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NUMÉRO 1 - SEMAINE DU 20 AU 27 JANVIER 2014

Les journaux réussiront-ils à s’adapter au rythme des réseaux sociaux ? La montée en puissance des réseaux sociaux.

L’état des lieux de la presse écrite.

DOSSIER La presse écrite s’adapte ! Interview des journalistes Hubert Vialatte, Nicolas Bradignans.


La naissance des réseaux sociaux La presse écrite est apparue pour la première fois pendant la Renaissance. Jusqu’aux années 50, elle occupait la première place dans les médias. L’arrivée de la télévision et de la radio a été un coup dur pour la presse papier qui a finalement réussi à continuer d’exister. Cependant, les journaux comprendront vite que ces deux nouveaux médias représentaient un minuscule danger comparé à l’invention révolutionnaire du XIXème à savoir, internet.

En 1972, on assiste à la naissance d’un réseau informatique mondial qui, de nos jours, possède un pouvoir gigantesque. Ce système de connexions va complètement bouleverser les sociétés. Avec la création d’internet, s’en suit une chaine de nouveautés telles que les réseaux sociaux. Ils sont devenus progressivement de véritables sources d’informations dépassant même la presse écrite. C’est une source qui peut informer sur l’actualité partout dans le monde, à n’importe quel moment du jour et de la nuit, se moquant bien des fuseaux horaires ! Ce qui va le plus déstabiliser la presse papier et plus largement la presse en général, c’est cette capacité de diffusion immédiate de l’information mais surtout cette notion de « réseau » qui produit un effet « rebond » sur chaque réseau personnel ou professionnel concerné. Parmi les réseaux sociaux existant, lesquels sont les plus utilisés comme des vecteurs d’informations ?

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Facebook® Créé par Marc Zuckerburg âgé de 23 ans durant ses études à l’université de Harvard. En 2004 il a lancé « the Facebook® » et dans les 24 heures qui suivait presque tous les élèves et les professeurs de cette université avaient créé leur propre compte Facebook®. Le site s’est ensuite répandu à l’échelle nationale puis planétaire. Il est utilisé aujourd’hui comme compte personnel par plus d’un milliard de personnes mais aussi public avec de plus à plus d’entreprises inscrites dans le but d’élargir leur communication. De nos jours, il est même utilisé par les journalistes comme un support d’information.

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A gauche Zuckergerg créateur de Facebook®, à droite Jack Dorsey créateur de Twitter®

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Twitter

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Crée en 2006 par Jack Dorsey. Il permet aux utilisateurs de publier un « tweet » qui est limité à 140 caractères. Ce réseau social est aujourd’hui un des sites web le plus regardé dans le monde.

D’autres concurrents de la presse écrite ont vu le jour grâce à internet comme les blogs, les forums ou encore les mailinglists (en français : liste de diffusion) qui permet de publier par courrier des informations aux utilisateurs inscrits. Ainsi, nous pouvons constater qu’Internet est un phénomène de masse et de socialisation qui se démocratise de plus en plus et devient indispensable.

Par quels médias vous informez-vous sur l’actualité ? (possibilité de choix multiple)

Facebook® est 2ème site le plus visité au monde après Google

40% 75% 30% 60% Par la radio

Par internet

Par la presse écrite

Par la télévision Source : Sondage en ligne via HeyCrowd du 20 octobre au 10 décembre 2013. Sur un panel de 150 personnes.

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La montée en puissance des réseaux sociaux Aujourd’hui, les réseaux sociaux font partie de notre société moderne. La montée en puissance durant ces cinq dernières années a été très importante... Utiles pour rechercher des informations, ils ont l’avantage d’être rapides, proches du lecteur et attactifs pouvant être agrémanter d’images, de vidéos et de bandes son. De plus, c’est une plate forme interactive qui laisse place à des échanges entre internautes et un moyen d’accès à l’information simplifié par le développement des smartphones.

Utilisez-vous les réseaux sociaux ?

75% 25% Oui

Non : généralement les personnes âgés de plus de 40 ans.

Des mutations de société qui induisent l’explosion de l’utilisation des réseaux sociaux Les changements de société ont encouragé cette explosion d’utilisation des réseaux sociaux comme vecteurs d’informations. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde en perpétuelle évolution et qui crée un besoin de rapidité, surtout lorsqu’il s’agit d’informations. Ainsi, nous ressentons le besoin d’être informés 24/24h sur toute l’actualité du monde. A cela, il faut ajouter le fait que la vente des téléphones classiques a été dépassée par le marché des Smartphones qui ont comme particularité un accès simple sur Internet. Le CNDI* a réalisé des études qui démontrent que l’utilisation d’un support d’information dépend de plusieurs facteurs comme l’âge, le niveau d’étude et les habitudes de lecture du chef de famille.

La montée en puissance de la «parole libre» L’utilisation des réseaux sociaux en tant que source d’informations nous donne l’opportunité de partager davantage nos avis personnels et nos commentaires sur les sujets d’actualité. Avant l’arrivée d’internet, le lecteur recevait son journal le matin, il le lisait mais n’avait aucun moyen de donner son opinion et de le faire savoir. Aujourd’hui et grâce à la montée en puissance des réseaux sociaux, le rôle du lecteur est différent. Il est moins passif face aux informations qu’il reçoit. Prenons l’exemple de Facebook®, si quelqu’un veut «partager» ou «aimer» un sujet d’actualité, il peut l’afficher sur son mur et un grand nombre de personnes peuvent le voir. Par la suite, ses amis vont « commenter » son statut, ce qui provoquera des débats. A travers les réseaux sociaux, le monde est beaucoup plus connecté, interactif et

LA CROISSANCE DU NOMBRE D’UTILISATEURS DE FACEBOOK®

EVOLUTION DES VENTES DE SMARTPHONES DANS LE MONDE

cette évolution donne plus de liberté d’expression à l’individu. Ce monde virtuel donne aussi l’opportunité aux personnes d’oser davantage. Nous avons aussi la possibilité d’écrire des sujets d’actualité nous même en créant nos blogs. Partant de ce principe, tout le monde peut s’improviser journaliste. On assiste donc à l’émergence de blogs, de sites internet communautaires et autres réseaux sociaux permettant le développent du MOJO (provenant de l’anglais MObile JOurnalist). Nous constatons l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes indépendants qui publient depuis leur smartphone et leur ordinateur. La blogosphère est en expansion constante. Le point négatif a relevé est donc que les informations ne sont pas forcément fiables sur la toile.

Une montée en puissance favorable aux jeunes Quand la presse a commencé à exister, les journaux étaient réservés aux élites. Cependant, l’arrivée de la 3ème République a sacralisé la liberté d’informer grâce à la loi de 1881. La presse quotidienne gagne donc de nouvelles couches sociales. Aujourd’hui, on rencontre une presse accessible à tout le monde. Les jeunes de 15/25 ans sont accoutumés à recevoir l’information qu’ils désirent. Pour connaître les actualités dans le monde entier, un seul clic suffit. Même sans le vouloir, les adolescents sont inclus dans le monde des réseaux sociaux qui les inondent d’informations. La conséquence de cette différence de

consommation de l’information a des répercussions gigantesques. En effet, les personnes qui achètent leur journal quotidien (PQN ou PQR) sont de moins en moins nombreuses de nos jours. Des recherches ont démontré qu’aujourd’hui, les jeunes âgés de 16-24 ans ont tendance à utiliser internet comme source d’informations. Même si Facebook® n’est pas à l’origine un site d’actualité, il peut jouer un rôle fondamental dans le monde politique. Prenons l’exemple de Singapour : Il faut savoir que 17,2% des utilisateurs d’internet se sont servis de Facebook® afin de se renseigner sur les élections. Autre exemple récent est le rôle majeur qu’ont joué les réseaux sociaux comme Facebook® et Twitter® sur les évènements en Tunisie, Egypte, Libye, Syrie.

Quels réseaux sociaux utilisezvous ? (possibilité de choix multiple)

75% 30% 20% 10% Facebook®

Twitter®

Instagram

Autres

Source : Sondage en ligne via HeyCrowd du 20 octobre au 10 décembre 2013. Sur un panel de 150 personnes.

* CNDI : Centre National pour le Développement de l’Information

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L’état des lieux de la presse écrite Pour la génération d’après guerre, les journaux étaient une libération d’expression et les personnes vouaient un véritable culte à ce média. De nos jours, la presse écrite est donc concurrencée par internet et plus précisément les réseaux sociaux.

Une nouvelle façon de diffuser En pourcentage

2005 - 2006

2006 - 2007

L’évolution des investissements publicitaires dans différents médias

L’érosion de la part de la publicité dans la presse écrite au profit d’internet illustre bien cette concurrence car les annonceurs représentent une partie importante des ressources permettant à la presse écrite de vivre. On note de façon globale une baisse de 17,8% d’annonceurs* en 10 ans. Les plus touchés sont la presse écrite quotidienne et hebdomadaire. Pour prendre l’exemple d’un journal qui s’est écroulé face au géant d’internet,

les journalistes citent le plus fréquemment la Tribune, Newsweek, Time Deutsch land et France Soir. La perte d’annonceurs n’est pas le seul facteur qui contribue à faire disparaître la presse écrite. Il faut ajouter la baisse des ventes, le coût de fabrication, la concurrence des chaines d’info, des journaux gratuits et la radio.

Des lecteurs toujours présents Le déclin de la presse écrite ne signifie pas le déclin de la lecture des informations et actualités. Seulement le support papier est remis en question (praticité, rentabilité). Le support des informations doit donc s’adapter et se modifier en fonction de la société actuelle. Cependant,

certaines enquêtes montrent que le nombre de lecteurs sur internet a augmenté. Cela s’explique sans doute par l’accessibilité et la rapidité des informations concernant ce média. La presse papier est devenu une source d’information de moins en moins indispensable. Selon le PDG de Microsoft, Steve Ballmer : « D’ici 10 ans, plus aucun média ne sera consommé autrement que sur internet »

Le métier de journaliste L’arrivée d’internet a donc accéléré le processus de désintérêt de la presse écrite. De plus, le journaliste dépend du contexte politique et économique, ce qui ne favorise pas la liberté d’expression. Le nombre de chômeurs chez les journalistes est en augmentation constante depuis 5 ans car les offres d’emplois se font rare dans ce milieu.

Steve Balmer

D’ici 10 ans, plus aucun média ne sera consommé autrement que sur internet

* Les annonceurs : sociétés faisant des annonces publicitaires dans les médias.

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Quel avenir pour la presse écrite ?

La presse écrite n’est pas morte. Elle multiplie seulement ses modes de diffusion. La partie n’est pas perdue, elle est juste devenue plus exigeante. En outre, l’avenir de ce média ne concerne pas seulement des personnes travaillant dans le domaine. En effet, la crise de la presse papier entraine des grèves d’éditeurs ainsi que la faillite de nombreuses librairies dont 60% de leur chiffre d’affaire est consacré à la vente de journaux.

Le numérique et le papier doivent s’associer et coopérer.

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La presse écrite face à cette concurrence Aujourd’hui on assiste à la dématérialisation de la presse (lecture sur ordinateurs, tablettes et smartphones) ce qui peut, à terme, vouloir dire la fin de la presse écrite papier. Notre génération assiste à la naissance d’un mouvement de masse et d’un nouvel ADN de la presse : la presse numérique. Cette nouvelle forme d’information est mise au point dans le but de s’adapter aux nouveaux usages et rythmes de vie des sociétés modernes. Pour parvenir à résister face à la menace d’internet, les journaux de presse écrite doivent redéfinir toute leur stratégie rédactionnelle, éditoriale, économique et revoir leur mode de diffusion.

A l’origine, la presse a deux fonctions : transmettre l’information et l’analyser. L’erreur commise par certains journaux est de se différencier sur le seul aspect de la rapidité à donner l’information alors que face aux réseaux sociaux, ce combat est perdu d’avance. Ces journaux devraient plutôt se concentrer sur l’analyse de l’information qui est dans la plupart des cas inexistante sur la toile. C’est d’ailleurs ce qui explique que les mensuels et les magazines spécialisés s’en sortent mieux. En effet, ces deux types de journaux n’apportent pas d’informations fraiches, ils analysent des sujets. Il faut savoir que les gens n’achètent pas un journal pour avoir des informations mais pour avoir de la valeur ajoutée. Ainsi, la valeur ajoutée est souvent mise de côté dans les journaux quotidiens qui n’ont pas le temps d’approfondir le sujet.

De plus, il faut savoir que la marge de manœuvre des journalistes est souvent restreinte donc qu’ils ne peuvent pas prendre des risques éditoriaux. Le Buzz est devenu l’unité de mesure de la réussite de tous medias vecteurs d’information.

Adaptation de la presse Il faut savoir que plus de 80% des éditeurs proposent leur contenu en version numérique, temps d’adaptation nécessaire à ces nouvelles technologiques. Un autre problème se pose à eux quant à l’écriture à utiliser. Ecrire pour le web ne nécessite pas du tout les mêmes besoins et les même méthodes qu’écrire pour un journal papier. Pour cela, on a mis au point des formations pour les journalistes afin d’apprendre à écrire pour un média précis. Certains magazines tels que le Figaro ou Le Monde misent sur une stratégie

de suppléments. Ils font paraître le week-end un supplément littéraire pour le Figaro et la publication de Télérama Sortir pour le Monde. Mais, selon une lettre de Louis Dreyfus, président du groupe le Monde, le journal aurait décidé déciderait d’arrêter cette publication papier pour basculer sur les supports numériques … L’objectif principal des journaux est de trouver une complémentarité du papier et du numérique. Un autre danger menace la presse, la diffusion de l’information via les moteurs de recherche. Les éditeurs de presse français se sont mis d’accord avec Google. Le réseau mondial accepte d’alimenter de 60 millions d’euros un fond d’aide à l’information politique et générale. Cet accord concerne toutes sortes de presse telles que Médiapart, Le Point ou encore la presse quotidienne régionale.

En plus de cela, les agences de presse bénéficient des aides à la presse qui permettent la survie de plusieurs journaux et qui représentent 1,2 milliard d’euros chaque année pour l’Etat. Ces aides ont une part non négligeable dans le chiffre d’affaire, qui peut aller de 10 à 30 %. La presse papier est donc sous perfusion.

Utilisation bénéfique des réseaux sociaux Un grand nombre de journalistes et des rédacteurs en chef affirment utiliser les réseaux sociaux pour faire des recherches et pour enrichir de contenu de leurs articles. Puis ils se servent des réseaux sociaux pour publier, partager et promouvoir leur papier. Cependant, ils ont conscience que la crédibilité de leur article repose essentiellement sur la fiabilité de leur source

d’informations. Aussi, ces journalistes doivent vérifier et re-vérifier leurs sources afin de ne pas publier une information erronée.

Comment voyez-vous le futur de la presse écrite ?

20% La presse va disparaître

30% La presse va s’adapter

50% La presse va cohabiter

Source : Sondage en ligne via HeyCrowd du 20 octobre au 10 décembre 2013. Sur un panel de 150 personnes.

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pas pour autant renier les réseaux sociaux qui peuvent leur apporter une notoriété supplémentaire centrée sur un autre type de lectorat.

INTERVIEWS CROISÉES ENTRE DEUX JOURNALISTES SUR LE THÈME : LA MENACE DES RÉSEAUX SOCIAUX SUR LA PRESSE ÉCRITE !

Internet bouleverse des modèles socio-économiques et la transition numérique fait exploser les rigidités. Le format de presse qui semble être le plus en danger est le format PQR et PQN, à savoir Presse Quotidienne Régionale et Nationale, car l’obligation de sortir un journal tous les jours pénalise le traitement en profondeur de l’information.

JP : Quelles sont les différences entre la presse écrite et les réseaux sociaux ? HV : Aujourd’hui, il est important d’avoir plusieurs vitesses d’information comme l’information immédiate via les réseaux sociaux, quotidienne via des newsletters et hebdomadaire ou mensuelle par le support du papier.

JP : Pensez vous que les réseaux sociaux menacent la presse écrite ?

HUBERT VIALATTE, rédacteur en chef à la Lettre M à Montpellier

Cependant, l’utilisation des réseaux sociaux permet également de diffuser de l’information immédiate, cette même information qui peut être reprise pour le support papier de façon beaucoup plus travaillée et approfondie. La presse écrite ne doit

Juliette Poma à Hubert Vialatte

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HV : Vous savez, à l’arrivée de la télévision, on avait prédit la mort du cinéma, cependant ça n’a pas du tout était le cas. L’information présente sur les réseaux sociaux n’est pas contrôlée donc pas fiable. Beaucoup de personnes s’amusent à créer des rumeurs dans le but de leur faire de la publicité. De plus, les blogueurs ne sont pas forcément des professionnels. On ressent, bien évidemment, cette véritable fuite des annonceurs vers des sites d’informations et plus généralement vers le web qui offre plus de facilités de ciblage.

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Dans le monde dans lequel nous vivons, nous assistons à une réelle course à la diffusion de l’information et les réseaux sociaux sont pour l’instant le moyen le plus rapide et le plus efficace pour « partager » de l’information. Avec l’avènement d’internet et particulièrement le Web 2.0 sont apparus les blogs qui ont participé à l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes journalistes. La Lettre M voit ses abonnés augmenter car, dans sa version papier ses journalistes prennent le temps de faire des articles plus détaillés en profondeur avec des interviews, une documentation plus fournie. Dans sa version numérique la Lettre M joue la carte de l’instantanéité. Le rôle du journaliste est d’ajouter de la valeur ajoutée à l’information brute que procurent les réseaux sociaux. L’objectif est de trouver la meilleure réponse à cette question : Quelle information doit être payante et quelle information doit être gratuite ?

JP : Quelles évolutions peut prévoir la presse écrite d’après vous pour s’adapter à cette nouvelle consommation de l’information ? HV : Pour prendre l’exemple du magazine, La Lettre M a le projet d’ouverture d’une page Facebook d’ici à l’année prochaine. De nos jours, c’est un passage obligatoire pour tous types de journaux et magazines mais également pour tous types de commerces comme les restaurants, les boutiques d’habillement par exemple. La presse étant considérée comme le 4ème pouvoir joue un rôle économique, politique, social et culturel essentiel dans le quotidien de tous les français. Elle ne va donc pas disparaître. Cependant, elle a conscience être contrainte dans un modèle économique qu’il est difficile de faire évoluer. Ses trois points faibles sont, d’après moi, sa dépendance vis à vis des annonceurs qui est une source de gain publicitaire, sa peur d’un conflit social ainsi que sa dépendance vis à vis de son distributeur. Il est important et vital que la presse écrite, régionale ou nationale, en prenne vite conscience et fasse évoluer son modèle économique. La meilleure solution serait de trouver une complémentarité entre le web, les réseaux sociaux et le print. On assiste quand même a une prise de conscience des magasines papier qui sont contraints d’évoluer vers de nouveaux horizons tels que les sites internet ou encore les réseaux sociaux. Mais au delà de cette prise de conscience, c’est vers un bouleversement total de son modèle économique qu’est confronté la PQR/PQN (Presse Quotidienne Régionale / Presse Quotidienne Nationale).

JP : Comment voyez-vous votre métier dans 10 ans ? HV : Je pense sincèrement que le métier de journalisme ne va pas disparaitre mais s’adapter. Toutefois, il faut savoir que la formation et le métier journaliste évolue déjà vers l’écriture courte et percutante à destination des réseaux sociaux. La vision du métier que j’exerce dans une dizaine années est, pour moi, assez bien définie. Il est probable que la pyramide des fonctions – secrétaire de rédaction, rédacteur, rédacteur en chef, directeur de rédaction- vienne à disparaître au profit de journalistes plus autonomes dans la ligne éditoriale du support.

Cette interview m’a permis d’avoir un point de vue d’un journaliste qui est au cœur de l’actualité économique régionale et cela m'a énormément intéressé. On ressentait bien la passion du journaliste, de son métier, mais aussi sa sérénité face aux changements inévitables suite à l'arrivée d'internet. Hubert Vialatte voit la situation de manière positive en disant que la presse écrite avait besoin de se renouveler et que si elle sait s’adaptée, elle survivra.

faut s’en méfier. Il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à faire de la concurrence à la presse écrite. En effet, la radio a aussi sa place parmi les concurrents et cela est aussi du à sa rapidité de diffusion de l’information.

JP : Quelles sont les différences entre la presse écrite et les réseaux sociaux ?

NICOLAS BRADIGNANS, journaliste à Midi Libre Juliette Poma à Nicolas Bradignans JP : Pensez vous que les réseaux sociaux menacent la presse écrite ? NB : L’important est d’avoir la bonne attitude face à cette « menace ». Par exemple, Libération a vu son lectorat se diviser par 5 en passant de 300 000 exemplaires à 60 000 exemplaires vendus. L’accès aux réseaux sociaux est simplifié par la montée en puissance des téléphones et des tablettes qui représente 100 000 visites. Il faut savoir qu’il y a 4 ans, ce chiffre n’était évalué qu’à 20 000 visites. En ajoutant des liens sur la page Facebook du journal qui dirige le lecteur directement vers site internet du journal, les visites sur le site ont augmenté de 10%. De plus, l’audience des réseaux sociaux est comptabilisée, ce qui est bénéfique pour attirer des annonceurs. Les réseaux sociaux ont plus d’effets positifs que négatifs su la presse écrite cependant, il

NB : Sur le web, l’information est traitée de façon brute, factuelle alors que sur le papier, nous avons affaire à une analyse plus fine de l’information. Cependant, l’arrivée d’internet a bouleversé les rythmes de la presse. Pour s’adapter, la stratégie de certains journaux consiste à la création d’une application gratuite pour Smartphones ou tablettes en proposant cependant des informations et articles payants.

Et quand on paye, quel modèle suivre ? Au coup par coup, proposer un abonnement, semaine, week end... ? Et comment différencier l’information gratuite du site internet (par exemple midilibre.fr) et l’information payante sur une application à venir ? Les réseaux sociaux sont un moyen de toucher un autre lectorat qu’ils n’auraient jamais eu par la presse papier.

JP : Comment voyez-vous votre métier dans 10 ans ?

Dans le cas de Midi Libre, l’agence a développé un site internet - midilibre.fr - où ne sont mis uniquement qu’une cinquantaine articles en lecture gratuite.

NB : Avant l’arrivée d’internet, les journalistes avaient 10 heures pour écrire un article, maintenant il faut qu’ils fassent le travail en seulement 2 heures ! Leur temps consacré à la quête de la valeur ajoutée à l’information est donc réduite. Il faut savoir que pour écrire pour le web, les journalistes suivent des formations spécialisées «écrire pour le web».

JP : Quelles évolutions peut prévoir la presse écrite d’après vous pour s’adapter à cette nouvelle consommation de l’information ?

Ce métier ne peut pas disparaître mais il va peu à peu s’orienter vers un travail de tri et de sélection de l’information et notamment de l’information diffusée sur les réseaux sociaux qui n’est absolument pas vérifiée.

NB : Il faut savoir que les français, avec l’arrivée du numérique, lisent plus qu’avant mais de manière différente (ndlr : mail, internet, tablette, Smartphone, livre numérique). Si la presse ne réagit pas vite face à ces évolutions inéluctables des métiers de la presse écrite, nous constaterons hélas la fin annoncée de certains journaux qui n’ont pas pris suffisamment tôt le virage du numérique. Nous sommes ici confrontés au dilemme le plus important et angoissant à vivre pour la presse et particulièrement la PQR : quelles sont les informations dîtes «gratuites» et quelles sont mes informations qui méritent qu’on paye pour les avoir ?

Nicolas BRADIGNANS, comme Hubert VIALATTE ne voient pas la situation sous l’angle pessimiste. Cependant son journal, Midi Libre, est particulièrement exposé aux risques du numérique à cause de sa parution quotidienne. Mais il reste foncièrement optimiste à condition que le journal trouve des solutions pour repenser ses modes de diffusion et donc son modèle économique.

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RÉDACTEUR EN CHEF : Juliette Poma - RÉDACTION TECHNIQUE : Juliette Poma, Louise Radley, Véronique Claparède DIRECTRICE ARTISTIQUE : Carine Peltier.

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