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pERROQUET !


pERROQUET !

Une revue de création littéraire, artistique & sonore Textes mis en voix sur : www.revue-perroquet.com

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littérature & dessin


© 2012 Collectif Les Cahiers soniques www.revue-perroquet.com cahiers-soniques@gmail.com 62, rue du faubourg Saint-Denis 75010 Paris ISNN en cours d'attribution

Pages 2 et 5 : Guillaume Chauchat, Bonhomme # 317, 2011, 21 x 29,7 cm, encre de Chine


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Crois-le ou non éditeur de mon cœur je n’en ai rien à branler que mon dernier recueil de nouvelles jure avec ton programme de l’année prochaine1.

Dan Fante, Bons Baisers de la grosse barmaid, trad. Patrice Carrer, Paris, 13e note Éditions, 2009.


p erroquet  ! est née du projet d’un collectif d’éditeurs, chroniqueurs radio et graphistes ainsi que de nombreux invités de tous horizons. Cette nouvelle revue entend donner de la voix à la création contemporaine en proposant des textes inédits, à lire et à écouter. Cet objet littéraire est augmenté d’éléments graphiques à travers lesquels les artistes répondent à la thématique choisie et aux propos des écrivains. Ainsi, le son, la voix, les images et les mots se complètent et se font volontairement écho, soulignant à quel point l’acte créatif peut être inlassablement répété, déconstruit, détourné. p erroquet  ! désire ouvrir une perspective nouvelle sur la littérature d’aujourd’hui et rendre compte d’une culture littéraire vivante et foisonnante, émancipée des codes et des succès de son temps. Une littérature qui inspire les artistes, une littérature qui s’écoute autant qu’elle se lit, qui se renouvelle et surprend. Ce premier numéro associe des textes et des dessins originaux, autour de la thématique du zéro. Zéro, c’est le point de départ. Le coup de feu tiré. La totale liberté. Chacun des contributeurs y a vu un symbole différent.


pERROQUET !

b o n h o m m e # 3 1 7 | Guillaume Chauchat

L e te m p s s e c r i s t a ll i s e e n c ette h eure dr a m a t i que p. 8 | Astrid Campion

h e u r e 0 | Jérémie Fischer

TRUITES p. 13 | Michel Fadat l e s s o u f f l e u r s  -  l e s b a l l o n s | Marion Fayolle

p r i n te m p s

p. 23 | Lorraine Delgado m u l t i p l i c a t e u r | Vincent Broquaire

I n ter m i n é du 2 0 F é v r i er p. 27 | Joseph Harara

z … o | Alexis Beauclair

N i u n e n i deu x p. 35 | Jean Renoux

z é r o s o u s l a t e r r e | Mugluck

D ou b le z é ro p. 41 | Georgio

Coll a g e n ° 0

p. 43 | Vincent Zuanella

n e p a s v oulo i r e n a rr i v er a u p o i n t z é ro p. 47 | Bastien Simon

b o n h o m m e # 3 1 0 | Guillaume Chauchat


Quelle heure est-il ? Zéro.

L’horloge s’est désagrégée dans les cendres de la mollesse.

   Mécanique.

Plus d’influence rythmée, salvatrice,

Plus d’influence rythmée, salvatrice,

Le temps se cristallise en cette heure dramatique.

Astrid Campion | Texte lu par : Camille Blanès sur www.revue-perroquet.com

L e te m p s s e c r i s t a ll i s e e n c ette h eure dr a m a t i que

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Peut-être.

Quelle heure est-il ? Zéro.

  Stellaire.

Prend son ampleur,

D’une pureté fantastique le verbe,

D’une pureté fantastique le verbe,

Perspective étouffante d’une inanité manifeste.

Quelle heure est-il ? Zéro.

Ici, les données sémantiques sont annihilées.

De ce drame poussiéreux, vous envahit,

De ce drame poussiéreux, vous envahit,

L’extatique néant que côtoient les gisants infirmes,

Quelle heure est-il ? Zéro.

Qui donne sur le néant,

Aveuglément, ils contemplent une fenêtre,

Aveuglément, ils contemplent une fenêtre,

Sur une scène pâteuse traînent de mornes pantins,

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Hamm, Clov, Nagg et Nell,

Met un point à sa ligne.

Quelle heure est-il ? Zéro.

Irlandais mystérieux

Qui pour toujours, s’impose à eux,

Qui dès toujours, s’impose à nous,

L’infini, vertige boueux et grotesque,

Quelle heure est-il ? Zéro.

Ils s’écorchent et s’éclipsent.

Ribambelle d’oraisons, ébauches,

Ribambelle d’oraisons, ébauches,

10 Jérémie Fischer, Heure 0, 2011 20,5 x 25 cm, plume et encre de Chine


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TRUITEs Michel Fadat | Texte lu par : Daniel Martin-Borret sur www.revue-perroquet.com

…tru-ites… truites lisses dans

mon slip… mon slip de

bain… elles bougent encore

— est-ce que tu veux vérifier ? tu sais je ne les tue pas, je les enfile par les ouïes

sur une tige d’osier et les laisse agoniser dans mon slip

de bain comprends-tu… elles mettent à mourir longtemps… elles bougent… elles bougent encore hors de l’eau, mais personne n’a le droit d’y porter la main… c’est moi seul… ce serait trop facile… ensuite on rit, on se sèche au soleil, on fait des feux, on fume des cigarettes les unes à la suite des autres… les garçons lorgnent les filles… les filles lorgnent les garçons…


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les truites il faut les cacher… on cache les truites dans les filles… dans les piscines les garçons se glissent derrière les filles qui s’agrippent au bord du bassin… les caressent au passage… furtivement… essaient l’élasticité rapide de leurs seins naissants dans les soutifs en vichy… dans les rivières on dort sur les galets… on fait semblant… il y a toujours un œil ouvert derrière l’œil fermé… les filles glissent le long du talus herbeux jusqu’à l’eau en se tenant les épaules et en criant comme si elles avaient froid et peur de se noyer… dans les calanques de la mer ce sont les filles qui se jettent à l’eau avant les garçons, surtout l’hiver quand le soleil inonde et que l’eau est coupante… celle qui est ressortie la première sur le rocher me propose une peau de chamois… je n’ai rien pour m’essuyer… Virg et La Baleine m’attendent un peu plus haut… un coup pour rien — vous pouvez garder votre chiffon je vais attendre les gouttes s’évaporer… j’ai tout mon dimanche… y a rien qui presse… La Baleine fume obstinément ses Gitanes… les pieuvres et les poulpes c’est la saison… il y a l’après-midi à terminer, la soirée et toute une nuit avant demain lundi… petites pêches en perspective… lorsque j’étais enfant-enfant je terrorisais les filles en faisant tomber de ma chemise les orvets que j’attrapais dans la colline… l’été je mettais des poissons vivants dans ma bouche… l’eau et les petits poissons ensemble que j’arrivais à garder de longues minutes les joues gonflées… puis j’ai vu plus grand… je suis passé aux oursins et aux étoiles de mer… aux anémones de mer aussi que je mangeais cuites


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ou crues selon le moment de la journée… mon père et ma mère n’ont jamais rien pu obtenir autre chose de moi que les truites, les filles et l’ensemble des produits de la mer… j’ai commencé avec les posidonies, les boules de posidonies et la totalité des animalcules (microbes compris) qui vivent dans les épais entassements à l’ombre du pont de la Fausse Monnaie… j’y ai eu très tôt la révélation d’un monde dont jusqu’ici je n’ai pas eu à me plaindre, qui m’a comblé et que je n’ai jamais remplacé… avant-hier j’y suis repassé… presque par hasard… rien n’a changé… la mer inlassablement continue de déposer les morceaux de posidonies arrachés dans le fond sableux… j’ai montré à mon petit-fils les microbes et les minuscules crevettes sauteuses, les vers et les vermicules qui se planquent sous les couches entassées… on a regardé l’eau teintée de marron et les insistantes vaguelettes… il faisait froid… l’eau est froide en général… même à la belle saison… l’eau est toujours plus froide que l’air… sauf la nuit… aujourd’hui personne… personne à qui donner la becquée… je peux tranquillement continuer à m’occuper de mon inutile négoce… je n’ai jamais rien eu à y perdre ni à y gagner… nous nous sommes (lui et moi) accompagnés sans heurts pendant des années… pourtant quelques étapes incontournables… quelques événements soudains mais vite évaporés… la pluie… les grandes pluies de la fin de l’été et du début de l’automne… les crues…certaines sont encore inscrites et répertoriées sur l’église Saint-Germain de Vitry-sur-Seine… la prochaine ne saurait tarder… une fois l’eau retirée, il y a la boue qui reste et l’odeur de la boue… rien à voir avec


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l’eau des rivières et l’eau de la mer… l’eau de la boue s’incruste… on garde ses bottes… les garçons et les pères des garçons ressortent leurs cuissardes pour l’occasion… ils les nouent sous la taille comme dans les tableaux de Bruegel ou de Jérôme Bosch… les filles (et leurs mères) sont moins instrumentées… restent sur le pas des portes et attendent le passage des soudards, des gendarmes et des pompiers… chaque fois qu’une digue s’est rompue ou bien qu’une rivière est sortie de son lit, j’ai couru à la rescousse… ça a commencé avec Malpasset… vous vous rendez compte… j’ai couché dans leurs linceuls bon nombre de corps qui avaient séjourné de très longues heures dans l’eau… j’ai veillé aux chapelles ardentes chaque fois que j’ai pu… les jeunes sœurs viennent pleurer silencieusement les frères morts et finissent par enlever leurs foulards à une certaine heure de la nuit… J’ai toujours eu de la compassion pour le malheur des autres… au petit matin, les visages blafards sont absolument illisibles, ça je peux vous l’assurer… on va alors sur la plage ou le long du fleuve… on marche lentement tête baissée en faisant des huit avec les pieds ou bien en râtelant le sable des orteils retournés… on peut voir des poules d’eau, des foulques, des hérons cendrés, parfois… il ne se passe rien que le silence de l’eau et les marques dans l’eau qui se referment… je suis fatigué… les longues nuits me fatiguent… l’attente des filles, les mauvais repas et les mauvais vins me fatiguent… envie d’aller me coucher tout de suite… là… au moment où je vous parle… me coucher dans une chambre à l’étage… peut-être y dormir éternellement… les rêves ne manquent pas… je ne suis pas gêné par le bruit… mon père


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et ma mère ne m’ont pas appris à être gêné par le bruit… je me réveille le moins possible — on peut tirer des coups de canon c’est pas ça qui va le réveiller… regardez-le comme il est beau… on croirait qu’il n’a jamais vécu… le temps sur lui est passé comme un charme… quelques rides autour des yeux… à peine… à peine un peu de gris aux tempes… on pourrait l’enterrer tout de suite — l’enterrer… lui… il va s’ennuyer… il a toujours vécu dans l’écume et dans le mouvement de la vague… dans le courant… dans le ressac… il faudrait le déposer quelque part… dans un bois peut-être… dans une grotte d’opérette… j’en connais une… une grotte où emmener les filles… je n’y suis pas retourné depuis combien de temps ? dix ans ? vingt peut-être ? plus ? c’est par là… un peu plus bas… il doit y avoir pas mal de ronces pour y accéder… ça fait comme une voûte qui s’abaisse vers le fond… en face de l’entrée une espèce de rebord naturel avec les coulures de la pierre comme des rideaux des deux côtés… c’est très calme… on pourrait y déposer son corps tout du long… simplement dans un suaire… pour quitter la grotte il faut remonter entre les arbustes en s’aidant des coudes et des genoux… la fille, elle serre sa jupe contre le haut de ses cuisses comme si elle voulait y dissimuler quelque chose… le garçon devant l’aide à ne pas glisser… les ronces, les buis et les clématites se referment derrière eux… dans quatre ou cinq jours on n’y verra plus rien… bien malin qui retrouvera l’endroit… dans dix ans… vingt… plus, peut-être… du corps, il ne restera que la trace et le suaire… un joli squelette nettoyé à blanc par les fourmis et les guêpes — oh, mais c’est que notre cher disparu n’avait pas toutes ses dents… et qu’on lui avait mis quelques vis ça et là… devant la voûte, il y a


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les tentures des dentelles de la mousse comme au cinéma… la fille et le garçon n’osent pas rire, mais rient quand même — tu veux pas que je fasse une photo… là devant — une photo comment ? — devine… la fille rougit… le garçon aussi, mais ça se voit moins parce qu’il tourne le dos au soleil… la fille, elle s’est mise dans la lumière — tu te rappelles les Catacombes des Capucins ? — je voulais pas — mais si… tu voulais… menteuse… et le Palais du facteur Cheval… tu te souviens du palais du facteur Cheval ? l’usure et le ciment… ce n’est pas très long un siècle, tu sais… il ne s’est pas passé grand-chose… ici, tu vois les arbres ont à peine grandi… il aurait fallu qu’on les mesure un par un et qu’on consigne tout ça dans des registres… dans de grands livres de comptes comme à Trieste… comme dans n’importe quelle ville… Dublin ou Prague… il ne faut surtout pas s’attarder ni tirer des plans sur la comète… la langue est déjà loin devant… cours-y vite, cours-y vite… c’est un trou… c’est un trou peint dans la ville… sur le sol… fais attention de n’y pas tomber… les garçons ont continué à parler aux filles tant qu’il y a eu des filles et des garçons… bien plus tard à pied je me suis rendu au bar La Caravelle dont le balcon domine le port… deux trois tables à l’extérieur seulement… serrées entre elles… prises la plupart du temps… on est en mai… ou en avril… quelques semaines encore avant la canicule… une moitié de la ville est tombée dans la mer… il n’en reste plus rien… la grande fillette est vêtue comme une duègne… l’histoire insiste… le récit insiste… le roman, la fable, le texte lu et le texte non lu… l’histoire vraie et l’histoire aléatoire… tout insiste… on attend la suite… vous attendez


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la suite… vous haletez et vous bavez littéralement en attendant la suite… je trouve moi que c’est répugnant ce flot des mots et des événements organisés et montés ensemble par des mains expertes… je considère que votre attente est répugnante… pourquoi lisez-vous grands dieux, pourquoi lisez-vous ? vous n’avez pas d’amis comme disait Vaugeois… votre vie est-elle tellement vide que vous vous foutez toute la journée des mots et des phrases dans l’œil ? c’est le revers de la médaille… c’est le populisme dans le populisme… au bout d’un moment, on sait plus qui est qui… on est pris dans le cycle infernal des salaires et des prix… on est pris dans la langue… quoi qu’on fasse on est pris dans la langue… dans le modulor de la langue… on jette les mots ça revient… la mer rend les mots à la grève comme elle rend les morceaux de posidonies arrachés au fond… comme elle rend les morts…. elle s’en tire toujours la langue… elle se remet toujours d’aplomb… c’est un culbuto… c’est comme moi… je ne suis pas malin davantage… c’est comme vous… on vous jette dans n’importe quelle époque… dans n’importe quelle situation… vous trouvez toujours le moyen de ne pas crever de faim… de ne pas crever tout court… vous trouvez toujours le moyen de faire crever l’autre plutôt… chaque portion d’air que vous ingurgitez pour ne pas mourir vous la piquez à l’autre… vous êtes en assistance respiratoire… lui aussi… vous êtes deux… ça suffit pour faire la guerre… ça suffit pour vous copuler réciproquement et le crier sur les toits… moi aussi je copule… moi aussi je crie sur les toits… je crie n’importe quoi qui se met en place au sortir de ma bouche… la langue est là qui veille au sortir de la bouche… la langue est une matrone… une infirmière… la langue est une pleureuse… quand elle a fini de pleurer je la retourne… je lui dis : marche un peu que je te vois de


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dos… que je vois si l’envers vaut l’endroit… marche dans mon œil… dans l’objectif de mon œil… la grande fillette vêtue comme une duègne fait quelques pas… elle fait quelques pas dans mon souvenir… elle se retourne, se re-retourne… elle déambule… elle va au bout et elle revient… on dirait presque qu’elle y prend du plaisir… la terrasse de La Caravelle n’y suffit pas… la terrasse de La Caravelle n’y suffit plus… rappelez-vous nous sommes en mai… la mer n’est pas loin… les girelles, les rochers blancs, les petites fleurs du printemps planquées dans le calcaire… le nom des rues… la crasse solaire des trottoirs… l’autre scène… les merlans frits… les gros fleuves mous… les lagunes… les étangs vert et violet… et mon slip plein de truites… ça s’agite… elles débordent… on regarderait bien qu’on verrait la queue d’une… j’ai toujours aimé l’eau… l’eau ailée… l’eau qui mousse des bains chauds dans les vasques volcaniques aussi… l’eau lourde et sale des fonds de ports… j’ai toujours aimé l’incertitude de l’eau où je me couche… elle me le rend bien… longtemps j’ai cru que non… comme longtemps j’ai dit préférer les rousses… longtemps j’ai cru que je mourrai en mer… maintenant ce serait plutôt la rivière… mais on est jamais sûr de rien, camarade…

Marion Fayolle, Les Souffleurs, 2011, 21 x 30 cm Les Ballons, 2011, 30 x 42 cm impression en transfert et encre de Chine


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p r i n te m p s Lorraine Delgado | Texte lu par : Marie Berthoumieu sur www.revue-perroquet.com

« Nous sommes

en danger. Les gars,

on est mal. On est dehors, sur ces bancs, et personne ne nous

fera entrer. On a de trop sales gueules

maintenant, trop marquées. On ne peut

prétendre à rien sinon à sentir les saisons qui passent entre nos dents. On essaie de les croquer : ça crisse, ça glisse. Maintenant, on sait que l’on va rester dehors, mais on est ensemble, ça ce n’est pas rien. — Attends, on pourrait construire une cabane ! — C’est interdit de construire sa cabane et de vivre dedans. — Ah bon ? Alors, on continue à dormir devant la cabane, ou sur le toit. Ça on a le droit, non ? «On a le droit de sentir entre nos dents les saisons, d’acheter ce que l’on vole, de violer la loi des sentiments, d’avoir mauvaise haleine, de jouir sans jus, d’avoir des poils de chien


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dans la bouche, de bouffer des viennoiseries immondes. On se balade comme ça, avec le toutou de bon matin, c’est bon, cet air frais, ce pas cadencé calé sur les premiers rayons. C’est le printemps. C’est bon ce main dans la main avec lui, plaqué contre la grille en fer. Clang. Ses doigts sont doux sur le cou déployé de la tourterelle. Tout roucoule. Mmmmmm. Le ruisseau charrie les dépôts de pollen réunis en petites équipes jaunes, pailletées, à travers la montagne. La roche éclate, humide. L’eau la tient humide. Ça sent le sapin, la pierre fraîche, le moisi. Là, entre deux gros cailloux, deux petites silhouettes s’adonnent au printemps. Il fait doux dans sa tanière. Il ne veut pas se réveiller, mais la faim lui tiraille les pattes, et ces parfums féminins-masculins s’accrochent à sa taille. Il est debout, le prédateur. L’œil comprend avant le corps. L’œil se promène dans les sapins pleins d’abeilles maternelles. Bzzzzz. Il vient leur serrer la patte et récolte un peu de ce miel en douce. Le printemps est précoce et nous sommes attablés. Les petits éperlans passent entre nos orteils. Les morts s’arrangent pour être morts un peu avant. Ils nous préparent. Il n’y a pas de fatigue dans cet endroit. Une sève douce, violente, parcourt nos veines. À tout moment, on se sent éclore, encore, comme les animaux se reconnaissent. Peaux à la surface des peaux. Un masque de finesse des doigts. Battements. On ne sait plus ce qui bat. Tout bat dans le noir. Yeux fermés. Toucher. Toucher. Oser toucher ce qui était un sanctuaire l’instant d’avant. Sourires dans le noir. Yeux fermés. »

Vincent Broquaire, Multiplicateur, 2011 16 x 18 cm, encre de Chine


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I n ter m i n é du 2 0 F é v r i er Joseph Harara

C’est impossible

à dire, impossible

à faire. Les démons s’agitent

sur leurs pattes. Franche étouffade.

Ces mots sont le jeu du ventre arrimé.

Par delà les flatulences, les mots s’extirpent avec virtuosité ; mes pieds rôdent autour du lieu

de la dépendance et étouffent ce lieu. Mon crâne fabule. Les mots assiégés, les pas désaffectés, les marches sans couleurs : il ne reste rien à définir. Le travail de la littérature et les bas-fonds sont trop lointains. C’est l’écriture qui est, par l’écriture. Elle guide mon trait affolé, toujours affolé, par ces visages lisses et peureux, camouflés. À la recherche de l’extase, à la recherche de la vie à bras dégueulés, sans visage, sans contours, sans détour fallacieux, du « oui » et du « non », de la brasse du vent, abrité aux


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cafés des imams, sali d’alarmantes nouvelles aux gros titres. Dépecer les mondes, les uns après les autres, sans s’arrêter. La folie qui m’arrive est la folie qui m’écrit. Elle n’habite ni en ce lieu ni en un autre. Elle n’habite nulle part, mais s’habite elle-même et traverse la page d’un mouvement de trait qui, par contraste du blanc et du noir, s’affiche, devient présence, trace, lettres, mots, phrases, texte, sens, discours, flèche lancée à travers le cœur de l’absence. Si personne ne bouge, tout le monde sera blessé. Restez immobiles. Les soldats balaient, et les balayeurs soldent leurs corps pour le bienfait de l’humanité. Où est passée la dignité ? Elle s’est enfuie avec l’installation au pouvoir de l’égalité et des autres. Quelle laideur, ce sont des larves ! Des limaces grappillant leurs désirs sur le dos de la masse. Ils peuvent faire abstraction, par leur innocence démoniaque, mais elle retentit dans mon esprit, comme le flambeau du soldat inconnu. Pour lui, pas pour son monument, pour sa vie ensablée, pour les balles et leurs trous, pour tous ces êtres qui ne demandent qu’à être. Je prends la parole muette, j’écris les mots effacés, je déclame les ordres aux armées de l’invisible. Paris. Une ville soumise. Le peuple est soumis et nous Marocains sommes frileux. L’hiver, il faut nous couvrir de plusieurs couches. La chaleur nous abrite du mauvais œil. Derrière nos habits, rien ne pénètre, pas même la parole sage de l’imam ni la voix douce du pays qui retentit en son sein informe. Paraboles, Visas, Paraboles, Visas, Paraboles, Visas, Paraboles, Visas ; languissons-nous sur les images du Nouveau Monde. Achetons à nous saigner le produit de l’Ailleurs, émerveillons-nous devant tant de modernité… La place est aux pauvres. La place est aux délogés. La place est aux archétypes de la solennité. Avoir la main mise sur les mois et sur tous ceux à venir. Paragrapher les silences et les jours, sans leurs signes, sans leurs salaires.


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Exultez. Exhalez. Expulsez ! Frontières de sable, soyez les plus infranchissables. Restez le long des plateaux asservis. Comblez les mines. Marchez. Marchez sans crainte ! Les frontières de la honte peuvent être défendues par le sang des autres. La honte disparaîtra à la prochaine pluie. Dévergondez-vous  ! Oui, prenez vos aises. Déplacez-vous et réclamez. Dépassez les limites du monde. Alarmez-vous de la santé des dictateurs et maudissez les arrivants et les passeurs. Nous y sommes déjà parvenus, sortis d’un trou par la bulle béante, par la larme, par l’ouverture. Nous y sommes déjà. Pas de machine arrière, la fonction « retour » n’existera jamais sur l’écran de la vie. Il n’y a que le mode « lecture », et ce, jusqu’à la coupure, le jour où vivre devient trop dangereux pour cet autre chéri, ce monstre de frilosité, ce bébé tentaculaire, cette bouche pulpeuse de la persistance, cet instinct destructeur du monde, cette autorité absurde qui me garde comme un enfant débile, un fou d’hôpital, un échec ambulant, un parvenu jusqu’à trop, un reliquat, un être que l’on méprise pour s’être… Oui, s’être tout court. S’être, et c’est déjà trop. S’être, et déjà on me le refuse. S’être, et s’il vous plaît disparaissez. S’être, et vous faites beaucoup trop de bruit, de désordre, de baragouinage, de flux libérés de paroles inopportunes, de mots haïssables, de mots absurdes, indéfinissables, impérissables, malentendus – des phrases trop visibles, trop d’« être » que l’on nous refuse. Soyez ! Oui, soyez, mais selon le bien-fondé de mon autorité bien ancrée dans l’histoire des autorités, dans l’institution des dominations et des esclaves. Je suis le ministre du ministère des Esclaves et je porte en moi tout l’amour qu’un prince pourrait avoir, si ce prince avait les devoirs d’un père. Je ne suis pas le fils d’un prince. Je récuse l’autorité de mon père, car la force ne lui est pas légitime. Je refuse le droit des pères à imposer leur volonté. L’histoire s’écrit


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à la naissance, mais mes ancêtres me sont cachés, mon histoire est vacante, ma naissance reste un mystère, ma préexistence une recherche mystique et incertaine, mon histoire antéancestrale une hypothèse à choix multiples. J’ai lutté dès ma naissance pour affirmer mon être, et mes recherches sur l’au-delà et l’en deçà sont restées vaines. Je considère donc, au vu de l’absence des surgissements de la vie surnaturelle ou à l’intentionnelle venue de forces prénatales, que me manquent toutes dispositions à les recevoir. Elles me restent cachées. Oui, je refuse cette force. Je suis un être faible et les forts se serrent les coudes pour imposer leur frilosité. Ils appauvrissent les esprits et refrènent les volontés. Le désir est canalisé, rangé dans des conduits taxables, observables, prévisibles. Ce que haïssent les gens de l’ordre, c’est l’imprévisible. L’esclave s’est syndiqué, il prend sa place, s’installe sur le trône, envahit la rue, franchit la limite sacrée et se défend contre son frère. Et l’histoire ne tue pas cet esclave affranchi. Le mythe est réécrit : Rémus se bat contre son frère, mais n’est pas tué. Ce qu’il adviendra reste à écrire de la main du peuple. Si le peuple est généralement considéré comme pauvre, analphabète et faible, regarde-le maintenant dans la rue. Il soulève les colonnes de bronze comme Hercule, et détrône les empereurs du passé. Il est le torrent du fleuve. Il est la force productive. Il est la force légitime, et bientôt, il écrasera ceux qui tirent leur pouvoir des politiques d’assujettissement, d’abrutissement, d’analphabétisation du peuple.

Alexis Beauclair, Z…O d'après le texte de Lauraine Delgado, 2011 21 x 29,7 cm, graphite sur papier


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Retrouvez le texte original de Lorraine Delgado sur : www.revue-perroquet.com


en un instant, comme un Polaroïd.

comme un effet tunnel.

pour l’exemple édifiant :

à en perdre la tête jusqu’à la chute.

zieuté par les iris moqueurs

gisant de plain-pied à la veillée

encarminées à l’envi,

en un instant,

en verre cathédrale,

À la volée, deux lèvres dérobées

Il est la risée des passants

de la faute marquée sur un visage

les baisers de pacotille.

j’ai succombé

Pris dans les glaces, le masque troublé

valeur refuge dont nous échangions

« l’homme touché au cœur ».

jamais ne viennent les torrents du dégel.

frappe une monnaie de singe,

Krach des cœurs mis à l’abri

Jamais ne viennent les jours nouveaux,

Le marteau déchaîné

où à s’étreindre en secret sans attendre,

Ni une ni deux mais moins, c’est sûr.

Ni une ni deux mais moins, c’est sûr.

Jean Renoux | Texte lu par : Zoé Manhès sur www.revue-perroquet.com

N i u n e n i deu x

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ce n’est pas rien !

tenue avec délicatesse en mes deux mains

plantée en mon cœur glacé

mais la lame sortie des forges

Eh quoi ! Ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau,

pour un butin de rien.

souvenir fugace d’un vol

Personne ne dévoile l’instant,

Bah ! Qu’en ai-je à faire ?

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et ce n’est pas rien !

mais je ne veux rien garder d’autre

Ni une ni deux mais moins, c’est sûr,

ce trois fois rien qui me porte encore.

le chaud réconfort de mon tendre immédiat,

passer par mes lignes de chance à sentir enfin

je serre plus fort à m’ouvrir les paumes,

ne supporte plus la parfaite harmonie,

quand mon regard perdu

scrute l’horizon à l’équilibre du niveau du maçon,

Quand mon regard perdu

à me rappeler le tendre immédiat.

De l’épée de fer blanc, le fil : seul témoin

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Mügluck Sur la dérive de quelques hommes – Les Chants endormis IV, 2011 22 x 30 cm, encre sur papier


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D ou b le z é ro Georgio | Texte lu par : Elisa Monteil sur www.revue-perroquet.com

La brume transpirait sur l'herbe. Les réverbères jaunissaient le ciel. Sous la

route pénétrante, Gino, un bâton à la main, adossé au mur tagué du pont, guettait le passage des mecs. Tous les soirs, sans télé à domicile, Gino se rendait au coin des pédés, dans l'espoir de

troquer une clope, dix euros, un joint contre

une pipe. Le plus souvent, cela n'arrivait pas. La Reine Mère avait pourri sa réputation. Trop vieille pour exciter quiconque, elle substituait sa misère sexuelle par la méchanceté : elle criait sur les honteux qui ignorait ses « bonsoirs » maniérés, répétait à qui supportait sa voix que Gino lui avait refilée des merdes. Elle n'arrêtait pas, impuissante, le va-et-vient des pédés.


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Gino avait baisé la Reine Mère à dix-sept ans. Indélébile comme un tatouage, Gino avait marqué son trou de balle d'un eczéma purulent. Le spécialiste à qui la Reine avait présenté son cul, à quatre pattes sur une table, avait été ferme : « à maladie inconnue, pas de traitement ». La Reine Mère ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Baiser sans capote était son kiff. Elle se figurait peut-être qu'en s'accouplant avec un mineur, le risque de contamination était moindre. Gino, au sortir de l'adolescence, avait le vécu d'une catin. Mauvais calcul. Double zéro. Un soir alors qu’il sortait de son appartement, en passant par la fenêtre, Gino tomba nez à nez avec une bande de casseurs. D’abord, ce fut des insultes. Puis le plus dur d'entre eux, chevauchant sa BM, fit signe aux autres de s'installer côté passager. En bons soldats, ils s'exécutèrent. Gino, comme un lapin pris au piège entre les phares du véhicule, portait un bandana bleu, une jupe, et sur les ongles de la pâte à modeler. Pour colorer le béton gris du quartier, le mec eut l'idée d'enfoncer la pédale de l'accélérateur et d'éclater contre l'acier de la caisse les tibias craquants de Gino, avant de s'éloigner. Cet événement aggrava la santé mentale de Gino. Devenu parano, il façonna avec du scotch noir et une barre d'acier une matraque qu'il ne lâcha plus. Sous la pénétrante, Gino traînait son jouet dans la boue en boitant. L'objet, conçu pour assurer sa protection, eut un effet imprévu sur sa carrière. Inquiétant pour certains, excitant pour d'autres, le bâton devint un temps le motif obsessionnel des discussions de la Reine Mère. À qui partagerait une clope, par chance un joint, Gino proposait de lui planter sa matraque dans le cul. Bon calcul. Simple zéro.


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Coll a g e n ° 0 Vincent Zuanella | Texte lu par : Mathieu Agulhon sur www.revue-perroquet.com

Collage : n.m. Profanation de tombes littéraires, acte sacrilège ; création d’un discours monstrueux à partir de morceaux de textes morts. Pot de colle : fam. Expression populaire désignant un copieur éhonté ; syn. : moine colliste. ant. : Dieu.

Toute la vie sur Terre aurait un même ancêtre, un organisme ayant vécu… il y a 3,5 milliards d’années. Oui, 3,5  x  109, c’est beaucoup de 0. En ces temps primordiaux, la Terre portait l’eau d’un très vaste océan qui fut apparemment le berceau de la vie. Mais n’allez pas imaginer une généreuse et antique méditerranée teintée d’un avenant bleu opale. Non ! Il s’agissait plutôt d’une soupe de boue brune infecte et féconde, gorgée de nutriments gras et nauséabonds. Et dans le giron de cette maman affreuse est apparue, discrète, une chaîne d’atomes. On aurait dit un petit 1, un bâton de poussière, un fin fil de matière. Mais un tel brindillon,


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ça n’est pas très solide. Balloté par les lourds courants, malmené par les éléments il fut au bord de la rupture. En ces lointains temps primordiaux, il faut dire que l’océan ne faisait pas dans la dentelle, on ne plaisantait pas vraiment, mais… ainsi sont les lois naturelles : les échecs sont éliminés, les succès restent et donnent vie à de nouvelles aventures. Aussi, afin de perdurer, ce petit organisme a dû se protéger. Il s’est refermé sur lui-même, en forme de boucle. Et faisant ainsi, il dessina un 0. Ce tout premier être vivant fut aussi le premier 0… Puis, par l’addition de molécules, il s’est transformé, seul, en une sphère creuse. Il s’isola alors et devint autonome.

Et là, à l’abri de cette membrane qui délimitait son monde intérieur, vint la vie ! Tristes cochons savants d’aujourd’hui qui ne trouvent, autour d’eux, que des atomes de C, de H, O ou N ! Foin de cela ! C’était un cœur cette graine, il y poussait une végétation obscure ! Dans la nuit de la matière fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leur velours et la formule de leur parfum. Avec ce premier être, improbable merveille, est apparu un monde aux infinis possibles. Chaque atome de silence est la chance d’un fruit mûr ! Pourtant, qu’il devait se sentir seul ce 0, que l’avenir devait peser lourd dans son vide. En fait, je suis un 0 moi aussi. Dans un flasque océan bourbeux, je ne suis qu’un creux dans une suie colorée. Un petit vide comprimé, sous la pesante boue vile et nauséabonde, suspendu dans la flaque immobile du monde. Entre mon coeur vide et la souillure au dehors tremble une membrane à la graisse trop fragile, derrière mon corps mou, armure translucide, menace un monde oppressant. Moi l’espace


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vide, le nul, je suis un petit rond sans rien à l’intérieur. Ma chair est triste, hélas ! Et j’ai lu tous les livres. Fuir ! Làbas, fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres d’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! Mais soudain, incarnée dans ce daim traversant la clairière, je vois la liberté et entends une voix, qui chuchote : vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois. Individu inviolable, je suis un être souverain à l’intérieur de ses limites. Je suis aussi une puissance, et mon pouvoir est tant redoutable qu’à la force de ce monde j’oppose celle de mes mots. Je vais sur ses chemins, car je peux à mon gré, grisante liberté, m’emplir de celui-ci, et en puissant démiurge ériger mes pensées en un monde intérieur sans aucune limite autre que celle de mon imagination ! L’ensemble du monde vivant somnolait bien au fond de cette petite molécule creuse tout comme l’univers vit aussi en nous-mêmes.

Hen Kaï Pan, l’individu vit dans le tout et le tout dans l’individu. Et qui est-ce, l’individu ? Ce n’est pas le 1, ce rigide bâton sec comme une matraque, je verrais plutôt un doux ventre, à la généreuse rondeur, une boule affamée, capable d’accueillir l’univers en son sein. En réalité, l’individu, c’est le 0. Gardons-nous de la triste indifférence morte, gâtant toutes ces vies trop longues, il faut lui opposer l’enseignement précieux qui par la vie du coeur fait comprendre la Vie. La vérité du cœur est vérité du monde. Tout le reste n’est que savoir, et littérature ! Et qu’est-ce que cela sans l’amour ? Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son cœur. Et quand il croit ouvrir les bras, son ombre est celle d’une croix. Alors, aimons, sans retenue,


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réchauffons de pensées ces mondes endormis, nos mondes personnels, tous différents, tous beaux, qui font de nous de grands 0 ! Faites-vous de ce monde un songe sans réveil.

Ce texte a été fabriqué dans un atelier utilisant : Aragon, Louis ; Bachelard, Gaston ; Béguin, Albert ; Dagerman, Stig ; Grün, Karl ; Jacob, François ; Mallarmé, Stéphane ; Musset (de), Alfred ; Novalis ; Prudhomme, Sully ; Reeves, Hubert ; Verlaine, Paul. Peut contenir des traces de production personnelle.


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n e p a s v oulo i r e n a rr i v er a u p o i n t z é ro Bastien Simon | Texte lu par : Élodie Fiat sur www.revue-perroquet.com

Le temps de gratter mon allumette sur cette boîte en carton signée l’Emile Vache, de la porter à ma cigarette de fortune entourée pauvrement d’un papier non recyclé, j’ai pensé que peut-être, ce soir, je pourrais enfin me retrouver en paix à l’Est d’un froid glacial qui me pend au nez, car oui toi, ou moi, j’en sais trop rien à vrai dire, on est fait dans le même bois, la même branche du même arbre implanté sur une terre nauséabonde, pestiférée qui suinte l’amertume d’un temps passé, soitdisant meilleur que cette belle terre plate dégelée aux quatre coins de la planète se nourrissant de tout ce qui crache du noir tel un poumon de gamin de quinze ans qui goûte à la nicotine d’un pétrole tiré au pied, lui-même gelé, de l’inuit d’un Atanarjuat courant nu sur la glace, échappant à ses adversaires, eux-mêmes de la même famille, venant du même cousin, eux-mêmes atteints de cette maladie qui nous ronge tous, l’égoïsme propre à chacun, soit dit en passant, sale à chacun, ces racines diverses qui peuplent la planète se rongent de l’intérieur tel un rappeur québécois dont la médecine


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en fait tomber plus d’un, nous, vous, ils (une bouffée) me prennent le bourrichon à raconter leurs excréments de vie qui hurlent au désespoir, d’une vie antérieure tellement plus joyeuse, sans drames ni soucis, d’un avenir moins radieux qu’un radis déterré laissé séché au soleil du zénith d’un mois d’août à te faire fondre un œil sur le bitume de ta cour de 5 m2, à dormir dehors sans abri et dans le froid, au centre d’une mégalopole, elle-même source d’emmerdes, aux crises existentielles d’un panard sur une crotte séchée, c’est l’histoire d’un gars, d’une nana, d’un vieux, d’un moche, d’un fou, d’un nostalgique, ou d’une dévergondée qui pensent que ce texte est aussi général qu’une information télévisuelle du jour dont la mode ne touche pas que les vêtements, mais aussi les opinions et les discours des êtres vivants, des hommes politiques d’avant, de maintenant et d’après, marquent-ils peut-être cette humanité à la Bruno Dumont dont chaque phrase et chaque pensée d’un langage ne dépassent pas 150 mots usuels, je me dis et leur dis, oui je suis cette façon de faire et de penser, et dis que sans eux je ne serais pas et qu’avec eux je ne serais plus, trois petits points

Guillaume Chauchat, Bonhomme # 310, 2011 24 x 32 cm, encre de Chine


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Perroquet  !

Dessinateurs

Vincent Broquaire

M a r i o n Fay o l l e

Vincent est artiste, dessinateur et membre du collectif Le Bureau. Son travail, gardant comme point central le dessin, se développe aussi bien vers le livre, l’installation, le volume, l’animation et la performance. Son univers aux multiples facettes imprégné de non-sens et de dérision nous révèle l’incongruité du quotidien et l’absurdité de notre monde. www.vincentbroquaire.com

Marion est diplômée de l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg en 2011 en illustration. Son premier livre paraît la même année aux Éditions Michel Lagarde. Elle a co-fondé la revue Nyctalope. marionfayolle.canalblog.com

jé r é m i e f i s c h e r

Jérémie Fischer a vécu en France et à Berlin, il sort diplômé en 2011 des Arts-décos de Strasbourg. Passionné d’images imprimées, il se consacre activement à la sérigraphie et la gravure. Il publie cette année ses premiers livres « jeunesse ». www.jeremiefischer.com

alexis beauclair

Alexis est diplômé de l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg en 2009. Son travail se concentre sur le dessin, la bande dessinée et l’illustration. Il publie en 2008, Aphorismes de Friedrich Nietzsche iIllustrés, chez Orbis pictus. En 2011, il illustre Vivre avec l’étranger édité chez Galimard Jeunesse. Il a cofondé la revue Belles Illustrations dans laquelle il publie des bandes dessinées. www.alexis-beauclair.com bellesillustrations.free.fr

Guillaume Chauchat

Guillaume sort diplômé de l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg en 2009. Il réside actuellement à Lyon, où il poursuit sa pratique du dessin et se consacre à des projets d’illustrations. www.guillaumechauchat.com

M ü g l u ck

est auteur, illustratrice et diplômée en 2010 de l’École supérieure d’Art d’Épinal. Son travail de recherche et d’expérimentation s’articule autour des thèmes du mythe et de la symbolique. mugluck-mugluck.blogspot.fr  hiatuslarevue.blogspot.fr


biographies

Auteurs

je a n re n ou x Doctorant en histoire médiévale et enseignant d'histoire-géographie en lycée, Jean dirige la revue (Sik), revue de création littéraire et graphique, créée en 2006 et basée à Bordeaux. revuesik.over-blog.com lor R a i n e del g a do Après une licence Art du spectacle (cinéma) à l'université Sorbonne-nouvelle, Lorraine a suivi une formation de philosophie esthétique. Elle a participé à de nombreux projets liés à l’écriture et à la mise en scène. m i c h el f a d a t Woincourt, Vitry, Paris, Marseille, Montpellier, Roquedur, Djerba… enseignant, formateur, plongeur, poète, écrivaillon et animateur d’ateliers d’écriture ; Stalinien à ses heures… braconnier et linguiste… a s tr i d c a m p i o n Astrid suit actuellement un double cursus en Histoire de l’art et en Anglais et s’intéresse aussi bien à l’écriture qu’à la création sonore, qu’elle a expérimentée à France Inter.

v i n c e n t z u a n ell a Vincent étudie à l’École supérieure d’Art de Lorraine. Il pratique autant le collage d’images que celui des mots et considère le monde comme une immense réserve où il pioche les éléments de ses travaux. g i or g i o En photo, en vidéo, en audio, avec un stylo, Giorgio essaie d’être fidèle à la réalité et exploite ces nombreux supports à travers ses diverses créations artistiques. bastien simon Originaire de Nancy, Bastien a passé son diplôme d’Expression plastique et communication, à l’École supérieure d’Art de Lorraine à Metz en juin 2011. Il travaille désormais à son compte en tant que réalisateur de fictions, de courts-métrages, de documentaires, de clips et de vidéos institutionnelles. www.bastiensimon.fr jo s e p h h a r a r a (…)


c olo p h o n

0 est le numéro zéro de la revue de création litéraire, artistique et sonore, P E R R O Q U E T ! publiée par le collectif Les Cahiers soniques, 62, rue du faubourg Saint-Denis 75010 Paris. Éditrices : Charlotte Othman, Louise Quantin Responsable réalisations sonores & mises en voix : Marie Berthoumieu Responsable artistique & graphiste : Julia Coffre Contributeurs de ce numéro : Astrid Campion, Camille Blanès, Jérémie Fischer, Michel Fadat, Daniel Martin-Borret, Marion Fayolle, Loraine Delgado, Vincent Broquaire, Joseph Harara, Alexis Beauclair, Jean Renoux, Zoé Manhès, Mügluck, Giorgio, Elisa Monteil, Vincent Zuanella, Mathieu Agulhon, Bastien Simon, Élodie Fiat, Guillaume Chauchat. Remerciements : Pierre Roesch, Agathe Demois, Le Bureau (le-bureau-collectif.com), Mathieu Agulhon, Radio Campus Paris, David Hagberg, Philippe Manzone, La revue (Sik). Impression : LVE, 115 rue de l'Abée Groult 75015 Paris

Collectif Les Cahiers soniques, association loi 1901, identification R.N.A. : W751214257


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Appel à contribution

Contactez-nous dès maintenant pour participer au prochain numéro ! Plus d'informations sur www.revue-perroquet.com


Revue de création plurimédia

littéraire, artistique & sonore

Numéro 0 : littérature & dessin

« L’histoire insiste… le récit insiste… le roman, la fable, le texte lu et le texte non lu… l’histoire vraie et l’histoire aléatoire… tout insiste… on attend la suite… vous attendez la suite… vous haletez et vous bavez littéralement en attendant la suite… pourquoi lisez-vous grands dieux, pourquoi lisez-vous ? » Michel Fadat, Truites, p. 15

ISNN # : en cours d'attribution

Perroquet  ! Revue bisannuelle Mai 2012 Les Cahiers soniques

En couverture : Vincent Broquaire, Infini 2011, 18 x 25 cm crayon de couleur et encre

PERROQUET !  

Numéro 0 de la revue plurimédia de création littéraire, plastique et sonore

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