Issuu on Google+

La Voz, c’est un point de rencontre, au milieu d’un réseau. Apprendre de notre expérience, par Denis GaitÁn, en page 11 La Solidarité, ce n’est pas un souvenir, en page 6 par Richard Grenier La Voz, Par Santiago, en page 5

La Voz

Un periódico de Solidaridad...


Un nouveau chant.... Les années ont passé depuis que la première cohorte est allée à la rencontre de l’univers fascinant du centre communautaire Oscar A. Romero, et pourtant c’est encore avec enthousiasme que ces stagiaires racontent leur expérience. Plus de 3000 jeunes et moins jeunes de tous les horizons québécois ont foulé le sol de Nandaïme, propulsés par la force de Spirale, du CCOAR et du Padre Santiago. Dès les tout premiers balbutiements de ce journal, la collaboration et les appuis, toutes origines confondues ont fusé de toute part et ont été le symbole, pour nous, de la raison d’être de ce projet. Chacun de nous trois ici, se revoit encore, au tout début du périple au Nicaragua, dos au centre, valise en main, impatient d’aller à la rencontre de SA famille. Un mélange d’angoisse et d’excitation qui tenaille le ventre. C’est un peu ce que nous ressentons aujourd’hui. Cette impression de quitter son confort pour tenter quelque chose de nouveau. Cette nouveauté, c’est ce journal sans prétention, dans lequel on s’investit pour vous, pour vous donner une voix, pour vous représenter, pour vous permettre de bâtir des liens durables. On veut tenter de s’entre motiver, de féliciter les bons coups, québécois comme nicaraguayens, de s’appeler à la solidarité, solidarité non seulement Nord-Sud, mais aussi solidarité québécoise. Aussi, bien sûr, par ce journal, nous tentons d’offrir notre soutien au centre. Depuis le début de ce projet, une question reste en suspend. Que nous reste-il du Nicaragua? La réponse est encore loin, peut être insaisissable. Mais à défaut d’y mettre des mots, une émotion fait surface et trace le début d’une réponse. Le Nicaragua est bien vivant, à l’intérieur de nous. Ce journal n’est pas né de ses cendres, tel un phœnix, mais de ses flammes. De cette flamme qui brûle encore en nous pour le Nicaragua. Il est grand temps d’attiser ces flammes et d’embraser notre solidarité. De se donner la force du nombre pour réveiller cet immense réseau qui dort. La Voz, c’est un point de rencontre au milieu de ce réseau. C’est un lien, c’est un pont, c’est un filet de solidarité entre le Québec et Nandaime. Mais parce que la solidarité ne peut être exclusive, c’est aussi un regard qui embrasse le monde entier. Sans frontière. C’est un regard qui se veut simplement humain. Aller à la rencontre de l’humanité de chacun. Parce qu’en dernier lieu, peut importe notre statut, peut importe les moyens à disposition, nous sommes tous fait de la même étoffe. N’y a-t-il pas en chacun de nous le même germe d’humanité, qui nous relie et tisse une toile infinie? Ce projet, c’est le vôtre plus que le nôtre. Aujourd’hui, on vous l’offre pour que vous le façonniez à votre façon, pour que vous le modeliez tous à votre image, pour qu’il soit votre voix. Après moult tâtonnements, avec cette mosaïque de mots on a essayé de poser les assises d’un monde de solidarité qu’on pourrait bâtir ensemble. Aujourd’hui, c’est à vous d’embarquer et d’y participer. Que vous vouliez vous y impliquer activement, émettre des suggestions, écrire ou traduire des articles ou que vous ayez tout simplement envie de lire sur un sujet en particulier, dites-le! Nous vous offrons La Voz pour vous faire entendre. Esther, Florence, et Samuel

La Voz devrait être publié 4 fois par année, au début de chaque saison. Le journal est intégralement traduit en espagnol. Pour cela, nous avons besoin de votre aide. Soyez à l’affût!

Vol 1, numéro 1, mai 2011

Bien que le journal soit associé à Spirale, les opinions exprimées dans ce journal sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du Groupe d’entraide internationale Spirale ISSN 1925-6825 La Voz, Un periodico de Solidaridad

Page 1


Et Pourquoi pas... l’histoire de Spirale et du Centre Oscar Arnulfo Romero! Pour ce premier numéro, il nous semblait pertinent de se remémorer les débuts. Alors voici, en bref, l’histoire de Spirale et du Centre Oscar A.Romero, par Serge Gagné.

L’HISTOIRE DE SPIRALE A COMMENCÉ AVANT LA CRÉATION DU GROUPE D’ENTRAIDE INTERNATIONAL SPIRALE Par serge gagné La Source, groupe de jeunes fondé par Santiago Giroux en 66, en est le précurseur. Cette organisation cherchait du financement pour certains projets dans un village de République Dominicaine, avait une équipe de théâtre, chorale et musique, finançait des bourses d’études pour des jeunes du village, avait une équipe d’animation de messes à Beauport, une programmation socioculturelle dans l’espace boîte à chansons de la Source à Beauport, une équipe d’intervention à Québec chez des familles qui avaient besoin de soutien, un journal, un projet de radio et une équipe qui intervenait auprès d’enfants en difficultés de comportements et d’adaptation. Puis il ya 43 ans, el Padre Santiago alias le Père Giroux décide de créer un groupe de stage, le premier au Québec. Pendant 3 semaines, ce groupe de jeunes vivra avec la communauté de Villa Riva et construira avec eux 2 maisons. Nous étions jeunes et assoiffés de justice! Nous étions regroupés dans un organisme qui désormais canalisait des implications d’après-stage. La Source, un espace collectif où on passe sans le savoir du principe: penser globalement et agir localement à penser et agir globalement et localement. Par amour, par charité….par indignation on présentait à notre gouvernement des projets combattant le sous-développement et on s’impliquait auprès des démunis autour de nous. En 73, il y eut l’assassinat d’Allende par l’armée de Pinochet, lui qui avait été élu démocratiquement au Chili. Une répression sanglante envers ceux et celles qui ne pensent pas comme les dirigeants en place s’intensifie dans toute l’Amérique latine. Et pendant que l’URSS et les USA se traitent chacun d’ange et démon et que Cuba inspire une forte proportion de gens assoiffés de changement et de libération, la protesta s’organise en partis de gauche, en plus des projets de type: propuesta que soutenaient les ONG internationaux.Chez nous aussi, un courant plus politique que socio-communautaire provoquera une critique acerbe du système et son habileté à “récupérer” le leadership des gens alternatifs en offrant du financement pour des projets comme ceux auxquels nous avons participé à la Source. Nous avions au Québec et au Canada nos mouvements politiques de gauche.

Et, en 76 s’intensifiera le questionnement sur notre pratique et comme la majorité des membres du groupe la Source devenaient travailleuses et travailleurs, considérant l’investissement financier important que nécessitait le bâtiment et considérant que Santiago avait fait le choix d’aller travailler en milieu ouvrier, l’assemblée générale vota la dissolution de la Corporation en juin 1977. Santiago pour sa part, après du travail en soudure et dans le textile à Québec, part travailler comme prêtre ouvrier en République Dominicaine, ayant fait le choix de vivre une exode du milieu socio-religieux dans lequel il baignait pour faire alliance avec le milieu ouvrier. Car, après le “grand soir”, il y aura une révolution culturelle à assurer au quotidien afin que le pouvoir soit centré sur les besoins des classes populaires. Mais le chemin s’avèrera très long en République Dominicaine. Mais comme depuis juillet 79, le mouvement sandiniste au Nicaragua est au pouvoir, des centaines de coopérants internationaux ont le goût d’encourager la réforme agraire, la création de coopératives agricoles, une campagne sans précédent d’alphabétisation, la mise en place et l’accessibilité à des soins de santé, l’organisation de brigades de travail, l’organisation et la distribution des aliments de base, éducation populaire et organisation de services pour les jeunes….Santiago s’amène au Nicaragua à la paroisse Santa Ana de Nandaime en 1985. Avec l’ équipe de jeunes la Hermandad juvenil, une animation et une organisation se mettent en place et Santiago s’implique dans le soutien aux groupes de campesinos descendus du Nord avec leurs familles pour échapper aux assassinats sélectifs perpétrés par des mercenaires financés et conseillés par l’armée Américaine avides de faire échouer la révolution sandiniste. La protesta sandiniste ayant chassé le dictateur Somoza, une infinité de projets propuestas se mettent en branle dans toutes les régions, dont le projet du Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero à Nandaime.

La Suite en page suivante...

Si vous êtes intéressés à publier un article dans le numéro suivant, ou si vous désirez y voir un thème en particulier, écrivez-nous! journalnandaime@gmail.com

Page 2


Et Pourquoi pas... l’histoire de Spirale et du Centre Oscar Arnulfo Romero! Suite, Serge Gagné

Pendant ces années, à Québec certains anciens de la Source et les membres de la famille de Santiago le rencontrent aux deux ans. Nous l’encourageons individuellement et lui nous brosse la situation socio-politique et économique des gens avec qui il vit et travaille. Échanges de type” gauche caviar” comme dans beaucoup de foyers le samedi soir jusqu’à ce que Santiago nous propose d’appuyer le projet de Centre communautaire et un projet avec l’Union des coopératives agricoles (la UCA) de la région de Granada. Comment chercher du financement sans organisation? S’imposera alors la création d’une nouvelle Corporation à but non lucratif et par un bel après-midi dominical chez Denise qui deviendra la première Présidente, nous fondons le Groupe d’entraide (et non d’aide) international Spirale au printemps 1988 forts de nos acquis du temps de la Source. Considérant nos antécédents, pas étonnant que dès 1991, nous organisons un premier groupe de stage qui se rend au Centre Romero en opération depuis juillet 1989. La perspective d’entraide est pour nous renforcée par l’offre et l’organisation encore aujourd’hui de stages court terme faisant en sorte que la majorité des 3,000 jeunes et adultes qui se sont rendus au Centre vivent la découverte importante d’ avoir reçu plus que ce qu’ils s’attendaient à donner….La véritable entraide à notre avis débute au retour par l’implication après-stage minimale de participer à la campagne du trente sous. De valorisants espaces d’implication s’offrent aussi par la formation de nouveaux groupes de stage d’initiation à la coopération internationale. Nous avons toujours besoin de nouveaux Accompagnateurs et Accompagnatrices, de Formatrices et de Formateurs. Une multitude d’activités collectives de financement s’accomplie chaque année par des dizaines de jeunes s’impliquant à partir de leur école ou de leur regroupement pour le financement de la mission du Centre auprès des jeunes et de la population. Comprenons-nous bien: aucun centre communautaire du Québec ne s’autofinance et une forte majorité d’entre eux reçoivent des subventions de l’État, des villes et des clubs sociaux pour leur financement de base. La seule subvention possible pour le Centre Romero c’est l’effet réseau que favorise, construit et coordonne le groupe d’entraide international Spirale. Le Centre Romero que nous soutenons est dirigé par une coopérative multi-services. Tous les services d’administration, de planification, d’animation du milieu, d’accompagnement des stagiaires et les conférences-échanges sont réalisés par l’équipe du Centre formé de jeunes et d’adultes des environs. Seule la conférenceéchange sur la théologie de la libération est animée par Santiago Giroux. Comme nous le disions, l’histoire de Spirale et du Centre Romero et leur pratique de collaboration et de travail auprès de 150 personnes stagiaires et plus par année démontrent qu’il est possible de rendre à notre portée, Québécoises, Québécois, Nicaraguayennes et Nicaraguayens, la possibilité de penser et agir globalement

et localement! Les membres de ces deux organisations tiennent à faire connaître, notamment par les stages, les conséquences au Sud du mal-développement provoqué par le Nord. Deux priorités d’organisation s’imposent alors à la conscience individuelle et collective : la protesta : dénoncer et contribuer à chaque fois que c’est possible au renforcement du mouvement mondial de protestation contre les responsables de la misère et, comme en témoignent les divers projets du Centre Romero, la propuesta : faire avancer au Nicaragua des projets et des services sociaux et communautaires et proposer des alternatives, des projets d’économie sociale dans une perspective de développement à échelle humaine basée sur l’entraide et la coopération. L’une des propuestas prônée par Spirale, constituant un moyen concret de garder un ancrage organisationnel, est de poser un geste d’auto-limitation de notre consommation en versant 0.30 $ par jour pour soutenir des projets au Nicaragua. C’est le geste de base à poser. Par la suite, la créativité et les intentions des personnes et des groupes occasionnent une kyrielle d’autres formes de solidarité. Quant à développer des qualités entrepreneuriales, ne croyez-vous pas comme nous qu’il est grand temps de développer l’entrepreneuriat coopératif et communautaire. La plupart d’entre nous font ou feront partie de la classe moyenne et plus. Professionnellement, nous avons le choix de nous impliquer dans des entreprises socialement utiles et écologiquement viables. 3,000 stagiaires plus tard, la vie en famille et l’impact du Centre et de sa radio frappent toujours tant par son approche que par les réalisations du programme P.I.A (Participation, identité, affection.) Le Centre se bâtit, se façonne au quotidien par celles et ceux qui y vivent et s’y impliquent autour de Yessenia, membre de la Hermandad juvenil à douze ans, impliquée au centre depuis les débuts et devenue Coordonnatrice du Centre. En collaboration avec le réseau de Spirale et de ses partenaires, le Centre Romero a continué son développement tel une chaloupe sur une mer très agitée. D’où l’importance de bâtir un réseau solidaire à sa mesure. On l’oublie facilement trop aveuglé par les retombées d’une grande expérience individuelle : sans organisation de qualité pas de stage ou stage difficile à l’horizon! Et il en va ainsi dans chaque expérience de groupe et dans chaque organisation! Protégeons et encourageons les organisations qui nous font grandir! tional Spirale

Serge Gagné, Membre fondateur du groupe interna-

Page 3


Et Pourquoi pas... l’histoire de Spirale et du Centre Oscar Arnulfo RomeLe Pari du CCOAr

Par DENIS GAITÁN

Nous nous définissons comme étant un organisme indépendant, aux objectifs sociaux, d’inspiration chrétienne, qui adopte une vision globale d’un monde juste. Il importe aussi de souligner qu’il s’agit d’un organisme à caractère communautaire, né à Nandaime et que, malgré le fait qu’il fut fondé en 1989, ses racines sont nées d’une initiative paroissiale qui a définitivement marqué nos vies. Le CCOAR a développé des projets au sein de la communauté afin de relier enfants, adolescents et jeunes de différents secteurs. La grande majorité de ceux qui composent et dirigent actuellement l’équipe du CCOAR proviennent du milieu. Il ne s’agit donc pas d’un organisme extérieur qui nous vient en aide. Par conséquent, nos membres ne sont pas étrangers aux réalités locales. Nous voyons le futur à travers les enfants, adolescents et jeunes adultes de Nandaime. C’est pourquoi notre attention est centrée sur eux afin d’améliorer leurs conditions de vie et leur environnement. Pour ce faire, ces jeunes doivent reconnaître leur potentiel et le convertir en actions. Il nous revient d’être des acteurs facilitateurs au sein de ce processus, ainsi que de promouvoir l’exercice de leurs droits. Nous le ferons grâce à six stratégies : le partage des connaissances; Le développement de l’expression artistique; La promotion des droits humains et du respect de l’environnement; La promotion d’une économie sociale et solidaire à l’aide du tourisme alternatif et du commerce équitable; Des moyens de communication alternatifs; Des services socioéconomiques alternatifs. Nous avons décidé que notre tâche se doit d’être en continuité avec six piliers spirituels  sur lesquels nous avons choisis de nous appuyer : la solidarité, la spiritualité, l’engagement, la créativité, la justice et la prospérité. Conséquemment à nos actions et de manière cohérente avec ces valeurs, nous désirons devenir un organisme qui contribue au sens et au projet de vie de la jeunesse nicaraguayenne. Modèle de travail Depuis juillet 2007, le Centre Communautaire Oscar Arnulfo Romero est en dialogue constant avec un bon nombre d’adolescents et de jeunes divisés et formés en groupes d’intérêts grâce au projet Participation, Identité et Affection

(P.I.A.); acquérant ainsi de nouveaux apprentissages et des lectures sur les besoins et les problématiques en ce qui a trait au domaine de la jeunesse de Nandaime. Le projet P.I.A. - qui a mis en marche des actions synergiques et un modèle d’intervention-action communautaire dans une perspective de développement centré sur l’être humain - a révélé l’importance de travailler en faveur des propositions qui donnent un sens à la communauté, laquelle, du point de vue de l’identité culturelle, est importante pour le sentiment d’appartenance, l’estime de soi et l’autonomie de ceux qui l’habitent. Au fur et à mesure que nous avançons, l’identité et l’affection acquièrent une place centrale au sein des recommandations des adolescents. Celles-ci ont été obtenues par le biais d’une série de rencontres et d’ateliers réalisés tout au long de l’année 2008, où les thèmes suivants ont été abordés : comment un adolescent protagoniste doit-il être / des conseils pour mieux exercer la participation, entre autres, de ceux qui ont mis en jeu des réflexions sur la vision du futur de la jeunesse, son sentiment d’appartenance et la valorisation de soi / la capacité à affronter les obstacles auxquels les jeunes devront faire face. Ce dernier point a une importance majeure puisque la capacité à surmonter les obstacles et à savoir affronter et comprendre le contexte dans lequel ils évoluent, doit être placé en priorité, avant même de promouvoir les droits humains. En ce sens, le CCOAR travaille présentement sur le projet « Construire la résilience par les expériences et le vécu communautaires », lequel consiste à mettre en marche des stratégies et des actions synergiques afin de promouvoir et renforcer la résilience communautaire dans la municipalité de Nandaime. Nous tentons ainsi de créer des conditions qui permettent, notamment à la jeunesse et l’adolescence de notre municipalité, de se développer sous différents aspects - estime de soi, épanouissement spirituel, habiletés nécessaires à l’établissement d’un projet de vie basé sur la créativité et une vision du futur - et ce, malgré les défis qui composent leur milieu.

Interchange entre les jeunes du Salvador et Par Denis Gaitan du Nicaragua Près de 90 jeunes et adolescents du Nicaragua et du El Salvador se sont réunis à Nandaime dans le cadre d’un échange artistique et culturel. Du 18 au 23 janvier 2011, de nombreux talents en musique, en danse et en théâtre se sont rencontrés. L’importance de cet événement a été confirmée par la richesse des échanges concernant leur vécu, leurs expériences de vie et l’identité culturelle des deux pays. La rencontre a été organisée par le Centre Communautaire Oscar A. Romero (CCOAR) de Nandaime (Niacaragua), en collaboration avec l’Association des Communautés Unies de Bajo Lempa, du El Salvador (ACUDESBAL). Mentionnons que ces deux organismes ont aussi reçu l’appui de l’organisme canadien Horizontes de Amistad (Horizons of Friendship).

L’échange a contribué à découvrir et comparer les valeurs culturelles, les coutumes et le patrimoine historique de chacun afin que les jeunes Nicaraguayens et Salvadoriens puissent consolider leur identité en tant que centraméricains. La question d’identité constituant un des objectifs visés par les deux organismes. Dès le début, une grande sympathie s’est installée entre les deux organismes grâce à une représentation théâtrale racontant la vie et l’œuvre de Monseigneur Oscar Arnulfo Romero. En effet, les groupes travaillent tous deux en se basant sur des principes chrétiens d’amour du prochain, de paix, de liberté et de justice sociale.

La Suite en page Suivante...

Page 4


Pensées et Agir. Pistes de Réflexion. Suite, Denis Gaitán Des ateliers touchant différents thèmes ont été offerts aux jeunes. Dans une perspective ludique, la méthodologie utilisée misait sur la participation et l’expérimentation. Les ateliers ont pris la forme d’exposés, de jeux, d’images, de musique, de danse et de théâtre, tout en partageant coutumes et tradition de chaque pays. Ceci a permis aux jeunes de développer leur sens critique en ce qui a trait à l’état actuel de notre identité culturelle. Les thèmes abordés avaient pour objectif de partager les modèles de travail que le CCOAR et le ACUDESBAL appliquent dans leur communauté respective. Il a été question, entre autres, de leur apport à la jeunesse, de la situation sociopolitique et économique des deux pays, de culture, d’histoire et du rôle de l’expression artistique au sein des rassemblements et de la mobilisation de la jeunesse. C’est ainsi que les jeunes ont réussi à faire un inventaire de leurs besoins et problématiques communs ainsi que de leurs attentes, leurs idées et leurs plans d’action synergique afin d’affronter les défis du quotidien. Parmi les problématiques, la violence a été mentionnée. Plus particulièrement, la violence intrafamiliale, qui pousse plusieurs jeunes à se suicider, à tomber dans la toxicomanie, les gangs de rue, la pharmacodépendance et le décrochage scolaire. Un autre problème a été souligné. Celui-ci est en lien avec les modèles et les références d’identité individuelle et culturelle créant de grandes contradictions et la perte des coutumes qui sont propres à nos localités et nos pays. Cependant, les propositions d’action concernant cette problématique sont centrées sur la création d’un lieu ou d’un réseau de jeunes. Ceci leur permettrait d’acquérir et de partager des connaissances et d’apprendre à propos de la sensibilisation culturelle. En ce sens, le CCOAR et le ACUDESBAL ont commencé à émettre des idées afin de créer un projet commun qui envisage de rassembler les solutions mentionnées plus haut. Cette initiative sera orientée vers la promotion de la participation des jeunes au sein de du patrimoine historique, de l’expression artistique et de

l’identité politique locale et ce, dans une perspective de développement humaniste. L’échange s’est achevé avec un Festival d’Expression Artistique (musique, danse et théâtre) auquel ont participé environ 1000 individus de la municipalité de Nandaime. Selon Nadieska Cubillo Gonzalez, sœur de trois participants, l’échange « était une excellente idée. En plus d’être la première fois qu’un tel événement a lieu à Nandaime, c’est également la première fois que l’on voit un échange d’une telle ampleur, où des jeunes de deux cultures et deux milieux différents peuvent partager, non seulement concernant des problématiques qui les touchent mais aussi sur des moyens afin de leur faire face. Le Festival fut une opportunité de démontrer les nombreux talents que possède la jeunesse de Nandaime. De plus, la jeunesse salvadorienne nous a permis de nous rendre compte que le El Salvador porte un autre visage que celui de la violence. » Pour les jeunes participants, les attentes et les objectifs ont été dépassés car « … ce genre de projet contribue au développement des jeunes. Je crois que ce genre de rencontres est la façon la plus efficace de voir le potentiel du futur de la jeunesse… et l’important est qu’à travers toutes ces rencontres nous tenons compte du développement de la communauté entière… principalement par la promotion de notre culture… il n’y a pas de façon plus facile pour un jeune de se manifester au sein de la société », a exprimé José Leónidas Hernández, du El Salvador. Pour sa part, Francela Briceño, une jeune Nicaraguayenne, souligne : « cet atelier fut important dans ma vie car j’ai découvert une nouvelle étape en moi. J’ai partagé mon expérience avec le CCOAR et cela m’a beaucoup servi dans ma vie personnelle : ça m’a fait découvrir mes talents et ça m’a permis de m’améliorer en tant qu’individu. » Ce que nous avons vécu et partagé par le biais de la culture, des traditions, des plats typiques, des rêves, des problématiques, des actions, de la méthodologie de travail est, sans aucun doute, une démonstration de la grande valeur qu’on retire en faisant un pari sur le travail avec les jeunes.

SE [RE]DÉCOUVRIR SOLIDAIRES L’équipe événements spéciaux organise un colloque à l’automne 2011 sur le thème : Se [re]découvrir solidaires ! Vous désirez renouer avec la passion vécue pendant votre stage au Nicaragua ? Vous cherchez à nourrir la solidarité envers le CCOAR et le peuple Nicaraguayen ? Vous avez envie de participer à l’émergence d’un monde solidaire et co-responsable?

La Bu

lle Sp i Soyez rale! attent ifs....

Cet événement est pensé pour vous ! Pour s’assurer du meilleur succès, nous avons besoin de : √retrouver les personnes responsables de groupe ou l’ayant déjà été. Pour maximiser les chances de rejoindre l’ensemble des individus ayant vécu le stage au CCOAR, nous demandons à toutes les personnes ayant été responsables de groupe de communiquer avec l’équipe en écrivant à : evenements@groupe-spirale.org √vos témoignages. Nous désirons savoir comment vous êtes demeuré(e)s solidaires depuis votre retour de stage ? Envoyez-nous vos réponses à : evenements@groupe-spirale.org √renfort pour l’organisation. Toute personne intéressée à soutenir l’organisation de l’événement ou à y intervenir en proposant un atelier ou une allocution est invitée à communiquer avec l’équipe.

Page 5


Pensées et Agir. Pistes de Réflexion. La Voz

Par Santiago

«Il nous fallait absolument éliminer ce “bruit parasite” uniforme dans toutes les directions de l’Univers.» (Robert Wilson, prix Nobel de physique 1978). « C’est une voix qui s’entend d’une extrémité à l’autre du firmament » (Ps. 19,2). Quand les souvenirs de notre stage à Nandaime nous questionnent comme un « bruit parasite » qui vient dans toutes les directions, il est temps de nous mettre à écrire un nouveau récit de notre expérience et de trouver un sens à ce « bruit parasite » pour qu’il devienne une VOIX, « la VOZ » et donne une signification à toute notre vie… C’est comme ce « bruit parasite » que nous écoutions dans l’Univers et qu’ensuite, nous avons découvert qu’il était la VOIX du Big Bang détectée dans le cosmos. Voilà ce qui se passe dans notre esprit, où le « bruit parasite » de notre conscience est, en fait, la VOZ de la nouvelle conscience planétaire. Une nouvelle conscience qui va de pair avec le subtil équilibre de la Terre, considéré comme un superorganisme vivant qui s’auto règle et qui rejette la notion du biologiste Richard Dawkins du « gène égoïste » et qui rejette aussi le présupposé de Charles Darwin que la compétition et le triomphe du plus fort régirait la règle de l’évolution, soit la loi de la jungle. Notre stage à Nandaime nous a façonné un subconscient collectif de partage avec des jeunes organiséEs dans un Centro Comunitario, avec des familles super accueillantes, avec des recycleurs et recycleuses du dépotoir luttant pour la vie, avec une nature exubérante, fièrement tropicale mais grièvement blessée, entre plusieurs expériences d’apprentissage. Mais tout ne se termine pas ici. Notre stage nous donne de grands défis qui ont à voir avec cette nouvelle conscience, comme celui d’élaborer une pensée planétaire et démocratique, celui de choisir un mode de vie simple parce que notre planète a des ressources limitées et celui de nous engager dans une pratique marquée par la solidarité et l’ intersolidarité. Mais, comment rompre cette chaîne des désirs/besoins illimités/demandes?

Gandhi disait : « Nous avons frappé l’imagination religieuse d’un peuple en colère ». Si nous prenions cette phrase et que nous l’appliquions à LA VOZ, nous pourrions dire : « Nous voulons toucher l’imaginaire intersolidaire d’ex-stagiaires en colère ». Je dis en colère parce que nous sommes tous et toutes choquéEs par l’ordre mondial, où l’empire (États-Unis avec ses deux principaux « trailers » que sont l’Union Européenne et le Canada), continue à perpétuer les génocides (Kosovo, Afghanistan, Irak, Lybie) au nom de « sauver la vie de civiles ». Je dis en colère, parce que comment est-il possible que nous n’ayons pas été capables d’allumer la passion de quelques 1,000 exstagiaires des 3,000 (qui pourtant ont pleuré dans le dépotoir de Nandaime ou de Managua) pour « une autre Nandaime possible et nécessaire» et pour, bien sûr, « un autre monde possible et nécessaire »? Nous ne voulons pas qu’aucunE ex-stagiaire ne se laisse emporter par l’imaginaire occidental dominant de la planète. Un imaginaire intersolidaire Québec-Nandaime doit être inventé. C’est possible en suivant trois chemins : -Le chemin de la conscience… Il n’y a pas de proposition nouvelle sans conscience nouvelle… -Le chemin de la proposition « propuesta » qui passe par la décroissance du nord, c’est-à-dire d’accepter de diminuer simplement notre consommation pour que d’autres puissent simplement consommer. -Le chemin de la protestation  « protesta» contre l’empire occidental qui, pour se relever de sa crise économique et éthique, est prêt à incendier les réserves pétrolières du monde. Nous ne sommes pas seulEs. Une nouvelle conscience est en train de naître sur la planète. Mais, me semblet’il, la Voz est une réponse tant au cri des ex-stagiaires « Qu’est-ce que je peux faire? » qu’au cri des jeunes du Centro Comunitario « Faisons quelque chose ensemble! » « Jeunesse divine » comme disait le grand poète nica Ruben Darío, tu dois relever le défi de ta génération. Recharge tes batteries. Choisis la vie.

La Suite en page Suivante...

La Bulle Spirale est une section pour les annonces de Spirale. Vous aussi avez un mot à passez? Un événénement à publiciser? Écrivez-nous. journalnandaime@gmail.com

Page 6


Pensées et Agir. Pistes de Réflexion. Suite, Santiago Notre non conscience fera de nous des complices de la pensée dominante. Notre incapacité à nous limiter dans nos désirs fera que les recycleurs et recycleuses continueront dans le dépotoir. Notre peur de la protesta donnera raison à un penseur qui disait : « le monde ira mal non pas parce que les mauvais continueront à faire du mal, mais bien parce que les bons ne feront rien ». Mais, nous ne commençons pas de zéro. Quelques

organismes et quelques communautés religieuses ainsi que quasi deux cents d’ex-stagiaires (en donnant 30 sous par jour) financent le PIA (Participation, Identité et Affection). Une centaine de nouveaux participants à la campagne du 30 sous nous permettrait de commencer un travail avec les recycleurs et recycleuses du dépotoir. Longue vie à la Voz. Abrazos. Santiago.

«La solidarité, ce n’est pas un souvenir mais un projet de vie» (J. Escamilla) Par Richard Grenier J’emprunte ces mots d’un ami colombien, militant écologiste et pacifiste ayant dû fuir son pays en raison du conflit armé. Puissent ceuxci trouver un écho particulier dans le cœur et la tête de tous ceux et celles (nous sommes plus de 3000!) qui, au fil des ans, ont mis les pieds au Nicaragua afin de se sensibiliser à la réalité du Sud par l’entremise du Centro Comunitario Oscar Arnulfo Romero (CCOAR) de Nandaime. J’ai 35 ans, deux jeunes enfants et une blonde que j’aime. J’ai eu l’opportunité d’accompagner plusieurs groupes de jeunes depuis plus de 10 ans à Nandaime ainsi qu’ailleurs au Sud. Ces expériences ont façonné ce que je suis. Des ex-stagiaires m’ont proposé de mettre par écrit quelques pistes de réflexions que je porte. Je le fais dans le but de susciter, ou ressusciter, certaines prises de conscience. L’idée n’est pas de fâcher ni de culpabiliser mais bien de dynamiser l’engagement pour l’avènement d’un monde plus juste et fraternel. Deux semaines qui valent une année d’université Nandaime, en lien avec le CCOAR, c’est faire l’expérience d’un Sud qui lutte, s’organise, éduque et met de l’avant de multiples alterna-

tives de vie. On est loin d’une vision misérabiliste du Sud comme nous le présente certains médias. On se rend vite compte aussi que nous avons beaucoup à apprendre de ces gens. On comprend que nous vivons, au Nord, dans un univers douillet façonné par un système économique qui exploite le Sud. De plus, on se confronte à certaines de nos limites personnelles ce qui nous amène à mieux nous connaître, à nous dépasser ou parfois à décrocher. À la suite de ces deux semaines (ou plus) de sensibilisation au Nicaragua on ne peut plus nier la réalité que nous avons vu et vécu. Pensons aux gens du dépotoir, aux travailleurs dans les champs de canne à sucre, aux zones franches, aux conditions de vie de plusieurs familles d’accueil dans le « barrio » ou à la campagne, aux yeux brillants des enfants qui ont faim, etc. Pensons aussi et surtout, aux projets du centre tels que les bourses d’étude, le tourisme solidaire, la radio communautaire, les groupes de folklore, l’artisanat équitable et j’en passe. Le Sud nous éduque et nous transforme qu’on le veuille ou non.

La Suite en page Suivante...

La Voz est à la recherche de traducteurs pour les prochains numéros! Si vous êtes intéressés, écrivez-nous! journalnandaime@gmail.com

Page 7


Pensées et Agir. Pistes de Réflexion. Suite, Richard Grenier La culture du chacun pour soi Malgré cela, un fait demeure : à la suite du stage, peu de stagiaires restent vraiment solidaires de Nandaime. Pour quelles raisons ? Avançons que la vie, et son lot de conditionnements, pousse la majorité dans une autre direction. En effet, la société occidentale conditionne plusieurs d’entre nous à consommer, à produire, à paraître, à nous divertir (se sortir de soi selon l’étymologie du mot). Nous avons intériorisé une culture du virtuel, du zapping, du jetable, de l’instantanée, du plaisir, du confort, de la télé-réalité, du moindre effort et du chacun pour soi. Nous sommes donc bien dressés par le style de vie nord-américain et le conformisme social ambiant:   il « faut » performer à l’école (cote Z oblige), avoir un job pour payer ses études, son appart, sa voiture et les autres gadgets. Et puis, plus tard, viennent d’autres « obligations » de la vie : l‘hypothèque, les enfants, les assurances, les vacances à la mer (!) … Il reste donc peu de temps et d’argent pour la solidarité. En outre, au retour du stage, on passe vite à autre chose sans bien intégrer dans nos vies ce « voyage » au Sud. L’expérience demeure un souvenir remarquable, un beau trip de gang, un moment émouvant sans toutefois se matérialiser dans une option de vie en faveur d’une plus grande justice et de plus d’équité ici comme au Sud. En somme, les raisons de justifier notre inaction ne manquent pas et nous excellons à contourner les dilemmes moraux que celle-ci (notre inaction) suscite parfois… Un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition alors qu’ici on surconsomme et on s’étourdi dans le divertissement. Cette situation ne nécessite-t-elle pas un peu de radicalisme ? Les pousses d’espérance Bien sûr, il y a plein d’exception, tout n’est pas aussi noir. Chacun et chacune d’entre nous avons un rythme personnalisé de conscientisation et nos propres façons de nous engager. Et puis, Nandaime n’est q’un début de sensibilisation. Depuis 2000, j’ai la chance d’être témoin privilégié de plusieurs jeunes-adultes qui décident de faire des choix de vie et de poser des gestes concrets en faveur d’une plus grande justice sociale et d’un environnement plus viable pour tous et toutes. Évidemment, je parle ici de choix de vie et de gestes qui vont plus loin que de fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents ou de recycler nos résidus! Pour ces personnes, la dimension de la solidarité est partie prenante de leur projet de

vie. Pour moi, ils et elles constituent des pousses d’espérance qu’un autre monde est possible, nécessaire et en construction. Ils et elles sont revenus par un autre chemin tel que les rois mages au temps de Jésus et comme nous invitait à le faire le Padre Santiago… Par où commencer (ou recommencer) ? Arrêtons de nous culpabiliser. Intégrons plutôt des réseaux de solidarités qui sont en marche. Le changement social comporte une dimension collective que nous avons tendance à oublier en cette ère d’individualisme. Plusieurs groupes existent. Par exemple, Parcours Solidaires (www.parcourssolidaires.com), une formation pour les 18-30 ans, peut s’avérer un lieu propice pour faire le point, se former et retrouver le souffle créateur de solidarités. De nombreux ex-stagiaires de la région de Nicolet l’ont expérimenté et peuvent en témoigner. S’engager en étant solidaire est une question de petits pas. On change le monde, un geste à la fois, comme le dit le groupe québécois Équiterre (équiterre.org). En fait, plus on exerce les muscles de la solidarité, du partage, du don de soi, de la simplicité de vie, de l’achat responsable, plus ceux-ci deviennent souples, forts et capables de… déplacer des montagnes!!! Les enjeux sociaux au Québec et dans le monde abondent. Il y a de quoi mettre la main à la pâte… L’engagement citoyen suppose aussi la capacité de s’arrêter et de remettre en question notre mode de vie. Prendre le temps de s’intérioriser, de s’informer (à des sources d’information indépendantes) et de requestionner le système dominant est primordial. Et puis, il importe de créer et de cultiver des liens ici comme ailleurs. Un des ces liens est Nandaime qui lutte toujours mais qui souffre encore. Nandaime continue d’appeler notre solidarité. Le réseau des anciennes et des anciennes stagiaires qui s’active actuellement offre une réelle opportunité de rester solidaire avec eux. La solidarité, bien plus que la compétition, est facteur d’évolution de notre espèce. El pueblo unido nunca sera vencido.

Richard Grenier coeurdelion1976@hotmail.com

Page 8


Que reste-il du icaragua?

émoignagnes.

Une section pour partager l’expérience. Plus jeunes et moins jeunes.

E A Par É

è .

Imagine, if there would be no border...

Dix ans me séparent maintenant de cette expérience initiatique que fut pour moi le Nicaragua. Expérience d’ouverture au monde, à mes frères et sœurs du Sud, mais surtout d’une prise de conscience qui éclaire depuis lors ma vie d’une lumière différente. L’aveuglement n’étant plus une option, beaucoup d’interrogations demeure cependant omniprésente. Quelle position est-il possible d’adopter lorsqu’il nous est révélé, à l’âge de 16 ans, l’injustice quotidienne dans laquelle baignent nos vis-à-vis du trois-quarts monde, ce manque radical les plaçant dans une lutte journalière pour la survie ? Une partie de la réponse me fut donnée par Julio, un campesino de la Calera, chez qui j’eus la chance de passer quelques jours. Durant la guerre des contras, cet homme et sa famille avaient partagé leur pitance, aussi frugale fut-elle, avec une famille de contras encore plus durement éprouvée qu’eux par cette guerre sanglante. Dans un face à face avec l’ennemi, c’est plutôt l’homme et la femme que Julio décida de reconnaître et qui l’émurent. Malgré un mur palpable de peur, de haine et de différence, il se tendit vers eux, solidairement. Cette société mondialisée dans laquelle nous vivons nous dicte une attitude de fermeture et de repliement sur soi où le seul objectif semble d’empiler dans une quête de bonheur individualiste un maximum de biens matériels. Dans cette logique, l’autre, le différent, est invariablement posé en ennemi, en indésirable, et c’est pour s’en défendre et s’en différencier que nous érigeons les propres murs de notre Stages internationaux : De l’illusion d’aider à la solidarité, l’avez-vous lu? Disponible à Spirale

P

ar C

L

f

prison de cendres. Julio me pousse aujourd’hui plus que jamais à faire tomber ce mur de l’indifférence. Il me pousse à choisir l’amour et à me faire proche moi aussi de l’autre, puisque nos destins sont intrinsèquement liés. Saint-Exupéry écrivait dans Terre des hommes : « être homme (femme), c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde ». Comment, de retour du Nicaragua, puis-je la poser cette pierre ? Comment puis-je devenir cet acteur-actrice de changement, ce citoyen-citoyenne du monde? Pour prendre action, il faut premièrement savoir s’y situer. Refuser, combattre l’endormissement. S’éveiller à l’actualité, la nôtre comme celle de nos voisins, puisqu’au final, elles ne font qu’une. Rejeter cette désillusion face à l’endurcissement de l’humain, refuser de prendre part au cynisme ambiant qui paralyse plus qu’il ne mobilise. Ne jamais cesser de s’indigner, de se faire rempart de l’injustice et de la face obscure de cette dernière : l ‘indifférence. Et au final, croire en cette force puissante qu’est la communauté mondiale. Ensemble, l’inéluctable n’est plus, et tout devient possible. Un autre monde est possible. La solidaridad no se puede bloquear.

Vous connaissez des projets inspirants! Partagez-les avec nous. journalnandaime@gmail.com

, animatrice à parcours solidaire

Depuis mon stage à Nandaime en 1998, il y a un fil conducteur dans mes engagements : celui de partager l’information sur les conditions qui contribuent à appauvrir la majorité de la population mondiale et sur les alternatives pour que cesse cet appauvrissement. Depuis 1998, j’ai fait d’autres stages de solidarité internationale où, comme à Nandaime, j’ai eu la chance de faire de belles rencontres. Je poursuis mon engagement avec ces gens à partir du Québec. Que ce soit en m’impliquant dans des groupes de sensibilisation au CEGEP et à l’université, en offrant des ateliers bénévolement sur l’illégitimité de la dette des pays appauvris ou bien en cheminant avec des groupes de jeunes adultes qui sont intéressés à faire de l’analyse sociale concernant les différentes facettes de la pauvreté d’ici et d’ailleurs, j’ai le sentiment qu’il y a des choses qui changent et que nous sommes de plus en plus nombreux à s’informer et à poser des gestes concrets pour que les ressources soient partagées de façon plus équitable. Bravo à vous tous qui participez à ce mouvement de solidarité.

Page 9


Que reste-il du Nicaragua?

Témoignagnes.

Repenser la « coopération » internationale Par GENEVIÈVE VAILLANCOURT, au nom de la RCIC Maya-So

J’ai fait un stage en 2009 avec des collègues de la Radio Communautaire Internationale de Charlevoix (RCIC) en collaboration étroite avec un groupe d’étudiant-e-s du centre d’études collégiales de la région. Mon premier constat a été d’être profondément touchée par l’ampleur des dégâts que le colonio-capitalisme fait sur son passage. Mais ce qui m’a le plus marqué de cette expérience, c’est la brute beauté de la solidarité citoyenne. Le discours de la théologie de la solidarité porté par le CCOAR contient une prémisse majeure qu’il est primordial de comprendre pour jeter un nouveau regard sur la « coopération » internationale, quelques soient les motivations spirituelles, sociales ou politiques. Pour dépasser le stade de l’oppression, il faut que le peuple opprimé soit l’acteur de sa propre libération. Message qui a notamment un versant politique affinitaire à travers le marxisme. Ce qui m’a amené à réaliser que pour la première fois, j’étais témoin d’un projet social outreatlantique porté par un peuple qui souhaite s’unir pour lutter ensemble à l’obtention de conditions de vie digne de ce nom, dépourvu de paternalisme. Ma présence au sein de ce périple a été une belle leçon d’humilité; parce qu’il n’est pas rare de voir que certains projets « humanitaires » ressemblent plutôt à du gentil colonialisme,

ce qui n’est définitivement pas le cas au CCOAR. Notre collaboration avec le centre ressemble davantage selon nous (les membres de RCIC) à une relation de solidarité sociale. Cette solidarité peut se faire sous plusieurs angles; participation à la campagne des 30 sous, achats de produits équitables issus de leur travail et j’en passe. De plus, cette solidarité ne s’arrête pas là, ce journal en est la preuve; notre créativité est notre seule limite. Faisons tomber les barrières! Nous (peuples sous le régime capitaliste) avons déjà fait un bon pas en faisant la promotion et en encourageant le commerce équitable. Mais encore, continuons le chemin. Il est primordial de dépasser l’adage « acheter c’est voter » et repenser de « front » en comble notre façon de vivre, car nous sommes toujours sous la domination du Capital. Parce qu’avoir des conditions de travail justes et une hygiène de vie saine ne devrait pas être un choix (choisir équitable) mais une obligation. La promotion libérale de la liberté individuelle à tout prix nous mène vraisemblablement à une série de catastrophes; il faut réfléchir de façon collective et cela, le centre le fait avec brio. Nous nous devons de continuer à travailler solidairement avec le CCOAR, pour le bien de tous et toutes.

La Bull e Spiral e! Soyez att entifs....

Les équipes de travail -Des espaces d’implication pour vivre chez soi la solidarité internationale Depuis plus de 20 ans, le Groupe d’entraide internationale Spirale et le Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero (CCOAR) collaborent en vue de favoriser l’émergence d’un monde où solidarité et co-responsabilité occuperaient l’avant-scène de la relation entre le SUD et le NORD. À ce moment-ci, l’expansion du CCOAR appelle à de nouvelles exigences pour Spirale, afin que les appuis humains et financiers assurés à l’équipe du Centre Romero – ce pourquoi Spirale a d’abord vu le jour – soit de nature à ne jamais freiner le développement de son activité. Pour y parvenir, Spirale a mis sur pied, en 2008, un comité revitalisation, chargé de le conseiller dans le but de remplir avec une audace créative et renouvelée toute l’ampleur de sa mission. C’est ainsi que le concept des équipes de travail est apparu comme «un instrument de nature à nous rapprocher le plus possible de la vision, des valeurs et des objectifs de l’organisme». Les équipes de travail – un espace de solidarité sur mesure Les équipes de travail sont des espaces d’implication bénévole qui s’adressent à tout individu adhérant aux valeurs du Groupe Spirale et portant le désir de collaborer à l’actualisation de sa mission. Chacune rattachée à un secteur privilégié d’activités de Spirale (financement, vie associative, événements spéciaux), les équipes sont autant d’occasions de partage de connaissance et d’expertise, d’apprentissage et d’actions solidaires, dans une atmosphère conviviale et agréable. En créant ces espaces, Spirale désire offrir à ses membres des opportunités à la hauteur de leurs ambitions, leur permettant de vivre concrètement la solidarité envers le CCOAR à travers l’action locale. En effet, soutenir Spirale en participant activement à la réalisation de son plan d’action, c’est contribuer à la réussite du partenariat avec le CCOAR . Que vous soyez une personne intéressée à relever le défi de l’autonomie financière dans la perspective d’un système économique alternatif. Ou plutôt à renforcer le sentiment d’appartenance et à soutenir la participation des membres. Ou encore enthousiaste à l’idée d’organiser des événements de nature à rassembler autour des projets de Spirale et de les faire valoir. Vous trouverez au sein des équipes de travail le médium pour faire entendre vos idées et fructifier vos efforts de solidarité. *** Toute personne intéressée à se joindre aux équipes de travail peut contacter le Groupe Spirale à l’adresse suivante : spirale@groupe-spirale.org ou en contactant le 418.523.6006

Page 10


Que reste-il du Nicaragua?

Témoignagnes.

Réapprendre la vie

Par Marie-Pierre Milot

Bonjour à tous et à toutes! Mon nom est Marie-Pierre Milot et je suis de la cohorte de Nicaragua 97, la première gang de l’École Secondaire Jean-Nicolet à avoir participé à un stage à Nandaime. J’avais 17 ans à l’époque et j’en ai maintenant 30 et j’ai une petite fille de près de 2 ans… beaucoup de temps s’est écoulé depuis mon expérience et je suis très heureuse de pouvoir vous partager qui je suis devenue suite à mon immersion. Je vais surtout vous parler de mon travail puisque c’est surtout à ce niveau que continue l’aide pour moi. Les personnes vivant des difficultés sont nombreuses aussi au Québec. Les difficultés sont différentes et sans nécessairement être pauvre monétairement, plusieurs sont pauvres socialement. Je suis travailleuse sociale dans un centre de réadaptation pour personne ayant une dépendance à l’alcool et aux drogues. Mon travail constitue à aider ces personnes par le biais d’une aide individuelle ou de groupe à surmonter leur problème de dépendance et à apprendre à vivre dans la sobriété. Je travaille principalement auprès d’une clientèle de femmes enceintes ou des jeunes parents qui consomment de l’alcool ou des drogues. L’enjeu est majeur pour ces parents ou futurs parents. La grossesse est souvent vécue comme un espoir de nouveau départ. Souvent ces jeunes mères ont vécu des difficultés importantes durant leur enfance et leur adolescence (abandon, abus, violence, délinquance, négligence des parents, etc.) et elles ont espoir qu’un enfant leur permettra de remplir les manques d’amour qu’elles ont subis. Malheureusement, la consommation durant la grossesse provoque des lésions neurologiques qui se répercutent sur le comportement du bébé à la naissance (bébé irritable, difficilement consolable, qui a une aversion à être touché, etc.). Ces mères vivent un sentiment d’incompétence car elles ne sont pas en mesure de décoder les signaux de faim ou autre du bébé et peu-

vent avoir de la difficulté à le consoler. Ainsi, il peut arriver que la mère se détache de son enfant, car elle ne vit pas une expérience positive avec lui. Elle continue à consommer et adopte à son tour des comportements négligents envers son propre enfant. On parle ici de transmission intergénérationnelle. Mon but dans mon travail est justement que les mères ne consomment pas durant leur grossesse pour ne pas arriver à cette reproduction de comportements négligents de génération en génération. Bien que la consommation d’alcool et de drogue est souvent vu comme un problème individuel, je parlerais davantage de problème social. Les consommateurs comblent souvent un manque, un mal de vivre par l’alcool et/ou les drogues qui viennent soulager temporairement ce mal. Ces personnes sont souvent très isolées, ne disposant pas de ressources tel que des amis, des parents, de la famille, etc. Leur meilleur ami est plus souvent qu’autrement leur consommation avec laquelle ils se désennuient et passent le temps. On pourrait dire : «Ils ont juste à arrêter!», mais malheureusement ce n’est pas aussi simple. La dépendance s’installe rapidement au niveau physique et psychologique et tous les mécanismes sont orientés vers la recherche de consommation pour combler le manque ressenti. La vie en abstinence est un défi de taille pour les consommateurs, car ils doivent apprendre comment être en relation avec les autres et comment être bien sans camoufler leurs carences. Mon travail se situe à ce niveau, les amener à être abstinent et à bien vivre dans cette abstinence. Je profiterais de ces dernières lignes pour faire des salutations à une personne qui a été très significative pour moi durant mon stage et il s’agit de Rafaël, le chauffeur d’autobus du centre. À chaque fois qu’un groupe part pour Nandaime, j’ai toujours une petite pensée pour toi!

Témoignagne

Par Wilton Castillo Aragón, 19 ans

Ma vie au Centre Communautaire Oscar Arnulfo Romero Je crois qu’en tant que jeune Nicaraguayen, j’ai reçu de nombreuses bénédictions et opportunités dans la vie. Parmi celles-ci fut mon arrivée au Centre Communautaire Oscar Arnulfo Romero. J’ai eu la chance d’être parmi les adolescents et les jeunes adultes qui ont reçu une aide par l’entremise de différents projets et services offerts par l’organisme. Et cette aide, il faut le dire, est donné sans distinction de croyances religieuses, d’idéologies politiques, de doctrines ou de statut social. Le support offert est celui de voir du potentiel en chacun. C’est pour cette raison que nous, les jeunes, nous nous identifions à l’image du CCOAR dans la communauté. Le CCOAR a développé de grands projets tels que Participation, Identité et Affection et le Projet de Résilience

Communautaire. Les jeunes qui ont vécu des situations difficiles et qui ont grandement souffert au cours de leur vie en sont les principaux bénéficiaires. À travers ces projets, on leur donne l’opportunité de s’exprimer au sein de différents groupes d’intérêts tels que la musique, la danse, le théâtre, les médias, etc. Au cours de mon cheminement j’ai d’abord rencontré le Père Santiago (Jacques) Giroux, fondateur de ce merveilleux organisme. Puis, j’ai fait la connaissance de la coordonatrice générale, Yessenia Ordoñez Morales. Ce sont deux personnes très signifiantes pour moi puisqu’elles m’ont servi de guides à travers leurs conseils, leurs encouragements et leur force d’aller de l’avant.

La Suite en page Suivante...

Page 11


Pensées et Agir. Pistes de Réflexion. Suite, Wilton Castillo Aragón Grâce au CCOAR, j’ai développé un intérêt pour la musique, notamment en apprenant à jouer du marimba : notre instrument national qui scelle notre identité artistique. De plus, le centre communautaire a permis à ma famille d’avoir une maison digne d’y vivre, car celle que nous avions n’était pas très sécuritaire et l’hiver était donc, pour ma famille, une période très triste. Je suis aussi reconnaissant au projet des bourses d’études car j’ai réussi à atteindre l’université où je réalise enfin mon rêve de faire des études en journalisme. Mes parents n’ayant que de maigres ressources économiques, n’auraient pas eu les moyens de m’appuyer. Dès le début, je me sentis bien accueilli au sein du CCOAR et cela me rendit très heureux. En retour, je tente de rendre ce que j’ai appris ici en partageant mes connaissances, mes talents et mes habiletés avec les autres jeunes. Actuellement, je donne des cours de marimba la fin de semaine, en

plus de faire partie du groupe de musique Niquixotiz et de la troupe de théâtre Jícaro. Ainsi, je perpétue la mission du CCOAR qui consiste à partager et à multiplier la graine de la connaissance pour que d’autres personnes puissent, à leur tour, aller de l’avant, prospérer et voirent leurs rêves se réaliser. Finalement, le CCOAR occupe une grande part de ma vie et je tiens à exprimer à ses membres ma plus sincère gratitude, pour tout ce qu’ils ont fait pour moi et ma famille. Merci infiniment d’être une lueur espoir pour la jeunesse de Nandaime, principalement dans votre apport d’outils indispensables à ma recherche d’un projet de vie. À toute l’équipe du Centre Communautaire Oscar A. Romero et à tous ceux qui les appuient : je souhaite que Dieu continue de vous donner l’amour nécessaire afin que vous poursuiviez le travail que vous faites. Milles fois merci!

Apprendre de notre expérience

Par DENIS GAITÁN

Présentement, le Centre communautaire Oscar Arnulfo Romero (CCOAR) est en train de réviser de fond en comble son expérience de travail avec les adolescents et les jeunes de la municipalité de Nandaime, ce qui a commencé en 2007 avec le projet Participation, Identité et Affection (PIA). Le principe était de construire un modèle d’intervention et d’action communautaire dans une perspective de développement à échelle humaine et dans l’objectif de répondre aux demandes des adolescents et des jeunes de Nandaime concernant leur besoin de Participation, d’Identité et d’Affection. Une série d’activités ont été organisées pour eux comme des ateliers, des rencontres, des camps, des évènements socioculturels en public. Dans la dernière année, des thèmes ont été abordés comme l’affrontement de l’adversité, le sens et le projet de vie. Maintenant, il est important de réviser chaque initiative pour voir si elles ont eu un impact réel sur la vie des adolescents ayant participé. Ce n’est pas un simple exercice d’évaluation, mais bien plus, un exercice analytique qui cherche à produire des connaissances à partir de l’expérience, de laquelle on en tire la systématisation. La systématisation est un outil d’apprentissage qui a été développé en Amérique latine et un de ses principaux promoteurs est le Péruvien Oscar Jara, éducateur populaire, à travers ses expériences de travail communautaire au Nicaragua et en Amérique centrale. Jara soutient que systématiser l’expérience signifie comprendre pourquoi ce processus s’est ainsi développé. Ainsi, on peut comprendre et interpréter ce qui est arrivé en reconstruisant de façon ordonnée ce qui

s’est passé. Essentiellement, il s’agit de répondre à la question « Pourquoi est arrivé ce qui est arrivé ? ». Pendant notre expérience de travail avec les adolescents pour bâtir le processus de résilience (et qui continue à ce jour au CCOAR), beaucoup de choses se sont passées et il est impossible de tout analyser. Pour cette raison, nous avons déterminé une ligne directrice pour la systématisation : De quelle manière l’expérience vécue dans les groupes d’intérêts a entraîné les jeunes dans le processus de résilience et les a aidés à donner un sens à leur vie ? Prenant comme point de départ cette ligne directrice, le CCOAR arrive maintenant dans la phase de reconstruction historique de son expérience. Qu’a-t-on fait? Dans quel but? Quel résultat a-t-on obtenu? Qui a participé? Que se passait-il pendant ce temps au niveau national, local et organisationnel? Pour ensuite passer à l’analyse et à l’interprétation critique de notre expérience. Dans quel but? En premier lieu, nous voulons analyser le processus de développement personnel des adolescents pendant la mise en oeuvre du modèle de travail du CCOAR basé sur la Participation, l’Identité et l’Affection. En deuxième lieu, nous désirons identifier les leçons apprises qui permettent d’enrichir et de projeter de nouvelles stratégies de travail pour faire la promotion de la résilience et du sens de la vie chez les adolescents de Nandaime. Dans ce sens, nous systématisons nos expériences pour apprendre à travers un regard critique de notre méthode de travail, ainsi nous pouvons améliorer notre propre pratique et étendre ce que nous apprenons à d’autres expériences similaires.

Page 12


Que reste-il du icaragua? Q ’

-

Par C

émoignagnes. ?

Voilà 20 ans, soit en 1991 que le premier groupe de stagiaires est parti à Nandaime. 20 ans que le Nicaragua nous a ouvert la porte sur la vraie nature de son pays et de son peuple; un peuple et une terre si riche en beauté et en cœur. Bien sûr l’argent est un manque dans ce pays qu’est le Nicaragua, mais il est injuste de ne rien faire pour changer cette abomination. Chaque stagiaire a dit au moins une fois que ce voyage avait changé sa vie, mais qu’avons-nous vraiment retenu de ces deux semaines en terre nouvelle et surtout, qu’estce qui a changé en nous et dans nos habitudes de vie? J’ai fait partie du groupe 2010 de l’École secondaire Jean-Nicolet (ESJN). En fait, le 23 mars dernier, cela faisait 1 an que je reprenais l’avion pour revenir dans ma petite vie quotidienne québécoise. Lors de mon stage, j’avais écrit quotidiennement un carnet de bord qui racontait ma journée, mes rencontres, etc. À mon retour, j’ai eu comme projet d’en faire un livre et de faire tout en mon pouvoir pour le publier. Tous les profits que j’en ferai iront au Nicaragua. Il faut croire que le proverbe est vrai : passez deux semaines dans un nouveau pays et vous en écrierez un livre; passez-y 2 mois et vous en écrierez trois lignes et passez-y toute votre vie et vous ne serez pas capable d’écrire un mot. Je suis encore en train de le corriger et de l’améliorer. Lorsqu’il sera à mon goût, j’essaierai de le publier et de faire des profits pour eux. Quand j’étais au Nicaragua, j’ai vu une manifestation en quelque sorte pacifique. Je ne sais pas combien ils étaient, mais ils étaient beaucoup. Cette manifestation était contre la compagnie de banane Dole. Les travailleurs de cette compagnie avaient été empoisonnés, sans le savoir, par des pesticides et manifestaient en étant à l’attente de leur mort dans des tentes insalubres. J’ai tellement été marqué que je ne mange plus rien de Dole. J’essaie maintenant de manger le plus équitablement possible. Voilà deux des milliers d’exemples de mes habitudes de vie qui ont changé. Je propose ici une réflexion aux anciens stagiaires : essayez de trouver ce qui a changé pour vous.

Pour ce qui a changé en moi, la liste serait bien trop longue pour cet article et pour détailler ce que ce stage m’a fait réaliser et a créé en moi…Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’apprécie beaucoup plus la vie, je suis plus sérieuse dans mes études, je consomme beaucoup moins qu’avant, j’ai de nouvelles valeurs, etc. Il y a quelque temps, le groupe de l’ESJN qui partira en 2012 a été choisi. De plus, le 8 mars dernier, ceux qui étaient supposés partir en Haïti se sont envolés pour la terre chaude nicaraguayenne. Essentiellement cela est une très bonne chose parce que cela fera comprendre à d’autres ce que j’ai compris l’an passé. De plus, ça génèrera de l’argent au centre et aux familles dans le besoin. Cela ralliera d’autres jeunes à la cause que je défends corps et âme à tous les jours de ma vie. Mais, en même temps, je dois avouer que j’ai un petit pincement au cœur. J’étais à leur place, il me semble, hier. Ils vont vivre des moments extraordinaires avec des personnes extraordinaires que je connais dans le monde chaleureux qu’est le Nicaragua, alors que je serai ici, coincée dans le monde capitaliste québécois que je m’efforce de ne pas détester. Je commence à revenir de mon stage. Je crois comprendre ce que les anciens groupes voulaient dire quand ils nous disaient qu’ils leur semblaient que ça passait vite et qu’il fallait en profiter. Avant de revenir, je ne pouvais même pas m’imaginer à quel point cela était vrai. Ça ne me fera peut-être plus cela l’an prochain. Quoi qu’il en soit, je garderai toujours la flamme…J’ai eu mon stage; j’ai été choyée de le vivre, maintenant je dois, comme tous les groupes avant le mien, laisser la place à de nouveaux stagiaires. Vais-je y retourner? Oui, mais pas avant d’avoir réussi à avoir accompli quelque chose de grand pour eux et de pouvoir vraiment les aider. Alors aux nouveaux groupes, je vous le dis, profitez de ce cadeau incroyable qu’il vous est donné de vivre et n’oubliez pas de poser des gestes concrets pour ceux qui resteront gravés dans votre cœur à jamais : les nicaraguayens.•

La Voz est un journal qui ne peut exister sans la base de la coopération et de l’échange. Écriveznous vos commentaires, suggestions, ajustements, idées à journalnandaime@gmail.com. «La Voz c’est un point de rencontre au milieu d’un réseau». Faites que ce journal soit véritablement un point de rencontre! Il est vôtre!

Claudia Piché et sa famille au Nicaragua

Page 13


Que reste-il du Nicaragua?

Témoignagnes.

Une alternative de vie Par Élisabeth Gingras

Il y a presque deux ans exactement, je revenais de mon stage au Nicaragua, complètement chamboulée par tout ce que j’avais vu et vécu. Au cours de l’expérience, j’avais trouvé cela très difficile à cause des réalités cruelles dont j’étais témoin. Entre autre, ce qui m’a le plus touché, ce sont les injustices humaines ; la pauvreté, la condition des femmes, l’insécurité des quartiers, la famine après notre visite au dépotoir, etc. Cependant, en prenant du recule, j’ai réalisé que ce stage était une très belle expérience de vie, dont on ne peut rester indifférent puisqu’on reste touché pour le reste de nos jours. Je garde de très beaux souvenirs de mon stage, comme le contact avec le peuple nicaraguayen qui était si accueillant, leurs sourires, la culture qu’ils sont si fières de nous faire découvrir, mais surtout leur dévouement. C’est fou à quel point ils étaient présents pour nous, toujours prêts à nous expliquer tout et à nous aider, si peu individualistes. J’ai pris beaucoup de temps à me réadapter à notre mode de vie qui est si différent de ceux des nicaraguayens. En fait je n’ai jamais pu reprendre complètement mes habitudes, puisque j’en

Courrier de Coeur et d’âme!

suis sortie transformée. J’ai pu réaliser la chance que nous avons d’être nés ici et que nous devons chacun et chacune faire un effort pour permettre à tous d’avoir une belle qualité de vie. Je suis consciente que je ne peux pas changer le monde à moi seule, mais je sais que je peux faire une différence dans la vie de certaines personnes du tiers monde. Pour ce faire, nous devons faire un petit pas chaque jour, une action pour aider et ainsi, en se gardant constamment en mouvement que nous pourrons remarquer des changements considérables. Cette expérience m’a donné envie d’aider les gens dans ma vie courante et ma vie future. Je réussi à mettre en œuvre ces enseignements dans ma vie par les choix que je fais, par exemple lorsque je peux acheter équitable je le fais. Aussi, j’essaie de raconter mon histoire pour informer les gens sur ce qui se passe ailleurs et ainsi les faire réfléchir sur leurs gestes et les répercutions que ceux-ci peuvent avoir sur la société. J’ai confiance que nos efforts porteront fruit. J’en profite pour saluer la famille Valerio qui m’a accueillie lors de mon stage au Nicaragua et avec laquelle j’avais une belle complicité.

Une section pour écrire à ceux qui nous sont chers. Si vous désirez y mettre un mot, écrivez-nous! journalnandaime@gmail.com

Un mesaje de Claudia Piché, para la familia de Martha Isabel Vega Bonilla y Dora Maria Bonilla

!

!

Hola amigas y familia, Dora Maria, Martha Isabel y Martha Lucia Espero se encuentren bien de salud. Muchas Gracias por la ultima carta que me escribieron el anó pasado. Gracias tambièn por el cafè y por las fotos de Martha Lucia! Estoy muy contenta que Martha Lucia ahora esta estudiando en la universidad de Managua en banca y financia. Estoy muy orgullosa de ella. Que la cosa siga bien! Por mi parte, estoy bien de salud. Tengo 20 anós. Todavllìa en la universidad, estudio educación para ayudar a los ninós necesitados. Voy a terminar en un anó. Tambièn, trabajo en una residencia de ancianos. Me gusta mucho. Los ancianos son amables pero no tanto como Dora MarÌa! Mi familia y mi novio estan bien y ellos les saludan. Siempre, pienso en ustedes, mi familia de Nicaragua. Muchas gracias por haberme albergardo y haberme cuidado en 2006. Ustedes son tres buenas, inteligentes y generosa mujeres. Gracias por todo. Me gustarÌa tener noticias suyas. Besos y abrazos. Saludos a los amigos de Nicaragua.

Claudia Piché

Page 14


Que reste-il du Nicaragua?

Témoignagnes.

Jacques Giroux Par PIERRE CÔTÉ

Le Jacques Giroux qui nous est connu, est le résultat d’une prière d’enfant exaucée. Le padre Santiago nous est né comme dans une nuit de Noël. Il arrive que Dieu soit touché audelà de toute description par la simple prière d’un enfant. À ma première rencontre du padre, il y a plus de 10 ans, je me souviens de l’avoir qualifié de saint homme. Il fut étonné de la remarque et, du tac au tac, il me répond que pour beaucoup de monde, ce n’est pas le cas. Il semble que pour certains résidents de Nandaime, Santiago n’est pas un saint homme mais plutôt un prêtre rouge. Ils n’ont peut-être pas tout à fait tort. Le Sacré-Cœur n’est-il pas rouge? C’est là précisément où le Dieu «exauceur» d’enfants se révèle en plein travail. Comment Dieu peut-il exaucer une telle prière sans passer par un cœur humain? Et quelle est cette prière au juste? Il s’agit probablement d’un cri. Le genre qui est poussé sans qu’on l’entende. Un cri contenu dans un élan qui transcende tout, le temps, les lieux, les saisons d’une petite vie. L’expression d’une détresse vive, mais qui a ceci de particulier à l’intérieur : l’espérance d’un salut. Dieu n’aime pas que ses créatures désespèrent totalement. Si tel avait été le cas, Dieu serait venu chercher cet enfant pour l’amener près de lui au ciel. Mais celui-ci, celui dont il a exaucé la prière par Santiago, celui-ci est toujours vivant. Pour connaître les détails de cette prière d’enfant, nous n’avons qu’à regarder les œuvres initiées par le padre

puisqu’elles en sont la réponse. La dignité humaine en est le centre. Toutes ces choses qui font se redresser les hommes et les femmes courbés, qui entretiennent les projets et les rêves qui, au quotidien, permettent de s’accrocher à la vie en s’accrochant les uns aux autres. La dignité humaine, c’est une vie d’homme marchant avec espérance. Stagiaire, qu’es-tu allé voir au Nicaragua? Souviens-toi, lors des relectures de ton passage dans les rues du barrio, que cette histoire a commencé à la porte d’une pauvre cabane, par l’accueil d’une pauvre enfant. Le réceptacle, permettant une telle qualité d’accueil, a quelque chose à voir avec le cœur de Jésus. Au nom des miens, merci padre Santiago! Merci de t’être laissé baptiser de la sorte, puisque ce faisant, la volonté de celui qui crée et qui sauve toute chose s’est faite pour le bénéfice des jeunes, autant du Sud que du Nord. Merci, mille fois merci cher padre!

! irale .. p S ulle tifs.. La B yez atten So Équipes de travail : Espaces de solidarité sur mesure Spirale recherche des personnes enthousiastes qui n’ont pas froid aux yeux pour relever les défis lancés à ses équipes de travail sur : √Le financement Pour aider à : diversifier les sources de revenus de Spirale et du Centre Romero ; appuyer les efforts d’autofinancement et de développement du Centre Romero ; augmenter les revenus pour l’actuelle gestion courante de Spirale et pour son développement. √Les événements spéciaux Pour aider à : accroître la visibilité (et les revenus) de Spirale et du Centre Romero. √La vie associative Pour aider à : susciter un sentiment d’appartenance à Spirale; soutenir la participation des membres de l’organisme. Des comités traitant de la formation et des stages sont également à la recherche de bénévoles. Toute personne intéressée à intégrer l’une des équipes ou à en savoir davantage peut communiquer avec Spirale à l’adresse : spirale@groupe-spirale.org ou en contactant le 418.523.6006

Page 15



La Voz avril 2011