rapport au centre, il y avait plusieurs usines comme une fabrique de chapeaux - le site est maintenant occupé par un entrepôt de voitures - dans la zone à l’est des Archives cantonales, la Fabbrica Chimica Bonetti, aujourd’hui le bureau administratif. Au début du siècle - mais tous les bâtiments étaient déjà là - la configuration actuelle de la place de l’Indépendance remonte à la même époque, résultat d’un concours en 1903 pour marquer le centenaire de l’établissement du Canton et qui consistait également à placer un obélisque commémoratif au milieu du vide. La partie nord a été définitivement caractérisée comme faisant partie des services et du commerce par la construction de la structure de l’atelier de réparation au nord de la gare dans un endroit désigné “Personnel” dans la Charte Siegfried de 1910, entre le nouveau canton du XIXe siècle et l’ancienne route principale à l’est. Sur le côté ouest des ateliers a été construit le Viale Officina et de définir au sud la Via Lodovico il Moro reliant avec la Piazzale della Stazione. Juste en face du bâtiment de la gare, il y avait un alignement de bâtiments hôteliers qui se plaçaient dans cette position dévalorisant ceux qui existaient déjà loin de la gare. Par conséquent, le vide, avec l’extension du bâtiment de la gare vers le sud

Les Ateliers de Réparation (XIX) ont nécessité l’arrivée de nombreux personnels spécialisés qui, à leur tour, ont rendu nécessaire la construction d’un quartier de ruelles et d’une école pour les enfants de ces employés d’outre-Alpes inaugurée en 1895, qui a remplacé les structures temporaires préexistantes par des fonctions égales. Commencé vers la fin du XIXe siècle, le quartier a été achevé vers 1920. Mais les employés occupaient aussi d’autres quartiers de la ville, les hôtels de Bellinzona, plus que pour les touristes, étaient importants pour le personnel des Ateliers, pour le personnel itinérant et les postes de péage, qui venaient en grande partie de Suisse intérieure. Ce nombre considérable d’employés a donc conduit à une croissance d’autres activités économiques, telles que l’hôtellerie, la construction, le commerce et les services en général. A Viale Portone, entre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle, de nombreuses activités artisanales et commerciales ont été installées à côté de bâtiments résidentiels, comme on peut encore le voir sur les façades. En 1904, l’usine carolingienne s’y installe. Mais, en dehors de l’avenue, dans le quartier, déjà dans la première moitié du XIXe siècle, il y avait des activités artisanales telles que les tanneries et autres qui exploitaient la Roggia dei Mulini, dérivée du Tessin à Molinazzo au sud d’Arbedo, coulait le long de Viale Portone et se jetait ensuite dans le Tessin à la fin de Viale Franscini. Le canal a été

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recouvert vers 1910. Ainsi, en même temps qu’une partie de la population continuait à migrer de façon saisonnière ou à prendre le chemin final de l’émigration, ferrovia a provoqué une vague massive de migration. Dans Bellinzone, cependant, les touristes sont venus, même si ce n’est pas en masse, les capitaux, les entrepreneurs, les travailleurs, même de l’Italie, comme le comercian Resinelli, qui a regardé, après avoir fait une fortune, son siège dans le “bâtiment qui correspond également aux marches avec son nom, construit en 1909. Cet escalier et d’autres restent encore aujourd’hui un élément fondamental de liaison entre Piazza Stazione et la partie supérieure de l’avenue d’un côté, avec les parties du quartier plus en aval.

nouvelles parties, donné par les voies ferrées, est surmonté par des passages souterrains qui sont à la fois tolérants et en bon état de marche. En particulier, le passage de Piazzale Stazione au district de Daro est facilité par une passerelle suspendue aux voies ferrées en 1913. Les anciens noyaux de Daro et de Ravecchia ont perdu une grande partie de leurs caractéristiques rurales et, en particulier au cours du siècle, de nombreuses zones ont disparu, principalement cultivées avec des vignes en faveur des nouveaux quartiers résidentiels des années 1910-30. En même temps, des activités et des structures sociales et scolaires ont été fondées et mises en place, en particulier dans une position décentralisée : déjà en 1885, l’Institut Feemminil de Sainte-Marie, le Collège Soave en 1905, l’Institut pour les personnes âgées dans l’ancien couvent en 1919, l’Institut Mentlen pour orphelins en 1927, existant depuis 1907 dans le centre-ville, ont été construits ; en 1939, l’église du Sacré-Cœur et, dans les mêmes années, l’hôpital de Saint-Jean, qui a repris les activités de l’ancien quartier général, ont été construits. En ce qui concerne les installations sportives, en plus de la salle de gymnastique de 1921, en 1946 a été construit le stade municipal.

Le territoire communal de Bellinzona s’agrandit : autres itinéraires urbains Une évolution importante a eu lieu avec l’incorporation en 1907 du territoire municipal de Daro, Ravecchia et Carasso. Cet inventaire ne montre que le territoire à l’est du cours du Tessin, tandis qu’il comprend le noyau de Pedevilla, un hameau de Giubiasco. Ces municipalités avaient de grandes surfaces planes qui se prêtaient au projet de développement urbain dont la ville était pauvre. Le quartier Portone a donc été agrandi sur une surface marquée par des axes orthogonaux, le “nouveau Portone”, avec la disposition des maisons, à l’intérieur desquelles les entrepôts municipaux ont également trouvé de l’espace. Plus au nord, en 1925, le large Viale Motta a été construit, créant les conditions pour la création d’autres routes qui permettaient la récupération des terres. La croissance des fonctions et des activités économiques et des services est bien enregistrée dans la croissance de la population qui, à partir des 4000 habitants du début de ce développement au milieu des années 80, atteint plus de 8000, avant même l’acquisition du nouveau territoire en 1907, quand la population atteignait plus de 10000 habitants. L’obstacle à la liaison avec ces

Réalisations importantes de la seconde moitié du XXe siècle La reprise économique après la guerre s’est accompagnée d’une forte croissance de la construction, un développement qui a dû avoir lieu d’une manière moins programmée qu’au siècle précédent, en particulier le long des nouveaux axes de la Via S. Gottardo et des routes vers Ravecchia où, jusqu’au milieu du siècle, les maisons et les bâtiments artisanaux étaient restés assez isolés. Il y a aussi la création de nouveaux quartiers résidentiels qui reproduisent en petits, et plus modestes, les quartiers de villas du début du siècle ; des quartiers de maisons, souvent à deux étages, à l’intérieur de jardins, alignés sur des axes orthogonaux, dans certains cas incluant des maisons avec des parties de villas des premières décennies du XXe siècle,

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parfois combinées ou incluant et préservant des témoignages d’activités rurales, artisanales ou commerciales, tant au siècle précédent qu’au début du XXe siècle. Dans ces quartiers, les immeubles en copropriété ont également été reliés entre eux par la suite. Dans la seconde moitié du XXe siècle, nous avons vu les colocarsi dans des espaces plats, en particulier vers le Tessin, au nord du cours du Dragonato, de nombreux complexes et défenses publiques, qui créent une connexion spatiale et des fonctions entre le centre historique et les banlieues : les complexes scolaires dans de grands espaces verts avec des arbres et leurs dépendances sportives, de grandes installations sportives comme le tennis et le lido - la très longue passerelle suspendue au-dessus de l’usine réalise un lien idéal et réel entre le fleuve et la ville -, le nouveau design de la Piazza de Sole, étroitement liée à la colline rocheuse et la forteresse de Castelgrande qui lui fait face en présentant son nouvel aspect restructuré, l’aile sud de l’édifice du gouvernement. D’autre part, d’autres témoignages de construction des siècles précédents disparaissent, comme le Couvent des Augustins, le Pont de la Tour, et de nombreuses villas, où se trouve le grand bâtiment de la poste.

Castelgrande et le château de Montebello : de la Piazza colegiata et Piazza Nosetto, le cœur médiéval, commencent deux montées raides et sinueuses vers le Castelgrande et du côté sud de la Collégiale commence la montée à la Motta qui mène à la forteresse de Montebello qui mène également à un sentier qui continue l’escalier monumental. Mary. Le reste de la muraille du XVe siècle montre encore une grande partie des travaux de barrages et de connexion avec la rivière. Depuis des temps beaucoup plus récents, une grande importance a été donnée, tant du point de vue pratique des connexions que du point de vue spatial, à la relation du centre avec la gare au moyen de l’avenue homonyme : cette connexion a peu enlevé à la survie d’un noyau médiéval qui a conservé son caractère de spatialité intime des siècles précédents, encore bien défini et spatialement caractérisé malgré l’élimination des portes qui l’ont fermé et malgré l’éclatement de l’avenue à l’intérieur du tissu médiéval. Les trois grands espaces qui l’entourent - la Place de l’Indépendance, la Piazzaz del sole et la Piazza del Governo - contribuent à rendre évidente cette fermeture durable. En un coup d’œil sur la carte, il y a une forte continuité, surtout entre le bâtiment construit le long de la façade en S - façade continue entre la Piazza del Sole et la Piazza del Governo - et celui le long de la Via Orico. Ensemble, ils redessinent, avec la formation d’un arc, les pieds du Colle di S.michele, de telle sorte qu’il puisse être marqué comme bâtiment et continuité spatiale entre la rue Codeborgo et le quartier Orico. En réalité, la grande ouverture de la place du gouvernement et aussi de la large avenue derrière elle, déterminent une forte césure spatiale entre les deux zones, autrement unies par la définition étroite des deux côtés. La gare marque le point culminant de l’agglomération dans sa partie ouest des voies ; au sud se trouve l’avenue qui interprète le changement de niveau, au nord la Via Ludovico il Moro qui relie l’avenue Officina et la Via S. Gottardo. A l’ouest, et en particulier dans les quartiers résidentiels

L’établissement humain actuel Relations spatiales entre les parties La colline de Castelgrande et le noyau à ses pieds sont, à ce jour, comme il y a mille deux mille ans, le centre du village et encore des éléments de référence décisifs et encore des éléments de référence décisifs pour les principales routes qui relient historiquement Bellinzona avec l’extérieur et, à partir de la fin du Moyen Age, la présence des trois châteaux informe le village, détermine sa lecture, caractérise son image. En plus de la vue d’ensemble qui unit les forteresses avec le reste de l’agglomération, il est significatif comment les liens directs entre la ville et les fortifications, en particulier avec le

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construits sur les voies ferrées, l’élévation de la gare a rendu nécessaire la construction de liaisons par escalier. L’arrivée dans la ville par le train présente au voyageur les premières et les plus significatives images, les fortifications et la structure imposante des voies ferrées et le grand bâtiment des ateliers de réparation, un signe important de reconnaissance et une icône, aussi de l’établissement et de son histoire la plus récente. A l’exception de la section qui s’étend à l’intérieur de la colline de Montebello, les pistes côtières sont une décision de séparation entre le bâtiment à l’ouest et celui en pente ou au pied de la pente à l’est et, dans une certaine mesure, affectent les connexions entre les deux parties. Les liaisons sont possibles grâce aux passages piétons et routiers, à la via Ospedale qui borde le côté nord de la rivière Dragonato et qui relie Ravecchia, à la Via Bonzanigo, à travers la Piazza Indipendenza et le quartier nocca, à la via Daro en amont du Palazzo delle Poste, qui mène à Daro. Entre les ensembles à l’est de la voie ferrée, une route relie les noyaux au nord, principalement par un passage sous un viaduc de la Via Ospedale, le long de la Via Ravecchia, construite en 1932. La liaison entre les noyaux au nord est assurée par la Via Pedemontana, qui longe le niveau de la voie ferrée et monte ensuite par rapport au complexe plus septentrional où elle se termine contre le grand tracé des voies qui ont interrompu la continuation de ce chemin historique en direction d’Arbedo en direction de l’Église Rouge. Le village d’origine le long de sentiers étroits, de deux vides et le faubourg d’Orico. Le noyau médiéval est divisé en quelques chemins étroits qui illustrent encore la spatialité médiévale et convergent sur les deux vides triangulaires : la Via Codeborgo, l’ancienne rue principale qui relie la Piazza del sole avec la Piazza della Collegiata, la Via Nosetto qui relie la place homonyme avec la Piazza Nosetto avec la Piazza del Governo, et enfin la Via Camminata qui a lieu entre la Piazza Nosetto et la Piazza Indipendenza Indipendenza.

Piazza Collegiata se trouve à l’intersection de l’axe de la gare du XIXe siècle avec la Via Codebrgo. L’angle de partition est occupé par la Banque d’État, qui acquiert une importance spatiale importante, rappelant, cependant, avec l’arcade à six arcades, un thème riche dans la partie architecturale du qiesta. De Piazza Collegiata on peut voir le point le plus haut de Viale Stazione, grâce à la ligne droite parfaite de la piste, encadrée par l’alignement des arbres. Dans l’ensemble, la très longue façade du Palazzo Vantussi continue cette rigoroqa linéarité, atteignant le bord nord de l’église qui marque le changement de caractère spatial et architectural à l’intérieur du noyau ; puisque l’hôtel est situé à l’intérieur des murs de l’ancienne ville, dans le relief il était considéré comme appartenant à la vieille ville. Tous les bâtiments dans le vide sont informés des caractéristiques très prestigieuses de l’époque de construction de chacun, avec la façade de l’Église qui joue un rôle prépondérant et dont l’accès est relevé à la hauteur du premier étage des autres bâtiments par un escalier monumental. De son sommet, on a une vue sur toute la forteresse de Castelgrande. Au sud la place trouve un monument de fort rétrécissement en correspondance de la Maison Rouge dont la façade, une fête de décorations en terre cuite, est définitivement imposée pour son isolement stylistique dans le contexte. Dans la maison s’ouvre un couloir de passage à un grand vide de construction récente, défini par les entreprises, qui reste visuellement étranger au contexte médiéval. Le goulot d’étranglement de la Casa Rossa, drastiquement accentué par l’avancée des arcades vers l’espace routier, et les vides que ce goulot d’étranglement divise sont l’une des raisons dominantes de la spatialité du noyau : les ruelles étroites, étroites par l’avènement des arcades, depuis les hauteurs de trois, quatre étages et les saillies des balcons, sont résolues en vides triangulaires et, à l’extérieur du noyau, en grands carrés jusqu’aux avenues. Il en est ainsi de l’étroite Via Nosetto qui s’ouvre sur la place homonyme, révélant la vue de

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l’Hôtel de Ville dont la tour échappe, avec sa hauteur, à la fermeture du vide. Ici, comme dans l’allée et comme dans la plupart des colegiata de la Piazza, les façades dominent l’apparence du XVIIIe siècle et imposent les porches du rez-de-chaussée. L’élément caractéristique de ces vides et ruelles, en plus des porches, le sol commun en pierres rouges pórfido, sont aussi les balcons en fer forgé du XVIIIe siècle, fin et élégant, ornement supplémentaire des façades et, en général, l’empreinte dominante du prestige. Bien que tous les siècles, de la fin du Moyen ge à nos jours, aient laissé leur empreinte sur le noyau des bâtiments individuels, jusqu’à la fin du XXe siècle, il existe toujours une disposition et une spatialité médiévale. Parmi les deux autres sentiers très étroits qui partent de Piazza Nosetto, la Via Camminaatà est bordée des deux côtés par des bâtiments de quatre ou cinq étages : se compose en partie de remplacements ou de rénovations du XIXe et du XXe siècle, mais qui reproduisent le motif des portiques, comme c’est le cas, par exemple, d’un bâtiment d’environ 1930, avec la façade en colonnes de tuf et de granit, qui, avec les loggias et les arcs en ella, reprend des éléments de la façade néo-renaissance de l’hôtel de ville ; la Via Teatro est cependant définie par des bâtiments datant principalement du XVIIIe siècle, et ici aussi il y a une alternance de porches sur les deux côtés. Ces ruelles, aussi étroites soient-elles, tant sous les arcades - là où elles existent - que dans l’espace de la rue piétonne, deviennent des espaces de vie à l’apothéose, des annexes des places et une extension des lieux publics à l’extérieur. Deux bâtiments au pied du “Sasso” servent d’intermédiaire entre l’étroite Via Teatro et la banlieue d’Orico, en passant par la Piazza Indipendenza. Ce passage entre les différentes pièces est nécessaire sur un terrain avec un sol commun en pierres rouges pórfido. L’ensemble est caractérisé par un bâtiment pour la plupart des XVIIIe et XIXe siècles : dans certains cas, des palais somptueux avec d’élégants éléments du baroque tardif, avec des cours intérieures, des loggias et des porches et de petits espaces

verts. Ce bâtiment combine une spatialité encore vivable comme médiévale, bien que la rue ait un souffle plus large que celui des allées du noyau principal. Aux extrémités, il y a un élargissement progressif en grands vides, particulièrement à l’ouest. La face nord établit une adhérence étroite avec le pied de la colline et, à partir du milieu de la route, une allée sur la pente relie avec le chemin qui monte à la forteresse. Quartier S. Giovanni et Piazza del Sole, carrefour spatial entre le Moyen age et le XIXe siècle. Le quartier, qui tire son nom de l’église, comprend la Viale Stazione et le bâtiment jusqu’à Viale Guisan, y compris le quartier résidentiel prévu. La rigueur des lignes est l’un des éléments qui caractérisent Viale Stazione : les bâtiments sont régulièrement alignés - même les plus récents, qui les ont remplacés par des anciens - et les arbres sont mis en valeur dans ce sens, créant ainsi une première délimitation optique de l’espace. La pente de la piste rend cette composition symétrique d’autant plus remarquable. Il est confirmé la conttinuity avec le village médiéval en termes de type de revêtement de sol, qui est également le même dans Piazzale Stazione, tandis que le large trottoir des deux côtés est pavé de grandes dalles de granit. Piazza Stazione est également bordée d’arbres, mais les Alberti aghifoglie - arbres à feuilles caduques dans l’avenue - sont situés sur le bord de la place vers le saut de niveau sur la rue où certains hôtels alignés avec les anciens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, en face du long corps de la gare. Les escaliers qui surmontent la différence de hauteur avec la place et la partie supérieure de l’avenue sont en ligne avec les chemins qui ordonnent la construction du début du siècle en plan. Partiellement marqué par l’effet monumental et scénique de l’escalier Resinelli qui détache deux unités du palais du même nom unies par un arc. Le bâtiment dit Art Nouveau, dans lequel les riches décorations et les bovins deviennent des éléments de référence qui unissent la

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longue façade, commence une séquence de bâtiments du début du siècle, trois, quatre étages, pour la plupart individuels, rappelant divers styles mais tous marqués par un langage et un prestige international avec des ouvertures soulignées par des tympans et de puissants balcons balustrades à consoles, des façades terminées par des avant-toits robustes. Il s’agit notamment du bâtiment de l’ancienne Poste Suisse, avec ses neuf plans d’ouverture à l’étage central, surmontés de pignons arrondis ornés de guirlandes en relief. Au sud, où la différence de hauteur par rapport à l’ouest est minime, il y a une connexion avec la place du Soleil à la Piazzale Elvezia.

siècle de platanes monumentaux : un espace de jardin déjà dans ce siècle, est un carrefour important à travers lequel comparer, en plus du rideau d’arbres, les façades du début du siècle, les bases de la colline, l’avenue du portail et l’avenue Guisan, presque une île de verdure, une pause dans cette rencontre de façades bâties et qui a une continuité dans l’alignement le long de l’avenue Guisan et le long de l’avenue Officina dans le quartier résidentiel de S. John. Le quartier construit pour les dépendants du chemin de fer du Saint-Gothard a pour structure portante la croix formée par la Via Di Sacco au sens nord-sud et la Via Visconti au sens transversal ; il est limité au nord par la section Officine et au sud par le bâtiment de la Coopérative, de son côté le long de la Via S. Giovanni. Il est donc possible d’identifier une simple parcelle de quatre blocs à l’intérieur desquels se trouvent des logements pour la plupart à deux familles, mais aussi à plusieurs familles, rappelant des styles - la présence de diverses expressions de la Liberté - et des raisons de variation, avec en même temps de nombreuses caractéristiques communes : le placement en lots normalement relativement petits par rapport au bâtiment, les chuisi des murs et des grilles et des haies, qui donnent une forte unité à l’ensemble, la hauteur de deux, trois étages. Le bord le long de Viale Officina a vu presque tous les bâtiments d’origine remplacés au cours des dernières décennies. Ici, ce n’est pas seulement le langage différent qui insère un élément de changement, mais aussi la perte presque générale des murs de clôture qui change la relation avec la route. Les bords nord-est et sud-est ont aussi un caractère particulier, car il n’y a pas de jardins de rue, les magasins apparaissent et les bâtiments sont toujours multifamiliaux. Par rapport à la partie intérieure, le caractère d’intimité diminue. Une présence significative, liée à l’histoire du quartier est l’ancienne école pour les enfants des employés du chemin de fer de langue Aleman qui sculpte une zone qui lui est propre, en partie boisée. La Piazza del Sole, avec son encadrement

Parmi les bâtiments relativement récents, le bâtiment de la Poste avec sa très longue et haute façade interprète, dans un langage contemporain, le balayage des parties des bâtiments du début du XXe siècle et reprend son alignement et le désir de continuité dans la définition horizontale et verticale de l’avenue. Vu de l’étage, de l’ouest, les bâtiments sur Viale Stazione, en particulier les hôtels de Piazzale, Palazzo Resinelli et d’autres donnent contre les déchets forts qui ne sait pas capturer altimertrico l’avenue. La partie plate du quartier a son bâtiment le plus représentatif dans l’église de St. John the Evangelist surplombant le front sur la rue Guisan avec la médiation d’une place bordée d’arbres. Ce qui était autrefois le siège du couvent a été occupé pendant quelques décennies par un bâtiment massif donnant sur l’église et du sud empêche la vue de la façade, tandis qu’au nord les bâtiments de la Coopérative, avec la grande décoration des façades, rappellent le langage, les formes et les décors plus au sud, également commerciaux et résidentiels et contemporains. Cone leur forme enveloppante par rapport à l’Eglise renvoie quelque chose de l’idée de l’ancien complexe du couvent. Sud-ouest du district de S. giovanni a sa délimitation dans la séquence de deux vides, la Piazza del Sole et la Piazza simen, une place caractérisée par une plante du XIXe

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géométrique régulier et sa surface lisse et réfléchissante, ainsi que la rugosité de la formation rocheuse et l’ensemble de tours et de murs crénelés au-dessus, crée une atmosphère de métaphysique, voire de fabulisme. La signification qui se réfère au vide découle aussi du fait qu’il est le point de rencontre de toutes les phases de construction de la colonie, depuis ses origines millénaires jusqu’aux réalisations des dernières décennies. Il établit une forte continuité avec la voie Codeborgo dans une transition progressive de la grande ouverture vers le rétrécissement de l’espace médiéval.

caractéristiques de la représentation, pour la présence de bâtiments publics et privés, pour son origine prévue, Viale Franscini est comparable au quartier de la gare. Dans sa partie sud, conçue entre 1893 et 1898, elle présente une séquence de différents types de bâtiments publics, villas et autres bâtiments résidentiels de l’âge de Caballo des XIXe et XXe siècles, tels que la Scuola Cantonale di Comercio, le Pretorio et, dans le même alignement, mais en arrière, la petite église évangélique de 1899, partiellement crépie, partiellement recouverte de marbre, tandis que de l’autre côté de la route, il y a une construction “nordique” Art Nouveau, presque un petit manoir, avec une façade en granit. Dans la place du gouvernement domine l’empreinte du néoclassique donné surtout par les bâtiments les plus représentatifs, tels que le Palais du gouvernement et le Théâtre social qui se réfère dans le langage et les détails de construction au Théâtre milanais de la Scala, comme un modèle. Les deux bâtiments sont reliés l’un à l’autre par un grand parterre de fleurs contenant un bassin rond de fontaine avec sculpture et une imposante plantation d’arbres. La longue et régulière façade de l’édifice du gouvernement se termine par la définition de certains bâtiments résidentiels commerciaux du côté nord, qui décrivent une arche légère suivant le pied de la colline. La nouvelle aile du Palais prolonge le vide vers Viale Franscini, vers l’Ancienne Ecole Cantonale de Commerce et de Design qui, en petite partie, reproduit le plan du Palais du Gouvernement. A l’extrémité opposée de l’ensemble, la Piazza Indipendenza a son accent principal dans l’église de S. Rocco. Ici aussi, les caractéristiques de la construction néoclassique et l’empreinte monumentale de la plupart des bâtiments qui la définissent dominent. L’obélisque de 1903, dans un parterre au milieu du vide, insère un élément de solennité dans la commémoration du centenaire de l’autonomie du Tessin. Le côté sud est en partie défini par l’hôtel historique de L’Aquila, qui est aujourd’hui un bâtiment résidentiel. Le vide est aussi un point de

Le “quartier sud” : entre le Moyen ge et le XXe siècle. Caractérisé pour la plupart à la fin du XIXe siècle, le tout, qui se déroule principalement le long du Viale Franscini et de la Via Dogana, témoigne de plusieurs phases de croissance du peuplement : les deux vides, éléments structurels fondamentaux de l’ensemble, également de configuration du XIXe siècle, sont également définis par des artefacts des siècles précédents. La Via Dogana est en contact étroit avec l’environnement médiéval qui surplombe la route qui s’étend entre les deux places avec les murs de clôture crénelés médiévaux jusqu’à la cour de l’hôtel de ville. Cette proximité avec le noyau médiéval détermine le tracé sinueux de la route qui la distingue de la route rectiligne de la fin du XIXe siècle Viale Franscini, autre élément structurel “porteur” du noyau. Du point de vue de la construction, l’ensemble a la caractéristique d’un vaste échantillon de bâtiments individuels, différents dans leurs fonctions, de tailles et de styles différents, de sorte que leur cohésion réside avant tout dans un langage culturel commun, souvent avec une empreinte monumentale, dans la coopération dans la définition des chemins et des vides. Dans ce sens, la Via Dogana a une exception avec quelques alignements d’une certaine consistance de bâtiments résidentiels commerciaux. Pour ce qui sont les

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son grand parc, sculpte un bloc séparé au centre de l’ensemble, et de l’usine chimique de Bonetti, aujourd’hui siège administratif cantonal, dont les travaux de restauration ont conservé l’image originale d’un bâtiment industriel.

tri des rues importantes, pour le quartier Nocca à travers la Via Bonzanigo ; la Via Lugano vers Giubiasco ; la Via Dogana vers la Place du Gouvernement. Ces ouvertures généreuses, qui interrompent la fermeture de la place, sont accompagnées d’étroites incisions reliant la place au village médiéval et à l’allée Mentlen.

Le quartier Portone La sortie de la place Simen est Viale Portone, délimitée au début du XIXe siècle et derrière laquelle s’est développé un quartier résidentiel sur des axes orthogonaux, également dans ce cas avec une présence discrète de bâtiments productifs, souvent avec des sections peu différentes de celles des bâtiments résidentiels. Le bâtiment du côté sud de l’avenue ocupa le pied de la colline de Castelgrande complète la continuité de construction qui est réalisée avec le noyau médiéval et la banlieue d’Orico. La connotation de cet axe reste encore largement l’artisanat commercial, avec des bâtiments de différents types ; caractérisant le côté nord de la route est la vieille voiture d’usine, un bâtiment dans le langage architectural des bâtiments industriels du début du XXe siècle avec les ouvertures encadrées par des briques apparentes, inclus dans la partie de l’ensemble à plus grande densité et plus représentatif de l’édifice d’origine. De l’autre côté, en alignement régulier, il y a des bâtiments pour la plupart sur trois étages, recouverts de quatre couches, des logements et des activités commerciales et artisanales au rez-dechaussée. Dans le tronçon où la distance entre la route droite et le rocher est plus grande, les cours et les bâtiments secondaires sont fréquents. Un témoignage significatif du passé artisanal du quartier, à l’extérieur de l’avenue, est l’ancienne tannerie Capproni, aujourd’hui un bâtiment résidentiel et commercial qui conserve sa forme du XIXe siècle, avec un pórtico au rez-de-chaussée, et qui est un

Un quartier résidentiel et industriel entre Via Franscini et Via Salvioni Au-delà de la Piazza Orico et de la grande gravure de la Via Emilio Motta, qui traverse la brèche dans les murs médiévaux, il y a la continuation de la Via Orico en Via Salvioni, partie d’une ancienne route, avant Via Franscini, qui a atteint le Tessin. Alors que l’extrémité ouest conserve encore des témoignages de son passé d’artisan industriel - à la fois avec des activités toujours en cours et avec la préservation du seul bâtiment aujourd’hui avec des fonctions administratives - la partie opposée voit nettement prédominer la fonction résidentielle dans certains ensembles de maisons, principalement des maisons unifamiliales dans les jardins. Ces petites zones des premières décennies du XXe siècle se reflètent également dans un alignement de résidences sur la Via Salvioni : ici, il reste l’ancienne clôture aux jardins de ces résidences - aujourd’hui toutes remplacées - fournie par un mur avec un portail historique qui donnait accès aux villas. Le long de cette rue, cependant, reste une idée d’un endroit isolé, un environnement d’intimité tranquille, exclu de la circulation dense qui affecte les autres rues environnantes et le Viale Franscini lui-même. L’image d’un quartier résidentiel et artisanal industriel est reconstruite, dans certains cas avec un manoir et une unité de production à côté. C’est le cas du manoir et de l’unité de production voisine. C’est le cas de l’élégante Villa Bonetti qui, avec

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accent important pour ceux qui viennent du sud, presque une île entre les routes principales. Pui au nord est un quartier dominé par une fonction résidentielle, ordonnée sur une trame d’axes art-ogonaux, comme dans le quartier de Saint-Jean, mais ici la division en luttes est moins stricte. La partie centrale est plus précieuse, avec l’immeuble le plus prestigieux, tandis que, surtout, aux bords ouest et méridional, les immeubles multifamiliaux et les inserts de volumineux immeubles d’appartements des dernières décennies sont fréquents. Dans ces zones également, les bâtiments résidentiels multifamiliaux du début du siècle restent. Dans la partie la plus intéressante il y a une prédominance de résidences prestigieuses construites dans les premières décennies du vingtième siècle où les caractéristiques de Liberty dominent. Ici aussi, les résidences occupent des terrains entourés de murs et de caillebotis ; il y a de rares exceptions, comme dans le cas d’un bâtiment avec de riches décorations en plâtre sur les balcons et les ouvertures, né comme un bâtiment avec des activités productives. Différents bâtiments flanquent la résidence avec des espaces dédiés aux activités artisanales. Une présence particulière est la zone des entrepôts municipaux à faibles corps de série, recouverts de deux couches, les ouvertures encadrées de briques apparentes. A ces derniers s’ajoute, plus haut, le bâtiment administratif, un exemple de premier ordre pour les décorations élégantes et riches de rayures.

deux axes de croissance importants des premières décennies du XXe siècle : Viale Motta et Via S. Gottardo. Viale Motta est un grand axe droit avec des arbres réguliers sur le côté nord, tandis que sur le côté sud il y a des arbres sur le côté nord, tandis que sur le côté sud il y a beaucoup d’arbres dans les zones environnantes qui donnent une continuité à la verdure. La valeur spatiale de cet ensemble provient en grande partie de cette large gamme, soulignée par l’ameublement arbóreo auquel s’ajoute un moment important du point de vue historique, architectural et spatial, comme dans le cas d’un alignement de cinq maisons à deux familles, toutes identiques, en retrait dans leurs modestes jardins à l’intérieur des murs, construits pour les employés de la ligne du Gotthard. Les cinq bâtiments se composent chacun de deux éléments de tour latéraux qui contiennent le côté long vers la rue, recouvert de deux couches. Les légers réajustements, qui n’affectent pas les formes originales, insèrent les motifs de variation et l’élément de variation est aussi le décor pictural original rica et coloré, conservé uniquement dans l’élément le plus occidental. L’autre ensemble de maisons est composé d’objets de la même époque, individuellement plus précieux et raffinés que les modules à deux familles, mais avec une cohésion spatiale et stylistique moins forte. Pour le reste, dans son ensemble, à côté des condominiums et des maisons unifamiliales des dernières décennies, il y a la présence d’importantes structures publiques telles que le gymnase des années 20, qui se caractérise vers le chemin de la grande ouverture en arche, et la place du stade municipal avec un monument au centre composé d’un obélisque et d’une statue de bronze.

Les quartiers les plus au nord, entre les voies ferrées et Prato Carasso À l’extrémité nord de Viale Guisan est Piazza Mesolcina, un vide en soi pas particulièrement significatif spatialement, mais le point de convergence de

Au nord-ouest du quartier résidentiel

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de Saint-Jean, le bâtiment est organisé principalement sur la Via S.Gottardo et Viale Officina et à l’est, la Via Mesolcina et la Via Geretta à l’ouest. Puittosto par rapport aux contreforts est la zone au nord de l’Officine.

ou plus de distance avec la Via S. Gottardo, l’alternance d’environnements dans lesquels il ya une présence de maisons individuelles dans les jardins, avec de petits quartiers de grands condominiums jusqu’à sept étages, souvent des exemples de logements sociaux bien entretenus, situé dans de généreux espaces verts. Une autre façon de s’établir dans cette région est donnée par des maisons modestes du milieu du siècle, la plupart du temps unifamiliales, le long d’axes orthogonaux bordés d’arbres, dans des jardins, la hauteur de deux étages, que l’on trouve également dans d’autres parties de Bellinzone, et dans lesquelles sont incorporées des villas rares de prestige, mais aussi des insertions de bâtiments multifamiliaux. La dernière partie de la Via S. Gottardo, son côté est, se caractérise par une présence discontinue de bâtiments du début du XXe siècle et, probablement aussi à partir de la fin du XXe siècle, dominant le côté ouest. Dès 1910, la carte Siegfried montre une continuité de construction le long de la Via Pantera, qui s’étend parallèlement aux voies ferrées et rejoint ainsi la Via s.Gottardo au nord par pliage en arc de cercle. Cet itinéraire, qui est fortement en ligne avec le tracé du terrain, est le résultat d’un bâtiment plus épais et plus ancien que le reste de l’ensemble, qui définit souvent directement l’itinéraire. Son passé rural est également marqué par la forte présence de maisons aux caractéristiques rurales, “modernes” au sens bourgeois de la ville, mais aussi des maisons caballo des XIXe et XXe siècles avec des caractéristiques Art Nouveau. Au-delà des pistes, il existe une relation étroite avec les noyaux en amont. Les travaux de construction sur les deux routes droites et inclinées qui relient cette partie à la route du Saint-Gothard, qui ont déjà été balisées mais ne sont que partiellement construites sur la carte

Entre la Via S. Gottardo et la Viale Officina, il y a une île encore largement engazonnée, où cohabitent une construction bourgeoise datant des années 1930 et une ferme déjà mentionnée dans la Charte Siegfried de 1910. Vers Viale Officina cet ensemble est confronté par le long alignement du bâtiment qui ferme la zone de l’atelier vers Viale Officina. Plus au nord, sur la Via S.Gottardo, des deux côtés, il y a une série de bâtiments résidentiels qui remontent aux années 1930 et 1940, avec trois étages du côté de l’orientation et marqués par un plus grand prestige que ceux du côté opposé à deux étages. Pris ensemble, lorsqu’il y a des espaces verts qui dépendent des habitations, ils sont beaucoup plus modestes que dans les autres quartiers résidentiels du début du XXe siècle mentionnés plus haut. Le bâtiment était plus varié, surtout entre la deuxième et la quatrième décennie du XXe siècle, en étroite relation avec le Chemin de fer rhétique, qui n’existe plus aujourd’hui. Il ya une prédominance de maisons individuelles dans les jardins, et dans certains cas avec des tronçons de villa, avec un langage architectural plus élevé vers la Via S. Gottardo, plus modeste vers l’ouest. Des caractéristiques similaires se retrouvent dans le bâtiment qui couvre principalement la Via Geretta, mais avec une cohésion patience moins compréhensible, même si la rue, plantée d’arbres et avec des murs de clôture aux jardins des maisons, établit une bonne cohérence de cet environnement bâti. Dans la croissance qui se rapporte moins

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Siegfried, seront plus lents et dans des lots plus grands et plus réguliers. Dans ces deux tronçons, l’édifice, presque exclusivement résidentiel, se situe dans de modestes espaces verts entourés de murets et d’enfers ; des maisons aux aspirations et aux traits bourgeois, mais avec des espaces qui se caractérisent davantage comme des jardins que comme des jardins.

ont souvent de petites parcelles de jardin dans le nord, pour un court tronçon, vous avez la définition de la route des deux côtés. Dans l’ensemble, plus au nord, au premier bâtiment au sud, la route bifurque avec une branche qui s’étend en partie au niveau de la voie ferrée et une branche interne qui s’élève fortement. Ici, surélevé par rapport au chemin et derrière les murs, il y a quelques maisons, en partie d’une certaine préciosité et dans de grands espaces paysagers, l’une en particulier depuis le début du siècle avec une dépendance construite à côté avec des parties qui rappellent la villa, mais à l’origine utilisée comme cuve et aujourd’hui comme habitation.

Les noyaux le long de la route du piémont Ces ensembles sont tous liés à l’étroit chemin asphalté, avec le bâtiment qui le définit maintenant directement, est maintenant distancié ou placé légèrement haut par rapport à lui, ont une forme allongée, avec peu de développement dans l’est ouest, étroit comme ils sont otra voie d’alignement des voies et la montée rapide de la pente. L’itinéraire se déroule à plat, parallèle aux pistes et ce n’est que dans la correspondance du dernier set au nord qu’il s’élève décidément, plus haut que le niveau de ceux-ci. L’ensemble au sud repose presque entièrement sur la surface de la route ; seule la partie au nord, où elle s’étend, une résidence de prestige orientée vers le centre-ville, occupe le point le plus haut. L’extrémité sud est formé par une longue ligne de bâtiments résidentiels de trois, quatre étages, couverts de deux couches, qui définissent la route avec la médiation d’un trottoir étroit seulement conçu par la chaussée différente par rapport à la chaussée. Le premier étage avec une base en pierre de taille rainurée, les décorations sur les fenêtres, introduisent des éléments urbains aux côtés d’autres éléments ruraux. Le complexe au nord repose sur un niveau au-dessus de la route avec le bâtiment qui établit un lien fort avec la pente raide derrière et avec les maisons qui

Daro avec l’église paroissiale de S .Quirico. A Daro, il y a trois ensembles de construction distincts pour la morphologie de la plante, les caractères du bâtiment et les fonctions. Surtout, le teint de S.Quirico, implanté sur une base rocheuse qui descend jusqu’au cimetière le long de la Via Pedemontana, se détache. L’ensemble ecclésiastique est accessible par une rampe piétonne raide qui relie l’extrémité nord du noyau principal du Daro ; il se caractérise, par rapport au secondaire, par un caractère plus résidentiel et plus prestigieux. Le noyau principal du Daro s’élève sur une pente, monte d’ouest en est et du sud au nord et ordonne sa publication le long de quelques chemins et d’un escalier convergeant sur de larges rues qui prennent le caractère de petites places. Plus large, défini par des bâtiments plus intéressants, et plus articulé, grâce à la succession de bâtiments qui occupent les coins de la division routière, le vide au nord-est. Il offre des perspectives intéressantes enrichies par le mouvement mor-

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phologique du terrain de plantation sous vide. Dans ce vide est imposé, pour sa particularité, le Cercle catholique Unitas avec des traits de bâtiment ecclésiastique, qui surplombe la place d’un côté du fronton avec des décorations à gratter qui prétendent des éléments architecturaux couronnant l’ouverture et une demi-roses d’ouverture dans le tympan également conçu à gratter. Mêmes décorations aussi sur les longs côtés. Une fontaine publique de vide. Il est surplombé par d’autres bâtiments aux fortes caractéristiques bourgeoises du XIXe siècle, avec des balcons en fer forgé. Dans l’ensemble, il y a très peu de souvenirs d’un passé rural, qui peuvent encore être ressentis surtout sur les bords nord-est et dans les sections qui peuvent encore être lues des bâtiments qui ont été rénovés dès le XIXe siècle, selon la langue de l’époque. Il ya aussi peu d’espaces verts en fonction des maisons, sinon dans le chemin plus au nord, sur une pente marquée, le long de laquelle il ya des petites parcelles de terrain dans le jardin et jardin derrière les murs qui contribuent avec les bâtiments à sa définition. Il est relié à la route plus au sud par un escalier qui permet de dessiner et d’enrichir le tracé des routes et de mettre en valeur la pente de l’ensemble. Bien qu’il y ait plusieurs bâtiments qui ont subi des interventions qui déforment partiellement le caractère original, surtout dans les deux routes à l’est, dans le nucelo vous pouvez apprécier la structure claire et articulée, la démarcation claire des routes, en particulier dans ceux plus au sud dans lesquels les pavés accrédite également un certain aspect de ville. Le noyau secondaire est développé en grande partie par rapport à la Via Daro dans une pente sensible, flanqué par le cours d’un élément construit aussi des rails, comme canalisé, présent surtout

au sommet, avec un pont et les marches du lit. Le bâtiment n’a pas toujours une relation étroite avec la rue, sauf dans la partie basse qui se caractérise par un accès à l’ensemble avec un rétrécissement donné par deux bâtiments du XIXe siècle. La route et la rivière sont creusées par rapport au niveau des plantations des bâtiments, qui ont également été converties en activités de petits vergers. Surtout du côté nord, derrière la route, dans les jardins, il y a des maisons avec des éléments bourgeois ; l’école, à l’intérieur d’une cour avec des marronniers d’Inde, occupe une terrasse au-dessus de la route. Dans la partie amont une branche courte vers le nord établit un lien fort avec la campagne, et aussi la continuation vers l’est, en direction du château de Sasso Corbaro, est peuplée d’espaces dans le vignoble sur une pente raide. Ici aussi, une vieille grange en pierre en vue est un rare si ce n’est pas la survie unique d’un bâtiment éthyle encore dans son apparence originale. L’ensemble ecclésiastique occupe une position de château, qui s’ouvre avant tout sur la vue du sud, sur un mur rocheux et, en partie, avec des terrasses anthropiques et le robuste mur en pierre de taille apparente qui abrite la terrasse du cimetière. L’église se caractérise par l’approche typiquement baroque de la façade, avec une fontaine arrondie à l’intérieur de laquelle s’ouvre une fenêtre en forme de rein, et la stricte linéarité du clocher en pierre, presque disproportionnellement large pour la mince façade en plâtre. Le cimetière est accessible par une ruelle pavée étroite et s’ouvre derrière un portail sur une plate-forme entourée d’un mur devant la maison paroissiale. Agrémenté de riches graffitis. Du cimetière, semblable à une cour fermée, il y a une vue magnifique sur toute la ville, les châteaux et au-delà.

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Au pied de Montebello et de Sasso Corbaro

Ravecchia a différentes situations de construction parmi lesquelles domine la fonction résidentielle des ensembles des premières décennies du XXe siècle qui, à l’époque, sacrifiait de nombreuses parties à la vigne, persistent des parties vignate capables de fournir une séparation entre ensemble et ensemble ou entre les ensembles historiques et les surfaces vignate presque submergé par le nouveau bâtiment. Les ensembles résidentiels occupent un terrain en légère montée progressive d’ouest en est dans une relation privilégiée avec certaines voies. Un seul ensemble conserve encore des aspects clairs du passé rural, comme l’ensemble de Pedevilla détaché du précédent par le cours de la Riale Guasta. Un caractère différent a le tout avec l’église de S. Biagio, détachée de la route qui traverse la piste et qui a comme centre spatial le grand carré pavé de pierres rouges profido. Même si l’individualité des bâtiments du noyau est très prononcée, ils expriment une forte solidarité dans la définition du vide : au nord, les murs du quartier général de la police et au sud, un bâtiment volumineux aux traits néoclassiques, inséré dans l’enceinte du parc de la Villa dei Cedri. Dans le vide, l’église, légèrement plus basse que le sol environnant, sculpte un parvis herbeux exclusif entouré d’un muret. A l’exception de la fresque de Saint Christophe, la façade de l’église est un couvent de maçonnerie au-delà de la voie ferrée. Presque de tous les côtés l’ensemble a un cadre vert dans l’aberration des ensembles de villas et, surtout, le parc de la Villa dei Cedri. Le noyau délimité à l’ouest par les voies ferrées, avec leurs crêtes au bord de la route, et au nord par le Dragonato, est composé de villas datant du début du XXe siècle, derrière le chemin dans des

La zone de Nocca est étroite entre le pied de la pente au nord et à l’est, le cours du Dragonato au sud et les voies ferrées à l’ouest. La liaison avec le reste de la ville, depuis la Place de l’Indépendance, est assurée par le passage sous le chemin de fer de la Via Bonzanigo qui traverse l’ensemble jusqu’à l’agrandissement avec l’école, une île clôturée, entourée de verdure et entourée de larges sentiers. L’ensemble, en montée du nord au sud et d’ouest en est, a un moment important dans l’allée Cracco, un chemin très étroit qui ordonne la construction à la première montée de la pente vers l’est : il est pavé, défini sur le côté aval par un mur à la hauteur de l’homme des jardins de clôture et sur le côté opposé par un mur de la hauteur des épaules, qui entoure les lots dans lesquels les maisons sont placées pour la plupart au début du XXe siècle. Les faits spatialement significatifs sont l’élimination des murs définissant la route en correspondance avec les bâtiments qui ont remplacé les précédents et la position des vieilles maisons plus en arrière que les maisons récentes. La partie plate se compose de maisons du début du XXe siècle, très différentes les unes des autres, avec des traits urbains clairs, des lots avec le caractère de jardins et, en général, dans un environnement boisé. Cette partie a dans l’Institut de Sainte Marie la plus prestigieuse urgence, situé au pied de la pente de Montebello. La vue du sud unit les deux bâtiments : l’Institut au premier plan, la forteresse à l’arrière-plan. L’escalier monumental et le chemin qui y mène établissent un lien direct entre les deux artefacts. Au sud de Dragonato, à l’est de la voie ferrée : Ravecchia, entre le quartier rural et les quartiers résidentiels

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jardins surélevés au-dessus de la route et entourés d’un mur plus haut que la hauteur d’un homme. En plus d’un arbre riche, les maisons qui sont détruites sur quelques rangées de profondeurs, sont aussi présentes des pergolas de raisins. L’ensemble de l’environnement est très vert, également en raison de la présence d’un alignement de tilleuls sur le bord des voies ferrées. La villa de plus grand prestige a une sorte de “copie” dans un volume plus au sud avec le même périmètre et le même volume et avec la même division et distribution des éléments de la façade, mais tous marqués par une plus grande sobriété et linéarité, une sorte de variante “moderne”. La similitude de la délimitation de l’ensemble par les murs avec les jardins se retrouve également à la limite sud. Le bâtiment de la Via Ravecchia, dans lequel se trouvent également des condominiums datant des années 60, est moins prestigieux. Le service public avec le bâtiment de la poste apparaît également ici, probablement du début du 20ème siècle et dans une position marquée, où deux routes se rencontrent. L’identité de cet ensemble vient aussi du caractère de Via Ravecchia comme une route de croisement, sensible à la morphologie, et une connexion entre les différentes parties de la colonie. Comme l’ensemble de l’amont du chemin de fer, la partie sud de la Villa dei Cedri montre une destination claire, depuis son origine, comme un quartier de villas, bien que déjà de nombreuses substitutions ont été des substitutions. La villa la plus prestigieuse de l’ensemble de Ravecchia a été construite dans les années 1920 et 1930, non seulement en raison du haut langage architectural du bâtiment, mais aussi en raison de l’amplitude et de la somptuosité du cadre du parc, à l’intérieur duquel court un chemin d’accès, à partir de la route. L’alignement des villas

est également mis en valeur par le prestigieux parc en face de la Villa dei Cedri avec sa structure impressionnante. L’ensemble de Ravecchia qui illustre le mieux le passé rural de la région est encore en partie défini par des éléments naturels, à la fois par la Riale Guasta, qui la sépare de Pedevilla, et par quelques parcelles de vignes presque intactes. C’est un quartier “autonome” dans la mesure où l’on peut encore y voir les vestiges de l’activité rurale, sa fonction résidentielle et la présence de quelques entreprises. La construction rurale peut encore être lue surtout dans le Carrake Confaglia étroit en pente prononcée. Le Carrale est pavé et la nature rurale est visible dans les cours des maisons qui le surplombent, dans des dalles confisquées en terre, pour marquer la définition des propriétés, dans de véritables bâtiments utilitaires avec escalier extérieur. Au nord, quand le sol est presque plat, il s’élargit vers la place : un espace avec une fontaine et un parterre herbeux, défini par un bâtiment modeste et très varié, deux bâtiments de trois étages, allant du XIXe siècle à une intervention récente frappante. Au-delà de la place, au nord, et au-delà de la chaussée qui la touche tangentiellement, il y a un environnement très étroit, plus étroit que ledit Carrale et avec de forts tronçons ruraux, étroit entre deux alignements de côtés de frontons de bâtiments de trois étages avec des balcons au dernier étage. Au sud de Riale Guasta : Pedevilla Appartenant à la municipalité de Giubiasco, Pedevilla réaffirme le caractère rural de cette partie de l’agglomération, à laquelle contribue également la présence du fleuve qui marque la frontière entre les ensembles ainsi qu’entre les municipalités. La frontière est également confirmée par la route parallèle au cours

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d’eau. Toujours au nord de celui-ci, une petite place définie par un bâtiment de restaurant, probablement du début du XIXe siècle, et où ils sont une fontaine et une pergola, configure un accès clair à l’ensemble en entrant dans la rue principale qui court parallèlement aux courbes de niveau, définie par des bâtiments et des murs qui entourent les jardins et les jardins potagers. Les bâtiments sont pour la plupart recouverts d’éléments bourgeois. Le parcours hésite dans un vide marqué par les bâtiments les plus représentatifs de l’ensemble - la Chapelle de S. Defendente et Palazzo Tatti - et est pavé d’asphalte encadré par des bandes de pavés. A l’est de ce bâtiment s’étend un chemin incliné défini par les bâtiments et le mur du jardin du palais, vers lequel il montre sa prestigieuse façade. Dans le mur s’ouvre un portail probablement aussi du XVIIIe siècle avec des armoiries. Sur la route il y a aussi des résidences bourgeoises du début du 20ème siècle. Sur le plan spatial, la partie la plus intéressante et la plus caractéristique de l’ensemble est donnée par une ruelle étroite sur une pente, une gaieté de bâtiments qui définit directement avec ses murs la rivière, de sorte qu’elle dessine un paysage particulier. Les bâtiments de l’allée sont résolument ruraux et, surtout du côté sud, ont une maçonnerie irrégulière, souvent arrondie et, lorsqu’il y a une intervention de retouche, la régularisation de ces murs car ils introduisent un changement soudain et un élément étranger de rigidité. Au point le plus haut, l’itinéraire mène à une petite place pavée au-dessus de la rivière, qui est aussi l’extrémité de l’allée en pente du noyau adjacent.

de la Via Lugano le long de laquelle s’alignent, du côté est, des bâtiments pour la plupart sur trois étages, dont certains sont des transformations ou des remplacements récents de bâtiments de la première moitié du XXe siècle, d’autres probablement construits au milieu du siècle. Les résidences de prestige, villas construites entre les années 20 et 30 du XXe siècle, ont été construites derrière le chemin du début du XIXe siècle. Ils ont de grandes surfaces arborées et des jardins potagers et, dans la dernière rangée, vers la dépression de la voie ferrée, il y a de nombreux bâtiments secondaires de nature rurale, y compris une écurie et une écurie décorée de médaillons en terre cuite reproduisant des têtes de chevaux et de bétail. Étranger à Via Lugano est aussi le complexe du couvent de S.Laria delle Grazie, aujourd’hui une maison pour les personnes âgées flanquée par l’étroite Via Saleggi, presque un chemin de campagne, plus haut que Via Lugano et qui aide à délimiter, avec Via Cimitero, de l’autre côté, une sorte d’île. Il est évident qu’au sud, il y a eu une interruption et une réduction de la clôture précédente. Du côté ouest, l’ensemble du couvent laisse la façade de l’église libre et l’accès au cloître dont les murs sont enrichis d’unicium de fresques du XVIIe siècle. Devant la façade de l’église, il y a une place pavée et la relation avec la zone du cimetière reste libre, tandis que sur le côté, un petit corps de loggia se joint et avance vers la route bordée d’arbres.

Entre la voie ferrée et la Via Cimitero : le Couvent et la Via Lugano.

Étant donné la contribution des châteaux à la valeur de l’établissement humain, toute intervention ou réintroduction, même à une certaine distance de ces

Recommandations Voir aussi les indications générales de sauvegarde

L’ensemble est traversé par la ligne droite

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objets, même dans la partie plate de la colonie, doit toujours prévoir qu’elle n’entraîne pas d’interférence visuelle ou une diminution du contexte naturel de soulignement comme premier plan ou arrière-plan pour de telles situations d’urgence. En ce sens, aucune nouvelle entrée ne devrait être permise dans les environs en contact direct avec les châteaux. Au sein du noyau principal et du district d’Orico, chaque intervention minimale doit être soigneusement évaluée en accordant une attention particulière à l’effet sur le contexte. Donner la priorité à l’entretien et au rééquipement, à effectuer sous la supervision d’un expert, sur les remplacements. Dans de tels environnements bâtis, plus qu’ailleurs, c’est l’image globale, le contexte qui décide de la durabilité ou non de l’intervention, et non la bonne exécution de l’objet lui-même. Les bâtiments de la fin du XIXe et du début du XXe siècle en contact direct avec les groupes les plus anciens, qui, dans certains cas, ont incorporé d’importants témoignages de construction des siècles précédents, devraient être protégés car ils documentent une phase de développement résultant d’un grand travail de planification, avec des directeurs de croissance encore étroitement ancrés au noyau original. Les noyaux programmés, encore largement intacts, de l’amour mono- et bifamilial dans les jardins, des premières décennies du 20ème siècle avec le caractère d’une villa dans les jardins, en partie faite pour les employés des chemins de fer, doivent être protégés. Introduire des règles qui empêchent la disparition - avec le remplacement progressif de ces témoignages - de phases importantes de croissance socio-économique et de grande valeur historique et architecturale. Le même critère doit également s’appli-

quer à tous les autres ensembles qui sont encore reconnaissables en tant que zones de construction homogènes, expression du bâtiment cultivé du début du XXe siècle. Bien que représentatif d’une architecture moins imposante, maintenir l’individualité de ces zones de maisons modestes à l’intérieur d’axes orthogonaux pendant la majeure partie du milieu du XXe siècle. Mettre en place des interventions pour protéger l’identité rurale des noyaux les plus importants à l’est des pistes, en préservant non seulement les preuves encore existantes de la construction rurale, mais aussi les éléments structurels qui commandent le bâtiment, en particulier les routes. Préserver dans la partie est des pistes les espaces viticoles survivants, toujours en mesure d’assurer l’importante fonction de détachement entre les différents ensembles. Les espaces en contact avec le Tessin qui sont encore vides doivent rester vides et, tout au plus, recevoir des œuvres d’un grand intérêt public, en évitant le remplissage communal.

Évaluation

Qualification de la ville au sein de la région Qualités situationnelles Qualités situationnelles exceptionnelles pour la construction dans une vallée étroite dominée par trois fortifications qui marquent des altitudes différentes sur lesquelles le peuplement se concentre, en étroite conformité avec la morphologie du terrain et qui continuent d’illustrer les fonctions originales de contrôle et de défense du territoire dans le passage entre le Nord et le Sud. Excellente qualité pour le noyau principal étroit entre le pied de la colline de Castelgrande et le

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pied de Montebello, et le quartier Orico en traçant le pied de la colline, ainsi que les noyaux historiques des contreforts à l’est, par rapport à une ancienne route. Bonne qualité également dans le rapport des ensembles du 19ème et du début du 20ème siècle dans leur développement conditionné par des limites naturelles telles que le Tessin et le Dragonato et, plus récemment, par les voies ferrées.

de quartiers entiers construits en caballo aux XIXe et XXe siècles, surtout pour leur valeur dans leur ensemble, souvent avec une haute spécialisation fonctionnelle, mais aussi pour les qualités intrinsèques des bâtiments individuels, en particulier les maisons bourgeoises, les écoles, les divers bâtiments des services publics et privés, y compris les artefacts liés au chemin de fer. Excellente qualité dans de nombreux monuments des siècles entre le Moyen Age et le XIXe siècle, tout d’abord la Collégiale, souvent incluse dans les ensembles du XIXe siècle. Excellente qualité également dans de nombreux bâtiments récents et contemporains - bâtiments administratifs, écoles, installations sportives - capables de mieux interpréter la possibilité d’intégration dans le contact et la coexistence et le dialogue avec l’existant, notamment la restauration des châteaux.

Qualités spatiales Des qualités spatiales exceptionnelles pour le système de fortifications dans la relation de vue mutuelle, et entre ceuxci et le village médiéval à travers d’anciens sentiers et des sections de murs, dans la cohésion étroite de la colline de Saint-Michel et la construction qui l’entoure à la base, en particulier le village médiéval, centre spatial de convergence des chemins de convergence reliant avec l’extérieur. La présence de Castelgrande sur la Piazza del Sole est magnifique. Des qualités spatiales exceptionnelles dans le noyau principal dans la succession fine et articulée de chemins étroits et d’ouvertures dans la place. Bonne qualité dans la distinction claire entre l’espace médiéval et l’espace du XIXe siècle et dans leur rencontre sur la Piazza Collegiata et, en général, dans le large déploiement des routes et dans les places généreuses du XIXe siècle. Qualité historique et architecturale Des qualités historiques et architecturales exceptionnelles, surtout dans la coexistence de trois fortifications, expressions exemplaires des systèmes de défense médiévaux, y compris des pans de murs ; dans les ensembles individuels capables de décrire les caractéristiques typiques de l’époque de la construction. D’excellentes qualités dans le large témoignage

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MASIERO, Roberto, « Laboratorio Ticino », dans MASIERO, Roberto (sous la dir.), Architettura in Ticino, Milan, Skira, 1999, p. 7-19. traduction de l’italien au français par l’auteur

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L’histoire de l’architecture

plus récemment, avec le projet AlpTransit Ticino. Et, enfin, parce qu’il était évident qu’ils essayaient et essaient de transformer le moderne en tradition, et cela ne pouvait que nous fasciner. L’utilisation du pluriel à la troisième personne est légitime car le phénomène, malgré l’inévitable leadership et les anomalies, caractérise aujourd’hui deux générations d’architectes tessinois une sorte de koinè sans école. Le patrimoine commun n’est pas donné par des formalismes vides, mais par une façon de penser le rôle et la fonction de l’architecte, une façon qui privilégie l’aspect éthique par rapport à l’esthétique, basée sur la comparaison continue des œuvres dans leur urgence, dans leurs besoins, dans leur contenu de pensée et dans leurs différences. En d’autres termes, le cas du Tessin ne concerne pas seulement la capacité de certains à développer des théories ou à devenir des modèles, mais aussi le tissu professionnel lui-même. On dira, “mais n’est-ce pas là une façon particulière de faire et d’être architecte ? Plus maintenant. Le panorama international offre une dimension architecturale très différente, une conception différente de l’architecte. Nous avons donc considéré le Tessin comme un laboratoire à travers lequel évaluer les contradictions de l’architecture de notre temps ; un laboratoire où, peutêtre, on élabore une solution possible à ces contradictions, ou du moins on s’assure qu’elles ne sont pas annulées par le conformisme du “tout est possible” qui régit le scénario actuel. Un laboratoire où les phénomènes d’incubation, de clonage et de régénération des génomes appartenant à l’ADN de la modernité et de la contemporanéité ont eu lieu et continuent d’avoir lieu, non pas naïvement, même si c’est avec une grande simplicité, dans le corps tordu de l’architecture et non dans la page écrite. Essayons d’une manière très synthétique (dans les cartes suivantes nous allons rendre compte du phénomène dans sa complexité) d’identifier les moments saillants de son histoire et, ensuite, le terrain culturel et disciplinaire dans lequel il s’est développé. 1963, Rino Tami “dessine” les murs à

tessinoise au cours des quarante dernières années est inhabituelle. De nombreuses définitions y ont été testées, notamment celle du régionalisme critique inventé par Kenneth Frampton ; certaines figures ont pris une importance internationale considérable et justifiée et, phénomène résolument singulier, toute l’histoire est close - ou plutôt réouverte - avec la fondation d’une Académie d’architecture fortement souhaitée par le plus célèbre des architectes tessinois, Mario Botta, et dirigée par Aurelio Galfetti, sans doute l’une des figures les plus significatives de l’architecture tessinoise de ces dernières années. Une académie qui s’adresse à un public international sur un programme que l’on pourrait qualifier de néo-humaniste. Cette singularité, et le remarquable patrimoine de réflexions et de débats sur les œuvres comme sur les protagonistes, nous a poussé vers une attitude analytique. Tout d’abord, nous voulions mettre de l’ordre dans les matériaux, comprendre le phénomène dans ses urgences comme dans sa diffusion, l’insérer dans des contextes culturels et politiques, sans nous laisser capturer par nos préférences, en évitant tout militantisme, même si nous savions, et savons encore, que toute compréhension est aussi interprétation et que tout jugement dépend de la pré-compréhension et des intérêts. Mais, après avoir commandé l’étagère, organisé chronologiquement les œuvres et les événements, y compris le contexte politique et culturel, il devient inévitable de découvrir les cartes. Pourquoi avons-nous été intéressés et intéressés par les événements des architectes tessinois ? Parce que nous avions ressenti une forte valeur politique dans leur pensée et dans leur action, une raison civile pratiquée sans homologation ni provocation, une attention aux lieux qui n’étaient ni vernaculaires ni traditionalistes, une conscience répandue de leur rôle d’intellectuels et de professionnels nés en confrontation directe avec des interventions infrastructurelles majeures : déjà au début des années soixante, avec la construction de l’autoroute, jusqu’à

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contre-pores, les supports des viaducs, certaines aires de service et conçoit les portails des tunnels de la nouvelle autoroute avec des éléments en béton armé ; 1962, Luigi Snozzi rejoint la Commission Cantonale de Beauté Naturelle et y reste jusqu’en 1974 ; 1965, Mario Botta, 22 ans, conçoit la maison en béton brut à Stabio ; 1967, Galfetti, Flora Ruchat et Ivo Trümpy remportent le concours pour les bains publics à Bellinzona ; 1970, le Gruppo Ticino participe au concours pour l’Ecole Polytechnique de Lausanne ; 1973, Livio Vacchini réalise le “nouveau collège” à Losone ; 1974-1979, la Fondazione Ticino Nostro soutient la vaste recherche “Construction du territoire et de l’espace urbain du canton du Tessin” ; 1975, l’exposition “Tendenzen - Neuere Architektur im Tessin” conçue par Martin Steinmann ouvre ses portes à Zurich ; 1978, Luigi Snozzi commence l’expérience alternative de planification pour Monte Carasso ; 1992, ouvre le débat sur le projet de la voie ferrée super rapide, le transit alpin, qui traversera le Tessin ; 1996, l’Académie tessinoise d’architecture ouvre ses portes. Ce sont, à notre avis, les moments les plus significatifs. Moments non seulement de production architecturale, mais aussi d’implication institutionnelle et de contre-projet, comme dans le cas de la confrontation qui s’est ouverte autour d’Alp Transit. L’histoire semble commencer au début des années soixante, dans le studio de Rino Tami engagé à trouver une solution impossible à l’inévitable impact environnemental de la nouvelle autoroute ; dans ce même studio nous trouverons le jeune Aurelio Galfetti, qui déjà en 1959 avait montré son talent en concevant ce que l’on peut considérer comme le véritable incipit architectural de l’histoire au Tessin, la maison Rocalinti. Galfetti écrit : “Une grande pierre grise, carrée, cassée d’un côté. Un ‘inachevé’ semblable à un château en ruines. (....) Je m’étais donné pour tâche d’interpréter, de mettre en évidence, de lire tous les principaux éléments du paysage par la

construction. La maison devait être aussi grise qu’une roche (béton naturel) qui dépasse des plantes. (...) Je voulais qu’il y ait un endroit dans cette maison où nous pourrions nous sentir comme si nous étions avant la construction. La construction est faite de ciment brut avec un revêtement intérieur en terre cuite plâtrée. Les fenêtres sont en fer, les sols extérieurs sont en béton, les sols intérieurs sont en terre cuite. Entre 1960 et 1961, la Casa Costioli de Dolf Schnebli a été construite. La référence à la Maison Jaoul de Le Corbusier en 1952 est évidente. Les murs porteurs sont en brique, les structures horizontales en béton armé et les arcs, avec des voûtes surbaissées, sont toujours en brique apparente. Cette voûte abaissée est née à Le Corbusier d’une réflexion sur l’utilisation par Gaudí des voûtes catalanes traditionnelles. Il convient de noter que quelques années plus tôt, dans un environnement anglo-saxon, le jeune James Stirling - avec son collègue James Gowan - avait pris pour modèle ce projet de Le Corbusier, tandis que Banham élaborait sa réflexion sur le Nouveau Brutalisme. Tout cela démontre que le projet naïf de Schnebli n’est pas du tout né autour des thèmes cruciaux de la deuxième période de l’après-guerre : la relation avec les maîtres (pour le Nouveau Brutalism Le Corbusier et Mies van der Rohe) à une époque où les mêmes maîtres révisaient leurs positions (pour Le Corbusier le projet Jaoul, Ronchamp en 1955 et La Tourrette en 1957) et une nouvelle façon de repenser la tradition et ses matériaux. En 1962, Snozzi et Vacchini conçoivent les maisons communales de Locarno, caractérisées par “une forte rationalité constructive qui permet d’offrir aux habitants un grand nombre d’équipements fixes non prévus normalement par les normes du logement communal” (Luigi Snozzi), et en 1963, Palazzo Fabrizia, où apparaît un conceptualisme minimaliste qui deviendra la figure de l’œuvre suivante, en particulier Vacchini. En 1964, la maison Filippini a été construite par Mario Campi et Franco Pessina, dont

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la grammaire est celle du mouvement dit moderne, mais drainé de ses propres “ismes”. La leçon de Mies devient précieuse ici, mais sans l’accent ascétique qui la caractérise : la simplicité ne devient pas sublimité. En 1965, Snozzi et Vacchini conçoivent la maison Snider, rigoureusement sensible aux aspects orographiques et au paysage à travers une géométrie extrêmement calibrée. Avec ces projets, et avec la réflexion sur le problème de la relation entre l’architecture, la ville et le territoire que Galfetti a commencé avec le projet du Centre Scolaire de Riva San Vitale avec Ruchat et Trümpy en 1962 et avec le projet des Bains publics de Bellinzone en 1967, nous avons tous les éléments de base pour comprendre le développement ultérieur du Laboratoire tessinois. Il s’agit d’un patrimoine complexe qui ne reste pas individuel, mais devient une communauté intellectuelle et professionnelle. En témoignent les relations entre les différents architectes, les collaborations, les apprentissages, les présences académiques en tant qu’enseignants et assistants. Nous donnons une carte certes incomplète, mais indicative des relations qui se sont formées, des mécanismes de gemmation de l’étude de Tami à celle de Snozzi et Vacchini, des collaborations incroyablement nombreuses de Galfetti. Il commence sans aucun doute avec Rino Tami, bien qu’une figure d’une importance considérable dans la phase préparatoire de ce que nous avons appelé le Laboratorio Ticino était celle de Peppo Brivio. Avec Tami nous trouvons Tita Carloni, Snozzi et Galfetti ; à côté de Snozzi, Vacchini pour un certain temps associé, Galfetti, Ivano Gianola (assistant de l’ETH), Paolo Moro, Elio Ostinelli (assistant de l’université), Michele Arnaboldi et Raffaele Cavadini ; avec Galfetti, en plus de ceux déjà mentionnés, nous trouvons Gianola, Mario Botta, Fabio Muttoni et Silvano Caccia, Cavadini, Flora Ruchat-Roncati et Ivo Trümpy (les deux derniers pour un temps associés à Galfetti) ; avec Vacchini nous trouvons, en plus de ceux déjà mentionnés,

Gianola, Paolo Moro, Muttoni, Giorgio Tognola. Campi et Pessina sont en partie exclus de cet entrelacement complexe, car ils suivent un itinéraire culturel autonome de grande qualité, Roni Roduner faisant son apprentissage avec Dolf Schnebli, Rudy Hunzinker avec Botta, Bruno Reichlin et Fabio Reinhart qui ont des relations avant tout avec Rossi, Roberto Briccola et Renato Magginetti. Nous avons sans doute oublié beaucoup de branches de cette généalogie complexe, mais notre désir n’est pas tant de regarder dans les biographies pour historiciser une expérience aussi dense (je m’excuse pour les erreurs et omissions inévitables), mais pour qu’il témoigne de la grande générosité intellectuelle qui a animé cette période de pratique architecturale au Tessin et comment, sans rien enlever à la qualité de leur travail et à leur engagement envers des figures telles que Campi, Pessina et Botta, tout s’est d’abord déplacé autour de Tami, puis Galfetti, Snozzi et Vacchini (ici dans l’ordre alphabétique). Ce sont les personnages. Laissons aux feuilles de travail et aux biographies, qui forment le répertoire de notre travail, la tâche de poursuivre une réflexion sur les œuvres et les architectes, pour revenir à la question qui nous intéresse le plus : le terrain culturel, disciplinaire et professionnel dans lequel se développe l’histoire que nous analysons. Bien qu’il se soit engagé dans une bataille pour sa propre identité culturelle, le Tessin doit néanmoins être vu à travers le développement de la culture architecturale suisse, qui était tout sauf secondaire au XXe siècle, et pas seulement parce que Le Corbusier y est né. Voyons les aspects essentiels. En 1913, le Werkbund ouvrit son propre bureau à Zurich, promouvant une exposition en 1918 et un concours pour le quartier modèle de Neubühl en 1930. Les architectes suisses ont participé à la grande aventure du Bauhaus. Parmi eux se trouvaient Hannes Meyer, qui en devint le directeur, et Max Bill, qui devait fréquenter le groupe Abstraction-Création à Paris en 1932, et qui se retrouva plus tard comme

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fondateur de l’école d’Ulm après la guerre. D’autres personnalités non locales importantes étaient Hans Schmidt, qui travaillait aux Pays-Bas et en Union soviétique, et Alfred Roth, collaborateur de Le Corbusier et plus tard professeur aux États-Unis. Il est important de noter que la première section du CMEI s’est tenue en Suisse à La Sarraz, dans le canton de Vaud, en 1928. Parmi les participants figuraient Paul Artaria, Hans Schmidt, M.S. Haefeli, Arnold Hoechel, Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Hannes Meyer, Werner Moser, qui en fut le premier président, Hans von der Muhll, Emil Roth, Alberto Sartoris et E. Steiger. Le secrétaire était Sigfried Giedion qui, la même année, publia un texte important pour l’historiographie de l’architecture du XXe siècle : Bauen in Frankreich - Bauen in Eisen, bauen in Eisenbeton. Trois ans plus tard, avec Werner Moser et Rudolf Steiner, il fonde Wohnebedarf AG pour la construction de salles de bains et la conception de maisons modèles. Après de nombreuses errances américaines (il a été appelé, par exemple, à Harvard par Walter Gropius), Giedion s’est installé à Zurich, où il a enseigné à l’école polytechnique jusqu’à sa mort en 1968. En 1931, le GANG (Groupe pour la Nouvelle Architecture à Genève) a été fondé, avec des intentions anti-académiques et pour promouvoir une plus grande attention aux nouveaux besoins et aux nouvelles techniques. Leur maître était Le Corbusier. C’est le site, dans son sens le plus large, dans lequel l’architecture s’est formée dans la première moitié du XXe siècle en Suisse. On peut en déduire qu’il ne s’agit pas d’une culture provinciale, mais d’une culture cosmopolite, dans laquelle s’entremêlent les différentes tendances fondamentales de l’architecture de cette époque. Les architectes tessinois s’approprient bien sûr ce patrimoine, grâce aussi au fait que pratiquement tout le monde (Botta, diplômé à Venise, et quelques autres qui ne vont pas à l’université mais arrivent à la profession par d’autres moyens) est diplômé de l’EPF

de Zurich. Pour les Tessinois, cependant, l’influence du rationalisme italien devrait s’ajouter à celle de la culture française (Le Corbusier) et de la culture allemande (Werkbund et Bauhaus), pour des raisons ethniques et géographiques évidentes. En particulier, avec les expériences de Terragni, qui aura l’occasion d’être directement présent au Tessin en 1937 en participant au concours pour la bibliothèque de Lugano avec un projet signé par Cino Chiesa. Le concours a été remporté par Rino Tami, sur lequel s’est ouvert un débat complexe qui a permis une puissante réflexion sur la fonction de l’architecture par rapport à l’identité tessinoise et sa relation avec la modernité. Comment mesurer la culture tessinoise avec ce trépied représenté par trois modernités (similaire au projet de modernisation mais, en même temps, fier de leur spécificité), celle de Le Corbusier, celle du Bauhaus et celle du rationalisme italien ? Dans les années 1930, elle s’est défendue contre une sorte d’impérialisme teutonique en rejetant un texte publié en allemand intitulé Ascona Bau-Buch, sous lequel se propagent les théories de Neues Bauen. Après une période d’affinité avec l’Italie et ses expériences, on se rend compte que le fascisme tend aussi à occuper des territoires. La modernisation initiale révèle finalement son vrai visage : la réception par type. Ensuite, il y aura le temps des “hommes du béton armé”, dans l’autodéfinition d’Alberto Camenzind, c’est-à-dire de ces architectes qui se sont tournés vers Zurich en assurant la médiation de leur formation entre la leçon polytechnique de Salvisberg et l’enseignement d’Esprit Nouveau. La deuxième période de l’après-guerre a été une période de peurs et de fermetures dont les architectes tessinois sont sortis confrontés à l’œuvre de Wright, reçue - comme en Italie - seulement après la Seconde Guerre mondiale, grâce aussi aux écrits de Bruno Zevi qui sont devenus leur matériau de réflexion. Ici, Peppo Brivio devient important. Mais l’engouement organiciste aura peu de temps ; le problème de l’intervention sur le territoire deviendra

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urgent, dans le boom économique qui, comme en Italie, se réalise dans les années soixante, et donc la construction de la nouvelle autoroute et la tâche à Rino Tami de donner forme et identité. D’ici, nous avons vu le début du Laboratoire tessinois. Il a ensuite eu l’occasion de discuter avec passion de l’élaboration théorique de Vittorio Gregotti et Aldo Rossi, rendue publique à travers le Territoire de l’Architecture et l’Architecture de la Ville, tous deux de 1966. Dans le premier essai, le projet a été placé en tant qu’acte d’autorisation, dans le second, l’architecture en tant que discipline autonome. La synthèse de tout cela a été l’œuvre de celui qui a eu le courage de suivre d’autres chemins, de quitter la Suisse et le Tessin, et de commencer un travail difficile et aventureux de digestion, d’incubation et de régénération de beaucoup de diversités, c’est-à-dire de la même modernité : Mario Botta. Il a fallu du courage pour accepter la logique des nombreux maîtres ; de l’enthousiasme pour parcourir les nombreuses langues sans les reproduire ; de la détermination à essayer une synthèse ; de la chance, la chance d’Alberti, pour tirer le meilleur parti des opportunités offertes en même temps par un boom économique qui a permis de nouveaux clients plus disponibles et par une crise générale des valeurs de l’architecture ; Il a fallu une témérité héroïque pour faire la guerre à une architecture qui avait mortifié à la fois les architectes (à l’exception de quelques cas frappants) et les utilisateurs, cette architecture qui, à la fin des années soixante, luttait pour se retrouver, après avoir connu un profond sentiment d’impuissance dans les reconstructions d’après-guerre, et qui avait totemisé les maîtres et leur frustration. Eh bien, Botta choisit de ne pas ritualiser la mort inévitable des maîtres, mais de “manger leur cœur” pour capturer leurs forces. Omnivore, primitif peut-être, mais extraordinairement efficace. Les événements sont maintenant plus que connus, écrits dans l’hagiographie de Botta. Carlo Scarpa à Venise. Mais la rencontre

avec Afra et Tobia Scarpa et une réflexion “curieuse” sur leur maison en construction en 1969 - l’année de son diplôme à Venise, les conférenciers Giuseppe Mazzariol et Carlo Scarpa - sera également germinale pour Botta. Le Corbusier, toujours à Venise, autour d’un projet extraordinaire, l’hôpital, n’a jamais construit plus pour les administrateurs sans méfiance que pour la mort du maître. Et encore une fois sur un projet vénitien, le Centre de Congrès, lui aussi n’a jamais réalisé la relation avec Louis Kahn. Résumé très difficile entre : - l’hédonisme vénitien-viennois sur les matériaux et les techniques de Carlo Scarpa, provocante et fièrement transmoderne, avec ses espaces “liquides”, sa poursuite des formes, son indécision entre le vide et le plein et ses non-espaces ; - l’anti-intellectualisme de cette œuvre particulière d’Afra et Tobia Scarpa qui est leur maison, si simple, si anti-académique, si peu moderne bien qu’inhabituelle, si classique sans être classiciste. Sur ce plan rectangulaire simple, avec un long côté occupé par les services et le reste libre et vital, sur ces trois murs de briques qui maintiennent tout et divisent beaucoup de raison, même si elle est alors oubliée ; - l’immense présomption rationaliste de l’homme, Le Corbusier, qui a dominé la scène pendant plus d’un demi-siècle, mais qui a aussi eu le courage de se repenser, afin que l’accent mis à l’origine sur la technique et la mécanique devienne une manière de poésie, c’est-à-dire de réfléchir sur ses propres destins, de les construire. Il faut rappeler que la rencontre avec Le Corbusier a eu lieu, pour Botta, sur un projet comme celui de l’hôpital de Venise, dans lequel le maître a inventé une cellule vivante pour le malade qui pouvait ainsi avoir sa propre intimité, qui pouvait, allongé sur son lit, voir la lumière descendant du plafond et non d’une fenêtre sur les murs. L’union des cellules permet la formation simplifiée du système de distribution. L’agrégation donne une forme parfaitement identifiable - mais aussi libre - à l’ensemble

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du complexe, qui s’inscrit dans le délicat tissu urbain de Venise, se plaçant sur pilotispalafitte à la fois avec révérence et fierté de son autonomie formelle. Un processus d’invention (la cellule), de recherche sur les dimensions archétypiques (le pilotis-palafitte, ce dernier typique des zones lagunaires), et de conceptualisation (la relation non pas d’intégration, mais de relation avec l’existant) : tout cela est sans doute bien introjecté et digéré par Mario Botta. Ce travail difficile de haute cuisine (j’ai un grand respect pour la cuisine) n’aurait pas été possible sans un ingrédient final : le travail de Louis Kahn. Et que représente l’œuvre de Louis Kahn ? C’est l’une des évasions les plus radicales du Modernisme, à travers une re-proposition de l’histoire de l’architecture comme lieu de sédimentation de ses dimensions archétypiques, à travers une néo-idéalisation du projet et une resémantisation de la géométrie, à travers une déproblématisation de la technique et enfin par le remplacement d’un langage universel - parce que rationnel - typique du Modernisme par une universalité basée sur des symboles translocaux, donc substantiellement anthropologique, digne des nouveaux destins impérial-posteuropéens des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si Kahn a souvent pris l’architecture romaine comme modèle. Sans Kahn, nous n’aurions pas eu les extraordinaires pâtisseries post-modernes de Venturi et Moore, mais ni les conceptions de Meyer ou d’Eisenman. Le résumé de Mario Botta est décidément difficile et - il faut l’admettre - dans certaines œuvres à succès. Une synthèse qui la confronte cependant à certains dangers, notamment celui de privilégier sa propre capacité en offrant une architecture de dégustation lorsque le fait que l’on mange pour vivre continue à peser sur elle, ne peut pas être comprise seulement comme étant des parcs, ou si l’on veut avec un paupérisme effrayant. Il est vrai que dans sa difficile synthèse Botta s’avère faire partie de ce koinè que nous essayons d’interpréter ici, mais aussi de proposer des thèmes et des questions qui

transcendent l’identité même du Laboratorio Ticino ; il est, d’une certaine manière, quelque chose d’autre et un “extra”. Cela ne peut être que positif. Nous essayons maintenant d’identifier les caractéristiques essentielles de cette identité. On a veillé à ce que les espaces deviennent des lieux avec des stratégies de reconnaissance et d’acceptation de leur “environnement”, mais aussi avec l’intention précise de produire des artefacts architecturalement capables d’autonomie et d’identité : pas, par conséquent, une attitude d’appartenance romantique, visant à reconnaître les aspects vitalistes de la nature et prêts à faire correspondre le territoire avec la nature. Ici n’opère certainement pas la tradition du CIAM, mais plutôt l’élaboration réalisée par Gregotti dans son Territoire de l’architecture, dont le territoire, précisément, est l’ensemble des structures significatives, les unes par rapport aux autres, mais des structures et non des formes prédéfinies par l’histoire ou la nature, auxquelles restent liées. Chaque village est considéré comme un acte de régénération. Il y a une sorte d’indifférence entre les données historiques et les données matérielles, donc pas une prédominance de la première sur la seconde : au contraire, s’il y a une prédominance, elle consiste dans le fait que l’historien est pensé comme nature et non l’inverse. Par exemple, il n’y a pas d’ajustements à l’expressivité des techniques et des matériaux de construction : même si ces derniers sont typiques du lieu, ce n’est pas parce qu’ils sont utilisés par de vieux maîtres d’œuvre ou des architectes - on pourrait dire “biens culturels” - mais beaucoup plus trivialement parce qu’ils sont là. La comparaison fondamentale est avec l’orographie, et le paysage n’est jamais compris sous une forme pittoresque. Parmi les personnages, on trouve une attitude toujours pragmatique, dans laquelle l’architecture est conçue comme une solution aux problèmes, tant ceux du client, à travers une comparaison continue, que ceux de l’architecture en tant que pratique, avec ses valeurs techniques, constructives et

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économiques essentielles. Cette attitude se justifie par le fait que, ces dernières années, la communauté des architectes tessinois s’est trouvée à apporter des réponses professionnelles avant la réponse théorique, et que les institutions académiques, dans lesquelles le contenu de l’architecture doit légitimement être reflété, sont situées dans d’autres cantons. Nous croyons que ce détachement, à bien des égards, a été en bonne santé. L’accent mis sur la pragmatisme n’a cependant pas nui à la réflexion sur l’architecture. Une réflexion consacrée non pas tant à la compréhension des modes de formation de la poétique qu’à l’horizon problématique de l’architecture elle-même. Les activités de la “Rivista tecnica della Svizzera italiana” et de ses rédacteurs Paolo Fumagalli et Claudio Negrini, ainsi que celles d’un architecte critique comme Peter Disch, ont été exemplaires en ce sens. C’est avec la “Rivista tecnica” que ce koinè s’est formé, que les œuvres ont été progressivement remises en question et que l’architecture a acquis la valeur politique et civile nécessaire. C’était le premier instrument du Laboratoire tessinois. Le langage des architectures produites ces dernières années, dérivées du même esprit pragmatique, est extrêmement simplifié : toits plats, fenêtres là où elles sont nécessaires, avec une grande attention à la modulation qu’elles déterminent pour la lumière et la façon dont elles “découpent” le paysage, plantes extrêmement fonctionnelles pour les espaces non accentués et la domination du béton. Le positionnement est important. La simplification géométrique ne prend jamais de valeur symboliquecosmologique comme dans Kahn, pas plus qu’il n’y a de citations des maîtres, ni de conceptualisations nostalgiques-rituelles tangibles. Les mots du moderne n’ont donc pas pris ici une forme rhétorique, au contraire, si possible, ils ont été simplifiés au point de devenir méconnaissables, comme dans les dernières œuvres de Vacchini où l’espace n’est plus fonctionnel parce qu’il est libre, mais simplement libre, à la limite de l’absolu ; où la technique n’est plus un

moyen pour une fin préétablie par l’idéologie (à son tour technocratique) comme dans Le Corbusier, mais ostensiblement ce qu’elle est : simple et puissante, évidente, mais non envahissante. Le résultat ? Une sobriété inquiète. Le langage du Moderne n’est donc pas utilisé comme un style de façon emphatique et maniére, mais régénéré avec ses propres génomes, sans hybridation inutile. D’autre part, ce langage s’adresse à un utilisateur désenchanté, post-bourgeois, consacré à l’efficacité, qui veut légitimer son propre pouvoir sur une structure sociale substantiellement standardisée avec cette efficacité : donc des grammaires simples et une syntaxe sans double sens. Tout pourrait se résumer comme suit : pour être efficace (et la détermination nécessaire, et, pourquoi pas, la compréhension des autres), il faut des pensées simples, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont produites par une pensée simplifiée, en effet. La synthèse vient toujours après l’accumulation et la complexité. La synthèse vient toujours après l’accumulation et la complexité. Souvent, dans ces œuvres, nous sommes aussi confrontés à un élémentarisme technologique qui ne découle pas du principe profondément moderne du plus grand résultat avec le moins d’effort, mais d’une simplification des procédures et des techniques de construction ; une simplification qui aboutit à leur propre évidence (aux limites de la conceptualisation) et non à une rhétorique de l’exposition technologique. Du répertoire que nous avons pu composer des architectures construites ces dernières années, nous pouvons encore voir le rejet de tout typage et prototypage de l’architecture. C’est comme si la grande tension exprimée par l’architecture dans la première moitié du XXe siècle en testant certains modèles de vie ou génériquement fonctionnels - tension qui donnait souvent en raison d’un handicap ou d’une nonfonctionnalité - avait finalement trouvé, dans le Laboratoire tessinois, la sérénité nécessaire pour que le prototype devienne moins standard (ce Oui rêvé par les Modernes),

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mais procédure habituelle, la tradition. Et encore une fois, à partir du répertoire, nous pouvons identifier l’attention au détail non pas comme un moment expressif ou comme une écriture de l’œuvre architecturale, mais comme logique de l’ensemble, aussi bien formel que constructif. L’un d’entre nous a eu l’occasion de constater que ces projets semblent être conçus à l’échelle 1:10, d’où l’indifférence logique entre les traitements à différentes échelles. Cette attitude d’intégration des escaliers sans désintégration dangereuse ou standardisation des escaliers eux-mêmes s’applique, d’une certaine manière, également dans la relation entre l’architecture et l’urbanisme. La singularité des artefacts détermine des relations étendues qui doivent être évaluées non pas pour préfigurer une totalité hypothétique (et démiurgique), mais pour permettre les nombreuses cohabitations entre les parties : non pas une unité imposée aux lieux. L’expérience de Luigi Snozzi à Monte-Carasso est exemplaire en ce sens et sa valeur politique est évidente. La conscience critique de Snozzi a permis à tous les protagonistes de cette histoire d’évaluer la valeur éthique et politique de leur production disciplinaire, les instruments de leur confrontation avec la société civile à travers - et parfois contre - les institutions, en gardant toujours à l’esprit la rigueur des résultats formels, économiques et constructifs de l’architecture. Sans cette vision éthique et politique de l’architecture, le “cercle” du Laboratorio Ticino n’aurait jamais été fermé et n’aurait donc pas été reconnaissable. L’importance des expériences de la culture architecturale tessinoise au cours des quarante dernières années doit également être évaluée dans un contexte plus général. Dans l’immédiat après-guerre, les positions de l’architecture en Europe peuvent être résumées comme suit. La saison du fascisme avec son architecture de régime caractérisée par des modèles anciens (Rome, plutôt que la Grèce ; l’esthétique impériale plutôt que l’état) a été supprimée ou est devenue l’objet d’une violence iconoclaste de la violence iconoclaste des rachetés par la “nouvelle liberté”. C’est

particulièrement vrai en Allemagne et en Italie. L’homologation nationaliste apparaît comme une erreur historique, caractérisée par l’irrationalisme de masse ou le délire de toute-puissance des dirigeants, dont il faut se libérer en confiant son destin à la raison, cette raison qui avait été affirmée dans l’architecture par le soi-disant Mouvement Moderne. Ainsi, une valeur salvifique, un principe de vérité, est attribué à la prise de mouvement. On dit qu’il est démocratique par nature, et cela est fortement souligné par la culture de gauche en particulier. Ceci est reconnu dans l’universalisme qui caractérise ce mouvement, tout en essayant de remplacer la primauté de la bourgeoisie, qui s’était légitimé avec la Révolution française, la primauté du prolétariat, qui, porteur de l’histoire, se sentait prêt pour un tel remplacement après la Révolution russe. La culture de gauche fait de cette universalité son idéal et son projet politique, considérant qu’il est absolument stratégique et contingent que le plus puissant des pays à socialisme réel a exprimé cette perspective à travers la politique de l’internationalisme militaire. Paradoxalement, une grande partie de la culture libérale-démocratique, de la culture sociale-démocratique et socialiste se trouvait dans cette situation sur la même longueur d’onde : le moderne était par nature démocratique. On pourrait se demander si la voie ouverte par Le Corbusier, ou Gropius, ou Mies van der Rohe était meilleure, s’il y avait une ligne nordique à suivre sur les traces d’Alvar Aalto, ou s’il y avait une alternative - bien que radicale - entre le modèle européen, visant à une rationalité anti-naturaliste, et le modèle organique américain, incarné par Frank Lloyd Wright. Le concept de démocratie passait donc par celui d’universalité et était totémisé dans la modernité. Mais l’après-guerre, du moins dans les deux nations conquises, a posé des questions très différentes. La reconstruction devait être, avant d’être un problème technique, une question essentiellement économicopolitique de très forte valeur idéologique, liée

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à la reconstruction même de l’identité des peuples allemand et italien. L’universalisme rationaliste ne pouvait pas fonctionner. Il fallait trouver d’autres moyens. Même l’hypothèse organiciste n’a pas pu être utilisée à cette fin. Le cas de l’Italie en est un exemple évident, tout comme l’impossibilité d’accepter dans la pratique les raisons que Bruno Zevi offrait avec véhémence. De ce besoin découle la première critique du mouvement moderne. Critique des processus d’universalisation et d’homologation, étant donné que les deux pays n’avaient de toute façon pas subi la souffrance (ou, dans certains cas, le plaisir) de se conformer à une seule langue, celle du régime. C’est en Italie et en Allemagne que les fortunes idéologiques du mouvement moderne se sont érodées, quoique difficilement, non seulement du point de vue de la pratique architecturale, mais aussi du point de vue de l’histoire et de la critique. Les bonnes motivations éthiques-morales (simplicité, adéquation, vérité) et politiques (égalité) de ce mouvement n’étaient pas suffisantes pour répondre aux exigences du nouvel enracinement, si nécessaire après la dévastation de la guerre : un enracinement qui ne pouvait se mesurer qu’aux lieux et à leurs caractéristiques (si l’on veut, avec leur histoire). Ainsi est né le néoréalisme en Italie, à la recherche des racines nombreuses et complexes d’un pays si contradictoire, et un rythme renouvelé sur les Neues Bauen en Allemagne à la fin des années soixante, qui a vu se déployer ceux qui étaient restés dans le pays tout en rejetant le national-socialisme et qui ont cherché une ancienne / nouvelle identité, contre ceux qui ont proposé de guérir la blessure du Troisième Reich par une continuité avec le Bauhaus. Sans aucun doute, de quelque côté que l’on regarde le phénomène, une certaine continuité avec le moderne allait être problématique, c’est le moins qu’on puisse dire. Entre-temps, cependant, un nouveau modèle d’universalisme (ou d’homologation) s’ouvrait : non plus celui de la raison, par nature élitiste, qui avait ses racines dans la philosophie du XVIIe siècle européen et en

particulier française, ni celui du totalitarisme nationaliste basé sur le principe du “sang et de la terre” : le modèle de marché est né, c’est-à-dire l’économie de l’offre, par nature populiste, qui s’était formé, pour ainsi dire spontanément, au sein de la culture économico-politique américaine, trouvant une expression cohérente depuis les années 1920, et occupant l’Europe, économiquement et culturellement, dans l’après-guerre. Le rationalisme se trouve ainsi attaqué sur différents fronts : d’une part, le national-populaire et, d’autre part, le national-populiste. Le premier idéaliste, confié à des valeurs ; le second pragmatiste, confié à la dynamique d’une réalité rendue absolue, le marché. Le premier néoréaliste, ou plutôt, visait à sublimer le réel, le second pop et à s’y identifier. Les deux démocrates aussi populaires. Le premier, avec la tendance à régresser vers des formes de régionalisme de plus en plus orientées vers la vernacularité et la heimatarchitektur, avec le risque continu de trouver ainsi, involontairement, ce qui appartenait à l’idéologie des vaincus ; le second coïncidant avec cet américanisme que les vaincus avaient toujours rejeté précisément parce qu’il n’était pas considéré comme national populaire, mais impérial. Avec la culture pop, l’universalisme avait pris la forme impériale dans les modes du marché de l’offre, dans les modes de la dimension ludique, apparemment non conflictuelle, du self-made man. L’auto-analyse complexe et soufferte et l’auto-identification des différents régionalismes européens (en particulier celui des deux nations qui avaient perdu la guerre, l’Allemagne et l’Italie) s’est trouvée vampirisée par ce nouvel universalisme fait de masques qui sont portés et enlevés. Les fruits de cette auto-analyse ont été accrochés à l’arbre jouet du postmodernisme transnational, post-mercantile, postindustriel. Certains ont cherché d’autres voies ou lieux de résistance à cette homologation comme indifférence, à cette victoire non pas de l’irrationnel, mais de l’a-rationnel, à cette ouverture d’un moderne sans racines, visant à la prolifération de figures comme des

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masques. Deux exemples : dans l’immédiat après-guerre en Angleterre - et ce n’est pas un hasard - le Groupe indépendant, Banham et les Smithsons, avait pour objectif de repenser le mouvement moderne lui-même ; en Italie Ernesto Rogers qui, à travers “Casabella”, tente de faire la médiation entre le rationalisme, le régionalisme et le cosmopolitisme, en revisitant l’architecture en tant que discipline autonome, c’est-àdire en trouvant une raison éthique non seulement dans les voies de son apparence et de son apparence, mais aussi dans celles de son propre “bâtiment”, ouvrant ainsi une comparaison avec la réalité politique à travers ses résultats immédiats sur le terrain. Le premier héritier de cette tension aurait été Vittorio Gregotti. Ce fut, cependant, une saison pour l’architecture caractérisée par un certain nombre de tentatives diversifiées pour garder le moderne dans ses différentes modalités (Rationalisme, Fonctionnalisme, Objectivisme, Organisme, Expressionnisme, etc.) et de nombreuses manières ouvertes de le nier ou de s’en débarrasser avec une grande d’indifférence. En d’autres termes, l’espace postmoderne a été ouvert. Le postmodernisme, loin d’être un style, pour comprendre ce qui peut émerger d’une lecture des textes de Venturi ou des élaborations critiques d’un Jancks, il semble y avoir une voie : la voie de “tout est possible” ; la voie de cette forme de l’impérial n’a pas pour but de s’affirmer selon un modèle de vie préétabli mais d’engloutir tous ceux qui existent, de les introduire, de les vampiriser sans renier leur identité, au contraire de les transformer en simples chiffres. En cela son pouvoir extraordinaire. Pour le postmodernisme dans le possible, c’est-à-dire dans le futur, il n’y a pas de but à atteindre, pas de but à atteindre, pas de rêve possible parce qu’il est absent ; il n’y a que le présent tel qu’il est, avec toutes ses différences, même avec tout son potentiel, ici et maintenant. Il y a le réel et le virtuel, l’identité et la différence, le moi et l’autre, le possible et l’impossible. Bien sûr, en ce qui concerne notre discipline, l’architecture,

nous pouvons au moins, et à juste titre, nous concentrer sur la haute technologie et le déconstructivisme, sur le régionalisme critique et sur la nouvelle banalité, et ainsi de suite. Nous devons alors nous demander si ces couples sont disposés à combiner deux catégories de jugement, comme notre culture nous l’a enseigné depuis au moins la seconde moitié du XVIIIe siècle, à savoir : classique et romantique, raison et sentiment, rationnel et irrationnel, innovation et tradition, réactionnaire et révolutionnaire, ordre et désordre, attribuant à chacune d’elles des valeurs et donc des positions. En d’autres termes, nous devrions nous demander si cette prolifération de styles, de tendances et de modes est une phase du processus même de l’histoire de l’art, comme nous l’ont enseigné l’idéalisme et le positivisme (même s’ils sont apparemment contradictoires entre eux) où les phases de maturation ou d’achèvement sont suivies de phases de stagnation ou de fermentation indéchiffrable ; ou - et c’est ma position - s’il s’agit seulement d’une façon particulière de voir l’histoire des arts (et l’histoire en général) et donc aussi l’histoire de l’architecture, et si le problème est de répondre à ces tensions et malentendus, que nous définissons avec le terme éclectisme, modifier notre propre façon de penser et catégoriser les phénomènes esthético-artistiques ou, si vous voulez, si les événements actuels pour l’architecture comme pour les arts en général ne sont pas le symptôme d’une modification d’époque qui nous oblige à changer les paramètres et les modes d’évaluation. Dans ces deux seconds cas, même si les causes et les effets sont inversés, ce qui devient fondamental n’est pas le jugement, mais la constitution du jugement et donc la prédisposition à une phénoménologie par rapport aux œuvres et à leurs significations. C’est précisément ce que nous avons essayé de faire en analysant le Laboratorio Ticino : nous avons préparé le matériel non pas tant pour une histoire ou une critique de cet événement, mais pour une phénoménologie. Et en tout cas, le scénario décrit ci-dessus nous permet de prouver une place dans les

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événements qui nous intéressent ici. Une continuité non répétitive, non nostalgique ou snob, non manierata du moderne, en particulier de ses rationalistes et fonctionnalistes prédominants, ne pouvait être réalisée que dans un pays non national, qui n’avait pas subi directement les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, qui n’était pas néophyte par rapport à ces thèmes si simples et si difficiles, qui se trouvait dans une phase de développement économique telle que les idéologies du moderne et culturellement perçues, bref dans un pays comme la Suisse et dans un pays comme la Suisse et dans un pays comme le n’était pas néophyte par rapport à ces thèmes si simples et si difficiles, qui se trouvait dans une phase de développement économique de nature à accueillir positivement les idéologies du moderne et culturellement perçues. en particulier le canton du Tessin. Revenons au scénario postmoderne pour analyser ses différences avec l’expérience tessinoise. Il y a deux excès dans ce scénario : l’architecture est devenue une métaphore, et la production d’architectes dans un catalogue de styles qui ne sont pas d’époque ou ethniques, mais personnels. Dans le Laboratorio Ticino, l’architecture ne devient presque jamais une métaphore et les architectes ont tendance à ne pas s’identifier à leurs œuvres même si, évidemment, dans certains d’entre eux, la pression du marché international a ouvert la porte à l’utoedonisme architectural. Clarifions ces deux aspects. L’architecture comme métaphore. Depuis que l’architecture a perdu son langage, elle ne peut parler que d’autre chose. Cette perte vient de loin et est due à un tissage complexe : la reconnaissance de sa propre diversité par rapport aux paradigmes de l’antiquité (rupture avec la tradition), perte des authoritas élaborées depuis la Renaissance ; l’abandon de toutes les raisons mimétiques, qu’elles soient mythiques ou naturalistes, dans la dialectique classique et romantique ; la transformation des moyens en fins en raison de la prédominance de la technologie dans la Contemporanéité, qui a fait apparaître l’architecture comme

un moyen pour atteindre une fin, mais en donnant à la fin la forme des moyens, jusqu’à la vulgarisation de l’architecture qui l’a définitivement transformée en un message, généralement virtuel. Une fois cet itinéraire entre modernité et contemporanéité fait, l’architecture ne peut devenir qu’une métaphore pour dire autre chose en soi, et ne peut le faire qu’à travers un langage pop, puisque la masse légitime “autre chose”. Exemple : je dois faire un musée, disons à Amsterdam, je le ferai en forme de bateau puisque nous sommes dans une ville balnéaire. Le navire est alors aussi ventre, conteneur à sa manière secrète. Nous sommes à un moment incertain entre la catastrophe et l’euphorie de la technologie et du progrès, eh bien nous allons faire une architecture en Forme de navire qui semblera, incliné, sortir de la terre ou, peutêtre, s’y enfoncer. Tous (pop) comprendra la métaphore et sera étonné (surtout pour comprendre). Le Laboratoire tessinois ne fournit pas de métaphores, sauf dans certains, quelques cas et en tout cas. pas sous une forme aussi évidente. Le deuxième thème est l’architecture en tant que catalogue. Le monde totalement anthropisé, qui tend à s’urbaniser, n’a plus de différences cachées à découvrir, d’autres. Le monde est ainsi devenu totalement différent de lui-même. Dans l’indistinct de l’architecture de diversité infinie peut fonctionner (pour certains doivent) comme un catalyseur, un totem visant d’une manière néo-baroque à faire le sens de l’environnement, et non pas donner un sens. Pour cela, l’objet doit être identifiable ; pour être identifiable, il doit être personnalisé ; pour être personnalisé, il doit évoquer une singularité : l’architecte qui s’identifie à l’œuvre, annulant les styles historiques dans l’apothéose de son propre style. Une fois de plus, on peut noter que la modernité n’est rien de plus que la libération du sujet de toute contrainte jusqu’à sa “réalisation”, virtualisation, atténuation. Les objets d’architecture des trente dernières années, ceux qui sont entrés dans le star system, forment ainsi un catalogue

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destiné à Burgesianly pour se reproduire inconsistamment à l’infini. Le client peut donc raisonner comme un supermarché : je me fais une maison à la Ando, à la Tschumi, à la Botta, etc. Intervenir sur le territoire, comme on l’a déjà dit, c’est alors mettre un Chipperfield ici, un Nouvel là, à un autre endroit un Pei. Cela ne s’est pas produit dans le koinè tessinois. Pour certains, à cause du retard par rapport aux événements de l’architecture contemporaine, pour d’autres, à cause du caractère particulier de leur expérience. Mettre le moderne dans une logique de tradition exige lucidité, culture, détermination et une certaine indifférence à l’égard de la littérature et des métaphores, de la subjectivisation et des modes. Au début de cette écriture, nous avons déclaré qu’un aspect qui nous intéressait et nous dérangeait au Laboratorio Ticino était le désir évident de faire de la tradition moderne une tradition : intérêt pour les aspects éthiques et politiques de cette perspective ; anxiété face au fait que nous sommes confrontés à un oxymoron, étant donné que la pratique architecturale et la logique programmatique des architectes de la modernité et de leurs “chanteurs” (Pevsner ou Giedion) ont nié, sur le plan programmatique, la continuité avec le passé pour affirmer leur appartenance à leur temps et donc une autonomie déclarée. Tous les liens avec le passé ont donc été coupés. Faire de la Modernité une tradition peut alors signifier la figer dans une totalité, d’une certaine manière de destin, dans une sorte de dépassement de l’histoire elle-même, en pensant à elle d’une manière “intemporelle”, dans la victoire définitive du classique contre le romantique, de l’absolu contre le relatif. Il semble que cette dialectique, classique / romantique, ait finalement trouvé un accomplissement dans la “sans forme” non seulement de l’universel a-géographique, mais, d’une manière encore plus arrogante, dans une universalisation méta-historique. De cette façon, il aurait “solution” la décrétions hégéliennes de la mort de l’art ou, si on veut, de la mort de l’architecture en tant qu’art. L’architecture serait destinée à

répéter à l’infini, dans une temporalité sans histoire, ce qui dans son apparence avait pris une valeur de refondation. Répéter cette refondation implique des logiques liturgiques, comme toutes les religions le savent bien. Mais qu’adviendrait-il de l’architecture dans une telle liturgie de la répétition, ou de la contrainte de répéter ? A tout le moins, nous aurions la transformation de toute l’esthétique en biologie et l’architecture serait simplement aphasique. Une autre possibilité est de mettre à jour le Moderne, mais en le relativisant, en lui enlevant l’absolu, la volonté de volonté (éthique plutôt que formelle) qui l’avait caractérisé. Le Moderne n’était pas dans l’actualité, mais au-delà de toute contingence et donc au-delà de toute mode. Il est vrai que la mode peut aussi être rétro, auquel cas elle risque toujours le kitsch. Même l’absolu du moderne peut devenir kitsch. Dans ce cas, ce qui était né contre la décoration se montrerait comme décoration : sa volonté d’être en réalité, de montrer la substance, deviendrait soudainement décoration, superficialité. Nous aurions une architecture dégradée, et le moderne se montrerait comme ce qui lui est supportable : l’attirail. Une autre façon est la trahison par l’imposition pour devenir son passé, comme si l’architecture était forcée de se regarder dans un miroir pour découvrir qu’elle était déjà vieille quand elle était jeune. Une modernité perpétuée avec des rides, destinée à survivre, momifiée. Tous ceux qui essaient de donner la tradition à la modernité courent ces dangers, y compris nos amis du laboratoire tessinois. L’imbrication de ces modes de transport représente toutefois le patrimoine. Mais peut-être le problème ne devrait pas être abordé de cette façon, ou plutôt il est nécessaire de comprendre comment les trois façons mentionnées ci-dessus proviennent d’une mauvaise compréhension du moderne, de son hypostatisation ou d’un malentendu, devenant ainsi, sans esprit critique, pré-compréhension. Le malentendu réside dans le fait de considérer le moderne comme une forme, un style. Si tel était le cas, il faudrait le considérer non seulement

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comme complet, mais aussi comme inutile. Ils auraient toutes les raisons du monde, les nombreux postmodernismes. En tant que style parmi d’autres styles, il devrait être nié au nom de son altérité inévitable, puisque le temps produit des altérations et des différences, et de ces différences chaque fois qu’il est porteur. Il deviendrait inévitable de se soumettre à la dialectique du dépassement au point de tomber dans la forme absolue de la volonté de pouvoir, celle qui avait permis à la culture du XIXe siècle de se considérer si supérieure aux autres temps pour s’approprier impunément leurs styles, tous, sans distinction ; comme si une seule langue présupposait parler toutes les langues ; au point de croire qu’elle pouvait exister sans style. En ce sens, le Mouvement moderne n’a rien fait d’autre que de conduire aux conséquences extrêmes, au nihilisme complet, à ce qu’il a combattu, à l’idéalisme et au positivisme, au moment même où il a rejeté leur héritage. D’autre part, quel héritage pourrait provenir d’une volonté omnivore de pouvoir sinon celle d’une volonté de volonté, et dans le but d’une volonté totale à l’impuissance ? Donc pour l’objectivation du mouvement moderne. Et ainsi l’architecture a essayé de devenir une simple disposition, ou dispositif, a “reflété” l’absence, a décrété sa propre nullité en même temps qu’elle a placé sa propre objectivation. Comment peut-on (ou doit-on ?) penser à la modernité ? Pas comme une forme ou un style, mais comme un projet. Un projet qui peut maintenant être réalisé sous deux formes possibles : dans l’annulation de la subjectivité, ou dans sa réalisation ; dans l’assujettissement (en fait, annulation) du sujet par rapport à la technique, ou dans la domination du monde et du possible réalisé par le sujet par la technique. Si la modernité est accomplie, toutes les autojustifications et les pèlerinages du postmodernisme en valent la peine. Ou, et c’est à partir de là que l’on peut analyser les travaux du Laboratorio Ticino, le Moderne est un projet inachevé qui exige fortement d’être réalisé. Il est peu important que cette réalisation corresponde également à sa fin, mais elle doit être

recherchée. Un projet de cela ? Un projet d’émancipation par la raison. Et ici, nous avons deux routes encore ouvertes. La première implique que la raison s’impose dans son absolutisation, et ici toutes les formes de totalisation (politique plutôt qu’esthétique) déjà vécues par la Modernité, et toujours imminente, auraient lieu ; la seconde, pour laquelle nous considérons l’expérience du Laboratorio Ticino comme pertinente, est la possibilité que la Modernité soit un projet non pas de raison ou pour la raison, mais d’un projet de raison capable de se critiquer, d’une critique de la raison dans ses formes logique-épistémologique, éthiquepolitique, esthétique-factuelle, esthétique et factuelle. Une modernité en tant que projet pose une série de questions à l’architecture dans sa capacité à produire de l’appartenance et de la relation sociale, sur son être langage, sur sa vivabilité et sur son être construction, sa manière de technique et sa valeur économique, bref sur l’éthique, la politique, l’esthétique et la technique. Les réponses doivent se trouver dans les œuvres. Pour cette raison, nous avons essayé d’interroger les œuvres produites par le Laboratorio Ticino, convaincus que leur et notre tâche est de penser et de produire, sans présomption, les œuvres produites par le Laboratorio Ticino, le projet inachevé de la Modernité. Peut-être que la position de Siegfried Giedion était naïve, déclarant de sa chaise à Zurich que la tâche que l’architecture moderne s’était fixée était de guérir la fracture entre la pensée et le sentiment, une fracture qui a ses racines dans la cogitation cartésienne et donc dans la modernité elle-même. Il était sans doute naïf d’espérer l’humanisation de l’architecture obtenue en s’enracinant dans les lieux et dans l’expérience et dans une nouvelle monumentalisation de celle-ci, sans maîtres, capable d’être reconnue dans la mémoire et les symboles qui lient les hommes à l’époque. De cette naïveté, même si ce n’est pas le cas de sa dialectique, nous en avons toujours besoin. Le Laboratorio Ticino semble donner de l’architecture à ce besoin,

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tout en rejetant tout monumentalisme, même éthique au Giedion. La critique en tant que pratique de conception ne peut que se poursuivre. Il est encore dans les mains de ceux qui ont donné naissance à cette expérience, mais aussi dans celles de quelques jeunes architectes, parmi lesquels Fabio Caccia et Silvano Muttoni, Raffaele Cavadini, Roberto Briccola et, last but not least, Renato Magginetti.

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