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La véritable dimension des choses 4, © Estefanía Peñafiel Loaiza

Née en 1978, à Quito, en Équateur, Estefanía Peñafiel Loaiza s’installe à Paris en 2002. Son travail emprunte des formes diverses : écriture, photographie, vidéo, installation, performance. Elle s’intéresse à des notions telles que l’image et le langage, le visible et l’invisible, l’histoire et la mémoire, convoque des traces, des lieux et des signes, les scrute, les interroge et les transforme pour leur donner une présence plus incisive. Cette démarche, fortement inscrite dans un présent, confère un approfondissement et un élargissement à l’acte de création et le rapproche de la matière vive d’un vécu. Rencontre avec une artiste qui incite à regarder autrement. Propos recueillis par Didier Arnaudet

D. R.

EXPOSITIONS

TERRITOIRES ET DÉPLACEMENTS Votre travail s’organise, sous diverses formes, autour de relations et de tensions entre apparition et disparition, destruction et renaissance. Qu’est-ce qui vous intéresse, qu’est-ce qui se révèle dans le rapprochement de ces oppositions ? C’est justement la tension qui m’intéresse, ce qui se joue quand on met côte à côte des opérations, des matériaux ou d’autres éléments qui semblent s’exclure mutuellement. Il y a un côté conflictuel, paradoxal dans ce type de rapprochements qui m’interpelle et anime mon travail, parce qu’il déstabilise nos attentes, déjoue les conventions, fait émerger l’inattendu, en sollicitant un changement du regard, un positionnement particulier.

de mes travaux, l’écriture est envisagée comme une sorte de dessin en train de se faire ou se défaire devant nos yeux, même quand j’emploie des textes imprimés. Inversement, travailler avec l’écriture a apporté à ces travaux un rapport au temps différent de celui qui s’instaure quand on n’a que des images. La relation parfois incongrue entre ces temporalités hétérogènes est aussi quelque chose qui me motive. Pourquoi cet intérêt pour Ecuador d’Henri Michaux ? Qu’est-ce qui vous a amenée à faire de ce livre la matière de votre série « Cartographies » ? D’abord, c’est le fait que le livre porte le nom de mon pays d’origine. Michaux y raconte les expériences qu’il y a vécues lors de son voyage en 1928. J’avais déjà entendu parler de ce livre quand je vivais en Équateur, mais c’est seulement une fois installée en France que je l’ai lu, en français, alors que j’étais toujours en train d’apprendre la langue. En parcourant de nouveau mon pays à travers les descriptions qu’en faisait un poète, un sentiment paradoxal d’étrangeté et de familiarité s’est vite instauré, et l’idée d’établir un dialogue avec ce texte et son auteur m’est venue naturellement. J’ai commencé à travailler

« Je me suis toujours intéressée à la relation entre la parole et l’image. »

Vous portez une vive attention à la fois à l’écriture comme image et à l’image comme écriture. Quel lien instaurez-vous entre ce qui se donne à voir et ce qui se donne à lire ? Je me suis toujours intéressée à la relation entre la parole et l’image. L’une nomme les choses, l’autre montre des choses, mais mises ensemble, parfois c’est quelque chose de complètement nouveau qu’elles révèlent. C’est dans cette optique que j’ai commencé à travailler avec des textes écrits, qui, à la base, sont aussi des images. Ainsi, dans certains

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la série « Cartographies » en 2009, à peu près au même âge qu’avait Michaux quand il a écrit son livre. Avec le temps et la distance, mon rapport à mon pays d’origine n’a cessé de changer, et c’est donc avec un regard toujours renouvelé que je reviens à chaque fois sur le livre et que j’aborde chaque nouvelle pièce de la série. Pouvez-vous présenter votre exposition à Image / Imatge ? Pour cette exposition, j’ai voulu associer des travaux réalisés récemment avec d’autres plus anciens, dont le trait commun est qu’ils explorent tous, d’une manière ou une autre, la question de la délimitation d’un territoire. Il y a des œuvres de différents types : vidéos, photographies, objets. Parmi celles-ci, je présente quelques pièces de la série « Cartographies ». D’autres travaux portent sur la question des frontières et des déplacements humains. D’autres, enfin, interrogent les instruments et les représentations géographiques du monde. C’est la première fois que je montre ces travaux ensemble. « Errements », Estefanía Peñafiel Loaiza, jusqu’au samedi 12 mai, Image / Imatge, centre d’art, Orthez (64300).

www.image-imatge.org

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JUNKPAGE#54 — MARS 2018  

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