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J'ai fait les marchés jusqu'à 34 ans. Je vendais des nappes.

Puis j'ai eu des ennuis de santé, j'ai DU arrêter.

J'ai failli perdre mon oeil. J'ai souffert comme un martyr. Hein Denise ?

Ça oui !

Depuis il faut que j'aille constamment à l'hôpital de Villeneuve-StGeorges. Tout le monde me connait là-bas.

Les infirmières elles font « OH M. Charles, M. Charles !!! » Je leur Dit : « Vous me connaissez, Hein, Depuis le temps que je viens chez vous ! »


Je suis venu au monde dans la maison de mes parents, au 36 rue Louis Blanc, à Montreuil. Je me rappelle encore du numéro.

Mon père, il travaillait à l’usine, mais toute la famille c’était des Gens du voyage. Quand mes parents sont morts, c’est ma sœur qui m’a élevé. Alors je suis allé vivre à Maison-Alfort, en caravane. On vivait près de l’usine de gâteaux.

Mais elle existe plus c’te rue là.

Ils ont cassé tous les pavillons et ils ont fait des HLM dessus.

On était entre des maraîchers, des fleuristes, au-dessus D’une ancienne champignonnière.


Les gens faisaient les marchés Dans tout le département. Y en avait qui « chinaient » les peaux de lapin… Ils devaient les récupérer pour faire des habits sûrement. Mon frère, lui, il récoltait les bouteilles.

Peaux de lapin, PEAUX DE LAPIN !!!

Bonjour M’Dame ! Vous auriez pas Des bouteilles non-consignées qui vous encombrent ?

Ils les ramenait aux entrepôts de vin de Bercy pour les revendre.

Il a fait ça jusqu’au début des années 60. Il s’est pas enrichi, mais Disons qu’il mangeait tous les jours…


Nous, on faisait les fêtes foraines quand j’étais petite. On tenait un stand de tir qu’on montait à chaque fois.

On avait aussi une vraie loterie de canards.

Dans le temps c’était comme ça. Si tu tirais un ticket gagnant, t’avais ton canard pour midi ! On changeait D’école toutes les semaines. Y nous mettaient dans la classe ou y avait de la place, mais on ne savait jamais ou ils en étaient dans le programme. Comment veuxtu Apprendre à lire quand tu dois Bouger tous les 3 jours ?

C’est pour ça que la plupart des forains ne savent pas lire.


Aujourd’Hui, les enfants vont à l’école D’un bout de l’année à l’autre. Ça leur donne une chance D’évoluer mieux…

Et depuis, on a toujours vécu en caravane sans jamais quitter le Val-deMarne.

Pis on s’est mis ensemble à 22 ans. Au début on suivait les parents de Denise.

Dans le temps, c’était moins dur de stationner. À Créteil c’était que des champs. Là ou y a l’hôpital Henri Mondor aujourd’hui, on se retrouvait parfois à 100 caravanes. Mais c’était un terrain immense donc ça représentait rien. A l’époque on était tous ensemble, tous les malheureux sous la même enseigne.

les gens se parlaient, autour du feu. La mentalité n’était pas la même. Aujourd’hui, les gens sont obligés de se trouver un petit bout de terrain et ils mettent une cabane dessus. Alors ils ne se parlent plus…


Nous ça va faire 10 ans qu’on est Dans le quartier Du Blandin.

Dans le temps, c’était les jardins du Château de BellePlace. Il paraît qu’il appartenait à Gainsbourg ce château  ! C’était plein de vignes ici.

En automne y a du raisin qui sort De partout… Quand on est rentrés sur le terrain il était pas occupé mais il y avait une montagne de déchets. Alors je l’ai nettoyé. La dame d’à côte a écrit à la DDE pour pouvoir louer le terrain une fois qu’il serait propre. Mais j’ai refusé de partir. Alors le papier est à son nom mais c’est moi qui paye tous les mois.


En 2008, on a reçu une lettre nous disant de quitter le terrain ou on aurait une amende mensuelle de 500 €. Grâce à l’ADGVE 1 on a eu droit a une avocate qui nous a bien défendu. On a fini par gagner le procès. Vu comme on a entretenu le terrain depuis 2002, ils ne peuvent pas nous faire partir.

1 Association Départementale Gens du Voyage de l’Essonne

Mon voisin, il sait qu’il peut me demander n’importe quoi. C’est moi qui vais lui chercher son pain. Je lui donne des coups de main même. Un jour il m’a dit : « Avant que tu sois là, j’étais envahi par les rats, maintenant que vous êtes là, j’en ai plus. »

Aujourd’hui, on pense à partir parce qu’on a peur de se faire expulser. Vu qu’on est à côté de la rivière, c’est une zone inondable ici.

Les gens disent qu’on est sales. Mais chez les Gens du voyage comme chez les autres, y a des cons et y a des gens biens, c’est tout.


Pourtant, le voisin ça fait 15 ans qu’il a pas eu d’inondations. De toutes façons, avec les caravanes on pourrait partir assez vite en cas de besoin, non ?

On a jamais pensé a avoir une maison avant. Notre vie, c’était de voyager. À l’époque on aurait pu acheter un terrain pour une poignée de cerises. Aujourd’hui ça vaut des millions.

Moi je demande pas grand chose. Juste un petit bout de terrain tranquille pour mettre un chalet avec une cuisine dedans. Hop, ma caravane et j’ai assez pour me coucher.

On demande pas la Tour Eiffel, on sait qu’on l’aura pas !


Blandin