Les gars et les filles font la greve a l'ecole Aberdeen de Montreal, 1913

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada MacLeod, Roderick, 1961[Kids on strike. Français] Les gars et les filles font la grève : à l'école Aberdeen de Montréal, 1913 / textes écrits par Rod MacLeod et Mary Anne Poutanen ; illustrations de Derek Broad ; version française par Sonia Roy. Traduction de : Kids on strike. Monographie électronique. ISBN 978-0-9694559-4-3 (couverture souple) 1. Romans graphiques. I. Poutanen, Mary Anne, 1952-, auteur II. Broad, Derek, illustrateur III. Bibliothèque publique juive (Montréal, Québec), organisme de publication IV. Titre. V. Titre: Kids on strike. Français. PN6733.M27K5414 2015

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MOI, C’EST FREDA. J’AI 13 ANS ET VOICI L’ÉCOLE OÙ J’AI ÉTUDIÉ, L’ÉCOLE ABERDEEN. J’AI TOUJOURS AIMÉ ALLER À L’ÉCOLE ET J’ESPÈRE UN JOUR ÊTRE ENSEIGNANTE. LE 28 FÉVRIER 1913, UN ÉVÈNEMENT IMPORTANT A EU LIEU À CETTE ÉCOLE ET JE SUIS TRÈS EXCITÉE À L’IDÉE DE VOUS EN PARLER!

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ON ÉTAIT PRESQUE TOUS JUIFS, MAIS LES ENSEIGNANTS ÉTAIENT PROTESTANTS. DANS MA CLASSE DE SIXIÈME ANNÉE, IL Y AVAIT 37 ÉLÈVES - OUI, NOUS ÉTIONS NOMBREUX -, IL Y AVAIT DES PROGRAMMES SPÉCIAUX : DES COURS D’ÉDUCATION MANUELLE POUR LES GARÇONS ET DES COURS DE CUISINE POUR LES FILLES. MES MATIÈRES PRÉFÉRÉES ÉTAIENT L’HISTOIRE ET L’ANGLAIS.

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C’EST ICI QUE JE VIS. TOUT COMME NOS VOISINS, ON PARLE LE YIDDISH À LA MAISON. MON PÈRE DIT QUE LE YIDDISH EST LA TROISIÈME LANGUE LA PLUS PARLÉE À MONTRÉAL. IL TRAVAILLE COMME TAILLEUR DANS UNE MANUFACTURE ET MA MÈRE TRAVAILLE COMME COUTURIÈRE DANS UNE MANUFACTURE DE ROBES.

JE SUIS NÉE EN RUSSIE ET JE SUIS VENUE À MONTRÉAL AVEC MES PARENTS. MON FRÈRE ET MA SOEUR SONT NÉS À MONTRÉAL. MON FRÈRE FRÉQUENTE LA MÊME ÉCOLE OÙ J’AI ÉTUDIÉ, MAIS, HEUREUSEMENT, IL N’A PAS MADEMOISELLE MCKINLEY COMME ENSEIGNANTE!

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EN 1912, IL Y A EU UNE GRÈVE TERRIBLE À LA MANUFACTURE OÙ MON PÈRE TRAVAILLAIT. 4000 TAILLEURS ONT ARRÊTÉ DE TRAVAILLER. LES MANUFACTURES APPARTENAIENT À DES GENS RICHES COMME M. COHEN, M. VINEBERG ET M. HART. PENDANT LA GRÈVE, MON PÈRE NE GAGNAIT PAS D’ARGENT, NOUS AVONS DONC VÉCU DU SALAIRE DE MA MÈRE, CE QUI N’ÉTAIT PAS BEAUCOUP. MA MÈRE S’INQUIÉTAIT POUR MON PÈRE, PRÉSENT SUR LES PIQUETS DE GRÈVE. LES PROPRIÉTAIRES DES MANUFACTURES AVAIENT EMBAUCHÉ DES DÉTECTIVES PRIVÉS ET DES POLICIERS POUR TABASSER LES TRAVAILLEURS. MAIS ILS ONT QUAND MÊME POURSUIVI LA GRÈVE.

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ON A TOUJOURS DISCUTÉ DE TRAVAIL ET DE POLITIQUE AUTOUR DE LA TABLE DE CUISINE, MAIS CET HIVER-LÀ, LE SEUL SUJET DONT MES PARENTS VOULAIENT PARLER C’ÉTAIT UN HOMME APPELÉ PLAMONDON. IL PARAÎT QU’IL DISAIT DES CHOSES MÉCHANTES À PROPOS DES JUIFS, CE QUI METTAIT TOUS LES ADULTES EN COLÈRE. M. JACOBS LE POURSUIVAIT EN JUSTICE.

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UN JOUR, MON ENSEIGNANTE A DIT QUELQUE CHOSE DE TRÈS MÉCHANT! QUAND J’AI COMMENCÉ À ENSEIGNER DANS CETTE ÉCOLE, C’ÉTAIT TRÈS PROPRE. MAIS, DEPUIS QUE VOUS, LES JUIFS, ÊTES ARRIVÉS, L’ÉCOLE EST MALPROPRE. LES ENFANTS JUIFS NE DEVRAIENT PAS ÊTRE ADMIS À L’ÉCOLE ABERDEEN.

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APRÈS LES COURS, J’AI VU HARRY SINGER, FRANK SHERMAN, JOE ORENSTEIN, MOSES SKIBELSKY ET MOSES MARGOLIS CHUCHOTER DANS LE COULOIR. DE QUOI PARLENT-ILS? ÇA DOIT ÊTRE À PROPOS DE CE QUE MADEMOISELLE MCKINLEY A DIT.

JE PARIE QU’ILS VONT SE PLAINDRE AU DIRECTEUR COCKFIELD!

JE ME DEMANDE S’IL VA LES ÉCOUTER.

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IL NE LES A PAS ÉCOUTÉS.

VOUS N’ÊTES QUE DES FAUTEURS DE TROUBLES,

MAINTENANT, SORTEZ!

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ALLONS DANS LE PARC DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA RUE! ON A PAS LE CHOIX, IL FAUT FAIRE LA GRÈVE.

D’HABITUDE, LE SQUARE SAINT-LOUIS ÉTAIT UN ENDROIT POUR JOUER, MAIS MAINTENANT, C’ÉTAIT DEVENU NOTRE QUARTIER GÉNÉRAL DE GRÈVE.

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JE PROPOSE MOSES S., JOSEPH, HARRY, FRANK ET MOSES M. COMME LEADERS DE LA GRÈVE.

ÇA NOUS PREND UN COMITÉ DE GRÈVE. ON NE RETOURNERA PAS EN CLASSE TANT QUE MADEMOISELLE MCKINLEY NE CE SERA PAS EXCUSÉE.

TOUS CEUX QUI RETOURNERONT EN CLASSE AVANT QUE LES LEADERS NOUS AIENT DIT DE LE FAIRE, SERONT CONSIDÉRÉS COMME DES BRISEURS DE GRÈVE.

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LA POLICE ARRIVE, FAISONS DES BOULES DE NEIGE!

NON, IL FAUT ÊTRE PRUDENTS ET NE PAS OUBLIER CE QUE MOSES S. NOUS A DIT - FAITES PREUVE DE DISCIPLINE ÇA VEUT DONC DIRE, PAS DE BOULES DE NEIGE ET PAS DE GROS MOTS.

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ON A BESOIN D’AIDE. ENVOYONS UNE DÉLÉGATION AU KENEDER ADLER.

ET AU BARON DE HIRSCH.

OUI, C’EST BIEN LUI! COMME SON PÈRE, IL PARTICIPE À UNE MARCHE DE PROTESTATION... MAIS À QUEL PROPOS?

EST-CE QUE CE N’EST PAS TON IZZY?

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MES PARENTS LISENT LE KENEDER ADLER. C’EST UN JOURNAL ÉCRIT EN YIDDISH ALORS TOUS LES GENS DU QUARTIER LE REÇOIVENT. LE PROPRIÉTAIRE EST M. WOLOFSKY.

BONJOUR JEUNE FILLE. QU’EST-CE QUE JE PEUX FAIRE POUR TOI?

COMMENT ALLEZ-VOUS, M. WOLOFSKY? ON EST EN GRÈVE!

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ON A AUSSI RENCONTRÉ, M. BRAININ, LE DIRECTEUR DU KENEDER ADLER. IL A SEMBLÉ TRÈS INTÉRESSÉ PAR NOTRE GRÈVE.

C’EST MERVEILLEUX... UNE TELLE DIGNITÉ... QUELLE SURPRISE, ET CE NE SONT QUE DES KINDERLACH... C’EST LE DÉBUT D’UNE RENAISSANCE JUIVE!

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L’INSTITUT BARON DE HIRSCH! C’EST ICI QUE JE VENAIS POUR APPRENDRE L’ANGLAIS! ON PEUT Y EMPRUNTER DES LIVRES ET VOIR UN MÉDECIN. LES ADULTES VIENNENT ICI POUR DISCUTER AFIN DE TROUVER DES SOLUTIONS POUR VENIR EN AIDE AUX GENS PAUVRES ET MALADES. ESPÉRONS QU’ILS POURRONT NOUS AIDER!

LA PLUPART DE CES GENS SONT RICHES. MES PARENTS LES APPELLENT LES UPTOWNERS ET EUX NOUS APPELLENT LES DOWNTOWNERS. SI ON PEUT AVOIR L’APPUI DE CES GENS, ÇA VA BEAUCOUP NOUS AIDER.

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LES DIRIGEANTS DE L’INSTITUT BARON DE HIRSCH ONT DIT QU’ILS ESSAIERAIENT DE NOUS AIDER. PLUS TARD, ON A SU QUE ÇA LEUR AVAIT PRIS UN CERTAIN TEMPS À SE DÉCIDER. CERTAINS N’APPROUVAIENT PAS LE FAIT QUE DES ENFANTS FASSENT LA GRÈVE, SURTOUT LE RABBIN ABRAMOVITZ, QUI EST LE RABBIN DE CES GROS BONNETS, LES SHAARHASHOMAYIMNICKES. EN FIN DE COMPTE, IL A ACCEPTÉ DE PRÉSENTER NOS DEMANDES AU DIRECTEUR. M. JACOBS EST ALLÉ AVEC LUI. C’EST UNE PERSONNE IMPORTANTE POUR LA COMMUNAUTÉ JUIVE. C’EST UN DES AVOCATS QUI COMBATTENT PLAMONDON.

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ON A APPLAUDI ET CRIÉ DE JOIE QUAND LE TRAINEAU EST ARRIVÉ.

JE REGRETTE D’AVOIR FAIT DES COMMENTAIRES DÉPLACÉS. JE CROIS QU’ILS ONT ÉTÉ MAL COMPRIS PAR LES ENFANTS.

ON NE PEUT PAS DIRE QUE C’ÉTAIT VRAIMENT DES EXCUSES. LE RABBIN ABRAMOVITZ ET M. JACOBS ONT COMPRIS QU’ILS DEVRAIENT SOUMETTRE LE PROBLÈME À LA COMMISSION SCOLAIRE.

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OK, ON ACCEPTE!

NOUS ALLONS PRÉSENTER VOTRE CAS À LA COMMISSION SCOLAIRE LA SEMAINE PROCHAINE, MAIS VOUS DEVREZ RETOURNER À L’ÉCOLE LUNDI. NOUS INSISTERONS POUR QUE PERSONNE NE SOIT PUNI.

JE PENSE QU’ON LES A CONVAINCUS. MAINTENANT, ON DOIT LEUR FAIRE CONFIANCE POUR LES NÉGOCIATIONS.

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ON NE SAIT PAS EXACTEMENT CE QUI S’EST PASSÉ À LA RÉUNION DE LA COMMISSION SCOLAIRE. ELLE S’EST DÉROULÉE À HUIS CLOS ET ON NE NOUS A PAS RAPPORTÉ CE QU’ON Y AVAIT DISCUTÉ. MAIS AUCUN D’ENTRE NOUS N’A ÉTÉ PUNI, MÊME S’IL ÉTAIT ÉVIDENT QUE C’ÉTAIT CE QUE SOUHAITAIT LE DIRECTEUR COCKFIELD. PEU DE TEMPS APRÈS, LES CHOSES ONT COMMENCÉ À CHANGER.

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QUELQUES MOIS PLUS TARD ET POUR LA PREMIÈRE FOIS, LA COMMISSION SCOLAIRE A EMBAUCHÉ DES ENSEIGNANTS JUIFS. LES PREMIÈRES ENSEIGNANTES À ÊTRE EMBAUCHÉES ONT ÉTÉ MESDEMOISELLES NOVICK, CHASKELSON ET SMILOVITZ. ELLES POSSÉDAIENT TOUTES UN DIPLÔME DE LA SCHOOL FOR TEACHERS DU COLLÈGE MACDONALD. TROIS ENSEIGNANTES JUIVES, CE N’EST PAS BEAUCOUP MAIS C’EST UN DÉBUT. DANS UNE ÉCOLE COMME ABERDEEN, ÇA AIDE À DÉTENDRE L’ATMOSPHÈRE DANS LES CLASSES.

À PARTIR DE CE MOMENT-LÀ, LES LEADERS JUIFS ONT TRAVAILLÉ ENCORE PLUS FORT POUR QU’ON AIT UNE VOIX DE LA COMMISSION SCOLAIRE. M. BLUMENTHAL ET M. RUBENSTEIN ONT TOUS DEUX ÉTÉ ÉLUS AU CONSEIL MUNICIPAL. M. RUBENSTEIN A TENTÉ DE SE FAIRE ADMETTRE AU SEIN DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’ÉCOLE, MAIS SA CANDIDATURE A ÉTÉ REJETÉE.

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IL Y AVAIT DES FAMILLES QUI SOUHAITAIENT QUE LEURS ENFANTS REÇOIVENT UNE ÉDUCATION JUIVE PLUS COMPLÈTE. ON A DONC OUVERT DES ÉCOLES RELIGIEUSES OÙ LES ENFANTS ALLAIENT LES APRÈS-MIDI ET LES DIMANCHES. MON FRÈRE A COMMENCÉ À SUIVRE LES COURS QUI ÉTAIENT OFFERTS L’APRÈS-MIDI À LA NATIONAL RADICAL SCHOOL.

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JE SUIS FIÈRE DE CE QU’ON A ACCOMPLI À L’ÉCOLE ABERDEEN. ON A PROTESTÉ CONTRE LES INJUSTICES ET LES GENS NOUS ONT ÉCOUTÉS. JE SAIS QUE CE N’EST PAS TOUT LE MONDE QUI AIMAIT L’IDÉE QUE DES ENFANTS FASSENT LA GRÈVE, MAIS EN FIN DE COMPTE, TOUT LE MONDE A COMPRIS QU’IL FALLAIT QUE LES CHOSES CHANGENT. MAINTENANT, IL Y A DE PLUS EN PLUS DE ENSEIGNANTS JUIFS, CE QUI EST BON POUR MOI. JE SUIS EN PREMIÈRE ANNÉE À LA COMMERCIAL HIGH SCHOOL, ET UNE FOIS DIPLÔMÉE, J’ESPÈRE ÉTUDIER À L’ÉCOLE NORMALE, MÊME SI ÇA VEUT DIRE VOYAGER JUSQU’À SAINTE-ANNE-DE-BELLEVUE. JE VEUX DEVENIR ENSEIGNANTE. LES JEUNES DEVRAIENT CONNAÎTRE LEUR HISTOIRE ET EN ÊTRE FIERS.

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• Kinderlach – terme affectueux désignant les enfants • Shaarhashomayimnickes – Uptowners (familles riches) qui fréquentaient la synagogue Shaar Hashamoyim

École Aberdeen

Abraham Blumenthal

Construite en 1895 par le conseil des commissaires de la Commission scolaire protestante de Montréal, cette école ultramoderne offrait des programmes de formation manuelle et des cours en économie domestique. Dès 1913, l’école était surpeuplée.

Élu représentant du district St-Louis en 1912, Abraham Blumenthal a été le premier juif à siéger au sein du conseil municipal. Il a lutté contre la corruption et le vice et s’est battu afin de faire reconnaître les droits des Juifs. En 1914, il a tenté, en vain, de faire nommer Louis Rubenstein au sein du conseil d’administration de la Commission scolaire protestante de Montréal.

Herman Abramovitz Né en Russie et éduqué à New York, Herman Abramovitz (1880-1947) a obtenu un doctorat de l’Université Columbia avant d’accepter, en 1902, le poste de rabbin à la prestigieuse synagogue montréalaise, Shaar Hashomayim. Pendant les quarante-cinq années où il a été rabbin, Abramovitz s’est impliqué au sein d’organisations locales et internationales. Il a notamment participé à la fondation de l’hôpital Mount Sinaï Sanatorium et de la Federation of Jewish Philanthropies. Il a été président de la Talmud Torahs Unis et vice-président de la United Synagogue of America.

Reuben Brainin D’origine russe, Reuben Brainin (1882-1939) était un essayiste et un intellectuel de réputation internationale qui a oeuvré en Pologne, en Allemagne et aux États-Unis. En 1912, à la demande de Hirsch Wolofsky, propriétaire et éditeur du journal montréalais de langue yiddish, le Keneder Adler, il a accepté le poste de rédacteur en chef du journal. Il a participé à la création de la Jewish Public Library (1914) avant de retourner aux États-Unis en 1916.


Lyon Cohen Homme d’affaires d’origine polonaise, Lyon Cohen (18671937) était propriétaire de nombreuses manufactures montréalaises de vêtements en plus d’être le cofondateur du Canadian Jewish Times. Il était impliqué au sein de nombreux organismes juifs et, en 1919, il a été le premier à être nommé président du Congrès juif canadien.

Commercial High School À partir du milieu du 19e siècle, les enfants des familles juives les plus fortunées de Montréal fréquentaient la prestigieuse High School of Montreal. En 1877, le conseil a ouvert la Senior School afin d’offrir une éducation pratique et technique à ceux qui n’avaient pas les moyens de payer les frais de scolarité exigés à la High School of Montreal. C’est en 1906 que la Senior School, dont le nom a été changé pour la Commercial and Technical High School, s’est établie de manière permanente sur la rue Sherbrooke. Jusqu’à l’ouverture de la Baron Byng High en 1922, qui est alors devenue l’école secondaire de la communauté juive, la plus part des étudiants juifs en mesure de poursuivre leurs études au-delà du niveau élémentaire ont fréquenté la Commercial High.

Samuel Hart Lié à une des plus anciennes familles juives de Montréal, Samuel Hart dirigeait une importante manufacture de vêtements. Tout comme ses confrères Cohen et Vineberg, il était membre de la Montreal Clothing Manufacturer’s Association et un farouche opposant à la syndicalisation des ouvriers.

Samuel W. Jacobs Avocat réputé de Montréal, Samuel W. Jacobs (1871-1938) a pris part à plusieurs procès qui ont fait avancer les droits de la communauté juive. Il a notamment participé au procès Pinsler (1902) qui a mené à l’adoption d’une loi garantissant l’accès des Juifs au système d’éducation public. Il a également collaboré au procès mené contre Jacques-Édouard Plamondon pour ces propos antisémites. De 1917 à 1938, Samuel Jacob a siégé comme député libéral, étant souvent le seul député juif à la Chambre des communes.

Macdonald School for Teachers Dès 1857, McGill a opéré l’École normale (pour former des enseignants), mais son emplacement au centre-ville représentait des dépenses importantes pour les jeunes femmes en provenance des milieux ruraux. En 1907, un nouveau complexe, mieux connu sous le nom de Collège Macdonald (du nom du fondateur et philanthrope WC Macdonald), a ouvert ses portes à Sainte-Anne-de-Bellevue, à la pointe occidentale de l’île de Montréal. D’abord créée comme collège d’agriculture, l’institution a aussi abrité la School for Teachers qui remplaçait l’École normale. Son emplacement en milieu rural, à proximité d’une importante ligne de chemin de fer, était idéal pour les étudiantes venant de partout en province pour y étudier et y résider le temps de leurs études.

Moses Margolis Moses Margolis est né en Autriche en 1899. En 1903, lui et sa famille ont immigré au Canada. Son père, Benny, était professeur et sa mère, Rebecca, était opératrice dans une manufacture de fourrure. Moses avait deux frères et trois sœurs. Il a travaillé comme opérateur dans le textile et comme mécanicien de voitures à Toronto. Lors de la Première Guerre


mondiale, il s’est enrôlé au sein du régiment de la Royal Canadian Dragoons sous le nom de Mack Margolese.

National Radical School En 1911, de nombreux immigrants de l’Europe de l’Est, influencés par les principes de l’éducation socialiste, ont fondé la National Radical School. Après les classes régulières et pendant les week-ends, on y enseignait l’histoire et la culture juive en yiddish, et dans une moindre mesure, en hébreu. Les évènements entourant la grève de l’école Arberdeen ont provoqué une hausse considérable de la fréquentation des cours offerts par la National Radical School. Ainsi, en 1918, l’école a pu s’installer de manière permanente dans de nouveaux locaux sur la rue Cadieux. L’année suivante, en souvenir du réformateur et écrivain yiddish, Isaac Leib Peretz, l’institution a changé de nom pour devenir la Jewish Peretz School.

Joseph Orenstein Né au Québec, Joseph Orenstein était le plus jeune fils du commerçant Moses et de Rose Adelson, tous deux originaires de Roumanie. Joseph avait une sœur et deux frères. En 1921, il a épousé Evelyn Yaphe, une des étudiantes de sixième année qui, à l’époque, avaient participé à la grève de l’école Arberdeen. Le couple a déménagé en Floride où Joseph a tenu un magasin de souliers. Il a abrégé son nom pour Oren et est devenu citoyen des États-Unis en 1937. Sa petite-fille, Linda Slote Quick, a décrit Joe comme : « la personne la moins intolérante » qu’elle ait connue. Au comptoir-lunch situé en face de son magasin, il s’assoyait avec ses employés afro-américains dans la section destinée aux personnes de couleurs.

Jacques-Édouard Plamondon Éminent notaire de la ville de Québec, Jacques-Édouard Plamondon (1862-1928) a fortement été influencé par le mouvement antisémite qui se développait en Europe à la fin du 19e siècle et qui était porté au Québec par des organismes tels que l’Association catholique de la jeunesse canadiennefrançaise (ACJC). En mars 1910, le discours antisémite prononcé par Jacques-Édouard Plamondon devant les membres de l’ACJC, et part la suite, sa publication sous forme de pamphlet, ont mené à des actes de vandalisme sur les commerces et les synagogues de la communauté juive. Plusieurs leaders importants de la communauté juive ont alors décidé d’intenter des poursuites judiciaires pour diffamation contre Plamondon et son éditeur, une démarche sans précédent au Québec. Le célèbre procès a débuté en mai 1913. Le juge s’est rangé du côté de la défense qui argumentait que seul un individu pouvait être l’objet de diffamation et non pas une communauté, et il a rejeté le dossier. Pourtant, en appel, la Cour supérieure a reconnu que des individus avaient subi des torts et elle a condamné Plamondon à payer une somme de 50.00 $ en dommages et intérêts.

Louis Rubenstein Louis Rubenstein a été élu au conseil municipal de Montréal en 1914; il était le deuxième échevin juif à y être élu. Pendant sa jeunesse, il a été champion de patinage artistique. En 1890, avec le généreux support financier de la communauté juive, il a participé au championnat de patinage artistique qui se tenait en Russie. Cependant, parce qu’il était d’origine juive, la police l’a persécuté et on a refusé de lui remettre une médaille même s’il avait terminé en première position. La controverse a suscité beaucoup de publicité et amené les dirigeants canadiens à faire pression pour que la décision soit


révisée. On peut supposer que leur intervention a mené à un assouplissement des restrictions limitant l’immigration juive au Canada au cours de la décennie suivante.

Frank Sherman Frank Sherman est né aux États-Unis en 1900. En 1904, il a déménagé à Montréal avec son père, William, qui était tailleur et sa mère, Lena.

Harry Singer En 1905, accompagné de sa mère, Minnie et de ses sœurs Issie et Rachel, Harry Singer, un immigrant d’origine russe âgé de cinq ans, est venu à Montréal pour rejoindre son père, un tailleur arrivé un an auparavant.

Moses Skibelsky En 1908, Moses Skibelsky a quitté l’Angleterre en compagnie de sa mère, Miriam, pour venir rejoindre son père, Isreal, un enseignant arrivé à Montréal un an auparavant. Moses était l’ainé de cinq enfants. En 1916, sa famille a déménagé à Chicago car son père avait accepté un poste de directeur dans une école hébraïque. Moses a étudié la médicine dentaire à Chicago, a changé son nom pour Martin Bell et est devenu citoyen américain en 1928. Il a épousé Esther, née en Russie. Ils sont devenus les parents d’une petite fille, Cyral.

Harris Vineberg Originaire de Lituanie, Harris Vineberg (1878-1949) est devenu l’un des plus importants employeurs de l’industrie du vêtement de Montréal. Sa manufacture était réputée pour ses conditions de travail déplorables. En 1888, il est devenu le premier de l’Institut Baron de Hircsh.

Hirsch Wolofsky En 1900, Hirsch Wolofsky (1878-1949), d’origine polonaise, a immigré au Canada avec sa femme Sarah Bercovitch. Cinq ans plus tard, il fondait la Eagle Publishing Company et le quotidien yiddish, le Keneder Adler, qu’il a dirigé jusqu’à sa mort en 1949. Hirsch était très actif au sein de la communauté juive. Il a été vice-président du Congrès juif canadien et éditeur de l’hebdomadaire anglophone, le Canadian Jewish Chronicle.