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Apprendre à regarder pour savoir aimer

« M

auvaise nouvelle pour les jardins : rien n’est moins cultivé aujourd’hui dans les sociétés occidentales que l’art du regard. On peut bien le dire, il existe aujourd’hui un gouffre entre la vertigineuse richesse du monde visible et l’extrême pauvreté de la perception que nous en avons. » Ainsi s’exprime Robert Harrison, professeur à l’université de Stanford (1). Il observe que ses étudiants, le nez dans leurs écrans, « ne sont plus du tout capables de voir le monde visible, sinon de manière périphérique et grossière (…) C’est comme si un dispositif de masquage avait fait disparaître les bois, les cours, les jardins, les fontaines, les œuvres d’art, les espaces verts et les monuments ». Car notre vision n’est pas neutre. Elle change avec notre mode de vie. Ainsi, « avec les codes de perception actuels, voir ce qui est sous nos yeux devient de plus en plus difficile : une grande partie du monde visible reste hors cadre ». C’est vrai, nous ne savons plus regarder. En visitant un jardin, nous remarquons à peine ce qu’ils présentent à nos yeux : la couleur, la fraîcheur, la gaieté, la lumière… Et nous discernons encore moins ce qui est caché : la façon dont le jardin s’insère dans le paysage, ses perspectives, son ordonnancement, sa structure. Nous ne soupçonnons pas que la rigueur d’un géomètre a présidé à l’élaboration des broderies de buis, ni que le nombre d’or a servi de base pour déterminer la longueur des bordures… Néanmoins, nous

sommes sensibles à l’harmonie, à l’impression d’équilibre qui s’en dégage. Et puis, visiter un jardin exige que l’on prenne son temps, « le temps long auquel notre époque n’a plus de temps à consacrer ». Bien souvent nous nous contentons de parcourir les allées sans nous arrêter, sans nous pencher sur une fleur, admirer une perspective, savourer les jeux de lumière dans les feuillages… tout ce que les jardiniers ont mis tant de soin, tant d’art, tant de patience à faire naître. Et puis dans un jardin, il faut revenir, et revenir encore. Tout pousse et se transforme - la nature fait son œuvre, le jardinier aussi, qui ne cesse de l’accompagner en modifiant la composition de ses plates-bandes, en élaguant, en taillant, en remplaçant des plantes par d’autres qui se fondront mieux avec le décor toujours changeant. On ne se promène jamais deux fois dans le même jardin. C’est pourquoi il nous faut ouvrir les yeux sur ses charmes visibles et apprendre à en déceler le dessin invisible, tout en se laissant envahir par le sentiment de bien-être et d’harmonie totale que procurent ces espaces privilégiés. Comme on peut le lire, gravé dans la pierre, dans un de ces endroits fabuleux (2) : « On est plus près du cœur de Dieu dans un jardin Que n’importe où ailleurs sur la Terre ». Catherine Forestier

(1) Robert Harrison, Jardins, réflexions sur la condition humaine (éditions le Pommier, octobre 2007) (2) Le jardin de Compton Acres, dans le Dorset (pp. 42-43)

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JARDINS DE SAVOIR

PRÉFACE

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Du jardin « à visiter » au jardin « à vivre »

JARDINS DE VOYAGE

14 16 18 20 22 24 25

Le jardin botanique de Vauville Parc et serres Emmanuel-Liais Jardins du château de Bellenau Le jardin japonais du Havre Les Jardins suspendus du Havre Parc du château du Champ de la Pierre Ventnor Botanic Garden

JARDINS DE PARAÎTRE

28 30 32

34 36 38 40 41 42

Parc du château de Balleroy Jardins du château du Champ de Bataille Le Parc des Enclos (Parc Calouste Gulbenkian) Parc et jardins du château de Canon Jardins du château de Brécy Jardins du château de Vendeuvre Les Jardins du Prieuré Jardins du château de Sassy Compton Acres

JARDINS DE PARADIS

46 48 50 51 52 53 54 56 58

Le Vasterival Le Parc du Bois des Moutiers Les Jardins du Pays d’Auge La Collection Shamrock Sheffield Park Garden L’Abbaye Sainte-Marie The High Beeches Bateman’s Athelhampton House Gardens

JARDINS DE PÉPINIÉRISTES

62 64 66 68 70 72

Les Jardins de Bellevue Le Jardin Plume Les Jardins de Castillon (Plantbessin) Le Jardin François Le Jardin d’Elle Borde Hill Garden

76 78 80 82 84 85

86 87

L’Arboretum d’Harcourt Le Jardin public de Bayeux Le Jardin des plantes de Caen Sir Harold Hillier Gardens Jardin de la Petite Rochelle Jardin du musée Flaubert et d’histoire de la médecine Parc et potager du château de Miromesnil Parc et potager du château de Bosmelet

JARDINS DE SYMBOLE

90 92 94

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Jardin du château de Boutemont Parc et jardins du château du Tertre Le jardin du cloître du Mont SaintMichel Jardins du château de Bois-Guilbert

JARDINS DE PERSONNALITÉ

100 103 104 106 108

 e jardin de Claude Monet à Giverny L Le Jardin des Personnalités Le Jardin Christian Dior Minterne Magna Great Dixter

JARDINS DE PASSION

112 114 116 118 120 122 124 126

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Le Clos du Coudray Les Jardins Agapanthe Les Jardins d’Argences Les Jardins d’Angélique Le Jardin de Jumaju Exbury Gardens Sissinghurst Castle Garden La roseraie du château de Mesnil-Geoffroy Pashley Manor Gardens

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 UTRES PARCS ET JARDINS A À DÉCOUVRIR

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 HY WE SHOULD ALL W FOLLOW THE GARDEN PATH


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Du jardin « à visiter »  au jardin « à vivre »

ommes-nous entrés dans une nouvelle « ère des jardins » ? J’aime à le penser et à le croire. Petit à petit, durant ces trente dernières années, de nombreux jardins se sont ouverts au public à la suite de quelques pionniers comme le Vasterival, le Bois des Moutiers ou encore les Jardins de Plantbessin. Certains, malgré leur création

récente comme le Jardin Plume ou encore Champ de Bataille, font déjà figure de référence, et assurent la renommée de la Normandie des jardins tant en France qu’à l’étranger. Les jardins du Sud de l’Angleterre sont, par ailleurs, toujours aussi attirants pour nous, car ils nous permettent d’y découvrir ou d’y redécouvrir des plantes « nou-

Dans des styles très différents, deux des plus beaux jardins de Normandie : le jardin romantique de Claude Monet à Giverny, dans l’Eure…


velles » et autrefois jugées « non rustiques » que les variations climatiques actuelles nous permettent désormais de tenter chez nous. Vue d’un peu plus loin, la Normandie apparaît comme un « nid » de jardins, plus riche et plus diversifié encore que peuvent l’être d’autres grandes régions de jardins comme le Périgord ou la Côte d’Azur. On y trouve un concentré de jardins, il y en a pour tous les goûts : pour ceux qui aiment voyager, ceux qui privilégient l’apparence et la maîtrise ou encore le savoir, ceux qui se passionnent pour la symbolique, etc. Parmi les propriétaires des jardins ouverts au public, on retrouve bien sûr des pépiniéristes, soucieux de montrer des « modèles » à leurs clients, mais aussi (et surtout) des passionnés, soucieux de partager leur amour des plantes et de transmettre à leurs visiteurs ce que leur coin de paradis leur apporte. Visiter un ou plusieurs jardins permet donc à chacun d’approfondir ses connaissances botaniques, d’échanger des expériences avec leurs propriétaires ou leurs guides, mais aussi de trouver l’inspiration pour créer ou faire évoluer son propre jardin avec des idées nouvelles. Ces idées proviennent tout autant des jardins « historiques », qui conservent la mémoire d’un savoir-faire et d’un mode de pensée ancien, que des jardins nouveaux, dont les plus réussis font à leur manière la synthèse des différents courants d’idées actuels. Si, d’après la question posée plus haut, nous entrons dans une nouvelle « ère » des jardins, nous vivons probablement la période la plus excitante, celle où tous les courants se mélangent, s’interpénètrent et se nourrissent les uns des autres. Par exemple, le soudain regain d’intérêt pour les topiaires et les structures taillées, allié à la mode des graminées et des vivaces rustiques d’aspect …et la construction rigoureuse du jardin à la française (Brécy, Calvados)

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naturel, produit des jardins particulièrement intéressants et représentatifs de notre époque. L’introduction de dizaines de plantes nouvelles, certaines de création horticole, d’autres nouvellement découvertes dans la nature, multiplie les possibilités créatives : ainsi les jardins deviennent plus riches, plus parfumés, plus « persistants », et ils restent beaux, attrayants, colorés, même au cœur de l’hiver… La crise écologique a remis en évidence l’importance d’une culture saine des légumes et des fruits récoltés dans les jardins particuliers. La crise économique pointe l’importance des dépenses que chacun peut économiser en cultivant un potager… Tout cela montre un étonnant paradoxe : les styles de jardins se multiplient, les tendances s’accélèrent et se succèdent, les plantes et les idées nouvelles fusent de partout mais, loin d’être abrutissante, cette cacophonie autour du jardin se révèle très bénéfique. On voit en effet peu à peu émerger une nouvelle « culture » du jardin en France, et peut-être un nouveau « jardin à la française », un style qui marquera ce début de siècle par son aptitude à nous permettre de vivre mieux, de retrouver nos liens avec la nature, de compenser nos modes de vie hyper-technologiques. Peut-être l’histoire se répète-t-elle. Peut-être vivons-nous le même type de « ferveur » horticole que celle qui a fait la dernière grande époque des jardins en France, à la fin du xixe et au début du xxe siècle, période où existaient de formidables pépinières (qui fournissaient la Couronne d’Angleterre !), des obtenteurs de génie (comme la famille Lemoine à Nancy) qui ont rapidement mis à profit la manne de nouvelles plantes découvertes en Chine et ailleurs dans le monde. Borde Hill (West Sussex) Le Vasterival (Seine-Maritime) Le Clos du Coudray (Seine-Maritime)

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Allons-nous donc vers un nouveau jardin à la française ? Oui, assurément. Basé sur nos racines : le dessin, l’ordre, la symétrie, les rythmes, mais aussi la productivité et l’aspect « rentable » des cultures ; influencé par les jardins anglais, et l’importance des plantes, leur aspect esthétique ; et désormais dominé par le souci de s’intégrer à la nature, de ne pas la brusquer ni de la contredire. Les jardins deviennent les premiers endroits de nature, les points de contact, les interfaces entre l’homme moderne et la nature. Ils seront plus que jamais des espaces-clés, des espaces-tampons entre la vie sauvage et la vie domestique. À la croisée des influences, les jardins particuliers de demain seront donc très probablement dessinés mais « sauvages », ornementaux mais aussi productifs. Ce seront des lieux de vie et de loisirs pour la famille, mais aussi des espaces biotechnologiques où l’on pourra par exemple purifier les eaux usées, mais aussi tirer l’énergie nécessaire à la climatisation de la maison pour réduire l’impact de la vie humaine sur le reste de la nature. N’oublions pas que planter, des fleurs, des arbustes, des arbres, c’est encore le moyen le plus efficace de stocker le carbone et de purifier notre atmosphère, de susciter des micro-climats qui influencent le climat en

général… Une solution tellement simple que personne ne semble y penser. Lorsque l’on compare le jardinage avec les différents arts, on trouve de nombreuses similitudes avec la musique, la peinture, la sculpture. Mais l’art du jardinier est bien plus complexe encore car il mélange les techniques de tous les autres, en y ajoutant l’influence des temps, « celui qui passe » et « celui qu’il fait ». Pour cette raison, le jardin est sans doute plus qu’un art, c’est un art de vivre, mieux encore, un art de vivre bien. N’est-ce pas la raison pour laquelle tous les jardiniers sont des gens heureux ? Et qui souvent vivent vieux ? Vous trouverez sans doute dans chacun des jardins présentés dans ces pages un morceau de paradis. Recueillez-le simplement, ajoutez-le à ceux que vous avez déjà trouvés ou à celui qui prend forme sur votre propre lopin, qu’il soit vaste ou grand, petit ou minuscule. La plus grande évolution du jardin, des jardins, est là : ils font désormais partie intégrante de notre vie et offrent à tous la solution d’une vie meilleure. Alors oui, le xxie siècle ouvrira une ère nouvelle des jardins, ou il ne sera pas !

Parc du château de Vendeuvre (Calvados)

Le jardin Christian-Dior à Granville (Manche)

Didier Willery


jardins de voyage jardins de paraĂŽtre jardins de paradis jardins de pĂŠpiniĂŠristes jardins de savoir jardins de symbole jardins de personnalitĂŠ jardins de passion


Le jardin botanique de Vauville

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Yucca gloriosa, cordylines australes, eucalyptus taillés en voûte forment une perspective inattendue vers le « Jardin de la sagesse » où poussent pivoines et sauges de Jérusalem Trachycarpus fortuneii, Brahea armata, Eucalyptus pauciflora, Cyprès de Lambert, Magnolia figo poussent sans retenue dans cet ancien pré transformé en une surprenante oasis subtropicale Hébés, véroniques, hellébores, proteas ont trouvé à Vauville un biotope adapté à leur adaptation en bord de mer

ui aurait pu imaginer, en 1947, quand Éric et Nicole Pellerin ont créé le jardin botanique de Vauville dans la Hague, à la pointe nord-ouest du Cotentin, qu’un jour y prospérerait une flore australe très sensible au froid ? Il fallait beaucoup de passion et de ténacité et un esprit pionnier pour planter sur ces falaises où seules les bruyères semblaient avoir droit de cité. Le vent d’ouest, chargé du sel des embruns, est redoutable. Il assèche, déchire et taillade la végétation. Seule solution pour le contrer : installer des haies brise-vent naturelles. Bambous, palmiers, phormiums… Les végétaux les plus robustes ont été associés en masse pour protéger les plantes les plus délicates des assauts des tempêtes. En aménageant ce jardin, vert toute l’année, Éric Pellerin a relevé avec brio le défi de la nature. Palmiers de Nouvelle-Zélande, eucalyptus de Tasmanie, bananiers et autres plantes subtropicales ont fini par admettre qu’ici, autant qu’ailleurs, la vie est bonne à prendre. Après Éric Pellerin, Guillaume, son fils, architecte et paysagiste, et son épouse, Cléophée de Turckheim, ont agrandi le jardin autour du château familial, utilisant les formes naturelles du terrain. Il s’étend aujourd’hui sur quatre hectares, jusqu’à une immense terrasse en pelouse qui donne sur la mer et l’île d’Aurigny. Le ruisseau qui courait dans les champs a été canalisé pour alimenter différents bassins où les Gunnéras, les Crinums osmondes royales et des dizaines d’autres plantes aquatiques poussent sans contrainte. Çà et là, quelques notes de couleur percent dans les chambres de verdure. Tout l’hiver, l’arbuste aux lanternes du Chili expose ses coquets boutons rouges. Plus loin, le feuillage chocolat de la Cordyline australis purpurea ne laisse personne insensible. Près du château, la voûte bleue des eucalyptus, vrillés par la tempête dévastatrice de 1987, offre une halte apaisante aux promeneurs. Au fil de la visite, un paysage sonore naturel et saisissant se dessine. Le roulement des galets dans les vagues fait écho au murmure du vent qui fait frissonner les bambous. Dans le jardin, de style japonais, les pistes se trouvent brouillées : le bruit de la mer résonne en fond, alors que des dizaines de grenouilles vertes plongent dans un bassin d’eau douce empierré. Il se dégage du jardin une apparente facilité, l’impression qu’il n’y a pas de jardinier. Les plantes poussent dans un apparent désordre poétique, offrant un spectacle renouvelé tout au long de l’année. Château et jardin botanique de Vauville 50440 Vauville - tél. 02 33 10 00 00 - www.jardin-vauville.fr


Parc et serres Emmanuel-Liais

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mmanuel Liais, astronome responsable de l’observatoire de Rio de Janeiro, était passionné de sciences, d’aventures et de botanique. Il a trouvé à Cherbourg, dans le jardin de son père, un lieu pour planter les essences qu’il rapportait de ses voyages. Un horticulteur cherbourgeois, César Cavron, l’aida, à partir de 1878, à construire et aménager les premières serres. Le parc fut inauguré en 1885. Mais c’est en 1893 que le lieu atteignit sa dimension actuelle par l’achat de parcelles supplémentaires. Sans descendance, Emmanuel Liais légua à sa mort, en 1900, la majeure partie de ses biens à la Ville de Cherbourg. Achevées en 1883, les serres couvraient une surface de 900 m2 comprenant dix espaces de températures différentes. Aujourd’hui, deux espaces sont accessibles au public : les serres tropicales humides (18 à 22 °C, air humide : hygrométrie de 70 à 80 %), l’une à bananiers et l’autre pour les plantes de Guyane, du Brésil, d’Océanie, du Mexique, des Antilles et d’Afrique de Sud, et la serre tropicale sèche (environ 16 °C, air sec : hygrométrie 30 %), plus récente, dont la collection vient essentiellement du jardin botanique de Monaco. Les 510 m2 des deux serres abritent 421 variétés de plantes. Les serres de collections ne sont pas ouvertes au public mais regorgent de trésors, comme ceux de la collection d’orchidées. Depuis 2002, le parc est géré selon un mode « zéro produit chimique ». On favorise en outre la taille douce par respect de l’environnement. Les jardiniers ont toujours été attentifs à la conservation de la vocation de jardin d’acclimatation du parc, en replantant toujours la même espèce ou variété à la place d’un arbre disparu. Le parc est ouvert en juin-juillet-août de 8 h à 19 h 30 ; le reste de l’année, les horaires varient en fonction des saisons. Les serres sont ouvertes en semaine de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Les week-ends de mai à septembre, les samedis, dimanches et jours fériés de 10 h à 12 h. Visites et entrée libres.

Serre aux bananiers Serre tropicale humide

Parc et serres Emmanuel-Liais Rue de l’Abbaye 50100 Cherbourg-Octeville tél. 02 33 53 12 31 www.ville-cherbourg.fr


Jardins du château de Bellenau

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Le chemin qui mène aux fausses ruines Le verger fait partie intégrante de la visite des jardins Près du jardin japonais « Léon », le paon

es jardins de Bellenau sont nés d’un rêve, celui de Pierre-Joseph La Fosse. En 1848 - il a vingt ans - le jeune homme, alors étudiant en médecine, hérite de la fortune de son père. Il consacrera le reste de sa vie à réaliser ce rêve d’un jardin planté d’arbres rares entourant des lacs ornementaux. Quarante ans et l’aide de 200 ouvriers seront nécessaires à l’aménagement de l’espace. Le cours d’un affluent de la Douve a été détourné pour créer des canaux et un petit lac, formant des îles. Certaines se rejoignent grâce à l’un des dix ponts, d’autres ne sont accessibles qu’en bateau. Le mélange des essences donne une saveur toute particulière et très changeante tout au long de la visite : des cavernes, des passages souvent secrets, des plantes tropicales et subtropicales, des « miniforêts »… Les jardins et leurs collections de bulbes et de vivaces ont servi de base à son concepteur pour ouvrir une école de botanique. Quelques prix sont aussi venus récompenser ce travail avec en 1857, un prix du plus grand palmier de France, ou en 1882, cette médaille remise par la société de Linnene en Normandie pour avoir réussi la culture de palmiers chinois dans la région. À la mort de Pierre-Joseph La Fosse, en 1897, la propriété est vendue et une grande partie des jardins détruite. Ce n’est qu’en 1998, lorsque Stephen Aldridge, l’actuel propriétaire, rachète le château de Bellenau que le bâtiment, ses dépendances et les jardins sont restaurés. Les visiteurs peuvent à nouveau arpenter les chemins bordés de fougères, d’arbres et d’arbustes au bord des trois hectares d’étang aménagés et y croiser « Léon », le paon. La promenade permet de passer d’île en île, de traverser les grottes ou d’entrer dans la petite chapelle néo-gothique à côté de laquelle un banc en pierre permet de s’asseoir pour observer, en hauteur, les jardins éclairés d’un puits de lumière. Plus loin, au centre du parc, il suffit de gravir les quelques marches du jardin japonais pour se retrouver dans un lieu de méditation. Ceux qui souhaitent se procurer plantes vivaces et arbustes peuvent se fournir à la pépinière installée à la place du potager. On peut aussi profiter de cette ambiance champêtre en restant dormir dans un des gîtes installés dans les dépendances du château, autour de la cour. Visite payante, sur rendez-vous uniquement. Château Bellenau - 6, rue du Bel Esnault 50500 Saint-Côme-du-Mont - tél. 02 33 71 30 48 www.bellenau.com - bellenau@wanadoo.fr


Le jardin japonais du Havre

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Si près du centre du Havre, une parcelle du pays du Soleil levant Les jeux de l’ombre et de la lumière sont ici particulièrement étudiés Le « tsukubaï »

l est discret, ce petit jardin implanté au sein du Grand Port maritime du Havre. Sur une carte de la ville, il faut tout d’abord repérer une masse verte pour ensuite en faire le tour et accéder à l’entrée par une lourde porte en bambou. Et sans rendez-vous, il y a peu de chances qu’elle s’ouvre. C’est que le jardin japonais se mérite ! Alors que le Port du Havre participait à la construction d’un musée du vin à Osaka, le port japonais faisait de même pour la création du jardin au Havre pour sceller son jumelage avec celui-ci en 1980. Ce lieu, conçu par les architectes paysagistes Samuel Craquelin et Yasuko Miyamae, a été inauguré en 1993. Il est agrémenté de pièces japonaises authentiques, anciennes et récentes, comme le portail ou les ponts. L’îlot vert de 2 200 m2 est cerclé d’une « ceinture végétale protégeant du vent et des regards extérieurs ». Cette intimité en fait un lieu de méditation. Chaque pas dévoile un nouveau tableau. Le parcours propose un cheminement au travers de quatre thèmes de la vie : la naissance à l’est, la maturité au sud, la maladie à l’ouest et la mort au nord. Cette « parcelle du pays du Soleil levant » se compose d’une multitude de symboles dans les éléments minéraux, végétaux et la vie animale, symbolisée par les carpes Koï dont les premières sont arrivées en Concorde en 1994. La découverte du lieu s’organise autour de l’étang central. Scindé en deux par le pont qui le traverse, il associe océan Pacifique et océan Atlantique. Le visiteur est accueilli par un tsukubaï - pierre creusée servant à la purification rituelle - et une lanterne du xviiie siècle, symbole de la lumière divine. Ensuite, il faut chercher du regard les vagues taillées dans les petites haies - symboles d’évasion -, le ginkgo - le seul être vivant ayant résisté au bombardement d’Hiroshima -, ou encore l’île de la Tortue, symbole de longévité, qui évoque notamment un lien profond entre les ports d’Osaka et du Havre. Autour de cette petite île coulent deux rivières, l’une féminine, le Yin, et l’autre masculine, le Yang, qui se retrouvent dans les océans, autres symboles des pays et près d’un espace consacré à la méditation et à la cérémonie du thé. Les différents végétaux du jardin changent de couleur au fil des saisons. Le choix des plantes, des matériaux, des aménagements, de l’entretien… ont tout un sens dans ce jardin. Entrée payante. Jardin japonais du Grand Port maritime du Havre - Quai Lamandé 76600 Le Havre - Pour les réservations et les visites guidées en semaine, contacter le Grand Port maritime du Havre (tél. 02 32 74 74 00) et le week-end, contacter l’Office de tourisme du Havre (tél. 02 32 74 04 04).


Les Jardins suspendus du Havre

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La serre du sud-ouest présente notamment une collection d’orchidées Une Broméliacée En bas : le fort de Sainte-Adresse est devenu un lieu de promenade dédié au monde des plantes

e fort de Sainte-Adresse, sur les hauteurs du Havre, domine la rade, l’estuaire, la plage, la ville reconstruite et le port. Par beau temps, on peut apercevoir Honfleur ou Deauville. Le fort est depuis 2000 la propriété de la Ville du Havre. Il a été décidé d’en faire un lieu de promenade dédié au monde des plantes, avec notamment les serres municipales et leurs collections. Le projet était d’inviter le visiteur au voyage par un circuit sur les contreforts l’emmenant de bastion en bastion, sur les traces des grands botanistes explorateurs normands, notamment ceux du xviiie siècle, Pierre d’Incarville et Julien Houttou de La Billiardière. C’est par les explorateurs contemporains que la promenade commence. Au sud-ouest, dans le bastion ont été plantées des variétés d’acacias, d’érables ou de jasmins récemment introduites en France. Ce jardin évolue au gré des plantations de nouvelles espèces rapportées par des botanistes explorateurs. Direction le bastion nord-ouest. Le jardin d’Amérique du Nord est protégé du vent, mais pas de la lumière. Au milieu des chênes et des frênes, des espèces ornementales découvertes à la fin du xviiie et au xixe siècle ont été plantées : arbre aux anémones, cornouillers à fleurs, magnolia à grandes feuilles, kalmia à fleurs larges, érable de Pennsylvanie, pavier blanc, hortensia à feuilles de chêne et symphorine à fruits blancs. Dans le jardin du nord-est, celui de l’Asie orientale, se trouvent des espèces rapportées de Chine et du Japon depuis le xviiie siècle. Ce sont des bambous rustiques, des cerisiers-fleurs, des hamamélis, des hydrangéas, des pivoines, des glycines mais aussi des érables du Japon et des Abelia. Dans le jardin austral, au sud-est du fort, les plantes des régions tempérées de l’hémisphère Sud ont trouvé leur place, comme les véroniques arbustives de Nouvelle-Zélande, les Alstrœmeria du Chili ou l’Eucalyptus coccifera de Tasmanie. Chaque partie des Jardins suspendus présente des espèces telles qu’elles se trouvent dans la nature, sans hybridation ni amélioration, en hommage aux explorateurs qui les ont rapportées. La serre du nord-ouest est composée d’une serre tropicale et d’une serre qui abrite des plantes de climat sec provenant des Canaries, du Mexique et d’Afrique du Sud (cactées, succulentes…) La serre du sud-ouest contient plusieurs collections (orchidées, bégonias, Peperomia, Acanthacées, Gesnériacées, plantes carnivores) ainsi qu’une présentation des plantes utiles à l’homme. Entrée libre pour les jardins. Entrée payante (un euro) pour les serres. Jardins suspendus du Havre - Rue du Fort - 76620 Le Havre tél. 0 800 35 10 11 Réservations auprès du service Animation du patrimoine (tél. 02 35 21 27 33).


Parc du château du Champ de la Pierre

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ur le territoire du parc naturel régional Normandie-Maine, un peu en dehors du village du Champ de la Pierre, c’est en cherchant attentivement une plaque « Jardin remarquable » accrochée à l’entrée, que l’on trouve le château du Champ de la Pierre, appartenant à la famille d’Andigné. Le domaine ne se visite que pendant la période estivale. Il y a tout d’abord le jardin potager, aménagé de manière esthétique. Artichauts, framboises ou pommes sont cultivés dans des parcelles qui, plutôt que d’être aménagées en petits carrés, le sont en cercles. Juste à côté, se trouvent une roseraie et le jardin de la Vierge, faisant honneur à une statuette de la Vierge à l’Enfant. Pour rejoindre le parc, il faut s’engager dans une longue allée de hêtres plantés en 1785. Le parc entoure un étang, et offre sur celui-ci de multiples points de vue. Deux petits ports lui donnent un contexte champêtre. Il y a aussi une charmante chaumière dont l’intérieur est recouvert de boiseries Louis XV. Un labyrinthe composé de plusieurs chambres abrite un ginkgo biloba un peu surélevé qui permet d’observer le plan d’eau. Le bois est propice à la promenade, et aux surprises, avec notamment un kiosque autour duquel les allées s’éparpillent. Ouvert du 14 juillet au 30 septembre de 10 h à 12 h et de 14 h 30 à 18 h 30. Entrée payante.

L’allée des hémérocalles

Parc du château du Champ de la Pierre 61320 Le Champ de la Pierre - tél. 02 33 27 21 70


Ventnor Botanic Garden

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imon Goodenough n’a jamais désespéré. Le conservateur de Ventnor Botanic Garden, sur l’île de Wight, a réussi à sauver le jardin d’une mort certaine. Touchées par le froid en 1986, puis par la tempête en 1987, les plantations, fruit d’un dur travail d’une quinzaine d’années (le jardin a été créé en 1969 par Sir Harold Hillier), avaient presque été anéanties. Mais le spectacle des fleurs doit continuer et aujourd’hui, c’est un jeune jardin botanique aux idées florissantes et arborescentes qui accueille le visiteur. Situé au sud de l’île, le jardin bénéficie d’un climat généralement bien ensoleillé qui permet de faire grandir des plantes venues du monde entier. Le jardin est ainsi divisé en plusieurs sections. On trouvera, au gré de sa promenade, une collection de plantes des Amériques, un jardin de Nouvelle-Zélande, des terrasses japonaises et sud-africaines, des bordures australiennes, une colline méditerranéenne et un paysage subtropical, articulé autour de palmiers plus que centenaires. Plus reposants, une prairie parsemée de fleurs sauvages et un vallon d’hortensias ombragés de paulownias, de magnolias et de Cimmamonum glanduliferum. Simon Goodenough n’entend pas s’endormir sur ses lauriers, et le jardin est en constante évolution. Ainsi, il vient de créer un jardin d’éboulis expérimental, avec l’idée de pousser à l’extrême les possibilités offertes par le microclimat. De même, les aromates qui se sont ajoutés récemment aux plantes médicinales installées depuis 1987 ont été choisis pour leurs besoins réduits en eau. Son créateur tient tout particulièrement à éduquer le public, et dans ce jardin remanié nous apprenons la longue histoire de l’utilisation des plantes par l’homme : herbes-remèdes, bien sûr, mais aussi plantes culinaires, et même stimulantes. Enfin, une visite à la serre permettra de faire connaissance avec des plantes qui nécessitent un peu plus de chaleur que l’île de Wight ne peut en prodiguer. Et il faut profiter de la vue que l’on a de ce jardin sur le « Channel » ! Le domaine est largement accessible aux jardiniers en fauteuil roulant et après avoir goûté aux plaisirs visuels, il y a un restaurant pour satisfaire les plaisirs gustatifs ! Le jardin est ouvert toute l’année, de 10 h à 17 h. L’entrée est libre mais le parking est payant. Ventnor Botanic Garden Undercliff Drive - Ventnor - Isle of Wight - tél. (+44) 1983 855 397


JARDINS DE NORMANDIE ET DU SUD DE L'ANGLETERRE