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abandonné le petit Hermann, elle rentra précipitamment, et se glissant à l’aide de l’obscurité, elle traversa la cour sans être vue, atteignit l’escalier, monta, regardant avec inquiétude autour d’elle, assourdissant le bruit de ses pas, et retenant son haleine, car, à défaut des reproches que lui épargnaient l’insouciance du comte et la haine de la comtesse, sa conscience lui disait que ce qu’elle faisait là était affreux. Cependant elle se rassura, lorsqu’en approchant de la porte de sa chambre, elle n’entendit point les cris de l’enfant ; sans doute, à force de pleurer, le pauvre enfant s’était endormi ; elle tira donc avec un peu plus de tranquillité la clef de sa poche, l’introduisit avec précaution dans la serrure, et, la faisant tourner le plus doucement possible, elle poussa lentement la porte. Mais à mesure que la porte s’ouvrait et que son regard plongeait dans la chambre, la méchante nourrice devenait plus pâle et plus tremblante, car elle voyait une chose incompréhensible. Quoiqu’elle eût, comme nous l’avons dit, la clef de sa chambre dans sa poche, et qu’elle fût bien certaine qu’il n’en existait point d’autre, une femme était entrée dans la chambre en son absence, et cette femme pâle, morne et sombre se tenait debout près du petit Hermann, remuant doucement son berceau, tandis que ses lèvres blanches comme le marbre laissaient échapper un chant qui ne semblait pas composé de paroles humaines. 33

Dumas-Berthe  

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