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QuartierGénéral Journal n°0 « dans les règles de l’art »


»Ours Coordination et rédaction

Thierry Heinz

Couverture et mise en page

Nicolas Brobecker

Correction

Loïc Kessler

Logo

Marc-Amaury Legrand

Fiction

Juliette Zeller et Pascal Auer

Poster central

Jérémy Ledda et Benoît Pergaud

Évènement

le groupe GunGi ; Émilie Vallat

Réalisations thématiques

Pascal Auer, Nicolas Brobecker, Maxence Ciekawy, Julien Croyal, Efi Granklaten, Loïc Kessler, Jérémy Ledda, Benoît Pergaud, Jérôme Saenger et Juliette Zeller.

Remerciement

Oscar Lumière

Contact

journalqg@gmail.com

»Sommaire

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Logo et thème Ours et Sommaire Édito Réalisations thématiques Fiction Réalisations thématiques Évènements Réalisations thématiques

page 1 page 2 page 3 pages 4, 5, 6 et 7 pages 8 et 9 pages 10 et 11 pages 12 et 13 pages 14, 15 et 16

Poster thématique

insert pages centrales


»Édito Je ne ferai pas un éditorial métaphysique. Mais un éditorial qui parle de ce journal et des gens qui y participent. Sobrement et avec une grande fierté je vous présente le numéro zéro de Quartier Général, journal gratuit et local sur la ville de Mulhouse. Nous avons la prétention de réaliser un tirage bi-mensuel, à chaque fois lié à un thème. Ponctué de chroniques qui rappellent notre ancrage local, nous voulons également soutenir l’idée qu’il est possible de s’exprimer artistiquement avec spontanéité ; en deux mots de faire de la « vulgarisation culturelle » à propos de choses qui nous sont proches. C’est pour cela que nous avons choisi comme premier thème « dans les règles de l’art », une question sur le positionnement du journal, et de l’expression plastique en général. Suivons-nous toujours des guides ou la création se fait-elle en dehors des sentiers battus ? Quinze collaborateurs ont bien voulu ébaucher les frontières de cette question, permettant ainsi de fixer un cadre d’expression auquel tous se sont confrontés. C’est l’envie de travailler ensemble et de nous exprimer que nous voudrions faire ressentir à travers cette édition. Également l’envie de produire et de rayonner. Nous espérons que vous apprécierez ce numéro et ceux qui suivront. Thierry Heinz 5


« Le sans-fond est un éternel rien, et fait cependant un éternel commencement, c’est à dire un attract ; car le rien est un attract après quelque chose ; et cependant là il n’y a rien qui donne le quelque chose ; mais l’attract est lui-même ce qui le donne de cela ; cela aussi n’est rien qu’un attract nu et désirant. Et cela est l’éternel entendement de la magie qui fait en soi là où il n’y a rien. Elle fait quelque chose de rien, et cela seulement en soi-même ; et là cependant ce même attract n’est rien que simplement une volonté. Il n’a rien, et il n’y a aussi rien qui lui donne quelque chose, et il n’a non plus aucun lieu où il se trouve et où il soit. » Basarab Nicolescu, L’homme et le sens de l’univers. Editions du Félin. 6


réalisation : Jérôme Saenger double-page suivante : Nicolas Brobecker

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»Fiction Après quelques heures de sommeil, je me réveille. Je pose un pied après l’autre à terre, me lève et ouvre les yeux. J’attrape deux chaussettes, un caleçon et une chemise propre. Mon chat m’attend devant la porte. Je me dirige vers la salle de bain, y dépose mes vêtements et allume le chauffage. Je prends deux minutes pour aller vider ma vessie. Puis j’allume la machine à café, y place un filtre, de l’eau et deux cuillères de café en poudre. Je remplis la gamelle du chat et retourne à la salle de bain, fais couler l’eau et me place dessous. J’attends trente secondes que la chaleur fasse son effet, puis verse du gel douche dans ma main droite. Je savonne mes cheveux, mon visage, puis mes bras, mon torse, ma jambe droite, puis ma jambe gauche, mes parties génitales, mes fesses et enfin mes pieds. Je me rince immédiatement et referme les robinets. Je sors de ma baignoire, prends ma serviette et entreprend de me sécher : la tête tout d’abord, puis le visage, puis mes bras, mon dos, mon torse, mes parties génitales, mes fesses, ma jambe droite, puis ma jambe gauche et enfin mes pieds. J’enfile mes chaussettes, mon caleçon, mon pantalon, ma chemise. Je me regarde dans le miroir pour me coiffer. Une fois à la cuisine, je me remplis une tasse de café, avec deux sucres, que je bois en sept gorgées. Je retourne me laver les dents, ramasse mon attaché-case en passant dans mon salon. J’enfile mes chaussures, puis une veste légère, récupère mes clefs dans le vide-poche et sors de chez moi sans me retourner. Je descends les trois étages de seize marche à un pas cadencé, et passe la porte de mon immeuble. Quinze pas plus tard, je suis devant ma voiture que j’ouvre, je me place derrière le volant, pose mon attaché-case à l’arrière et un mouchoir sur le siège passager, au cas où. Je démarre, prends la première rue sur ma gauche, puis parcours cinq cent quinze mètres avant de bifurquer sur la droite. Le jour n’est pas encore levé, je le sais avant même de le remarquer, car ce n’est pas tout à fait l’heure. Ceci dit ça ne saurait tarder. Je sais que pour aujourd’hui le décalage est d’un peu plus de deux minutes par rapport à hier, et je dois me trouver à environ deux minutes (trois kilomètres de route de campagne, je me souviens avoir pu conserver une allure de quatre-vingt dix kilomètres à l’heure ; en une heure il y a soixante fois une minute donc soixante divisé en deux, trente fois deux minutes, quatre-vingt dix divisé par trente qui font trois, oui ça correspond) de là où j’étais hier lorsque le soleil s’est levé. Je tourne la clé de contact qui n’a pas bougé du tableau de bord et démarre ma voiture. Je reprends une allure moyenne règlementaire et cinq minutes plus tard, je dépasse un petit village. Puis se suivent des champs, des prairies, encore deux champs. Surgit un deuxième village que je choisis de traverser. Je prends la première rue sur ma gauche, puis parcours quatre cent vingt et un mètres avant de bifurquer sur la droite. Le jour ne s’est pas encore levé, je le remarque mais ai l’impression de ne pas savoir, ne pas savoir ni pourquoi ni pour quand c’est prévu cette fois. En fait cette fois je n’ai pas l’heure en tête, c’est pour ça, je ne peux pas comparer. Heureusement, pour ces cas précis, j’ai une montre-poignet. Y jeter un rapide coup d’oeil m’aidera sans doute à répondre à ce récent ensemble de questions et de 10


sous-questions. Quelle heure est-il ? quel en est l’impact sur le temps qui me sépare du lever de soleil ? qu’obtient-on en quantifiant (en minutes) cet écart ?... Mais parfois les réponses apportent de nouvelles questions. Pourquoi est-il cette heureci, comment justifier les douze heures de décalage par rapport à celle qu’il est d’habitude lorsque je viens de bifurquer sur la droite après les quatre-cent vingt mètres, en douze heures exactes le soleil a-t-il fait un tour complet, en est-il à la moitié, peut-on le voir se lever tout de même ou au moins se coucher... Je sors du village et passe devant deux champs, des prairies, encore des champs, et je dépasse un petit village. Trois kilomètres de route de campagne à quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure plus tard, j’atteins une ville. Je prends la première rue sur ma gauche, parcours cinq cent cinquante mètres avant de bifurquer sur la droite. Il fait nuit et je suis devant chez moi. Il fait déjà ou encore nuit, ma montre-bracelet ne m’indique pas cette précision. Je récupère le mouchoir sur le siège passager qui semble s’être tâché durant la journée. Je le place dans ma poche, ramasse mon attaché-case, sors de ma voiture, la verrouille et rentre dans mon immeuble. Je gravis les trois étages de seize marches à un pas cadencé avant de me retrouver devant la porte de mon appartement. Mon chat m’attend derrière la porte. J’entre, dépose mes clefs dans le vide-poche, mon attaché-case à terre et retire ma veste, puis mes chaussures. Je mets la machine à café en route, y verse de l’eau et deux cuillère de café en poudre. Je remplis la gamelle de mon chat. J’allume le chauffage de la salle de bain, ressors et prends deux minutes pour aller vider ma vessie. Je retourne dans la salle de bain, retire ma chemise, mon pantalon, mon caleçon, mes chaussettes, et rentre dans la baignoire. Je fais couler l’eau et me place dessous. J’attends trente secondes que la chaleur fasse son effet, puis verse du gel douche dans ma main droite. Je savonne mes cheveux, mon visage, puis mes bras, mon torse, ma jambe droite, puis ma jambe gauche, mes parties génitales, mes fesses et enfin mes pieds. Je me rince immédiatement et referme les robinets. Je sors de ma baignoire, prends ma serviette et entreprends de me sécher : la tête tout d’abord, puis le visage, puis mes bras, mon dos, mon torse, mes parties génitales, mes fesses, ma jambe droite, puis ma jambe gauche et enfin mes pieds. Je retourne à la cuisine, et me remplis une tasse de café, avec deux sucres, que je bois en sept gorgées. Je retourne me laver les dents, et me dirige vers la chambre pour aller me coucher. Je ferme les yeux pour quelques heures de sommeil. Parfois, en comptant les villages, les kilomètres, les minutes avant le lever du jour, le compte n’y est pas. Les calculs ne tombent pas rond, les relations ne mènent pas aux bons points. J’ai remarqué que ça a lieu lorsqu’avant de prendre la route je monte les trois étages de seize marches au lieu de les descendre. C’est cette chose-là qu’il faut faire dans le bon sens, et il y a aussi celles qu’il faut faire avant d’autres. Je le sais. En fait j’essaie d’éviter cette situation. Son manque de clarté me dérange. Juliette Zeller et Pascal Auer 11


La célèbre illusion typographique ; installée par défaut sur Windows, personne n’y échappe. Je vous présente Arial, dessinée à partir de la grande Helvetica ; Vous n’en avez pas entendu parlé ? Arial est un fast-food au vu du banquet que constitue Helvetica. Du prêt à taper pour la masse ; mais pourquoi utiliser Arial à la place d’Helvetica ? Préferez-vous la gratuité et le standard plutôt que l’universel et la qualité ? 12

ci-dessus, réalisation : Efi Granklaten à droite, réalisation : Maxence Ciekawy


»Évènements Après trois bonnes heures de route nous nous retrouvons dans une maison pleine de triangles dont l’appellation de galerie serait fortuite. Le plafond ne s’affaissant pas au-dessus de nos têtes, nous ne pourrions pas parler alors de scène underground, mais de véritable cadre de vie. Distinction faite par rapport à d’autres concerts : l’installation du matériel se révèle quelque peu laborieuse. C’était sans compter sur la ferveur d’un public éparse et coloré. Notons tout de même la présence d’un jeune hockeyeur de renommée mondiale, kinésithérapeute d’ambition ; aiguisant l’audience comme un bûcheron aiguise la chaîne de sa tronçonneuse. Nous fûtes un concert comme il se dîme : court, bref, salissant, efficace. Ne nous attardons pas sur un si bref succès. Nous repartîmes aussitôt pour une ville ô combien stalinienne : Grenoble. Après un voyage touristique bien mérité en terre autochtone, nous nous vîmes traînés en terra incognita dans un appartement digne de ce nom : au Rendez Vous, en face d’une péniche dont le nom (SONIC) est finalement très bateau. Après un concert acharné de vierges mexicaines et autres mains de Galapagos ambulantes, un buste de notre

ami Ronald coupa le doigt de l’un des membres de manière nerveuse et perfide (légitime défense) : l’enculé. Quatrevingt treize bières coulèrent à flot pour trois personnes ; d’autres n’eurent que leur pyrograveur pour pleurer.

« Riche, beau…Quasimodo »

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Après une nuit, à l’image de la bière, mémorablement insipide, nous rentrâmes dans notre contrée, qui n’est autre que l’Allemagne ayant gagné la guerre, l’Alsace, et plus précisément : Mülhausen. Afin de donner l’ultime coup de grâce : fatigue étant au rendez-vous, à nouveau un triangle apparaît devant nous. Expérience psychédélique. Le concert sera assimilable à une bouillie ketchupienne, tant le triangle sera renversé. Concept’Appart se sera fini sur une note de confusion et d’appropriori intrinsèque et dialectique par rapport à ce que pourrait être un grand festival d’art contemporain. Le groupe GunGi à Concept’Appart, road trip, divagations, occultations et souvenirs impérissables.


« À la Kunsthalle » Mulhouse accueille Regionale 10 et choisi de s’associer avec L’association Accélérateur de particules de Strasbourg et la Fabrikcultur d’Hégenheim dans le but de répondre à cette question « Et si la Regionale était un pays ? » Elle propose les oeuvres de Barbara Bugg, Gianin Conrad, Ildiko Csapo, Chloé Dugit-Gros, Katja Flieger, Andreas Frick, Bertrand Gondouin, Anita Kuratle, Comenius Roethlisberger & Admir Jahic (photo cicontre), Christina Schmid, Bruno Steiner, Emanuel Strässle et Selma Weber. A travers ces œuvres nous sommes invités à penser aux codes, aux normes. Où sont les frontières ? Les différents lieux de Regionale sont proches, donc pas tout à fait au même endroit. Émilie Vallat

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Kevin n'y tient plus. Il a beau essayer de se changer les idées, rien n'y fait. Tâchant de se distraire en vain, posant les yeux sur le carrelage blanc vieillissant, les tapisseries aux couleurs nauséeuses et délavées, accommodant sur son plan de travail, examinant ses couteaux un à un et par delà faisant voltiger ses papilles de faux-filets en rumsteacks et de bavettes en gigots... Las, ça ne marche pas. C'est indifférent au déploiement de tant d'efforts que son esprit revient systématiquement porter toute son attention sur le sujet que constitue sa petite amie, Valérie, morceau de choix, au demeurant. Mais la question n'est pas là, et Kevin est bien embarrassé, en voici la raison : voilà un petit moment à présent que Valérie le fait mariner. Elle repousse ses avances, se refuse à lui à chaque fois qu'il la voit, quand elle veut bien donner suite à ses coups de téléphone. Elle se prétend indisposée ; depuis bientôt trois semaines, dès qu'il se montre un peu « entreprenant » il a droit au même refrain : « Pas ce soir, j'ai mes « trucs de fille... » ou encore « Non mon chéri, tu sais bien j'ai mes ragnagnas... » Kevin n'est peut-être pas une lumière mais sent bien qu'à un endroit ou l'autre de l'équation la Valérie le tient pour égal à une buse. « Trois semaines ! ça en fait du boudin ! » s'écrie-t-il en lui même, cette pensée puérile s'accompagnant chaque fois d'un rire étouffé, un rire jaune et triste comme toujours en pareille situation. Et voilà, c'est dur pour


Kévin ce matin, même si presque rien ne tend à rendre le bouillonnement qui sévit dans sa tête perceptible du dehors. C'est sans compter sur les morceaux de viande qui, au mépris du bon sens viennent se hasarder sous ses coups de hachoir, eux savent à quoi s'en tenir ! Et ce n'est pas auprès de clients absents en cette froide matinée d'hiver que notre gaillard va trouver de quoi se détourner de ses interrogations persistantes. « Mais pourquoi ? Qu'estc'qui s'passe enfin ! Qu'est-ce qu'elle trifouille dans mon dos la Valoche ? » A cette heure-ci les gens sont au bureau, ils attendront comme toujours la fin de la journée pour venir remplir leur besace avant d'aller contenter leur appétit carnivore... Mais une silhouette finit par se dessiner avec netteté derrière la vitrine tapissée d'affichettes, ouvrant la porte et déclenchant avec elle le son de la clochette que Kévin avait presque oublié. Cette silhouette qui se dessine à présent avec clarté sous la lumière criarde du néon, c'est James. James est anglais. James, bien que doté d'un français hésitant et volontiers bourré de fautes n'en est pas moins un type tout ce qu'il y a de malin. Il a débarqué ça fait un mois pour s'occuper des relations internationales d'une succursale d'une entreprise venant elle aussi d'outre-manche. Il veut bien faire ce midi en préparant un bon déjeuner à sa nouvelle conquête, rencontrée peu après son arrivée. Aussi c'est avec un mauvais français mais un français courtois qu'il s'adresse au boucher : « Bonjouw, j'ai voudwais deux entwecôtes s'ilvouplémônssieurr ! » Mais ses efforts ne payent pas, et, devant la mine défaite de son interlocuteur il se résout à désigner du doigt le morceau convoité. Sur quoi l'artisan s'exécute en posant une question qui laisse James désemparé par l'incompréhension. Il s'en sort finalement en opinant du chef du mieux qu'il peut. Derrière le comptoir on semble s'accommoder de cette réponse ce qui sied très bien à notre anglais. « Ça fera six euros cinquante. » C'est ainsi, certainement soulagé d'en venir à bout de son emplette et désireux de faire bonne figure que James se hasarde à échanger quelques mots avec Kevin en comptant sa monnaie : « C'est pouw ma pétite amie fwançaise, jé veux loui montwé que nous aussi nous pouvons twès bien couisiner... » Le boucher reste froid mais il poursuit : « Elle est twès mignon elle s'appelle Valéwie... » Les anglais, c'était lui. texte : Julien Croyal, images : Jérôme Wioland.

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« dans les règles de l’art » 18

réalisation : Loïc Kessler


poster central réalisation : Jérémy Ledda et Benoît Pergaud format : 60 x 80 cm


Journal QG numéro 0