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Cela fait, il prit l’escabelle, la plaça dans le pâle rayon lumineux qui descendait du soupirail, et se mit à sculpter dans une pièce de bois, à l’aide d’un canif qu’il avait emporté, un délicieux jouet d’enfant ; le soir, le morceau de bois était devenu un petit pantin qui, par le moyen d’une ficelle, frétillait des pieds et des mains d’une façon charmante. – Dieux ! que c’est gentil ! s’écria le guichetier qui venait d’entrer, et dont la figure rubiconde s’était épanouie comme une pivoine à l’aspect de la jolie marionnette ; il faut me donner ça, camarade, pour amuser mon petit garçon. – Volontiers, dit Pierrot, et je lui en ferais d’autres encore, et de plus beaux, si je voyais plus clair en travaillant, mais cette prison est si sombre... – Qu’à cela ne tienne, mon prisonnier, répondit le geôlier, qui n’y voyait que du feu ; je vais vous apporter tant de luminaire que vous y verrez clair comme en plein midi. Cinq minutes après, Pierrot avait cinq ou six paquets de chandelles, et vous savez maintenant aussi bien que moi, mes enfants, ce qu’il en fit. J’ajouterai seulement que, quand son garde-manger s’épuisait, il allait chanter à travers les fentes de la porte :

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Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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