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Le poisson d’avril On était au premier avril. Le roi, qui avait passé toute la nuit à regarder à travers le trou de la serrure de son cabinet, avait eu si froid, si froid, que le matin il tremblait comme la feuille et éternuait à tout rompre. Il battait la mesure contre l’un des pieds de son trône pour se réchauffer, quand il aperçut dans la glace un personnage à figure sinistre qui imitait tous ses mouvements en le regardant de travers. À celle apparition, il poussa un cri de terreur et porta rapidement la main à la garde de son épée. Le personnage de la glace exécuta la même pantomime. Hélas ! mes chers enfants, l’infortuné monarque ne reconnaissait plus sa propre image, et vous vous y seriez trompés vous-mêmes, tant ses cheveux avaient blanchi depuis la veille, tant ses yeux étaient rouges et son nez affreusement enflé ! À ce moment, on frappa à la porte. – Ouvrez, sire, c’est moi, dit une voix qui était celle du seigneur Renardino. À cet appel, le roi, marchant à reculons, tira la 284

Dumas-Berthe  

La bouillie de la comtesse Berthe et autres contes BeQ Alexandre Dumas La bouillie de la comtesse Berthe La Bibliothèque électronique du Qué...

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