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– Par ma bosse ! reprit le prince, tu ne pouvais arriver plus à propos. Mieux vaut, après tout, que ce soit toi que mon premier ministre. Assieds-toi à cette table... très bien... maintenant, mange ce poisson qui est devant toi, et surtout aie soin d’en avaler toutes les arêtes, toutes, entends-tu bien ? ou je te fais tuer comme un chien. Pierrot, qui était fort affamé, ne se le fit pas dire deux fois ; il se mit à l’œuvre, et de tel appétit, que l’énorme brochet qui tout à l’heure envahissait la table tout entière, disparut en un clin d’œil, comme par enchantement. Il ne restait plus que la grosse arête. Pierrot, relevant sa manche, la prit entre le pouce et l’index, l’insinua délicatement dans sa bouche, fit un grand effort, puis une grimace, et l’avala net. – Prince, dit-il alors du ton d’un escamoteur qui vient d’envoyer sa dernière muscade aux grandes Indes, c’est fait ! – Impossible ! dit le prince Azor, qui l’avait regardé faire avec attention. Allons, avance ici et ouvre la bouche... C’est prodigieux ! ajouta-t-il quand il eut exploré avec une lumière tous les coins et recoins de la mâchoire de Pierrot... Elle n’y est plus ! Ma foi ! je me risque. Et, sur ce, il aspira une grosse bouffée d’air, fit un effort accompagné d’une affreuse grimace, et l’arête 296

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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