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D’VIA

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— Opuscules —


Julie Saclier


D’VIA/1 comme matière / mesurons au mouvement près notre fatigue. et comme mouvement / la lecture par la marge. une sorte de chocs / d’éclairs dans l’ordre de remonter. étourdi par son propre éclat / sa pensée ouvrière / dans l’espoir d’une cigarette paisible. au ras de l’archive et des gisements / la forme se / signifie. l’heure est au trait / non à la ligne.


D’VIA/2 au hasard / allonger le bras. nasse / engluée / avec violence / à des choses douces. somnolence / scandée de sons. mousses / gelées craque sous les pas indistincts / permutables.


D’VIA/3 silence / vorace / la terre / patrie. des bourrasques emportent les mots traversés dans l’espace d’une année / un hurlement mélancolique. commence de souffler / le grand froid qui pince la peau. le regret de tes biens dissipés / bâti d’un coup / au milieu du vaste plateau. le sable des dalles / les gouttes / et le souffle / abandonne ses os. les chemins s’emplirent d’ombre / ténèbres humides que ne dissipe aucun été. la richesse d’un homme / et ce village la fatale doit les saisir. déjà la lumière / est sous l’horizon.


D’VIA/4 le pavé se déroulait / avec la rectitude d’une jetée. accroupie là / pour manger le monde. vivre ainsi / ployé. ni tradition / ni révolte. le vers / c’est une espèce de combat / avec le blanc. le combat du regard et de la main / tourne autour du corps. la compétence qui consiste à / naviguer dans l’incertitude / d’un geste / lui impose le silence. pas besoin / de la chair à travail / de voir la couleur de mes idées. d’un coup de gosier / à souffrance / si facile. les hommes ne sont plus les mêmes / quand ils sont au bord d’un espace.


D’VIA/5 l’aube de la reprise. la révolution / avortera une fois encore. sentant remonter le sang des gifles / les peaux qui se fendillent / s’ulcèrent le gâchis boueux de leur piétinement. bras qui / retombe

à contretemps.

l’oreille contre la terre / le coup de folie de la foi. une bouffée d’irrégularité / tâtonne à sa manière / à la recherche d’une issue.


D’VIA/6 aspirés par un souffle / une exaspération de peuple calme. leur haleine chaude à la face détournent chaque un du désir. la somme des êtres en présence / comme si un étranger avait parlé en lui. sentir le monde rouler autour de soi / l’œil éteint par la tristesse. la lueur / vague / fuyant sous la parole trébuchante / crève en gouttes brûlantes le long de ses joues. le sourd écrasement des pierres contre la façade / annonce un commun des différences.


D’VIA/7 seul / face à son établi. l’ouvrier / de sa main robuste / saisissant un dernier carré de résistance à l’humiliation. l’oubli des maux / cette relative indépendance / toujours à faire / jamais faite. l’écrasante inertie d’un monde hostile / les hécatombes / qui leur étaient dues. l’air / théoriquement libre de la société civile. le temps / qu’ une autre pratique individuelle / aux mille et un traquenards de la bureaucratie française. le capital n’est pas / une partie étrangère de vous-même du travail.


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vers tirés de

(le couteau). É. Houser Citations et poèmes de J. Tortel Germinal. É. Zola L’esthétique de la décision. F. Deck L’établi. R. Linhart La discrétion. P. Zaoui La police de l’écriture. P. Artière La première personne du singuriel. F. Deck La vie des formes. H. Faucillon Les grandes villes n’existent pas. C. Coulon Marcel Duchamp et le refus du travail. M. Lazzarato. Odyssée. Homère Supplément à la vie de Barbara Loden. N. Léger

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— 2017 — © Julie saclier

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Extrait — Opuscules — 2017

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