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Volume XXI, n˚ 8 Montréal, 15 avril 2014

www.itineraire.ca

EXCLUSIVITÉ

FEU VERT à

HUBERT REEVES

ZOOM SUR RICHARD T. GARBAGE BEAUTY LES ANGES DE LA RUE

DOSSIER

STEVEN GUILBEAULT Tour de Terre

CHANGEMENTS CLIMATIQUES : CLIMAT DE PEUR


présente :

Accueil • Formation • Emploi • Régions • Entrepreneuriat • Installation

9 - 10 MAI 2014

Palais des congrès de Montréal

170 exposants Conférences gratuites Ateliers sur inscription

Entrée gratuite

www.salonimmigration.com Organisateur :

Commanditaires :

Partenaires :


Richard T. Camelot No : 006 | Âge : 52 ans Point de vente: Métro Place-des-Arts

R

ichard ne chôme pas. «Mon père a travaillé jusqu'à 65 ans. Il distribuait des circulaires. Si lui peut le faire, moi aussi.» Originaire de Laval, né alors que c'était encore «la campagne», cet homme de 52 ans se tient toujours occupé. Plus jeune, il travaillait pour une compagnie de déneigement l'hiver, et pour une agence de placement de personnel qui lui a fait connaître tous les métiers. C'est lorsqu'il a eu des problèmes avec la mère de sa fille que les choses ont commencé à mal tourner. Sa consommation de drogues, alors sous contrôle, s'accélère. «J'étais gelé sept jours sur sept.» Mais Richard préfère rester silencieux sur cette période de sa vie. En 1994, il commence à vendre L'Itinéraire, après être passé près de la mort à quelques reprises en consommant. «Je me sentais partir. J'ai vu le tunnel trois fois. Quand j'ai vu ça, je me suis dit: il faut que je prenne une bonne décision.» Trois mois après avoir commencé à vendre le magazine, il cesse de consommer. «Ça donne rien de faire de l'argent et de le dépenser à mesure!» Aujourd'hui, Richard est l'un des doyens de L'Itinéraire, là depuis presque le début. «Je ne lâcherai pas le magazine, tant et aussi longtemps que je vais vivre», lance-t-il, reconnaissant. Il se lève à 6 h le matin pour être à son point de vente à 7 h. L'été, il fait des déménagements, et il donne un coup de main à un de ses amis qui fait de la rénovation. «J'ai un logement, mes meubles. On vient d'acheter un poêle et un frigidaire. Je reste avec ma conjointe, et ça va bien.» Après tout, le travail c'est la santé!   TEXTE : SIMON CORDEAU PHOTO : GOPESA PAQUETTE

15 avril 2014 2014 | ITINERAIRE.CA

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NOS PARTENAIRES ESSENTIELS DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

L'Itinéraire a pour mission de combattre la pauvreté et l'exclusion par le travail et une place en société. Notre organisme soutient et fait travailler quelque 200 personnes par semaine. Le magazine est donc une entreprise d'économie sociale qui s'autofinance. Mais son volet services sociaux comprend différents programmes pour offrir de l'aide psychosociale, du soutien alimentaire et en logement ou encore des services adaptés aux jeunes. Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans les programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes. L'Itinéraire, c'est aussi plus de 2 000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s'en sortir. Merci à tous! La direction de L'Itinéraire tient à rappeler qu'elle n'est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue. Si ces derniers vous proposent tout autre produit que le journal ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L'Itinéraire. Si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec Sylvie Gamache, directrice générale adjointe par courriel à sylvie.gamache@itineraire.ca ou par téléphone au 514 597-0238 poste 222.

PARTENAIRES MAJEURS

Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien. Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du Patrimoine canadien.

PRINCIPAUX PARTENAIRES DE PROJETS ISSN-1481-3572 n˚ de charité : 13648 4219 RR0001

DU MONT-ROYAL

Desjardins

L'ITINÉRAIRE EST MEMBRE DE

Le magazine L'Itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson. À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d'aide et les maisons de chambres. Depuis mai 1994, L'Itinéraire est vendu régulièrement dans la rue. Cette publication est produite et rédigée par des journalistes professionnels et une cinquantaine de personnes vivant ou ayant connu l'itinérance, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sociale et professionnelle. Convention de la poste publication No 40910015, No d'enregistrement 10764. Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada, au Groupe communautaire L'Itinéraire 2103, Sainte-Catherine Est, Montréal (Québec) H2K 2H9

Québecor est fière de soutenir l'action sociale de L'Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.


Volume XXI, n˚ 8 RÉDACTION ET ADMINISTRATION 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 LE CAFÉ L'ITINÉRAIRE 2101, rue Sainte-Catherine Est TÉLÉPHONE : 514 597-0238 TÉLÉCOPIEUR : 514 597-1544 SITE : WWW.ITINERAIRE.CA

LE MAGAZINE L'ITINÉRAIRE : Éditeur : Serge Lareault Rédacteur en chef : Sylvain-Claude Filion Chef de pupitre Actualités : Marie-Lise Rousseau Chef de pupitre Développement social : Gopesa Paquette Infographe : Louis-Philippe Pouliot Stagiaire à la l'infographie: Julie DiTomaso Stagiaires à la rédaction: Marie-Christine Gaudreau et Valentine Bourgeois Collaborateurs : Simon Cordeau, Geneviève Gagné, Éric Godin, Ianik Marcil et Denyse Monté Adjoints à la rédaction : Caroline Velleca, Hélène Filion, Lorraine Pépin et Marie Brion Révision des épreuves : Michèle Deteix, Nelly Laberge et Lucie Laporte Design et infographie du site Internet : Vortex solution CONSEILLÈRES PUBLICITAIRES Renée Larivière : 514 461-7119 | renee.lariviere18@gmail.com Josée Poirier : 514 273-5002 | josee.poirier@itineraire.ca LE CONSEIL D'ADMINISTRATION Président : Stephan Morency Vice-président : Gabriel Bissonnette Trésorier : Yvon Brousseau Secrétaire : Serge Lareault Conseillers : Yvon Massicotte, Jean-Paul Lebel, Philippe Allard et Martin Gauthier L'ADMINISTRATION Directeur général : Serge Lareault Directrice générale adjointe : Sylvie Gamache sylvie.gamache@itineraire.ca Conseillère au financement et aux partenariats: Elisabeth Julien-Rocheleau Adjoint au développement social : Philippe Boisvert Responsable de la comptabilité : Duffay Romano Adjoint aux communications et relations de presse : Dorian Keller ÉQUIPE DE SOUTIEN AUX CAMELOTS Agent d'accueil et de formation : Pierre Tougas Agent de soutien communautaire : Geneviève Labelle Agent de développement : Shawn Bourdages GESTION DE L'IMPRESSION TVA Studio | 514 848-7000 Directeur général : Robert Renaud Coordonnatrice de production : Andrée-Anne Gauthier Imprimeur : IMPRIMERIE SOLISCO

Le bonheur, ça fait jaser… Quelle édition prodigieuse que celle du 15 mars 2014! Un délice pour les neurones : sérotonine garantie ! Le dossier sur le bonheur a contribué à démystifier ce géant que l'on estime pourtant inatteignable. Au contraire, m'ont convaincue les auteures. Merci Valentine, MarieChristine et Geneviève. Lorsque j'ai acheté L'Itinéraire tout de jaune vêtu, Richard, mon troisième ami camelot de la Place Dupuis, m'a annoncé sur un ton sérieux : «C'est sur le bonheur, y paraît que ça se passe en dedans !» Richard a bien raison. Plus le bonheur est campé à l'intérieur, plus il s'exporte à l'extérieur. J'ai d'autant apprécié ce dossier qu'il côtoyait mon anthropologue préféré, Serge Bouchard, un grand témoin du bonheur. Et bien sûr, il y a les mots de Camelots ; ces mots trempés d'humeurs et d'amour qui se transforment en véritables porteurs de message. Nicole Therrien Chargée de cours, UQÀM J'ai acheté votre magazine au métro MontRoyal. J'ai remarqué que votre magazine s'est beaucoup amélioré ces derniers mois et j'ai adoré votre article sur le bonheur. Je suis une infirmière dans le domaine de la psychiatrie et impliquée dans un comité d'usagers. Les gens ont tellement besoin de choses positives, d'outils pratico-pratiques simples pour faciliter leur réintégration dans la société et votre dossier a cette qualité d'être bien accessible au public. Les gens peuvent se reconnaître dans votre magazine, il comporte des témoignages qui donnent de l'espoir. Vos camelots se présentent bien et ils sons attachants. Félicitations! Mme B. Montréal L'exposition de Madame Michaud et tout ce qui se dit sur le Bhoutan me fait bondir. En effet, j'ai été bénévole dans un centre d'aide pour les immigrants. Certains d'entre eux sont des Bhoutanais. Pourquoi? Parce que leur roi a un jour décidé d'expulser des centaines de milliers de personnes car ils ont des origines (sur plusieurs générations) extérieures au Bhoutan. Il peut donc parler de Bonheur National Brut. Imaginons que l'on expulse tous les pauvres du Canada, on pourrait alors dire qu'il fait bon vivre ici, et que tout le monde est heureux! Je vous invite à appeler le COFFRET à Saint-Jérôme qui accueille des réfugiés. J'espère vous avoir informés sur un problème qui me semble grave. Sophie Naval

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au WWW.ITINERAIRE.CA ou par téléphone au 514 597-0238 poste 231

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15 avril 2014

ACTUALITÉS 7 ÉDITORIAL 8 ROND-POINT 11 Tour de Terre

STEVEN GUILBEAULT

14 DOSSIER

CHANGEMENTS CLIMATIQUES

20 RENCONTRE

DES ANGES DANS LA RUE

22 HILLARY CLINTON parle d'engagement social

25

LE CŒUR DE L'ITINÉRAIRE

23 Le Cœur 26 Les mots des camelots 33 Info RAPSIM 34 JUSTICE 35 IANIK MARCIL

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PANORAMA

40 GARBAGE BEAUTY La calligraphie des vidanges 42 VIVRE 43 LIVRES 44 DÉTENTE 46 FEU VERT À… HUBERT REEVES

Ce magazine coûte

LES CAMELOTS SONT DES TRAVAILLEURS AUTONOMES 50 % DU PRIX DE VENTE DU MAGAZINE LEUR REVIENT


DONNEZ GÉNÉREUSEMENT

DU 2 AU 21 AVRIL 2014 LA FAIM TOUCHE 20 000 ENFANTS DE 0 À 5 ANS DANS LA GRANDE RÉGION DE MONTRÉAL. Au bénéfice de

granderecolte.com


ÉDITORIAL

Les femmes et les enfants d'abord Les femmes, les enfants et les plus pauvres de la planète seront les premières victimes des changements climatiques que les plus sérieuses instances mondiales sont désormais unanimes à dénoncer. Demeurer sourd et aveugle devant le dérèglement du climat comporte un danger encore plus grand pour l'avenir de la race humaine. SYLVAIN-CLAUDE FILION | sylvain-claude.filion@itineraire.ca RÉDACTEUR EN CHEF

L

e problème a deux facettes. D'abord la réalité qu'il 2012 du fait de l'exposition à la pollution. Ce sont les pays est pratiquement devenue impossible d'occulter : à faible revenu de l'Asie du sud-est et du Pacifique occi13 des 14 années du nouveau siècle ont été les plus dental qui ont enregistré le plus grand nombre de décès. chaudes jamais enregistrées selon l'Organisation méOn voudra se croire plus en sécurité au Québec, mais si téorologique mondiale (OMM). De l'autre, le déni, quasi le mercure doit augmenter de 2,5 à 3,8 degrés d'ici 2050, criminel, de certaines autorités. Oui, je parle du Canada comme l'estime le consortium de recherche Ouranos, de Stephen Harper, dont la chasse aux scientifiques fait des dangers nous guettent autant. Les canicules sel'objet de notre dossier dans ce numéro. ront plus fréquentes et dans les quartiers défavorisés, Tous les organismes internationaux qui surveillent le où se situent la grande majorité des îlots de chaleur, les climat s'entendent : l'activité humaine est la principale femmes, les malades chroniques et les pauvres seront les cause des changements climatiques et ce n'est plus le plus exposés. La canicule de l'été 2010 a fait 106 morts temps de tergiverser. Il faut agir. Le à Montréal. Combien y aura-t-il de vicniveau des océans va inexorablement times en 2050? « nous aurons monter. Sans doute d'un mètre d'ici C'est tout notre rapport avec la Terre 2100. Peut-être de 15 centimètres dans qui doit être reconsidéré. Le NASA Godbesoin de deux certaines régions d'Asie et du Pacifique dard Space Flight Center vient de pu­blier dès 2030 – ça c'est dans quinze ans. planètes d'ici 2050 une étude indiquant que les citoyens Plusieurs mégapoles côtières vont êtres les plus privilégiés sont encore les plus si les tendances réfractaires au changement. Moins touinondées. Avec l'augmentation observée des chés que les plus démunis par «les effets actuelles conditions météorologiques extrê­ de la détérioration de l'environnement», mes, les inondations, les séche­ ils s'accrochent au statu quo. persistent.» resses, la pollution et l'élévation du Enfin, le Global Footprint Network niveau de la mer, de 500 à 600 milcalcule que «la demande de l'humanité lions d'humains, seront forcés de en ressources et en services écologiques migrer. Considérant le phénomène exige­rait une fois et demie la capacité de Global Footprint Network de l'emballement dont l'intensité la Terre pour être satisfaite» et que «nous demeure impossible à évaluer, on aurons besoin de deux planètes d'ici 2050 estime que jusqu'à un milliard d'êtres humains pour- si les tendances actuelles persistent.» raient devoir être déplacés. C'est ce qui est le plus inquiétant : on parle de déOn sait que l'élévation des températures améliorera les placements massifs de populations entières, de tenrendements dans plusieurs pays du Nord, mais elle sera sions géopolitiques, de guerre de l'eau… Des centaines catastrophique pour les pays du Sud, généralement pau- de millions de pauvres risquent d'être sacrifiés sur vres. Les femmes et les enfants sont déjà les plus affec- l'autel des grands propriétaires planétaires. Et dans ce tés. L'Organisation Mondiale de la Santé vient de révéler naufrage, les premières victimes seront les femmes et que près de 7 millions de personnes sont décédées en les enfants.

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ROND-POINT

PAR MARIE-CHRISTINE GAUDREAU, ÉRIC GODIN, ANNIE-KIM PLANTE ET MARIE-LISE ROUSSEAU

Régression de la durée depuis le dernier emploi par rapport à l’âge.

Dans la rue à quel âge?

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Il existe un lien direct entre l'âge des personnes itinérantes et le nombre d'années écoulées depuis leur dernier emploi, comme l'illustre ce graphique créé par la Société de développement social de Ville-Marie. (MLR)

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30 25 15 Durée

10 5

0 Âge 20

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questions à

Clara Hugues D'où vous est venue l'idée de faire un périple à vélo de 12 000 km à travers le Canada pour la cause de la santé mentale?

PHOTO : PATRICK BEAUDRY

Ma carrière sportive s'est arrêtée aux Jeux Olympiques de Londres et je me suis rendue compte que j'avais encore beaucoup de temps et d'énergie, mais je ne voulais plus faire de compétition. J'étais déjà porte-parole de Bell Cause pour la cause depuis quatre ans et je me suis demandée ce que je pouvais faire de plus pour la cause. J'ai voulu transporter la

LE NOMBRE

40

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Six fois médaillées olympique en cyclisme et en patinage de vitesse, elle est porte-parole de Bell Cause pour la cause. PAR MARIE-CHRISTINE GAUDREAU

conversation sur la maladie mentale d'un bout à l'autre du Canada avec moi. Ce projet est le plus grand défi de ma carrière.

suis rendue compte qu'on pouvait avoir beaucoup de force et de vulnérabilité à la fois. Cette expérience est toujours restée en moi.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience personnelle avec la maladie mentale?

Quel est votre objectif au dénouement de cette aventure?

J'ai fait face à la dépression au début de ma carrière après mes premiers Jeux Olympiques à Atlanta en 1996. Quand je suis rentrée chez moi avec mes médailles en poche, je me suis sentie perdue, comme si ma vie d'avant n'existait plus. Je me

Je veux mettre fin à la stigmatisation entourant la maladie mentale et surtout briser le mur du silence. Je désire qu'on parle de la maladie mentale partout au Canada et que tous ensemble nous puissions faire une différence.

90 %

En Amérique du Nord, on estime qu'une voiture passe plus de 90% de sa durée de vie stationnée.

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GODIN DANS LA RUE

Productivité tachée Vos employés manquent de vigueur et de motivation? L'air pollué pourrait en être responsable. C'est ce qu'a démontré une étude menée sur les employés d'une usine d'emballage de poires en Californie. Le PM2.5, puissant polluant, a été étudié pour sa propriété à pénétrer aisément à l'intérieur avec ses particules très fines. Une hausse de sa présence a des effets directs sur la productivité des travailleurs d'intérieurs. Ceuxci perdent de la rapidité de manière considérable. On note aussi des effets à la baisse sur la volonté et sur le nombre d'heures travaillées. À l'opposé, la réduction en PM2.5 entre 1999 et 2008 a révélé des économies de 19.5 milliards $ en coût liés au travail. (MCG)

Abribus à chaleur humaine POLLUTION-H_123RF.COM-TOMWANG

Tendre la main pour se réchauffer, voilà ce que propose Duracell, qui a créé un abribus chauffant à la station de métro Lionel-Groulx. Par un contact physique, les usagers agissent à titre de pile et activent ainsi la chaleur. Une vidéo issue de cette campagne promotionnelle partagée sur les réseaux sociaux récolte des fonds à l'organisme Habitat pour l'humanité, qui aide les familles à faible revenu à se loger. (AKP)

La justice dans notre assiette En février dernier, le mouvement Justice Alimentaire pour Montréal (JAM) célébrait son premier anniversaire. Ce groupe prône une transition vers un système alimentaire de qualité accessible pour tous, dans un climat d'équité et de résilience. Il invite la communauté à s'impliquer dans le changement social en partageant ses idées de projets. (MCG) convergence.jamontreal.com

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ROND-POINT INTERNATIONAL Chine | Dragon sans fumée États-Unis | Salaire ajusté au loyer

House the Homeless, une ONG d'Austin, au Texas, propose d'abolir le salaire minimum pour instaurer une rémunération de minimum vital universelle. Elle demande aux maires du pays et aux membres du gouvernement d'appuyer son plan visant à fixer le salaire minimum en fonction du coût du loyer. L'ONG voudrait que les employés travaillant 40 heures par semaine n'aient pas à débourser plus de 30 % de leur salaire pour louer un appartement d'une pièce. En 2012, 3,5 millions d'Américains travaillaient au salaire minimum ou en dessous de celui-ci.

La Chine emboîte le pas dans la lutte mondiale au tabagisme. Depuis février, le ministère de l'Éducation a interdit le tabac dans les écoles du pays, de la maternelle aux écoles professionnelles. Les universités doivent établir des zones pour les fumeurs et interdire de fumer à l'intérieur. Elles se voient aussi interdire de solliciter des commandites des marques de cigarette et la diffusion de publicité pour des produits du tabac sur leurs campus. L'interdiction devrait être étendue à tous les espaces publics d'ici la fin de l'année. (Reuters) Les élèves brisent des cigarettes dans une école primaire de Jinan, dans la province du Shandong. PHOTO: REUTERS/STRINGER

(The Contributor) Des manifestants réclamant une hausse du salaire minimum des travailleurs des chaînes de restauration rapide en décembre 2013. PHOTO : REUTERS/SHANNON STAPLETON

Pérou | Non, c'est non

De 1996 à 2000, des centaines de femmes ont été stérilisées contre leur gré sous le régime d'Alberto Fujimori, purgeant présentement une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité. Alors que les groupes de défense des droits des femmes tentent d'obtenir justice pour ces femmes stérilisées, le procureur chargé d'enquêter sur le programme controversé a abandonné l'enquête, affirmant que la loi péruvienne ne considérait pas la stérilisation forcée comme un crime. La cause sera bientôt portée devant la Commission interaméricaine des droits humains.(IPS) L'ancien président du Pérou, Alberto Fujimori, a fui le pays en 2000 en plein scandale de corruption. Il est en prison depuis 2007 pour de nombreux crimes commis sous sa présidence.

Le noma, une rare forme d'infection mangeuse de chair, défigure 140 000 personnes par année à travers le monde. En Éthiopie, l'ONG Facing Africa, offre des reconstructions faciaYenenesh les gratuites aux survivants de la maladie. L'infection atteint Yigsaw (droite) se remet de surtout les enfants et tue 85 % sa dernière intervention de ces victimes en moins de à 10 jours. Elle peut être soignée chirurgicale, Addis-Abeba, par de simples antibiotiques qui la capitale du pays. se font rares dans plusieurs régions de l'Éthiopie. En 2004, le gouvernement a commencé à étendre les soins de santé de base dans tout le pays, diminuant les taux de mortalité des victimes du noma. (IPS)

PHOTO : UNITED STATES AIR FORCE/KAREN L. SANDERS

L'Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des Journaux de Rue - INSP). Le réseau apporte son soutien à plus de 120 journaux de rue dans 40 pays sur six continents. Plus de 200  000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue. Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde. Pour en savoir plus, visitez www.street-papers.org.

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PHOTO: NICK ASHDOWN/IPS

Éthiopie | Sauver la face


RENCONTRE

Commentateur de l'actualité environnementale depuis plus de 20 ans, le cofondateur et porte-parole d'Équiterre est la star de l'écologie : le quotidien français Le Monde le compte parmi les 50 acteurs mondiaux du développement durable.

STEVEN GUILBEAULT Tour de Terre

Armé d'une patience exemplaire et d'une passion sans limite, il irradie une force tranquille qui inspire le respect. Et pour cause : l'environnementaliste maîtrise ses dossiers et est un communicateur hors-pair. Avec son ami et collègue environnementaliste François Tanguay, il vient de publier Le prochain virage, livre incitant les Québécois à agir pour un avenir équitable et durable. L'Itinéraire l'a rencontré à la Maison du développement durable pour faire un tour de Terre en sa compagnie. PAR MARIE-LISE ROUSSEAU PHOTOS : RAPHAËL OUELLET

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L

'année a commencé difficilement pour les groupes environnementaux, dont Équiterre, ciblés par l'Agence de revenu du Canada. Comment réagissezvous à ces attaques?

Équiterre est sous enquête présentement mais il n'y a pas eu de jugement rendu. C'est une tentative de nous museler. C'est une attaque à la démocratie, mais ça ne va pas fonctionner. Les Conservateurs essaient d'enlever le statut charitable à des organismes pour affecter notre financement. Je pense qu'au contraire nos donateurs vont vouloir nous donner plus en réaction à cette décision.

Quel lien faites-vous entre la politique, l'économie et l'environnement?

Pendant longtemps, l'environnement était un truc externe, lointain. Maintenant, de plus en plus d'organisations, d'institutions et de personnes reconnaissent - beaucoup à cause de la question des changements climatiques - qu'on ne peut bâtir une économie et une société prospère au détriment des conditions de vie sur Terre. Il y a vraiment une prise de conscience qu'on peut avoir une économie prospère et une société qui s'épanouit sans épuiser nos ressources naturelles, dégrader la qualité de l'air ou aggraver la question des changements climatiques.

Comment convaincre la droite économique, qui est au pouvoir, de penser différemment?

C'est utopique de penser qu'on va réussir à convaincre tout le monde. Il y a encore des gens qui pensent que la Terre est plate et que Dieu aurait inventé la planète en six jours et se serait reposé le septième. Notre objectif est de convaincre suffisamment de personnes pour que le virage, déjà amorcé, soit pris de façon plus importante et qu'il y ait moins cette tentative de vouloir revenir en arriè­ re, notamment avec le pétrole. Ah, le chant des sirènes! Les 45 milliards de dollars qui vont nous tomber du ciel grâce à Anticosti… C'est vraiment n'importe quoi. La direction qu'on doit prendre doit être durable.

Les derniers rapports du GIEC sont alarmants. A-t-on atteint le point de non-retour?

Non, si on lit bien les rapports [ndlr : voir notre dossier en page 14] il n'est

« Plus on attend pour agir, plus   ça va frapper fort, plus ça va coûter cher et plus   ça va faire mal.» AU SUJET DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

pas trop tard, mais plus ça va, plus notre marge de manœuvre diminue. Plus on attend, plus ça va frapper fort, plus ça va coûter cher et plus ça va faire mal. Est-ce qu'on laisse aller les choses et on laisse à nos enfants un grave problème à la fois économique et social? On parle de centaines de millions de personnes déplacées chaque année, de réfugiés environnementaux.

Comment les changements climatiques affectent-ils les populations les plus vulnérables?

Les épisodes extrêmes de vagues de chaleur aux États-Unis et dans le sud de l'Europe en 2003 nous ont fait prendre conscience que, de un, les changements climatiques n'ont pas des effets que dans les pays en voie de développement et que, de deux, dans nos pays riches, ceux qui vont en subir le plus les impacts sont les plus pauvres, qui vivent dans des appartements mal isolés, n'ont pas toujours les moyens de se payer la climatisation et n'ont pas beaucoup de verdure et de parcs dans leur quartier pour tempérer le climat. Les 40 000 victimes dans le sud de l'Europe, dont 20 000 dans la banlieue parisienne, n'habitaient pas dans les maisons climatisées de riches banlieues. Il y a un enjeu de justice sociale dans cet enjeu environnemental. Il faut en prendre beaucoup plus conscience collectivement.

À quoi ressemblerait la société idéale?

D'arrêter de voir seulement à court terme, d'arrêter de vivre au-dessus de nos moyens d'un point de vue écologique. Des politiciens comme François Legault parlent toujours de vivre au-dessus de nos moyens, mais il ne parle pas des bons moyens. D'ailleurs le FMI a sorti une étude comme quoi les programmes d'austérité économique avaient exacerbé les inégalités sociales. Ce qu'on prône, c'est un changement de mentalité. Cette société idéale est une société qui va être en évolution cons­ tante. Il faut accepter d'être critique face à ce qu'on fait, tant au niveau individuel que collectif.

La fois où Steven Guilbeault s'est senti le plus démuni «Lors de l'élection majoritaire de Stephen Harper. On était à Ottawa avec des amis, on regardait ça dans un bar. On avait du fun au début, on prenait une petite bière, et puis les résultats ont commencé à rentrer... Ouf! Quand on a vu qu'on se dirigeait vers un gouvernement majoritaire, on n'avait plus de fun personne. On est rentré vraiment assommés. Le lendemain, plusieurs personnes ne sont pas rentrées au bureau, c'était comme un gros lendemain de veille. Et on s'en remet encore.»


QUESTIONS À

FRANÇOIS TANGUAY Son nom est moins connu mais il n'en demeure pas moins une sommité en matière de protection de l'environnement au Québec. Co-auteur de Prochain virage, François Tanguay a répondu à nos questions. Quelle est votre intention avec ce livre?

Pour paraphraser notre cher ancien premier ministre Charest, on veut mettre les mains sur le volant et aider le Québec à prendre le virage. Notre sous-titre est : propulser le Québec vers un développement équitable et durable, c'est assez éloquent en soi. On pense toujours que si les grandes négociations ne marchent pas, ça ne vaut pas la peine de bouger. Dans le bouquin, on montre que si ça va mal, c'est parce qu'il y a un paquet de petites négligences. C'est en éliminant les petites négli-

gences que les grandes solu- valait la peine de se battre pour tions vont venir. ça. La nature et l'environnement vont nous imposer des changeQuelle est l'urgence d'agir? ments qu'on le veuille ou pas. Je Si on ne fait rien et qu'on pense au mur de Berlin tombé continue dans le scénario au- en 1989. On pensait qu'il était todestructif dans lequel on là pour l'éternité et en 24 heures est engagé, on fonce dans il n'y était plus. Des choses qui un mur. C'est comme un ont l'air insurmontable sont élastique tendu. En même possibles. temps, dans toutes les crises il y a des opportunités, nous, on les voit pour le Québec.

Qu'est-ce qui vous motive? Les nombreuses petites victoires et non les grandes défaites. Sur une base quotidienne on voit des choses et on se dit : ça

Quelle place ont les villes dans la lutte aux changements climatiques?

Un rôle de plus en plus important. Un humain sur deux habite une ville. Quand on regarde à l'échelle internationale, les villes sont souvent le lieu où il se fait le plus de choses pour changer nos façons de faire, par l'aménagement du territoire, le transport en commun, etc. Il existe une association mondiale de villes pour lutter contre les changements climatiques. Montréal en fait partie. Là où plusieurs de nos gouvernements tergiversent encore ou ne veulent simplement rien faire, comme au Canada, il y a des villes qui agissent.

Êtes-vous optimiste?

Je suis optimiste réaliste. Pas optimiste gaga avec des lunettes roses tout va bien merci madame la marquise. Je vois qu'il y a suffisamment de volonté, de gens prêts à mettre l'épaule à la roue pour faire arriver ce changement.

Qu'est-ce qui vous met en colère?

L'aveuglement volontaire de certains de nos décideurs. Des fois ça me pompe!

À cinq ans vous grimpiez dans un arbre pour protéger la forêt à côté de chez vous, êtesvous comme Obélix tombé dans le militantisme quand vous étiez petit?

Ça m'a pris du temps à réaliser à quel point ce moment

a été important pour moi. Mais je m'impliquais beaucoup au secondaire, j'étais sur les comités étudiants, même chose à l'université. C'est là que j'ai commencé à faire du bénévolat. Ça a toujours fait partie de moi de m'engager.

Vous êtes père de quatre enfants. Avez-vous confiance dans les générations futures pour poursuivre votre travail?

Avoir un enfant est une profession de foi envers l'avenir. On ne voudrait pas mettre au monde des enfants si on n'avait pas espoir qu'on va être capable de leur donner une planète en bon état. Maintenant c'est pour moi une responsabilité personnelle de travailler très très fort et de faire tout ce que je peux pour que mes enfants aient, quand je vais partir, une planète en meilleure santé que celle dont j'ai hérité de mes parents. Le prochain virage, propulser le Québec vers un avenir équitable et durable Par Steven Guilbeault et François Tanguay, Druide, 300 pages.

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DOSSIER

CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Climat de peur

Le FMI, l'OMS, le Forum International Monétaire de Davos, le GIEC et maintenant la NASA : on voit poindre une rare unanimité, en ce printemps 2014, au sujet de la catastrophe qui s'annonce si l'homme ne change pas son rapport avec sa planète. Reste-t-il des climatosceptiques? Au sein du gouvernement Harper, à coup sûr, puisque la droite chrétienne et les conservateurs s'acharnent à nier les rapports officiels qui s'amoncellent tout en pourchassant ses opposants et en muselant les scientifiques.

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LE CANADA ET LA SCIENCE

Une chasse aux sorcières Au Canada, les scientifiques ont peur. Depuis que le gouvernement conservateur est au pouvoir, ils ont de moins en moins de marge de manœuvre pour faire leur travail, surtout en environnement. Coupures dans les programmes, fin d'accords internationaux, mises à pied, musellement: le mandat de recherche et d'éducation des scientifiques canadiens est compromis. PAR SIMON CORDEAU

R

encontrés sur le campus de l'Université McGill, dans un amphithéâtre du musée Redpath, la docteure en biologie Katie Gibbs, le journaliste pigiste Mike De Souza et l'auteur Chris Turner commentent. Les conférenciers font état des coupures dans les programmes scientifiques et environnementaux par le gouvernement fédéral. Démantèlement de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, financement intermittent du Laboratoire de recherche atmosphérique de l'environnement polaire, fermeture des bibliothèques du ministère des Pêches et des Océans, arrêt de la Région des lacs expérimentaux (RLE)... Les exemples ne manquent pas. La RLE, par exemple, était considérée comme un joyau de la recherche au Canada et dans le monde. Le programme utilise 58 lacs de l'ouest de l'Ontario pour étudier les écosystèmes complexes des plans d'eau et l'impact de certains composés chimiques sur eux. Dans son livre Science, on coupe!,

Chris Turner détaille les bons coups du programme. En 1969, on par­ vient à prouver l'effet du phosphore sur le développement des algues vertes. Des réglementations pour réduire l'utilisation de phosphates, dans les détergents par exemple, voient le jour partout dans le monde. Quelques années plus tard, la RLE refait le coup, cette fois en prouvant l'impact nocif des pluies acides sur les écosystèmes aquatiques. En 2012, le gouvernement Harper a coupé tout financement au programme. Aujourd'hui, il continue ses activités, mais plus modestement, grâce à un financement provincial.

Renvoi imminent

Et lorsqu'il y a des compressions, on ne coupe pas que dans l'équipement. Le personnel y passe aussi. «On annonce dans un département qu'il y aura des mises à pied. Mais on ne dit pas combien, ni qui, ni quand», explique Katie Gibbs. Cela crée une atmosphère de travail difficile pour les chercheurs. «Oui, je dirais qu'il y a un climat de peur, affirme Mme Gibbs. Les

«Il y a un   climat de   peur. Certains   ont peur de   perdre l'accès   à certaines   données de   recherche,   pour d'autres,   c'est le   financement» Katie Gibbs

gens savent que leur emploi est incertain, donc ils font très attention.» Car en plus du danger de se voir indiquer la porte, les scientifiques de l'État ont aussi perdu la liberté de s'exprimer comme ils le voudraient. «Il y a un phénomène de baillon», soutient sans nuance Johanne Fillion, agente de communication à l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC). L'IPFPC est un syndicat qui représente plus de 15 000 scientifiques et chercheurs fédéraux. Une étude commandée par ses bureaux révèle que neuf scientifiques sur dix estiment ne pas pouvoir parler librement (voir encadré). Que ce soit pour expliquer les résultats de leurs recherches dans les médias ou pour échanger avec des collègues lors de colloques internationaux, tout passe par des relationnistes. Et cela ne s'observe pas que dans la fonction publique. La peur touche aussi les scientifiques académiques, qui œuvrent dans les universités du pays. «Certains ont peur de perdre l'accès à certaines données de recherche, pour d'autres, c'est le financement», déplore Mme Gibbs.

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DOSSIER

40 ans de lutte à la pollution 1971 Greenpeace

Une organisation pacifiste et écologique de Vancouver parvient à faire cesser les tests nucléaires américains à Amchitka, en Alaska.

1985 Protocole de Montréal

Signature d'un accord international visant à éliminer la production de CFC afin de protéger la couche d'ozone.

1986 Tchernobyl

Un accident survient dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, en URSS. La ville et les environs sont toujours contaminés et inhabitables.

1997 Protocole de Kyoto

Signature d'un accord international visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. 184 pays en sont signataires. Le Canada est le seul à s'en être retiré, en 2011.

1999 L'Erreur boréale

Richard Desjardins et Robert Monderie font paraître un documentaire sur la déforestation dans le nord du Québec.

2009 Conférence de Copenhague

Échec sur toute la ligne : le texte final ne comporte aucun engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2020 ou 2050 et aucune obligation sur l'aide à l'adaptation pour les pays les plus pauvres.

2010 Deepwater Horizon

Une plateforme pétrolière de la compagnie BP explose dans le Golfe du Mexique, créant une marée noire de 780 millions de litres.

2010 Kalamazoo River

Vingt mille barils de pétrole se déversent dans la rivière Kalamazoo, au Michigan, suite à la rupture d'un oléoduc d'Enbridge.

2013 Conférence de Varsovie

Les 195 pays de la Convention des Nations Unies sur le climat s'entendent pour signer, en décembre 2015, un accord mondial engageant toutes les nations.

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Des scientifiques muselés Les scientifiques et la rue

Devant ces coupures et le musellement de ses collègues, Katie Gibbs a décidé que c'en était assez. À l'été 2012, à peine sortie du doctorat, elle organise avec d'autres scientifiques une manifestation devant le Parlement canadien. Nommée «La mort de la preuve», la marche voit défiler des scientifiques, arborant leur sarrau blanc, derrière un cercueil symbolique. Après le succès médiatique de la manifestation, Mme Gibbs fonde Evidence for Democracy, un organisme militant pour l'usage transparent de la science et de la preuve dans les politiques gouvernementales. «Je sentais que je devais faire quelque chose, raconte la scientifique devenue militante. Mais je n'aurais pas cru que cela aurait un tel succès.» Elle fait le tour du Canada pour donner des conférences, sensibiliser le public et recruter des membres. «On souhaite aussi organiser un réseau de scientifiques qui pourraient répondre aux questions du public en matière de science et de recherche.»

Les ONG sous la loupe

Les ONG environnementales aussi sont dans la mire du gouvernement Harper. Huit millions de dollars ont été investis pour passer au peigne fin les états financiers de ces organisations canadiennes, rapporte M. Turner dans son ouvrage. L'objectif : s'assurer que celles-ci respectent bien la règle selon laquelle pas plus de 10% de leur budget peut être alloués à des actions politiques partisanes.

De plus en plus d'ONG se retrouvent, coïncidence remarquable, dans la mire de l'Agence du revenu du Canada, comme Équiterre, West Coast Environmental Law, The Pembina Foundation, Environmental Defence, Ecology Action Center et la Fondation David Suzuki. Au moment de mettre sous presse, cette dernière était sous la loupe des vérificateurs. «On croit avoir respecté les règles, assure le directeur général de la Fondation pour le Québec, Karel Mayrand. Le problème, c'est si la définition des règles change rétroactivement.» En tant qu'organisme environ­ nemental, la Fondation appelle parfois le public à manifester son désaccord envers telle ou telle politique. «On fait partie du paysage politique, et c'est normal», rappelle M. Mayrand. Mais il insiste sur le fait que la Fondation suit toujours les règles. D'ailleurs, selon M. Turner, le programme de vérification n'aurait permis de trouver qu'un seul organisme contrevenant sur tous ceux vérifiés. Les politiques fédérales en matière d'environnement ont aussi des effets inattendus. «Ça nous amène des contributeurs à la pelletée! lance M. Mayrand. Il n'y a pas si longtemps, il y a même un homme qui nous a donné 10 000 $ en spécifiant que c'était à cause des politiques de Stephen Harper.» Des dons qui aident la mission première de la Fondation, soit l'éducation du public aux grands enjeux environnementaux. «Ironiquement, le gouvernement devrait nous remercier, parce qu'on fait le travail qu'il ne fait plus.»

L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) a mandaté Environics Research pour faire un sondage auprès de ses membres au sujet de leur environnement de travail. Sur les 15 398 membres scientifiques que compte l'IPFPC, 4 069 y ont répondu, soit près du tiers. En voici les grandes lignes.

90% estiment ne pas pouvoir parler librement de leurs recherches aux médias.

24% se sont vu demander d'omettre ou de modifier des données pour des raisons non-scientifiques.

71% croient que l'ingérence politique nuit à leur travail.

62% considèrent que les meilleures données sur les changements climatiques sont ignorées dans les politiques.

Aveuglement volontaire

Durant la conférence à McGill, Chris Turner résume en quelques mots la politique du gouvernement. Rappe­ lant les trois singes de la sagesse, il récite: «Ne faire aucune science. Ne dire aucune science. N'entendre aucune science.» C'est d'ailleurs un thème récurrent de son ouvrage. On coupe dans les programmes, on muselle les scientifiques et, surtout, on n'écoute pas les preuves. Environnement Canada se borne à nous préciser que le gouvernement canadien s'assure que le ministère dispose des ressources nécessaires pour remplir son mandat et que «le gouvernement du Canada s'est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en maintenant une économie canadienne forte». Mais pour Chris Turner, les actes ne suivent pas. En conférence, il rappelle pourquoi il s'était présenté comme candidat du Parti vert en 2012, à Calgary. «Je ne veux pas que ces gens-là parlent pour moi, ni pour le peuple canadien.» La sensibilisation aux problèmes environnementaux prend du temps. Huit événements marquants qui ont encouragé la mobilisation.

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DOSSIER

Le GIEC sonne l'alarme Déplacements de populations, canicules, incendies, manque de récoltes, multiplication des conflits violents. Vous croyez qu'il s'agit du synopsis d'une superproduction américaine? Détrompez-vous, ce sont les conclusions du dernier rapport du GIEC sur les changements climatiques. PAR VALENTINE BOURGEOIS

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ans son premier rapport en 1990, le GIEC affirmait ne pas savoir si l'activité humaine était res­ ponsable des changements climatiques. Quatorze ans plus tard, à la veille de la publication du 2e volet du cinquième rapport portant sur les impacts des changements climatiques, peu de gens remettent cette question en doute. Pour Steven Guilbeault, le cofondateur et porte-parole d'Équiterre, le nouveau rapport ne présente pas de surprises. «Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous sommes déjà entrés dans l'ère des changements climatiques», explique-t-il. Si l'on veut renverser la vapeur, jouer à l'autruche n'est plus une option.

Qu'est-ce que le GIEC? Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 sous une initiative du G7 (aujourd'hui le G8). Le GIEC, ouvert à tous les pays membres des Nations Unies (ONU), est divisé en trois groupes de travail qui ont pour mandats respectifs d'étudier les principes physiques du changement climatique, les impacts, la vulnérabilité et l'adaptation au changement climatique et, finalement, les moyens de l'atténuer. Pour ce faire, ils évaluent les travaux menés dans les laboratoires du monde entier et font ressortir ce qui fait consensus auprès de la communauté scientifique. Chaque groupe de travail a deux coprésidents, l'un pour représenter les pays en voie de développement et l'autre les pays développés, et sa structure est telle que la neutralité de ses rapports ne peut être remise en question. Le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix en 2007, conjointement avec l'ancien vice-président Al Gore, connu pour sa lutte contre les changements climatiques.

Comme une bombe

Si les deux premiers rapports du GIEC, en 1990 et 1995, n'avaient pas fait grand bruit dans les médias, il en est maintenant tout autrement. Depuis le rapport de 2001, la question du réchauffement climatique et l'hypothèse qu'il pourrait être d'origine humaine font beaucoup jaser. «Ce qu'il faut La publication du cinquième rapport était prévue pour la fin comprendre, mars, mais le journal britannique c'est que nous The Independant en a publié les extraits les plus inquiétants sommes déjà quelques semaines plus tôt. entrés dans l'ère Depuis la publication, les mots «apocalypse» et «damnation» des changements se voient souvent accolés au rapport du GIEC. climatiques.» On y apprend, entre autres, que la montée des eaux provoquée par les changements Steven Guilbeault climatiques forcera le déplacement de centaines de millions de personnes d'ici la fin du siècle. Les récoltes planétaires diminueront de 2% à tous les dix ans, alors que les besoins en nourriture augmenteront de 14% jusqu'en 2050. On prédit qu'une augmentation de la pauvreté entraînera une multiplication des guerres civiles et de la violence. «Ce qui est un peu plus nouveau avec ce rapport, c'est qu'on essaie de mettre l'accent sur les aspects sociaux, dit Steven Guilbeault. Des centaines de millions de personnes touchées, d'un point de vue humanitaire, c'est énorme. Je pense que le GIEC essaie de nous faire comprendre ces choses-là avec un peu plus d'humanité qu'on l'a fait dans le passé.» Le troisième volet du rapport est prévu pour la mi-avril et devrait nous proposer des pistes de solutions. Tout n'est pas perdu, à condition d'opter pour le changement. Comme le rappelle M. Guilbeault, «le problème va continuer de s'aggraver avant de s'améliorer, mais il reste de la place pour un optimisme prudent».


Et si c'était vrai… ?

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Augmentation considérable des catastrophes naturelles et des événements climatiques extrêmes causant des décès.

Qualité de l'air sévèrement affectée; pollution accrue, nombre de jours de smog à la hausse, présence élevée d'allergènes dans l'air.

Impacts sur l'économie liés aux catastrophes naturelles qui occasionnent des dégâts aux coûts considérables.

Climat favorisant la migration d'insectes porteurs de maladies, risques pour la biodiversité.

Contamination des aliments due à la formation accrue de bactéries dans les eaux de surface.

Les impacts au Québec On prévoit une hausse des températures moyennes de 1 à 2ºC dans le monde. Le Québec, par sa situation géographique, est particulièrement vulnérable. PAR MARIE-CHRISTINE GAUDREAU

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n réalité, les régions du Nord seront beaucoup plus affectées que celles au Sud. Selon Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie et Arctique à Greenpeace Canada, le Québec se réchauffera rapidement et particulièrement en hiver. Les répercussions des changements climatiques se font de plus en plus sentir. Depuis l'ère glaciaire, la température mo­yenne n'a augmenté que de 5ºC. Une hausse aussi importante sur moins de 100 ans laisse présager le pire. «Des effets majeurs sont déjà visibles, soulève Patrick Bonin, pensons à la hausse du niveau de la mer, à la fonte rapide des glaciers et à l'augmentation des événements climatiques extrêmes, comme la crise du verglas ou les inondations du Saguenay.» Le réchauffement des eaux du fleuve Saint-Laurent altère la biodiversité puisqu'il menace d'extinction certaines espèces. Notre système hydrographique ne permet pas la migration facile des animaux marins qui pourraient être coincés dans des conditions peu viables.

Réactions en chaîne

Au-delà de l'écosystème, le réchauffement climatique touchera le Québec à plusieurs échelles. «Il s'agit d'un phénomène très complexe qui affecte plusieurs secteurs, tous inter-reliés, de manière variée», explique Caroline Larrivée, chef d'équipe du programme Vulnérabilités, Impacts et Adaptation chez Ouranos, consortium sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques. Les vagues de chaleur s'intensifiant et la qualité de l'air s'amoindrissant, la santé humaine sera ébranlée. Selon une présentation de l'Institut national de santé publique sur le changement climatique, on doit s'attendre à une hausse considérable des décès liés à la chaleur d'ici 2050. «Les personnes âgées, les malades et les plus démunis seront plus affligés par les effets indésirables du réchauffement climatique», soutient Caroline Larriv��e. Toujours selon l'Institut national de santé publique, le mercure qui grimpe favorise les épisodes de smog, la prolifération d'allergènes dans l'air, ainsi que la migration d'insectes porteurs de maladies comme la malaria et la maladie de Lyme. De plus, la qualité de l'eau décroîtra en raison du réchauffement des eaux de surface. Cela facilitera le développement de bactéries responsables de la formation d'algues et de la contamination par la baignade ou l'ingestion de certains aliments, notamment les fruits, les légumes et les fruits de mer. «Nous nous dirigeons en zone inconnue, nous passons un seuil jamais atteint», s'alarme l'expert en climatologie. «Les régions autour du golfe du Saint-Laurent risquent de souffrir de l'érosion des côtes, tandis que celles au Nord seront inondés et celles du Sud vivront des sécheresses».

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Des anges dans la rue Chaque deux semaines, la générosité se donne rendez-vous au Carré Viger. Depuis quelques mois, les mouvements bénévoles qui viennent en aide aux personnes itinérantes, démunies ou vulnérables se multiplient. Les Anges de la rue sont un de ces groupes qui prônent l'entraide et le don de soi. PAR MARIE-CHRISTINE GAUDREAU | Photos : Olivier Lauzon

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és de l'initiative de Mathieu Labrosse, les Anges de la rue distribuent de la nourriture, des vêtements et de la chaleur humaine aux sans-abri du Carré Viger. Ayant vécu trois ans dans la rue, ­Mathieu est animé du désir d'aider son prochain. «Lors de mon premier événement, j'ai rencontré un itinérant qui était en thérapie avec moi il y a 11 ans. J'ai réalisé qu'il était encore là, après tout ce temps et c'est venu me chercher», affirme-t-il. De son côté, Fannie Leblanc a été sensibilisée à la cause en suivant le mouvement Rénovons le Québec sur Internet. Ayant envie de faire une différence dans sa communauté, elle s'est présentée à un événement au Carré Viger où elle a rencontré ­Mathieu. «C'est aussi une occasion pour moi d'affronter une peur. J'ai eu une mauvaise expérience avec les itinérants et, jusqu'à récemment, je ne pouvais pas marcher seule dans la rue, j'avais peur d'eux. Aujourd'hui, c'est tout le contraire, je les aborde, je les aime», explique la jeune femme. Alexandre Paradis, fondateur de SOS Itinérant, s'est par la suite associé à Mathieu et Fannie. Ancien itinérant, il rêve de devenir travailleur de rue et il agit avec des amis à Berri-UQÀM. Lorsqu'il a réalisé que les Anges de la rue opéraient déjà pour le bien des personnes itinérantes tout près de là, il a choisi de s'unir à eux. SOS Itinérant s'implique dans les débats politiques concernant l'itinérance et milite pour réclamer plus d'actions de la Ville.

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Des bénévoles distribuent nourriture et boissons chaudes aux sans-abri qui viennent à leur rencontre.

L'union fait la force

Le premier événement officiel des Anges de la rue a eu lieu le 9 novembre et une centaine de personnes s'y impli­ quent depuis. Parmi eux, on compte plusieurs membres de Rénovons le Québec, les groupes 321 Bonne Action, SOS Itinérant, Donner au sui­vant et La Brigade du bonheur. Outre ces rendez-vous bimen­suels, Mathieu et Fannie agissent aussi en solo chaque semaine en allant porter de la nourriture ou simplement en allant parler avec ceux qui sont dans le besoin. «L'écoute est très importante. Il y a beaucoup de connexions qui se créent, nous sommes leur famille. Ils nous font confiance», ­raconte Mathieu Labrosse. Armés de leur immense volonté, les Anges de la rue peuvent compter sur la générosité du public. «Nous avons un garage rempli de dons», souligne Fannie Leblanc. Pour l'instant, ils n'ont pas de partenaires, mais ils travaillent à l'obtention de commandites d'épiceries. Ils souhaitent aussi s'enregistrer comme organisme sans but lucratif. «Les itinérants se parlent entre eux et nos actions gagnent en popularité. Il y en a toujours plusieurs qui attendent notre arri­ vée les jours d'évènements et certains nous donnent un coup de main», mentionne Mathieu Labrosse. L'ambiance festive, conviviale et chaleureuse attire les personnes isolées qui s'y sentent chez eux, sans aucun préjugé. Karine Landry, ex-itinérante, doit, en partie, sa reprise en mains aux Anges de la rue qui lui ont permis de s'en sortir. «Je suis sortie du parc depuis 104 jours. Lors du deuxiè­me évènement au Carré Viger, Mathieu m'a reconnue, on a parlé et la graine a été semée. Une semaine plus


Inspirés à donner

Alexandre paradis, de SOS Itinéraire soutient le travail des Anges de la rue en s'impliquant dans tous les événements.

tard, je quittais la rue», souligne la jeune femme. Elle a maintenant un logement et elle s'implique religieusement dans toutes les activités organisées par les Anges de la rue. «Avec les Anges de la rue, je désire faire exploser le positif, rallumer la flamme», s'exclame Mathieu Labrosse. Il croit que tout le monde peut changer avec des ressources appropriées.

«Make the homeless smile»

321 Bonne Action et Les Samari­ taines sont deux groupes du même genre qui se sont inspirés du vidéo Make the homeless smile. La vidéo présente deux jeunes qui distribuent nourriture et vêtements aux sans-abri. «Lorsque j'ai vu ça, j'ai réalisé qu'on pouvait aider les gens en toute simplicité, mais surtout que tout le monde pouvait faire une différence», raconte Suzanne Bougie, initiatrice du groupe Les Samaritaines. Juan et Skyz, artistes à l'origine de 321 Bonne Action, ont eu la même révélation lorsqu'ils ont vu la vidéo. Ayant du talent en audiovisuel, ils ont décidé de s'unir pour poser de bonnes actions, tout en répandant du positif sur le web avec La web série qui fait plaisir. Entre autres, suite aux événements de Lac Mégantic, ils ont sillonné les épice­ries et les magasins sur leur chemin pour récla­ mer spontanément des dons pour les sinistrés. Ils priorisent l'action à l'intention.

«J'avais peur d'eux. Aujourd'hui,   c'est tout le contraire,   je les aborde,   je les aime» Fannie Leblanc, au sujet des personnes itinérantes

Donner au suivant, un groupe de deux frères, Yannick et Sébastien, a remeublé entièrement les sinistrés d'un immeuble à logement qui été victime d'un incendie. «Nous lançons des appels et nous allons chercher les dons pour redistribuer aux gens qui en ont besoin», mentionnent les frères. L'un d'eux s'est retrouvé à la rue dans le passé. Il a réalisé en s'en sortant qu'il était gâté par la vie et a éprouvé le désir de donner de la force aux autres. Olivier fait office de mascotte pour La Brigade du bonheur. Il assure la distribution de bonheur, d'amour et de paix. Homme positif, il trouvait qu'il manquait de lumière dans le quotidien des gens. Il voulait donner de la joie de vivre. Depuis janvier 2013, il visite des personnes âgées deux fois par mois et il offre des câlins au métro Berri-UQÀM en souhaitant simplement une bonne journée aux passants. Mathieu et Fannie rêvent d'avoir un centre pour offrir des ressources aux gens dans le besoin. Toutefois, ils ont une réserve quant au changement de dynamique qui pourrait en découler. «Lorsque ça devient ton emploi, que tu es payé pour faire ce que tu fais, les gens s'ouvrent moins, le lien de confiance diminue», soulève Fannie Leblanc. Quoi qu'il en soit, toutes ces organisations partagent le désir d'aider leur prochain, mais aussi la volonté d'élargir leurs horizons vers d'autres communautés telles que les personnes démunies, les enfants malades ou les personnes âgées. En peu de temps, la vague a fait du chemin, touchant les gens d'un bout à l'autre du Québec. Mode passagère ou réelle ouverture? Il reste que ces groupes sèment le bonheur ­autour d'eux et font une différence dans la vie de ceux qui croisent leur chemin.

Mathieu Labrosse, fondateur des Anges de la rue, et Fannie Leblanc, entourés de leurs collaborateurs.

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C'est devant une foule conquise de 4 300 personnes que l'ex-secrétaire d'État et ex-sénatrice de l'État de New York est venue prononcer le 18 mars une allocution socialement engagée. PAR SYLVAIN-CLAUDE FILION

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nvitée par la Chambre de Commerce du Montréal métropoli­tain à monter sur la scène du Palais des Congrès, Hillary Clinton a d'abord déridé le public avec quelques traits d'humour. Cette femme au parcours historique, qui a visité 112 pays et parcouru plus d'un million de kilomètres, a ensuite confié qu'elle et son mari ont fréquemment visité Montréal lorsqu'ils étaient moins connus. «Quand Chelsea avait trois ou quatre ans, nous avons passé la veille du Jour de l'An à Montréal et nous avons tellement aimé que nous sommes souvent revenus en touristes.» Intelligente, déterminée, Hillary Clinton est un modèle pour beaucoup de femmes. C'est ainsi qu'elle a axé l'essentiel de ses propos sur leur rôle dans le monde des affaires et en politique, ainsi que sur l'importance de traiter avec égalité les femmes et les filles afin qu'elles aient accès aux mêmes chances que leurs congénères de sexe masculin dans la vie.

Les plafonds de verre

Tout en convenant que la situation des femmes a progressé depuis la conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing en 1995, madame Clinton constate que la participation des femmes dans l'économie stagne

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depuis quelques décennies. Elle déplore aussi que leur situation a globalement reculé sur la planète, citant en exemple les Africaines qui travaillent du lever au coucher du soleil : «les économistes ne considéraient pas que cela faisait partie de l'économie formelle. Mais maintenant que leur contribution est comptabilisée, on peut constater, statistiques à l'appui, que l'apport des femmes contribue à la croissance économique». Mme Clinton croit fermement que la participation des femmes, dans notre société moderne, est rentable sur tous les plans : économique, social et politique. Plaidant pour leur empowerment, elle cite des chiffres éloquents : «si les femmes avaient le même espace, la même participation dans la main-d'oeuvre, le produit intérieur brut connaîtrait une croissance de 5 % aux États-Unis, de 9 % au Japon et de 34 % en Égypte».

Une force économique

Mme Clinton a également com­ menté son expérience dans le monde politique, citant Eleanor Roosevelt qui disait, dans les années 30, que pour faire de la politique, il vaut mieux avoir la peau aussi dure que celle d'un rhinocéros. « Pour moi, a-t-elle enchaîné, ça veux dire qu'il

faut apprendre à recevoir les critiques sérieusement, mais pas personnellement. Les critiques sont bonnes à entendre, car elles nous révèlent ce que des amis ne nous diront peut-être pas. Il faut donc garder l'esprit ouvert. » Le leitmotiv qui est revenu le plus souvent tout au long de la conférence d'une bonne quarantaine de minutes, c'est qu' «il ne faut pas avoir peur de se lancer, même au risque d'échouer». Un slogan qu'une élève lui avait d'ailleurs resservi en 1999, alors qu'elle déclarait lors d'une visite dans une école qu'elle ne prévoyait pas se présenter contre Rudolf Giuliani pour le poste de gouverneur de l'État de New York. La jeune fille lui avait alors lancé ce qu'elle prêchait : «dare to compete!» L'événement s'est conclu sur quelques questions posées par Sophie Brochu, présidente et chef de direction chez Gaz Métro, où il a été évoqué que si plus de femmes s'intéressaient à la chose étatique, les mœurs politiques changeraient sûrement pour le mieux. Au demeurant, le souhait qu'elle a exprimé, c'est «que les gouvernements, les entreprises et les organisations non gouvernementales réduisent les inégalités en Occident et dans les pays en voie de développement. Pas juste pour des raisons sociales, mais surtout pour des raisons économiques.»

PHOTOS : CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN

Hillary Clinton parle d'engagement social à Montréal


LES MOTS DE

CAMELOTS

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La chanson de ma vie

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CHEMIN FAISANT

L'empowerment Par Yvon Massicotte

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HORS PISTE

Olympiques ukrainiennes Par Cylvie Gingras


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Si chaque soir meurt une rose (Richard Anthony)

Suite à la disparition d'un de mes proches, j'ai pensé à une chanson interprétée par Richard Anthony : «Si chaque soir meurt une rose.» Elle a été importante pour moi à ce moment-là, car autant ce que je vivais était pénible, autant cette chanson faisait monter l'urgence de vivre que je portais en moi. Je vous partage le fruit de ma réflexion. Richard Anthony dit «Si chaque soir meurt une rose / Chaque matin un enfant voit le jour.» Cette chanson est pour moi un hymne à la vie. Car même s'il est vrai que la perte d'un proche signifie peine, souffrance et vide, on peut apprendre d'une telle expérience, afin qu'elle ne nous détruise pas et nous aide à croître, malgré la douleur et les autres émotions liées au deuil. Celles-ci doivent toutefois être vécues avant de passer à une autre étape. Car sans oublier l'être cher, les souvenirs partagés, il y a le chagrin de voir un être aimé décliner et être impuissant vis-à-vis cela. Nous devons essayer de nous raccrocher à la vie. Voilà une chose très importante, car dans la cohue du quotidien et de la routine, nous sommes souvent amenés à constater, que nous avons oublié de vivre. Il est à souhaiter que le décès d'un proche nous recentre sur l'essentiel dans notre vie. Que cela nous rapproche de ce qui est important pour nous, même si cela nous bouscule; que cela nous amène à chercher comment on peut être mieux avec soi-même d'abord, et ensuite comment il est possible d'être mieux avec autrui; comment nous pouvons améliorer à notre façon cette société. Comment pouvons-nous utiliser à meilleur escient notre potentiel afin de profiter au mieux du temps que le sablier de la vie nous réserve? Il faut prendre le temps de vivre son deuil pour ensuite être en mesure de passer de l'autre côté des larmes et d'entreprendre une autre étape de la vie. Pierrette | Camelot, épicerie Métro, rue St-Hubert

H5

Le pénitencier (Johnny Hallyday)

nous font pleurer, mais nous avons tous une chanson spéciale. Une chanson que nous aimerons toujours, qui nous fait frémir, qui a marqué un moment important de notre existence. Voici le juke-box des camelots.

(James Brown)

Since I've Been Loving You (Led Zeppelin) Il y a beaucoup de chansons qui ont marqué ma vie, car je suis mélomane. Celle-là m'a suivi toute ma vie. C'est le premier album que j'ai choisi quand j'avais 11 ans. À l'époque, je me voyais chanteur dans un band, je chantais avec une brosse à cheveux devant le miroir. La musique m'a sauvé la vie et cette chanson est éternelle selon moi. Gabriel Bissonnette | Camelot, métro Berri-UQÀM

T7

Sex Machine

Ma chanson préférée au réveil, quand j'étais jeune, en était une de James Brown qui disait «Get up, get on up, like a Sex machine». Ça me stimulait au début de ma journée, d'autant plus que ma douce se tenait à mes côtés. Par la suite, pendant un traitement de 48 semaines, j'ai écouté une version live de «I Will Survive», chantée par le groupe ABBA, qui m'avait été donnée par un ami. Ça me donnait du pep, me poussait à sortir, à aller prendre du soleil et à ne pas rester enfermé toute la journée. Vers la fin, tout le monde chantait en chœur et on entendait dada-da, ce qui faisait penser à du russe. Je dois dire que j'apprécie toutes les musiques sauf le jazz et l'opéra, mais les deux chansons dont je viens de parler ont été les plus marquantes dans mes étapes de vie. Bonne journée et semez de la musique autour de vous. Benoit Chartier | Camelot au IGA Place Bercy et métro Radisson.

C4

J'ai beaucoup d'amis qui sont tombés dans des pièges, qui sont décédés ou dans la drogue, l'alcool. Quand j'étais jeune, on sortait beaucoup et cette chanson m'a aidé à rester dans le droit chemin et ne pas tomber dans ces pièges. Johanne Besner | Camelot, métro Beaudry

X9

La musique fait partie de notre quotidien. Nous évoluons au rythme de mélodies qui reflètent nos émotions, des plus douces aux plus amères. Certaines chansons nous font rire, nous font bouger, tandis que d'autres

La chanson de ma vie LE CŒUR


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A Whiter Shade of Pale (Procol Harum)

Je l'ai entendue la première fois à 13 ans. C'est du blues joué différemment. Cette chanson a changé ma vie. À mon adolescence, c'était l'époque des Beatles, des Rolling Stones. Ils étaient les idoles de tous mes amis. Moi aussi je les écoutais, mais je n'ai jamais pu oublier cette chanson. Elle m'a poussé à aller étudier en musique, où j'ai appris le jazz. J'ai changé de direction et j'ai su que j'avais fait le bon choix. Del Wilkey | Camelot, angle Sainte-Catherine/Peel

Equinox (John Coltrane)

Ça me rappelle ma rencontre avec ma première blonde. J'avais 15 ans et elle 13. Nous avons passé 30 ans ensemble et nous avons eu deux beaux enfants. Maintenant, ça fait 14 ans que nous ne sommes plus ensemble et cette chanson me rappelle des beaux souvenirs comme lorsque nous allions patiner au Mont-Royal. Il y avait des gros haut-parleurs et cette chanson jouait souvent. Michel Houle | Camelot, angle Saint-Hubert/Ontario

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PHOTO: 123FR.COM/FOTOINTERACTIVA ILLUSTRATION: LOUIS-PHILIPPE POULIOT

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Breathe (Pink Floyd)

métro Atwater

Quand on est en amour (Patrick Norman)

Viens t'asseoir près de moi, petite maman Comme vous le savez, j'aime beaucoup ma mère et j'en parle souvent. Quand j'étais petit, mon père était chanteur et nous devions, chacun des enfants, apprendre une chanson. Dans mon cas, c'était «Viens t'asseoir près de moi, petite maman», une de ses compositions. Je l'ai chantée toute mon enfance. Par la suite, dans des soirées d'amateurs. Je n'ai pas le choix de me rappeler ma mère, car je la chante encore chaque année pour la fête des Mères. Et même si ça fait plusieurs fois que je la chante, ça me fait toujours plaisir et je ressens toujours des frissons. Les gens continuent de me la demander et viennent me voir pour me féliciter et me dire qu'ils ne s'en lassent pas. Maintenant que je travaille à temps plein et que je dois en plus m'occuper de mes deux chiens, j'ai moins de loisirs pour chanter. Luc Tanguay | Camelot au marché Maisonneuve

J3

J'adore le country et c'était notre chanson préférée à moi et mon chum dans le temps. Je me suis fiancée sur cette musique. (Def Leppard) K5 Love Bites Elle me rappelle tous les beaux moments qu'on a passés À mon premier rendez-vous ensemble. Quand on s'est laissé, je avec ma première blonde, on n'étais plus capable de l'écouter. est allé dans une salle de Encore aujourd'hui, ça fait danse et cette chanson jouait. longtemps et j'ai de la difficulté On a dansé dessus ensemble. quand je l'entends. Ça me remémore de beaux Réjeanne Masson | Camelot, angle souvenirs de jeunesse. Mont-Royal/de Lanaudière Yannick Larouche | Camelot,

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À l'âge de 11 ans, c'est cette chanson qui m'a allumé. C'est elle qui a déclenché plein de connexions dans mon cerveau, si on peut dire. La musique suscite beaucoup d'émotions et de souvenirs, elle m'a beaucoup aidé dans la vie. Je suis percussionniste et guitariste. À part cette chanson, il y a l'Ave Maria que je trouve très touchant. C'est la chanson la plus intense que je connaisse et j'aime l'entendre chaque année dans le temps des fêtes. Richard Chabot | Camelot, métro Berri-UQÀM, sortie Dupuis

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MOTS DE CAMELOTS

Camper Blues DAN ET ROZY Camelot, SAQ angle Jarry/Lajeunesse

Chasser la mauvaise humeur RÉAL LAMBERT Camelot, angle Laurier/de Lanaudière

Depuis quelque temps, dans les journaux, la commission Charbonneau fait les manchettes, car elle dénonce les abus de certains dirigeants et haut placés qui se sont servis dans les fonds publics pour se la couler douce. Par contre, on ne parle pas de ceux qui sont honnêtes et efficaces dans leur travail. Ainsi, nous ne voyons que le mauvais côté des personnes. De même, on entend souvent parler de fraudeurs qui utilisent Internet pour arnaquer d'honnêtes citoyens. Mais on omet ceux qui essaient de contrer le phénomène et de donner espoir aux gens qui ont perdu de l'argent. De grosses compagnies font des milliards qu'elles placent dans des paradis fiscaux, et ne payent donc pas d'impôts. En outre, la classe moyenne est de plus en plus imposée, ce qui lui laisse peu de place pour les loisirs. Malgré cela, plusieurs prennent des vacances et dépensent de l'argent en Floride, à Cuba, etc. On parle aussi de la dette du Québec et du fait que l'État vit au-dessus de ses moyens et aussi du manque de production. L'écart entre les riches et les pauvres s'accroît. Pour que cela diminue, il faudrait créer un projet rassembleur afin que toute la population puisse en profiter. Pourquoi ne pas acheter une île dans le Sud, créer un site touristique accessible et enchanteur qui inclurait une banque avec des taux préférentiels pour ceux qui veulent se lancer en affaires? Un certain pourcentage du chiffre d'affaires servirait à rembourser la fameuse dette.

GISÈLE NADEAU Camelot, métros D'Iberville et Jarry

Plus j'avance dans mon travail en tant que camelot, plus je découvre qu'il y a plus de gens qui aiment L'Itinéraire. Cela est vraiment agréable et intéressant pour moi. Ça m'amène à aller mieux. Cela démontre en même temps que j'avance sur la bonne voie comme vendeuse. Cela me rappelle de bons souvenirs de mon enfance. J'aimerais aussi en profiter en même temps pour remercier toute ma clientèle qui a su m'encourager pendant la période des fêtes en m'achetant le magazine et qui m'a offert des cadeaux. Un grand merci sincère.

Daniel Pigeon

IN MEMORIAM (1962-2014)

Travaillant à la distribution du magazine en vertu d'un programme de réinsertion, Daniel Pigeon est décédé en mars dernier. Le «marin», comme certains d'entre nous aimaient l'appeler, était un râleur invétéré, mais toujours prêt à nous aider et à nous faire rire avec ses blagues et sa bonne humeur. Il était rapidement devenu un visage connu et un personnage apprécié de tous les camelots, des participants et du personnel de L'Itinéraire. Il semblait avoir enfin trouvé une stabilité et une famille. Qu'il repose en paix.

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ITINERAIRE.CA | 15 avril 2014

PHOTO: LAURENCE BOUCHER

L'altruisme

Bonjour, chers et fidèles clients. Je vous remercie de tout mon cœur, et Rozy aussi. Elle fait dire : «Merci pour les nonosses!». Nous avons passé au travers de ce long hiver froid. Nous sommes rendus au mois d'avril, le soleil réchauffe la terre, les arbres bourgeonnent, le sourire fleurit sur les lèvres, les yeux clairs sont prêts à conquérir notre bel été, à faire des pique-niques, à aller à la plage, à faire du vélo, et le tout, bien cuit. Rozy et moi, on a déniché une «van camper» de 35 ans, tout équipée, pour visiter les festivals de blues. On va l'appeler le «Camper Blues». Et, n'oubliez pas, si vous avez besoin d'un vélo d'occasion remonté comme un neuf et à bon prix, ou si vous avez une galerie à peinturer, venez en discuter avec moi à mon poste de vente. À la même occasion, je vous vendrai L'Itinéraire. J'y serai même le 18 avril, jour de ma fête!


CHEMIN FAISANT

L'empowerment La définition de l'empowerment (le fait de se prendre en main) est très large. Mon interprétation est celle-ci : la personne, avec le soutien d'un organisme, arrive, après de nombreuses tentatives, à se prendre en charge et à diriger elle-même sa propre vie. Comme beaucoup de camelots de L'Itinéraire, mon parcours ne fut pas facile, mais dernièrement, une expérience particulière m'a fait réaliser que mon évolution était constante. PAR YVON MASSICOTTE | Camelot à la Promenade Côte-des-Neiges et métro Université-de-Montréal

I

ssu d'une famille pauvre de 11 enfants, j'ai perdu mon père à l'âge de sept ans et ce fut ma mère qui dut aller travailler. Élevé par mes frères et sœurs qui faisaient leur possible, j'ai grandi dans ma bulle et n'ai pas su déve­lopper mon sens des responsabilités. Pourtant, comme travailleur autonome dans le domaine du commerce et de l'émondage, je gagnais très bien ma vie jusqu'au jour où un arbre m'est tombé dessus. Bien évidemment, je n'avais pas d'assurance et je me suis retrouvé sur l'aide sociale, car je ne pouvais même pas marcher. Après une convalescence de trois mois, j'ai repris le travail, mais ma condition physique s'est rapidement dégradée. Une hernie s'était développée dans ma colonne au point de m'obliger à utiliser une canne. Financièrement, je n'arrivais plus et j'ai perdu mon logement. En me retrouvant à la rue, je ne connaissais rien des maisons d'hébergement. J'ai erré trois jours dans Montréal avant d'aboutir à la Welcome House. Voyant mon état, on accepta de m'y héberger en pleine nuit alors qu'il ne restait plus de place. Pendant un an et demi, je me suis promené entre la Maison du Père et la Old Brewery Mission. J'ai été référé à un médecin, le fameux Docteur Paulin, qui s'occupait des itinérants de la Maison du Père. Opéré deux fois, en convalescence pour un an et demi, je me suis pris en main et je suis retourné en logement. Je n'avais pas travaillé dur 40 ans de ma vie pour finir mes jours dans la rue! Il n'est pas facile de trouver du travail dans la cinquantaine et

l'exclusion du marché de l'emploi m'a mené à une dépression. C'est alors qu'un ex-itinérant me proposa de vendre le journal L'Itinéraire. Il a fallu qu'il me relance au moins trois fois pour me convaincre, car pour moi, c'était un peu comme quêter. Sans m'en rendre compte, une histoire heureuse se dessinait. J'arrivais à me faire une clientèle, on s'apercevait de ma ténacité, de mon implication. Quelques mois plus tard, Gabriel, un camelot émérite, m'a suggéré de faire partie du conseil d'administration. Ce fut comme un tremplin ; j'ai regagné l'estime de moi et commencé à faire des conférences. Ma première expérience se passa dans une école primaire alternative. Mon assurance en prit un coup. Je n'étais pas sûr d'avoir bien rendu mon message sur l'itinérance. Pourtant, une semaine plus tard, une prof à la retraite, amie avec des employées de l'école, me rapporta qu'on avait adoré ma prestation. Au début, je n'étais pas organisé dans mes interventions, mais après six ans, je suis plus structuré, je ne saute pas du coq-à-l'âne comme lors des premières fois et je m'exprime plus clairement. J'ai particulièrement adoré ma dernière rencontre avec une classe de l'école primaire Sainte-Maria-Goretti. J'ai été invité à rencontrer des enfants suite à un projet de tricot de foulards pour l'Accueil Bonneau. Contrairement aux autres conférences où je raconte ma vie, cette fois-ci, l'animatrice avait demandé aux élèves de préparer une question qu'ils se posent à la vue d'un itinérant. J'ai pu constater que les mots sortaient beaucoup plus facilement que lors de ma première conférence et que finalement, à 61 ans, j'étais à ma place et heureux dans mon travail.

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MOTS DE CAMELOTS

The four seasons of Montreal DANIEL GRADY Camelot, angle Saint-Laurent/des Pins

Des logements pour tout le monde Quand je suis arrivé à Montréal, je vivais en chambre. C'était terrible! Pas de vie privée, obligé de partager des toilettes souvent très sales, entouré de bruit, ce qui n'était pas très bon pour mon moral. Maintenant, je vis dans un appartement subventionné et je me sens beaucoup mieux. Je suis chez moi, je peux faire ce que je veux quand je le veux. Lors de la conférence de presse à L'Itinéraire pour l'événement Camelot d'un jour, j'ai rencontré le maire Coderre et suite à mon expérience, je lui ai fait quelques suggestions. Je lui ai suggéré qu'on démolisse les maisons de chambres et qu'on dédommage bien sûr les propriétaires pour ensuite remplacer ces édifices par des HLM. Je souhaite que mes propositions soient bien reçues, car je pense que si tous les Montréalais jouissaient d'un environnement physique sain et agréable, le moral de la population serait nettement supérieur et on éliminerait l'itinérance par surcroît.

Des meurtres non punis

PHOTO: JEROME SAVARY

SERGE TRUDEL Camelot, angle Sainte-Catherine/Morgan

I like the weather we have here in Montreal, Quebec. Because I've been living here all my life, I'm accustomed to the climate. I like winter, spring, fall, but not summer so much. I don't like summer because the heat affects me. Maybe if I had a swimming pool to go to and air conditioning in my apartment, I wouldn't mind it so much. Weather affects me in the winter time while I'm working because it's so cold. I can only work at my spots two to three hours at a time. When it's really cold, I can only work for about an hour. My feet and hands start to freeze. My whole body starts to shiver. I can't function at 100 percent. What keeps me motivated is my love for my job. The weather keeps me progressing and challenging myself. I can get through it by having a cigarette or a coffee. And I'm motivated when customers come by and talk to me for a few minutes. You've got to be able to push yourself and motivate yourself with positivity in winter. In December 2013, I broke my record for most money made in a month. I've been selling the magazine for nine years, but I'm still breaking records. The weather can affect many different people's lives and make it more challenging to rise to the occasion. By respecting Mother Nature and Mother Earth, we can make the best of what the weather brings to us.

TAREK AYARI Camelot, métro Mont-Royal

Quand je vois un itinérant se faire tirer à bout portant par un policier, surtout quand c'est le troisième depuis 2011, je pense qu'un par année, c'est trop. Moi, je vais vous raconter mon histoire avec la police de Montréal et leurs secrets. J'ai travaillé comme agent de sécurité de 2006 à 2012. Une année, je pense en 2006, je travaillais pour BCIA. C'était le contrat pour la course de voitures Champ Car sur le circuit GillesVilleneuve. Je contrôlais un accès sur le pont de la Concorde qui mène au casino. Il y avait un policier pour la circulation. On s'est mis à parler de nos métiers. J'ai dit : «Il y a trop de victimes tuées par la police». Je parlais des victimes comme Barnabé et surtout le jeune noir Marcelus François. Il m'a dit : «Nous, dans notre formation, nous apprenons, entre autres, que, quand on dégaine et qu'on décide de tirer, c'est pour éliminer la cible, pour tuer. On vise le thorax et la tête, si on tire dans les jambes ou ailleurs, la victime va être blessée et on risque d'importantes poursuites.» Je lui ai dit : «Avoue-le, il y a des policiers, tes collègues, parce qu'ils ont une arme, ils se donnent la permission de tuer même si la victime a brandi un coupe-ongle ou une cuillère.» Ou, comme la dernière victime, un marteau. Il m'a répondu : «Oui, il y en a qui sont spéciaux, pour ne pas dire malades. Toute leur vie, ils se sont sentis inférieurs par rapport aux autres, puis ils rentrent dans la police et on leur donne une arme avec plusieurs chargeurs. Bien sûr, ils vont se sentir supérieurs et vont se donner la permission de tuer.» Revenons à la dernière pauvre victime qui tenait un marteau. Moi, comme tout le monde, j'ai vu des poli­ ciers lui faire des massages aux thorax. C'est du cinéma parce que les médias sont là. En premier, ils ont tiré pour tuer, puis devant les médias, ils veulent le réanimer. Les policiers ont dit : «Cinq policiers sont à l'hôpital pour choc nerveux.» C'est pour faire diversion, c'est du cinéma merdique. On devrait faire comme avec le policier de Toronto qui a été accusé de meurtre au premier degré.

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ITINERAIRE.CA | 15 avril 2014

Hommage à la générosité MARIE-ANDRÉE Camelot, métro Préfontaine

Les personnes que je rencontre dans la cadre de mon travail de camelot me démontrent ce qu'est la générosité. Je suis touchée par les gestes des gens démunis qui me donnent de la monnaie. Une pièce de 25 cents accompagnée d'une énergie positive vaut une fortune. Bien sûr, je suis également reconnaissante envers les clients qui m'achètent le magazine. Il y a aussi les sourires, les bonjours et les phrases d'encouragement des passants réguliers qui me font du bien. Tous ces gestes me donnent confiance et espoir en l'humanité, il existe du bon monde sur cette Terre. Étant transformée par tout ce que je reçois en distribuant L'Itinéraire, je deviens une meilleure personne et je redonne au suivant. Mon travail améliore ma qualité de vie et me permet de prendre ma place dans la société. En plus, le magazine L'Itinéraire est un outil de transmission de mes valeurs d'égalité et de justice sociale. Je remercie tous les gens qui contribuent au bonheur des camelots.


HORS PISTE

Olympiques ukrainiennes 20 février 2014. Contre toute attente, notre équipe de hockey féminin vient de remporter l'or. Après avoir frôlé plusieurs fois la crise cardiaque, je pleure de joie et je suis intarissable. PAR CYLVIE GINGRAS | Chroniqueuse de rue

J

'admire les athlètes pour leurs efforts soutenus, leurs nombreux sacrifices, leur détermination et surtout, leur force mentale. Mon mental est comme un œuf craquelé suintant de fragilité. Les hockeyeuses canadiennes, ainsi que les bobeuses à deux, ont démontré une force mentale hors du commun des mortels. Elles sont un exemple à suivre dans la vie de tous les jours. Au bulletin de nouvelles, ce soir-là, je me retrouve à Kiev, en Ukraine, et je pleure de désespoir et là encore, je suis intarissable. Une grosse tache rouge vient ternir les Jeux. Il y avait deux Ukrainiens aux Jeux : une skieuse et son entraîneur. En guise de solidarité, ils ont voulu porter le brassard noir, mais la règle 50 de la charte olympique stipule, entre autres, qu'aucun affichage politique ne peut être toléré, alors on a assisté à la défection des Ukrainiens. Un bien triste moment. On dit que les Jeux sont apolitiques, que tout le monde il est beau, il est fin, il est gentil et que tout va bien, or, c'est faux. Vladimir Poutine a affirmé que le président de l'Ukraine n'était pas assez ferme avec son peuple. Et pourtant, l'armée, munie de mitraillettes, ouvrait le feu sur tous ceux et celles qui étaient dans leur champ de tir.

On dénombre 82 morts et des centaines de blessés. Le plus ironique dans tout ça, c'est que le massacre a eu lieu à la «Place de l'Indépendance». Quant à Marcel Aubut, chef délégué de la mission canadienne, il a accueilli Poutine comme une vedette rock. Apolitiques les Jeux? Jugez par vousmêmes. En 1972, Munich recevait les Jeux. Il y a eu une prise d'otages et l'assassinat de onze athlè­tes ­israéliens de la part d'un groupe composé de huit Palestiniens. Cinq

Si les Jeux   étaient apolitiques, cela signifierait l'absence de toute note discordante, or ce n'est   pas le cas. d'entre eux ont été tués et les trois autres, capturés. Et en 1980, Moscou était la ville hôtesse des Jeux. C'était l'époque de la guerre froide entre la Russie et les États-Unis. Ces der­ niers ainsi que 50 autres nations ont boycotté ces Jeux. Les Jeux olympiques sont LA plateforme planétaire de toutes démonstrations politiques. Si les Jeux

étaient apolitiques, cela signifierait l'absence de toute note discordante; or, ce n'est pas le cas. On parle de résilience des athlètes comme les trois bobeurs qui ont versé sur le côté dès le premier virage. Il n'y a eu aucun blessé, mais ils devaient embarquer à nouveau pour la ronde suivante et ils ont dû avoir très peur de le faire. Ils ont dû s'armer de courage. Par exemple, les patineurs de vitesse ont eu à composer avec des circonstances hors de leur contrôle. Partageant la surface glacée avec les patineurs artistiques, plusieurs d'entre eux ont trébuché à cause des crevasses. Ne pouvant pas changer les règles, ils pouvaient seulement avoir le contrôle sur eux-mêmes. Quant aux Ukrainiens, qui, depuis trois mois avant les Jeux, faisaient la révolution, mettant ainsi leur pays à feu et à sang, ils tentaient de reprendre le contrôle des institutions gouvernementales afin de changer les règles. Pour moi, les citoyens ukrainiens entreront dans l'Histoire comme étant les vrais héros des Jeux olympiques 2014.

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Un outil informatique pour mieux évaluer nos résultats En 2012, la Fondation du Grand Montréal (FGM) a remis 30 000 $ à L'Itinéraire dans le cadre de son programme de développement des capacités organisationnelles des organismes. PAR ÉLISABETH JULIEN-ROCHELEAU Le financement de la FGM visait à réaliser une base de données pour la distribution et les camelots. Après deux ans de labeur, L'Itinéraire est maintenant doté d'un outil permettant à la fois d'évaluer les aspects commerciaux du magazine et les avancées sociales de nos camelots. L'Itinéraire s'est associé à des firmes informatiques pour réaliser l'outil de gestion et de suivi. Nous sommes maintenant davantage en mesure de suivre nos points de vente sur le territoire de la ville de Montréal et ainsi prendre des décisions visant à augmenter notre performance et notre autofinancement. Nous nous sommes également associés au réputé chercheur Christopher McAll et à son équipe du CSSS Jeanne-Mance, pour produire l'évaluation de nos résultats sociaux. M. McAll a travaillé sur le projet Chez soi, une vaste étude portant sur les résultats de l'aide apportée aux itinérants. Son apport nous a permis de déterminer les améliorations à effectuer et les évaluations requises à la suite des actions sociales que nous réalisons auprès de nos camelots. Nous remercions grandement la Fondation du Grand

CARTES-REPAS Faites un don autrement. Le Groupe L’Itinéraire, par le biais du Café L’Itinéraire, offre la possibilité à des personnes à revenus modestes de se nourrir avec dignité. Pour les modalités, consultez notre formulaire dans le magazine ou sur notre site web www.itineraire.ca

Montréal qui nous a permis de faire évoluer nos instruments d'évaluation. Leur aide nous sera profitable pour les années à venir. Depuis 1999, la Fondation du Grand Montréal (FGM) contribue au mieux-être et à la vitalité de son milieu tout en assurant les donateurs que leur générosité profitera de façon permanente aux causes qui leur sont chères. La FGM soutient des initiatives dans des secteurs aussi variés que : les arts et la culture, le développement social, l'éducation, l'environnement, la santé et le bien-être. (fgmtl.org)

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Philippe Schnobb, président du conseil d'administration de la STM, en compagnie du maire de Montréal, Denis Coderre, lors de l'événement Camelot d'un jour le 4 février 2014.

l'IRIS et Ianik Marcil, économiste indépendant et chroniqueur à L'Itinéraire. Sylvain-Claude Filion, rédacteur en chef à L'Itinéraire, a été le maître de cérémonie de l'événement au cours duquel on a aussi procédé au vernissage des œuvres photographiques de l'artiste Martine Michaud, qui a visité à deux reprises le Bhoutan, berceau de l'indice du Bonheur national brut.

La STM, un partenariat durable!

PHOTOS : GOPESA PAQUETTE

Le 20 mars dernier, Journée Internationale du Bonheur, le magazine L'Itinéraire, la Maison du développement durable et Équiterre ont tenu un panel de discussions portant sur la notion de bonheur national brut. Près d'une centaine de personnes ont assisté aux échanges entre Steven Guilbault, directeur principal d'Équiterre, Renaud Gignac, chercheur associé à

Ianik Marcil, Sylvain-Claude Filion, Martine Michaud, Steven Guilbeault et Renaud Gignac.

La Société des transports de la ville de Montréal (STM) est un éminent partenaire de L'Itinéraire depuis maintenant 20 ans. Elle autorise la vente du magazine dans les 67 stations du métro de Montréal et annonce dans le magazine L'Itinéraire. Les revenus de la publicité de la STM sont directement investis dans des cartes mensuelles et des billets d'autobus afin d'aider nos camelots à se déplacer dans la ville. En s'engageant ainsi auprès de notre organisme, la STM démontre une vision solidaire, emboîtant le pas d'un développement social durable. L'Itinéraire souhaite remercier chaleureusement ce partenaire précieux et indispensable dont l'engagement fait preuve d'une loyauté exemplaire depuis sa création.

PHOTO : MARIO LANGLOIS

Sur la route du bonheur national brut


LES MAISONS DE CHAMBRES

Espèces rares à protéger! À Montréal, la location d'une chambre est un mode d'habitation souvent choisi par des personnes seules à faible revenu ou à risque d'itinérance. Le maintien de l'offre est donc un moyen concret de prévenir l'itinérance et de lutter contre le phénomène. La Ville de Montréal, déjà bien sensibilisée à la cause, doit continuer à travailler en partenariat avec le milieu pour favoriser le développement et sauvegarder le parc existant, et ce, dans tous les quartiers, dans une perspective de socialisation* du parc.

INFO RAPSIM

PAR MARJOLAINE TAPIN | Organisatrice communautaire au RAPSIM

A

u moment d'écrire ces lignes, nous ne connaissons pas encore quelle formation politique formera le prochain gouvernement au Québec. Par contre, nous savons que la Politique nationale de lutte à l'itinérance qui a été adoptée juste avant le déclenchement des élections reconnait que «le parc des maisons de chambres, dernier rempart contre l'itinérance pour de très nombreuses personnes seules, est vieillissant et s'amenuise**.»

Des interventions sont possibles

La sauvegarde du parc de maisons de chambres n'est pas un nouvel enjeu et des interventions ont déjà été mises en place par le passé : établissement d'un portrait géographique des unités et de la situation, projet-pilote sur la salubrité et transformation d'unités privées en chambres à but non lucratif. Malgré ces efforts non négligeables, certaines limi­tes demeurent : la disponibilité des bâtisses et leur prix (spéculation dans les quartiers centraux), un cadre financier serré pour concorder avec le programme AccèsLogis, etc.

Visite du chantier de la deuxième maison de chambres de Dianova en compagnie des représentants de la Société d'habitation du Québec.

Pourtant, bien qu'en nombre insuffisants, des projets se réalisent, comme l'organisme Dianova qui inaugurera bien­tôt sa deuxième maison de chambres socialisée! Avec le portrait réalisé par la Ville de Montréal, même si les données ne sont pas publiques, la Ville a mainte­nant la responsabilité d'assurer un monitorage des endroits répertoriés et de faire de la sauvegarde une priorité. Cela veut dire non seulement de favoriser la réalisation de projets de développement, mais aussi d'encourager la volonté politique à Québec pour y ajuster le financement dans le cadre de son programme AccèsLogis et de faire des représentations auprès du gouvernement fédéral pour permettre de continuer à financer la construction, rénovation, ameublement ou intervention au sein des maisons de chambres par le programme fédéral SPLI (Stratégie des partenariats de lutte à l'itinérance).

Une amélioration des conditions de logement

La transformation apporte son lot d'avantages tels que : le retrait du marché spéculatif qui assure une sauvegarde à long terme, la rénovation et la remise aux normes pour des conditions de vie décentes et une offre pour un profil «plus lourd» de locataires souvent chassés des maisons de chambres traditionnelles. La socialisation permet aussi d'ajouter du soutien communautaire, ce petit coup de pouce supplémentaire qui permet une meilleure stabilité résidentielle, un bon voisinage et une réinsertion sociale. Autant la Ville de Montréal que le gouvernement du Québec, par la Politique nationale de lutte à l'itinérance, reconnaissent l'importance et la pertinence d'élaborer des mesures structurantes pour améliorer les conditions de logement des personnes en situation ou à risque d'itinérance. C'est maintenant au gouvernement d'être cohérent et d'agir en concordance lors de la sortie de son prochain budget ainsi que du plan d'action de lutte à l'itinérance.

*La « socialisation » est le fait de transformer du logement privé en logements sociaux, l'achat par un organisme sans but lucratif qui devient propriétaire et gestionnaire de l'immeuble. **Ensemble pour éviter la rue et en sortir, Politique nationale de lutte à l'itinérance, gouvernement du Québec, 2014, p.19

15 avril 2014 2014 | ITINERAIRE.CA

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Faisons paye les pauvres r

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JUSTICE Un meilleur accès à l'aide juridique PAR Me DOMINIQUE RATELLE

C

haque année, l'aide juridique permet à des milliers de Québécois d'avoir accès gratuitement, ou moyennant une faible contribution, à la justice et de faire reconnaître leurs droits. Le 5 décembre 2013, le ministre de la Justice, monsieur Bertrand St-Arnaud, en rajoutait en confirmant l'adoption du règlement prévoyant une hausse historique des seuils d'admissibilité à l'aide juridique. L'un des critères d'admissibilité à l'aide juridique est le revenu global de l'unité familiale. Si vous respectez les autres critères, vous serez admis gratuitement à l'aide juridique si votre revenu global familial est inférieur à : Une personne seule : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 306,00$ Une personne dont la famille est formée de���: Un adulte et un enfant : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 948,00$ Un adulte et deux enfants ou plus : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 296,00$ Conjoints sans enfant : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 691,00$ Conjoints avec un enfant : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 389,00$ Conjoints avec deux enfants ou plus : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 737,00$ Si vous respectez les autres critères, vous serez admis à l'aide juridique moyennant une contribution se situant entre 100,00$ et 800,00$ si votre revenu global familial est inférieur à :

Découvrez les grandes innovations sociales, parcourez des entrevues inspirantes et des dossiers fouillés préparés par des journalistes professionnels dans la section ACTUALITÉS. Laissez-vous toucher par nos camelots qui prennent la plume pour s’exprimer dans LE CŒUR DE L’ITINÉRAIRE, où se trouvent également les chroniques JUSTICE, INFO RAPSIM et les analyses pertinentes de l’économiste indépendant IANIK MARCIL. Détendez-vous au fil des pages de la section PANORAMA avec ses chroniques VIVRE, LIVRES, ses portraits de créateurs et ses suggestions culturelles stimulantes.

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Drogue dure Si elle est en manque, sa raison vacille. Sa pensée n'est plus qu'obsession. Elle a besoin de sa dose rapidement, sinon tout son être cessera de fonctionner normalement. Ses membres trembleront, sa logique déraillera. Elle sera dysfonctionnelle et risquera de s'effondrer sur elle-même.

IANIK MARCIL

PAR IANIK MARCIL | économiste indépendant

PHOTO: KIM AUCLAIR

J

e ne parle pas d'une héroïnomane. Je parle de notre y a quelques années et en vient aux mêmes conclusions. économie. Sa drogue : le pétrole. Sans pétrole, aucune Même les chantres du capitalisme mondial, le Fonds activité économique n'est possible. Vous ne pour- Monétaire International, la Banque mondiale, le Forum riez même pas aller chez le coiffeur, car même s'il ne se économique mondial de Davos et l'OCDE en arrivent au déplace pas en transport en commun ou en voiture, les même constat. Nous sommes au bout du rouleau, nous produits qu'il utilise pour son travail auaurons bientôt épuisé les ressources qui ront été transportés par bateau ou par permettent à nos économies de fonccomme petite camion utilisant du pétrole. tionner. Les économistes qualifient le pétrole Alors que faire ? Chercher à exploiter nation, devrionsde «super-intrant». C'est-à-dire qu'à un hypothétique pétrole sur ce joyau peu près la totalité des biens et des nous attendre de patrimonial qu'est Anticosti - sachant services produits par nos économies entreprise pétrolière n'a nous faire dicter qu'aucune utilisent nécessairement du pétrole à un prouvé qu'il n'y ait une seule goutte de endroit ou l'autre de la chaîne de pro- la marche à suivre pétrole dans son sous-sol ? Attendre duction et de distribution. Nos éconoque le système économique s'effondre des grandes mies contemporaines ne peuvent tout de lui-même ? simplement pas exister sans pétrole. Aucune de ces possibilités n'est souinstitutions Là réside donc l'argument central en haitable, bien évidemment. En revan­ faveur de l'exploitation des réserves de che, comme petite nation, devrionsde l'économie pétrole de schiste de l'île d'Anticosti. nous attendre de nous faire dicter la mondiale ? Nous ne pouvons pas nous passer du marche à suivre des grandes institutions pétrole, nous en importons la totalité de l'économie mondiale ? dont nous avons besoin, donc il semble Je crois que non. Les réserves de péraisonnable de l'exploiter. trole s'épuiseront bientôt. Il n'y aura plus de fix possible. Sauf que... Il est difficile de se passer d'une addiction. Des sueurs D'une part, cette drogue ne sera bientôt plus disponible. froides traversent le corps, il doit se recomposer et Une étude importante publiée au début des années s'apaiser – passer à autre chose, être autre. Il en est 1970, «Les limites à la croissance» prédisait que si nous de même de notre économie droguée au pétrole. ne changions rien à nos habitudes, le complexe système Mais plus on tarde à s'en passer, plus on détruit le social, économique et écologique allait s'effondrer en corps économique. Sortons-en et inventons une au2030 (dans 15 ans!) suite, notamment, à l'épuisement tre économie. Il s'agit d'une urgence, n'en déplaise aux des réserves de combustible fossile – le pétrole au pre- détenteurs du pouvoir politique et économique dopés mier chef. Qui plus est, la même étude a été mise à jour il à cette drogue dure.

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Des projets prometteurs pour l'arrondissement de Ville-Marie Depuis quelques années, l'arrondissement de Ville-Marie investit dans des pôles d'intervention en itinérance sur son territoire. En finançant l'embauche d'intervenants de milieu pour sillonner les endroits problématiques, l'arrondissement privilégie une approche de médiation et de responsabilisation. Le Village : une cohabitation fragile à préserver « Ce que l'on vise, c'est que tout le monde puisse occuper l'espace public de façon sécuritaire, sans antagoniser qui que ce soit et sans multiplier les contraventions », explique la conseillère en développement communautaire Bruna Viana, responsable du projet d'intervention piloté par la Société de développement commercial du Village. En 2012, cet organisme a demandé à l'arrondissement de l'aider à gérer plusieurs enjeux dans le quartier. L'arrondissement a répondu en acceptant de payer le salaire de deux intervenants de liaison. La situation particulière du Village tient de la difficile cohabitation, dans un même périmètre, entre les commerçants de la rue Sainte-Catherine Est, les personnes marginalisées qui s'y installent à court ou à plus long terme et les 82 organismes qui leur viennent en aide. « Dans un contexte où les problématiques sociales et les per­ sonnes marginalisées évoluent, le travail de terrain est pri­ mordial, souligne Mme Viana. Les deux intervenants ont un grand défi, celui de sensibiliser commerçants et personnes marginalisées à la réalité de l'autre, tout en inculquant compassion et responsabilité. »

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En établissant un lien de confiance avec les personnes marginalisées – itinérantes, toxicomanes, ayant des problèmes de santé mentale, jeunes de la rue, travailleurs du sexe –, les intervenants de liaison peuvent les diriger adéquatement vers les organismes concernés. L'objectif est de maintenir le dialogue, la concertation et le réseautage pour améliorer le sentiment de sécurité dans le Village.

PUBLI-REPORTAGE

INVESTIR DANS L'HUMAIN


Il faut dire que le modèle d'intervention dans le Village s'appuyait sur un projet pilote qui a fait ses preuves : celui de l'Accueil Bonneau dans le Vieux-Montréal. Depuis trois ans, l'arrondissement de Ville-Marie y subventionne le salaire d'une intervenante de milieu. Elle sillonne le parc Fleury-Mesplet et ses environs, où le nombre grandissant d'incivilités devenait préoccupant.

Les intervenants sont sur le terrain, ils observent l'évolution des dynamiques locales. Ils travaillent étroitement avec les commerçants et les organismes communautaires. « Il y avait beaucoup de plaintes des résidents habitant près de l'Accueil Bonneau, soit auprès du 311 ou du Service de police de la Ville de Montréal, mentionne Annie Gauthier, conseillère en développement communautaire responsable du projet, des plaintes concernant le flânage, l'agressivité, les conflits et la consommation de drogues ou d'alcool. » L'arrondissement s'est attaqué à ces enjeux selon une approche de partenariat avec l'Accueil Bonneau. Le projet permet d'agir sur plusieurs axes, soit la prise en charge des personnes vulnérables par des intervenants spécialisés qui leur offrent un soutien et des services adaptés (santé, animation, réinsertion), la diminution des actes d'incivilité, l'amélioration de la propreté et de l'aménagement en impliquant les clientèles marginales et en développant une offre de services aux riverains. L'organisme a aussi mis en place un code de vie pour le parc. Les associations de résidents et de commerçants du quartier ainsi que le poste de quartier (PDQ) 21 sont également mis à contribution.

« Non seulement le sentiment de sécurité s'est amélioré, mais il y a également plus de résidents du quartier qui sont bénévoles à l'Accueil Bonneau. » En chantier : un pôle d'intervention au square Cabot et ses environs Un troisième pôle d'intervention verra le jour dès ce printemps dans le secteur du square Cabot, dans l'ouest de l'arrondissement. Même s'il se base sur un modèle similaire aux deux autres, ce nouveau projet fait face à d'autres défis et a donc dû être adapté à la réalité du milieu. Depuis plusieurs années, le square est en effet le lieu de rencontre privilégié des Autochtones qui vivent ou arrivent à Montréal. Or, plusieurs vivent des moments difficiles en mettant les pieds dans la grande ville. « Il y a peu de ressources pour prendre ces personnes en charge ou leur offrir du soutien adapté à leurs besoins et plu­ sieurs ont beaucoup de difficulté à s'intégrer et à trouver leur place », illustre Annie Gauthier, de qui relèvera ce nouveau projet. Pour ces raisons, leur taux d'itinérance est beaucoup plus élevé que dans la population en général. La consommation d'alcool, la vente de drogues et la prostitution sont aussi très présentes dans le parc, ce qui en fait un endroit peu accueillant et insécurisant pour les résidents. L'arrondissement a annoncé l'année dernière le réaménagement du square Cabot, qui sera fermé pour au moins un an à partir de juin 2014. Le tra-

« L'aspect novateur était de mettre toutes les probléma­ tiques sur la table pour trouver des solutions ensemble et les faire connaître aux riverains », précise Mme Gauthier. Aujourd'hui, les résidents se disent satisfaits de l'intervention de milieu, de la ligne téléphonique mise en place pour les riverains et des résultats obtenus.

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PHOTO : TOURISME MONTRÉAL |PIERRE-LUC DUFOUR

Une expérience concluante : l'Accueil Bonneau

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vail des deux intervenants, qui relèveront du YMCA Centre-ville et du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, sera de faire des tournées en périphérie du square Cabot afin de guider les clientèles marginales vers les ressources appropriées. Ils travailleront en collaboration avec le PDQ 12 et les autres partenaires du quartier.

Non seulement le sentiment de sécurité s'est amélioré, mais il y a également plus de résidents du quartier qui sont bénévoles à l'Accueil Bonneau. « En plus de faire le lien entre la clientèle et les orga­nismes, ils mettront en place une ligne téléphonique dédiée aux ri­verains, leur permettant de signaler des problèmes et de trouver des solutions acceptables pour tous. » Une approche individualisée La situation du square Cabot ressemble à celle de l'Accueil Bonneau, dans la mesure où les gens arrivent dans le parc tôt dans la journée et commencent parfois à consommer. Quand il y a un intervenant sur place dès le matin, il est possible d'agir de façon préventive et de réduire les incivilités. Du côté du Village, Bruna Viana qualifie le modèle d'intervention comme en étant un de « réduction des mé­ faits ». Les intervenants de liaison participent aux tables de concertation locales et travaillent notamment en partenariat avec les PDQ 21 et 22, afin d'éviter la judiciarisation de la population marginalisée. « Les intervenants sont sur le terrain, ils observent l'évolution des dynamiques locales, indique Mme Viana. Ils travaillent étroitement avec les commerçants et les orga­ nismes communautaires. Si une personne est en situation de crise, ils sauront où la diriger. » Devant l'ampleur de la tâche, les deux intervenants sont allés chercher une formation en médiation auprès du Regroupement des organismes de justice alternative du Québec.

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Jusqu'à maintenant, les deux conseillères en développement communautaire de l'arrondissement de Ville-Marie ne voient que du positif aux projets mis en place. Dans les deux endroits ciblés, le nombre des interventions policières envers la population marginalisée a diminué. Grâce à la distribution de numéros de téléphone des ressources disponibles, les résidents sont aussi mieux équipés pour faire face aux problèmes éventuels dans les secteurs de l'Accueil Bonneau et de la rue SainteCatherine Est. « Il est important de rappeler que ce ne sont pas les indi­ vidus qui sont dérangeants dans l'espace public, mais plutôt certains de leurs comportements. C'est là-dessus que nous voulons agir, tout en offrant des services adaptés », conclut Annie Gauthier.

Les 3 projets d'intervention Vieux-Montréal Où : dans le secteur de l'Accueil Bonneau, le parc FleuryMesplet et ses alentours. Quand : depuis mai 2011 Village Où : le territoire est délimité par les boulevards De Maisonneuve Est et René-Lévesque Est, l'avenue De Lorimier et la rue Saint-Hubert. Quand : depuis juin 2012 Secteur du square Cabot Où : le périmètre est délimité par la rue Sherbrooke Ouest, l'avenue Lionel-Groulx, la rue Guy, l'avenue Clarke et la rue Rose-de-Lima. Quand : à partir du printemps 2014


PAR SYLVAIN-CLAUDE FILION

PANORAMA

PHOTO : NATHANIEL BARUCH

Grain ou ivraie?

Vues d'Afrique

En 1998, le géant de la semence génétiquement modifiée Monsanto déclare la guerre à un fermier de la Saskat­chewan qui se battra jusqu'en Cour suprême. Ce théâtre docu­mentaire d'Annabel Soutar, inspiré des transcriptions du procès et créé en français à La Licorne en 2012 dans une traduction de Fanny Britt, est surtout une réflexion sur le rapport de force imposé par la multina­tionale envers les agri­culteurs, le rapport à la vie et l'intimidation judiciaire. Le texte vient de paraître aux éditions Écosociété et la pièce, interprétée par sept comédiens dont Cary Lawrence, Alex Ivanovici et Guy Thauvette, est présentée en reprise quatre fois dont deux à Montréal.

Le 25 avril débute la 30e édition du Festival international de cinéma Vues d'Afrique. Jusqu'au 4 mai, en plus d'une moisson de films, des invités qui mettront en évidence les différents échanges liant le Québec au continent noir, incluant la remise du prix Hommage du CIRTEF à l'actrice Aïssa Maïga (Bamako, Les poupées russes, L'écume des jours). Le festival se déroule simultanément à Québec, Montréal et Ottawa (vuesdafrique.com).

Les fantasmes d'Edgar Après des mois de succès aux quatre coins de la province, le lumineux spectacle dans lequel Edgar Fruitier conjugue ses deux passions – le théâtre et la musique classique – revient à Montréal pour un dernier tour de piste. Bach, Beethoven, Mozart et Satie apparaissent tour à tour sur scène dans ce spectacle aux contours d'histoire musicale et d'initiation à la musique classique. Avec Vincent Bilodeau, André Robitaille, Renaud Paradis, Sylvain Massé et 24 musiciens.

GRAINS, Monsanto vs Schmeiser

17 avril, 20h, Théâtre Outremont

(theatreoutremont.com)

2 mai, 20 h, Maison de la culture Frontenac (ville.montreal.qc.ca)

GRAINS, Monsanto vs Schmeiser Annabel Soutar, Éditions Écosociété, 176 pages

Edgar et ses fantômes

17 et 18 avril, 20h et 19 avril, 14h Salle Wilfrid-Pelletier (placedesarts.com)

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Garbage

La calligraphie des vidanges

Notre société de consommation engendre des ordures à un point tel qu'on ne sait plus où les mettre. Elles s'empilent dans nos ruelles et sur nos trottoirs. Quatre amis ont pris le pari d'utiliser ce gisement inépuisable pour assouvir leurs élans artistiques et changer le regard que l'on porte sur nos déchets. Rencontre avec les quatre mousquetaires anonymes de Garbage Beauty. PAR VALENTINE BOURGEOIS

G

arbage Beauty, c'est le nom derrière lequel on trouve Romain, Vincent, Olivier et Étienne, graphistes le jour, mar­ chands de bonheur la nuit. Depuis 2011, armés de leurs marqueurs, ils sillonnent la ville pour couvrir les meubles abandonnés de leurs mots d'esprit, dans une calligraphie sortie d'une autre époque. Dès le cégep, les comparses sont particulièrement attirés par la typo­ graphie et le lettrage. Le jour où Vincent achète un magazine russe, ils découvrent le graffiteur devenu calligraphe Luca Barcellona pour lequel ils ont un coup de cœur. Il ne leur en fallait pas plus pour «réduire la moyen­ne d'âge des cours de calligraphie», explique Romain en riant.

Éternels apprentis

Même si plusieurs sont surpris de découvrir que les membres de Garbage Beauty puissent former d'aussi belles lettres à main levée, ces derniers n'osent pas encore se qualifier de calligraphes. Olivier explique : «Certains pensent que ce sont des pochoirs, mais nous on voit nos erreurs, ça ajoute au côté humain.» «Ça prend environ quatre vies pour maîtriser la calligraphie», précise Romain. Il y a la technique, mais il y a aussi le style personnel. Bien que les quatre amis évoluent ensemble, ils prennent tous des directions diffé­

PHOTOS : CHRISTIAN BLAIS

«Si le   meuble est beau, que la calligraphie est réussie et qu'on a une bonne phrase, on est des enfants heureux» Olivier

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rentes et ça se reflète dans leur travail. Les gars de Garbage Beauty sont des perfectionnistes. En fouillant sur le web, on trouve des centaines de photos de leurs œuvres, certaines datant de leurs débuts. «Ce qui énerve, confie Vincent, c'est quand quelqu'un sort quelque chose de laid mais d'il y a deux ans.» Le collectif rougit parfois devant leurs premiers coups de crayons mais se réjouit de voir le chemin parcouru depuis. Garbage Beauty a participé à l'événement artistique Fin Novembre organisé par l'ATSA chaque automne à la Place Émilie-Gamelin. Le thème de cette édition était Dormir dehors.


Beauty Un art conceptuel

«Au départ, on avait une logique de critique de la société de consommation, commence Romain, mais maintenant, on est plus dans le bonheur.» Si, à leurs débuts, il leur arri­vait d'écrire des phrases plus sombres ou d'avoir recours à des paroles de chansons, ils se font maintenant un point d'honneur de rester positifs et de laisser aller leur créativité. «À la base, on faisait ça de nuit, jusqu'à ce qu'on décide de le faire un premier juillet», raconte Vincent. D'abord curieux, les gens se sont ensuite montrés très réceptifs et les quatre amis ont décidé de ne pas se limiter au côté esthétique de leur démarche qu'ils décrivent comme de l'art de rue conceptuel. Plusieurs facteurs doivent être réunis pour que la force de Garbage Beauty soit à son apogée. «Si le meuble est beau, que la calligraphie est réussie et qu'on a une bonne phrase, on est des enfants heureux», résume Olivier, enthousiaste.

«Au départ, on avait une logique de critique de la société de consommation, commence Romain, mais maintenant, on est plus dans le bonheur.» Romain

Dormir dehors Garbage Beauty a participé en novembre dernier à l'événement de création interdisciplinaire Fin novembre de l'ATSA. L'événement, qui en était à sa troisième année, utilise l'art pour créer un lieu de rencontre et de solidarité sociale et remplace son prédécesseur État d'urgence (1998-2010). Le thème de cette année était Dormir dehors, une réalité préoccupante pour la communauté sans-abri à l'approche de l'hiver. À cette occasion, Garbage Beauty a posé sa plume sur une dizaine de canapés répartis sur la Place Émilie-Gamelin. Pour les membres du collectif, il n'y a pas eu d'hésitation quant à leur participation au projet. «C'était vraiment dans nos valeurs, ça coïncidait avec nos idées», explique Vincent. Les quatre amis sont sortis de l'expérience plutôt secoués. «Au lieu de juste faire notre boulot d'artiste, faire de la calligraphie et se barrer, raconte Romain, on s'est intéressés aux gens.» Les quatre amis ont fait griller des guimauves avec les itinérants présents sur le site et ont eu l'occasion de discuter avec nombre d'entre eux. Leur participation au projet les a sensibilisés à la question de l'itinérance en leur rappelant que nul n'est à l'abri d'un tel imprévu.

Une vie en parallèle

Le collectif est définitivement emballé par ce qu'il fait. Pourquoi alors conserver un anonymat partiel en refusant de dévoiler leurs noms de famille ou des photos d'eux? «On veut que ce soit libéré de tout intérêt, sans que nos noms y soient accolés, justifie Romain. Nous, on est un groupe, on s'appelle Garbage Beauty.» Vincent renchérit : «C'est drôle parce que, en tant qu'artistes, notre nom c'est la seule chose qu'on ne choisit pas et les gens y portent plus d'attention qu'à notre œuvre.» Le talentueux quatuor veut aussi éviter de mêler leur vie professionnelle à leur projet, pour éviter que des employeurs éventuels ne fassent appel à eux que pour des contrats de calligraphie. Pour Romain, Vincent, Olivier et Étienne, Garbage Beauty c'est un mode de vie. Entre eux une saine compétition s'est installée à savoir qui fera le plus beau lettrage, qui trouvera la meilleure phrase. «Notre but, ce serait de faire partie du paysage culturel montréalais pour que, d'ici un an ou deux, les gens ne se posent même plus la question, qu'ils voient ça sur des poubelles et qu'ils sachent que c'est Garbage Beauty», conclut Romain.

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VIVRE

PAR DENYSE MONTÉ

uilibre q é e r t o v z e t s e T r des surpri­ses! vous pourriez avoi

e, mais de manière à semble archi facil , levez une jambe te L'exercice qui suit oi dr en bi e ur e post posé, et tenez En maintenant un de votre genou op au ve ni au e riv ar puis on recomce que votre pied secondes. Repos, es qu s el qu t an tte variante : le do la position pend . Essayez aussi ce be t in jam po re ut un l'a t ec an mence av s yeux fix sur une jambe, le la droit, tenez-vous pied opposé sur du n lo uez le ta as br s le i, pu ap devant vous. Plaq d' nou de la jambe aintenez la face interne du ge côté du corps. M ue aq ch de és ch relâ us le poungtemps que vo position aussi lo jambe. cez avec l'autre vez et recommen aide à développer e Ce type d'exercic vous rattraper en à é cit votre capa re, permettant cas de déséquilib chutes. s le d'éviter

Ah, chocolat! D'après une étude australienne publiée dans la revue American Journal of Clinical Nutrition, le fait de consommer du chocolat n'aurait pas un bon effet sur la densité osseuse. Cette enquête effectuée auprès de 1000 femmes âgées entre 70 et 85 ans révèle que plus on consomme de chocolat, plus les os s'affinent. En effet, les femmes consommant du chocolat chaque jour auraient une densité osseuse inférieure à celles qui n'en consomment qu'une fois par semaine. Selon les chercheurs, ce constat serait lié à la présence d'oxalates dans le chocolat, ayant notamment comme effet une diminution de l'absorption du calcium et du sucre. Préparez vos vieux jours!

Piles mouillées Elles ont la même utilité que les «piles sèches», ces nouvelles piles que l'on plonge dans un liquide à base d'eau pendant aussi peu que 5 minutes pour les charger. Munies de ces petits cylindres activés grâce à une réaction chimique appelée électrolyse, votre zappette se remettra à fonctionner et la lampe de poche à éclairer. Une fois en fonctionnement, leur durée de vie atteint deux ans dans une télécom-

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mande utilisée quotidiennement. Toutefois leur puissance reste inférieure à des piles classiques. C'est pourquoi leur usage se limite à des objets de faible consommation électrique. Selon le fabricant, l'Aquacell est une innovation écologique, car plus facilement recyclable qu'une pile classique, et elle peut être conservée plusieurs années, totalement intacte, avant d'être utilisée.

Bon Jour! C'est le retour du Jour de la Terre, le 22 avril. Pour célébrer l'événement, pourquoi ne pas poser un geste écolo? Plein d'idées en visitant les excellents sites les-gestes-ecologiques.com d'Équiterre et de notre-planete.info. Vous verrez, il deviendra gênant d'écraser son mégot sur le trottoir ou de prendre l'auto pour aller faire une course au coin de la rue. Autre suggestion : assister au colloque Écohabitation. Une foule de conférenciers vous feront partager leurs connaissances et leur expé­rience en divers domaines reliés à l'habitation écologique, économiquement viable et accessible à tous. Cette journée se déroulera le samedi 26 avril à la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal (ecohabitation.com). Également, plusieurs autres activités à surveiller sur jourdelaterre.org.

Fais ta chambre! Comme on se sent léger, légère, après avoir fait du ménage dans notre paperasse, éliminé le superflu, et rangé les traîneries! Chez soi, il est important d'avoir l'environnement le plus zen, éclairé et aéré possible, où il fait bon vivre. «L'effet du ménage sur le psychisme est étonnant : une chambre, un appartement, un bureau net, rangé et propre est la voie vers la paix de l'esprit, le repos, l'entrain, l'enthousiasme. Pendant que le corps fait le ménage, l'esprit se repose», dit Dominique Loreau, auteure de Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi.

(Sources : Relax News, Citizen Post)


L'ITINÉRAIRE RECOMMANDE

Pour clôturer les célébrations de son cinquantenaire, la Cinémathèque québécoise tient l'événement LE CHOIX DES PIANISTES du 15 au 19 avril. Une sélection de classiques du muet, incluant Laurel & Hardy, La rue sans joie et un hommage à Chaplin, seront accompagnés au piano par quatre grands pianistes invités : Maud Nelissen (Amsterdam), Antonio Coppola (Bologne), Philip Carli (Rochester) et Gabriel Thibodeau de Montréal. (cinematheque.qc.ca) 

Le prochain PARTY PYJAMA LITTÉRAIRE de Kim Thúy, Claudia Larochelle et Alain Labonté plonge dans l'onirisme et le mystère de la nuit au bénéfice de la Fondation Sommeil. Les invités : Marie Denise Pelle­ tier, Étienne Dupuis, Monique Giroux, Sylvie Rémillard, Sophie Faucher et Benoît Sarrasin.

Le forfait-VIP, qui comprend souper, confessionnal et pantoufles en phentex est toujours disponible. Au Lion d'Or, le 25 avril à 21h (cabaretliondor.com). 

On retrouvera avec grand plaisir la distribution de BELLES-SŒURS qui entonne cette fois les airs de Daniel Bélanger en «tenue de soirée» avec l'Orchestre Symphonique de Montréal les 16 et 17 avril à 20h, à la Maison symphonique (osm.ca). 

Que peut bien raconter un médecin légiste au cadavre du jeune désespéré qui s'est immolé dans une rue de Tunis, déclenchant ainsi le brûlant printemps arabe de 2011? C'est le huis clos incandescent que propose Stéphane Brûlotte, dans une mise en scène de Dominic Champagne, avec BESBOUSS, AUTOPSIE D'UN RÉVOLTÉ, défendu par Abdelghafour Elaaziz au Théâtre de Quat'Sous du 22 avril au 17 mai (quatsous.com).

PAR GENEVIÈVE GAGNÉ, MARIE-CHRISTINE GAUDREAU ET MARIE-LISE ROUSSEAU

LIVRES

Émincer l'angoisse Accumuler trop de fatigue, refouler ses émotions, se fixer des objectifs trop élevés et collectionner les responsabilités; voilà quatre pratiques qui provoquent l'angoisse, nous apprend Fines tranches d'angoisse. Vous n'avez pas affaire à un ouvrage de psycho-pop ici, plutôt à une définition illustrée et intime de l'angoisse telle que vécue par Catherine Lepage. Chaque page de ce petit livre constitue une de ces fines tranches d'angoisse. Sur chacune d'elle, une phrase manuscrite accompagne une illustration. Simple et touchant, ce bouquin démystifie joliment ce mal de vivre. «Émincées et mises en images, les émotions sont tellement plus faciles à digérer», résume l'auteure. Son livre permet de comprendre comment se ressent l'angoisse, tant au niveau des symptômes que des solutions. (MLR)

Fines tranches d'angoisse

Par Catherine Lepage, Somme Toute, 112 pages.

Scientifiques muselés Vêtus d'un sarrau, des scientifiques des quatre coins du Canada ont manifesté sur la colline parlementaire en juillet 2012 pour dénoncer les nombreuses compressions budgétaires du gouvernement Harper en science. Ce rassemblement historique se voulait un cri d'alarme contre le bâillon imposé aux scientifiques travaillant pour le gouvernement. Il est rare de voir des scientifiques descendre dans la rue, mais depuis l'arrivée des conservateurs, une série de manœuvres et de lois ont été mises sur pied dans le but de les museler. Retrait du protocole de Kyoto, attaques aux laboratoires et aux stations de recherche et abandon de la version longue du recensement figurent parmi ces offensives. Science on coupe! est, selon David Suzuki «une lecture obligée pour comprendre l'énormité de la guerre que Stephen Harper a déclarée à la science.» (GG)

Science, on coupe! Chercheurs muselés et aveuglement volontaire : bienvenue au Canada de Stephen Harper Par Chris Turner, Boréal, 232 pages.

Question de conscience Le monde tel qu'on le connaît aujourd'hui est en grand bouleversement. Notre prise de conscience des conséquences de nos gestes individuels sur l'environnement en serait responsable. Cet essai aux saveurs philosophiques et spirituelles nous suggère une immersion en notre for intérieur. Il s'y trouverait la clé de changements sociaux décisifs. L'auteur nous invite à nous poser des questions existentielles quant à notre mode de vie en remettant en questions les notions d'ouverture, de temps, de culture, de société et de bienêtre que véhicule la société. D'Ansembourg dresse le portrait d'une société malade en phase d'éveil. Appuyé de témoignages, il fait une démonstration inspirante de l'influence positive qu'ont les gestes individuels sur la collectivité. (MCG)

Du Je au Nous

Par Thomas D'Ansembourg, Les Éditions de l'Homme, 280 pages.

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À PROPOS DE...

LA TERRE SOLIDARITÉ DANS LE MÉTRO

Des déjeuners pour les itinérants En tant qu'employé dans une station de métro, je suis un témoin pri­vilégié de ce qui s'y passe au quotidien. Je vois beaucoup d'entraide à chaque jour entre les usagers et aussi envers les itinérants. Les gens leur donnent de l'argent ou de la nourriture. Je travaille dans un café et il ne se passe pas une journée sans que les gens achètent des déjeuners complets, des cafés, des muffins et des sandwichs aux itinérants. Ça fait chaud au coeur de voir ça. Les gens sont intéressés par eux, ils s'arrêtent pour jaser et prendre des nouvelles. Je suis au Québec depuis cinq ans et, dans mon pays, ce n'est pas comme ça, les gens ne se sentent pas concernés. Carlos, employé du Café Gourmet, à la station Berri-UQÀM

Envoyez-nous vos propres histoires de solidarité ou de beaux gestes dont vous avez été témoin ou partie prenante dans le métro et les autobus de Montréal à : courrier@itineraire.ca

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DÉTENTE

Mots croisés L'Itinéraire - 15 avril 2014 1

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1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Solution dans le prochain numéro

HORIZONTALEMENT 1. Évoque un lieu de délices. 2. Pleine de tendresse? - En Russie. 3. Tête de radiateur - Chlore en formule - Ne doute pas. 4. Autocollant - Vraiment bien peu. 5. Était près de Lesbos - Ville nigériane - Dans l'œil. 6. Fréquence radio - Existent depuis peu. 7. Rapport logique - Soutient la quille - Avant la matière. 8. Une affaire de cavaliers. 9. Ubu sans coeur - La fin de Florence - Voyelles Vieil emportement. 10. Réfléchiras. VERTICALEMENT 1. Il se moque en raillant. 2. Concerne un corp vivant. 3. Grigou - Attrapé. 4. Commence en Amérique ou finit au Vietnam Démonstratif - Sur la Côte d'Azur. 5. Travaille au port - Pour la troisième fois. 6. Mille-pattes - Septième chez les Grecs. 7. Strontium - Apprise et dite à haute voix. 8. Au milieu de la pièce - Pièce d'argent. 9. Léger. 10. Eau des Pyrénées - Avoir en main. 11. Donc, sont en usage - Dieu solaire. 12. Tentatives - Projetés hors du gobelet.

Feuil1 HORIZONTALEMENT Évoque 9. 1. Écossais - Géniteur. un lieu de délices. Jeu10.réalisé par MaxwoodMedia | grille@maxwood.ca Tante espagnole - En guerre. Pleine - En Russie. 11. 2. Querelle cherchéede - Pastendresse? contre. 12. Deviendras plus consistant. 3. Tête de radiateur - Chlore en formule - Ne doute pas. NIVEAU DE DIFFICULTÉ: FACILE Solutions du précédant numéro bien peu. 4. Autocollant - Vraiment SOLUTION du 1er avril 2014 Placez un chiffre de 1 à Ville nigériane - Dans l'œil. 1 5. 2 Était 3 4 près 5 6 de 7 8Lesbos 9 10 11- 12 9 dans chaque case vide. 1 P E T I T D E J E U N E Chaque ligne, chaque 6. Fréquence radio Existent depuis peu. colonne et chaque boîte 2 A M E N U I S E R O P 3x3 délimitée par un trait 3 T 7. O Rapport R R E Nlogique T S - CSoutient I A la quille - Avant la matière. plus épais doivent contenir 4 R U M I N E R E S I tous les chiffres de 1 à 9. affaire Chaque chiffre apparaît 5 I 8. S Une E T U B de I cavaliers. S T E S donc une seule fois dans 6 A T R R A S I S une ligne, dans une colonne 9. Ubu sans coeur - La fin de Florence - Voyelles - Vieil emportement. 7 R I S E E S P A P I et dans une boîte 3x3. 10.L Réfléchiras. 8 C A I R I E R E O R 9 A L U N I S A R G U A NOTRE LOGICIEL VERTICALEMENT 10 T E L E C O P I E U R S DE SUDOKUS EST MAINTENANT 1. Il se moque en raillant. DISPONIBLE. 10 000 sudokus inédits de 2. Concerne un corp vivant. 4 niveaux par notre expert, Fabien Savary. En vente 3. Grigou - Attrapé. exclusivement sur notre site. 4. Commence en Amérique ou finit au Vietnam - Démonstratif - Sur la Côte d'Azur. www.les-mordus.com 5. Travaille du port - Pour la troisième fois. 6. Mille-pattes - Septième chez les Grecs. Solution dans le prochain numéro 7. Strontium - Apprise et dite à haute voix. Jeu réalisé par Ludipresse | info@les-mordus.com 8. Au milieu de la pièce - Pièce d'argent.

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FEU VERT À…

HUBERT REEVES Pour un monde plus vert EXCLUSIVITÉ À l'approche du 22 avril, Jour de la Terre, l'astrophysicien de renommée mondiale a écrit ce texte inédit à l'intention des lecteurs de L'Itinéraire.

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Né à Montréal en 1932 et formé aux universités McGill et Cornell, l'astrophysicien Hubert Reeves est un vulgarisateur de renommée mondiale. Il a publié de nombreux ouvrages traduits en de nombreuses langues et dont plusieurs ont été des best-sellers. À l'automne 2013, il a publié Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve au Seuil (Paris). Animé, tout comme Albert Einstein, d'un sens passionné de justice et de responsabilité sociale, il est fort préoccupé par le devenir de l'humanité lié à la santé de la planète. Il est actuellement président de l'association d'utilité pu­ blique reconnue Humanité et Biodiversité.

PHOTO: BENOÎT DERRIER

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ous sommes dans une période cruciale. Les signaux sont au rouge. Les travaux scientifiques concernant les problèmes climatiques sont alarmants. L'érosion de la biodiversité (stérilisation de sols, diminution des espèces végétales et animales, sauvages ou domestiquées, déforestation, surpêche…) met en péril notre humanité.  Le temps est compté pour envisager un avenir meilleur, pour gagner du mieux vivre. À la roulette, on annoncerait «Faites vos jeux». Notre futur est en jeu. Eh bien oui, il faut agir avant d'entendre : «Rien ne va plus». Tout le monde est concerné, mais les décisions étatiques sont de première importance. Dans un État démocratique, le rôle des décideurs des mondes économique et politique dépend aussi des consommateurs-électeurs. Et les syndicats et les associations sont des relais de vos aspirations. Leur donner des forces, c'est mieux vous défendre. Mais chacun d'entre nous est important. Et pour sortir son épingle du jeu, s'en remettre à la chance comme à la roulette serait un mauvais pari. Mieux vaut bien s'informer des réalités pour mieux choisir lors de l'achat d'un produit: est-il nécessaire? Qui l'a réalisé? Dans quelles conditions sociales et environnementales? Quel mode de transport?… Quant à voter, c'est aussi difficile de sélectionner un champion… mais au moins, qu'il ne néglige dans son programme aucun des piliers d'un développement soutenable : économique, social, environnemental ! La partie n'est pas facile. Nous naviguons parmi les écueils. Choisir de bons pilotes donne des chances de les éviter. Mais se rappeler que les pilotes nous ressemblent... Si nous les voulons plus aptes à diriger les opérations, comptons sur nous aussi!



Magazine L'Itinéraire édition du 15 avril 2014