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petits-enfants, recevrez même politesse de moi d’abord, puis ensuite de mes enfants et de mes petits-enfants. L’invitation à manger une bouillie au miel n’était pas, dans le moyen âge, si mince que parut le cadeau au premier abord, une invitation à dédaigner, car c’était une manière de vous convier à un bon et copieux dîner. On disait donc : Venez manger demain une bouillie au miel avec moi, comme on dit aujourd’hui : Venez manger ma soupe ; dans l’un et l’autre cas le dîner était sous-entendu, avec cette différence seulement, que la bouillie se mangeait à la fin du repas, tandis que la soupe, au contraire, se mange au commencement. Aussi, à cette promesse, l’eau vint-elle à la bouche des travailleurs ; ils redoublèrent donc de courage, et avancèrent si rapidement, que le 1er octobre le château de Wistgaw se trouva terminé. De son côté, la comtesse Berthe, fidèle à sa promesse, fit préparer pour tous ceux qui avaient mis la main à l’ouvrage un splendide repas, qu’il fallut, à cause de la quantité des convives, servir en plein air. Au potage, le temps paraissait on ne peut plus favorable, et personne n’avait songé à cet inconvénient de dîner ainsi sans abri ; mais au moment où l’on apportait dans cinquante énormes saladiers la bouillie au miel toute fumante, des flocons de neige tombèrent épais et glacés dans tous les plats. 16

Dumas-Berthe  

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