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et son panier vide. – Maintenant, dit-il, pressons le pas ; et il se mit à faire de si grandes enjambées que le soir même il arriva à la cour du prince Azor. Le moment était mal choisi ; tout le palais était sens dessus dessous ; le prince Azor avait avalé à souper une arête de poisson, et, dans sa fureur, il venait d’étrangler de ses propres mains un célèbre médecin qui n’avait pu la lui retirer du gosier. Toutefois, comme la mort violente du médecin ne l’avait pas débarrassé du mal qui le tourmentait, l’idée lui était venue d’employer un moyen plus doux : c’était de faire avaler à son premier ministre une arête en tout point semblable à celle qu’il avait avalée lui-même, et de tenter sur le gosier de Son Excellence toutes les expériences que la science pourrait imaginer. Il allait donc faire appeler son premier ministre, lorsque notre voyageur fit son entrée, introduit par l’officier de service. – Qui es-tu ? lui demanda le prince, que la circonstance de l’arête obligeait de parler du nez. Qui es-tu, pour oser te présenter devant moi ? – Je suis Pierrot, répondit notre héros, ambassadeur de Sa Majesté le roi de Bohême, et je viens à cette fin de négocier auprès de Votre Altesse un traité de paix. 295

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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