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BELGIE(N)-BELGIQUE

P 008189

Editeur responsable : Timur Uluç • Commission Justice et Paix francophone de Belgique, asbl Chaussée Saint-Pierre, 208 • B-1040 Etterbeek - Belgique

Revue d’analyse des conflits internationaux et des enjeux de paix

Pauvretés :

les clichés ont la vie dure N° 107 2e TRIMESTRE 2019 - JUIN


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ÉDITO SOMMAIRE ÉDITO

Cher lecteur, chère lectrice,

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L’ACTUALITÉ : REGARDS ET POSITIONS Quel avenir pour nos gilets jaunes après les élections du 26 mai ? Flop made in France ou success story à la belge ?

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DOSSIER PAUVRETÉS : LES CLICHÉS ONT LA VIE DURE Introduction

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Première réflexion "Quand on veut, on peut !" De la lutte contre la pauvreté à la condamnation des pauvres

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Deuxième réflexion Le droit à un logement de qualité : réalités et propositions

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PORTRAIT / POINT DE VUE La précarité au quotidien

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BRÈVES

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À l’heure où les inégalités n’ont jamais été aussi fortes dans nos sociétés, nous vous proposons de prendre un moment pour réfléchir ensemble à la notion de pauvreté. Cette dernière suscite bien souvent des interrogations et des incompréhensions. En Belgique, près de 20% des individus vivent en situation de pauvreté. Mais qui sont ces personnes : des chômeurs, des étrangers, des sans-abri, des pensionnés, des travailleurs, mon voisin ? Et de quelle(s) pauvreté(s) parlet-on ? Au-delà des privations économiques, la pauvreté est également synonyme de marginalisation et de mise à l’écart dans de nombreuses activités sociales du quotidien. La crise économique de 2008 a renforcé la précarisation d’une partie de la population et ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui. En période de crise et de paupérisation, "l’autre", qu’il soit chômeur ou étranger, est trop souvent perçu comme une menace pour l’équilibre de la société - et non pas, comme cela devrait l’être, comme une victime des ravages de l’économie néolibérale. Cette recherche d’un bouc émissaire fait le succès des nationalismes et des populismes un peu partout en Europe. Il est donc essentiel de revenir sur la lecture de ces lourds préjugés et de remettre les choses en perspective ! Clara Debeve


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L’ACTUALITÉ : REGARDS ET POSITIONS

Quel avenir pour nos gilets jaunes après les élections du 26 mai ?

DOSSIER

Flop made in France ou success story à la belge ? Crédit Pelle De Brabander flickr

fait du président la cible. Politique : la chute du gouvernement Michel a pu être perçue comme une stratégie pour éviter d’affronter cette question, entre autres 2. Communautaire : les questions socio-économiques sont clivantes entre le Sud et le Nord, où les gilets ont eu le moins d’impact. Médiatique : couverture plus faible qu’en France, mais pareillement peu élogieuse à l’égard du mouvement.

Pas de liste aux européennes comme en France, ni de parti ou de fédération organisé… Les médias comparent volontiers le mouvement belge à une brise légère 1: son faible niveau d’organisation et d’impact politique le conduirait à l’extinction. Tandis que la mobilisation française est comparée à des rafales qui secouent la République. Alors, est-il (encore) un (autre) mouvement aux racines françaises mais stérile en Belgique ? Rien n’est moins certain. En effet, il serait imprudent de le condamner à six mois de vie, d’autant que son impact politique n’a pas été nul jusqu’alors. Pour rappel, la Belgique a vu les luttes du mouvement ouvrier, et celles du suffrage universel aboutir au terme de longues batailles historiques, pas forcément bien organisées au début, et surtout pas gagnées d’avance (le suffrage universel mixte date de 1948)! Le succès est donc aussi envisageable, dans l’absolu. A priori, ces mouvements ont des points communs (4) qu’ils soient français ou belges : Origine : La conjonction de politiques anti-sociales et de l’incapacité des corps intermédiaires

(syndicats, partis politiques…) à assurer leur fonction de représentation des différents groupes de la population ; Symbole : Obligatoire pour les conducteurs de véhicules, il augmente la visibilité et la sécurité sur les bandes d’arrêt d’urgence : les manifestants attirent l’attention sur l’urgence de porter remède à leur détresse ; Organisation : L’horizontalité de principe, donc pas de porte-parole, ni de leader désigné. Même si en France certains noms ont été plus médiatisés et que des listes ont été déposées pour les européennes ; Revendications : la fin des politiques anti-sociales (augmentation des taxes sur le carburant, l’électricité…) et la démocratie directe dont l’emblème est le "référendum d’initiative citoyenne" (RIC, ci-après). En dépit de ces points de rapprochement, le mouvement belge présente toutefois une faiblesse relative en raison d’obstacles (4) propres au contexte belge. Institutionnel : pas facile de désigner l’ennemi car le fédéralisme belge enchevêtre les compétences et favorise les esquives : "je vous comprends mais ce n’est pas de mon ressort". En France, le centralisme

1.  7sur7, Anthony Marcou, "Gilets jaunes : pourquoi le mouvement de révolte souffle-t-il moins fort en Belgique ?", 16/01/19. 2. Voy. Vincent Engel dans l’art. de A. Marcou. 3.  Belga, "Une ‘petite victoire’ pour les gilets jaunes : les prix du diesel et de l’essence ne seront pas indexés en 2019", 7/12/2018.

En tout état de cause, même si le mouvement belge succombe à sa faiblesse, son impact n’en serait pas annulé. Ainsi, pour 2019, les taxes sur le carburant n’ont pas été indexées 3. Par ailleurs, le débat démocratique sur le RIC a été relancé. Concrètement, les gilets jaunes veulent instaurer un RIC abrogatoire, législatif, constituant et révocatoire afin que les citoyens puissent "abroger les lois inappropriées ou injustes". Ce n’est pas une idée nouvelle en Belgique (1830) et les programmes des partis politiques francophones l’évoquent de manière plus ou moins explicite aujourd’hui. Le hic ? Le recours au référendum au niveau fédéral n’est pas envisageable en l’état actuel (contrairement à la France). Il implique donc la révision de l’article 39 bis de la Constitution, lequel a été repris dans la liste des articles révisables sous la prochaine législature. Les plus optimistes y voient la possibilité d’en élargir l’application pour permettre un référendum fédéral (contraignant), comme cela a été le cas pour l’adoption des consultations populaires communales (1990) et régionales (2014), qui ne sont pas contraignantes et restent peu utilisées. Mais encore faut-il que cela figure à l’agenda de la prochaine législature et que les vues s’accordent pour en définir les questions plus précises de mise en œuvre. Cela peut être difficile, mais impossible n’est pas belge. Léon Mokeni

Pauvretés :

les clichés ont la vie dure Les préjugés sur "les pauvres" vont bon train. Le pauvre serait suspect, oisif, et bien souvent considéré comme responsable de sa situation. Il y a aujourd’hui une tendance dans nos sociétés à légitimer un discours moralisateur à l’égard des personnes précarisées. Ce dernier est notamment véhiculé par l’État, qui tend à se déresponsabiliser vis-à-vis de cette frange de la population. Pourtant, des solutions existent ! Et de nombreux acteurs se mobilisent au quotidien pour les accompagner et faire valoir leurs droits.


PREMIÈRE REFLEXION

"Quand on veut,

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on peut !"

De la lutte contre la pauvreté à la condamnation des pauvres "Les pauvres sont incapables ou trop paresseux pour se prendre en main", "Il suffit de traverser le trottoir pour trouver un emploi", "une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien", "les pauvres sont inutiles",… etc.

En faisant reposer tout le poids du changement sur des personnes, pourtant déjà vulnérables, on se dédouane de remettre en question les structures sociales et politiques qui sont à l’origine de la fragilisation d’une part croissante de la population

Ces quelques idées reçues, relayées sans retenue par certains hauts responsables politiques, ne sont qu’un aperçu de l’éventail de représentations que notre société véhicule sur ses membres les plus pauvres. Ces phrases ont comme point commun de rendre coupables de leur propre situation les personnes en difficultés économiques. Elles constituent des déclinaisons appliquées et stigmatisantes de l’adage populaire : "quand on veut, on peut !". Certaines de ces formules tendent même à faire de ces personnes les principales responsables de l’ensemble des maux qui rongent la société. Elles seraient des profiteurs, des poids-morts ou des obstacles inutiles à la prospérité économique… À l’instar des "cancres" dans une salle de classe, les pauvres ou les chômeurs seraient des êtres paresseux qu’il conviendrait de "secouer", sous peine de "tirer tout le groupe vers le bas". Mais de quelle idéologie ce discours participe-t-il ? Quels sont les effets politiques de cette vision du monde ?

Cette entreprise collective de culpabilisation d’une partie fragilisée de la population a tout d’abord pour effet d’amplifier la souffrance physique et psychologique qui affecte toute personne qui rencontre des difficultés financières. En plus de devoir faire face aux privations et aux angoisses de la fin du mois, il faut en plus "encaisser" l’exclusion, le mépris ou le regard désapprobateur de personnes mieux loties. Par ailleurs, ces phrases, d’apparence anodine, participent d’une idéologie qui, par ses effets politiques, menace les valeurs de solidarité, en consacrant les valeurs de compétition, de concurrence, de mérite et de travail. Enfin, en faisant reposer tout le poids du changement sur des personnes, pourtant déjà vulnérables, on se dédouane de remettre en question les structures sociales et politiques qui sont à l’origine de la fragilisation d’une part croissante de la population. >>>

© Olivier Laval - 2018

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PREMIÈRE REFLEXION © Olivier Laval - 2018

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Le mirage méritocratique Si on accepte sans aucune nuance l’idée selon laquelle, "quand on veut, on peut", alors finalement, chacun a le sort qu’il mérite. L’émancipation ou le bonheur ne serait qu’une affaire individuelle. C’est sur cette idée centrale que repose le mythe du "rêve américain", selon lequel, "même en partant de rien, chacun peut réussir à force de courage et volonté", comme Rocky Balboa 1 qui, bien que venant des faubourgs précaires de Philadelphie, parvient à se hisser jusqu’au sommet de la boxe mondiale et de la reconnaissance, à force de persévérance, de courage et de travail. À mesure que l’État ne remplit plus son rôle protecteur, et face au délitement des mécanismes de solidarité publique, on voit émerger un discours qui consacre la prévalence de l’individu sur le collectif. Chaque personne, livrée à elle-même, serait responsable de son propre sort. En témoigne tout le marché qui se développe sur le développement personnel, le coaching individualisé ou la "pensée positive". Tous ces concepts ont comme point commun d’inviter les gens à travailler davantage sur eux-mêmes que sur les mécanismes structurels responsables de leurs difficultés. Dès lors, de la même manière que les pauvres sont pauvres parce qu’ils manqueraient de volonté, les riches ne devraient qu’à leur intelligence, leur travail ou leur audace la prospérité dont ils peuvent profiter.

Pourtant, grâce notamment au travail de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron 2, on connaît aujourd’hui le poids des héritages économiques, sociaux et culturels dans la reproduction des inégalités socio-économiques. Dès l’école maternelle, les enfants qui ont la chance d’évoluer à la maison dans un environnement familier à celui qu’ils retrouvent à l’école, manifestent de plus grandes capacités d’adaptation au cadre scolaire que les enfants dont le capital culturel est en décalage avec celui favorisé par les institutions. Par la suite, les enfants seront sans cesse orientés dans différentes options, filières ou écoles, en fonction de leurs performances scolaires, augmentant le fossé d’origine. Les résultats des études PISA en attestent 3 : l’école, en fédération Wallonie-Bruxelles, creuse les inégalités, au lieu de les résorber. La Flandre n’échappe pas à ce phénomène de reproduction des inégalités sociales : à l’Université de Louvain (KUL), des études ont montré une corrélation entre le taux de réussite des étudiants en première année et le niveau d’éducation de leur mère 4. Or, on sait que l’obtention des diplômes, comme les codes culturels que chacun hérite, conditionnent, au-delà de la scolarité, la possibilité de trouver un travail et le niveau de revenus que chacun va pouvoir espérer. Dans un contexte de chômage de masse et de précarisation de l’emploi, la concurrence est d’autant plus féroce.

Enfin, aujourd’hui, les revenus du capital des grandes fortunes progressent beaucoup plus vite que les revenus du travail, si bien que, en l’absence d’une politique fiscale digne de ce nom sur les grands patrimoines, les familles les plus riches ont la possibilité de léguer un capital financier à leur descendance, sans commune mesure avec ce que peuvent espérer les enfants des familles les plus précaires. Cette situation conduit Thomas Piketty à parler de "société d’héritiers" 5. Alors, certes, certaines personnes parviennent à passer d’une classe à l’autre, c’est le cas d’une grosse fortune qui dilapiderait son patrimoine, ou celui d’un footballeur qui parviendrait, grâce à son talent, à devenir une star internationale. Mais ces "transclasses", comme les nomme la philosophe Chantal Jaquet, constituent des exceptions sur base desquelles les tenants de la méritocratie tirent des conclusions générales. En définitive, face aux déterminants sociaux objectifs, le mérite individuel n’a que peu d’effets pour expliquer les situations de richesse ou de pauvreté.

Des effets politiques concrets En dépit des apports des recherches sociologiques sur les inégalités, bon nombre de politiques publiques continuent d’être bâties sur la fable que constitue le mythe méritocratique. Les pauvres sont chargés eux-mêmes de "se prendre en main" pour s’extirper de la pauvreté. Tout ce climat idéologique justifie notamment les mesures d’activation à l’emploi et de contrôle des bénéficiaires d’allocations qui se sont intensifiées au cours de la dernière législature 6. La poursuite de la dégressivité dans le temps des allocations de chômage entamée sous le gouvernement Di Rupo de 2011 à 2014 et le renforcement des contrôles en ce qui concerne les efforts dans la recherche d’emploi constituent de bons exemples. Le gouvernement de Charles Michel, entre 2014 et 2018 a également déployé des moyens supplémentaires pour lutter contre la fraude aux allocations, comme la domiciliation fictive des chômeurs notamment. Aujourd’hui, des inspecteurs peuvent se rendre sans préavis au domicile

des bénéficiaires d’allocations. Dans le même temps, les moyens alloués à la lutte contre la fraude fiscale ont considérablement diminué. Selon Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), tandis que quelque 300 postes de travail dédiés à lutter contre la fraude sociale ont été créés, le nombre de personnes en charge de la lutte contre la fraude fiscale a baissé de moitié sous le gouvernement Michel. Pourtant, selon une étude réalisée par le DULBEA 7, la fraude fiscale coûterait 20 milliards par an à l’État belge. Par comparaison, la fraude sociale ne représente que 1800 euros maximum par an, par ménage concerné. Au niveau communal, l’exclusion des pauvres des centres-villes depuis quelques années, par des arrêtés communaux anti-mendicité ou du mobilier anti-SDF, contribue implicitement à les stigmatiser. Il s’agit de condamner leur oisiveté supposée, tout comme la menace qu’ils représenteraient pour l’attrait touristique et économique des villes. Ce phénomène traduit de façon concrète une vision du monde qui consiste à penser que les riches ont mérité leur situation, tandis que les pauvres seraient des "fainéants" qu’il s’agit de sanctionner et de ramener sur le droit chemin. Au final, selon Chantal Jacquet, les discours méritocratiques constituent "une pure construction politique destinée à conforter l’ordre social. Car en insistant sur les capacités personnelles des individus, l'État se dédouane de ses responsabilités collectives. 8"

Les fondements de la société en danger Au-delà des effets politiques à court terme qui affectent directement le bien-être des personnes les plus fragiles de notre société, cette logique d’exclusion, faisant des pauvres des victimes expiatoires, menace tout simplement ce qui constitue le fondement d’une société : les rapports de coopération, de solidarité et de reconnaissance de l’égalité de droits entre tous les êtres humains. À travers la vision méritocratique, l’accès aux conditions matérielles minimales d’existence décente n’est progressivement plus considéré comme un droit inconditionnel dont chacun bénéficie à la naissance, mais comme quelque chose qui se mérite. Après avoir détricoté tout mécanisme public de protection, que restera-t-il d’une société dont les membres pensent que chacun se suffit à lui-même ? Comment assurer une cohésion commune à un groupe d’êtres humains dont la poursuite des intérêts individuels est le seul principe partagé ? Que peut-il advenir d’une société qui tolère et même justifie la souffrance d’une part croissante de la population, alors que les patrimoines d’une minorité atteignent des niveaux inégalés dans l’histoire de l’humanité ? L’idéologie méritocratique sépare les individus les uns des autres, chacun ne pouvant compter que sur lui-même pour pouvoir sortir la tête de l’eau. Finalement, le capitalisme, c’est cela aussi. En plus d’exploiter à outrance la nature, la force de travail des êtres humains, de creuser les inégalités et d’appauvrir une part croissante de la population, ce système politique et économique dresse des murs entre les êtres humains qui composent la société.

Les groupes les plus résilients face aux changements environnementaux se sont toujours caractérisés par des liens de coopération et d’empathie forts

Selon Pablo Servigne et Gauthier Chapelle 9, lorsqu’on jette un regard sur l’histoire des sociétés humaines et animales, les groupes les plus résilients face aux changements environnementaux se sont toujours caractérisés par des liens de coopération et d’empathie forts. Au contraire, les rapports d’inégalité et de compétition ont toujours été un facteur déterminant d’effondrement des civilisations antérieures. À rebours de l’idéal méritocratique, il est temps, plus que jamais, de renforcer les mécanismes de justice et de solidarité au sein de notre société. Valéry Witsel

1. Rocky, film de John Guilbert Avildsen sorti en 1976. 2. Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, Les Editions de Minuit, 1984. 3. Enquête Pisa 2015, en Fédération Wallonie-Bruxelles. 4. http://inegalites.be/L-universite-belge-est-une. 5. Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle, Editions du Seuil, 2013. 6. Voir Pauvrophobie, petite encyclopédie des idées reçues sur la pauvreté, Lucpire éditions, 2018. 7.  DULBEA : Centre de recherche d'économie appliquée de la Solvay Brussels School of Economics and Management et de l'Université Libre de Bruxelles. 8. Les transclasses ou l'illusion du mérite, émission France Culture avec Chantal Jaquet, le 1er octobre 2018. 9. Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, L’entraide, l’autre loi de la jungle, Les Liens qui Libèrent, 2017.


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DEUXIÈME REFLEXION

Le droit à un logement de qualité :

réalités et propositions

Le droit à un logement décent est un droit reconnu… reconnu par l’article 23 de la Constitution belge, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 (DUDH), ainsi que par le Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966. Il inclut l’interdiction des expulsions forcées et la reconnaissance d’un logement de qualité comme condition de vie décente. Malgré tout, cela ne signifie pas pour autant que ce droit soit appliqué dans les faits .

Quelques constats : entre raréfaction et mauvaise qualité Dans le contexte de l’économie néolibérale, le marché immobilier est structuré par le jeu de l’offre et de la demande ; il est toutefois éclaté, géographiquement et par segment. Selon Philippe Defeyt : "ce n’est pas parce que les maisons sont très bon marché à Dinant qu’on y déménage, sauf pour les personnes pauvres (ex : certains Dinantais viennent des CPAS de Charleroi). Par ailleurs, il peut y avoir en un lieu beaucoup de villas trois chambres et quatre façades et peu de logements à deux chambres".

© Gérard Vilminot flickr

Une autre question reste sensible : la rareté des terrains à bâtir et la tendance au gaspillage de ceux-ci. Que ce soit dans le bassin économique de Namur ou dans d’autres sous-régions, on observe par exemple des bureaux entourés par d’immenses pelouses dans un zoning industriel, alors que peu de logements sont disponibles par ailleurs dans la même zone…

Au plan de la qualité du logement, toutes les études montrent l’état désastreux du parc immobilier wallon : simple vitrage, toit non isolé, habitat mal situé et mal desservi en termes de transports en commun. Si l’on réfléchit en termes de transition économique et écologique, le travail de rénovation et d’isolation des logements constitue à la fois un objectif social de réduction de la facture énergétique et de relocalisation de l’emploi, en recourant à des entreprises locales. Selon la Fondation Travail-Université, on recense 40.000 ménages en attente de logements disponibles dans une des 64 sociétés wallonnes de logement public. Par ailleurs, on constate que l’offre publique s’élève à 6% (contre 17% en France et 12% aux Pays) alors que 35.000 logements seraient inoccupés en Wallonie ! L’habitat permanent dans les zones de loisirs (campings, habitat léger) concerne 12.000 logements en Wallonie, selon le Rassemblement Wallon pour le Droit à l’Habitat (RWDH). Aux

yeux de nombreux acteurs locaux, y compris des responsables politiques et associatifs, il est essentiel de distinguer un choix pour un habitat vert, léger et alternatif (ex. les yourtes, les pavillons sans fondations profondes…) et le maintien dans un habitat mal protégé, mal chauffé et avec peu d’équipements sanitaires. La Commission Justice et Paix NamurLuxembourg a constaté également que divers biens immobiliers appartiennent à des associations paroissiales et des communautés religieuses. Sans avoir opéré un cadastre complet dans les provinces concernées, nous avons opéré une distinction entre les propriétés communales mises à disposition des desservants locaux (presbytères), les biens de fabrique soumis à des règles précises de gestion et les établissements gérés par des congrégations religieuses ou des ASBL. Certains immeubles ont été réhabilités dans un souci de mixité de fonctions (logement-bureaux et salles de réunion pour le secteur social et culturel). Ce travail se poursuit en notant les difficultés rencontrées de manière quotidienne : problèmes de mise aux normes, des coûts de rénovation et d’entretien : il ne suffit pas de mettre des biens à disposition. Il faut pouvoir les maintenir en état, accompagner le public précarisé et favoriser des conditions de convivialité.

Des objectifs réalisables et de nouvelles alternatives Selon Philippe Defeyt et d’autres économistes, l’augmentation du nombre de logements doit être proportionnelle au nombre de familles qui "arrivent sur le marché". On observe que la taille moyenne des ménages se stabilise à

2,30 personnes par ménage privé (par opposition aux ménages collectifs tels que les prisons, couvents, maisons de repos… lesquels recouvrent 170.000 personnes en tout). Selon différentes personnes consultées, les points d’attention prioritaires devraient être les personnes seules et les familles monoparentales. Différentes associations estiment qu’il ne faut pas généraliser mais bien favoriser le "semi-communautaire". L’habitat groupé est certes une piste crédible, mais elle n’est pas accessible à tous et pas dans l’immédiat. Il est utile ici de rappeler que le semi-communautaire concerne un immeuble avec certaines fonctions partagées (salle de fêtes, buanderie,…). A ce niveau il faut toutefois craindre une fois de plus, la construction de ghettos, dépourvus de mixité sociale ou de diversité intergénérationnelle (ghettos de jeunes… ou ghettos de vieux, à l’instar de ce que devient le lotissement à Jambes) ou encore de diversité quant aux types de ménages présents. L’habitat intergénérationnel constitue une piste à creuser, de manière plus particulière en milieux urbain et périurbain. Socialement, malgré les difficultés rencontrées, il est important de généraliser le modèle du "Housing first", c’est-à-dire d’assurer rapidement un logement pour des personnes qui viennent de la rue ou sortent de prison. A cet effet, il est nécessaire de disposer d’un stock de logements répartis sur le territoire, sans étiquetage trop marqué pour éviter une stigmatisation des bénéficiaires. Le logement social apparaît difficilement finançable aujourd’hui, quelle que soit la sous-région concernée : il se maintient car il est fiscalement amorti. Même avec des subsides massifs, il serait cependant impossible d’en proposer à l’état neuf. Par ailleurs, ce modèle forme également des ghettos. Un problème majeur se pose dès lors à court terme dans ce domaine : quelle solution proposer à des gens qui ont droit à un logement social mais qui n’y ont pas accès car il n’y en a pas assez ? Par exemple, une personne qui reçoit un Revenu d’Intégration Sociale (RIS) de 910 euros par mois n’est pas dans la même situation selon qu’elle doit payer un bail de logement social

ou un bail privé classique qui coûte au moins deux fois plus cher… Une proposition réaliste en la matière serait de procurer une allocation loyer à celles et ceux qui n’accèdent pas au logement social, ceci pour des raisons d’équité entre personnes précarisées. Cela permet à ces personnes de choisir leur lieu de vie, leur quartier, et évite des violences symboliques (ou autres) du logement social. Au plan fiscal, on évoque souvent le Bonus logement : des réductions fiscales pour ceux qui achètent un immeuble neuf. C’est une mesure qui profite à la classe moyenne (supérieure ou non) et qui fait monter les prix : comme le soulignent certaines études, les aides à l’acheteur se retrouvent dans la poche du vendeur qui en profite pour faire monter les prix. A un niveau plus psychologique, les gens préfèrent peut-être recevoir une allocation ou un bonus que payer moins. Un autre facteur qui joue sur le marché immobilier est la situation des logements inoccupés. Celle-ci est certes un élément scandaleux, mais il est nécessaire de rappeler que beaucoup de ces logements sont en mauvais état. Un double travail doit être réalisé : un repérage de ces logements (actuellement faible) et une volonté politique de mettre fin à l’inoccupation (sans simplisme sur les causes de l’inoccupation, qui comprennent par exemple des situations d’héritage ou de sortie d’indivision). Sans tomber dans l’excès ni empiéter sur les espaces non artificialisés (comme les espaces verts), on peut apercevoir en ville de nombreux endroits où des logements pourraient être construits, en ce compris les étages inoccupés dans les maisons de personnes âgées. Il y a également un besoin de ce type de logement qui contribue à créer une vie dans les quartiers et les maisons.

Face à toutes ces tendances et contraintes, de nouveaux modèles émergent. D’abord, le mouvement coopératif qui touche quelques centaines de personnes 2, ou encore le "Community Land Trust" 3, les Habitats groupés, etc. Un autre modèle est envisagé, notamment par les personnes âgées confrontées au souci du séjour de vieillesse : quitter une maison pour acheter un appartement. Un autre modèle consiste à rester dans une maison trop grande, en louant un étage à un ménage plus jeune ("Un toit pour deux âges"), avec à terme l’idée que des échanges intergénérationnels se développent.

Les positions des partis politiques Contrairement à d’autres matières, le dossier du logement est peu clivant. Des divergences sont toutefois observables, en particulier par rapport au contrôle des montants locatifs. Défi, Ecolo, le PS et le PTB se déclarent favorables à l’encadrement des loyers par une grille de référence. Ecolo insiste sur la mise en place de commissions paritaires locatives pour accomplir ce travail. Le CDH et le MR sont opposés à des mesures contraignantes, mais sont d’accord vis-à-vis d’une grille incitative : pour le CDH une mesure contraignante nuirait en effet à la liberté contractuelle. Même remarque pour le MR qui estime qu’une mesure coercitive aurait l’effet inverse : une augmentation de loyer et une discrimination à l’accès 4 . En ce qui concerne l’habitat léger ou l’habitat permanent (zone de camping), on note un discours commun sur le respect des choix de vie, à condition de veiller à des conditions décentes d’hébergement et de règles d’urbanisme qui permettent la convivialité et le respect de l’environnement.

1. D  ans la continuité du travail réalisé par la Commission Justice et Paix Namur depuis plusieurs années dans un plaidoyer vis-à-vis des milieux politiques et ecclésiaux, cette analyse est le résultat d’un travail de plusieurs mois, alimenté par les études de l’économiste Philippe Defeyt et d’autres analystes (Christine Steinbach de la Fondation Travail Université et David Praile, du Rassemblement Wallon pour le Droit à l’Habitat) rencontrés dans le cadre des débats organisés par le MOC Namur. Certaines analyses et réflexions concernent au départ les réalités namuroises ; la plupart sont validées pour l’ensemble de la Région Wallonne et Bruxelles-Capitale. 2. Voir l’article de la revue "Durable" sur le sujet. 3. Le ménage n’est pas propriétaire du sol et la valeur ajoutée en cas de départ revient en partie à la structure qui organise le CLT. 4. Propos recueillis dans le cadre du débat organisé le 30 avril 2019 par la fédération du MOC de Namur et par la lecture des programmes électoraux.

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DEUXIÈME REFLEXION

La précarité

Le CDH, Défi, Ecolo, le PS et le PTB se déclarent favorables à l’augmentation de l’offre de logements sociaux à un minimum de 10% par commune. Le CDH tient à préciser que cette offre doit correspondre aux besoins réels des familles et que la conception de "logement social" doit être étendue ; par ailleurs une allocation doit être instaurée et déployée. De son côté, le MR estime que les nouveaux projets doivent être orientés vers des zones qui rassemblent des bassins d’emploi et des possibilités réelles de mobilité en transports publics, commerces et services ; tout en privilégiant les Partenariats Public Privé (PPP). Le PS rappelle qu’en Wallonie le Plan Marshall Logement prévoyait la création de 8.000 nouveaux logements… En conclusion, l’ensemble des analyses et des propositions politiques mettent en évidence le caractère essentiel du logement comme élément d’appréciation d’une qualité de vie et de possibilités d’assurer les conditions collectives d’une "vie bonne et juste" et de la construction du Commun. On le voit pourtant, des solutions alternatives émergent progressivement, à nous donc de veiller à les identifier et à les promouvoir, pour améliorer de façon créative le vivre-ensemble de nos régions. Joseph Pirson Pour la Commission Justice et Paix de Namur-Luxembourg

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PORTRAIT

au quotidien

Avant de clôturer notre réflexion sur la précarité, nous avons souhaité donner la parole aux principaux concernés. Fatou et Chrystelle ont accepté de répondre à nos questions.

© Le Pivot

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Chrystelle

Notre rencontre avec Chrystelle se déroule au Pivot. Le Pivot est une association qui vise à réaliser un projet de développement communautaire dans les quartiers du Bas-Etterbeek et du Bas-Ixelles. Depuis 1971, le Pivot veut permettre à des personnes et des familles vivant dans des situations d’extrême pauvreté, de se rassembler pour briser le cercle vicieux de la misère. Après un "burn-out de vie", Chrystelle est hospitalisée à plusieurs reprises. Elle souffre d’une grave dépression depuis des années. La maternité et toutes les responsabilités que ce nouveau rôle engage font peser une lourde pression sur ses épaules.

Quand elle rentre à l’hôpital, elle réalise qu’elle n’est plus capable de s’occuper de sa fille correctement. Elle prend la douloureuse décision de placer son enfant, "pour pouvoir m’occuper de moi d’abord. Ca a été très difficile. J’ai eu la sensation de l’abandonner, c’est un traumatise que j’ai vécu moi-même étant enfant. A l’heure actuelle, je vis dans un foyer thérapeutique et mes deux filles sont toujours placées. Je vais les voir souvent". Par après, Chrystelle se remet sur pied. Elle suit plusieurs formations mais son état psychique est encore fragile et ses efforts se montrent peu >>> concluants.

"La pauvreté, c’est les barrières que la société ne cesse de nous mettre. Au niveau du logement, des formations, du travail, de la famille… A cause de nos différences. Je souffre d’une grosse dyslexie, j’ai toujours eu des difficultés à l’école et aujourd’hui, j’ai du mal à suivre une formation. Dans mon institution, je souffre d’un manque de liberté. Tout ça, ce sont des barrières pour moi".


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PORTRAIT C’est à cette époque qu’elle rencontre Henri Clark, le fondateur du Pivot, un homme qui est allé à la rencontre des familles du quart-monde en vivant dans une roulotte près du canal à Bruxelles. Elle entame plusieurs démarches avec l’organisation et rejoint le groupe des "porte parole", "c’est un groupe qui se questionne sur la pauvreté en dehors de ce que les politiques peuvent en dire, sur les problématiques liées au logement et le placement des enfants". Peu à peu, le groupe s’émancipe, "de fil en aiguille nous avons commencé à prendre contact avec d’autres asbl : le Courant d’Air, LST et ATD Quart Monde,… Nous avons participé à plusieurs colloques avec le Centre d’Egalité des Chances. Après avoir entendu des discours atroces de la part des politiques, l’objectif était de récolter un maximum de témoignages de personnes qui vivent cette réalité au quotidien. Nous étions nombreux, nous n’avions pas peur de dire ce qu’on pensait". Son expérience au Pivot l’a aidée à s’affirmer : "Au début, j’avais tendance à m’offusquer pour un rien et à partir dans tous les sens. L’équipe m’a encouragée à partager mes convictions de manière posée et à militer pour les bonnes choses. Ce processus a pris presque cinq ans. Aujourd’hui, je suis plus solide psychologiquement, j’ai gagné en confiance. Je pense souvent aux personnes plus timides qui n’osent pas revendiquer leurs droits et qui n’ont pas l’occasion d’exprimer leurs difficultés et qui, du coup, se renferment". Pour près de 20% de la population belge menacée de pauvreté ou d'exclusion sociale, faire face aux préjugés est un défi permanent. Selon Chrystelle, ce sont ces a priori qui engendrent la pauvreté. Certaines personnes disent : "Cela fait deux ans que tu es au CPAS ? Tu ne veux pas travailler alors !". "L’étiquette est collée. Au suivant !".

faire. C’est ce qu’on entend à longueur de temps. Personnellement, moi je ne demande qu’à travailler. Parfois, on se demande si ça sert encore à quelque chose de rencontrer les politiques parce qu’on ne voit rien évoluer. Être reçu c’est bien, mais faire bouger les choses c’est mieux !".

Malgré les difficultés liées à sa situation, Chrystelle s’accroche et compte bien poursuivre son engagement. "Il faut à tout prix que les services publics cessent de vouloir faire à la place "de". Il faut responsabiliser les gens au maximum. Si on y arrive, je vous l’assure, il n’y aura plus de pauvres !"

BRÈVES

FATOU A 36 ANS ET EST D’ORIGINE NIGÉRIENNE. ELLE VIT DEPUIS 4 ANS EN BELGIQUE AVEC SES 3 JEUNES ENFANTS. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? J'ai fui le Niger, ma terre natale, pour éviter l'excision à mes filles. J'étais enceinte lorsque j'ai quitté mon pays. Là-bas, je travaillais pour un service traiteur, j'aimais beaucoup mon métier. Je parle anglais et français et cela m'a beaucoup aidée dans ma vie professionnelle. J’aurais aimé pouvoir rester au Niger et voir mes enfants s'épanouir dans ce pays qui est le leur, mais la situation y est difficile pour les femmes, c’était impossible de rester. Nous sommes donc arrivés en Belgique, un pays méconnu. Après avoir séjourné au foyer de l'Armée du Salut, au Petit Château et chez Caritas, nous avons été reconnus comme réfugiés et obtenu nos papiers. Vous sentez-vous soutenue par la société ou l'État belge dans votre parcours ? Oui et non. J'ai conscience d'avoir un parcours spécial, je ne suis pas belge et je suis reconnaissante d'avoir obtenu mes papiers, mais chaque jour je me heurte à de nouvelles difficultés. Pour le moment je touche le RIS. Je vis dans un petit appartement, seule avec mes

3 enfants. Le bâtiment est insalubre et le loyer me coûte plus des deux tiers de mon revenu. J’aimerais partir mais je n'ai pas les moyens de payer autre chose pour le moment. Je suis en attente d’une prime au déménagement, mais tout prend énormément de temps… Je ne touche pas non plus les allocations, quand on élève seule ses trois enfants, c'est difficile. Face à cette situation de précarité, comment vous débrouillez-vous au quotidien ? J'ai accepté la proposition de travailler comme surveillante sur le temps de midi dans une école primaire à Bruxelles. Chaque jour je prends le train depuis Mont-Saint-Guibert pour travailler deux heures. "C’est de la folie !", qu’on ne cesse de me répéter. C'est vrai, mais j'ai besoin de cette petite rentrée financière qui me permet, par exemple, de faire les courses. Je suis déterminée à travailler mais pour le moment je n'essuie que des refus. Ce qui est sûr, c’est que je n’abandonnerai pas.

Le nouveau rapport d’activités de Justice et Paix est disponible ! Projet Résilien’Tiel Une après-midi, en sortant du Centre fermé de Vottem, nous avons croisé Matthias, avec son ordre de quitter le territoire. Il ne savait où aller. Nous connaissions bien Matthias, ce ressortissant togolais à qui nous avions rendu visite de manière régulière. Face à cette situation, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose. Après avoir accueilli Matthias, nous avons répondu présents pour d'autres : des sortants de prison n’ayant aucun accompagnement, des personnes de la rue désireuses de la quitter ou de jeunes mamans avec un tout petit bébé. Notre objectif : offrir un lieu où se poser, se reconstruire, retisser du lien, élaborer un projet pour s’insérer ou se réinsérer dans notre société. Nous voulons juste être un petit coup de pouce… Une initiative de Caritas Secours Liège et du Vicariat Évangile & Vie avec le soutien des paroisses de Fétinne et de Belleflamme à Liège.

Soirée des volontaires

De nombreuses associations mènent un travail de sensibilisation sur les questions de pauvreté, mais les clichés ont la vie dure, "quelqu’un qui est au CPAS c’est parce qu’il ne veut rien

Par Marie Gilliot et Pauline Laigneaux

Comme chaque année, Justice & Paix, BePax et Magma ont convié en mai leurs volontaires pour les remercier de leur engagement tous les jours à nos côtés. Ce fut également l’occasion de choisir ensemble le nom de nos deux salles de réunion. Après une brève présentation des personnes retenues, les participant.e.s ont pu voter. Nous sommes ravi.e.s de vous annoncer que nos salles de réunion portent désormais les noms de Marielle Franco (femme politique, sociologue, militante des droits humains et LGBT brésilienne assassinée en 2018) et André Gorz (philosophe et journaliste) !

2018 fut une année riche pour Justice et Paix… Riche, dans les messages qui ont été portés et dans les initiatives qui ont été engagées. Vous voulez en savoir plus ? N’hésitez pas à consulter notre nouveau rapport d’activités disponible en ligne sur www.justicepaix.be ou à nous contacter !


PUBLICATION Diamants de sang Quelle responsabilité pour la Belgique ? Le diamant est un minerai rare dont le rapport valeur-poids est parmi les plus élevés au monde. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit la pierre précieuse la plus convoitée des amateurs de bijoux, mais également… des groupes armés qui y trouvent une source de financement facile. Créé en 2003, le Processus de Kimberley est un mécanisme de certification international qui proposait une solution innovante pour endiguer le commerce de ces "diamants de sang". Seize ans plus tard, ce processus semble pourtant avoir atteint ses limites, ne pouvant suffisamment assurer effectivement que les diamants

ABONNEMENT DE SOUTIEN AU “POUR PARLER DE PAIX” DE JUSTICE ET PAIX À PARTIR DE 15 € À VERSER SUR LE COMPTE BE30 0682 3529 1311

ne sont pas entachés de violences et de violations des droits humains. Mais comment des diamants de sang se retrouvent-ils encore sur nos marchés ? Quel est le rôle de l’Union européenne et de la Belgique ? Quelles sont les solutions pour un commerce plus juste et plus durable ? Enfin, que pouvons-nous faire à notre échelle ? C’est à toutes ces questions que cette étude propose de répondre. Prix : 5 euros, à commander auprès de info@justicepaix.be (+32 2/896 95 00).

DONS

Soutien financier : à partir de 40 €, déductible fiscalement À verser au compte BE30 0682 3529 1311 avec la mention “DON”. Pour tout renseignement à propos d’un don ou d’un legs, merci de bien vouloir prendre contact : Tél. +32 (0)2 896 95 00 - miguel.arrimadas@justicepaix.be

CONTACTS Arnaud Gorgemans, président

N’hésitez pas à nous contacter !

Timur Uluç, secrétaire général Hannane Ahedar, Miguel Arrimadas, Patrick Balemba, Chantal Bion, Clara Debeve, Géraldine Duquenne, Pauline Laigneaux, Agathe Smyth, Anne-Claire Willocx, Valéry Witsel, permanents

Commission Justice et Paix francophone de Belgique, asbl Chaussée Saint-Pierre, 208 B- 1040 Etterbeek - Belgique

Volontaires ayant collaboré à ce numéro : Laetitia Belsack, Yvonne Clément, Marie Gilliot, Veronica Lari, Sylvain Lauwers, Elena Giorgiana Lupu, Léon Mokeni, Joseph Pirson

Tél. +32 (0)2 896 95 00 E-mail : info@justicepaix.be facebook.com/justicepaix Twitter : @Justice_et_Paix

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Publié avec le soutien de la Direction Générale de la Coopération au Développement et Aide Humanitaire et de la Fédération Wallonie-Bruxelles

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