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LA BOUTANCHE DU MOIS

par Henry Clemens

CHÂTEAU DE LA DAUPHINE 2015 APPELLATION FRONSAC CONTRÔLÉE On ne s’éloignera pas beaucoup de Libourne avant de rejoindre le château de La Dauphine. Sur cette rive droite de la Garonne, on pourra vite se rendre à l’évidence qu’ils ne sont pas nombreux, les châteaux crémeux et élégants, à revendiquer le droit de jouer dans la cour desdits plus grands crus. Encore qu’il faille rappeler que Fronsac a connu ses heures de gloire à la cour royale, lorsque Richelieu fit l’acquisition des terres du duché de Fronsac en 1663. Si l’élégante bâtisse du xviiie siècle doit son nom, nous dit-on, à Marie-Josèphe de Saxe, épouse du dauphin, fils aîné de Louis XV, on peut légitimement penser que le château de La Dauphine s’est hissé sur de fiers ergots le jour où ses deux derniers propriétaires ont entrepris une vertueuse transition du vignoble vers le bio. Le dernier propriétaire mena la réfection d’un bâtiment tombé en ruines. Le château de La Dauphine entièrement tourné vers l’œnotourisme sait accueillir et il ne faut surtout pas faire l’impasse d’une déambulation dans le beau parc arboré qui sent bon les bonnes pratiques agricoles. À l’autre bout de la propriété, le cuvier circulaire à gestion gravitaire vaut également le détour et rappelle que grand cru rime avec modernité, comme souvent chez les notables bordelais du vin, si, bien entendu, on ne veut parler que du matériel technique, quelques réflexes moyenâgeux subsistant par ailleurs dans la gestion du matériel humain. En 2015, la famille Labrune fait l’acquisition du domaine et poursuit la révolution agro-viticole pour mener à bien la conversion de ce vin de l’appellation Fronsac en bio. Une conversion débutée en 2012 et parachevée par une labellisation AB en 2015 avec l’abandon complet des produits de synthèse. Les responsables parlent d’une aventure collective nécessaire, histoire de préserver les ouvriers des vignes mais également les riverains nombreux, au cœur du bourg. Désormais La Dauphine lorgne naturellement vers des pratiques biodynamiques. Évolution naturelle ou suite logique, semble-t-il, pour permettre aux neuf ruches de s’épanouir, au sublime liquidambar d’Orient de souffler ses 240 bougies et à la plante ligneuse de ne rien craindre d’un sol vicié par des pratiques viticoles déraisonnables. Le château possède 53 hectares de vignes en merlot et en cabernet franc, dont les meilleures parcelles se situent

sur un plateau argilo-calcaire sur calcaire à astéries. L’anse protectrice de la Dordogne, une exposition favorable d’ensoleillement préservent souvent le vignoble des aléas climatiques. Le mildiou ra(va)geur, pourtant omniprésent en 2018, hypothéqua peu la récolte. Les équipes du château vous diront que depuis cette mutation vers des pratiques culturales en bio et en biodynamie, la vigne a gagné en résistance, s’érigeant un peu en faux contre les vilaines langues évoquant des bio aux abois face à la maladie fongique. On aime assez cette étiquette sobre, en blanc et noir, annonciatrice, espère-t-on à ce niveau, d’élégance. Pour commencer un nez de cèdre ou de boîte à tabac, selon, suivi par des notes florales à souhait. On se remémore soudain les arômes de violette, subtils et si prégnants à la fois. La bouche fluide et douce laisse quant à elle affleurer la réglisse. La structure est ample, minérale et sèche, pas de cette sècheresse étriquée mais bien de celle qui révèle après chaque dégustation des beautés contenues et des grandeurs retenues. L’ascétisme confère presque au sublime pour ce Château de La Dauphine en train de se faire dans un millésime, faut-il le rappeler, solaire et, par beaucoup d’aspects, exceptionnel. www.chateau-dauphine.com Prix de vente (boutique du château) : 25 € TTC. Lieux de vente : Brasserie Bordelaise, El Nacional, La Terrasse Rouge, Chez Dupont.

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JUNKPAGE#64 — FÉVRIER 2019  

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