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Les Versets AngĂŠliques Pour une civilisation de l'amour


Ephraïm

Les Versets Angéliques Pour une civilisation de l'amour

Si vous souhaitez être tenu au courant de nos publications, vous pouvez envoyer votre nom, adresse et e-mail à : Kinor, 2250 Route de Mont de Marsan, 40420 LABRIT contact@kinor.biz - www.kinor.biz © Editions Kinor - mars 2009 Tous droits réservés Conception graphique : © Kinor

Editions Kinor


Table des matières Autres ouvrages du même auteur aux Editions du Jubilé Les pluies de l’arrière-saison, 1985 Lecture amoureuse de la Parole, 1985 Déjà les blés sont blancs pour la moisson, 1987 Se connaître pour guérir, 2003

Autres ouvrages du même auteur aux Editions des Béatitudes Le chemin de la Croix, 1984 Cantate eucharistique, 1985 Les sept Paroles de l’Amour crucifié, 1987 La nef éblouie (Théâtre), 1988 Le chemin des nuages ou la folie de Dieu, 1988 Agnès de Langeac, la Colombe et l’Agneau, 1989 Marthe - Une ou deux choses que je sais d’elle, 1990 Dieu paradoxal, 1990 Marie intime, 1991 Je cherche ton visage, 1993 Un feu aux prises avec la nuit, 1993 Joseph, un père pour le nouveau millénaire, 1996 Les mystères du Rosaire, 2006 Converser avec Dieu, 2008

Introduction

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1 - Qu’est-ce que l’anawa ?

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2 - L’anawa dans la première alliance ................................................... 18 3 - L’anawa prêchée par le Christ : à Dieu tout est possible ............................................................................. 39 4 - Les Béatitudes ..................................................................................................... 45 5 - Orgueil et abaissement

............................................................................... 50

6 - Bénissez, ne maudissez pas ....................................................................... 58 7 - La persécution ..................................................................................................... 66 8 - L’amour des ennemis ..................................................................................... 79 9 - Non-violence évangélique ....................................................................... 89 10 - Le levain des pharisiens et des sadducéens ................................. 93 11 - Pour une culture de l’anawa .................................................................... 98 12 - L’argent trompeur .......................................................................................... 113 13 - La Providence .................................................................................................. 120 14 - L'esprit d'enfance .......................................................................................... 132

Autres ouvrages du même auteur aux Editions d’Arsis Réenchanter la mort, 2006 Pour le plaisir de prier, 2006 Psychologie et progrès spirituel, 2007 Réenchanter l’estime de soi, 2007

15 - L’anawa dans les temps apostoliques ......................................... 140 16 - Notre-Dame de l’anawa ..........................................................................145 17 - Thérèse, docteur de l’anawa .............................................................. 148 18 - Saint François, patron de l’anawa ................................................... 151 19 - Ethos de l’anawa ........................................................................................... 156 Aux Editions Kinor ...................................................................................................... 163

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Je dédie ces pages à Jésus José Cabrera, fondateur de la communauté d'Onuva, qui m'a tant appris sur l'anawa, à Pascal Pingault initiateur de la Pentecôte des pauvres, à Jean Vanier qui voit le Christ dans les handicapés mentaux, à maman Adria qui accueille le bébé Jésus dans les orphelins, aux membres de l'association Anawa où des pauvres aident les pauvres, à la Famille des Béatitudes pour qu'elle soit de plus en plus un lieu d'anawa.

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Introduction J'appelle versets angéliques ces paroles de Jésus qui ne sont presque jamais commentées ou qui sont révoquées comme images ou symboles. Or ces versets constituent l'essentiel de l'enseignement du Christ. S'ils étaient mis en pratique et enseignés, le monde assisterait à une véritable résurrection des morts. L'anawa sera le paradigme central de la Pentecôte d'amour. Que la Vierge Marie, qui a accompagné avec une sollicitude maternelle le chemin de l'Eglise naissante, guide nos pas également à notre époque et nous obtienne une nouvelle Pentecôte d'amour. (Benoît XVI)

Le cardinal Coffy me choqua un jour en me partageant son point de vue de théologien : “Nous allons seulement connaître le printemps de l'Eglise !” Je fus choqué et interpellé car ma vision était, du moins en apparence, diamétralement opposée. Je croyais que le renouveau charismatique inaugurait le temps de l'Eglise finitive, dernier écho de l'Eglise primitive et qui serait l'Eglise définitive puisqu'elle accueillerait la parousie, la venue du Christ dans la gloire. Toute effusion de l'Esprit engendre une impatience amoureuse, un désir intense que le règne vienne et que paraisse le Bien-Aimé. J'avais pris conscience de la perte de la dimension eschatologique dans la piété moderne, c'est-à-dire que nous ne vivions plus dans l'attente de l'avènement final comme imminent. Je craignais de la perdre si j'acceptais que nous soyons au début de l'histoire de l'Eglise comme si les deux premiers millénaires n'avaient été qu'un préambule. Plus tard j'appris que le Père Alexander Men avait déclaré que l'Eglise était encore à naître. Je reconsidérai ma position de la manière suivante : - La tension eschatologique accompagne tout croyant car il doit

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INTRODUCTION

vivre comme si le Christ devait paraître le jour même, elle n'est pas caractéristique des tout derniers temps. Nous devons être en permanence dans ce que frère Roger a appelé la dynamique du provisoire. - Le début et la fin peuvent se rejoindre au moment même où le Christ paraîtra : deux mille ans nous paraîtront comme un instant, comme un galop d'essai alors qu'une pentecôte continuelle aura transformé l'Eglise sur la terre. Il est évident que ces deux mille ans d'histoire sont lourds à porter et que des pans entiers de l'Evangile n'ont pas été incarnés par le peuple des baptisés.

1 Qu’est-ce que l’anawa ? Saint François, le saint universel vénéré au-delà même des limites de la chrétienté, s'est appelé lui-même le Poverello, le petit pauvre. Il s'est battu pour défendre ce privilège de la véritable pauvreté, celle qui confère la vraie noblesse et inspire le respect. De fait il s'agit d'un privilège qui appartient à ceux qui possèdent le Royaume de Cieux. Il est bon, ici, de rappeler ce qu'est un anaw, un pauvre du Seigneur, un pauvre dans l'esprit. Ce concept n'a pas été traduit dans le grec du Nouveau Testament et c'est une lacune dont les conséquences ont été incalculables car il désigne parfaitement tout disciple du Christ et résume tout le Sermon sur la montagne. Les huit Béatitudes telles que nous les trouvons chez Matthieu sont un Targum, une traduction commentée du mot anawa, la pauvreté et de la promesse qui est y attachée : entrer en possession, dès cette vie, du Royaume des Cieux. Aussi pauvreté peut-il être traduit indifféremment par cinq ou six mots en français : anawa : pauvreté, indigence (précarité), humilité, douceur, persécution, affliction

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QU’EST-CE QUE L’ANAWA ?

QU’EST-CE QUE L’ANAWA ?

Il est des mots dans la Bible qui n'ont pas d'équivalents en français aussi les traductions diffèrent-elles souvent et rendent le concept biblique de différentes manières. Ainsi en est-il de l'agapé en grec traduit tantôt par amour, tantôt par charité, mais nous savons que ces deux mots véhiculent en français des connotations qui s'éloignent de l'amour infusé par le SaintEsprit. Dans l'Ancien Testament un concept est particulièrement riche, il s'agit de l'ANAWA qui traverse toute la Bible et qui a presque été perdu avec les versions en langues vulgaires. Pourtant ce concept est fondamental pour comprendre l'enseignement du Christ dont le point culminant est le Sermon sur la montagne.

qui est à la fois pauvre spirituellement, doux, humble de cœur, patient dans l'épreuve et affligé. Nous retrouvons là cinq des Béatitudes de Matthieu : les pauvres dans l'Esprit, les humbles, les doux, ceux qui pleurent et ceux qui souffrent la persécution pour la justice. La fine pointe de l'enseignement de Jésus se résume dans la première Béatitude :

La première Béatitude dit : “Heureux les pauvres en esprit, le Royaume des Cieux est à eux.” Si nous consultons la version de Luc nous nous apercevons qu'elle est plus courte. L'évangéliste parle des pauvres (ptokoï en grec) et ne fait pas référence à l'Esprit. De plus ce ne sont pas huit Béatitudes que nous trouvons mais seulement trois : “Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.”

le Royaume des Cieux leur appartient.

Bienheureux les anawim (pluriel d’anaw)

(Lc 6,20-21)

La raison en est simple, il semble que Luc qui a enquêté pour rédiger son texte, ait trouvé un résumé, un logion, parole originale, de cette charte du bonheur. D'ailleurs il en place l'énoncé dans une plaine et non sur la montagne. Il est clair que Jésus devait, dans son enseignement oral, répéter souvent ces trois Béatitudes, pour un public juif dont la pauvreté ne renvoyait pas au manque matériel, à l'indigence, mais à une autre notion intraduisible : l'anawa. L’anawa est la condition d'un homme 16

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

2 L’anawa dans la première alliance Les pauvres du Seigneur ou anawim (pluriel d’anaw) Les études bibliques dans les années 60 ont redécouvert ces personnages de la littérature post exilique : les pauvres du Seigneur, les anawim. Il s'agissait d'un mouvement de fidèles à la Loi de Dieu, vivant de manière très pauvre, s'abstenant de boisson fermentée, pratiquant une certaine ascèse et ne recherchant pas la considération des hommes, c'était un petit reste fidèle au Dieu des promesses. L'épreuve était reconnue par eux comme envoyée par Dieu pour provoquer l'anawa. Le serviteur souffrant décrit par Isaïe est le type même de l'anaw : Il s'est élevé devant lui comme une faible plante, comme un rejeton qui sort d'une terre desséchée, il n'avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n'avait rien pour nous plaire. Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé. Et nous l'avons

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considéré comme puni, frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie, et le Seigneur a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, et il n'a point ouvert la bouche, semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n'a point ouvert la bouche. Il a été enlevé par l'angoisse et le châtiment, et parmi ceux de sa génération, qui a cru qu'il était retranché de la terre des vivants et frappé pour les péchés de mon peuple ? On a mis son sépulcre parmi les méchants, son tombeau avec le riche, quoiqu'il n'eût point commis de violence et qu'il n'y eût point de fraude dans sa bouche. Il a plu au Seigneur de le briser par la souffrance... Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours et l'œuvre du Seigneur prospèrera entre ses mains. (Is 53, 2-10)

En méditant ce texte, on ne peut qu'être frappé par le parallèle entre cette prophétie sur la personne du Messie et l'homme décrit par les Béatitudes, tous deux sont des anawim. On peut également dire des personnages bibliques qui préfigurent le Christ qu'ils partagent les mêmes caractéristiques. Le messie sera un anaw ou ne sera pas. Prenons par exemple Moïse que le cinéma nous a présenté comme un géant puissant et beau comme un dieu. L'Ecriture dit de lui : “Or, Moïse était un homme très anaw, plus qu'aucun homme sur la face de la terre”. (Nb 12,3) C'était un homme doux, patient dans l'épreuve, humble et pauvre spirituellement. 19


L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

Si pauvre qu'il lui fallut deux hommes pour soutenir ses bras, comme les deux bras du Christ maintenus par des clous sur la croix, afin d'obtenir la victoire sur les Amalécites qui représentaient le mal absolu. Le contexte de cette citation des Nombres, nous présente le prophète persécuté par sa sœur Myriam et par Aaron. Moïse ne se justifie pas mais Dieu prend sa défense, il descend dans la nuée et convoque les accusateurs.

un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté.” (Ga 6,1) Et aussi : “Que votre douceur (anawa) soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.” (Ph 4,5)

Le fruit de cette pauvreté prophétique est reconnu dans le livre des Proverbes : “Le fruit de l'ANAWA, de la crainte du Seigneur, c'est la richesse, la gloire et la vie.” (Pr 22,4) Quand nous voyons l'histoire de la sainteté chrétienne, nous nous rendons compte que les amis de Dieu sont toujours éprouvés et que l'épreuve produit en eux la patience, la douceur et l'humilité. Ils préfèrent qu'on les calomnie, qu'on dise du mal d'eux plutôt que de se justifier. Ils perdraient alors le Royaume des Cieux, ils perdraient alors la possession de la terre promise. Ils ne seraient plus le corps du Christ qui a dit : “Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.” Autrement dit : “Je suis un anaw que vous devez imiter.” La récompense de l'anawa est l'effusion du Saint-Esprit qui rend miséricordieux car le pauvre sait que rien en lui ne peut répondre à la justice divine, il devient ainsi doux et miséricordieux pour les autres. La première Eglise est un lieu d'anawa que le grec traduit souvent par douceur. Nous sommes loin du pharisaïsme car lorsque l'on voit les fautes des autres ce n'est pas pour rendre une justice qui ne nous appartient pas mais c'est pour exercer l'humilité, la patience et la douceur, c'est toujours un pauvre qui va voir un autre pauvre : “Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec 20

Les plus pauvres des hommes, je pense à certains handicapés mentaux et à des gens qui ont connu une existence difficile et qui se tournent vers le Seigneur, ceux-là précèdent dans le Royaume de l'anawa ceux qui ont beaucoup de mal à se reconnaître pauvres et pécheurs, incapables par eux-mêmes de faire le bien. Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience. (Co 3, 12)

Les mots pour dire “le pauvre” Dans la première Alliance nous trouvons chacun de ces mots hébraïques pour définir la pauvreté : Dal : le maigre, l'émacié Ebion : l'indigent Ani : l'humilié Anaw : celui qui est pauvre, doux et humble. Ces deux derniers termes ont une connotation plus spirituelle tout en évoquant la plupart du temps une pauvreté matérielle ou psychologique. Ani nous est bien connu par un nom de lieu : 21


L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

Béthanie, Beth ani, la maison du pauvre.

La pauvreté est une injustice

Voici quelques citations où nous les retrouvons. Elles nous montrent qui est pauvre dans la première Alliance.

La pauvreté dans la Bible est d'abord synonyme d'injustice. Pourquoi ? Tout simplement parce que la terre a été également répartie entre tous et comme cette terre est un don de Dieu le partage est sacré. Il ne devrait donc pas y avoir de pauvre en Israël. Dans ce sens, Marx a raison quand il dit que la propriété c'est le vol, malheureusement son christianisme est devenu fou ! En fait, il faudrait dire que celui qui s'empare de la part, de l'héritage (helek, en hébreu) de l'autre est un voleur, un affameur, un oppresseur. Mais faites un partage équitable et au bout de quelques années il y aura des riches et des pauvres, c'est inévitable parce que l'homme est humain ! Aussi la loi de Dieu prévoit-elle des remises de dettes, des restitutions de biens et de multiples moyens de venir en aide à celui qui s'est mis en situation de pauvreté.

4 Celui qui souffre l'injustice : “Tu n'exploiteras pas le salarié humble et pauvre, qu'il soit d'entre tes frères ou étranger en résidence chez toi.” (Dt 24,14) 4 Celui qui est dans la précarité, qui ne peut s'en sortir tout seul comme l'handicapé : “Car il délivrera le pauvre qui crie, et le malheureux qui n'a point d'aide.” (Ps 72,12) 4 Celui qui est aux prises avec Dieu, il partage son tourment pour l'homme, anticipant ainsi la passion du Christ : “Je suis malheureux et moribond dès ma jeunesse, je suis chargé de tes terreurs, je suis troublé.” (Ps 88,16) 4 Celui qui est humble et petit : “Je laisserai au milieu de toi un peuple humble et petit, qui trouvera son refuge dans le nom du Seigneur.” (So 3,12) 4 Celui qui est doux : “Or Moïse était un homme très doux (anaw), l'homme le plus anaw que la terre ait porté.” (Nb 12,3)

La pauvreté n’est pas simplement une qualité ou une vertue, elle est ce qui transperce le coeur de Dieu et va provoquer la consolation et le salut. Ainsi le Psaume 12 donne-t-il la parole à Dieu : “A cause du pauvre qu'on dépouille, du malheureux qui gémit, maintenant je me dresse, déclare le Seigneur : j'assurerai le salut à ceux qui y aspirent.” (Ps 12,6)

Les raisons de la pauvreté sont multiples mais relèvent presque toujours d'une incapacité à garder son patrimoine ou à l'exploiter. C'est le cas de la veuve et de l'orphelin, de celui qui est frappé par une infirmité physique ou mentale, d'une indigence intellectuelle, d'une naïveté qui le met à la merci des “méchants”, des exploiteurs, des rusés qui déplacent les bornes des champs pour agrandir leur “part”, des envieux. Ces pauvres d'esprit peuvent aussi être des imprévoyants, des incapables de calcul, des imprudents que l'on pourrait appeler aujourd'hui des surendettés. Il y a également les victimes de maladies et de catastrophes naturelles, de guerres et de troubles sociaux. Tous ceux-là bénéficient de la bienveillance de Dieu. Est appelé juste celui qui partage sa sollicitude envers eux. Les prophètes seront de grands pourfendeurs de l'injustice. Ils

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

dénonceront à l'instar de Marie dans son Magnificat les puissants, ceux qui se sont attribué le pouvoir et l'exercent d'une manière égoïste. Si l'institution royale a été une concession accordée par Dieu, il a mis le peuple en garde contre ses abus. Le pouvoir a mauvaise presse dans la Bible, il demeurera une tentation pour l'Eglise au long des siècles. Il n'existe qu'un pouvoir juste, qu'une royauté qui fait justice, celle de Dieu. Samuel dit : Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie, et ils courront devant son char. Il les prendra pour s'en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer ses armes et ses harnais. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs. Il lèvera la dîme sur vos grains et sur vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service. Il lèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin, vous deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous crierez à cause de ce roi que vous vous serez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra point. Mais le peuple refusa d'écouter la voix de Samuel. Non, dirent-ils. C'est un roi que nous aurons. (1 S 8, 11-19)

Dans la culture biblique les droits de l'homme sont inséparables des droits de Dieu, dans l'exercice de sa justice.

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

Naissance d'un mouvement de pauvres Dieu n'a pas trouvé d'autre remède à l'injustice, à l'abus de pouvoir, à la conformation aux mœurs païennes que l'exil. Il s'agit d'une purification comme il en existe dans la vie mystique, son but est de rendre capable de la plus haute intimité avec Dieu. Mais c'est le petit nombre qui sort victorieux de ce crible, de ce creuset à affiner l'or. Ce petit nombre constituera le petit reste, les anawim, les pauvres du Seigneur. Shear Yashuv : un reste reviendra Ce reste ne s'est pas conformé aux mœurs des païens, il est resté fidèle à la Thora, il a vécu l'affliction d'être éloigné de Sion, il a refusé les consolations que pouvait offrir une assimilation ou une collaboration avec l'ennemi victorieux. Il chante dans une longue plainte sa désolation : Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux peupliers d'alentour nous avions pendu nos harpes. Et c'est là qu'ils nous demandèrent, nos geôliers, des cantiques, nos ravisseurs, de la joie : “Chantez-nous, disaient-ils, un cantique de Sion.” Comment chanterions-nous un cantique du Seigneur

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

sur une terre étrangère ? Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche ! Que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au plus haut de ma joie ! (Ps 137, 1-6)

Comme Rachel qui pleure ses enfants et refuse toute consolation, le petit reste fidèle a mis tout son espoir dans le Seigneur et rien qu'en Lui. Voici comment Sophonie décrit ces anawim, ce peuple qui a été forgé par Dieu, ces doux qui posséderont la terre d'Israël et par extension le Royaume des Cieux qui sera la “part” restituée par le Seigneur dans sa justice : En ce jour-là tu n'auras plus honte de tous les méfaits que tu as commis contre moi, car j'écarterai de ton sein tes orgueilleux triomphants ; et tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je ne laisserai subsister en ton sein qu'un peuple humble et pauvre, et c'est dans le nom du Seigneur que cherchera refuge le reste d'Israël. Ils ne commettront plus d'iniquité, ils ne diront plus de mensonge, on ne trouvera plus dans leur bouche de langue trompeuse. Mais ils pourront paître et se reposer sans que personne ne les inquiète. Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Une clameur d'allégresse, Israël ! Réjouis-toi, triomphe de tout ton coeur, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé la sentence qui pesait sur toi ; il a détourné ton ennemi. Le Seigneur est roi d'Israël au milieu de toi. Tu n'as plus a craindre le malheur ! (So 3, 11-15)

Comme dans ces promesses qui dévoilent le dessein de Dieu, nous sommes proches des Béatitudes ! Le Dieu de nos pères n'a pas changé, il attend de l'Eglise qu'elle soit un peuple humble et 26

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

pauvre qui n'ait à la bouche que des paroles de vérité et de bénédiction. Le Messie sera issu du Reste, son nom sera Germe Par l'exil, l'arbre du Royaume a été coupé mais non déraciné, un espoir demeure, celui d'un germe, d'un rejeton, d'une pousse, ces images sont connexes de celle du reste. Ecoutons les voix unanimes des prophètes après l'exil :

“En ce jour-là, le germe du Seigneur deviendra beauté et gloire, et le fruit du pays deviendra fierté et splendeur pour les rescapés d'Israël.” (Is 4,2)

“Les jours viennent - déclaration du Seigneur où je susciterai à David un germe juste ; il régnera en roi et prospérera, il agira dans le pays selon l'équité et la justice. (Jr 23,5)

“En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un germe de justice ; il agira dans le pays selon l'équité et la justice.” (Jr 33,15)

“Ecoute, je te prie, grand prêtre Josué, toi et tes compagnons qui sont assis devant toi car ces hommes sont un présage : Je fais venir Germe, mon serviteur.” (Za 3,8)

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

“Tu lui diras : Ainsi parle le Seigneur des Armées : Voici un homme dont le nom est Germe ; il germera là où il est et il bâtira le temple du Seigneur.” (Za 6,12)

“Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines.” (Is 53,2) “Devant Lui, celui-là végétait comme un rejeton, comme une racine sortant d'une terre aride ; il n'avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions.” (Is 11,1) “Un rejeton de ses racines se lèvera à sa place, il viendra vers l'armée et entrera dans la forteresse du roi du Nord ; il opérera contre eux et l'emportera.” (Dn 11,7)

Ce nom du Messie est repris par Paul et par saint Jean qui affirment que ce roi juste régnera sur toute la terre. “Isaïe dit encore : Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se lève pour commander aux nations. En lui les nations mettront leur espérance.” (Rm 15,12)

Tressaille d'allégresse, fille de Sion ! Pousse des acclamations, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s'avance vers toi ; il est juste et victorieux, PAUVRE (Ani), monté sur un âne, sur un ânon le petit d'une ânesse. (Za 9,9)

“Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Eglises. Je suis le rejeton de la lignée de David, l'étoile brillante du matin.” (Ap 22,16) C'est l'entrée de Jésus dans ce monde, son entrée dans Jérusalem, sa venue dans nos cœurs qui est prophétisée. Il se présente à nous, pauvre, humble et doux. 28

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

Bien que la tendance pharisaïque ait triomphé dans le courant rabbinique après la destruction du Temple, la littérature juive, dans le Talmud et les midrashim rapporte les débats contemporains qui agitaient le monde juif. Le grand débat était de savoir quelle était la vertu la plus importante, la vertu des vertus. En voici la liste d'après Pinchas ben Jair (200) Talmud avoda zara 20b :

signifie que celui qui se complaît dans de mauvaises pensées le jour peut être conduit à l'impureté la nuit. D'où Rabbi Phineas ben Jaïr a dit : L'étude mène à la précision, la précision conduit au zèle, le zèle conduit à la propreté, la propreté conduit au contrôle de soi, le contrôle de soi conduit à la pureté, la pureté conduit à la sanctification, la sanctification conduit à la douceur (anawa), la douceur conduit à la crainte du péché, la crainte du péché conduit à la sainteté, la sainteté conduit à la possession du Saint Esprit, la possession du Saint Esprit conduit à la vie éternelle, et la sainteté est la plus grande des vertus car l'Ecriture dit fort : Tu as parlé en vision à tes saints.

Le zèle (zrizout) conduit à la pureté rituelle (naquiout) qui conduit à la pureté du cœur (tahara) qui conduit à la sainteté (quedousha), celle-ci conduit à l'humilité (anawa) qui conduit à la crainte du péché (yarat Hata) qui conduit à l'amour de dévotion (hasidouth) qui conduit à l'Esprit Saint (rouah ha qodesh) qui conduit à la résurrection des morts qui conduit à Elie. Les trois dernières lignes concernent les événements eschatologiques, ce qui signifie que la pratique de l'anawa, de la dévotion et de la crainte du péché provoque la Pentecôte, la résurrection des morts et la venue du Messie comme l'Elie qui doit venir. La question était de savoir laquelle des trois vertus est la plus importante. Il est clair que pour la prédication évangélique c'est l'anawa : douceur, humilité, pauvreté, persécution pour la justice. La tradition rabbinique a également tranché en faveur de l'anawa dans le traité avoda zara du Talmud de Babylone : Nos Rabbins ont enseigné que : Tu te garderas de tout mal,

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Ce point de vue diffère de celui de Rabbi Joshua ben Levi qui a dit : “L'anawa est la plus grande des vertus car l'Ecriture dit : L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux anawim. Il n'est pas écrit : aux saints mais aux pauvres, de là on peut déduire que l'anawa est la plus haute des vertus.” Nous retrouvons aussi cette préférence de l’anawa dans le traité Sanhédrin 43b du Talmud : Rabbi Joshua ben Levi a dit aussi : A l'époque du Temple, si un homme offrait un holocauste, il recevait le mérite d'un holocauste, s'il offrait une offrande de nourriture, il recevait le mérite de l'offrande de nourriture, mais si un homme était pauvre dans l'esprit, l'Ecriture le considérait comme s’il avait offert toutes les offrandes, en effet il est écrit : Les sacrifices pour Dieu sont un esprit brisé (Ps 51) en plus ses prières ne sont pas méprisées, car il est écrit : D'un esprit brisé et contrit, ô Dieu, tu n'as pas de mépris. (Ps 51)

Ainsi, pour le Talmud comme pour la Bible, nous voyons que 31


L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

l'orgueil est le contraire de l'anawa ! Quelques citations de la tradition juive ne sauront que nous en persuader :

Un juif aux psaumes est un homme qui n'a pas d'instruction et qui n'est pas capable d'étudier le Talmud et les livres de la Thora avec leurs très nombreux commentaires. Il est intéressant de noter que la récitation du psautier tout entier a été la prière centrale des nouveaux anawim que furent les Pères du désert et à leur suite les moines et des religieux de tous les temps.

Rabbi Hunnah a dit : “Celui qui est orgueilleux dans son cœur est aussi pécheur qu'un idolâtre.” Heskaia a dit : “Les prières d'un homme orgueilleux au cœur dur ne sont jamais entendues.” Rabbi Ashi a dit : “Celui qui endurcit son cœur avec l'orgueil, ramollit son cerveau avec le même orgueil.” Le midrash (Tanna Devei Eliyahu) enseigne que, pendant les dix générations qui séparent Adam de Noé, les hommes n'ont pas adhéré à l'anawa, leur coeur est devenu de plus en plus dur, c'est pourquoi le déluge fut nécessaire. Le Sermon sur la montagne n'est compréhensible que dans la perspective de la prédication de l'anawa, que dans l'appel à constituer un peuple de pauvres. Maranatha, il vient le Messie et c'est un anaw !

Le livre des psaumes est le livre de prière des anawim Dans le judaïsme le psautier est le livre de prière des pauvres. Il est au judaïsme ce que le chapelet est au christianisme. Un célèbre roman de Shalom Ash s'intitule Le Juif aux psaumes. 32

En hébreu ce livre s'appelle Tehillim c'est-à-dire Louanges, il est pourtant un grand cri de souffrance adressé à Dieu. Un cri de souffrance et de confiance ! Bien sûr il fait mémoire des bénédictions et des interventions divines dans l'histoire d'Israël et il se termine par des hymnes de louanges pures mais dans sa plus grande partie il exprime la condition des anawim. Nous pourrions résumer le livre des Psaumes par ce verset : “Un anaw a crié et Dieu l'a entendu.” Les mots de Anaw et d'Ani reviennent pas moins de 41 fois dans ce recueil de prières. Le Psaume 10 est typiquement une hymne de l'anawa : Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu si loin ? Pourquoi te caches-tu dans les temps de d��tresse ? Les méchants dans leur orgueil poursuivent les pauvres, ils sont pris dans les intrigues qu'ils ont montées. Car le méchant est fier de ce qu'il désire, le profiteur maudit et bafoue le Seigneur. Le méchant dit avec arrogance : Il ne punit pas ! Il n'y a pas de Dieu ! Voilà toute son astuce. Ses voies réussissent en tout temps, tes jugements sont trop hauts pour l'atteindre, tous ses adversaires, il leur souffle dessus. Il se dit : Je ne vacillerai pas, de génération en génération,

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

je serai à l'abri du malheur ! Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de violences ; il y a sous sa langue l'oppression et le mal. Il se tient en embuscade près des villages, il tue l'innocent dans son repaire ; ses yeux épient le faible. Il est en embuscade dans son repaire, comme le lion dans sa tanière, il est en embuscade dans son repaire pour surprendre le pauvre ; il surprend le pauvre en l'entraînant dans son filet. Il se courbe, il se baisse, et les pauvres tombent en son pouvoir. Il se dit : Dieu oublie ! Il se détourne, il ne regarde jamais ! Lève-toi, Seigneur ! Dieu, élève ta main ! N'oublie pas les affligés ! Pourquoi le méchant bafoue-t-il Dieu ? Pourquoi se dit-il : Tu ne punis pas ? Tu as vu, quant à toi, l'oppression et la contrariété ; tu regardes pour prendre en main ; c'est à toi que s'abandonne le faible, c'est toi qui viens au secours de l'orphelin. Brise le bras du méchant, du mauvais, punis sa méchanceté, que tu ne la trouves plus ! Le Seigneur est roi pour toujours, à jamais ; les nations disparaissent de son pays. Tu entends le désir des affligés, Seigneur,

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tu affermis leur cœur ; tu prêtes une oreille attentive pour rendre justice à l'orphelin, à celui qui est écrasé, afin que l'homme tiré de la terre ne continue plus à faire trembler d'effroi.

La pire des situations pour l'anaw c'est le silence de Dieu, mais il continue à espérer comme Job qui reste fidèle à Dieu. L'orgueilleux, le méchant, la mauvaise langue, en un mot l'antithèse de l'anaw, semble prospérer et croit en sa totale impunité. L'anaw prend son mal en patience dans la douceur et l'humilité, il espère et il croit que Dieu est le souverain véritable qui rendra la justice, pour lui et pour tout Israël. Aux pèlerins d'Emmaüs, Jésus illuminera l'intelligence et il leur expliquera les Ecritures. Il leur a expliqué que la figure qui était en filigrane dans les psaumes c'était lui, le pauvre dépouillé de ses vêtements, l'affligé maltraité. En effet comme il est anaw, abandonné des hommes et de Dieu quand il s'exclame : “Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné ?” En fait il cite le Psaume 22 qui décrit la passion du pauvre. Dans une situation dramatique celui-ci redit sa confiance : “Toi, tu m'as fait surgir du ventre de ma mère et tu m'as mis en sécurité sur sa poitrine. Dès la sortie du sein, je fus remis à toi ; dès le ventre de ma mère, mon Dieu, c'est toi !” Jean-Paul II avait bien compris l’esprit de l’anaw. C’est lors d’une audience en 2001 qu’il l’explicite si bien en commentant le Psaume 149 : Un deuxième terme définit les protagonistes de ce Psaume : ce sont les anawim, c'est-à-dire les “pauvres, les humbles”. Cette expression est très fréquente dans le Psautier et indique

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L’ANAWA DANS LA PREMIERE ALLIANCE

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non seulement les opprimés, les misérables, ceux qui sont persécutés pour la justice, mais également ceux qui, étant fidèles aux engagements moraux de l'Alliance avec Dieu, sont marginalisés par ceux qui choisissent la violence, la richesse et la puissance. Dans cette perspective, on comprend que les “pauvres” ne représentent pas seulement une catégorie sociale, mais un choix spirituel. Tel est le sens de la première et célèbre Béatitude : “Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux.” (Mt 5,3) Le prophète Sophonie s'adressait déjà ainsi aux anawim : “Cherchez le Seigneur, vous tous les humbles de la terre, qui accomplissez ses ordonnances. Cherchez la justice, cherchez l'humilité : peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère du Seigneur”. (So 2,3)

Puissant, lutte contre les forces du mal, solidarité avec les pauvres, fidélité au Dieu de l'Alliance. (cf. Lc 1,46-55)

Le “jour de la colère du Seigneur” est précisément celui qui est décrit dans la seconde partie du psaume lorsque les “pauvres” se rangent du côté de Dieu pour lutter contre le mal. Seuls, ces derniers n'ont pas la force suffisante, ni les moyens, ni les stratégies nécessaires pour s'opposer à l'irruption du mal. Pourtant, la phrase du Psalmiste n'admet pas d'hésitation : “Car le Seigneur se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles (anawim).” De façon idéale se dessine ce que l'apôtre Paul déclare aux Corinthiens : “Ce qui dans le monde est sans naissance et ce qu'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est.” (1 Co 1,28)

L'anawa dans le livre de ben Sirac le Sage Cet apocryphe rédigé d'abord en hébreu ou en araméen a été traduit par le petit-fils de l'auteur en grec et date du 2ème siècle avant Jésus-Christ. Des fragments de l'original ont été retrouvés dans la géniza du Caire et à Qumran, ils nous permettent d'affirmer que la pauvreté, la douceur et surtout l'humilité étaient rendues par le terme d'anawa. Le contenu du livre montre à quel point cette vertu était prisée dans le monde inter-testamentaire. Le thème de l'humiliation volontaire, de se faire petit, doux et pauvre y est particulièrement développé ainsi que l'antithèse orgueil / pauvreté, s'élever / s'humilier. “L'abomination pour l'orgueil c'est l'anawa” ! Nous retrouverons ce principe en étudiant la haine du monde pour les chrétiens fidèles. Nombreux sont les gens hautains et célèbres, mais c'est aux anawim que le Seigneur révèle ses secrets. (Si 3,19)

Avec cette certitude, “les fils de Sion”, hasidim et anawim, c'està-dire les fidèles et les pauvres, partent pour vivre leur témoignage dans le monde et dans l'histoire. Le chant de Marie dans l'Evangile de Luc - le Magnificat - est l'écho des meilleurs sentiments des “fils de Sion” : louange joyeuse au Dieu Sauveur, action de grâce pour les merveilles accomplies en elle par le Tout-

Cependant Ben Sirac prône le comportement doux et humble envers les pauvres et les gens pieux de la communauté d'Israël d'une manière exclusive, il déconseille vivement de se montrer charitable envers les impies et les renégats : “Fais le bien à qui est humble et ne donne pas à l'impie. Refuse-lui son pain, ne le

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lui donne pas, il en deviendrait plus fort que toi. Car tu serais payé au double en méchanceté pour tous les bienfaits dont tu l'aurais gratifié.” (Si 12,5) La nouveauté de l'enseignement christique sera d'étendre l'exercice de l'anawa envers tous les hommes. L'amour des ennemis sera l'originalité et la nouveauté de l'Evangile. Le Seigneur a déraciné les orgueilleux et planté à leur place les anawim. (Si 10,15)

Dans ses confessions Léon Tolstoï, le célèbre auteur de Guerre et Paix qui découvrit la non-violence évangélique en lisant le Sermon sur la montagne, rapporte un événement qui traduit bien ce que la prédication de l'anawa par Jésus aura de radicalement nouveau : J'ai lu le Sermon sur la montagne en compagnie d'un rabbin. Presque après chaque maxime, le Rabbin me disait : “Cela existe dans la Torah, cela existe dans le Talmud”, et il me montrait dans la Torah et dans le Talmud des maximes très proches de celles que l'on trouve dans le Sermon sur la montagne. Mais lorsque nous sommes arrivés au verset sur la non-résistance au méchant, il n'a pas dit que cela existait également dans le Talmud, il n'a fait que me demander avec un sourire : “Et les chrétiens le font ? Ils tendent vraiment l'autre joue ?” Je n'ai rien eu à répondre, d'autant que je savais qu'à ce moment précis les chrétiens, loin d'offrir leurs joues, frappaient les Juifs sur les leurs, que ces derniers offraient.

Pour l'orgueilleux, l'anawa est une abjection : ainsi le riche a le pauvre en horreur. (Si 13,20)

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3 L’anawa prêchée par le Christ : à Dieu tout est possible Jésus se présente comme anaw issu d'un milieu d'anawim, oint pour annoncer la bonne nouvelle aux anawim. Mais dans le Sermon sur la montagne il va aller beaucoup plus loin en poussant jusqu'à l'impossible les préceptes du commandement nouveau. Les exégètes ont parlé et à juste titre d'impossible précepte. Les préceptes de l'alliance mosaïque étaient déjà très difficiles à respecter mais là nous sommes dans le domaine de l'impossible ! Pourtant Jésus n'a pas voulu déposer sur nos épaules, à l'instar des pharisiens, un fardeau qui nous écraserait, bien au contraire, il nous dit que son fardeau est léger et facile à porter. Alors y aurait-il une insoutenable contradiction ? Loin de là ! Jésus a voulu nous mettre dans une situation où nous ne pouvons que nous exclamer : “Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu !” Il nous est simplement demandé de nous orienter avec la boussole de l'anawa, de nous reconnaître pauvres et de chercher à nous unir au Christ de toutes nos forces, afin que ce ne soit plus nous qui vivions mais que ce soit Lui 39


L’ANAWA PRECHEE PAR LE CHRIST : A DIEU TOUT EST POSSIBLE

L’ANAWA PRECHEE PAR LE CHRIST : A DIEU TOUT EST POSSIBLE

qui vive en nous. Si souvent il nous dit : sans moi vous ne pouvez rien faire. Il nous dit aussi : “Ma grâce te suffit car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse.” (2 Co 12,9)

Va-t'en vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.” (Lc 14, 21)

Nous pouvons dire que Thérèse de l'Enfant-Jésus est le docteur de l'anawa pour notre temps comme François d'Assise “autre Christ” fut un modèle d'anawa en son temps.

Les mouvements religieux au temps de Jésus Apparemment Jésus ne parle ni des anawim ou ebionim, ni des Esséniens alors qu'il fustige les pharisiens et les sadducéens et se démarque des zélotes. Ce n'est qu'une apparence car Jésus se déclare lui-même comme un anaw et enseigne l'anawa dans son Sermon sur la montagne. Les Esséniens ne sont pas cités nommément dans les Evangiles, mais des actes et des paroles de Jésus sont ouvertement polémiques. L'enseignement du Maître de Justice de Qumran bien qu'il tente de récupérer l'anawa est aux antipodes de la bonne nouvelle annoncée aux pauvres. La communauté essénienne se veut un petit reste de purs, un peuple sacerdotal obsédé par les ablutions, traquant la moindre imperfection physique, mentale ou spirituelle. Les infirmes sont exclus par la règle. Le Royaume qu'inaugure Jésus devait être une abomination pour eux : “Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles…” (Lc 14,13)

Le choix des apôtres, quel choix ! “En ce temps-là, Jésus se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Quand le jour parut, il appela ses disciples, et il en choisit douze, auxquels il donna le nom d'apôtres : Simon, qu'il nomma Pierre ; André, son frère ; Jacques ; Jean ; Philippe ; Barthélemy ; Matthieu ; Thomas ; Jacques, fils d'Alphée ; Simon, appelé le zélote ; Jude, fils de Jacques ; et Judas Iscariot, qui devint traître.” (Lc 6, 12-16) Jésus a passé toute la nuit en prière pour choisir… les pires, les plus pauvres : un terroriste, un traître, un parjure, un collabo, un ado...

L'anawa est la plus haute des vertus. (talmud avodah zarah)

La douceur est la consommation du chrétien. (Jean-Jacques Olier)

“A son retour, le serviteur rapporta ces réponses à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur :

L'Eglise qu'il inaugure est fondée sur la faiblesse, la nouvelle assemblée d'Israël ne pourra tenir que parce qu'elle recevra une pentecôte continuelle. Parmi les douze, Jésus en choisira trois qui dormiront à l'heure de l'agonie alors qu'ils avaient été prévenus par deux fois de ce

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L’ANAWA PRECHEE PAR LE CHRIST : A DIEU TOUT EST POSSIBLE

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qui attendait leur Maître et qu'ils avaient été fortifiés par la théophanie de la Transfiguration. Ils avaient vu la lumière de la gloire de Dieu et ils sont tombés dans le sommeil à l'heure d'une nuit profonde mais passagère. Parmi ces trois, Jésus a choisi un homme dont le nom est “Pierre” et nous ne pouvons que nous souvenir de la prophétie messianique du psaume : “La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenu Pierre Angulaire”. (Ps 117,22) “Pierre m'aimes-tu ?” Le dialogue de Jésus avec son disciple est une véritable enchère dans la faiblesse, malheureusement ce texte est rarement bien rendu par les traductions. Essayons la nôtre d'après l'original grec en notant que cet écrit johannique est très symbolique. C'est la troisième apparition après la résurrection, Pierre vient de prendre 153 gros poissons, Jésus lui pose 3 fois la question en référence aux 3 reniements :

Ce dialogue est pathétique car Jésus accepte le pauvre amour de Pierre qui n'est pas celui décrit par saint Paul dans sa célèbre hymne, mais un amour d'amitié, une sympathie ! C'est un aveu de faiblesse, d'incapacité à aimer mais cette faiblesse deviendra le lieu de la glorification de Dieu par le martyre. Il ne peut aimer par ses propres forces mais il écartera les bras pour être conformé à la mort d'amour de Jésus dans sa crucifixion à Rome.

Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu d'amour plus que ne m'aiment ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime comme un ami. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu d'amour ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime comme un ami. Jésus lui dit : Pais mes brebis. Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu comme un ami ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu comme un ami ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas. Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. (Jn 21, 5-19)

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La leçon de ce choix, nous l'avons oubliée en érigeant une statue néo-païenne de Pierre sur la place qui porte son nom, en lui donnant le titre de Prince des Apôtres, nous avons perdu de vue que Jésus a fondé son Eglise sur l'anawa qui est faiblesse, tendresse, affliction, douceur et humilité.

Tu reconnaîtras toujours un homme qui a été brisé au pied de la Croix, tu le reconnaîtras à sa douceur. (Pasteur Thomas Roberts)

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L’ANAWA PRECHEE PAR LE CHRIST : A DIEU TOUT EST POSSIBLE

4 La boussole de l'anawa

Les Béatitudes pauvreté matérielle et spirituelle

bénédiction non jugement

abandon à la Providence

amour des ennemis

donner à qui demande

amour miséricordieux (eleos)

remise des dettes = pardon

espérance en Dieu seul Abba persécutions

anawa

affliction

Je renvoie au livre que j'ai consacré aux Béatitudes : Sept Paroles pour un Bonheur (Editions Des Béatitudes) Il est cependant nécessaire dans le cadre de notre étude sur l'anawa de donner un bref commentaire de ces déclarations de bonheur.

humilité (tapeinôsis)

(kakopatheia)

justice (tsedaqua) (dikaiosune)

consolation (paraklésis) pureté (tahara)

piété (hasidouth)

fidélité à la Loi

crainte de Dieu

douceur (praütès)

“Heureux les pauvres dans l'Esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux les doux, car ils posséderont la terre. Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.” (Mt 5,1-12)

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LES BEATITUDES

LES BEATITUDES

Le bonheur qui est proclamé est au présent, dans l'aujourd'hui de Dieu mais il concerne aussi les événements à venir, l'heure du jugement et la vie éternelle. Le Royaume est au milieu de nous en même temps qu'il vient et que sa plénitude nous attend dans les Cieux.

Heureux les affligés peut être légitimement traduit par heureux ceux qui pleurent ou qui se lamentent. Ils pleurent parce qu'ils savent qu'ils sont en exil comme les filles de Sion au bord des fleuves de Babylone, comme des enfants d'Eve dans la vallée de larmes de ce monde. Ils pleurent et ne veulent d'autre consolation que celle de l'Esprit. Ils gémissent dans le désir du Règne de Dieu et l'Esprit lui-même intercède avec eux en gémissements inexprimables pour que le Règne vienne et que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au Ciel.

La première Béatitude heureux les pauvres dans l'Esprit les résume toutes : heureux les anawim, pauvres, doux, affligés, humbles, la bonne nouvelle du Royaume leur a été annoncée, ils sont semblables aux tout-petits enfants qui prennent possession du Royaume comme un bébé prend possession des bras de sa mère et reçoit d'elle et la nourriture et l'amour. Heureux les doux : la douceur est d'abord l'opposé de la violence et de la force humaine toujours entachée de violence. La douceur c'est aussi le contraire de l'amertume. “Voyez comme il est doux et agréable pour des frères de demeurer ensemble.” (Ps 132,1) Le fruit du Bien-aimé est doux au palais de l'Epouse. La terre qu'ils posséderont c'est la terre promise qui là encore est synonyme du Royaume, ils en héritent de plein droit. Seul celui qui est doux peut exercer l'autorité. En grec praus est parfois traduit par débonnaire bien que ce mot soit vieilli en français, nous pourrions aussi traduire par gentillesse. Cette attitude est tournée vers Dieu comme vers les persécuteurs. L'anaw ne conteste pas avec Dieu, tel Job il accepte ses décisions sans se rebeller, il accueille les épreuves de l'existence sans amertume. Il ne répond pas à la dureté de ses ennemis par la dureté, il ne résiste pas à celui qui lui fait du mal, il est désarmé parce qu'il s'en remet à Dieu seul. Ils posséderont la terre : la terre c'est eretz Israël, la terre promise et par extension le Royaume messianique.

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Heureux ceux qui ont faim et soif de justice : être affamé ou assoiffé c'est être en manque, or le manque vient d'une expérience bienheureuse, le manque crée le désir. C'est un malheur que d'être déjà rassasié car on ne désire plus, on ne recherche plus la tsedaqua qui est la sainteté de Dieu. Celui qui désire la justice en a déjà fait l'expérience dans son cœur, il sait qu'ellemême désire le bonheur de l'homme. Ils seront rassasiés : fait référence à un événement eschatologique. Nous disons souvent que la justice n'est pas de ce monde, c'est vrai en même temps que les anawim peuvent la promouvoir dans ce monde tout en hâtant la venue du Royaume par leur désir. Heureux les miséricordieux : nous serons mesurés lors du jugement avec la mesure qui nous aura servi à mesurer les autres, or l'anaw sait qu'il ne peut tenir devant la justice de Dieu, que sa dette est immense, qu'il ne peut compter que sur une mesure infinie de sa clémence. La miséricorde est un amour irrationnel, l'amour de la mère qui se jette dans le feu pour sauver son enfant qui se trouve dans une maison en flammes, elle ne calcule pas qu'elle a d'autres enfants comme le berger qu'il a d'autres brebis. La perfection est dans cet amour des entrailles. Aimer les autres avec “ses tripes” et non par devoir et par calcul. 47


LES BEATITUDES

LES BEATITUDES

Heureux ceux qui ont le cœur pur : nous l'avons vu, la pureté conduit à l'anawa, les lois de pureté enseignent le non mélange et la pureté rituelle consiste à ne pas mélanger les aliments, les matières, mais les devoirs du corps doivent conduire aux devoirs du cœur. Un cœur pur est un cœur sans partage, c'est un regard qui ne se laisse pas distraire de l'unique essentiel qui est Dieu. Voilà pourquoi la récompense de cette béatitude est la vision divine qui, rappelons-le, était impossible sans mourir. Avoir un cœur pur, comme le dit David, ne peut être qu’une œuvre de recréation : “Dieu, crée pour moi un coeur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme, ne me repousse pas loin de ta face, ne m'enlève pas ton esprit de sainteté.” (Ps 50,12-13)

que rien d'humain ou de spirituel ne peut lui ravir. Voilà pourquoi il est écrit : “Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.”

Heureux les artisans de paix : littéralement les faiseurs de paix, les pacificateurs. La paix, le shalom n'est pas seulement une absence de guerre ou de conflit, c'est l’harmonie qui concilie des éléments même opposés, c'est un état intérieur que communique l'Esprit. Faire la paix n'appartient qu'à Dieu : la prière juive du quaddish récitée plusieurs fois par jour, dit “Toi qui fais régner la paix dans les lieux très-haut, fais régner la paix sur nous et sur tout Israël.” Si quelqu'un peut être pacificateur, ce n'est que par participation à l'œuvre divine ; c'est pourquoi il est appelé fils de Dieu. Le Messie est le Prince de Paix. Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. L'Ancien Testament nous offre des images de justes persécutés. Le monde, en persécutant, tue “l’esprit du monde” qui est en nous et finit de dénouer les liens qui nous rattachent à lui. Celui qui se livre au Royaume perd tout, tout en devenant le gérant de biens et de liens innombrables. Mais son unique bonheur est en Dieu, il est d'un ordre céleste 48

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ORGUEIL ET ABAISSEMENT

5 Orgueil et abaissement Qui est comme Dieu ? L'orgueil s'accompagne de l'oubli de Dieu, on cherche à s'élever comme si Dieu n'existait pas. Pour s'enorgueillir il faut choisir une autre échelle de valeurs que celle de l'Esprit. L'orgueilleux choisit un système de référence dans lequel il espère se situer au niveau le plus haut. Ce système de référence peut être intellectuel, physique, social, politique et même spirituel et c'est le péché du diable. Je crois que l'ange de l'humilité c'est saint Michel ; je ne sais pourquoi on le représente grand et fort. Un mystique qui le voit souvent m'a dit qu'il lui apparaissait sous la forme d'un petit enfant. Michel signifie littéralement en hébreu : Qui ? (Mi) comme (Ch) Dieu (haEl). Sa mission est une question posée au monde invisible : Qui est comme Dieu ? Qui peut se comparer à Dieu ? La réponse est évidente : personne ne peut se comparer à lui, personne ne peut entrer en concurrence avec lui. La réponse n'est cependant pas évidente pour les anges rebelles et pour les orgueilleux. Ce qui entraîne leur chute. Tout mouvement d'orgueil est suivi d'une chute.

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Comme l'a dit saint Silouane, l'orgueil engendre le désespoir. En effet cette haute situation dans laquelle l'orgueilleux s'imagine être placé n'est finalement qu'une illusion, elle n'est jamais durable. Le désespoir, selon le saint athonite, est en même temps la conséquence de l'orgueil et en même temps il en est l'amer remède. Dans l'Ancien Testament, l'orgueil traduit l'idée de s'élever, de s'enfler ou même de bouillir. S'enfler d'orgueil est un mécanisme psychologique de survie. Nous naissons avec un manque qui est de l'ordre de l'amour. Pour combler ce manque nous gonflons un ballon, nous nous inventons un personnage que nous prenons pour notre véritable personnalité. Il s'agit de l'ego qui n'est pas notre vrai moi, et c'est à cet ego qu'il nous faut mourir, la signification de la mort à soi-même n'est rien d'autre que cela. Persona en latin désigne le masque que l'on portait au théâtre, per son, masque par lequel passe le son de la voix qui s'en trouve amplifié. Nous jouons donc un rôle dans la comédie humaine et nous nous identifions à ce rôle, que ce soit dans la vie sociale ou dans la vie religieuse. L'orgueil est d'autant plus fort que nous avons été plus intensément humiliés dans notre enfance et il ira jusqu'au trouble paranoïaque de la personnalité, il poussera à rechercher les honneurs et la meilleure place pour ne pas dire la plus élevée. Plus nous occuperons une place élevée plus aussi il nous faudra nous battre pour la défendre. Naîtra alors la colère meurtrière, l'orgueil nous fera “bouillir” contre les autres. Une autre manière de nous défendre sera de prétendre ce qui n'est pas et surjouer devant les autres. C'est l'hypocrisie pharisienne. Le mot hypocrite est absent de l'Ancien Testament et pour cause : il est lié à la culture hellénistique et signifie acteur de théâtre. 51


ORGUEIL ET ABAISSEMENT

ORGUEIL ET ABAISSEMENT

S'humilier consistera donc à ne pas se cacher sous un masque, à se montrer dans sa faiblesse ou du moins à renoncer à cacher systématiquement ses faiblesses.

se révèle en nous et sa puissance se manifeste : “C'est pourquoi nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l'homme extérieur va vers sa ruine, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d'un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu'elles nous préparent.” (2 Co 4, 16-17)

L’hypocrisie verrouille les portes du Royaume alors que l’anawa les ouvre toutes grandes. Le jansénisme par exemple, et d’autres doctrines pharisiennes, montre que le salut n'est accessible qu'au petit nombre des élus capables de pratiquer des vertus héroïques alors qu'il est gratuit ! Au contraire, les aveux de faiblesse de Paul ouvrent grandes les portes du Royaume à ceux qui se sentent incapables par euxmêmes de pratiquer la vertu et qui souffrent de toutes échardes qui blessent leur chair. “Mais il m'a déclaré : “Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.” Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.” (2 Co 12,9) Mais que signifie mettre son orgueil dans ses faiblesses ? Cela signifie que Paul, instruit par l'Esprit, connaît cette loi de l'abaissement-élévation. Oui il est légitime de chercher la première place, oui il est légitime de vouloir être le premier dans le Royaume des Cieux, je ne veux pas pour ma part me contenter d'un strapontin dans la salle du banquet des noces de l'Agneau, je veux être à côté de mon Amour et poser ma tête sur son cœur ! Je veux la Gloire ! Celle de Dieu ! Ce n'est pas de l'orgueil mais le plus légitime des désirs et je sais que cela passe par la reconnaissance de ma faiblesse. Mettre son orgueil dans ses faiblesses signifie s'élever en s'abaissant. Au fur et à mesure que nous mourons à notre personnage la gloire de Dieu 52

Shafal : s'enfoncer, s'humilier, s'abaisser en esprit L'orgueil est aussi appelé vaine gloire, une gloire vide, un ballon de baudruche prêt à se dégonfler. La gloire de Dieu, la gloire du Christ, la gloire à laquelle il nous destine procède toujours de l'anawa, du shafal c'est-à-dire de l'abaissement volontaire : “L'orgueil d'un homme l'abaisse, mais celui qui est humble d'esprit obtient la gloire.” (Pr 29,23) “Car ainsi parle le Très-Haut, dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : J'habite dans les lieux élevés et dans la sainteté ; mais je suis avec l'homme contrit et humilié (shafal), afin de ranimer les esprits humiliés (shafal), afin de ranimer les cœurs contrits.” (Is 57,15) Le mouvement d' abaissement et d'humiliation est un principe, une loi fondamentale du Royaume que nous ne devrions jamais oublier, c'est une loi qui devrait faire partie de notre culture chrétienne : “Ainsi parle le Seigneur : La tiare sera ôtée, le diadème sera enlevé. Les choses vont changer. Ce qui est abaissé (shafal) sera élevé, et ce qui est élevé sera abaissé.” (Ez 21,26) 53


ORGUEIL ET ABAISSEMENT

ORGUEIL ET ABAISSEMENT

Ecoutons encore la parabole du cèdre qui est également une prophétie pour Israël mais aussi pour l'Eglise, Dieu exaltera un petit reste :

“Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place, afin qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : Mon ami, avance plus haut. Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui seront à table avec toi.” (Lc 14,10)

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Moi, je prends à la pointe du cèdre altier et je plante, j'arrache à la cime de ses branches un rameau tendre ; je le plante moi-même, sur une montagne haute, surélevée. Je le plante sur une montagne élevée d'Israël. Il portera des rameaux, produira du fruit, deviendra un cèdre magnifique. Toutes sortes d'oiseaux y demeureront, ils demeureront à l'ombre de ses branches. Alors tous les arbres des champs connaîtront que je suis le Seigneur, qui abaisse l'arbre élevé, élève l'arbre abaissé, dessèche l'arbre vert, et fait fleurir l'arbre sec. Moi, le Seigneur, je parle et j'accomplis. (Ez 17, 22-24)

Car tout homme qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé. (Lc 14,11)

Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. (Mt 20,16)

Avant la ruine, l'esprit humain est plein d'orgueil ; mais avant la gloire, il y a l'anawa. (Pr 18,12)

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Le Christ a montré l'exemple de l'abaissement qui élève Le deuxième chapitre de l'épître aux Philippiens fait appel à l'anawa dans la communauté chrétienne, introduisant ainsi l'hymne célèbre sur l'abaissement du Christ : Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement dans la charité, s'il y a quelque union d'esprit, s'il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité (tapeiophrosuné ou anawa) vous fasse regarder les autres comme étant audessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est anéanti lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes et ayant paru comme un simple homme, il s'est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans

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ORGUEIL ET ABAISSEMENT

les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Ph 2, 1-11)

ORGUEIL ET ABAISSEMENT

Se réjouir des persécutions Pratiquer la petite voie Rechercher l'esprit d'enfance

Dans sa condition humaine, le Christ a résisté à l'antique tentation, à l'antique mensonge du serpent : “Vous serez comme des dieux.” (Gn 3,5) Cela signifie qu'il a renoncé d'être l'égal de Dieu. Mais plus encore il s'est totalement abaissé afin de montrer le chemin qui conduit à l'élévation dans la Gloire. L'ami de Dieu, l'ami du Christ sait que Dieu est humble, qu'il est doux, aussi cherche-t-il à lui ressembler. David déjà avait reconnu l'anawa de Dieu et que cet anawa élève l'homme : “Tu me donnes le bouclier de ton salut, et je deviens grand par ton anawa. Cantique que chanta David après avoir été délivré de tous ses ennemis.” (2 S 22,36)

Ne pas résister à celui qui nous fait violence Considérer les autres comme supérieurs à soi Accepter par amour de Jésus d'être donné en spectacle au monde visible et invisible, aux anges et aux hommes

Le vrai disciple du Christ, comme sainte Thérèse d'Avila, joue à “qui perd gagne” ; quand il a tout perdu il a tout gagné.

Comment pratiquer l'abaissement en esprit (shafal ruah) L'humilité ne peut être recherchée pour elle-même, c'est l'humilité de Dieu dans l'imitation de Jésus-Christ qui doit être au centre de la vie du chrétien dont le programme pourrait se résumer ainsi : Rechercher la dernière place Dire du bien de ceux qui disent du mal Ne pas se justifier Aimer ses ennemis

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BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

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Les amis du Verbe Car il dit, et (la chose) arrive, Il ordonne, et elle existe. (Ps 33,9)

Bénissez, ne maudissez pas L'anaw est un ami du Verbe, il est gardien du Verbe et de la bénédiction.

La langue et le Verbe créateur “N'affronte pas quelqu'un qui ne tient pas sa langue, n'apporte surtout pas de l'eau à son moulin.” (Si 8,3)

“Heureux celui qui sait tenir sa langue et n'a donc pas à souffrir de ses fautes !” (Si14,1)

“Prends garde que ta langue t'entraîne à la faute et te fasse tomber devant celui qui te guette.”

La capacité de bénir nous rend semblables à Dieu, par elle nous prolongeons l'œuvre de la création. En revanche la malédiction nous rend solidaires du diable qui est l'accusateur de l'homme. “Un coup de fouet provoque une blessure, mais un coup porté avec la langue détruit la personnalité.” (Si 28,17) Cette affirmation est forte et juste. Notre système immunitaire est intimement lié à notre identité, à la défense de notre intégrité. Il est aujourd'hui prouvé que la calomnie produit un effondrement immunitaire aussi fort que celui qui permet le développement d'un cancer. Comment revenir sur une malédiction prononcée, sur une rumeur répandue, sur une médisance qui ruine la réputation d'un homme ? C'est pratiquement impossible... De la malédiction vient un mal absolu comme un homicide. “Dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri.” (Mt 8,8)

“La santé ne leur fut rendue ni par des plantes ni par des pommades, mais par ta Parole, Seigneur, qui guérit tout.” (Sg 16,12)

(Si 28,26)

Si quelqu'un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, mais en se trompant lui-même, vaine est sa religion.

“Garde ta langue du mal et tes lèvres des médisances.”

(Jc 1,26)

(Ps 34,13)

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BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

“De même, la langue est un petit membre et se vante de grands effets. Voyez comme il faut peu de feu pour faire flamber une vaste forêt ! La langue aussi est un feu, le monde du mal ; la langue est installée parmi nos membres, elle qui souille le corps entier, qui embrase le cycle de la nature, qui est ellemême embrasée par la géhenne. Mais la langue, nul homme ne peut la dompter : fléau fluctuant, plein d'un poison mortel !”

parole n'est pas seulement un mot revêtant des significations différentes selon le vocabulaire de celui qui la prononce et selon les circonstances. Il n'y a pas de place pour le mentir vrai qui se généralise aujourd'hui dans notre société. La Bible ellemême est avant tout parole, elle ne deviendra un écrit que plus tard et seulement quand l'existence des transmetteurs de la parole était menacée de disparaître. Une parole donnée ne peut être reprise par un homme, ni même par Dieu. J'aimerais ici raconter une histoire juive contemporaine qui illustre bien ce propos. Un habitant de la vieille ville de Jérusalem essayait vainement de faire sa sieste car dans la rue des enfants jouaient bruyamment. Il décide alors d'user d'un stratagème, il ouvre sa fenêtre et interpelle les enfants en leur disant qu'une distribution gratuite de fallafels, le sandwich local, avait lieu à la porte de Damas. Les garnements disparaissent mais notre homme ne peut trouver le sommeil, il tourne et se retourne dans son lit en gémissant : dire qu'il y a une distribution gratuite de fallafels à la porte de Damas et que je reste dans mon lit ! Une parole dite est dite, elle est puissante et l'auteur du mensonge se retrouve aux prises avec elle.

(Jc 3, 5-8)

En effet, qui veut aimer la vie et voir des jours heureux doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses. (1 P 3,10) Je suis responsable de ce que je dis, mais je suis aussi responsable de ce que j'entends. J'ai la capacité de dire le bien et de le faire advenir. Je suis responsable de ce que je me dis, mais je suis aussi responsable des paroles que je repasse dans ma tête. Je suis responsable de la parole secrète que je trahis ; je suis responsable du mal qu'elle va produire en cascade sur ceux qui l'entendront. Toute parole est efficace dans le bien comme dans le mal.

Les mains croisées

Pour saisir le sens de la bénédiction dans la Bible, il est nécessaire de comprendre la puissance du Davar, de la parole. Une

Bénédiction vient d'une racine hébraïque qui signifie genoux, l'idée première est que l'on se met à genoux pour recevoir une bénédiction, ce qui implique un acte sacré, nous dirions aujourd'hui sacramentel. On confère donc par ce geste accompagné d'une parole une grâce, il est efficace en lui-même. Dans l'histoire d'Esaü et de Jacob dont le nom signifie le supplanteur, la bénédiction d'Isaac aveugle et trompé par le benjamin est aus-

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La bénédiction et la puissance du Verbe


BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

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sitôt opérante, le droit d'aînesse et tous ses privilèges sont conférés par le geste et les paroles de la bénédiction paternelle. Celle-ci transfère un pouvoir qui ne pourra plus être contesté. Jacob à son tour transmettra la bénédiction non pas à l'aîné de ses fils mais à son petit-fils préféré en qui il a discerné un choix de Dieu :

savons, le choix dans la Bible n'est pas exclusif, il est inclusif mais par étapes, par amplification. Un homme est choisi pour transmettre la bénédiction à d'autres. Ainsi le peuple juif est choisi et béni pour devenir source de bénédiction pour les peuples de la terre. Dans cette continuité le chrétien est béni pour être une bénédiction envers ceux qui l'entourent comme il est écrit : “Chacun donnera ce qu'il pourra, selon les bénédictions que le Seigneur, ton Dieu, lui aura accordées.”

Puis Joseph les prit tous deux, Ephraïm de sa main droite à la gauche d'Israël, et Manassé de sa main gauche à la droite d'Israël, et il les fit approcher de lui. Israël étendit sa main droite et la posa sur la tête d'Ephraïm qui était le plus jeune, et il posa sa main gauche sur la tête de Manassé : ce fut avec intention qu'il posa ses mains ainsi, car Manassé était le premier-né. Il bénit Joseph, et dit : Que le Dieu en présence duquel ont marché mes pères, Abraham et Isaac, que le Dieu qui m'a conduit depuis que j'existe jusqu'à ce jour, que l'ange qui m'a délivré de tout mal, bénisse ces enfants ! Qu'ils soient appelés de mon nom et du nom de mes pères, Abraham et Isaac, et qu'ils multiplient en abondance au milieu du pays ! Joseph vit avec déplaisir que son père posait sa main droite sur la tête d'Ephraïm ; il saisit la main de son père, pour la détourner de dessus la tête d'Ephraïm, et la diriger sur celle de Manassé. Et Joseph dit à son père : Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né ; pose ta main droite sur sa tête. Son père refusa, et dit : Je le sais, mon fils, je le sais ; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand ; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa postérité deviendra une multitude de nations. Il les bénit ce jour-là, et dit : C'est par toi qu'Israël bénira, en disant : Que Dieu te traite comme Ephraïm et comme Manassé ! Et il mit Ephraïm avant Manassé. (Gn 48, 13-20)

(Dt 16,17)

Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. (Gn 22,18)

Saint Paul a bien présent à l'esprit cette mission lorsqu'il dit : “Afin que la bénédiction d'Abraham eût pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous recevions par la foi l'Esprit qui avait été promis.” (Ga 3,14) La bénédiction se traduit par le don de l'Esprit sur toute chair, elle procure tous les biens du Royaume, le bonheur annoncé dans les Béatitudes.

Cet épisode souligne la notion de choix, d'élection. Or, nous le

Le plus bel exemple de cette transmission par amplification est lié à la Pâque, le passage de la servitude à la liberté glorieuse des enfants de Dieu, du malheur au bonheur, de l'affliction à la joie. Le repas pascal comprenait quatre coupes dont chacune avait une signification précise. L'une d'elles est appelée coupe de bénédiction, c'est elle que Jésus va choisir pour la transformer en sang rédempteur pour toute l'humanité : “La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion au corps du Christ ?” (1 Co 10,16)

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BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

Bénissez, ne maudissez pas ! L'étymologie grecque et latine nous instruisent également sur le sens de la bénédiction, toutes les deux signifient dire du bien, énoncer du bonheur. Car au-delà de la notion théologique que nous venons d'aborder, nous ne pouvons ignorer la portée psychologique de la bénédiction. Dire du bien de quelqu'un c'est le faire grandir dans l'estime des autres et par voie de conséquence dans une juste estime de soi sans laquelle on ne peut être heureux. Le contraire de la bénédiction n'est pas seulement la malédiction mais aussi la médisance qui détruit l'harmonie avec soi et avec le milieu social. Les victimes de la médisance, à moins d'être des saints, souffrent quelquefois jusqu'au désespoir, jusqu'au suicide psychologique ou physique (la vie politique nous en fournit des exemples récents). Le saint lui, est à l'abri car la bénédiction et donc l'estime inconditionnelle de Dieu lui suffit : qui a Dieu a tout ! En matière d'éducation, on a établi aujourd'hui qu'il faudrait dire à un enfant neuf paroles d'encouragement pour se permettre une parole de reproche ou de correction. Si nous agissions ainsi envers nos semblables, les relations seraient plus harmonieuses, mais nous craignons de passer pour hypocrites ou de paraître acheter l'estime de l'autre en le félicitant, en lui disant des choses positives. Les paroles de malédiction s'inscrivent en nous profondément et travaillent inconsciemment et elles sont d'autant plus influentes qu'elles sont inconscientes. Qu'un père ou une mère dise à son enfant : “Tu n'arriveras jamais à... tu ne seras jamais capable de...” et toute une vie on peut chercher sans s'en rendre compte à valider cette prédiction. 64

BENISSEZ, NE MAUDISSEZ PAS

Heureusement la Bible est remplie de “bonnes” paroles, elle est une bonne nouvelle qui guérit des malédictions originelles et actuelles. Savoir que nous avons du prix aux yeux de Dieu, qu'il a voulu notre vie, qu'il nous a choisis dès le sein maternel, que nous sommes une merveille à ses yeux et qu'il nous comble de bénédictions. Voilà qui doit remplacer les malédictions que nous avons stockées dans notre mémoire au cours de notre existence. Mais ce qui est plus fort encore c'est de savoir que Dieu me reconnaît le pouvoir qui ne devrait être que le sien, celui de bénir les autres et celui de le bénir : bénissez le Seigneur ! Dans la louange, je deviens un être de bénédiction, ma parole accomplit ce qu'elle porte et change le monde.

Bénissez ceux qui vous maudissent. Dites du bien de ceux qui disent du mal de vous ! Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas. (Ro 12,14)

Dans les familles où l'on ne peut pas toujours contrôler ses paroles, où l'on peut se blesser par fatigue ou inadvertance, les temps de bénédiction sont des instants où Dieu devient la seule référence, où tout s'apaise et où peuvent être prononcées des paroles qui restaurent et guérissent. C'est le cas notamment du moment de la bénédiction des repas où tous se placent sous le regard de Dieu et tous ensemble bénissent l'Auteur des bénédictions. La prière du soir avec “la petite croix” tracée sur le front des enfants est un temps de bonheur, un lieu réparateur où sont comme annulées les mauvaises paroles de la journée.

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LA PERSECUTION

7 La persécution Il y a vraiment de quoi bondir de joie ! La condition chrétienne normale est comparable à celle des brebis au milieu des loups. Pour prendre une image qui nous est plus proche, le chrétien ressemble à un ver de terre qui est tombé dans un poulailler ! Mais c'est aussi la condition humaine que cette image traduit. Nous sommes faits pour un amour infini et inconditionnel et nous arrivons dans ce monde, même avec de bons parents, où tout amour pose une foule de conditions et des limites que le tout-petit ne comprend pas. Pour survivre dans ce monde de brutes, ce petit homme va développer des mécanismes de défense qui le protégeront - en l'insensibilisant par exemple - sur le plan affectif et psychologique. Il usera des mêmes mécanismes sur le plan spirituel et “se méfiera de Dieu”, le soupçonnera, se cachera de lui, culpabilisera, ne se croyant pas digne d'être aimé d'un si grand amour. Le monde ne supporte pas la Parole de Dieu et veut la faire taire comme Israël a toujours voulu faire taire ses prophètes. Cette Vérité de l'amour infini et inconditionnel est insupportable. Il y a d'ailleurs chez tous nos persécuteurs un cynisme qui étonne et déconcerte. Nous nous demandons d'où leur viennent tant de méchanceté, tant de mensonges et de cruauté alors qu'ils 66

peuvent être par ailleurs des gens honnêtes ayant des préoccupations humanistes... Ils ne savent pas ce qu'ils font... c'est plus fort qu'eux cette vague qui les poussent à persécuter... les plus faibles, ou du moins ceux chez qui ils ont détecté le point faible, car on ne se bat pas contre plus fort que soit. On abat sans merci celui qui ne fera pas de revers lifté. Or l'Evangile nous invite à la faiblesse de l'enfant. La brebis n'a ni croc pour mordre, ni ongle pour griffer, ni carapace pour amortir les coups, elle n'a pas de venin pour empoisonner et paralyser l'adversaire. La brebis n'a que son Berger dont le bâton et la houlette la rassurent. Moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc avisés comme les serpents et purs comme les colombes. Gardez-vous des gens, car ils vous livreront aux tribunaux et ils vous fouetteront dans leurs synagogues, vous serez menés, à cause de moi, devant des gouverneurs et devant des rois, ce sera un témoignage pour eux comme pour les non-Juifs. Mais quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz ; ce que vous direz vous sera donné à ce moment même, car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous. (Mt 10,16)

Persécuter en hébreu comme en grec signifie poursuivre, comme on poursuit en justice, comme on poursuit un animal à la chasse, on le poursuit jusqu'à ce qu'épuisé, on l'ait à sa merci et on l'abatte. “Bienheureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ; c'est ainsi en effet qu'on 67


LA PERSECUTION

a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. (Mt 5, 11-12)

Cette déclaration de bonheur dans la persécution est aussitôt suivie de l'affirmation : “Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien ; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes.” (Mt 5,13) En Israël on connaissait plusieurs qualités de sel dont le plus pauvre aujourd’hui sert à déneiger les routes - à l'époque il était produit en Syrie et pouvait à la rigueur servir de désherbant. Le sel avait trois fonctions que l'on peut par comparaison appliquer au disciple authentique du Christ : Sacrificielle : tout sacrifice devait s'accompagner de sel. “En effet, chacun doit être purifié par le feu et préparé pour Dieu comme on prépare l'offrande du sacrifice avec du sel.” (Mc 9,49)

Alimentaire : le sel rehausse le goût, le chrétien donne à la vie une saveur, une sapience autrement dit une sagesse qui est celle de la croix. Conservatrice : en effet la salaison empêche le pourrissement des aliments comme la viande et le poisson. Sans cette intensité dans l'existence prophétique, l'enseignement du Christ dégénère en une simple morale et perd sa force de transformation. Un chrétien qui ne remplirait pas ces trois conditions s'expose à être jeté dehors, expression souvent associée au jugement dernier.

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LA PERSECUTION

Mais écoutons la leçon de Luc qui oppose les “macarismes”, déclaration de bonheur aux lamentions (il s'agit en effet de lamentations et non de malédictions : Oïe en hébreu est toujours utilisé dans l'hébreu moderne et pourrait être traduit par “hou là là, malheureux que je suis !”) Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu'ils vous rejettent et qu'ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel ; c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. Malheureux êtes-vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous : c'est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les faux prophètes. (Lc 6, 22-26)

Un peuple de prêtres, de prophètes et de rois, s'il est fidèle à sa vocation, ne peut qu'être incompris et susciter la haine du monde. Or nous cherchons toujours l'approbation des hommes, nous cherchons à faire entendre et reconnaître notre voix dans leurs concerts ! Nous cherchons à rendre le message évangélique compatible avec l'esprit du monde.

Mais qu'est-ce que le monde ? Il faut bien distinguer trois acceptions du mot monde dans le Nouveau Testament. La première désigne la planète, la seconde le monde habité (grec : okouméné) et tous ses habitants avec lesquels Dieu veut se réconcilier et qu'il veut sauver : “Car Dieu a tant aimé le monde (grec : cosmos) qu'il a donné son Fils unique, pour que quiconque met sa foi en lui ne périsse 69


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pas, mais ait la vie éternelle.” (Jn 3,16) La troisième désigne l'esprit du monde, cette attirance mauvaise (yetser hara, en hébreu) que lui a communiqué le Prince de ce monde. Nous pourrions dire que le monde dans ce sens est la contrepartie de l'Esprit-Saint. Il est attrayant, fascinant, il propose une esthétique, une sagesse, une séduction. Nous sommes dans le monde mais nous ne sommes pas du monde, tout en usant du monde nous ne devons pas être dupes de ses promesses et de ses artifices. “Quant à moi, jamais je ne mettrai ma fierté en rien d'autre que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde !”

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de paroles haineuses et ils me font la guerre sans raison. Bien que je les aime, ils s'opposent à moi, moi, je recours à la prière. Ils me rendent le mal pour le bien et la haine pour mon amour. (Ps 109, 1-5)

Comme le Christ a été persécuté nous devons connaître la persécution. Que la persécution cesse ou l'incompréhension, nous devons aussitôt nous demander en quoi nous avons fait des compromis avec le monde, en quoi nous sommes devenus religieusement corrects au risque de nous perdre. Le disciple n'est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. (Mt 10,24)

(Ga 6,14)

L'envers de l'élection Ils m'ont haï sans cause ! “Celui qui a de la haine pour moi, a aussi de la haine pour mon Père. Si je n'avais pas fait parmi eux les oeuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché. Maintenant ils les ont vues, et ils ont haï, et moi et mon Père. Mais que cette parole, écrite dans leur loi, soit accomplie : Ils m'ont haï sans cause.”

Celui qui est choisi par Dieu est aussi haï par les hommes. L'élection suscite la jalousie comme celle de Caïn envers son frère Abel. Ne rien attendre de l'homme, c’est la clef de la philanthropie ou du bon usage de l'humanité.

(Jn 15, 23-25)

Jésus fait ici référence à un Psaume de David où est décrite la passion d'un anaw :

L'homme est-il un loup pour l'homme ?

Dieu de ma louange, ne garde pas le silence ! Car ils ouvrent contre moi une bouche méchante, une bouche trompeuse, s'ils parlent avec moi, leur langue est menteuse, ils m'entourent

L'homme est-il un loup pour l'homme, selon l'expression de Plaute dans la comédie des ânes ? Point d'irénisme, point d'idéalisation ou de déni, l'histoire parle d'elle-même !

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Sigmund Freud : L'homme n'est pas un être doux, en besoin d'amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais au contraire, il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l'agression. En conséquence de quoi, le prochain n'est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d'exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ce qu'il possède, de l'humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus Qui donc, d'après toutes les expériences de la vie et de l'histoire, a le courage de contester cette maxime ? Cette cruelle agression attend en règle générale une provocation ou se met au service d'une autre visée dont le but pourrait être atteint aussi par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque sont absentes les contre-forces animiques qui d'ordinaire l'inhibent, elle se manifeste d'ailleurs spontanément, dévoilant dans l'homme la bête sauvage, à qui est étrangère l'idée de ménager sa propre espèce. Quiconque se remémore les atrocités de la migration des peuples, des invasions des Huns, de ceux qu'on appelait Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, de la conquête de Jérusalem par les pieux croisés, et même encore les horreurs de la dernière Guerre Mondiale, ne pourra que s'incliner humblement devant la confirmation de cette conception par les faits. (Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture, 1930)

David l'avait bien compris après qu'il ait succombé à la tentation de dénombrer son peuple : “David dit à Gad : Je suis dans une grande angoisse ! Que je tombe plutôt entre les mains du Seigneur, car sa miséricorde est très grande, mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes !” (1 Ch 21,3) 72

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L'homme juge en permanence L'homme est prompt à répéter le mal qu'il vient d'entendre L'homme est infidèle L'homme est impitoyable L'homme se réjouit du mal L'homme est égoïste et n'est préoccupé que par sa propre survie David disait au prophète Natan : “Je préfère tomber dans la main de Dieu que dans la main des hommes.” (2 S 24,14)

Voici encore quelques citations de l'Imitation de Jésus-Christ qui nous fortifient dans cette défiance, et non méfiance, envers les hommes afin de les aimer non d'un amour humain mais avec la lucidité que donne l'amour qui vient de Dieu : “Insensé celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque créature que ce soit.” “Lorsque vous posséderez Jésus, vous serez riche et lui seul vous suffit. Il veillera sur vous, il prendra de vous un soin fidèle en toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus besoin de rien attendre des hommes. Car les hommes changent vite et vous manquent tout d'un coup ; mais Jésus-Christ demeure éternellement : inébranlable dans sa constance, il est près de vous jusqu'à la fin. Ne souhaitez d'être familier qu'avec Dieu et les anges, et évitez d'être connu des hommes.” “Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du coeur, quand les hommes au-dehors nous rabaissent 73


LA PERSECUTION

et pensent mal de nous. C'est pourquoi l'homme devrait s'affermir tellement en Dieu, qu'il n'eût pas besoin de chercher tant de consolations humaines.” “Un ancien a dit : Toutes les fois que j'ai été dans la compagnie des hommes, j'en suis revenu moins homme que je n'étais.”

J'ai rendu mon visage comme la pierre Le Christ est le rocher qui nous sauve, il nomme son disciple Pierre, roc de fondation, le symbole de la pierre est chargé dans toutes les cultures du caractère de la permanence, de la solidité, de la stabilité, de ce qui demeure au milieu de ce qui est mouvant, instable, impermanent. Le Christ anaw, dans sa passion, ne présente pas les réflexes que provoque la douleur qui fait qu'un être humain lève la main pour protéger son visage, il ne pare pas les coups mais s'expose comme la colombe qui tend le cou au couteau du sacrificateur. Il s'est endurci non pas de manière à se rendre insensible mais de manière à tenir bon en attendant le secours de Dieu comme le fait le serviteur souffrant d'Isaïe : “J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe, je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. Le Seigneur Adonaï va me venir en aide, c'est pourquoi je ne me suis pas laissé abattre, c'est pourquoi j'ai rendu mon visage dur comme la pierre, et je sais que je ne serai pas confondu.”

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Crainte de Dieu ou peur de l'homme ? Les hommes savent que pour garder leur pouvoir, ils doivent se faire craindre. Ils se déguisent en chef, en juge, en policier, ils portent des vêtements qui intimident et s'abritent dans des palais, que ce soit le palais de l'Elysée ou le palais de justice et autrefois les palais épiscopaux. Ils s'entourent de dorures et instaurent des protocoles pour maintenir la distance. Ils s'affublent de couvre-chef pour paraître plus grands. Ils multiplient les échelons de la hiérarchie pour bien montrer qu'ils sont en haut de l'échelle et que cette échelle est très haute. Tout cela relève de la psychologie animale, même les poules vont se coucher et dorment selon une hiérarchie bien précise. Les loups exigent des rituels de soumission et se prosternent devant leur chef. “Qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous !” prescrit le Christ à ses disciples. “Que celui qui voudra être le plus grand parmi vous se fasse l'esclave de tous !” (Mt 20,27) Le danger est que depuis notre petite enfance nous avons été dressés dans la crainte à respecter les hiérarchies animales, on nous a montré que pour être assuré de posséder un pouvoir il faut se soumettre à plus grand que soit. Les Pères du désert afficheront un tel mépris du monde qu'ils ne sont pas sans rappeler le cynisme de Diogène. Un prince avait fui au désert et vivait dans une constante recherche de Dieu. Un jour un cavalier vint le trouver et lui annonça que son père était mort, il héritait d'une grande fortune. Le moine répliqua : comment un mort pourrait-il hériter d'un mort ?

(Is 50, 6-7)

Si je ne suis rien pour l'homme, que peut-il me faire, c’est la 74

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clef de l'humilité. L’homme peut-il me ramener plus bas que je ne le suis si je me considère comme le dernier et si je considère les autres comme supérieurs à moi ? Je n'ai plus rien à craindre : seul celui qui possède a peur des voleurs. Sur Dieu je compte et ne crains plus, que me fait à moi un homme ? (Ps 56,12)

La réalité de l’Evangile c’est qu’il faut aimer l'homme malgré lui, faire le choix de l'homme car il n'est qu'un enfant blessé. Le monde est un bac à sable où les enfants-hommes se disputent sauts, rateaux, pâtés de sable. N’entendez-vous pas cette parole qui jaillit du Cruxifié : “Père, pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font.” Dieu aime l'homme malgré lui, il n'y a donc pas d'autre solution que de devenir esclave du monde dans le même sens que Jésus l’a fait. Il s’est fait le serviteur de ses disciples, il s’est levé, a pris la cruche, le linge et a lavé les pieds de l’homme. Dieu est philanthrope, sa seule préoccupation n'est pas lui-même, c'est l'homme. Un proverbe wolof dit : “L’homme est le remède de l’homme”, c’est bien ainsi, mais si l’homme prend le chemin du serviteur de l’homme.

Plaidoyer pour l'homme

Frères humains, qui après nous vivez, N'ayez les coeurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci. Vous nous voyez ci attachés, cinq, six : Quant à la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre. De notre mal personne ne s'en rie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Ses frères vous clamons, pas n'en devez Avoir dédain, quoique fûmes occis Par justice. Toutefois, vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis. Excusez-nous, puisque sommes transis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale foudre. Nous sommes morts, âme ne nous hait, Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Prince Jésus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : A lui n'ayons que faire ni que soudre. Hommes, ici n'a point de moquerie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Je sais que je n'ai pas à plaider ma cause devant Dieu car elle est déjà entendue et celui qui m'accuse est aussi celui qui m'absout. Si je plaide la cause de l'homme c'est pour mieux entrer dans le plaidoyer de la miséricorde. Et comment ne pas penser à Villon en écrivant ces lignes dont voici quelques vers :

Laissons-nous donc attendrir par l’Esprit de Dieu qui plaide lui-même pour l’homme. Un midrash raconte que le comble des combles c’est lorsque Dieu lui-même entre dans la synagogue, revêt le talite de prière et prie Dieu pour l’homme. Les Rabbins s’interrogent alors : “Que dit Dieu lorsqu’il prie Dieu pour l’homme ?” Et la réponse qu’ils donnent est le verset de

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l’Exode (34,6) qui est effectivement une prière prononcée par Dieu à la face de Moïse : “Seigneur, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein de miséricode.”

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Mon Dieu, qu’est-ce que l’homme ? Un souffle, une buée que dissipe le jour, sa vie est si brève qu’il n’a pas le temps d’apprendre à vivre ! Il n’est qu’un enfant et un enfant qui souffre ! Chaque acte de méchanceté est l’expression d’une douleur. Toi qui es à la fois notre avocat et notre juge, tu sais que chaque coupable possède des circonstances atténuantes. Aucun homme n’atteint jamais vraiment l’âge de raison, d’une raison pleinement éclairée par la vérité ; ne le tiens pas coupable de son ignorance. Qui a été réellement instruit de la conséquence de ses actes ? Même le plus grand saint est un pécheur qui a besoin de ta miséricorde. Toi qui nous as demandé de pardonner soixante-dix fois sept fois, toi qui es la source du pardon, remets-lui toutes ces dettes. Donne-moi de le présumer innocent, donne-moi de ne pas soupçonner le mal en lui.

L'amour des ennemis

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Mon seul ennemi, c'est moi ! Dans ma vie j'ai eu beaucoup d'ennemis mais je n'ai jamais considéré quelqu'un comme mon ennemi, pourtant… J'ai souvent dit à mes stagiaires : “Quelqu'un à qui on n'a pas pardonné est un ennemi qui vit en nous.” J'ai déjà ressenti cette présence accusatrice et gênante en moi... ce qui veut dire que certains pardons sont restés sans totalement aboutir me laissant dans l'âme la morsure du remords. Comme il est difficile d'aimer ses ennemis ! Finalement mon seul ennemi c'est moi, c'est cette partie de moi qui n'a pas complètement remis les dettes. De fait l'amour des ennemis est lié au pardon. Et c'est un véritable travail intérieur. La difficulté est que nous ne nommons pas clairement nos ennemis, que nous ne prions pas spécifiquement pour chacun d'entre eux, que nous ne les présentons pas à Dieu pour qu'il les bénisse, nous ne plaidons pas leur cause auprès du Père. Si nous ne devons pas faire de procès, c'est-àdire ne pas nous mettre dans le rôle de l'accusateur et réclamer le remboursement des dettes comme dommage et intérêt, nous devons nous mettre dans le rôle de l'avocat de la défense. Certains disent : “Je pardonne mais je n'oublie pas.” Ils sont réalistes, ils ne se réfugient pas dans la spiritualisation ou dans le déni, pour dire que leur pardon est inachevé. On ne peut en 79


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rester là, le travail de négociation avec l'ennemi intérieur est nécessaire.

Que dit saint Paul : “Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c'est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.” (Rm 12, 19-21)

Va dans l'âme de ton ennemi et là pleure tes péchés Au cours d'un partage d'Evangile sur l'amour des ennemis quelqu'un a posé la question : “Jésus nous demande d'aimer nos ennemis, mais de quel amour s'agit-il ?” Personnellement je me contente de ne pas leur en vouloir, de ne pas rendre le mal pour le mal mais je pense que je les ignore plutôt que je ne les aime. Je n'éprouve pas pour eux de sympathie particulière mais si j'en avais l'occasion, je leur ferais du bien. En attendant je ne m'expose pas à eux. Que veut dire “aimer ses ennemis” ? Faut-il éprouver envers eux un sentiment, un dévouement tel que j'en ai pour mes amis proches et les membres de ma famille ? La question est importante et la réponse ne peut être que de l'ordre d'un vécu spirituel, d'une expérience quasi mystique, d'un charisme qui est de l'ordre du martyre. Je suis tombé au cours de mes lectures sur un texte d'un spirituel orthodoxe que j'ai malheureusement perdu, je ne peux donc citer ma source, mais ce texte m'a profondément impressionné et a bouleversé ma façon de vivre le pardon. “Va dans l'âme de ton ennemi et là pleure ton péché, tu attireras une pentecôte sur lui.” Désirer le bien de son ennemi est déjà un grand pas en avant, et le bien qu'on lui souhaite est le seul bien nécessaire et suffisant, un bien spirituel, une effusion du Saint-Esprit.

La componction conduit à la compassion et la compassion à l'amour des ennemis. Dans la Bible les charbons ardents ou braises sont liés aux chérubins, les anges les plus proches de Dieu, ils symbolisent les interventions puissantes de Dieu. Amasser des charbons ardents sur la tête de quelqu'un fait allusion à d'anciens rituels de purification probablement d'origine égyptienne. Dieu ne se venge pas à la manière humaine et ce n'est pas la mort du pécheur qu'il désire mais sa conversion. Le feu est celui de l'Esprit qui brûle douloureusement celui qui lui résiste mais qui purifie et conduit à la Lumière. “Sois vainqueur du mal par le bien” devrait être un verset que nous citons souvent, un mot d'ordre qui contribue à fonder une culture de l'anawa, à édifier une civilisation de l'amour. C'est un principe de l'éthique chrétienne.

Quel sentiment éprouver envers ses ennemis ? Saint Paul nous invite à avoir en nous les sentiments qui étaient

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dans le Christ, lui qui s'est abaissé par amour de l'humanité. Ce sentiment est la componction : bonheur de celui qui pleure son péché. Elle ne se limite pas au regret de nos fautes, elle blesse notre cœur afin de l'attendrir pour que vienne une douceur, fruit de la douloureuse joie dont parlent les orthodoxes. Le cœur qui a pleuré accède au don des larmes. L'amertume comme dans les larmes de Pierre après son reniement, se transforme peu à peu en douceur et cette douceur nous la ressentons pour les autres créatures puis finalement sur le monde entier visible et invisible. Nous éprouvons une immense tendresse pour tous les êtres comme pour les animaux, pour les végétaux et pour les créatures spirituelles. La tradition du désert et de l'hésychasme est une véritable école pour nous. L'Orient chrétien considère le don des larmes comme la preuve que nous avons reçu le Saint-Esprit. Je ne peux me dire chrétien que si j'aime mes ennemis, d'un amour de compassion, en éprouvant de la tendresse pour eux. Prier pour ses ennemis sans cet amour de compassion demeure une activité stérile. On ne peut les bénir du fond du cœur et dire d'eux du bien comme on le fait des êtres chers que si notre cœur est devenu semblable au Cœur qui a tant aimé les hommes.

tion : on peut aussi très certainement transposer ici celle que donne saint Thomas à propos du sacrement de Pénitence. Se demandant comment les Docteurs exigent que la confession soit “accompagnée de larmes” (lacrymosa), alors, dit-il, que pleurer n'est pas en notre pouvoir, il se répond à lui-même que cela doit s'entendre au sens de “larmes intérieures” (lacrymis mentis).

Lisons donc cette très belle méditation de Dom de Monléon (Les instruments de la perfection) : En disant donc : cum lacrymis, l'intention de notre bienheureux Père n'est pas de nous inciter à faire effort pour tirer de nos yeux quelques pleurs. Que veut-il dire au juste ? Certains commentateurs pensent que ces mots s'adressent à ceux-là seulement que Dieu a gratifiés du don en question, tandis que l'expression qui suit : “Ou avec gémissement” (vel gemitu), viserait ceux qui ne l'ont pas reçu. On peut s'en tenir à cette explica82

Or celles-ci ne sont autre chose que le sentiment appelé componction. La pensée exprimée ici par saint Benoît, c'est que l'oraison doit toujours s'accompagner d'un sincère repentir des fautes commises. Le mot de “componction”, plus couramment employé par les Pères que celui de “contrition”, mais pour désigner la même chose, vient du mot latin pungere, qui veut dire piquer. Dans cet exercice, l'âme s'applique, en quelque sorte, à enfoncer en elle-même des épines ou des aiguilles pour faire sortir l'infection de ses péchés, comme on perce un abcès pour en faire sortir le pus. Elle considère tour à tour, dans ce dessein, et le bien dont elle s'est privée, et l'outrage qu'elle a fait à son Créateur. L'amitié de Dieu qu'elle a méprisée, la robe d'innocence qu'elle a souillée, la honte dont elle s'est couverte devant les Anges et les Saints, la colère divine qu'elle a provoquée, l'Enfer qu'elle a mérité, le Paradis qu'elle a perdu, la joie qu'elle a causée au démon, les souffrances qu'elle a attirées sur le corps de son Maître, la peine qu'elle a faite à son Cœur si tendre et à celui de sa divine Mère, tels sont les motifs, et d'autres encore, qu'elle s'efforce d'enfoncer, à travers la carapace d'insensibilité dont son amour-propre l'a cuirassée, jusqu'à la chair vive de son cœur. Alors un double sentiment la saisit : sentiment de crainte et sentiment d'amour. Elle entrevoit le danger terrible auquel sa lâcheté et sa négligence l'avaient exposée, danger qu'elle ne soupçonnait pas, parce qu'elle était aveugle. Mais

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la componction a été pour elle ce collyre mystérieux dont le Christ, dans l'Apocalypse, ordonne à l'évêque de Laodicée de frotter ses yeux, pour recouvrer la vue (Ap 3,18). Maintenant elle discerne l'infinie bonté de Dieu qui ne l'a jamais abandonnée, qui la cherchait quand elle le fuyait, qui ne s'est point rebuté de ses ingratitudes ; et devant tant de miséricorde, tant de tendresse, elle sent son cœur s'amollir en élans de repentir, de reconnaissance et d'amour.

l'a proclamé : Si vous aimez ceux qui vous aiment, dit-il, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains n'en font-ils pas autant ? Et si vous saluez ceux qui vous saluent, que faites-vous plus qu'eux ? Les païens n'en font-ils pas autant ? (Lc 6,32) Puisque nous ne différons pas, sous ce rapport, des publicains et des païens, comment ne pas gémir, et gémir amèrement? Quant à cette prière : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (Mt 6,12), qui la prononcera avec assurance ? Quand nous ne cherchons pas à nuire à nos ennemis, notre cœur nourrit toujours contre eux un ressentiment implacable. Ce n'est pas ainsi que l'entend Notre Sauveur ; il veut que l'on pardonne encore d'une autre manière, il demande que nous mettions nos ennemis au nombre de nos meilleurs amis. C'est pourquoi il nous commande de prier pour eux. Vous ne leur faites point de tort, soit : mais vous vous détournez d'eux ; mais vous ne les voyez pas avec plaisir ; mais vous conservez dans votre coeur la plaie de la haine ; plaie qui va grandissant toujours : vous n'accomplissez donc pas le commandement du Sauveur. Alors comment osez-vous prier Dieu de vous être propice quand vous ne l'êtes pas à ceux qui vous ont offensés : audace impie que le Sage a flétrie quand il a dit : Un homme garde rancune à un autre homme, et il demande au Seigneur de le guérir ! Cet homme est sans miséricorde pour son égal, et il ose demander grâce pour son propre péché ! Cet homme est chair, et il conserve de la colère ! Et qui donc aura pitié de lui après son péché ? (Si 28,3-5)

Telles sont les dispositions où l'âme doit chercher à s'établir pour prier avec succès. La prière en effet ne saurait avoir d'efficacité si elle n'est accompagnée de la componction, l'Évangile le montre clairement dans la parabole du Pharisien et du Publicain. Le premier priait, mais sans contrition, et Dieu ne l'écoutait pas ; le second s'accusait de ses fautes, et il sortit du temple justifié.

Ecoutons également la voix de saint Jean Chrysostome en lisant quelque extraits de son traité sur la componction du cœur : Enfin, ce qui est plus héroïque que tout cela, ce qui touche à la perfection même, c'est que les gens qui nous traitent ainsi, et qui nous font tort soit dans nos biens, soit dans nos personnes, nous devons les mettre au rang de nos amis, et de nos plus chers amis : Jésus-Christ l'a commandé. Non seulement, dit-il, ajoutez des dons aux choses que l'on vous a ravies, mais le ravisseur lui-même, le spoliateur, aimez-le de l'amour le plus vif et le plus sincère. C'est bien là, en effet, ce que le Sauveur a voulu nous déclarer, quand il a dit : “Priez pour ceux qui vous calomnient” (Lc 6,28) car on ne prie d'ordinaire que pour ses meilleurs amis. Gardez-vous de vouloir trouver de l'exagération dans ces paroles, évitez ce piège que vous tend le démon, écoutez les motifs que nous donne de ce précepte celui qui

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Saint Silouane : leçons de compassion et d'amour des ennemis J'ai dans mes fréquentations spirituelles deux amis orientaux contemporains : saint Silouane du Mont Athos et saint Nectaire 85


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d'Egine. Je me suis mis à leur école et je les ai beaucoup priés pour accepter la persécution dans la douceur et pour aimer mes ennemis. Voici quelques extraits de biographie de saint Silouane par l'archimandrite Sophrony :

tous les hommes. Le Seigneur savait que si nous n'aimions pas nos ennemis, nous n'aurions pas la paix dans l'âme ; et c'est pourquoi il nous a donné ce commandement : “Aimez vos ennemis.” Si nous n'aimons pas nos ennemis, notre âme ne se trouvera dans un certain calme que par moments ; mais si nous les aimons, la paix demeurera jour et nuit dans notre âme.

Mais celui qui n'aime pas ses ennemis, ne peut connaître le Seigneur ni la douceur de l'Esprit Saint. Le Saint-Esprit apprend à tant aimer les ennemis que l'on aura compassion d'eux comme de ses propres enfants. Il y a des hommes qui souhaitent la damnation et les tourments dans le feu de l'enfer à leurs ennemis ou aux ennemis de l'Église. Ils pensent ainsi parce qu'ils n'ont pas appris du Saint-Esprit à aimer Dieu. Celui qui l'a appris, verse des larmes pour le monde entier. Tu dis : “C'est un criminel, qu'il aille donc brûler dans le feu de l'enfer.” Mais je te demande : “Si Dieu te donnait une bonne place dans le Paradis et que, de là, tu voies dans le feu celui auquel tu as souhaité les tourments, n'aurais-tu pas alors pitié de lui, quel qu'il soit, même s'il est un ennemi de l'Église ?” Ou bien aurais-tu un cœur de fer ? Mais dans le Paradis on n'a pas besoin de fer. Là, on a besoin de l'humilité et de l'amour du Christ, qui a compassion de tous.

Celui qui n'aime pas ses ennemis n'a pas la grâce de Dieu. Mais on ne peut aimer ses ennemis que par la grâce du SaintEsprit. C'est pourquoi, dès que quelqu'un t'a blessé, prie Dieu pour lui, et tu garderas la paix et la grâce divine. Mais si tu murmures contre ton supérieur et le critiques, tu deviendras toimême irascible comme lui. Nous ne pouvons pas avoir la paix si nous ne demandons pas de tout notre être au Seigneur de nous donner la force d'aimer

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Veille dans ton âme à la paix donnée par la grâce de l'Esprit Saint ; ne la perds pas pour des futilités. Si tu donnes la paix à ton frère, le Seigneur te donnera incomparablement plus ; mais si tu causes de la peine à ton frère, alors, à coup sûr, l'affliction s'abattra aussi sur ton âme.

Prière de saint Silouane Seigneur, apprends-nous par ton Esprit Saint à aimer nos ennemis et à prier pour eux avec des larmes. Seigneur, répands l'Esprit Saint sur la terre afin que tous les peuples te connaissent et apprennent ton amour. Seigneur, comme tu as prié pour tes ennemis, ainsi apprends-nous, à nous aussi, par l'Esprit Saint, à aimer nos ennemis. Seigneur, tous les peuples sont l'œuvre de tes mains ; détourne-les de la haine et du mal vers le repentir pour que, tous, ils connaissent ton amour.

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Seigneur, tu as donné le commandement d'aimer les ennemis, mais cela nous est difficile, à nous autres pécheurs, si ta grâce n'est pas avec nous. Seigneur, répands ta grâce sur la terre. Donne à tous les peuples de la terre de connaître ton amour, de connaître que tu nous aimes comme une mère, et plus qu'une mère : une mère peut oublier son enfant, mais, toi, tu n'oublies jamais, car tu aimes sans mesure ta créature, et l'amour ne peut oublier. Seigneur miséricordieux, dans la richesse de ta bonté, sauve tous les peuples.

9 Non violence évangélique Pour en finir avec la violence Comme l'a montré René Girard, toutes les sociétés sont fondées sur la violence. Au début était le sacrifice ; sacrifier signifie littéralement fabriquer du sacré. Les religions sont donc intrinsèquement productrices de violence. Des flots de sang coulaient du Temple de Jérusalem, violence qui réconciliait dans le sang la société avec son dieu. Jésus ne met pas un terme aux sacrifices en les abolissant mais en les prenant sur lui. Il inaugure le premier principe de la non-violence. Il devient l'Agneau du sacrifice rendant ainsi nul tout autre sacrifice. “Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui” (Is 53,5). A sa suite toute violence sera illégitime. Il a voulu nous conformer à lui, qui dans la plus extrême des violences de la passion, s'est comporté avec la plus extrême des douceurs. La non-violence est le renoncement à toute forme de violence, ce qui n'est possible que si on a renoncé à dominer quoique ce soit ou qui que ce soit dans le monde. L'Eglise ne pourra donc être qu'une force spirituelle qui proclame la venue du Royaume des Cieux, en aucun cas elle ne pourra prétendre à un pouvoir temporel. Le sel de la terre n'est pas la terre car si le sel prend le goût de la terre com-

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NON VIOLENCE EVANGÉLIQUE

NON VIOLENCE EVANGÉLIQUE

ment lui rendra-t-on sa saveur ? La royauté du Christ ne vient pas de ce monde, sinon des anges se seraient battus pour lui afin de l'instaurer. La terre promise a été conquise par les armes et dans l'effusion du sang mais le Royaume messianique annoncé par les prophètes se fera par le combat spirituel et inaugurera une ère de paix où l'on transformera les épées en soc de charrue. Alors celui qui prendra l'épée mourra par l'épée. La théocratie est aux antipodes de la souveraineté du Christ. Nous n'aurions jamais dû accepter de nous battre sur le même terrain que celui du pouvoir, qu'il soit législatif ou judiciaire, la force du témoignage suffit qui peut faire basculer des empires par la puissance de la vérité. Un chrétien ne peut être qu'un martyr c'est-à-dire un témoin. La fin du martyre c'est la fin de la proclamation du Royaume des Cieux. Bienheureux temps de la persécution qui donna à l'Eglise une fécondité inouïe. La perte de l'espérance messianique fait que l'on cherche à bâtir une cité terrestre avec les moyens humains qui entraînent injustice et violence. Dès la victoire de Constantin les chrétiens sont appelés à collaborer avec un état et un pouvoir, or la collusion avec le pouvoir entraîne une justification de la violence.

Par la bouche des tout-petits et des nourrissons, tu as fondé une forteresse contre tes adversaires, pour réduire au silence l'ennemi revanchard. (Ps 8,2)

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La non-violence est une violence de l'amour La réponse non-violente à la violence de l'ennemi consiste à interpeller sa conscience. Deux choses sont alors nécessaires : avoir foi en Dieu et croire en l'homme qu'il a créé. Croire que cet homme possède une conscience capable de concevoir le bien et donc de se rendre compte qu'il fait le mal. Tendre l'autre joue est une véritable violence d'amour faite à celui qui fait le mal. Il faut donc aimer son ennemi pour être capable de payer le prix. Vous pourriez peut-être nommer des personnes qui, après avoir distribué aux pauvres une bonne partie de leurs biens, sont tombées plus tard dans le mépris par suite de leur indigence, et qui supportent leurs malheurs avec patience : je dis d'abord que vous en citerez peu de semblables, bien peu ; je dis de plus que ce n'est point encore là le sage, dont l'Evangile nous fait ici la peinture : celui-ci est beaucoup plus parfait. Il y a infiniment moins de mérites à donner une partie de ses richesses qu'à supporter qu'on vous dépouille du peu que vous possédez. Que dis-je supporter ? Jésus-Christ ne nous défend pas seulement de nous plaindre de ceux qui nous dépouillent ; il nous ordonne encore d'offrir volontairement ce qu'on nous laisse, et de triompher de l'acharnement de notre ennemi par une patience supérieure à sa rage. L'homme injuste qui fait tort à son frère, s'aperçoit-il qu'il s'attaque à un homme disposé à tout souffrir, et qu'en assouvissant son propre désir de mal faire, il n'a pu satisfaire l'amour de sa victime pour la souffrance, alors il se retire vaincu, tout couvert de honte à la vue de cette héroïque patience, et assurément, cet homme injuste, fût-il une bête féroce, fût-il quelque chose de pire encore, sera

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NON VIOLENCE EVANGÉLIQUE

plus modéré à l'avenir, frappé du contraste de sa méchanceté avec la vertu de son frère.

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(Saint Jean Chrysostome, Traité de la componction)

Le levain des pharisiens et des sadducéens Libéralisme et conservatisme meurtriers de l'anawa Jésus leur dit : Veillez à vous garder du levain des pharisiens et des sadducéens. (Mt 16,6)

Le levain Sauf dans une seule occurrence, le levain est considéré dans les Ecritures comme le principe du mal. En hébreu, “levain” se dit hamets c'est-à-dire “acidité”. Cette connotation négative est liée à l'Exode et donc à la Pâque. La recherche du hamets est un rite de préparation à la fête de la Pâque juive. On fouille toute la maison pour découvrir tout ce qui pourrait contenir de l'acidité. “Qu'est-ce que le hamets ?” On range sous cette appellation tout produit composé d'une des 5 espèces de céréales suivantes : blé,

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LE LEVAIN DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉENS

LE LEVAIN DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉENS

Un peu de levain fait lever toute la pâte.

orge, avoine, épeautre, seigle, qui sous l'action de ferments, de la chaleur, ou de l'humidité subissent le processus de la fermentation. Tout aliment contenant un tant soit peu de hamets est lui-même interdit, durant la Pâque juive. Exemples de produits hamets : pains, bière, de nombreuses pâtisseries. Exemples de produits pouvant être, selon les cas, hamets : alcool, vinaigre, glucose, boissons, moutarde, parfums, médicaments. (viejuive.com) Le vin de la Pâque sera lui-même préparé de manière à ne pas comporter de hamets et recevra un certificat du grand rabbinat pour recevoir l'appellation de “casher lepessah”. Une nuit est fixée avant Pessach (la Pâque) pour la recherche du hamets, cela se fait à la lumière d'une bougie et revêt pour les enfants un caractère pédagogique certain. Le lendemain matin on brûle à l'extérieur les produits alimentaires hamets, les autres produits peuvent être vendus ou confiés à des non juifs. Le levain sera donc synonyme des mauvaises habitudes, de séjourner dans l'état d'esclave au lieu d'être un peuple libre et en marche. Le pain sans levain de la célébration pascale est appelé en araméen pain de l'anawa ! “Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain ; car le Christ, notre Pâque, a été sacrifié. Célébrons donc la fête, non pas avec du vieux levain, ni avec un levain de malfaisance et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité.” (1 Cos 5, 7-8)

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(Ga 5,9)

Les sadducéens Le même avertissement de Jésus à ses disciples chez Marc et chez Matthieu met en équivalence Hérode et les sadducéens. Ce “renard” d'Hérode ! qui a fait ami-ami avec les romains pour conserver son pouvoir. Intelligence maligne et cynique ! Le mouvement sadducéen qui recrute parmi la caste sacerdotale est né avec la conquête séleucide. Les sadducéens ont soutenu le conquérant grec et ont prôné la collaboration en s'hellénisant, s'opposant ainsi à la résistance hasmonéenne (cf. Livres des Macchabées). Le cléricalisme fabrique des hommes attachés à leur pouvoir qui considèrent avec condescendance le petit peuple qui pourtant est l'Eglise. Ils parlent de la piété populaire avec un certain cynisme. Pour garder leur pouvoir ils sont prêts à une certaine collaboration avec le pouvoir en place. Ce sont des juifs hellénisés, des intellectuels qui s'en tiennent à la seule Loi de Moïse et rejettent la tradition orale et ses rajouts en matière de rites et de prescriptions supplémentaires. On sait qu'ils rejettent trois articles de foi de leurs adversaires pharisiens : l'éternité de l'âme, la résurrection des morts, l'existence du monde angélique. Ils sont rationalistes à la manière des philosophes grecs, surtout aristotéliciens, et nient la présence du monde invisible (anges ou démons), la providence et l'intervention directe de

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LE LEVAIN DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉENS

LE LEVAIN DES PHARISIENS ET DES SADDUCÉENS

Dieu dans nos vies. Les courants libéraux modernes ne sont pas sans rappeler ce courant théologique, l'exégèse historico-critique et la démythologisation, l'engagement politique à gauche, le rejet de la piété populaire.

tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.” (Mt 13,52)

Les pharisiens

Le néo-pharisaïsme connaît en ce moment son heure de gloire. Malgré les appels répétés des papes à ne pas avoir peur, c'est bien celle-ci qui domine. La peur du relativisme conduit à refuser les avancées théologiques de Vatican II et beaucoup reviennent en arrière, nostalgiques d'un âge d'or mythique de la chrétienté.

Jésus renvoie dos à dos les pharisiens et les sadducéens dans leur incapacité à accueillir le miracle de la Bonne Nouvelle du Royaume exprimée dans le contexte par la multiplication des pains. Les pharisiens sont des ultra conservateurs qui vivent dans la peur, je devrais dire dans les peurs. Peur de voir leur religion disparaître, scrupule obsessionnel de ne pas accomplir les commandements et les rites prescrits correctement. Lui leur faisait cette recommandation : Ouvrez l'œil et gardez-vous du levain des pharisiens et du levain d'Hérode. (Mc 8,5)

L'obsession de la pureté doctrinale et physique les éloigne de la pureté véritable qui est la pureté de cœur des Béatitudes, la pureté théologale. Sur le plan de la doctrine, Jésus est beaucoup plus proche d'eux qu'il ne l'est des sadducéens, mais l'ancien doit servir de base au nouveau ; se replier sur l'ancien c'est mettre un vin nouveau dans des outres anciennes. L'attitude juste est contenue dans la formule nova et vetera : “Et il leur dit : C'est pourquoi, tout scribe instruit de ce qui regarde le Royaume des Cieux est semblable à un maître de maison qui 96

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11 Pour une culture de l’anawa Apprenez de moi que je suis un anaw Au fur et à mesure de ces citations où le terme anawa est employé, nous pouvons voir émerger le visage du Christ doux et humble de cœur. Le véritable pauvre c'est le Christ. Or, le disciple n'est pas au-dessus du maître, il tente au contraire d'atteindre sa stature. Au lieu d'avoir reçu le nom de chrétiens c'està-dire de messianiques nous aurions pu, si le christianisme ne s'était pas répandu rapidement dans le monde gréco-romain, être désignés par le nom d'anawim, c'est-à-dire de pauvres. En deux millénaires de christianisme, l'Eglise s'est illustrée surtout dans ses saints qui ont pu donner au monde l'image d'autres Christ, serviteurs souffrants doux et humbles. Mais les conditions historiques conjuguées à la faiblesse humaine ont fait que les représentants de Dieu se sont illustrés par la force, le maintien de l'ordre, allant même jusqu'à la violence et à l'oppression des corps et des consciences. Reconnaître ses erreurs historiques est la plus grande preuve que l'Eglise est conduite

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par l'Esprit, qu'elle est pauvre, douce et humble. Reconnaître sa pauvreté, c'est pouvoir pleurer son péché. Or, pleurer son péché, c'est attirer immédiatement l'effusion du Saint Esprit, et c'est faire vivre le Corps du Christ, c'est tout. Et tous les sacrements convergent vers cela. L'Esprit-Saint donne beaucoup d'audace au cœur même de la faiblesse : c'est quand je suis faible que je suis fort, dira saint Paul. Pourtant devant les difficultés, pour ne pas dire la crise qui a commencé avec Vatican II, beaucoup cherchent à consolider l'Eglise, à la rendre plus résistante aux coups, à former des élites qui tiennent le choc et contiennent les assauts du monde. Cette attitude, bien compréhensible, ressemble à celle des pharisiens qui renforçaient la loi et ses nombreux préceptes par peur que le judaïsme ne sombre dans ce temps de crise qu'était l'époque néo-testamentaire. Que signifie que nous ayons été affranchis de la loi, si non contents d'avoir hérité du juridisme latin, nous multiplions encore les interdits et vivons dans la crainte ? Cette attitude nous éloigne du chemin que Jésus nous a montré.

L'identification du Christ aux pauvres et des pauvres au Christ Le grand défi qui est adressé aux chrétiens c'est d'écouter la parole du Christ car il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Or le chemin qu’il a pris est celui du pauvre qui cherche la dernière place, qui se donne sans retour sur soi-même et sans rien attendre en retour, qui donne à celui qui prend, qui va au-delà du besoin de l'autre, qui s'abandonne totalement à la Providence 99


POUR UNE CULTURE DE L’ANAWA

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du Père, qui a un faible pour ce qui est faible et qui ne s'arrête pas à l'apparence, qui considère que la seule autorité possible est celle du serviteur, etc. Je crois que par la vertu d'une nouvelle Pentecôte, l'Eglise que nous formons va donner au monde la vision du vrai visage de Dieu, pauvre, doux et humble, innocent de tout mal. Je connais un mystique qui dit : “Quand j'affirme que je vois la Vierge je peux me tromper, mais quand je dis que je vois Jésus dans les pauvres, je sais que je ne me trompe pas.”

d'autres collaborent avec l'occupant pour des raisons idéologiques ou simplement par opportunisme ou par intérêt personnel. La culture est hellénisée et beaucoup profitent de la pax romana en se réjouissant de posséder la nationalité romaine. En tout cas Israël est loin de Dieu et il n'y a plus de prophète pour faire revenir le cœur du peuple vers son Seigneur. Le pays est gouverné par un roi d'opérette, le peuple est comme un troupeau sans berger qui erre de-ci de-là. Le Talmud est formel : l'Esprit-Saint ne soufflait plus, on était comme en exil dans son propre pays. L'irruption d'un Jean-Baptiste va être un événement majeur.

Mais l'Evangile nous pousse à aller plus loin que l'affirmation du concile qui reconnaît dans les pauvres une “image” du Christ, car le Seigneur lui-même nous demande de le reconnaître en personne : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !” (Mt25,40) Dans les pauvres et les souffrants, l'Eglise reconnaît l'image de son fondateur pauvre et souffrant. (Lumen gentium 8)

Le groupe de prière charismatique des anawim Le paysage politico-religieux d'Israël au moment de la venue de Jésus est extrêmement contrasté et divisé. On peut parler d'un mouvement conservateur qui prône la dureté et d'un courant libéral qui ne croit ni aux anges ni à la résurrection. Certains ont opté pour le terrorisme en matière de résistance et 100

Dans ce patchwork, ce temps de crise, nous rencontrons les anawim : quelques personnages des Evangiles de l'enfance sont remplis d'espérance, il s'agit d'un petit reste, des pauvres du Seigneur qui persévèrent dans la prière et qui se rendent régulièrement au Temple quand ils n'ont pas élu domicile dans ses murs. Ces anawim qui se visitent, se reconnaissent et prient ensemble sont l'embryon de l'Eglise primitive et nous les découvrons avec les premières pages de l'Evangile de Luc. Comme les premiers chrétiens, ils chantent des cantiques inspirés par l'Esprit, ils bénéficient de visions et visites du Ciel : Zacharie et Elisabeth qui sont appelés justes (tsadiq). L'ange du Seigneur, Gabriel apparaît à Zacharie. Zacharie chante son cantique inspiré. Elisabeth chante son cantique d'émerveillement. La Vierge Marie et son époux Joseph surnommé le juste (tsadiq). Marie chante le Magnificat. Syméon dont il est écrit qu'il était un homme juste et pieux 101


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(tsadiq et hasid). Il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui.

rez Dieu le Père au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. (Ep 5, 18-20)

Anne reconnue comme prophétesse, elle était hassid en se rendant chaque jour au Temple.

Et encore :

Tous ces personnages se visitent, se rencontrent, prient et chantent, espèrent en un prompt secours du ciel, en une venue imminente du Messie, dans une fervente tension eschatologique, comme les premiers chrétiens, comme les groupes de prières charismatiques. Ils se reconnaissent entre eux à la luminosité de leur visage, à leur humble rayonnement, à leur douceur. Je me souviens qu'au début de la communauté nous attendions la visite d'une religieuse américaine, le frère qui alla la chercher à la gare fut étonné de la voir se diriger directement vers lui. Quand il lui demanda comment elle savait qui il était, elle répondit qu'elle avait vu dans la foule : a beaming face, un visage rayonnant. On se reconnaissait dans les débuts du renouveau ! Dans la communauté des anawim, dans les Evangiles de l'enfance, des charismes se manifestent, comme le chant inspiré et la prophétie. Les cantiques, les chants inspirés par l'Esprit, encore appelés Chant Nouveau, témoignent d'une ivresse spirituelle qui est celle de la Pentecôte. Tout renouveau est signalé par de nouveaux cantiques qui portent une onction spéciale : Ne vous enivrez pas de vin, cela vous conduirait à une vie de désordre, mais laissez-vous constamment remplir par l'Esprit : ainsi vous vous encouragerez mutuellement par le chant de psaumes, d'hymnes et de cantiques inspirés par l'Esprit, vous louerez le Seigneur de tout votre cœur par vos chants et vos psaumes ; à tout moment et pour toute chose, vous remercie102

Que la Parole du Christ réside au milieu de vous dans toute sa richesse : qu'elle vous inspire une pleine sagesse, pour vous instruire et vous avertir les uns les autres ou pour chanter à Dieu de tout votre cœur des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés par l'Esprit afin d'exprimer votre reconnaissance à Dieu. (Col 3,16)

Ces cantiques inspirés par l'Esprit sont appelés en hébreu shir au pluriel shirim (cf. livre d’Ephraïm Lecture amoureuse de la Parole, Editions du Jubilé, 1985). Tous les psaumes ne sont pas appelés shir et le cantique par excellence est le cantique des cantiques shir ha shirim. Dans l'Ancien Testament nous trouvons ainsi un certain nombre de cantiques que les exégètes soupçonnent d'être des pièces rapportées plus tardivement mais que la liturgie nous rappelle régulièrement, comme le cantique de Myriam et de Moïse, celui d'Anne mère de Samuel, précurseur du Magnificat, celui des jeunes gens dans la fournaise, celui de Daniel, celui de Judith, etc... Les anawim étaient connus pour avoir le psautier comme livre de prière où les thèmes de l'anawa sont chantés, mais c'est le Magnificat qui est le point culminant. Nous citerons d'abord le Cantique d'Anne qui le préfigure. Anne pria et dit : Mon cœur exulte en Adonaï, ma force s'élève en Adonaï, ma bouche est large ouverte contre mes ennemis,

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car je me réjouis en ton secours. Point de Saint comme Adonaï (car il n'y a personne excepté toi), point de Rocher comme notre Dieu.

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le Très-Haut tonne dans les cieux. Adonaï juge les confins de la terre, il donne la force à son Roi, il élève la force de son Messie. (1 S 2, 1-10)

Ne multipliez pas les paroles hautaines, que l'arrogance ne sorte pas de votre bouche, car Adonaï est un Dieu plein de savoir et par lui les actions sont pesées.

A la lecture et à la méditation de cette hymne on peut se dire qu'elle appartient à un genre littéraire propre aux anawim, sa parenté avec le Magnificat est si grande que nous pouvons légitimement nous dire que les paroles inspirées à la Vierge était pratiquement l'hymne national des Pauvres du Seigneur.

L'arc des puissants est brisé, mais les défaillants se ceignent de force. Les rassasiés s'embauchent pour du pain, mais les affamés cessent de travailler.

Le Magnificat

La femme stérile enfante sept fois, mais celle qui a de nombreux fils se flétrit. C'est Adonaï qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au shéol et en remonter. C'est Adonaï qui appauvrit et qui enrichit, qui abaisse (shafal) et aussi qui élève. Il retire de la poussière le faible, du fumier il relève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles et leur assigner un siège d'honneur ; car à Adonaï sont les piliers de la terre, sur eux il a posé le monde. Il garde les pas de ses fidèles, mais les méchants disparaissent dans les ténèbres (car ce n'est pas par la force que l'homme triomphe). Adonaï, ses ennemis sont brisés,

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Lors de la Visitation c'est une anaw fille d'anaw qui va saluer une autre anaw. La stérilité biologique comme celle d'Anne, mère de Samuel, ou la virginité qui leur interdisait d'enfanter, en faisait des pauvres et c'est l'occasion de proclamer la Béatitude de Marie : Bienheureuse celle qui a cru ! Il se produit une effusion de l'Esprit dans la maison d'Aïn Karem, la Source de la Vigne, produisant un tressaillement de joie dans le sein d'Elisabeth et dans tout l'être de la Vierge : la bonne nouvelle est confirmée, le petit reste d'Israël va connaître son Messie et la fin de l'oppression de l'orgueil et du mal est enfin arrivée. Le Magnificat est une hymne comme les autres hymnes du Nouveau Testament adoptées par la communauté primitive. C'est un patchwork de citations vétéro-testamentaires que Marie aurait pu, sous l'inspiration de l'Esprit, assembler dans cette circonstance bien précise. Mais songeons au “Notre

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Père”, Jésus a repris une prière existante qui était et qui est toujours pour les juifs le Quaddish. Il a tiré de son cœur le nouveau et l'ancien. La grande nouveauté est que cette prière des orphelins, il en fait la prière des enfants adoptés en la faisant précéder du mot Abba, papa. De même pour l'institution de l'Eucharistie, il a repris les paroles du Quiddush que l'on récite encore si fréquemment dans les repas juifs. Je crois que Marie a procédé de la même manière en s'appropriant la confession de foi des anawim. Sinon elle ne s'attribuerait pas à elle-même le qualificatif d'humble. Non, elle reconnaît l'action du Père qui s'est penché sur sa servante anaw, c'est ce que dit le texte. C'est la fidélité de Dieu envers son peuple qui est chantée à travers un petit reste ! Nous retrouvons tous les termes de l'anawa dans le Magnificat :

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Il a déployé la force de son bras ; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses.

Intervention eschatologique de Dieu au temps favorable

Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les anawim.

Rétablissement de justice (tsedaqa)

Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide.

Comme il l'avait dit à nos pères, Envers Abraham et sa postérité pour toujours.

Rétablissement de l'ordre originel voulu par la loi de Moïse sans riche ni indigent Fidélité de Dieu à ses promesses, qui aboutit à la venue du Messie

Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,

Piété (hasidout) charismatique, dévotion de tout l'être, hymne qui chante le triomphe de Dieu comme celui de Myriam.

Parce qu'il a jeté les yeux sur l'anawa de sa servante.

Marie se reconnaît comme anaw.

Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse.

La béatitude est promise aux anawim.

Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple, et nous a suscité un puissant Sauveur dans la maison de David, son serviteur,

Parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint,

Les grandes choses (niphlaoth) sont les merveilles de jadis quand Dieu marchait avec Israël.

Comme il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens, un Sauveur qui nous délivre de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent !

Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

Les anawim sont les craignant Dieu.

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Les autres hymnes de l'anawa Cantique de Zacharie

C'est ainsi qu'il manifeste sa miséricorde envers nos pères, Et se souvient de sa sainte alliance, 107


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Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte, En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie. Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; Car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies, Afin de donner à son peuple la connaissance du salut Par le pardon de ses péchés, Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le Soleil levant nous a visités d'en haut, Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix. (Lc 1, 68-79)

Les hymnes de saint Paul 1) L'hymne de l'épître aux Philippiens, “Le chemin de la kénose et de l'humilité” C'est un véritable écho du Magnificat : Ayez entre vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ : lui qui était vraiment divin, il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu, mais il s'est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain,

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il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort sur la croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père. (Ph 2, 5-11)

2) L'hymne à la charité La confession de foi de saint Paul en l'anawa. Le véritable amour : don total, douceur et humilité... Nous retiendrons le terme amour plutôt que charité parce que dans le français moderne il garde un champ sémantique très large qui couvre aussi la piété, la dévotion, la charité envers les autres. Nous ne possédons pas de terme qui soit propre à l'amour chrétien comme l'est agapé en grec. Le mot charité a connu une mauvaise fortune et est entendu aujourd'hui comme une forme édulcorée de l'amour, un amour par devoir que l'on consent du bout des doigts ou du bout des lèvres, nous faisons la charité mais nous ne vivons pas de charité comme on vit d'amour. Le terme pitié a connu un même sort. Quand nous disons “Seigneur prends pitié”, nous ferions mieux de traduire “Seigneur fais descendre sur nous ta grâce, ta consolation, ta tendresse”. Notre culture est devenue allergique à certains vocables judéo-chrétiens. Notons que pour qualifier l'amour, saint Paul n'utilise pas de 109


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substantifs ou d'adjectifs, il n'emploie que des verbes pour montrer que l'amour est mouvement permanent, comme la grâce qui est action de grâce, mouvement de grâce. Comme aucune traduction ne nous satisfait, tentons la nôtre en sachant qu'elle aura ses faiblesses et qu'une traduction parfaite est impossible. Nous tenterons de retrouver les mots hébreux et leur sens spirituel sous les mots grecs, ce sera donc comme un targum, une traduction-commentaire de “l’Hymne à l’amour”. (1 Co 13, 4-7)

L'amour sait prendre le mal en patience dans l'épreuve et dans les offenses.

Makrothumos : faire s'éloigner la passion et la colère, agir avec douceur, être patient dans l'épreuve

L'amour est rempli de toutes sortes de bontés.

Chresteuomai : se montrer doux, être aimable, user de bonté, être bon, serviable, bienveillant

L'amour ne convoite rien des qualités ou des biens d'autrui.

Zeloo : désirer ardemment, zèle et jalousie ont la même éthymologie en français, envier

L'amour sait s'effacer devant les autres.

Perpereuomai : fanfaronner, se vanter, se présenter à son avantage

L'amour ne s'élève pas au-dessus des autres.

Phusioo (hébreu gavah) : s'élever, s'enfler d'orgueil

L'amour n'agit pas de manière choquante.

Aschemoneo : faire des choses inconvenantes, mais en revenant à la racine on peut aussi traduire par ne pas posséder d'attachement

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L'amour pratique l'oubli de soi.

Faire des recherches pour soi-même, être zélé pour soi-même

L'amour ne provoque pas.

Paroxuno : irriter, pousser à la colère, conduire au paroxysme

L'amour ne soupçonne pas le mal, Il ne se réjouit pas de l'injustice mais il met sa joie dans la vérité. Il excuse tout en couvrant de silence la faute des autres.

Couvrir de silence, garder secret la faute des autres

Il croit tout, il garde sa confiance malgré tout, Il espère tout en sachant que son espérance ne sera pas déçue Il supporte tout.

upomeno : endurer, supporter bravement et calmement les mauvais traitements, demeurer ferme dans la foi, patienter

Nous le voyons, l'amour qui est décrit dans cette hymne est celui de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Il est celui que l'on ne peut vivre que par participation à la vie divine infusée par l'Esprit. Nous pourrions le résumer comme un amour doux et tendre pour les ennemis au milieu de la persécution et des afflictions que la vie réserve aux disciples de l'Agneau. Cet amour qui excuse tout et qui croit tout n'est pas laxiste, il traduit le regard du Père sur ses enfants blessés et qui ne sont méchants qu'à cause de leurs souffrances. Cet amour a déjà parlé sur la croix quand il a dit : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.

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12 L’argent trompeur Les richesses

L'amour nous invite au pardon inconditionnel.

L'Evangile prêche une conduite qui peut paraître insensée quand il s'agit de l'argent. Il va au-delà de toute prudence humaine, de toute sagesse, des limites même de la raison : “Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter quelque chose.” (Mt 5,42) et “là où est ton trésor, là aussi est ton cœur” (Mt 6,21) et plus lapidaire encore : “Ne résiste pas à celui qui te vole.” (Mt 5,39) Comme le dit saint Paul, se laisser dépouiller est une joie : “En effet, vous avez été sensibles au sort des prisonniers, et vous avez accepté avec joie qu'on vous arrache vos biens, sachant que vous aviez des possessions supérieures, qui demeurent.” (He 10,34)

L'Evangile fait montre d'une sévérité sans appel envers les riches : “Mais malheur à vous, les riches, car vous avez votre consolation.” (Lc 6,24) et encore : “Je vous le répète, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.” (Mt 19,24) Quand j'étais enfant, je vivais douloureusement la contradiction entre la pureté évangélique et la conduite des chrétiens. Je 112

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L’ARGENT TROMPEUR

L’ARGENT TROMPEUR

me souviens de sermons qui m'enflammaient le cœur et de la sortie du culte où je me trouvais parmi des protestants appartenant à un milieu privilégié. J'avais envie de partir à la recherche de tous les clochards du quartier pour les amener là où la Bonne Nouvelle venait d'être prêchée. Contradiction entre “scriptura sola”, la Parole de Dieu seule et la république de Genève. Je me demandais si cela avait valu la peine de faire la Réforme protestante rompant avec le reste immense des chrétiens pour que les banquiers suisses s'estiment bénis de Dieu à cause de leur richesse. Cette théologie de la bénédiction matérielle a été importée aux Etats-Unis et le pays le plus “évangéliste” du monde est aussi le plus riche ; le plus fondamentaliste est en contradiction avec la Parole de Dieu. Que fait-on de ces versets angéliques ? “Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent.” (Mt 6, 19-20)

abomination qui mérite la mort : “...prête à intérêt et exige des rentes, ce fils-là vivrait ! Il ne vivra pas, il a fait toutes ces abominations, il sera mis à mort. Que son sang soit sur lui !” (Ez 18,13)

La Loi est formelle, claire et nette : “Si tu prêtes de l'argent à mon peuple, au pauvre (ani) qui est avec toi, tu ne seras point à son égard comme un créancier, tu n'exigeras de lui point d'intérêt.” (Ex 22,25) Jérémie considère comme vertu non seulement le fait de ne pas prêter à intérêt mais aussi de ne pas emprunter, ce qui signifie que le pauvre ne compte que sur la Providence divine ! “Quel malheur pour moi, ma mère, que tu m'aies fait naître, moi, un homme de querelle et de dispute pour tout le pays ! Je n'emprunte ni ne prête, et pourtant tous me maudissent.” (Jr 15,10)

Dans la loi de Moïse le prêt à intérêt est considéré comme une

A l'origine, en Israël on n'empruntait pas d'argent mais des objets ou des aliments indispensables. Peu à peu les choses ont évolué et le prêt d'argent a été régulé par une jurisprudence censée protéger le droit du plus pauvre, notamment quand celui-ci avait déposé quelque chose en gage : “Si cet homme est pauvre, tu ne te coucheras point, en retenant son gage.” Si on pouvait prêter à intérêt à un étranger il devait être traité avec humanité surtout s'il était pauvre, on devait prévoir de laisser de la nourriture à sa portée, comme le coin des champs que l'on ne moissonnait pas, ou les raisins que l'on laissait sur les pieds de vigne après la vendange. Aucun autre peuple n'a jamais eu une telle culture qui donne au pauvre de tels privilèges. On peut même dire qu'au cours du salut le pauvre gagnera ses lettres de noblesse et que la pauvreté passera du statut social de défavorisé à celui de privilégié par Dieu.

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Le prêt à intérêt Non seulement nous devons prêter sans intérêt mais en plus à des gens qui ne sont pas solvables (prêter à fonds perdu) ou qui sont trop pauvres pour un jour nous avancer de l'argent : “Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l'équivalent.” (Lc 6,34)


L’ARGENT TROMPEUR

L’ARGENT TROMPEUR

Malheureusement la contamination des nations a altéré la Loi divine et des pratiques d'usure ont vu le jour. Bien plus, le Temple est devenu une banque ! Or l'origine des trésors des temples païens venait essentiellement des revenus des prostituées sacrées qui travaillaient pour le compte des dieux et surtout des déesses. Les grands banquiers des temps bibliques furent les babyloniens chez qui l'idolâtrie sous forme de prostitution, au dire d'Hérodote, fut la plus intense. On comprend la colère de Jésus qui accuse les “banquiers” du Temple d'avoir transformé la maison de son Père en caverne de voleurs. Flavius Joseph fait également mention de l'existence à Jérusalem d'une institution que l'on aurait pu appeler cabinet des hypothèques. L'exil à Babylone avait également perverti les mœurs juives en matière de prêt et d'usure, ce contre quoi s'insurge le prophète Néhémie.

“si quelqu'un tombe dans cette erreur d'oser audacieusement affirmer que ce n'est pas un péché que de faire l'usure, nous décrétons qu'il sera puni comme hérétique et nous ordonnons à tous les ordinaires et inquisiteurs de procéder vigoureusement contre tous ceux qui seront soupçonnés de cette hérésie.”

Tout est à Dieu et Dieu est bon envers tous, envers ceux qui lui rendent ses bienfaits par la louange comme envers ceux qui ne se rendent même pas compte des cadeaux qu'ils reçoivent. C'est sur l'attitude de Dieu que se fonde l'éthique chrétienne : “Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.” (Lc 6,35)

L' Eglise et le prêt à intérêt En 1311, au Concile de Vienne, le pape Clément V déclarait nulle et vaine toute la législation civile en faveur de l'usure, et 116

Le 1er novembre 1745, le pape Benoît XIV publiait l'encyclique Vix Pervenit, adressée aux évêques italiens, au sujet des contrats où l'usure, ou prêt à intérêt, est clairement condamnée. Le 29 juillet 1836, le pape Grégoire XVI étendait cette encyclique à l'Eglise universelle. Il y est écrit : L'espèce de péché qu'on appelle usure, et qui réside dans le contrat de prêt, consiste en ce qu'une personne, s'autorisant du prêt même, qui par sa nature demande qu'on rende seulement autant qu'on a reçu, exige qu'on lui rende plus qu'on a reçu et soutient conséquemment qu'il lui est dû, en plus du capital, quelque profit, en considération du prêt même. C'est pour cette raison que tout profit de cette sorte qui excède le capital est illicite et usuraire. Et certes, pour ne pas encourir cette note infamante, il ne servirait à rien de dire que ce profit n'est pas excessif, mais modéré; qu'il n'est pas grand, mais petit... En effet, la loi du prêt a nécessairement pour objet l'égalité entre ce qui a été donné et ce qui a été rendu... Par conséquent, si une personne quelconque reçoit plus qu'elle n'a donné, elle sera tenue à restituer pour satisfaire au devoir que lui impose la justice dite commutative...

En 1891, le pape Léon XIII écrivait dans son encyclique Rerum Novarum : Une usure dévorante est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Eglise, 117


L’ARGENT TROMPEUR

elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain, et d'une insatiable cupidité...

L'enseignement de l'Eglise sur le sujet est donc très clair, mais, comme l'écrit Louis Even dans Sous le Signe de l'Abondance, “malgré tout l'enseignement chrétien dans le sens contraire (que l'argent doit produire de l'intérêt), la pratique a fait tellement de chemin que, pour ne pas perdre dans la concurrence endiablée autour de la fécondité de l'argent, tout le monde aujourd'hui doit se conduire comme s'il était naturel pour l'argent de faire des petits. L'Eglise n'a pas rescindé ses vieilles lois, mais il lui est devenu impossible d'en exiger l'application.”

L’ARGENT TROMPEUR

vez être esclaves de Dieu et de Mammon.” (Mt 6,24) L'argent doit être au service exclusif de la charité et Jésus promet une récompense pour ceux qui s'en seront servi pour faire le bien : ils seront accueillis dans le Ciel par les pauvres qui en auront été bénéficiaires. Certains hommes ont un don, ils sont habiles dans le maniement de l'argent, ils peuvent mettre leurs talents au service du Royaume. Mais là encore, ils devront choisir leur logique : celle du monde ou celle du Royaume.

Si donc vous n'avez pas été dignes de confiance pour l'argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? (Lc 16,11)

Comment se servir de l'argent trompeur ? “Eh bien ! moi, je vous dis : faites-vous des amis avec l'argent trompeur pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.” (Lc 16,9) Nous poussons un ouf de soulagement pour nos amis chrétiens qui sont dans la banque et les finances. Jésus nous enseigne un bon usage de l'argent à condition de ne pas être dupe sur la nature de l'argent, c'est toujours une idole : Mammon. Ne pas être dupe non plus sur sa nature : ces richesses sont injustes, nous pouvons les utiliser à condition d'aimer et de servir Dieu de tout son être : “Personne ne peut être esclave de deux maîtres ; en effet, ou bien on détestera l'un et on aimera l'autre, ou bien on s'attachera à l'un et on méprisera l'autre. Vous ne pou118

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13 La Providence Dieu voit plus loin que le bout de notre nez Dans pourvoir il y a voir, voir pour... ce qui indique une finalité. Lui seul connaît la fin de toute chose, lui seul connaît les moyens d'y parvenir. L'intention divine est de parachever son œuvre de création et de la sauver. Il intervient donc en permanence, la plupart du temps dans l'incognito, il assiste ses amis pour que tout concourre au projet salvateur. La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n'est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée “en état de voie” (in statu viæ) vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l'a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection : Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu'il a créé, “atteignant avec force d'une extrémité à l'autre et disposant tout avec douceur” (Sg 8,1). Car “toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux” (He 4,13), même celles que l'action libre des créatures produira (Cc. Vatican I, DS 3003).

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Dieu tient donc en douceur les rênes du monde et la foi, l'amour et l'espérance nous permettent d'attendre une fin heureuse à l'histoire du monde présent. Cependant la Providence ne se contente pas de diriger à grands traits cette histoire globale, elle s'intéresse à chacune des créatures, à chacun d'entre nous et Jésus nous a fait des promesses que nous devons prendre au sérieux. Non seulement il pourvoit pour l'ensemble de notre vie mais encore il s'occupe des moindres détails pourvu qu'on s'abandonne à lui. Un de mes passages préférés de la Thora est l'histoire de la ligature d'Isaac. Je l'aime à cause de son côté tragique qui m'évoque si fort la condition humaine et préfigure la croix de Jésus. Il s'en est fallu de peu que nous soyons dans une tragédie mais un petit mot, un verbe plutôt, fait toute la différence : voir. Quand le jeune Isaac (qui selon le midrash avait 33 ans !) demande à son père : “Où est l'agneau du sacrifice ?” Abraham répond : “Dieu verra.” Ce que les traductions rendent par : Dieu pourvoira.

L'abandon Nous ressemblons à des aiglons tombés du nid qui ne savent pas s'ils sauront déployer leurs ailes. Une seule chose leur est nécessaire : la confiance que le grand aigle voit ce qui se passe et qu'il interviendra pour les récupérer sur ses ailes en cas de défaillance ! Il n'y a pas d'autre manière d'apprendre à voler ! L'abandon est le fruit de l'amour et pas de n'importe quel amour, c'est celui du tout-petit qui a une confiance aveugle dans son père et dans sa mère. La confiance et l'abandon se donnent la main sous le regard de l'amour. Plus notre intimité 121


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avec le Père grandit et plus aussi nous l'aimons et plus nous nous abandonnons dans l'amour. Rien ne peut nous séparer de lui, rien de ce qui d'habitude fait peur : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni d'autres autorités ou puissances célestes, ni le présent, ni l'avenir, ni les forces d'en haut, ni celles d'en bas, ni aucune autre chose créée, rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. Toutes nos peurs sont contenues dans cet énoncé, aussi pouvons-nous abandonner notre vie et notre mort, notre santé, notre salut, notre vie matérielle comme notre vie spirituelle. La seule condition est que le Christ soit le grand partenaire de notre vie et que nous ne cherchions que sa volonté ! Notre seul secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6,25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. Ils verront Dieu. (Catéchisme n° 2547)

L'abandon est le fruit délicieux de l'amour. (Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus)

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Marcher dans la foi La fondatrice des diaconessesPomeyrolles, sœur Antoinette Butte m'avait dit un jour : “Dieu donne ce qu'il ordonne.” Ce principe de base nous permet de vérifier que nous ne faisons pas fausse route dans nos entreprises. Une fois la conviction acquise qu'une œuvre a l'approbation de Dieu, qu'elle entre dans sa volonté, il faut marcher dans la foi et il donnera tout ce qui est nécessaire. Abraham partit dans la foi, sans carte ni boussole vers le lieu que Dieu lui destinait. Il marcha pas à pas et en faisant chaque pas il ne savait pas où le conduirait le prochain pas. Combien d'œuvres ai-je fondées sans savoir comment je ferai pour qu'elles se réalisent ni surtout comment Dieu allait s'y prendre pour en assumer les dépenses ! J'ai raconté dans Les pluies de l'arrière saison (Editions du Jubilé, 1985) tant d'exaucements qui ont confirmé les différentes étapes de la fondation de la Communauté des Béatitudes. La tentation est grande de planifier, de sortir de la dépendance de la Providence pour calculer et s'assurer qu'on aura les moyens de réaliser ce que l'on projette, de faire des études de marché pour voir si la revue ou l'apostolat que l'on lance sera rentable… C'est faire œuvre humaine, c'est construire sur le sable quelque chose qui ne tiendra pas. C'est se priver du principal actionnaire : Jésus ! C'est planter un arbre qui cachera la forêt, c'est par avarice refuser l'abondance des dons de Dieu. Quand j'ai fondé la Communion Marie Reine de la Paix, une œuvre nouvelle, je n'avais que les paroles de la Vierge données au cours d'une apparition à Vicka à Medjugorje : “Dis-lui de

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faire tout ce qu'il entendra dans son cœur, je suis sa sécurité.” Il s'agissait d'éditer une retraite de Consécration à la Sainte Trinité par Marie de 33 jours basées sur les messages de Medjugorje, l'enseignement des saints et celui de l'Eglise, ainsi que des méditations. Je me suis trouvé bien seul à ce momentlà, sans argent et sans soutien si ce n'est celui des chers Thierry et Myriam Fourchaud. Cette retraite allait se répandre dans le monde entier et faire beaucoup de guérisons et de conversions. De temps en temps un groupe se manifeste en Chine ou en Afrique pour témoigner des fruits de la consécration. Il fallait de l'argent pour acheter une maison, éditer le livre en russe, en anglais, en espagnol, en chinois et bien sûr en français. Mais pas un sou. Nous avons beaucoup prié. J'ai enchaîné plusieurs neuvaines mais rien ! A la fin d'une neuvaine j'ai enfin reçu une locution intérieure : “Va à Lisieux”. Ce que je fis. En montant la rue qui conduit à la basilique, une femme m'aborda et me remit une grosse enveloppe en papier kraft et me dit que c'était pour une œuvre de la sainte Vierge et elle mentionna Medjugorje. Je n'avais jamais vu cette femme et ne la revis jamais. La somme que contenait cette enveloppe était importante et une fois de plus la fidélité de Dieu m'émut beaucoup.

multiplier : la Cité de l’Immaculée était fondée. Nous pouvions faire les prochains pas. Dans cette anecdote nous voyons que la Providence a agi de deux manières différentes. La première est la préférée de Dieu, il se sert des hommes... et des femmes. Il inspire quelqu'un pour qu'il partage et donne, il conduit les circonstances, il indique le moment... en général le dernier ! car il éprouve la foi de ses serviteurs. La seconde est celle que j'appelle “la manne”. Quand on est seul au milieu d'un désert, quand personne n'entend l'appel de Dieu, alors il fait descendre le pain du Ciel, il matérialise l'or et l'argent. On peut aussi donner par la foi, donner tout ce qui nous reste, donner sans rien avoir, alors s'ouvrent les écluses du Ciel.

Mais ce n'était que le début de cette histoire. De retour de Lisieux, je partageai la bonne nouvelle avec Thierry et Myriam. Je remis à Thierry de quoi acheter une petite maison, je comptais l'argent et lui, ancien directeur de supermarché recompta après moi. Le lendemain il se rendit à la banque pour déposer l'argent qui avait passé la nuit dans un tiroir... Au guichet l'employée de la banque pris la liasse de billets, compta avec dextérité et releva la tête pour dire à Thierry qu'il s'était trompé en annonçant le montant de ce qu'il venait déposer : il y avait le double ! Pendant un an l'argent ne cessa de se

J'aimerais aussi raconter un exemple de multiplication car Dieu n'additionne pas, il multiplie. C'était à Ars au cours d'un bel été lors d'un de nos premiers rassemblements charismatiques. Avec le sens de l'organisation qui nous caractérise - Mère Teresa disait : “Organisons-nous... le moins possible” - nous avions prévu quelques centaines de participants tout au plus un millier mais il y en eut plusieurs milliers. Nous avions prévu un traiteur chargé de nous livrer les repas. Nous étions débordés mais le camion frigorifique lui aussi déborda. Les personnes chargées de la distribution de la nourriture vinrent nous prévenir que la prairie ressemblait au grenier du saint Curé d'Ars : les aliments se multipliaient. Si bien qu'à la fin du service il restait autant de nourriture qu'au début. Nous ne savions plus que faire des cuisses de poulets et des baguettes de pain sinon en faire bénéficier les congrégations religieuses d'alentour. J'ai connu dans ma vie un certain nombre de vrais mystiques mais aussi combien de faux, victimes de leur propres illusions. J'ai

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toujours besoin de preuves, de m'assurer que c'est vraiment Dieu qui agit, je suis toujours sceptique dans un premier temps. J'ai tenu à vérifier par moi-même et suis allé sur les lieux de la distribution. Je rencontre d'abord Yves Vidal, professeur de physique, qui me dit qu'il avait beau plonger sa cuillère dans le gros pot de café en poudre, jamais il ne se vidait. Nous étions chez la veuve que visita le prophète Elie : “Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Jarre de farine ne s'épuisera, cruche d'huile ne se videra…” (1 R 17,14). Je montai dans le camion, c'était le moment du dessert, des barquettes de mousse au chocolat, et j'eus un doute. Dieu pouvait multiplier ce qui était naturel comme le pain ou autre aliment mais des barquettes en plastiques... Pourtant je fis passer les plateaux couverts de barquettes de mousse au chocolat et à la fin de la distribution il en restait autant qu'au début. N'étionsnous pas chez le Curé d'Ars ? Le Dieu d'Elie, le Dieu de nos Pères est aussi notre Dieu, il est le même aujourd'hui que dans les temps bibliques.

dans l'abondance et la beauté. Vivre dans la dépendance à Dieu c'est expérimenter sa liberté.

Autres versets angéliques, ceux qui clôturent l'Evangile de Marc : “Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils saisiront des serpents, et s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal, ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris.” (Mc 16,17-18) Nous craignons tant le merveilleux et la miraculite de la dévotion des pauvres, que nous ne commentons jamais ces promesses de Jésus. C'est vrai ou c'est une légende, à nous de choisir. Faisons-nous les œuvres que Jésus a faites ? En faisons-nous de plus grandes selon ses promesses ? Vivre dans la pauvreté ce n'est pas vivre dans la misère mais 126

Choisir sa logique Seulement il faut choisir sa logique. Celle du Royaume ou celle du monde. Celle de la sagesse des sages et de l'intelligence des intelligents ou celle de la croix, celle de l'anawa, celle, paradoxale, du bonheur des affligés. Tant que nous demeurons dans la logique du Royaume tout est possible et tout arrive, tout porte du fruit. Sans cesse le monde nous rappelle sa logique et nous somme de l'adopter mais il faut lui résister, ne pas épargner et ne pas faire d'emprunt, ne compter que sur la Providence. Ne perdons pas notre héritage pour des promesses de sécurité et de paix qui exigent des compromis. Le monde cherche à se faire adorer ! Il connaît toutes les ruses pour nous détourner du Maître véritable : Nul ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu'eux ? Qui d'entre vous d'ailleurs peut, en s'en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a pas 127


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été vêtu comme l'un d'eux. Que si Dieu habille de la sorte l'herbe des champs, qui est aujourd'hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu'allons-nous manger ? Qu'allons-nous boire ? De quoi allons-nous nous vêtir ? Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s'inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. (Mt 6, 24-32)

Dans ce psaume alphabétique la lettre resh est l'initiale du mot ratson, qui signifie à la fois volonté, complaisance et bon plaisir. La volonté de Dieu est une histoire d'amour et non de raison, et si ça lui fait plaisir de nous faire plaisir ? Si bien qu'il nous exauce non seulement pour nous confirmer dans les grandes lignes mais, comme un amoureux, de temps en temps, il nous offre des fleurs et des petits cadeaux qui nous font plaisir. La manne non seulement rassasiait mais en plus elle prenait le goût préféré de celui qui la consommait. Le Psaume 20 dit encore : “Qu'il te donne ce que ton cœur désire, qu'il accomplisse tous tes projets !” Je suis pour ma part persuadé que Dieu adopte comme siens certains des projets que nous avons conçus pour lui faire plaisir... ou nous faire plaisir à nous-mêmes.

Le Malin est rusé pour nous faire perdre notre innocence d'enfant de Dieu, il nous propose des raisons spirituelles pour que nous quittions l'insouciance bienheureuse, l'apatheia des Pères du désert, qui nous fait anticiper le Royaume. Il nous dit que tout cela est pour les apôtres, pour les religieux et les religieuses, pour les saints, il nous parle de sérieux sous couvert d'accomplir notre devoir d'état et nous fait quitter les voies de la Providence. Il nous dit que tout cela c'est pour les saints... Non c'est pour les pauvres, pour les anawim !

Quand Dieu fait nos caprices

Qu'il te donne ce que ton cœur désire, qu'il accomplisse tous tes projets ! (Ps 20,5)

La Providence : un lieu d'évangélisation

J'ai dit que Dieu nous exauçait toujours quand nous faisions sa volonté... Le pauvre que je suis, conscient de ses péchés, de ses failles, de ses erreurs et de ses limites, a été exaucé parfois quand il se trompait. Je peux dire que parfois c'est Dieu qui a fait ma volonté. Ne criez pas à l'hérésie, la Parole de Dieu me donne raison : (resh) “Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent, il écoute leurs cris et les sauve.” (Ps 145,19)

Un grand nombre de nos contemporains croient en la providence, nous devrions dire en une providence. Beaucoup sont persuadés que rien n'arrive par hasard mais que leurs pensées, leur activité spirituelle, leur disponibilité peuvent provoquer le hasard et faire que des événements qui étaient latents dans une autre dimension se produisent dans la dimension observable du visible. Nous pourrions parler d'une triple convergence qui a forgé cette croyance contemporaine. La première est la décou-

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verte de la théorie de la relativité et de la physique quantique laquelle devrait faire l'objet de sérieuses études théologiques, la seconde est la notion de synchronicité introduite par Carl Gustav Jung qui fait que des coïncidences “troublantes” comme des signes d'une autre dimension se produisent et cherchent à orienter notre vie, la troisième est l'influence grandissante du bouddhisme qui depuis des millénaires sensibilise ses fidèles aux théories qui précèdent. D'une manière ou d'une autre nous sommes créateurs de notre réalité et de la réalité en général. La théologie chrétienne ne démentira pas le fait que Dieu se sert de l'homme comme cause seconde pour “exercer” sa Providence. Nous croyons que nous pouvons faire advenir ce que nous désirons s'il y a co-incidence entre notre volonté et la volonté de Dieu. Certaines paroles de Jésus auraient pu être prononcées par un maître zen : “C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir.” (Mc 11,24)

juste quand la légende personnelle de l'homme est de devenir collaborateur de Dieu. Le bouddhisme prêche aussi l'absence totale de soucis non pas parce qu'un Père veille sur notre vie mais parce que le souci est le fruit d'illusions sur la réalité, de peurs fabriquées.

Nous sommes en effet très proches de ce que le New Age appelle la visualisation créatrice et que des approches thérapeutiques nomment l'imagerie mentale. Se concentrer sur ce que l'on désire accomplir, comme un exploit sportif ou le développement de certaines capacités mentales, fait également partie du coaching et les preuves sont établies que cela marche. La préparation mentale débouche souvent sur la dimension spirituelle. Ces techniques sont à évangéliser ! Dans la prière il y a un partenaire, un protagoniste qui est le Christ, lequel désire le meilleur pour nous. Une phrase m'a particulièrement frappé chez un auteur new-age que je n'apprécie guère par ailleurs, il s'agit de Paolo Coelho : “Quand un homme est entré dans sa légende personnelle, l'univers entier conspire à sa réussite.” Force est de constater que ce postulat est juste et encore plus 130

Les promesses du Christ Les promesses du Christ sont là. Il ne manque que notre foi pour y croire, pour que le monde voie ce que fait la foi de l'homme et la fidélité de Dieu. Alors il n'ira plus boire aux citernes fêlées des sagesses humaines, il ira boire à la plaie du Christ. La Parole de Dieu doit s'incarner dans nos vies pour que nous devenions une prédication explicite. Demandez, on vous donnera, cherchez, vous trouverez, frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira. Ou encore, qui d'entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent. (Mt 7, 7-11)

Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez. (Mt 21,22)

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14 L'esprit d'enfance Porté dans les bras de Dieu “Allons donc, mon âme, allons à Dieu par l'abandon et puisque la vertu vient de l'industrie et des efforts, avouons-lui notre impuissance et notre confiance en Dieu qui ne nous réduirait pas à ne pouvoir marcher à pied, s'il n'avait la bonté de nous porter sur ses bras.” (Jean-Pierre de Caussade, L'abandon à la Providence) Caussade est un devancier de Thérèse de l'Enfant-Jésus, un maître du réalisme spirituel. Si nos bons désirs sont inspirés par l'Esprit, les seuls accomplissements de ces désirs sont des fruits de l'Esprit. Seuls nous ne pouvons rien faire et croire que nous avons progressé dans une vertu ou pire encore que nous l'avons acquise est une illusion spirituelle qui tôt ou tard va nous conduire au désespoir qu'engendre l'orgueil blessé. “Sans moi vous ne pouvez rien faire.” (Jn 15,5) Et pourtant Jésus nous recommande de nous efforcer de rentrer dans le Royaume de Dieu. Dans ce paradoxe se trouve l'attitude juste. Attitude qui exclut le confort du pharisaïsme qui se donne à lui même des lois objectivement observables assorties des “jokers” de la jurisprudence. Je me souviens d'un protestant fondamentaliste qui me di-sait : “Cela fait dix ans que je n'ai pas péché ! Depuis 132

que Jésus m'a sauvé.” Terrible certitude qui prive un pécheur des bras de son Père, de la consolation de l'Esprit dans la réconciliation, du refuge d'un cœur maternel. Cette attitude exclut aussi la passivité paresseuse : faites des efforts pour entrer dans le Royaume tout en sachant que vos efforts ne sont que des manifestations de bonne volonté et de désir de plaire à votre Bien-aimé. Sans plus. Dans le Psautier, redisons-le, le livre de prière des anawim, nous trouvons une pierre précieuse qui pourrait s'appeler la voie d'enfance, c'est le Psaume 131. Comme un diamant il est petit mais si bien taillé que la Lumière vient jouer dans ses facettes pour faire jaillir une richesse de couleurs infinie. Le traduire est difficile alors que sa simplicité relève du chef d'œuvre ! Essayons quand même : Cantique des montées. De David. Seigneur ! Mon cœur ne s'élève pas Et je ne relève pas les yeux Je n'ai pas marché dans la voie des grandes choses et des merveilles au-dessus de moi. Au contraire, je suis bien à ma place, je me tiens en silence, mon âme est pareille à celle du bébé rassasié près de sa mère, mon âme est comme un bébé rassasié. Israël, mets ton espoir dans le Seigneur, dès maintenant et à jamais ! (Ps131)

Il s'agit bien d'un bébé dans ce psaume comme le bébé Jésus. Un bébé qui vient de téter et qui est rassasié. Moment bienheureux où le tout-petit est paisible et souriant, moment où plus rien ne lui manque dans la sécurité des bras de sa mère. La traduction “sevré” passe à côté de ce moment, de cette Béatitude, 133


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le sevrage est au contraire un moment traumatisant, une séparation ressentie douloureusement. Le dernier verset invite Israël à redevenir comme un tout-petit enfant dans les bras du Seigneur. Ce psaume enseigne l'anawa comme une halakha, une façon de marcher, une éthique nouvelle. Le livre des Psaumes commence par l'exposé de deux voies assorties d'une béatitude : “Heureux l'homme qui ne marche pas dans la voie des pécheurs... mais médite la Thora jour et nuit.” (Ps 1,1) Ces deux voies, celle de la fidélité et de la confiance, opposées à celle de ceux qui veulent se passer de Dieu, sont la note dominante de tout le livre.

que nous rechercherions l'attribut tout-puissant dans la Bible. Il vaudrait mieux traduire par fort que par puissant, nous savons ce qu'est le don de force et la force est bien différente de la puissance ou du pouvoir. La plupart du temps quand nous trouvons l'expression toutpuissant, dans les différentes versions de la Bible, elle traduit l'hébreu Shaddaï. Or Shaddaï signifie également les seins ! Mettons deux versets des Ecritures en parallèle, leur utilisation dans la liturgie nous indique que la dévotion juive ne pouvait que faire le rapprochement : “Entre tes seins je passe la nuit bein Shaddaï yalyn.”

Comment ne pas penser à l'épître de Pierre : “Comme des enfants nouveau-nés, aspirez au lait non frelaté de la Parole, afin que, par lui, vous croissiez pour le salut.” (1 P 2,2) Et au psaume : “Oui, tu m'as fait sortir du sein maternel, Tu m'as mis en sûreté sur les mamelles de ma mère.” (Ps 22,9)

Qu'avez-vous vu dans la crèche ? Dans la crèche nous avons vu Dieu, le Très-Haut s'est fait le Très-Bas. Jésus a dit à Philippe qui lui demandait de lui montrer le Père : “Qui m'a vu a vu le Père.” (Jn 14,9) C'est bien un visage du Père que nous voyons dans ce tout petit bébé car chaque personne de la Trinité dans sa mission représente les deux autres. Dieu s'était déjà fait tout-petit pour se mettre à la portée de son peuple quand il parlait entre les deux chérubins de l'Arche de l'Alliance. Le tout-petit bébé nous parle de l'innocence du Père, de sa vulnérabilité par amour. Il est le ToutAimant bien plus que le Tout-Puissant. C'est d'ailleurs en vain 134

(Ct 1,13)

“Et passe la nuit à l'ombre de Shaddaï.” (Ps 90,1) L'usage du nom de Dieu comme El Shaddaï est fréquent dans la Genèse, il est très ancien et fait partie du vocabulaire des patriarches. Citons trois versets qui nous confirment dans cet aspect maternel de Dieu : “Qu'El Shaddaï te bénisse, te rende fécond et te multiplie, afin que tu deviennes une multitude de peuples !” (Gn 28,3)

“Je suis El Shaddaï : Sois fécond, et multiplie.” (Gn 35,11)

“C'est l'œuvre d'El Shaddaï qui te bénira des bénédictions des cieux en haut, des bénédictions des eaux en bas, des bénédictions des mamelles (shadayim) et du sein maternel (racham).” (Gn 49,25)

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Les cieux se disent shamaïm, c'est-à-dire les eaux d'enhaut. Les trois versets de la Genèse indiquent d'eux-mêmes l'étymologie probable, ils parlent de la fertilité et de la fécondité. Le chapitre 49 va encore plus loin en associant deux parties de l'anatomie maternelle, les seins et l'utérus. Or nous le savons, l'utérus est traduit souvent par entrailles qui désignent la miséricorde de Dieu. Notre Dieu possède des entrailles de mère et des seins nourriciers. De plus le lait est synonyme de consolation : “... afin que vous soyez allaités et rassasiés par son sein qui console, afin que vous savouriez avec délices la surabondance de sa gloire.” (Is 66,11)

même bébé (ce terme revient 48 fois dans le Nouveau Testament !).

Cependant rien n'est sûr dans l'étymologie de l'épithète Shaddaï qui apparaît quelque 270 fois dans la Bible. Le grec pantocrator, tout-puissant, ne se trouve pas dans les Evangiles, jamais Jésus ne parle de son Père en ces termes. Nous trouvons une occurrence de pantocrator chez saint Paul : “Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant.” (2 Co 6,18) Et encore est-ce probablement une citation d'après la Septante. Nous sommes les disciples du Très-Bas ! Et nous ne sommes pas au-dessus de Lui.

“Amen, je vous le dis, quiconque n'accueillera pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera jamais.” (Lc 18,17) “Jésus dit : Laissez faire ces enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des Cieux est à ceux qui sont comme eux.” (Mt 19,14) “Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et dit : Je vous le dis, en vérité si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. C'est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le Royaume des Cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même.” (Mt 18, 2-5) “... et leur dit : Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant me reçoit moi-même ; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. Car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c'est celui-là qui est grand.” (Lc 9,48) Jésus s'identifie lui-même à un tout-petit. Bienheureux celui qui le reconnaît dans les tout-petits, il voit Dieu ! La conversion c'est aussi un retournement des valeurs de ce monde.

L'esprit d'enfance : le tout-petit enfant prototype de l'anaw Les textes évangéliques qui suivent utilisent le mot grec paidion, c'est justement celui qui désigne Jésus dans la crèche. Nous pourrions les lire en remplaçant petit enfant, tout-petit et 136

L'entretien avec Nicodème On a souvent dit que l'Evangile de saint Jean était l'Evangile de 137


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l'amour. C'est vrai, mais nous devrions préciser qu'il est celui de l'amour paternel, celui de l'amour d'un Père que le Fils appelle ABBA, papa ! Dans l'Evangile de Jean, le mot Père revient 109 fois ! C'est considérable et vraiment significatif. L'Evangile de Jean est l'Evangile du Père. Comme il est beau d'entendre Jésus, après sa résurrection, s'adresser à ses disciples en les appelant “tout-petits” (paidon) “Jésus leur dit : Enfants, n'avez-vous rien à manger ?” (Jn 21,5)

pères : c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par la Bonne Nouvelle.” (1 Co 4,15) En précisant qu'il s'agit d'un engendrement en Jésus-Christ, l'apôtre se réfère à la paternité divine. Nous pourrions dire qu'il n'y a pas d'autre paternité que celle de Dieu et qu'on ne peut être père que par mode de participation et dans une optique bien précise. “C'est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom.” (Ep 3, 14-15)

“Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. Ne t'étonne pas si je t'ai dit : Il vous faut naître d'en haut.” (Jn 3,3-7)

Le fait de considérer Dieu comme le père unique de l'humanité tout entière fait de nous des frères, des membres d'une famille où nul ne doit se considérer comme supérieur à l'autre. Un père est aussi un frère, un père selon la chair doit un jour devenir le frère en Jésus-Christ de ses enfants. Au-delà de la petite enfance il est capital qu'un père ne se laisse pas idéaliser, qu'il sache demander pardon, qu'il avoue ses limites, il n'est pas un dieu, il n'est pas Dieu mais peut recevoir beaucoup de lui afin que sa paternité procède de l'unique Paternité.

L'impossible paternité Un verset de l'Evangile de Matthieu (23,9) pose une question particulièrement troublante. Jésus demande à ses disciples la chose suivante : “… n'appelez personne sur la terre père, car un seul est votre père, le Père céleste.” Le contexte évoque des titres comme docteur de la Loi ou maître. L'emploi du titre de père pour les prêtres n'a pas toujours été d'usage, au 17ème siècle on les appelait Monsieur. Pourtant, déjà saint Paul n'hésite pas à revendiquer sa paternité : “En effet, quand vous auriez dix mille pédagogues dans le Christ, vous n'avez pas plusieurs 138

Ne volons pas à Dieu le modèle de la paternité.

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L’ANAWA DANS LES TEMPS APOSTOLIQUES

15 L’anawa dans les temps apostoliques La communauté primitive décrite dans le livre des Actes des apôtres est une belle illustration de l'anawa mise en action : “Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l'allégresse et la simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.” (Ac 2,44-47) Ils n'étaient qu'une âme avec ce que cela suppose d'amour fraternel et de douceur, ils étaient joyeux, vivaient dans une pauvreté totale, ils fréquentaient quotidiennement le Temple comme Anne et Syméon. Cette communauté a pu paraître idyllique à beaucoup, trop belle pour être vraie mais les témoignages concordent pour dire que malgré les difficultés, elle a duré plusieurs siècles et qu'elle cherche sans cesse à refaire surface... Nous l'avons goûtée, nous avons goûté qu'il était doux de vivre ensemble en frères dans la prière et la louange. La com140

munauté ecclésiale de la Pentecôte ne pourra que lui ressembler comme deux gouttes d'eau. Mais entre influence extrême-orientale et influence gréco-latine comment demeurer un peuple de pauvres ? Le combat des premiers siècles pour le christianisme a été de s'affirmer comme une religion de l'Incarnation en confessant jusqu'au martyre que Jésus est vrai Dieu et vrai Homme. En effet, toutes les hérésies ont été et sont encore aujourd'hui une négation soit de la divinité du Fils de l'Homme soit de l'humanité du Fils de Dieu. L'influence extrême-orientale ne fait que raviver le vieux fond orgiaque du culte de la déesse mère et des couples divins accessibles par la prostitution sacrée. Le danger était d'autant plus grand que ces dieux naissaient, mouraient, ressuscitaient et remontaient au ciel tous les ans... Saint Paul nous montre que les chrétiens pouvaient subir une contagion des débauches païennes et l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée décrit un syncrétisme entre l'eucharistie et les pratiques orgiaques que nous avons du mal à imaginer aujourd'hui. A l'opposé nous rencontrons la gnose qui connut un succès considérable, religion d'intellectuels ne pouvant admettre la chair, grossière erreur du Dieu des juifs (source d'un antisémitisme théologique durable). Le combat des chrétiens orthodoxes se concentra dans la défense de la vraie foi comme le montre le Credo que nous récitons encore aujourd'hui. L'anawa au début de l'ère chrétienne fut vécue dans le contexte des persécutions. C'est dans le martyre que l'imitation du Christ doux et humble de cœur donna sa pleine mesure. L'authenticité chrétienne se trouve toujours confirmée par la haine du monde. La gnose est une vision éminemment hiérarchique qui ne fut 141


L’ANAWA DANS LES TEMPS APOSTOLIQUES

L’ANAWA DANS LES TEMPS APOSTOLIQUES

pas sans danger dans l'organisation sociale et ecclésiastique et exerça une influence subtile qui, au cours des siècles, infléchit la hiérarchie de service en hiérarchie de pouvoir. Tant et si bien qu'au 4ème siècle l'anawa se réfugia au désert.

“Accueille comme des bienfaits les choses extraordinaires qui t'arrivent, sachant que rien ne se produit en dehors de Dieu.”

La didakhé Dans cet écrit de la fin du 1er siècle présenté comme enseignement de Jésus transmis par les douze apôtres, l'essentiel est dans l'anawa du Sermon sur la montagne. Le précepte de se laisser dépouiller afin d'être pauvre y est pris à la lettre, la communauté de biens y est totale. “Tu n'hésiteras pas à donner et tu ne murmureras pas en donnant, car tu connaîtras quel est le bon rémunérateur qui te récompensera. Tu ne te détourneras pas de celui qui est dans le besoin, mais tu auras tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que cela t'appartient en propre. En effet, si vous participez en commun à ce qui est immortel, combien plus aux choses périssables !” La douceur, synonyme d'anawa, y est enseignée : “Mon enfant, ne sois pas murmurateur, parce que cela conduit au blasphème, ne sois pas arrogant, ni malveillant, car de tout cela naissent les blasphèmes. Mais sois doux, puisque les doux recevront la terre en héritage. - Sois longanime, miséricordieux, sans méchanceté, paisible, bon ; garde toujours en tremblant les paroles que tu as entendues.”

Citons deux textes patristiques, dont la célèbre épître à Diognète qui mettent en évidence une survivance de l'anawa chrétienne jusqu'à la fin du 2ème siècle. Vie communautaire, partage, pauvreté matérielle, douceur, persécutions, prière pour les persécuteurs, amour des ennemis, toutes ces valeurs sont encore bien vivantes : Autrefois, nous prenions plaisir à la débauche, aujourd'hui la chasteté fait nos délices. Nous pratiquions la magie, aujourd'hui, nous sommes consacrés au Dieu bon et non engendré. Nous étions avides d'argent, aujourd'hui, nous mettons en commun ce que nous possédons, nous partageons avec quiconque est dans le besoin. Les haines, les meurtres nous opposaient les uns aux autres, la différence des mœurs ne nous permettait par de recevoir l'étranger dans notre maison. Aujourd'hui, après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis, nous cherchons à gagner nos injustes persécuteurs, afin que ceux qui auront vécu conformément à la sublime doctrine du Christ puissent espérer les mêmes récompenses de Dieu, le Maître du monde. (Justin, vers 150)

L'abandon à la Providence : Dieu est le seul maître de la vie et avec lui tout est possible :

Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes ni par le pays ni par le langage, ni par les vêtements... Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie leur est une terre étrangère... Ils sont dans la chair mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l'emporte en perfec-

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tion sur les lois. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent... Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre... On les persécute et ils bénissent. Châtiés, ils sont dans la joie comme s'ils naissaient à la vie. En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. (Epître à Diognète, fin du 2ème siècle)

16 Notre-Dame de l’anawa La Poverella, la pauvre dame et Notre-Dame des pauvres Heureuse celle qui a cru ! Heureuse est-elle celle qui a été dépouillée par l'Esprit dès l'instant de sa conception ! Elle est la Pauvre, la Poverella comme l'appellait saint François : sa petite Pauvre, qui fut préparée par ce dépouillement radical à porter le Christ anaw. C'est parce qu'elle est mère du Pauvre, du Dieu qui s'est fait pauvre, qu'elle est la mère de tous les pauvres. Le biographe de François d'Assise rapporte : “François voyait souffrir le Christ dans chaque misère rencontrée : il reconnaissait dans tous les pauvres le Fils de la Pauvre Dame.” (2 Cel, 83) La pauvreté a reçu en Marie ses lettres de noblesse, elle est devenue langage de l'amour. Heureuse est-elle celle qui a vécu la Béatitude des pauvres, le Royaume des Cieux lui appartient, elle est la Reine du Ciel ! La tradition orientale dit que si un homme vivait les Béatitudes il ne connaîtrait pas la mort. Or Marie a vécu les Béatitudes et

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NOTRE DAME DE L’ANAWA

NOTRE DAME DE L’ANAWA

Dieu l'a enlevée au Ciel après sa dormition.

réconciliation, la fille bien-aimée du Père.

En elle la pauvreté a été transmuée en beauté parfaite et elle est devenue la première dans la Royaume des Cieux, elle en est la Reine. La douceur de sa présence est un délice pour ses amis. La plus noble des créatures est aussi la plus humble, celle qui s'efface devant son Fils et que son Fils couronne comme Reine des humbles. Celle dont le nom est océan de myrrhe, océan d'amertume, est la plus douce des femmes et des mères et des épouses. Elle a réalisé son nom en devenant océan de parfum, et comme il est doux et agréable de demeurer avec elle, elle possède la terre promise de l'Eglise !

Réjouis-toi, réjouis-toi, ta récompense est grande dans les Cieux !

L'océan de ses larmes a consolé le monde et sa douleur a fait venir sur la terre une pentecôte de lumière et d'amour. Heureuse est-elle la Mère du seul Juste par qui la justification est entrée dans la monde, la beauté d'Eve est restaurée dans tous les enfants d'Eve ! Heureuse est-elle notre Mère qui nous rassasie des fruits de la bonté !

(2 Cel, 85)

Quand tu vois un pauvre, disait François à un frère, c'est l'image du Seigneur et de sa pauvre Mère que tu as sous les yeux.

La Mère de la Miséricorde nous a montré que le Père aimait ses enfants à en mourir, elle est le recours des enfants perdus et de tous les fils prodigues. Elle qui a été miséricordiée dès l'instant de sa conception n'exclut personne de son cœur miséricordieux et nous accueille tous dans ses entrailles de Mère. Qui plus qu'elle est pure de cœur, qui plus qu'elle voit Dieu dans sa splendeur, qui plus qu'elle aime sans partage et a reçu sans partage la vison bienheureuse ? Reine des prophètes, une épée lui a transpercé le cœur à cause du Juste persécuté et les pensées de ceux qui complotaient contre le Royaume ont été dévoilées. Ainsi elle est devenue la Reine de la paix et de la 146

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THERESE, DOCTEUR DE L’ANAWA

17 Thérèse, docteur de l’anawa L'Esprit illumina Thérèse de l'Enfant-Jésus pour qu'elle découvrit l'anawa dans deux textes de l'Ancien Testament. Le premier est capital : “Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi.” (Pr 9,4) “Alors je suis venue”, écrit la Petite Thérèse en se demandant ce que Dieu ferait au petit qui viendrait à lui. Elle lit Isaïe 66 et dès lors, elle comprend qu'elle ne pourra pas monter seule cet escalier mais que Jésus la prendra dans ses bras, tel un ascenseur rapide. Je comprends si bien qu'il n'y a que l'amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j'ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine, ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père... “Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi” a dit l'Esprit Saint par la bouche de Salomon et ce même Esprit d'Amour a dit encore que “la miséricorde est accordée aux petits” (Pr 9,4 ; Sg 6,7). En son nom, le prophète Isaïe nous révèle qu'au dernier jour “le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages, qu'il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein”(Is 40,11). Et comme si toutes ces promesses 148

ne suffisaient pas, le même prophète, dont le regard inspiré plongeait déjà dans les profondeurs éternelles, s'écrie au nom du Seigneur : “Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux. (Is 66,12-13) O Marraine chérie ! après un pareil langage, il n'y a plus qu'à se taire, à pleurer de reconnaissance et d'amour... (Manuscrit B1,11)

“Les grands saints ont travaillé pour la gloire du bon Dieu, mais moi qui ne suis qu'une toute petite âme, je travaille pour son unique plaisir, et je serais heureuse de supporter les plus grandes souffrances, quand ce ne serait que pour le faire sourire même une seule fois.” (Carnet Jaune 716) “Jésus, je suis trop petite pour faire de grandes choses... et ma folie à moi, c'est d'espérer que ton Amour m'accepte comme victime... Ma folie consiste à supplier les aigles mes frères, de m'obtenir la faveur de voler vers le Soleil de l'Amour avec les propres ailes de l'Aigle Divin...” (Manuscrit B 5)

Je désire être sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu ! d'être vous-même ma sainteté. (Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Acte d'Offrande)

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THERESE, DOCTEUR DE L’ANAWA

18 Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine, ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père. (Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrit B, 1)

Saint François, patron de l’anawa Dieu est admirable dans ses saints Dans l'histoire du christianisme, dans deux mille ans de lutte pour la sainteté, saint François d'Assise est sans doute le plus proche de la vérité évangélique. Celle qui fait peur aux gens raisonnables mais qui est une puissance qui peut changer le monde radicalement. Vérité qui appelle les assoiffés et affamés de justice, buisson ardent plus intense que les flammes de l'enfer. François est une prédication toujours actuelle. Il est comme Thérèse de l'Enfant-Jésus, un saint universel. Tous les hommes cherchent le pouvoir, mais François fait ses délices de la sainte obéissance. Tous les hommes cherchent la richesse, mais François épouse Dame Pauvreté. Tous les hommes épargnent et font des économies, mais François mendie et donne aussitôt ce qu'il a reçu, prodigue

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SAINT FRANÇOIS, PATRON DE L’ANAWA

comme un fils de Roi. Tous les hommes cherchent à posséder, mais François dilapide et ne veut que se donner. Tous les hommes cherchent la beauté, mais François est aimanté par les lépreux. Tous les hommes cherchent l'amour, mais François y renonce pour mieux aimer. La Vérité ne peut être que paradoxale et équivoque, elle ne peut pas se livrer aux puissants et aux tyrans des consciences, elle se rencontre comme par hasard au détour d'un chemin de fortune, elle se révèle en une rencontre furtive qui illumine l'âme sans jamais se laisser posséder. Ainsi : Dieu n'est pas le Très-haut, il est le Très-bas, le toutpetit, un bébé qui se laisse prendre dans les bras. Il n'est pas le Tout-puissant il est Tout-aimant, humble et suppliant, mendiant des miettes d'amour alors que toutes les créatures lui appartiennent. Dieu ne se possède pas puisqu'il se livre et peut être livré par un baiser. Il n'y a pas d'autre réponse à l'invitation évangélique que la prière de saint François : Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. Là Là Là Là Là

où où où où où

est est est est est

la haine, que je mette l'amour. l'offense, que je mette le pardon. la discorde, que je mette l'union. l'erreur, que je mette la vérité. le doute, que je mette la foi. 152

SAINT FRANÇOIS, PATRON DE L’ANAWA

Là où est le désespoir, que je mette l'espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie. Faites que je ne cherche pas tant à être consolé que de consoler, D'être compris que de comprendre, D'être aimé que d'aimer. Parce que : C'est en donnant que l'on reçoit, C'est en s'oubliant soi-même qu'on se retrouve, C'est en pardonnant qu'on obtient le pardon, C'est en mourant que l'on ressuscite à l'éternelle vie. La joie parfaite est au bout d'un tunnel de nuit noire et de rejet, de désespoir et d'agonie, la Vérité est dans un passage à la limite de la folie et du génie.

L'Eglise n'a pas besoin de réformateurs mais de saints Le retour à l'authenticité évangélique au cours de l'histoire a entraîné bien des schismes et des divisions. Tout simplement parce que la vérité n'est envisagée que partiellement. On est fasciné par la pauvreté matérielle par exemple, mais on n'adhère pas à l'anawa dans son ensemble : pauvreté, douceur, humilité, persécution et incompréhension vécues dans la joie. Si nous prenons le cas de Pierre Valdo (1140-1206) et des pauvres de Lyon par exemple, nous ne pouvons qu'être frappés par 153


SAINT FRANÇOIS, PATRON DE L’ANAWA

SAINT FRANÇOIS, PATRON DE L’ANAWA

la similitude d'appel avec François (1182-1226). Tous les deux sont riches et fils de riches marchands, tous les deux entendent l'appel de la pauvreté évangélique et quittent tous leurs biens pour prêcher le retour au Christ. François, en vrai anaw, demeurera obéissant à l'Eglise et sa sainteté illumine encore de nos jours le ciel de l'Eglise, Pierre Valdo se montrera rebelle et “soupçonnera le mal” dans l'Eglise, il le dénoncera avec vigueur et deviendra fauteur de trouble, de schisme et d'hérésie par rapport à l'eucharistie et au sacerdoce entre autres. Il avait oublié l'humilité et la douceur.

Dans le même temps, ce devoir n'était rien d'autre, au fond, que la responsabilité attribuée par le Christ à chaque baptisé. Et il dit également à chacun de nous : “Va, et répare ma maison.” Nous sommes tous appelés à réparer à nouveau à chaque génération la maison du Christ, l'Église. Et ce n'est qu'en faisant ainsi que l'Église vit et devient belle. Et comme nous le savons, il y a de nombreuses façons de réparer, d'édifier, de construire la maison de Dieu, l'Église. Elle s'édifie ensuite à travers les vocations les plus diverses, de celle laïque et familiale à la vie de consécration particulière, à la vocation sacerdotale.

“N'ayez pas peur d'imiter saint François !” Allocution de Benoît XVI aux jeunes à Assise, 17 juin 2007 : En somme, François était un véritable amoureux de Jésus. Il le rencontrait dans la Parole de Dieu, dans ses frères, dans la nature, mais surtout dans sa présence eucharistique. Il écrivait à ce propos dans le Testament : “Je ne vois rien d'autre en ce monde, corporellement, du même très haut Fils de Dieu, sinon son très saint corps et son très saint sang.” La crèche de Greccio exprime le besoin de le contempler dans sa tendre humanité d'enfant. L'expérience de La Verne, où il reçut les stigmates, montre à quel degré d'intimité il était arrivé dans sa relation avec le Christ crucifié. Il pouvait réellement dire avec Paul : “Pour moi, vivre, c'est le Christ.” S'il se dépouille de tout et choisit la pauvreté, le motif de tout cela est le Christ, et seulement le Christ. Jésus est son tout : et cela lui suffit ! Précisément parce qu'il est du Christ, François est également homme de l'Église. Du Crucifié de Saint-Damien, il avait eu l'indication de réparer la maison du Christ, qui est précisément l'Église. Entre le Christ et l'Église, il y a un lien intime et indissoluble. Être appelé à le réparer comportait certainement dans la mission de François, quelque chose de personnel et d'original. 154

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ETHOS DE L’ANAWA

19 Ethos de l’anawa Ne rien posséder Ne pas prêter à intérêt Ne pas épargner Ne pas se défendre Ne pas cultiver l'amertume Ne pas faire de serments Amour des ennemis Pardon des offenses (remettre les dettes) Ne pas faire de procès Total abandon à la Providence, ne s'en remettre qu'à Dieu Non-violence Pratiquer la justice Rupture avec l'esprit du monde = persécution Préférence pour les pauvres : malades, prisonniers, handicapés physiques et mentaux Pardon inconditionnel Le non-jugement Ne pas dire de mal mais bénir Ne pas soupçonner le mal Miséricorde Esprit d'enfance Service Renoncement au pouvoir 156

Pas de hiérarchie sinon celle du service Vivre par la foi Abandon à la Providence Culture de vie, joie, le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant, renoncer aux passions pour vivre passionnément Fraternité Liberté

L'ultime question de notre examen final En étudiant le vocabulaire biblique sur l'anawa on s'aperçoit qu'il ne fait pas de différence entre les pauvres dans l'Esprit, les dépouillés de leur ego par le feu divin et les épreuves de ceux que la vie a accueillis ou rendus pauvres, handicapés et affligés. La Bible ne fait pas de différences entre l'affliction du peuple sous le fouet de l'Egyptien et Moïse rendu humble, pauvre et doux par la transfiguration de l'Horeb et la terrible main de Dieu. Non seulement elle ne fait pas de différence mais elle affirme avec Jésus que les plus pauvres sont les plus proches du Royaume des Cieux comme c'est le cas des prostituées. S'il est un verset angélique c'est bien celui-ci : les prostituées vous devancent dans le Royaume des Cieux ! Nous affirmons dans notre Livre de Vie de la Communauté des Béatitudes, à la suite du pauvre d'Assise, que les pauvres sont nos Seigneurs. Ce n'est pas une formule de style, c'est du réalisme spirituel, une évidence à laquelle il nous faut nous rendre en privilégiant l'accueil des plus pauvres dans nos maisons et en les considérant comme un véritable sacrement de la présence de Dieu parmi 157


ETHOS DE L’ANAWA

ETHOS DE L’ANAWA

nous. N'oublions pas que le seul sujet de notre examen final portera sur l'accueil du Christ nu, affamé, humilié, prisonnier et malade. Qui ne rêverait de connaître le sujet des examens avant de s'y présenter ? Nous, nous le connaissons et nous n'aurons pas d'excuse si nous n'avons pas travaillé à aimer les plus démunis, les dépendants de notre attention pour vivre. L'amour parfait vient de l'anawa car c'est seulement dans l'humilité et les larmes que nous pouvons nous reconnaître pauvres et devenir les réceptacles de l'amour miséricordieux.

Epilogue

Lors du jugement particulier, Jésus ne nous confrontera pas à une liste de vertus, il ne nous jugera pas selon la loi, il ne nous demandera pas si nous avons fait des efforts pour arrêter de fumer, pour chasser les pensées impures, si nous avons jeûné pendant le carême etc. ... Non ! Il nous dira : ce que tu as fait aux plus petits, c'est à moi que tu l'as fait, ce que tu n'as pas fait au plus petit c'est à moi que tu l'as refusé, alors il n'y a pas de place pour toi ici, au Royaume de l'Amour :

Sais-tu qu'être en règle avec une loi, même la meilleure, ne suffit pas à te justifier ?

Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas rendu visite. Ils répondront aussi : Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté ? Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. (Mt 25, 41-45)

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Es-tu pauvre, aimes-tu la pauvreté, aimes-tu ta pauvreté ? Cherches-tu à cacher ta pauvreté comme les pharisiens ou la méprises-tu comme les sadducéens ? Passes-tu ton temps à te justifier aux yeux des autres, aux yeux de Dieu et à tes propres yeux ?

Où sont tes pauvres, aimes-tu les pauvres ? Discernes-tu le corps du Christ dans les pauvres ? Si tu discernes le corps du Christ dans l'Eucharistie, tu dois aussi, sous peine d'incohérence, le discerner dans les autres à commencer par les plus pauvres. Soignes-tu le Christ malade, le visites-tu en prison, l'habillestu dans sa nudité, lui donnes-tu à manger et à boire ? Sais-tu que tu es perdu et malade et que le Christ est le seul médecin de ton âme ? Considères-tu les autres comme supérieurs à toi ? As-tu renoncé à toute forme de pouvoir ? Cherches-tu la dernière place ? Pratiques-tu le shafal, cherches-tu à t'abaisser ? Est-ce que le bien que tu fais, tu l'entoures de secret ? Sais-tu que ton pire ennemi, c'est ton propre personnage ? Sais-

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ETHOS DE L’ANAWA

tu qu'il n'est qu'une illusion ?

As-tu remis ta santé, ta survie matérielle, mentale et spirituelle à la Providence divine ?

... et parfois je rêve que se lève une autre Catherine de Sienne qui ramènera le Pape en sandales à Jérusalem... ce sera alors la fin où l'Eglise sans ride ni tache accueillera le retour du Christ en chantant : “Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! Maranatha !”

Sais-tu que sans la confiance en la miséricorde ta vie est stérile ?

Kigali, 17 février 2009

Vis-tu ta mort et ton baptême ?

Peux-tu dire : “On ne me prend pas ma vie, c'est moi qui la donne ?” Peux-tu dire : “Le Christ est mon amour, il est toute ma vie ?” Dis-tu du bien de ceux qui disent du mal de toi ? Pratiques-tu la louange en toute occasion ? Est-ce que tu te réjouis du mal qu'on dit de toi ? Est-ce que tu bondis de joie dans la persécution ? Vis-tu dans l'attente de la venue du Seigneur ?

L'anawa sera le paradigme central de la Pentecôte d'amour. Que la Vierge Marie, qui a accompagné avec une sollicitude maternelle le chemin de l'Eglise naissante, guide nos pas également à notre époque et nous obtienne une nouvelle Pentecôte d'amour.

Vous pouvez faire un don pour l’impression et diffusion gratuite de ce nouveau livre d’Ephraïm. Même le plus petit don sera le bienvenu !

(Benoît XVI)

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Envoyez votre chèque à l’ordre de “Kinor” à : Kinor, 2250 Route de Mont de Marsan, 40420 Labrit

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Série “L’histoire de l’Eglise” Introduction (CD Réf. 162 à GRATUIT - réservé aux particuliers) 1er Volume : Le 1er siècle (Coffret 2 CD Réf. 114 à 10 E)

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Foi et vie

Pour percevoir Dieu

De la transe à l’extase (CD Réf. 141 à 7 E) La volonté de Dieu... et la mienne ? (CD Réf. 112 à 7 E) Dieu me juge-t-il ? (CD Réf. 145 à 7 E) Honore ton père et ta mère (CD Réf. 129 à 7 E) La chance (CD Réf. 108 à 7 E) Sur le démon... (CD Réf 110 à 7 E) Voir l'invisible (CD Réf. 154 à 7 E) Les dons préternaturels (CD Réf. 115 à 7 E) La vie mystique pour les incapables (CD Réf. 128 à 7 E) Culture du bonheur, devenir riche en restant pauvre (CD Réf. 122 à 7 E) Ma vie avec les morts (CD Réf. 109 à 7 E) Thérèse et Edith, le pinson et le piaf de Dieu (CD Réf. 127 à 7 E)

Série “Faites l’expérience de Dieu avec vos 5 sens” Introduction : 5 sens pour percevoir Dieu (CD Réf. 118 à 7 E) Le toucher pour percevoir Dieu (Coffret 2 CD Réf. 119 à 10 E) La vue pour percevoir Dieu (Coffret 2 CD Réf. 125 à 10 E) L’odorat pour percevoir Dieu (Coffret 2 CD Réf. 126 à 10 E) L’ouïe pour percevoir Dieu (Coffret 2 CD Réf. 131 à 10 E) Le goût pour percevoir Dieu (Coffret 2 CD Réf. 132 à 10 E)

Connaissance de soi et science de l’humain Psychologie et vie spirituelle (CD Réf. 117 à 7 E) Cerveau droit, cerveau gauche (CD Réf. 156 à 7 E) Mon monde, mon système immunitaire (CD Réf. 160 à 7 E) La maladie, le mal a dit (CD Réf. 123 à 7 E) L’homéopathie, danger ou bienfait ? (CD Réf. 120 à 7 E) D’où nous viennent ces étranges désirs ? (CD Réf. 116 à 7 E) Qui suis-je pour mes parents ? (CD Réf. 106 à 7 E) Ma part d’ombre (CD Réf. 139 à 7 E) Les rêves (CD Réf. 134 à 7 E) Le pacte inconscient (CD Réf. 107 à 7 E) Qu'est-ce que l'hypnose ? (CD Réf. 163 à 7 E) La mémoire (CD Réf. 168 à 7 E) Pathologie : la personnalité paranoïaque (CD Réf. 170 à 7 E) Série “Les mécanismes de défense” 1ère partie : Une arche de Noé dans la tête (CD Réf. 146 à 7 E) 2ème partie : Projection et spiritualisation (CD Réf. 147 à 7 E) 3ème partie : Le déni et l'introjection (CD Réf. 149 à 7 E)

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Vivre une méditation Père pardonne-leur (CD Réf. 151 à 7 E) L’esprit d’abandon, Ps 131 (CD Réf. 152 à 7 E) Touché par Dieu bébé (CD Réf. 148 à 7 E) La repentance, Ps 51 (CD Réf. 158 à 7 E) La Sainte Face (CD Réf. 159 à 7 E) La nature comme 5ème évangile (CD Réf. 164 à 7 E) Le regard du Bien-Aimé (CD Réf. 165 à 7 E) L'hymne à l'amour (CD Réf. 171 à 7 E) Au milieu de la nuit, dans la souffrance et l’épreuve

(CD Réf. 172 à 7 E)

Pour commander : s sur notre site kinor.biz s sur papier libre : - indiquer la référence, le titre et la quantité de l’article - ajouter à votre commande 5 E de participation aux frais de port (Dom-Tom et étrangers 10 E) Une manière simple de nous soutenir, faites un don en arrondissant votre paiement ! Envoyez votre commande avec le règlement à l’ordre de “Kinor” à : Kinor, 2250 Route de Mont de Marsan, 40420 Labrit (France) 05 58 51 03 57 - contact@kinor.biz - www.kinor.biz

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Formation - Stages - Retraites Ecole de formation à la Relation d’Aide

8 Elle propose une véritable synthèse scientifique mettant en jeu les plus récents travaux et découvertes de la personnalité humaine en matière de thérapie. 8 Elle décerne un diplôme de "Praticien en Relation d'Aide" à tout stagiaire qui suit intégralement les 5 MODULES et dont les compétences sont reconnues par l'équipe d'encadrement.

Une formation de qualité certifiante avec nos formateurs et encadrants : Marco La Loggia (Thérapeute-Analyste-Clinicien, PNL, diplômé de l’EPC) Emilie Pécheul (Thérapeute-Analyste-Clinicien, PNL, Psychogénéalogie, Thérapie Systémique, diplômée de l’EPC), Anne Denoual (Psychothérapeute, diplômée de l’IFHE) Vous êtes responsable d'un groupe, de jeunes, de familles ? Vous faites beaucoup d'écoute ? Vous devez donner des conseils, encourager ou encadrer des personnes ? ...

dans un cadre magnifique de la forêt des Landes... Pour vous aider nous proposons au sein de notre Association Kinor une stratégie pédagogique sur 5 MODULES pour l'acquisition d'un savoir complet couvrant les aspects de l'individu et du groupe dans son évolution psychologique, spirituelle, de son épanouissement humain à sa réalisation vocationnelle. 8 Cette Ecole de formation à la Relation d’Aide s'adresse à tous, et en particulier à tous ceux qui dans leurs activités doivent gérer des relations humaines : Assistantes sociales, enseignants, directeurs d'établissements scolaires, PDG, commerciaux, DRH, infirmières, médecins, psychiatres, religieux, aumôneries, professionnels des médias mais aussi tout un chacun sont venus parcourir le cycle des 5 MODULES.

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MODULE 1 : Comprendre et améliorer la communication w acquérir une capacité d'écoute maximale w écouter avec tous ses sens w se connaître pour connaître les autres (ennéagramme) w bases Programmation Neuro Linguistique w les distorsions cognitives : imaginaire et réalité… MODULE 2 : L’homme, ses ressources, ses défenses w découvrir ses ressources humaines et spirituelles w comprendre ses mécanismes de défense w retrouver la mémoire des blessures et les changer MODULE 3 : En finir avec le passé pour ouvrir l'avenir w remodelage du temps w mémoire de l'Arbre Généalogique w reconnaître les pathologies et savoir quand on peut intervenir MODULE 4 : Croyances et Santé w foi et croyances w croyances limitantes w métaphore de la vie, du corps et de la maladie MODULE 5 : Visite des profondeurs w la communication inconsciente w bases de l'hypnose ericksonienne w rééducation de la sensorialité et des puissances de l'âme w communication avec soi-même et avec Dieu Il est indispensable de commencer par le MODULE 1 !

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Stages de guérison Enseignements, entretiens individuels, apprentissage concret par des exercices thérapeutiques.

Réenchanter sa Généalogie (3 jours) animé par Emilie Pécheul et Marco La Loggia Nous sommes porteurs de l'histoire, la nôtre, celle de nos parents et aïeux, celle de notre pays… qu'en faisons-nous et que fait-elle de nous ? Un stage de guérison essentiel pour vivre le pardon et la réconciliation de notre histoire, vivre de véritables libérations dans une responsabilité personnelle assumée. Dans ce stage un travail systémique sur la généalogie et l'histoire familiale sera proposé à chaque stagiaire.

Estime de soi - lâcher prise (4 jours) animé par Marco La Loggia et Emilie Pécheul L'amour de soi a soulevé bien des méfiances voire du mépris et de l'aversion. Stress, angoisses, souffrances… autant de choses qui une fois lâchés nous font entrer dans la vrai relation. Un stage fondamental de guérison pour mieux vivre la relation à soi-même.

Retraites et WE spirituels animés par le Père Jean Emmanuel Pendant 4 jours (retraite) ou 2 jours (Week-End) nous vivrons ensemble et dans le Cœur de Marie, Mère de l'Extrême Miséricorde, des temps d'enseignement et partage, d'adoration, de louange, de prière pour la guérison.

Art et créativité

(3 jours) guidé par Esther Strub, formatrice en Art Plastique Ce stage d'expression artistique à travers le dessin, la couleur et les formes, vous propose d'épanouir vos capacités créatrices.

Demandez-nous le programme gratuit de nos sessions ! Pour toutes informations et inscriptions : Kinor, 2250 Route de Mont de Marsan, 40420 Labrit 05 58 51 03 57 - contact@kinor.biz - kinor.biz

La Communication Non Violente - 100% positif (4 jours) animé par Marco La Loggia et Emilie Pécheul Le concept de non-violence recouvre celui de l'amour des ennemis. C'est le chemin de la douceur et du pardon. Mais c'est un chemin difficile qui s'apprend et passe par la guérison. Ma parole peut détruire ou construire, rabaisser ou édifier. Pour changer notre rapport au monde, aux proches, renouveler nos liens familiaux voici un stage de guérison qui changera votre vie au quotidien. Oser la vie - Vis et deviens (4 jours) animé par Anne Denoual et Emilie Pécheul Ce stage vous est proposé pour un parcours thérapeutique : il consiste à revisiter votre vie et la mettre à la lumière de l'abondance qu'elle offre, aller vers vous et mieux vous déployer sous le regard de Dieu. Les questions abordées sont notamment : les blessures de l'enfance, les peurs, la liberté, nos limites et leurs dépassements. Nous nous laisserons entourer de la douceur de la Vierge Marie.

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La Revue gratuite “Des Mots pour Guérir” L’abonnement à cette revue trimestrielle est gratuit ! Mais vous pouvez nous soutenir par une participation libre. A titre indicatif un abonnement pour 1 an nous revient à environ 15 .

Abonnez-vous à cette revue ! Vous y trouvez : - Des questions brûlantes et passionnantes du monde d’aujourd’hui, comme : Le désir de guérir (épuisé) ; La communication inconsciente (épuisé) Le sens de la maladie (épuisé) ; La méditation (épuisé) ; Le sommeil (épuisé) ; L’estime de soi (n°6) ; La transe (n°7) ; L'extase (n°8) ; La communication nonviolente (n°9) ; Les rêves (n°10) ; La mémoire (n°1 1) - Un sujet traité par l’avis d’un médecin - Un thérapeute un patient, un “état problème” est raconté et commenté - Un visage une vie, présentation d’une personnalité en lien avec son profil psychologique (Charles de Foucauld, Gandhi, Martin Luther King, Sr Emmanuel du Caire...) - Humanitaire, notre présence en Afrique - Un exercice pour guérir, métaphore, bibliographie… - les nouveautés de CD conférences et livres

Demandez-nous un n° gratuit ! Pour toutes informations : Kinor, 2250 Route de Mont de Marsan, 40420 Labrit 05 58 51 03 57 - contact@kinor.biz - kinor.biz

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Les versets angeliques