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d’ébène et d’ivoire attaché sur le mur jaune en faisait ressortir la nudité et attirait nécessairement les regards. Quatre petits cierges fluets que les sœurs avaient réussi à fixer sur cet autel improvisé en les scellant dans de la cire à cacheter, jetaient une lueur pâle et mal réfléchie par le mur. Cette faible lumière éclairait à peine le reste de la chambre ; mais, en ne donnant son éclat qu’aux choses saintes, elle ressemblait à un rayon tombé du ciel sur cet autel sans ornement. Le carreau était humide. Le toit, qui, des deux côtés, s’abaissait rapidement, comme dans les greniers, avait quelques lézardes par lesquelles passait un vent glacial. Rien n’était moins pompeux, et cependant rien peut-être ne fut plus solennel que cette cérémonie lugubre. Un profond silence, qui aurait permis d’entendre le plus léger cri proféré sur la route d’Allemagne, répandait une sorte de majesté sombre sur cette scène nocturne. Enfin la grandeur de l’action contrastait si fortement avec la pauvreté des choses, qu’il en résultait un sentiment d’effroi religieux. De chaque côté de l’autel, les deux vieilles recluses, agenouillées sur la tuile du plancher sans s’inquiéter de son humidité mortelle, priaient de concert avec le prêtre, qui, revêtu de ses habits pontificaux, disposait un calice d’or orné de pierres précieuses, vase sacré sauvé sans doute du pillage de l’abbaye de Chelles. Auprès de ce ciboire, monument d’une royale magnificence, l’eau et le vin 24

Balzac-57  

BeQ Honoré de Balzac Un épisode sous la Terreur Scènes de la vie politique La Bibliothèque électronique du Québec Collection À tous les vent...

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