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la digne compagne qu’il avait perdue. Mais le cœur du comte n’était pas habitué aux sentiments tendres, et lorsque, par hasard, il en éprouvait, il ne savait pas les garder longtemps. L’oubli pousse sur les tombes encore plus vite que le gazon ; au bout de six mois, le comte Waldemar avait oublié Wilhelmine et pris une seconde femme. Qui fut la victime de ce second mariage ? Hélas ! ce fut le pauvre petit Hermann : il était entré dans la vie par une porte tendue de deuil ; et, avant de savoir ce que c’est qu’une mère, il put sentir qu’il était orphelin. Sa marâtre, reculant devant les soins qu’il lui faudrait donner à un enfant qui n’était pas le sien, et qui, en qualité d’aîné, hériterait des biens de la famille, le remit aux mains d’une nourrice négligente, qui laissait le petit Hermann des heures entières tout seul et pleurant dans son berceau, tandis qu’elle allait courir les fêtes, les bals ou les veillées.

La berçeuse Un soir, que, croyant sans doute la nuit moins avancée, elle était restée au jardin à se promener au bras du jardinier, elle entendit tout à coup sonner minuit ; et se rappelant que, depuis sept heures du soir, elle avait 32

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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