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rocher en rocher, emportant avec elle tout ce qu’elle rencontrait sur son passage, il se fit dans la foule un morne silence, interrompu bientôt par les pleurs et les gémissements des petits enfants, qui ne pouvaient se consoler de voir aussi méchamment mettre à mort l’homme blanc qui faisait des jouets si jolis. Mais quelle ne fut pas la surprise générale, quand, arrivé à la base de la montagne, le tonneau se fendit tout à coup en deux et que Pierrot en jaillit, armé de pied en cap, comme autrefois Minerve du cerveau de Jupiter. Oui, mes enfants, armé de pied en cap, avec une cotte de mailles du plus fin acier, et dans l’attirail d’un preux chevalier qui entre en lice. C’était un vêtement de dessous qu’il avait pris par précaution avant son départ pour la cour du prince Azor. Quant à son pourpoint, dont il ne restait ombre sur sa personne, il pendait en lambeaux aux mille pointes de fer du tonneau. – Hourra ! hourra ! cria le peuple, lorsqu’il fut revenu de sa stupeur. – À bas le prince Azor ! criaient les petits enfants, qui trépignaient des pieds et battaient des mains, tant ils étaient heureux de voir leur cher Pierrot encore en vie. Pendant ce temps, le prince Azor se démenait furieux sur l’estrade et envoyait ses gens d’armes pour se saisir de la personne de Pierrot. Il aurait bien voulu renouveler l’épreuve, mais le tonneau était en pièces et 302

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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