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Pierrot descendit. L’ours, qui dormait profondément, ne l’entendit pas ; seulement, à cette senteur de chair fraîche qui lui arrivait dans son sommeil, il releva paresseusement la tête et tint ses narines en arrêt. Tout à coup ses yeux se dilatèrent et lancèrent deux sombres éclairs. Pierrot venait de toucher le sol, et l’échelle de corde était retirée. Au lieu de s’élancer d’un bond sur sa proie, comme une bête mal apprise, l’ours fit semblant de n’avoir rien vu ; il se leva lentement de terre, détira l’un après l’autre ses membres engourdis, puis, se dressant sur ses pattes de derrière, il s’avança à petit bruit, balançant sa tête et affectant les dehors les plus honnêtes du monde. Il avait un extérieur si candide, un air si bonhomme, qu’en le voyant, mes chers enfants, vous n’auriez pas manqué, j’en suis sûr, de lui faire une belle révérence. Mais Pierrot, qui savait les ours par cœur, ne se laissa pas prendre à ces mines hypocrites ; il se coucha par terre tout de son long, retint son haleine et fit le mort. L’ours s’approcha, examina quelque temps d’un œil soupçonneux ce corps qui gisait inanimé sur le sol, le flaira, le tourna et le retourna en tous sens, puis, jugeant 304

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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