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Volume XXI, n˚ 11 Montréal, 1er juin 2014

www.itineraire.ca


Dignité Pauvreté

Plus de six millions de personnes à travers le monde votent pour la dignité en achetant un journal de rue. En agissant ainsi, ils participent à changer la vie de 27000 camelots dans 40 pays, représentant plus de 120 journaux de rue différents. En retour, les lecteurs profitent d’un journalisme indépendant de qualité, tout en sachant qu’ils ont fait une différence.

Votez pour la dignité.


nicole Giard Camelot No : 905 | Âge : 60 ans Point de vente: Métro Longueuil

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ayon de soleil de L'Itinéraire, Nicole Giard a trouvé en cette équipe une véritable famille. Native de St-Valérien, elle réside à Longueuil depuis 47 ans. Issue d'une famille divisée, peu encline aux relations affectives, Nicole a eu une enfance difficile. Ayant manqué d'air à la naissance, elle a écopé de plusieurs problèmes de santé, mais surtout d'une différence qui, selon elle, l'a éloignée des siens. Nicole ne peut pas travailler en raison de sa mauvaise santé. Elle développe une dépendance au jeu. Elle joue à la loterie, parie sur des courses, ce qui lui vaut de se faire confisquer son argent par son père. Il gère ses finances jusqu'à sa mort, puis sa sœur prend la relève. «C'est difficile. Si je veux faire quelque chose, je dois toujours demander», se désole-t-elle. En novembre 2010, Nicole demande à Yvon, un camelot qu'elle côtoie régulièrement, si elle peut vendre L'Itinéraire. C'est là que l'aventure commence. Nicole apprécie ce travail qui lui permet de socialiser, de tisser des liens et d'avoir de l'autonomie. La camelot est heureuse, mais ses frères et sœurs n'en disent pas autant. Éprouvant une profonde aversion pour l'itinérance, ceux-ci tentent de décourager leur sœur de fréquenter tout ce qui y est associé. Nicole fait à sa tête et en est fière. La souriante dame est très appréciée. Ses clients fidèles ne manquent pas une occasion de venir discuter avec elle. «J'aimerais que ma famille me montre autant d'intérêt que mes clients, des étrangers, qui m'offrent beaucoup», raconte Nicole. Elle souhaite que sa famille s'intéresse à ce qu'elle fait. Ses frères et sœurs n'ont toujours pas acheté le magazine. teXte : Marie-ChriStine GaUDreaU PHOTO : GOPESA PAQUETTE

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noS PartenaireS eSSentieLS De LUtte Contre La PaUvreté

L'Itinéraire a pour mission de combattre la pauvreté et l'exclusion par le travail et une place en société. Notre organisme soutient et fait travailler quelque 200 personnes par semaine. Le magazine est donc une entreprise d'économie sociale qui s'autofinance. Mais son volet services sociaux comprend différents programmes pour offrir de l'aide psychosociale, du soutien alimentaire et en logement ou encore des services adaptés aux jeunes. Sans nos partenaires principaux qui contribuent de façon importante à la mission ou nos partenaires de réalisation engagés dans les programmes, nous ne pourrions aider autant de personnes. L'Itinéraire, c'est aussi plus de 2 000 donateurs individuels et corporatifs qui aident nos camelots à s'en sortir. Merci à tous! La direction de L'Itinéraire tient à rappeler qu'elle n'est pas responsable des gestes des vendeurs dans la rue. si ces derniers vous proposent tout autre produit que le journal ou sollicitent des dons, ils ne le font pas pour L'Itinéraire. si vous avez des commentaires sur les propos tenus par les vendeurs ou sur leur comportement, communiquez sans hésiter avec shawn Bourdages, coordonnateur au développement social par courriel à shawn.bourdages@itineraire.ca ou par téléphone au 514 597-0238 poste 222.

PartenaireS MaJeUrS

nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du canada par l'entremise du Fonds du canada pour les périodiques, qui relève de patrimoine canadien. Les opinions exprimées dans cette publication (ou sur ce site Web) ne reflètent pas forcément celles du ministère du patrimoine canadien.

PrinCiPaUX PartenaireS De ProJetS

ISSN-1481-3572 n˚ de charité : 13648 4219 RR0001

DU MONT-ROYAL

Desjardins

L'itinéraire eSt MeMBre De

Le magazine L'itinéraire a été créé en 1992 par Pierrette Desrosiers, Denise English, François Thivierge et Michèle Wilson. À cette époque, il était destiné aux gens en difficulté et offert gratuitement dans les services d'aide et les maisons de chambres. Depuis mai 1994, L'itinéraire est vendu régulièrement dans la rue. Cette publication est produite et rédigée par des journalistes professionnels et une cinquantaine de personnes vivant ou ayant connu l'itinérance, dans le but de leur venir en aide et de permettre leur réinsertion sociale et professionnelle. convention de la poste publication no 40910015, no d'enregistrement 10764. retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au canada, au groupe communautaire L'itinéraire 2103, sainte-catherine est, montréal (québec) h2K 2h9

Québecor est fière de soutenir l'action sociale de L'Itinéraire en contribuant à la production du magazine et en lui procurant des services de télécommunications.


Volume XXI, n˚ 11 réDaCtion et aDMiniStration 2103, Sainte-Catherine Est Montréal (Qc) H2K 2H9 Le CaFé L'itinéraire 2101, rue Sainte-Catherine Est téLéPhone : 514 597-0238 téLéCoPieUr : 514 597-1544 Site : WWW.ITINERAIRE.CA

Le MaGaZine L'ITINÉRAIRE : éditeur : Serge Lareault rédacteur en chef : Sylvain-Claude Filion Chef de pupitre actualités : Marie-Lise Rousseau Chef de pupitre Développement social : Gopesa Paquette infographe : Louis-Philippe Pouliot Stagiaire à l'infographie : Stéphanie Tremblay Stagiaire à la rédaction : Catherine Morasse Collaborateurs : Valentine Bourgeois. Simon Cordeau, Geneviève Gagné, Éric Godin, Philippe Lajeunesse, Ianik Marcil et Denyse Monté. adjoints à la rédaction : Caroline Velleca, Hélène Filion, Lorraine Pépin et Marie Brion Photo de la une : Pascal Dumond révision des épreuves : Michèle Deteix et Lucie Laporte Design et infographie du site internet : Vortex solution ConSeiLLÈreS PUBLiCitaireS renée Larivière : 514 461-7119 | renee.lariviere18@gmail.com Josée Poirier : 514 273-5002 | josee.poirier@itineraire.ca Le ConSeiL D'aDMiniStration Président : Stephan Morency vice-président : Gabriel Bissonnette trésorier : Yvon Brousseau Secrétaire : Serge Lareault Conseillers : Jean-Paul Lebel, Philippe Allard et Martin Gauthier L'aDMiniStration Directeur général : Serge Lareault Conseillère au financement et aux partenariats: Elisabeth Julien-Rocheleau Conseiller au développement social : Philippe Boisvert Coordonnatrice de l'administration et des ressources humaines : Duffay Romano adjoint aux communications et relations de presse : Dorian Keller éQUiPe De SoUtien aUX CaMeLotS Coordonnateur au développement social : Shawn Bourdages agent d'accueil et de formation : Pierre Tougas agent de soutien communautaire : Geneviève Labelle agent de soutien milieu de vie : Christian Torres agent de soutien à la distribution : Yvon Massicotte GeStion De L'iMPreSSion TVA ACCÈS INC. | 514 848-7000 DireCteUr GénéraL : Robert Renaud CheF DeS CoMMUniCationS GraPhiQUeS : Diane Gignac CoorDonnatriCe De ProDUCtion : Édith Surprenant iMPriMeUr : Transcontinental

Édito : la culture du déni Monsieur Filion, vous êtes très en deçà de la triste réalité... et vous êtes vous-même plutôt tolérant envers «la polisse». Pourquoi ne pas ajouter: culture de l'arbitraire systématique, culture de l'impunité mur-à-mur comme on n'en voit que dans les régimes totalitaires... Ce n'est pas moi que ça scandaliserait, quelques dénonciations supplémentaires. Comme le fait qu'on fasse des funérailles nationales (déplacer des policiers d'un océan à l'autre aux frais des contribuables) chaque fois qu'une «polisse» s'enfarge dans son «gun» ou comme dans le cas de ce policier de Toronto «mort en devoir» lorsqu'il a été tué par un confrère jaloux (il avait couché avec sa femme). Mettons que je ne suis pas soumis aux rigueurs des normes journalistiques... Mais lorsqu'on lit les conneries des Pratte, Dubuc, Dumont et autres Martineau grassement surpayés, pourquoi se gêner? Longue vie à L'Itinéraire! Jacques Labrecque, Saint-Jérôme Obsolescence programmée J'ai trouvé l'article de Marie-Lise Rousseau très intéressant et bien documenté. Étant moimême une consommatrice, les premières questions que je me pose avant d'acheter un bien de consommation sont: est-ce que j'en ai vraiment besoin et surtout, est-ce qu'il va durer longtemps? De plus, le pays de fabrication est très important pour moi, alors je préfère opter (quand c'est le cas) pour quelque chose de fabriqué au Québec ou au Canada. La qualité et la durée de vie des articles fabriqués sont meilleures dans la grande majorité des cas. De nos jours, malheureusement, la plupart des consommateurs préfèrent jeter un article que de payer pour le faire réparer. C'est dans l'air du temps... Personnellement, c'est la deuxième option que j'essaie de favoriser. Mais, ce n'est pas, je pense, le cas de la majorité de la population... Marie-Josée Poulin J'ai beaucoup apprécié, dans votre édition du 1er mai, les reportages sur l'obsolescence programmée et sur Pierrette Robitaille. Voici deux articles extraordinaires et je souligne que les photos de madame Robitaille sont superbes. Je trouve que lui avoir fait prendre différentes poses, c'est merveilleux. Félicitations! France Robillard

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1er juin 2014

aCtUaLitéS 7 ÉDitoriaL 8 ronD-point 11 ianiK marciL 12 Martin DeSChaMPS La force est dans la différence 14 piste 15 Dossier

À QUi aPPartient L'eSPaCe PUBLiC 22 MaiSon DU PÈre

L'aile de convalescence souffle sa première chandelle

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Le CŒUr De L'itinéraire

26 Le Cœur 28 Les mots des camelots 32 info rapsim

37

PanoraMa

38 AUTRUI ode à l'altruisme 41 ViVre 43 LiVres 44 DÉtente 46 Feu Vert À ron raySiDe

Ce magazine coûte

LES CAMELOTS SONT DES TRAVAILLEURS AUTONOMES 50 % DU PRIX DE VENTE DU MAGAZINE LEUR REVIENT


ST-ESPRIT qui m’éclaircit tout, qui illumine tous les chemins pour que je puisse atteindre mon idéal, Toi qui me donnes le don divin de pardonner et d’oublier le mal qu’on me fait et qui, dans tous les instants de ma vie es avec moi, je veux pendant ce court dialogue te remercier pour tout et confirmer encore une fois que je ne veux pas me séparer de Toi à jamais, même et malgré n’importe quelle illusion matérielle. Je désire être avec Toi dans la gloire éternelle. Merci de Ta miséricorde envers moi et les miens. (La personne devra dire cette prière pendant trois jours de suite). Après les trois jours, la grâce demandée sera obtenue même si elle pouvait paraître difficile. Vous devez ensuite la publier. H.O.


éditorial

Le droit au logement est fondamental Cette année encore, dans le jeu de chaise musicale qui se déroulera d'ici le 1er juillet, des centaines de ménages vont se retrouver sans toit – et sans autre recours, pour des jours, des semaines, qu'un hébergement temporaire. À quand l'application du droit au logement? Sylvain-Claude Filion | RÉDACTEUR EN CHEF | sylvain-claude.filion@itineraire.ca

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e droit au logement est cité dans l'article 25 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, votée le 10 décembre 1948 : «le logement n'est pas seulement ce à quoi a droit tout individu, mais également ce qui lui permet d'accéder à une existence sociale, d'avoir une vie privée, de trouver un emploi ou encore de voter.» Ce droit est toujours contesté par de nombreux États, dont les États-Unis. En 1976, le Québec et le Canada ont adhéré au Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Pourtant, 35 ans plus tard, l'accès au logement ne s'est pas amélioré, bien au conLe Conseil économique des Nations Voilà plus de traire. Unies, dans un rapport publié il y a quelques 60 ans que l'on années, dénonçait que tous les locataires au Canada ne jouissent toujours pas du droit à parle du droit au la sécurité de l'occupation de leur logement. discrimine encore les assistés sociaux, les logement. Mais On pauvres, les endettés et les malchanceux, ce droit si vital, dont plusieurs travailleurs autonomes, forcés de déclarer une faillite personnelle. qui est à la base Voilà plus de 60 ans que l'on parle du au logement. Mais ce droit si vital, qui même des besoins droit est à la base même des besoins exprimés exprimés dans dans la pyramide de Maslow, ne semble exister qu'en principe.

la pyramide de Maslow, ne semble exister qu'en principe.

Des progrès... ailleurs

Depuis 1977, le Housing Act impose au gouvernement britannique l'obligation de fournir un logement permanent aux personnes dans le besoin. Depuis 1987, le Homelessness Act rend les sans-abri écossais prioritaires pour l'attribution de logements sociaux. Le droit pour chacun d'avoir un endroit décent et salubre pour vivre est aussi garanti constitutionnellement en France.

Malheureusement, au Québec et au Canada, ça piétine. À la suite de sa commission populaire itinérante sur le droit au logement, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) révélait dans son rapport publié en mars 2013 que dans les causes soumises à la Régie du logement, le «droit au logement» est une notion rarement évoquée. Le problème, c'est l'absence de volonté politique. Cela fait plus de dix ans que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse demande que le droit au logement soit enchâssé dans la Charte québécoise des droits et libertés. Un prêche dans le désert.

Un droit humain

Il y a trois mois, la nouvelle Politique nationale de lutte à l'itinérance déposée par la ministre Hivon citait la notion de droit au logement. Mais là-dessus, on attend encore (au moment d'écrire ces lignes) de voir si le nouveau gouvernement libéral va appliquer cette politique favo­ rablement accueillie par les milieux communautaires. Et l'assortir d'un plan d'action. Mais voyons plus large : au-delà des itinérants, des poqués, des assistés sociaux qui sont contraints de consacrer jusqu'à 80 % de leurs revenus pour avoir un toit, l'accès au logement devrait être sanctionné au rang de droit fondamental avec un cadre juridique, afin qu'il soit protégé et aussi défendable que les droits civils et judiciaires. Pour le moment, la loi du marché n'a que faire des logements sociaux. Et les propriétaires du parc locatif l'ont facile en interdisant cigarette, chiens, chats et en excluant des locataires sur la foi d'une cote de crédit qui n'a rien à voir avec la volonté, voire la capacité de payer son loyer. Seuls nos dirigeants peuvent changer la donne et travailler dans le sens de construire une société meilleure, en s'assurant qu'avoir un toit est ni un luxe ni une chance, mais bel et bien un droit humain.

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ronD-Point

Par Catherine MoraSSe et Marie-LiSe roUSSeaU

Cure de jeunesse dans le Quartier chinois

questions à

La rue De La Gauchetière dans le Quartier Chinois se refait une beauté cet été. Parmi les travaux prévus : la reconstruction du dallage, l'augmentation du nombre d'arbres, la mise en place de 6 bassins de biorétention et l'installation d'un nouveau mobilier urbain et de supports à vélos. (MLR)

Lucie Joyal Directrice générale du Centre Marie-Vincent et récipiendaire du prix Femme de mérite 2014 dans la catégorie Engagement social du Y des femmes de Montréal. Par Catherine MoraSSe

votre centre vient en aide aux enfants de 12 ans et moins ayant subi des agressions sexuelles. Qu'est-ce qui vous motive à travailler dans un milieu si difficile?

Ça fait plus de 25 ans que je m'engage dans la cause de la violence faite aux enfants et aux femmes. Plus je rencontre de femmes qui ont vécu cette situation, plus j'ai l'impression qu'on peut faire la différence en utilisant les bons mots et les bons gestes au bon moment.

La violence sexuelle chez les enfants est extrêmement taboue. Qu'est-ce que nos lecteurs devraient savoir sur ce sujet?

On pense toujours que les abuseurs sont loin de nous. Pourtant, dans 80 % des cas, l'agresseur est quelqu'un de notre entourage. Les gens ont tendance à mettre en doute la version de l'enfant, parce qu'ils font confiance à la personne. Il faut aller voir les autorités dès que possible pour confirmer si ce que l'enfant dit est vrai ou pas. Aussi, il ne faut pas penser que parce que l'enfant est au début de sa vie, qu'il va finir par oublier. Ces enfants subissent une violence qui est très dévastatrice pour leur équilibre psychique et pour leur développement.

en quoi un organisme comme le y des femmes, qui vous attribue ce prix, rejoint votre cause?

Entre 73 et 75 % de notre clientèle est constituée de filles. Nous avons donc un bassin commun avec le Y. C'est un plus quand un autre organisme prend à cœur notre cause. En bout de ligne, nous travaillons tous dans le même but, qui est d'offrir une meilleure qualité de vie aux filles et aux femmes. Et aussi aux garçons, dans notre cas!

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adopté biologique Équiterre vous invite à vous faire adopter! La campagne «Les fermiers de famille d'Équiterre veulent vous adopter» invite les Québécois à se faire approvisionner en fruits et légumes biologiques de juin à octobre. Chaque semaine, de 6 à 12 variétés d'aliments se retrouveront dans des paniers distribués dans 450 points de vente. En plus de recevoir des végétaux, parfois de la viande et d'autres produits frais et biologiques, vous pourrez rencontrer le fermier de famille qui vous chouchoutera tout l'été. L'expérience vous tente? Rendez-vous au paniersbio.org pour plus d'information. (CM)


GODIN DANS LA RUE

La santé mentale pour les nuls Parce que la santé mentale est souvent mal comprise du public, quatre journalistes, dont le président de Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Pierre Craig, publient un guide du reportage sur le phénomène. En-Tête : Reportage et santé mentale fournit des informations à leurs collègues journalistes lorsqu'ils doivent produire des reportages dans des délais serrés. Les auteurs espèrent ainsi briser les barrières qui isolent 20 % de la population canadienne. (CM)

Le noMBre

3,66 C'est le nombre de Montréalais qu'on peut entasser sur un mètre carré dans le métro, selon les calculs de la STM qui a analysé le comportement des usagers. C'est deux fois moins de gens qu'à São Paulo! (MLR) photo: steVen phraner

Vous aimeriez vous procurer le Nouveau-Brunswick? Si vous faites partie des 86 Canadiens les plus riches, tout ce que les résidents du pays de la Sagouine possèdent – voiture, bijoux, maison, REER, tout! – vous est à portée de main. Outrageous Fortune: Documenting Canada's Wealth Gap, par David MacDonald, révèle qu'entre 1999 et 2012, ces 86 Canadiens ont vu leur valeur nette augmenter de 118 à 178 milliards $. En d'autres chiffres, 1 % de ceux qui touchent un revenu ont mis la main sur 37% de la croissance du revenu entre 1981 et 2012, selon l'OCDE. Ce qui donne au Canada la médaille d'argent de la pire nation industrialisée pour l'écart entre les revenus. (CM)

photo: uFuK ZiVana

Je m'achetions une province!

Mesdames, le bonheur est à Québec! À Ottawa, les femmes reçoivent les plus gros salaires. À Vancouver, elles ont la plus longue espérance de vie. Mais de toutes les villes canadiennes, c'est Québec qui offre les meilleures conditions de vie pour les femmes. C'est ce que révèle une étude du Centre canadien de politiques alternatives, qui place Calgary en dernière position. (CM)

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ronD-Point internationaL Un barbier londonien a eu la surprise de voir des représentants de l'ambassade de Corée du Nord débarquer dans son salon pour déposer une plainte assez singulière. La raison? Le coiffeur avait collé une affiche géante de Kim Jong-un accompagné du slogan : «Vous avez les cheveux en pétard? 15 % de rabais pour les hommes pendant tout le mois d'avril». Cette publicité est apparue juste après que des rumeurs aient circulé voulant que tous les hommes nord-coréens doivent avoir la même coupe que leur dirigeant. (Reuters)

Le déclin des syndicats américains aurait contribué à la montée des inégalités, selon le sociologue Jake Rosenfeld. Les syndicats assuraient un contre-pouvoir aux intérêts corporatifs autant dans la sphère économique que politique. Le sociologue affirme qu'à leur plus fort, ils ont permis la participation aux processus politique de millions de citoyens autrement exclus par l'élite. Ils ont aussi permis d'augmenter les salaires pour l'ensemble des travailleurs non syndiqués en établissant les standards salariaux pour des secteurs entiers de photo : JuLie LopeZ/reaL change l'économie. (Real Change)

Chine | La guerre aux kebabs

Au Brésil, entre 25 000 et 40 000 individus se trouvent présentement forcés à travailler sans aucune rémunération, principalement des gens originaires des régions rurales venus en ville pour améliorer leur sort. Le phénomène est particulièrement répandu dans les fermes de bétail, les plantations de canne à sucre et les gisements de charbon, et plus récemment dans l'industrie du textile. Dans le monde entier, on estime que 18 millions d'individus sont victimes de l'esclavage. (IPS)

photo : aLeJanDro arigÓn/ips

BréSiL | esclaves contemporains

Bientôt, les Pékinois ne pourront plus se délecter des populaires kebabs de leurs camions-cantines. Alarmées par le smog omniprésent de la capitale chinoise, les autorités de la ville interdiront sous peu les grillades extérieures – catégorie dont font partie les fameux sandwichs libanais arrosés de sauce à l'ail. Des années de croissance économique ont entraîné la détérioration de l'environnement en Chine. Pour les années à venir, le gouvernement affirme qu'il fera de la lutte à la pollution photo : reuters/Jason Lee l'une de ses priorités. (Reuters)

L'Itinéraire est membre du International Network of Street Papers (Réseau International des Journaux de Rue - INSP). Le réseau apporte son soutien à plus de 120 journaux de rue dans 40 pays sur six continents. Plus de 200 000 sans-abri ont vu leur vie changer grâce à la vente de journaux de rue. Le contenu de ces pages nous a été relayé par nos collègues à travers le monde. Pour en savoir plus, visitez www.street-papers.org.

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ITINERAIRE.CA | 1er juin 2014

photo : reuters/BoBBY Yip

royaUMe-Uni | tiré par les cheveux!

étatS-UniS | L'union fait la force


ESPACE PUBLIC

Souriez, vous êtes matraqués Vous désirez manifester dans la joie et l'allégresse une victoire du Canadien dans les rues de Montréal? Vous aurez le droit à des sourires et même des high five de la part des policiers du SPVM. Vous souhaitez plutôt manifester contre la brutalité policière, le capitalisme ou les politiques gouvernementales? Vous serez pris en souricière et arrêtés en moins de temps qu'il n'en faut pour sortir votre pancarte.

ianik marcil

PAR IANIK MARCIL | économiste indépendant

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ans mes livres d'enfants, la police avait systéma- débutent. De nombreux témoignages rapportent, à chaque tiquement une figure rassurante. Les policemen souri- fois, des comportements odieux et inacceptables de la part aient sous leurs casquettes autant que les gendarmes d'un corps de police professionnel. Le rapport Ménard n'a disaient bonjour à tout le monde sous leur fait que confirmer que ces manières de képi (dépendant de l'origine du livre...). faire de la police ne sont pas des cas isolés Lorsqu'on regarde le visage sévère, parrelèvent plutôt d'une culture policière N'en déplaise à ces mais fois hargneux, de la police antiémeute du systématique. L'espace public n'est pas un concept SPVM sous son armure digne de Robomessieurs-dames théorique de philosophie politique. Il est Cop, on est loin de cette image idyllique. du SPVM, la rue au fondement de notre vie démocraEt le rapport de la commission Ménard, tique. La rue, comme on dit, appartient à déposé il y a deux semaines, dresse un ne leur appartient tout le monde. Bien évidemment, il est portrait peu enchanteur du service de police montréalais. pas. L'espace public normal que la police s'assure de protéger citoyens et maintienne l'ordre. Balan­ Cette commission, critiquée dès le départ devrait avoir une les cer du poivre de Cayenne au vi­sage de tant par certains groupes étudiants que manifestants pacifiques, tel que le dépar la Fraternité des policiers, a finalefonction sacrée plore le rapport Ménard, ne relève pas ment blâmé très sévèrement les actions du dans notre du maintien de l'ordre. C'est de l'abus de SPVM durant des manifestations du prin­ pouvoir pur et simple. temps 2012. Ironiquement, son rapport a vie commune. N'en déplaise à ces messieurs-dames été déposé le soir de la victoire du Canadu SPVM, la rue ne leur appartient pas. dien contre les Bruins de Boston. Quelques L'espace public devrait avoir une fonction heures plus tard, des milliers de partisans sacrée dans notre vie commune. Manise retrouvaient dans la rue pour manifester bruyamment. À peine quelques arrestations, malgré que fester ses revendications politiques est un droit démocratechniquement, cette manifestation était illégale en regard tique au moins aussi important que le droit de vote. Manidu règlement P6, exigeant entre autres, que les manifestants fester, le mot le dit, c'est rendre manifestes, explicites, des idées à l'ensemble de la population. déclarent leur itinéraire à l'avance. À l'inverse, non seulement au printemps 2012 mais aussi Il est grand temps de secouer vigoureusement la cage de récemment que le 1er mai dernier, des manifestations paci- nos corps policiers. Il y a quelques décennies, nous avons fiques contre la brutalité policière ou le capitalisme ont été professionnalisé nos policiers. Il faut maintenant les civiliser : déclarées illégales par la police avant même qu'elles ne c'est-à-dire, les rendre civiques.

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rencontre

Martin Deschamps

La force a l s n a d t s e e c n e r é f f i d algré un urire d'un enfant. M so le et er ck ro un t Il a la carrure d' placé Gerry Boule m re a il , be m ja e seul rs de demi-bras et une centaines de millie s de u nd ve is pu ansmet son dans Offenbach Depuis 12 ans, il tr s. lo so s m bu al écoise s copies de se de la Semaine québ er n io as cc l'o à ux ie e du 1 au optimisme contag i se tient cette anné qu s ée ap ic nd ha est à s des personne Martin Deschamps de rs ou rc pa le t, di 7 juin. Sans contre inaire. ique : hors de l'ord ys ph n so de e ag l'im MORASSE PAR CATHERINE DUMONT SCAL PHOTOS : PA

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vous êtes porte-parole de la Semaine québécoise des personnes handicapées depuis 12 ans. en quoi consiste votre rôle?

En 12 ans, j'ai visité différentes régions du Québec pour sensibiliser la société à la différence et encourager les employeurs à engager des personnes handicapées. C'est toujours un grand combat, parce qu'il y a beaucoup de préjugés. Il y a des personnes handicapées qui ont du talent, qui ont des aptitudes, qui sont débrouillardes et qui pourraient apporter beaucoup à une entreprise, mais on les discrimine, simplement parce qu'elles ont une condition physique différente. On essaie beaucoup de travailler là-dessus.

Comment se manifeste la discrimination à l'égard des personnes handicapées?

Elles ne sont pas rappelées, tout simplement. Dans mon cas, j'ai eu de la chance. Avant de devenir chanteur, j'ai occupé un emploi chez Bell Canada comme graphiste. Quand j'ai postulé pour ce travail, j'avais écrit au bas du formulaire que j'avais un handicap. Dans les années 80, Bell était un précurseur dans l'embauche des personnes handicapées. J'ai réalisé que des grandes entreprises comme Bell allaient plus loin dans le cheminement de leur pensée. Et c'est exactement ça qu'on essaie de développer : une ouverture d'esprit à la différence. Quand on passe par-dessus l'aspect physique, on peut voir les talents et les aptitudes d'une personne handicapée. Dans mon cas, je crois que mon employeur a été content de mon travail. Quand j'ai quitté, j'ai dû faire des pieds et des mains pour qu'il me laisse partir!

Depuis 12 ans, les gens sont-ils plus sensibles aux handicapés?

Du côté de l'emploi, oui. Il reste encore du travail à faire, mais on sent qu'il y a maintenant une place pour les personnes handicapées. Dans les villes, il se construit de plus en plus des rampes d'accès.

Les handicapés ont-ils quand même un accès difficile aux espaces publics?

Là où il y a de la construction ou la réfection d'un trottoir, ça complique la mobilité. En fait, ça complique le trajet de tout le monde. Alors imaginez pour des personnes en fauteuil roulant! D'où l'importance de poser un geste en tant que personne apte à aider. Ne soyez pas gênés d'aider les personnes handicapées!

Qu'aimeriez-vous voir dans les espaces publics?

Mon médaillon peace me rappelle que je dois garder ma paix intérieure, malgré ma différence, malgré mes interrogations et mes moments moins heureux.

De l'entraide. J'aimerais voir une conscience sociale par rapport aux obstacles pour les personnes handicapées, surtout au centre-ville. Il y a tellement de gens et d'action, surtout l'été! Les rues sont barrées, donc certaines installations pour les handicapés sont moins accessibles. Il y a eu de l'amélioration pendant les dernières années. Mais ça arrive encore que les portes doivent être tirées pour entrer – c'est difficile en fauteuil roulant! Les personnes handicapées ont droit à une vie à part entière, et à force de le répéter, on convainc les gens de construire des rampes d'accès et à embaucher des employés différents.

votre différence physique vous a-t-elle plutôt aidé ou nui?

Quand on est un artiste, un de nos buts premiers, c'est de se faire remarquer. À ce niveau-là, je pense que je n'ai pas manqué mon coup! Ensuite, il faut livrer la marchandise. Il faut que tu aies tous les côtés qui vont chercher le public : le charisme, le talent, le côté original... Je suis honnête en disant que oui, il y a un peu de ma différence qui m'a aidé. Je suis différent depuis ma naissance et j'ai vécu tous les jours avec certains obstacles qui se sont transformés en forces. C'est d'ailleurs le message que j'aimerais transmettre : handicapé ou non, tout le monde a une force. Il s'agit de développer ses forces et de bien s'en servir.

avez-vous un modèle?

Quand j'étais jeune, mon modèle d'espoir et de persévérance a été Terry Fox. C'est le premier unijambiste dont j'ai été témoin des exploits. Ça a été ma première lumière en voyant qu'une personne handicapée pouvait être admirée. J'avais aussi comme modèle Evel Knievel, qui était le plus grand cascadeur de tous les temps. Comme j'étais jeune et je cherchais à me faire remarquer aussi, je me suis mis à faire toutes sortes d'exploits. Je faisais des cascades en moto, des sauts en bas d'une roche dans l'eau, des trucs que les gars de mon âge faisaient, mais pas les handicapés. J'étais

La fois où

Martin Deschamps s'est senti le plus démuni

« Quand j'ai cassé une de mes béquilles! Une fois, au chalet, j'ai marché sur le quai, j'ai fait un faux pas et ma béquille a passé à travers les planches. J'avais donc plié ma béquille, et je devais me débrouiller sans elle pour le reste de la fin de semaine. J'aime être indépendant, surtout pour me déplacer. Cette fois-là, j'étais désemparé. Aujourd'hui ça n'arrive plus, car j'ai des béquilles de rechange! »

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Quand on passe par-dessus l'aspect physique, on peut voir les talents et les aptitudes d'une personne handicapée.

Vous avez fait du signe peace votre marque de commerce. Qu'est-ce que ce symbole veut dire pour vous?

un peu casse-gueule! Musicalement, Gerry Boulet a été une lumière pour moi. De beaux modèles, pour différentes raisons. Je frappe dans la vie à grands coups d'amour!

Est-ce que la paternité a changé votre vision de la vie?

Devenir père a éveillé de nouveaux sens en moi. Avant, l'attention était souvent tournée vers moi à cause de ma différence. Il faut dire aussi que je souhaitais me faire remarquer. Je me rends compte en étant père que c'est ma fille qui prend ma place là-dedans. C'est un petit clown! Je me reconnais tellement en elle, et ça me fait devenir quelqu'un de plus grand. Je réalise maintenant la fragilité de la vie et j'essaie de vivre chaque moment précieusement. C'est un sentiment un peu inexplicable, mais qui fait de moi une personne plus allumée.

Votre fille Lou approche l'adolescence. Se fait-elle juger parce que son père est différent?

Pantoute! Son père est plus une vedette de rock'n'roll qu'un handicapé. Récemment, je recevais chez moi 38 étu­ diants ontariens dans le cadre d'un échange. J'ai captivé leur attention dès le départ par ma différence et ensuite par l'explication de ce que je suis devenu. Au début, ils ne comprenaient pas en voyant tous les posters de Martin Deschamps dans mon studio! Disons que ça a créé une atmosphère agréable pendant leur visite chez moi.

Qu'est-ce qui vous met en colère?

Les gens frustrés pour aucune raison. Moi aussi ça m'arrive d'avoir mes petites frustrations, mais habituellement elles sont fondées. Sinon, une bonne nuit de sommeil et tout est réglé. Je suis un homme fondamentalement heureux. Les gens qui chialent, ce sont les gens qui se victimisent sans même avoir posé un geste pour essayer de s'en sortir. C'est frustrant!

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Je suis différent depuis ma naissance et j'ai vécu tous les jours avec certains obstacles qui se sont transformés en forces.

Je suis un gros trippeux des années 70. Musicalement, c'était une époque qui me rejoint énormément. On parle de Led Zeppelin, des Beatles, des Rolling Stones... tous des groupes qui m'ont influencé. Ce sont mes racines musicales. Et le signe de peace, c'était le symbole de l'époque! Ça veut dire Nuclear Disarmament écrit en sémaphore, un langage qui utilise des drapeaux pour la signalisation maritime. Le médaillon que je porte en ce moment, je l'ai acheté à l'âge de 18 ans, sur la rue Saint-Denis. Il était tout chromé. Maintenant, 25 ans plus tard, son côté terni témoigne de sa longévité. Je le porte chaque jour. Ça me rappelle que je dois garder ma paix intérieure, malgré ma différence, malgré mes interrogations et mes moments moins heureux. C'est comme un porte-bonheur.

Quels sont vos projets futurs?

Cet été, on repart en tournée pour plusieurs festivals. J'ai la grande chance de pouvoir le faire avec mon ami Breen LeBoeuf, qui était dans Offenbach en même temps que moi. Notre tournée s'appelle LeBoeufDeschamps! (rires) On a sélectionné plusieurs chansons d'Offenbach et d'autres chansons de Breen et de mon répertoire, avec lesquelles on a fait des belles associations, des duos auxquels on n'aurait pas pensé. La tournée commence à la Saint-Jean-Baptiste et continue jusqu'à la mi-2015. On va faire toutes les salles de spectacle du Québec à l'automne et au printemps prochain.


PiSte

Pour innover socialement tous ensemble piste.itineraire.ca LoGeMent

Construire pour la durée Quand on parle de logements pour personnes à faible revenu, on imagine facilement des immeubles délabrés, malpropres, avec des appartements en piètre état. John Agnitsch, directeur des immobilisations pour l'organisme Homeless Alliance, d'Oklahoma City, a consacré tous ses efforts, au cours des quinze dernières années, à améliorer la qualité des habitations pour personnes itinérantes. Et il a trouvé une solution lumineuse destinée à améliorer la qualité de ces logements, soit la construction de vingt maisons quasi indestructibles, tout en béton, qui seront remises à des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Cette proposition a été soumise à la Ville d'Oklahoma City. Selon M. Agnitsch, les compressions dans les dépenses pour le logement subventionné sont responsables de leur détérioration rapide. Ces maisons peuvent être littéralement détruites au bout d'un an, selon lui. «Sans un entretien au cours des neufdernières années Pour lire le texte intégral: piste.itineraire.ca

revenU

ovni de l'entrepreneuriat social Bâtisseur iconoclaste, Jean-Marc Borello, 53 ans, est une sorte d'ovni à l'image de son groupe. Dans un univers où les petites structures pullulent, Le groupe SOS, avec ses 7 000 salariés et un chiffre d'affaires supérieur à 300 millions d'euros en 2011, fait figure de mastodonte. Sa forme hybride détonne, elle aussi. D'un côté, le groupe chapeaute une trentaine d'associations intervenant dans l'accueil de toxicomanes, de SDF, de jeunes en difficulté et dans la gestion de crèches et de maisons de retraite. De l'autre, il regroupe une dizaine d'entreprises privées comme Altermundi, l'enseigne de distribution de produits équitables, L'Usine, un espace événementiel situé face au Stade de France et employant des personnes en réinsertion, ou encore La Manufacture duPour lire le texte intégral: piste.itineraire.ca

CoMMUnaUté

Je voisine, tu voisines, nous voisinons...

Nous sommes nombreux à nous plaindre de nos voisins sans même connaître leur prénom ou pouvoir reconnaître leur visage si on les voit sur la rue. Des recherches menées en France démontrent que pour la majorité des gens, le «bon voisin» est celui qu'on n'entend pas et qui ne dérange pas, selon Nadine Maltais, coordonnatrice et fondatrice de la Fête des voisins au Québec. L'événement, qui Pour lire le texte intégral: piste.itineraire.ca

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dossier

À QUI appartient L'ESPACE PUBLIC? L'espace public devrait appartenir à personne et être accessible à tous. En théorie. La réalité montréalaise est loin de cette utopie. Les laissés-pour-compte de la société, notamment les personnes itinérantes et les handicapées, sont les premières victimes de ce manque d'accessibilité, comme le démontre notre grand dossier.

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Qu'est-ce qu'un espace public? Qu'ont en commun les parcs urbains, les réseaux sociaux et les manifestations du Printemps arabe de 2011? Tous sont ce qu'on appelle l'espace public, un concept mal connu aux multiples facettes. PAR CATHERINE MORASSE ILLUSTRATION: LOUIS-PHILIPPE POULIOT

C

«

'est assez difficile de répondre!» réa­git le professeur et spécialiste d'éthique et de philosophie politique à l'Université Laval, Patrick Turmel, lorsqu'interrogé sur la définition d'un espace public. «Pour qu'un espace soit public, il faut qu'il réunisse trois critères : il doit être accessible au public, contrôlé par le public, et qu'il ait des usages multiples pour le public.» Mais la théorie s'éloigne de la pratique. Les lieux où les trois critères sont respectés existent, toutefois ils sont peu nombreux. Par exemple, le parvis d'une église est une propriété privée, mais son accès n'est réservé à personne. «Même quand les trois critères ne sont pas présents, les gens qui veulent circuler, se reposer ou manifester dans un espace public devraient pouvoir le faire», indique Patrick Turmel.

«Ce n'est pas un lieu précis, mais un espace ouvert de parole citoyenne.»

Espace philosophique

La définition d'un espace public comporte aussi un aspect philosophique. «Ce n'est pas un lieu précis, mais un espace ouvert de parole citoyenne, explique Philippe Hurteau, chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) et politologue. Un espace public peut prendre plusieurs formes, comme un événement culturel, un barbecue citoyen, une manifestation ou une assemblée; il s'agit de se rassembler pour alimenter les débats qui forment une société.» Patrick Turmel poursuit : «L'espace public permet aux voix dissidentes de se faire entendre quand elles n'ont pas d'autre tribune.» Puisqu'il est facile d'y échanger, les réseaux sociaux sont-ils un espace public? Oui, mais ils ne sont pas parfaits, indique Patrick Turmel. Tous n'y ont pas accès ou ne savent pas comment s'en servir. Aussi, ils sont contrôlés par des intérêts privés, ce qui va à l'encontre des espaces publics. Surtout, les réseaux sociaux créent un effet d'œillères. «Les opinions que je vois sur Facebook sont filtrées par les intérêts de mes amis, qui ressemblent aux miens. On n'est pas du tout exposé à la différence sur les médias sociaux», illustre le professeur à l'Université Laval.

«Pendant le Printemps arabe, les espaces publics permettaient au peuple de s'affirmer quand ils ne pouvaient pas le faire ailleurs»

Patrick Turmel, professeur spécialiste de philosophie politique à l'Université Laval

Espace démocratique

Les espaces publics jouent un rôle central dans une démocratie. Parce qu'ils permettent de voir une réalité différente de la sienne, les idées y circulent et les débats y naissent. Peu importe le contexte politique, l'espace public devrait toujours être accessible. «Dans les pays non démocratiques, les gens vont quand même manifester contre le pouvoir sur la place publique. Par exemple, pendant le Printemps arabe, les espaces publics permettaient au peuple de s'affirmer quand ils ne pouvaient pas le faire ailleurs», ajoute Patrick Turmel. Malgré tout, l'espace public n'est pas une garantie d'égalité, comme le démontrent les autres reportages de ce dossier. «On refuse leur accès à à certaines catégories de gens en appliquant du profilage», décrie Philippe Hurteau.

Philippe Hurteau, chercheur à l'IRIS et politologue

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Moins de contraventions, plus d'arrestations Les contraventions ont diminué, mais il y a davantage d'arrestations. C'est le constat du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM) qu'on retrouve dans son plus récent portrait de la situation dans l'espace public. PAR MARIE-LISE ROUSSEAU

Si on observe une baisse des con­ traventions remises aux personnes itinérantes et une plus grande sen­ sibilité du SPVM face au profilage social, il reste que le quart des con­ traventions remises dans l'espace public est donné à 2 % de la popula­ tion, les personnes itinérantes. Le rapport fait aussi état des rela­ tions tendues dans l'espace public entre itinérants et policiers. 80 % des répondants estiment que ces relations sont mauvaises. Les princi­ pales fautes reprochées aux poli­ ciers concernent les menaces et le harcèlement, l'utilisation de la force et le langage injurieux. Par ailleurs, le rapport soulève que la croissance de l'itinérance entraîne la persistance de la judiciarisation. Bref, malgré une légère embellie depuis le dernier coup de sonde du RAPSIM en 2012, les relations demeurent ten­ dues dans l'espace public.

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Les handicapés, pas une priorité L'adoption de la Politique municipale d'accessibilité universelle (AU) par ses 19 arrondissements en 2012 devait faire de Montréal un leader mondial dans le domaine. Deux ans plus tard, la Ville est encore bien loin de son objectif. PAR TIFFANY HAMELIN

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a Ville doit changer sa menta­ lité, selon Linda Gauthier, présidente du RAPLIQ. «Les élus doivent nous considérer comme des citoyens à part entière et ne plus avoir de préjugés», demande-t-elle. Mme Gauthier estime que les personnes handicapées, qui représente 13 % de la population de Montréal, ne sont pas assez incluses dans les décisions. L'un des axes principal du Plan d'action 2012-2014 à l'égard des personnes handicapées a été dédié à la sensibilisation et à la formation du personnel administratif de la Ville. «Pour que les arrondissements prennent les bonnes décisions, les conseillers doivent comprendre qui sont les personnes à mobilité réduite et ce dont elles ont besoin», explique Monique Vallée, responsable du développement social et communautaire et de l'itinérance à la Ville de Montréal.

souhaitent pas profiter de ce projet.» Mme Gauthier aurait aimé que l'on consulte les organismes concernés pour choisir les participants. En 2012, la Ville de Montréal avait émis le souhait de rendre toutes les terrasses de la ville accessibles durant l'été. Un projet qui devait

Le Vieux-Montréal et le Plateau-Mont-Royal sont les quartiers les plus compliqués à accéder, selon Clément Badra, étudiant à l'Université de Montréal et tétraplégique.

Discrimination?

«Prenons l'exemple du projet pilote de l'ouverture des bars jusqu'à 6 heures du matin; seulement 2 des 19 bars choisis sont accessibles aux personnes handicapées, déplore Linda Gauthier. On parle de discrimination puisqu'on sous-entend que les personnes à mobilité réduite ne

s'établir sur cinq ans mais qui n'en est encore qu'au stade du papier. «Nous avons beaucoup de consultations à ce sujet, mais dans des quartiers comme le Vieux-Montréal, il est difficile d'appliquer l'AU à certains commerces», explique Monique Vallée.


«Seulement 2 des 19 bars du projet pilote d'ouverture des bars jusqu'à 6 heures du matin sont accessibles aux personnes handicapées.» Linda Gauthier, présidente du RAPLIQ

Vivre sur quatre roues

Clément Badra, étudiant en bio­ logie à l'Université de Montréal, est tétraplégique et «vit sur quatre roues». Selon lui, le Vieux-Montréal et le Plateau-Mont-Royal sont les quartiers les plus compliqués à accéder en fauteuil roulant. «Tout est limité par une marche, raconte-t-il. En fauteuil manuel, mes amis peuvent m'aider en me portant, mais en fauteuil électrique, c'est impossible.» Clément estime que dans certaines villes des États-Unis comme Boston, les choses sont mieux pensées. «Ils ont des solutions pour rendre accessibles les commerces, même dans les vieux bâtiments, avec des rampes ou des montes charges», explique-t-il. Il met également un point d'honneur sur l'accessibilité du métro aux ÉtatsUnis. «C'est le réseau de transport en commun le plus vieux d'Amérique du Nord et pourtant, il est beaucoup plus facile de le prendre», ajoute l'étudiant. Présentement, seulement 7 stations de métro sur les 68 du réseau de la STM sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Clément précise toutefois qu'il est satisfait de l'accessibilité dans les autobus montréalais.

Clément Badra, étudiant en biologie à l'Université de Montréal et tétraplégique, n'est pas satisfait du réseau de métro de la STM.

L'événementiel menace-t-il l'espace public? Selon Annie Roy, cofondatrice de l'Action terroriste socialement acceptable (ATSA), les nombreux festivals de Montréal sont une manière détournée de privatiser l'espace public et constituent un obstacle à la liberté d'expression. PAR CATHERINE MORASSE

Des efforts à faire

Tout n'est pas noir : la présidente du RAPLIQ souligne qu'une majorité des hôtels de ville et maisons de la culture ont été adaptées depuis 2011. «Les pisci­nes municipales se dotent de plus en plus d'accès pour les personnes handicapées», ajoute-t-elle. Linda Gauthier et Monique Vallée s'accordent pour dire que modifier les édifices patrimoniaux reste délicat. «Une chose est sûre, les conseils d'arrondissement pourraient faire beaucoup plus de demandes pour améliorer l'AU puisque nous en avons le budget», se désole Monique Vallée. Une faible partie des dix millions de dollars prévus dans le budget annuel de la Ville est utilisée pour adapter les infrastructures sportives et municipales. Bien que l'AU soit «un dossier très important pour le maire Denis Coderre», selon Monique Vallée, il est à ce jour difficile d'évaluer concrètement ce qui a été réalisé dans le cadre des premières années de sa mise en place. Le Plan d'action 2014-2018, qui sera complété et communiqué par la Ville de Montréal d'ici septembre prochain, aura pour principal objectif de centraliser et numériser toutes les informations concernant les bâtiments accessibles aux personnes à mobi­lité réduite.

Dans une lettre ouverte publiée sur le site microculture.ca, l'artiste en­ gagée illustre que la culture est un extraordinaire moteur économique dont les bienfaits sur la société sont multiples, mais que sa marchan­ disation par les festivals menace la diversité de l'art et l'expression des opinions. «Si la vision d'un style événementiel orienté pour plaire aux touristes se veut la raison principale qui vaut les dollars qu'on veut bien y investir, si le rendement sur investissement est le créneau central recherché, davantage que l'encouragement de la pluralité des pratiques et des voix, alors la créativité des artistes et la liberté d'expression est en jeu tout comme leur pouvoir à être réellement des acteurs de l'espace public.» Selon elle, l'accès à l'espace public est un droit fondamental. «Travaillons à un Montréal qui facilite la création multiple dans l'espace public sans vouloir la contrôler en monopole au point où tout finira par se ressembler et à toujours goûter trop sucré», suggère l'artiste.

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Guerre à la Place de la Paix La Place de la Paix ne porte pas bien son nom. À l'angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent, ce petit parc représente aujourd'hui une véritable zone de guerre entre les marginaux qui le fréquentent et les autres occupants du quartier. Un microclimat qui illustre l'enjeu du partage de l'espace public à Montréal. Par PhiLiPPe LaJeUneSSe

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naugurée en 1994 en plein cœur du red light de la ville, la Place de la Paix se voulait à l'origine un endroit prônant l'ouverture d'esprit, la tolérance et la paix. Ce lieu est aujourd'hui une zone hostile, déchirée par le conflit du partage de l'espace public qui fait rage dans la métropole. Situé à proximité des refuges pour sans-abri, ce parc est devenu le lieu de réunion des marginalisés. Ces fraternités de sans-abri, de toxicomanes et autres démunis y sont de moins en moins tolérés. Particulièrement depuis la mise en place du Quartier des spectacles. À la Place de la Paix, c'est la loi de la jungle!

Une question d'image

Selon Michel Parazelli, professeur à l'école de travail social de l'UQÀM et membre de la table interministérielle sur l'itinérance, l'intolérance envers les marginaux n'augmente pas sans raison. Il explique que les grandes villes comme Montréal s'identifient de plus en plus à une image de marque. Image qui a fait changer la dynamique des villes et qui laisse de moins en moins de place aux gens qui

«On pense souvent que les marginaux ne sont pas prêts à relever le défi, comme s'ils étaient moins intelligents que les autres.» Michel Parazelli, professeur à l'école de travail social de l'UQÀM

passent leurs journées dehors, comme les habitués de la Place de la Paix. «On cherche à revitaliser les grands centres urbains pour en faire des milieux de vie accueillants et sécuritaires, des endroits hauts placés dans le palmarès des destinations internationales», explique-t-il. On veut donner l'impression que les gens plus déviants que ce qui est toléré n'existent pas dans l'environnement que l'on cherche à publiciser. Le professeur désigne l'espace public comme étant une sorte de vitrine pour les grandes villes. Vitrine ou illusion? Pendant que les quartiers se refont une beauté, il semble qu'on ferme les yeux sur les pro blèmes des gens de la rue.

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La guerre pour le partage de l'espace public fait des ravages à la Place de la Paix.

«Au lieu de trouver des mesures visant à réintégrer les marginaux de la Place de la Paix, on les repousse vers d'autres endroits moins achalandés de la ville comme la Place Atwater, plus à l'ouest», dénonce David Bouthillier, réalisateur du documentaire Peace park, produit avec L'Office national du film. «La résidencialisation des centres urbains est aussi un facteur à considérer», ajoute M. Parazelli. Les gens qui ­payent de généreuses sommes d'argent pour avoir un condo en plein cœur du Quartier des spectacles considèrent la périphérie de leur immeuble comme leur cour arrière. Et ils n'aiment pas voir des gens boire, se droguer ou se battre dans leur cour.

«Il semble qu'on s'en va de plus en plus vers la droite en ce qui concerne la tolérance à Montréal.» Alain Simonneau, ancien chef de police du poste 21

Présence policière

Régulièrement, les occupants de la Place de la Paix se font donner des contraventions par les policiers de la Ville de Montréal. En réponse à cette répression, les habitués du parc se sont créés un code leur permettant de si­ gnaler l'approche des policiers.

Mais les policiers ne font que leur boulot. Sachant qu'il se vend et se consomme plus de stupéfiants dans le périmètre du poste 21 que dans tous les autres secteurs de la ville réunis, la présence des agents de la paix dans les environs est justifiée. Alain Simonneau, ancien chef de police du poste 21, reconnaît que les gens sont de moins en moins tolérants envers les marginaux de la Place de la Paix, mais que les équipes de police n'ont d'autre choix que de répondre à l'appel face aux plaintes croissantes des résidants du quartier. «Malheureusement, il semble qu'on s'en va de plus en plus vers la droite en ce qui concerne la tolérance à Montréal», souligne-t-il.

Compromis difficile

Après s'être entretenu avec les propriétaires, locataires et habitants des immeubles environnants pour son documentaire, M. Bouthillier affirme que l'opinion est mitigée en ce qui concerne une possible cohabitation harmonieuse de la place publique entourant le parc. Un consensus qui serait profitable à tous serait difficile à trouver. D'un côté, il y a ceux qui se battent pour préserver ce segment de la Main comme il est. Le Café Cléopâtre, le Montréal Pool Room et la SAT sont des exemples d'organisations avoisinantes qui encouragent la préservation de la culture et qui prennent du même coup la défense des intérêts des marginaux de la Place de la Paix. De l'autre, il y a ceux qui se sentent victimes de leur présence et qui font pression pour que les gens de la rue soient écartés de leur vue. Les résidents, touristes, promoteurs et investis-

seurs ayant déboursés plusieurs millions de dollars sur le projet du Quartier des spectacles en font partie. L'ancien chef de police du poste 21 comprend ceux qui émettent des plaintes. Certains comportements par­ fois extrêmes des marginaux de la Place de la Paix peuvent être déran­geants. «Y'a un gars, Mario qu'il s'appelle... Il a de graves problèmes mentaux et il mange des roches [du crack] à journée longue. Il a fallu qu'on le rentre sept fois à l'hôpital en l'espace d'un mois parce qu'il était couché au milieu du parc, en convulsion. Si j'étais un résident du quartier ou un touriste, je n'aimerais pas trop voir des choses de même.»

Des solutions hors des sentiers battus

Après plus de quatre ans de recherche concernant les enjeux relatifs au partage de l'espace public à Montréal, Michel Parazelli soutient qu'il existe encore des pistes de solutions inexplorées pour alléger le conflit. Inclure les personnes marginalisées dans la définition des problèmes et des solutions regardant la cohabitation en fait partie. «Qu'est-ce qu'ils en pensent, eux?», questionne le professeur. Les personnes itinérantes sont souvent représentés par des groupes communautaires. «On pense souvent que les marginaux ne sont pas prêts à relever le défi, comme s'ils étaient moins intelligents que les autres, mais une grande partie d'entre eux sont tout à fait capables. Ils sont dans la misère noire, mais ils ont toute leur tête», explique M. Parazelli. Il suffirait de choisir des porte-paroles capables de parler au nom de leur communauté. Cela serait un premier pas vers une cohabitation plus harmonieuse.

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société

MAISON DU PÈRE

L'aile de convalescence souffle sa première chandelle Imaginez-vous subir une amputation. Quelques jours après avoir reçu l'une des chirurgies les plus communes chez les sans-abri, vous devez passer toutes vos journées dehors, dans la rue, parfois dans des climats extrêmes. Surréaliste? C'était la réalité de plusieurs sans-abri jusqu'à la création de l'aile de convalescence de la Maison du Père, qui célèbre son premier anniversaire. Par Catherine Morasse

L

'action ne manque pas à la Maison du Père. À la cafétéria, un petit groupe s'adonne à cœur joie à un jeu de société en riant. Certains circulent dans les couloirs, tandis que d'autres assistent à une conférence ou regardent tranquillement la télévision. Dans un coin, un ascenseur assez grand pour contenir une civière fait grimper sans-abri et employés à travers les étages. Au deuxième, on entre dans un autre monde. Au simple passage d'une porte, toute l'agitation du centre d'accueil s'éteint pour laisser place à un calme absolu. Tout inspire le repos : c'est bien ici l'aile de convalescence du refuge pour hommes itinérants, inaugurée en juin 2013. Des deux côtés d'un couloir aux murs turquoise sont suspendus huit ri­ deaux, derrière lesquels autant de chambres accueillent des gens dont la santé s'améliore un jour à la fois.

De l'hôpital à la rue

«Depuis des années, on voyait arriver au refuge des messieurs qui s'étaient donné congé eux-mêmes de l'hôpital, malgré ce que le docteur leur disait, explique la directrice générale de la Maison du Père, France Desjardins. Certains éprouvaient de la difficulté à composer avec les règlements stricts de l'hôpital. D'autres avaient un problème de consommation qui les rendait trop fébriles pour y rester. Il peut y avoir plusieurs causes.» «Imaginez-vous dans leur situation. Vous venez de subir une opéra-

L'aile de convalescence en chiffres photos: gopesa paquette

Des 246 consultations enregistrées dans les six derniers mois... 42 % ont obtenu des soins sur place 20 % ont été référés au CLSC 15 % ont été admis à l'aile de convalescence. 11 % ont été référés à l'hôpital

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«Les sans-abri qui viennent nous voir n'ont personne. Ils doivent vivre leur convalescence dans la rue, parfois en plein hiver ou durant la canicule.»

tion, et après quelques jours on vous renvoie à la maison en demandant s'il y a quelqu'un dans votre réseau pour vous aider. Vous, vous avez sûrement quelqu'un, un conjoint par exemple, illustre la directrice de l'établissement. Mais les sans-abri


Nous vivons dans une société d'abondance et de surconsommation. Que des gens se retrouvent à la rue dans une telle société, c'est une situation absolument tragique.

qui viennent nous voir n'ont personne. Ils doivent vivre leur convalescence dans la rue, parfois en plein hiver ou durant la canicule.»

Une première au Québec

En réponse à ce besoin, la Maison du Père met sur pied la première aile de convalescence destinée aux sans-abri en juin 2013, en partenariat avec l'Institut Douglas. À toute heure du jour et de la nuit, des infirmières sont présentes sur les lieux. «Ce qu'on offre, c'est le même traitement qu'ils auraient normalement à la maison. On joue un peu le rôle d'un accompagnateur, comme un père ou une sœur. Ici, avec quelques règles de base, ils ont droit à plus de souplesse qu'à l'hôpital», mentionne la directrice de l'établissement, calme et posée. Cette présence permanente dans l'aile permet de s'assurer que les médicaments prescrits sont pris selon leur posologie – une pratique qui peut sembler simple chez le commun des mortels, mais qui prend une toute autre ampleur chez une clientèle dont 40 % des individus doivent composer avec des problèmes de santé mentale.

Un pas vers la réinsertion

France Desjardins précise que l'aile n'offre rien de plus que des services de proximité. «Notre intention n'est pas du tout de prendre la place des services existants, mais bien de créer des ponts avec le réseau de la santé.» Souvent, les infirmières jugent bon d'envoyer les patients à l'hôpital – certains s'y rendent parfois en ambulance. L'aile de convalescence ne s'adresse pas uniquement aux personnes qui sortent des centres de santé. Il arrive que des intervenants y envoient des hommes qui leur paraissent malades. «On a un patient en ce moment qui a été envoyé parce que les intervenants trouvaient qu'il avait l'air faible, témoigne Karina, l'une des infirmières de l'aile. Ça fait un peu plus d'une semaine qu'il est là, et il va mieux.»

«Il y a des toxicomanes qui ont failli y passer et qui décident d'arrêter de consommer lors de leur séjour en convalescence. D'autres reprennent contact avec leur famille.»

Un séjour à l'aile de convalescence de la Maison du Père représente pour plusieurs l'occasion de reprendre leur vie en main. «Il y a des toxicomanes qui ont failli y passer et qui décident d'arrêter de consommer lors de leur séjour en convalescence. D'autres reprennent contact avec leur famille, illustre France Desjardins. Quand on est plus vulnérable, on met l'orgueil de côté.» L'infirmière et coordonatrice du service, Karina Pons, soigne Ernest Morency qui séjourne à l'aile de convalescence.

trois questions à Bernard Derome L'ancien chef d'antenne de Radio-Canada est co-président des campagnes à la Maison du Père depuis 2011. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager auprès de la Maison du Père?

Je suis arrivé là un peu par hasard. J'étais allé à une des campagnes de financement de la Maison du Père, quand Pascale Nadeau, qui est la marraine de l'organisme, m'a demandé de la remplacer pendant un an. C'est là que j'ai vu le travail remarquable qui se fait là-bas. Et comme je suis sensible au drame que vivent les sans-abri, j'ai proposé mon aide pour les prochaines levées de fonds.

Pourquoi la cause des sans-abri vous touche-t-elle particulièrement?

Se retrouver dans la rue, c'est quelque chose qui peut arriver à n'importe qui. Tout le monde peut être victime d'un drame, comme perdre son emploi ou se séparer de son conjoint. En plus, nous vivons dans une société d'abondance et de surconsommation. Que des gens se retrouvent à la rue dans une telle société, c'est une situation absolument tragique.

Croyez-vous que les médias pourraient s'investir davantage pour aider les plus démunis?

Oui, les médias pourraient jouer un plus grand rôle. Des fois, il se passe quelque chose d'extraordinaire qu'on s'empresse de couvrir. Mais l'information, ce n'est pas seulement de parler de choses qui vendent. Il faudrait creuser aux racines du problème. Ça se fait déjà, mais on pourrait le faire de façon plus importante et plus fréquente.

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Partenaires de L’Itinéraire

Profitez de plus de 1 300 lieux de loisirs et touristiques à Montréal et partout au Québec! Énergie Cardio, Cinémathèque québécoise, Centre des Sciences Montréal, Musée d’Art Contemporain de Montréal, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Musée McCord, Musée Pointe-à-Callière, Musée Grévin, Biodôme de Montréal, Jardin Botanique de Montréal, Planétarium Rio Tinto Alcan, Théâtre du Nouveau Monde, Tohu, la Cité des arts du cirque et bien plus encore… Vous souhaitez profiter d’activités sportives et de loisir, mais vous avez un besoin d’accompagnement? La Vignette d’accompagnement touristique et de loisir (VATL) permet une entrée gratuite dans les établissements culturels et de loisir adhérents à l’accompagnateur d’une personne ayant une limitation fonctionnelle et nécessitant une aide lors de la visite des lieux touristiques et de loisir. Ce programme a ainsi pour objectif de faciliter l’accès au loisir et au tourisme aux personnes ayant une limitation fonctionnelle à travers le Québec.

Le programme de la Vignette d’accompagnement touristique et de loisir est rendu possible grâce à l’Entente administrative sur la gestion du Fonds québécois d’initiatives sociales dans le cadre des Alliances pour la solidarité entre le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec et la Ville de Montréal.

Marie-Claire Vachon nous explique pourquoi elle a choisit d’adhérer à la VATL

Comment l’obtenir?

Pour obtenir la VATL, il suffit d’en faire la demande en allant sur le site www.vatl.org. Il est également possible d’obtenir une version papier du formulaire en communiquant avec AlterGo par courriel à info@altergo.net ou par téléphone au 514 933-2739. La vignette est gratuite et valable à vie.

Photographe Gilles Savoie.

« Ayant une déficience visuelle, il est difficile pour moi de visiter de nouveaux lieux sans l’accompagnement d’une personne. Avec la VATL, j’ai pu visiter les Mosaïcultures du Jardin Botanique de Montréal, à plusieurs reprises. Ce programme me donne l’opportunité de participer à toutes sortes d’activités et évènements culturels, que je n’aurai pas faits sans l’aide d’un accompagnateur. Pouvoir être accompagnée pour réaliser des activités m’encourage à bouger et à repousser mes limites. »

Lise Roche et Marie-Claire Vachon de l’association AlterGo.

Espace offert par L’Itinéraire à ses partenaires


Les mots De

CAMELOTS

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Ma plus belle journée... et ma pire journée

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CheMin FaiSant

La foire aux misères!

Par Gilles Leblanc

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horS PiSte

C'eeeest plate icitte!

photo: phocaL.com/Denis roger

Par Linda Pelletier


Le CŒUr DEVENIR

MAMAN Quand j' ai eu ma fille, c'éta a 44 ans it v au dans le d jourd'hui. Sinon raiment ma plus b ç os. Ça br ûle, c'est a a été atroce qua elle jour née. Elle passé un comme u nd j'ai fa mois à n it n e pas pou voir m'ac poignard dans la du zona RÉJEAN NE MAS coter sur peau. J'a SON le dos! i Camelot, angle M ont-Roya l/de Lan audière

a a été le REUX inq ans, ç sé qu'il U c E a H y A il P , PA né ali arçon est uand j'ai ré on petit g . Et le pire, c'est q m d n a . u e Q ie gu ur de ma v r de la dro VIVE LA meilleur jo rrête de consomme VIE! j'a fallait que M E a H p lus b LAROUC quand je elle jour née, c'es YANNICK tro Atwater t quand m é m je la pire jo e chicane, peu im Camelot, porte ave suis née! Sinon ur née de , c qui, c'es ma vie. JOHANN t toujour E BESN s ER Camelot, angle Be DEUX MEILLEURES JO audry/A URNÉES mherst J'ai deux meilleures jou rnées, soit quand j'ai tra vaillé avec Dany Turcotte et avec Louise Portal. Sinon, la pire jou rnée que j'ai vécue, c'est quand je me suis fait voler un portefeuille ave c 450 $ dedans. RICHARD TOUZIN Camelot, métro Place-des -Arts

MME CAMELOT SE RECONSTRUIRE CO belle journée tinéraire, ça a été la plus Quand je suis rentré à L'I vivre. Et la à st là que j'ai recommencé de ma vie, parce que c'e né! pire, c'est quand je suis AMILLE éritage de ES DE F ai reçu l'h 30 ans, j' d n a u HISTOIR STÉPHANE AVARD q e jour née j'avais seulement rmes e très bell e que Camelot, métro Place-d'A C'était un ère. Sinon, quand et les ovaires parc e -m uvais ic d o n p tr a a e r n m g ma er. Je PAS SI PIRE! ver la c n le a n c e n it u fa r e je me suis risque de développ ça dur. à Quand j'avais 13 j'étais très nfant, et j'ai trouvé ans, je suis allé à Disney World d'e C'est mon plus be avec ma famille. plus avoir au souvenir. Ma R pire jour née a ét rêté de consom E FORTIE é quand j'ai armer. J'étais gelé MICHELIN ital Hôtel-Dieu sur mon divan lancé une boutei et quelqu'un m'a hôp lle dans la face. Camelot, Mais juste après, fille de ma vie. A j'ai rencontré la lors ce n'est pas si pire, parce que de quelque chos ça a été le début e de meilleur! Je me suis piqué pe fait 4 ans que je ndant 25 ans et n'ai pas consomm ça é. ALEXANDRE PÉ LOQUIN Camelot, métro Berri-UQÀM

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Ma plus belle journée... et ma pire journée Celui qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille était un piètre observateur. L'existence ressemble plutôt à une rivière, avec ses remous et ses ondulations plus indulgentes. Des camelots racontent ce que furent pour eux la meilleure et la pire journée de leur vie.

C'est un peu cliché, mais la première fois où j'ai fait UR é ma R AMO ncontr est e E r l'amour avec une femme, à l'âge de 19 ans, ça a été I i M a E j' PR t on and e u , Q s n ? a e une belle journée! J'ai vécu le pire quand ma mère est pire s bell ais 24 La plu blonde. J'av t 10 ans. La e. décédée d'un cancer des os. an re èr premiè semble pend perdu ma m ai en ROBERT MÉNARD restés c'est quand j' e, Camelot, angle McGill/Sainte-Catherine é n r u jo TOUT FLAMB BERT tmorency ER U O J L RAOU , métro Mon Ça a été la plus t belle jour née de Camelo J'avais 19 ans ma vie quand et faisait des ré j'ai reçu ma pr novations dans emière paye! c'est quand des des maisons. M jeunes ont mis a pire jour née, de l'huile sur m que je dormais. oi et m'ont mis Ça va faire 18 en feu pendant ans en octobre. SYLVAIN CLO T Camelot, angle Saint-Denis/O ntario

1er juin 2014 | ITINERAIRE.CA

photo: 123rF.com/seasKYLaB

HEUREUSE UNION is mariée, il y a 32 C'est quand je me su mon mari. Le pire, ans. Je suis encore avec is fait une blessure c'est quand je me su ans, je dormais et dans le dos. J'avais 60 sursaut. Je me suis je me suis réveillée en que j'ai foncé dans levée tellement vite déplacé une hanche. le mur et je me suis j'avais une blessure Le docteur a dit que hockey. comme un joueur de e ai failli m CAT e moto. J' e quand OVE MY d L , t E n e M id c E GISÈLE NADEAU c rné na LOV erville s belle jou s, j'ai eu u e Camelot, métro D'Ib vais 26 an be. J'ai vécu ma plu et il était en train d a j' d n a u Q m is o ja la m à e n é amen it deux uter u faire amp on petit chat. Il ava leine d'huile. Je l'ai ans que p 7 m s t é n re v a u u n inte à ord j'ai tro Ça fait ma les nuits! une benne . s in n a a b d r n u ri u mo utes donné avec moi to ù je lui ai maison, o s amis et qu'il dort me nous som LE N RATEL CHRISTIA tro Square-Victoria mé Camelot, UNE BELLE DÉCOUVERTE

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Mots de camelots

Ressourcement

Il y a quelques années, pendant que je prenais une bière, un copain m'a parlé de la possibilité de faire une retraite au monastère d'Oka, chez les moines trappistes, maintenant déménagés à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière. J'ai sauté sur l'occasion et j'ai réservé pour une retraite de trois jours. Ce fut le début d'une prise de conscience qui m'a amené à découvrir la paix et la sérénité. Sur place, on nous assigne une chambre très sobre avec lit, table, chaise, bureau et lavabo. Durant la journée, il y a plusieurs offices, dont celui de l'eucharistie, à 10h tous les matins. C'est l'office auquel j'assistais le plus souvent, car les vigiles à 4h du matin m'attiraient un peu moins! J'en profitais, dans mes temps libres, pour lire, me promener aux alentours et pour faire de nouvelles connaissances. On a aussi l'opportunité de rencontrer un moine, si on le souhaite, pour discuter de notre vie en général ou d'un problème en particulier. L'expérience dans son ensemble est source de repos et d'introspection. Je compte, pendant mes vacances, y retourner, car le séjour me fut très bénéfique la première fois.

Un ex-camelot heureux Ah, les fraises!

Sylvain Clot Préposé à l'entretien ménager

Photo: Laurence Boucher

Gisèle Nadeau Camelot, métros Jarry et D'Iberville

Je me trouvais encore sur la ferme de mes parents à Amqui, en Gaspésie. À ce moment-là, j'avais 10 ans. Ma mère me demanda d'aller ramasser des fraises dans le champ. Nous avions d'énormes champs de fraises de belle taille. De grosses fraises rouges et juteuses, très délicieuses. Pour ramasser les fraises, ma mère me donnait une chaudière de graisse Tenderflake vide, une belle chaudière jaune contenant cinq livres de fraises. Je ramassais les fraises une à une et je les équeutais directement sur le champ. Après avoir fini de ramasser mes deux chaudières de fraises, je m'en allais à la maison. Un touriste américain s'est présenté à la maison et a sonné à la porte. Ma mère est allée répondre à la porte : «Bonjour monsieur.» Il a répondu : «Bonjour madame.» En voyant les deux chaudières que ma mère avait déposées sur le comptoir, il lui a demandé si c'était pour vendre. Elle lui a répondu que oui. Il lui a demandé de quel prix pour ces belles grosses fraises. «1 $ la chaudière.» Il a répondu : «Madame, ce n'est pas cher pour des fraises comme cela, toutes équeutées», et lui a donné 5 $ la chaudière. Elle ne s'attendait pas à cela et était très surprise et reconnaissante aussi. Je me rappelle que cela valorisait le bon travail et aussi le produit. Je remercie toujours le bel encouragement de mes clients (es).

Peter Doig, un peintre plein de chaleur Robert Ménard Camelot, métro McGill

Il y a quelque temps, je suis allé avec un groupe de L'Itinéraire visiter l'exposition de Peter Doig, au Musée des beaux-arts de Montréal. Cet artiste d'origine écossaise a longtemps vécu au Canada et réside maintenant en Guyane. Le contraste du climat entre ici et son pays d'adoption se perçoit dès le premier coup d'œil à ses toiles luxu­ riantes, pleines de tons d'orange, de vert et de bleu. Il a pris bien soin de laisser la peinture couler de ses arbres majestueux pour rendre la sensation d'humidité qui

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Cela fait sept ans que je vis dans un appartement près de L'Itinéraire. Ma job se trouvant à L'Itinéraire, le positionnement de mon logement me permet de m'y rendre facilement. Cependant, je souhaite quitter ce logement qui ne me correspond plus. Les serrures brisées permettent aux itinérants et aux locataires de se déplacer comme bon leur semblent dans l'immeuble. Les murs sont usés et le manque d'entretien laisse place à une atmosphère non sécuritaire. Aujourd'hui, j'ai décidé de mettre un terme à cette si­ tuation et de quitter mon un et demi insalubre. Je me lance dans des démarches pour trouver un logement coopératif. Je mets toutes les chances de mon côté, je remplis actuellement une vingtaine de demandes pour des coopératives autour de mon lieu de travail. Mon initiative est soutenue par Philippe, conseiller au développement social, qui m'a écrit une lettre de recommandation pour ces logements. J'espère pouvoir bientôt m'installer dans un nouvel appartement, propre et sûr. La tranquillité me manque, je suis impatient de pouvoir à nouveau quitter mon logement sans avoir la crainte que quelqu'un y pénètre et vole mes biens. Je tiens tout particulièrement à remercier Philippe, Sylvie, Geneviève, Marie-André et Caroline de me soutenir dans mes recherches pour un nouveau logement.

se dégage de la nature tropicale. Ses toiles sont tellement grandes qu'on a l'impression de pénétrer dans le décor. On se sent happés. Dans la plupart de ses tableaux, il y a un personnage solitaire bien concentré dans sa bulle. Il semble observer la scène sans s'impliquer. Le peintre incorpore souvent des clôtures ou des murs formés de caisses, de motifs géométriques. À travers ces formes, quelques strates de couleur suffisent souvent pour recréer le paysage. C'est un des artistes contemporains les mieux payés au monde. J'ai beaucoup apprécié cette visite, car elle a mis du baume dans mon univers glacial et gris.

Photo: Daniel Dumont

François Gauthier Préposé à la réception


chemin faisant

La foire aux misères! Gilles Leblanc | Commis et préposé aux archives

collage: Gilles Leblanc

F

racasser le silence pour dénoncer la misère. Recracher le ve­nin. Défavorisé, sensible parmi les sensibilités, mes larmes ne sont jamais bien loin. L'impulsivité de mon émotion neutralise l'objectivité de ma réflexion. En victime désarmée, je confronte mon tempérament à mains nues. Mon cœur est plein de souvenirs d'adversités. Voilà qu'à mes trois ans, mon papa paralyse des pieds à la tête. Il tombe gravement malade. Sous une forme qui ne pardonne pas, l'arthrite rhumatoïde donne à mon père de 4 à 6 semaines à vivre. L'hôpital des Îles-de-la-Madeleine ne peut plus rien faire. Il est transporté au centre hospitalier Notre-Dame, sur l'île de Montréal. Quelques jours passent, avant que moi, ma mère et mes deux sœurs le rejoignent par bateau. Ce doit être à ce moment, que

ma maman a compris le sens du mot résignation. Père, grand moralisateur charismatique, il a survécu 32 années au diagnostic initial. Il parvint à faire du sens des conditions «sans queue ni tête» de sa vie. Pourquoi s'en faire? Sa femme et ses trois enfants tenaient bon sous la protection permanente du Bon Dieu. Parallèlement, le primaire débute. Les élèves s'y moquent de mon accent des maritimes. Mes nombreux p'tits voisins poursuivent le travail en me persécutant en dehors de l'école. Je m'emploie hâtivement à adapter la prononciation de mon langage... j'y parviens! Malgré ça, je continue d'être la victime de leur trop-plein de méchanceté. Rien ne sert de hurler ma douleur, aucune oreille ou proche ne savait écouter. L'humiliation accéléra à vitesse grand V ma croissance psychologique d'enfant docile. L'intimidation ne s'arrête pas à la fin de la petite école. Le secondaire: cinq interminables années de calvaire à subir la lâcheté de mes persécuteurs. Un total cumulatif de onze ans. Nul n'en fut informé. Ni famille, ni ces soi-disant copains, ne connaissaient la honte qui consumait mon dedans. Même époque. Les moqueries d'autrui vis-à-vis de mon papa, son autorité, sa colère intense et son sévère handicap physique, imprimèrent en moi une forte dose de fatalité. Je me sentais condamné à être un perdant. Ma mère, elle, ne se plaignait jamais de rien. Fidèle au poste, sa discipline face au travail de mère au foyer impressionnait les mieux nantis. Son courage lui fait honneur. Retour vers un évènement majeur. Ma sensibilité, pénible fragilité qui refit surface l'an passé lors de mon opération à cœur ouvert. Nerfs, muscles et tendons furent sectionnés en deux pour que l'équipe médicale se fraie un chemin jusqu'à ma pompe à sang. Depuis le tronçonnage de ma cage thoracique, ma vulnérabilité émotionnelle a doublé. Un rien touche l'écorché vif que je suis devenu. Full zen! N'est-ce pas? Désormais braillard, je ne sais comment réagir à ces émotions surchargées d'intensité. J'encaisse les gens et les évènements comme le fait un punching bag. Alors, je déduis. Une pauvreté sans entraide est un suicide collectif à un seul participant. Rien à voir avec l'espèce des «tout va bien», race trop hot, bossant inlassablement pour se cloner le bonheur du voisin. Ma vie de foire aux misères me contraint aux valeurs que l'argent ne peut me payer. Ne pas souffrir pour rien, demeurer digne! M'adapter, survivre encore et toujours avec des miettes. Ne pas crever complètement idiot. L'abondance ne relève pas des aptitudes, mais du courage à la reconnaître!

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MotS De CaMeLotS Le bonheur appartient à tout le monde

L'âme JaCQUeS éLiSé Camelot au TNM

La folie

Saviez-vous, chers lecteurs, que le bonheur appartient à tout le monde et que même ceux qui ne l'ont pas peuvent l'avoir? Ceux qui l'ont peuvent s'en apercevoir plus vite qu'ils ne le pensent. Voilà ce que je pense à propos de mon grand ami Éric Chartrand que vous voyez sur ces photos tenant dans sa main L'Itinéraire du 15 mars qui parlait du bonheur et... devinez quoi : il tient le bonheur dans ses mains. Ha, ha, ha... Il tient le bonheur aussi en lui. Il a eu la peur de sa vie lorsqu'il a su qu'il avait trois tumeurs cancéreuses et un rein fini. Il avait peur de mourir. Il n'en parlait pas à tout le monde. Je faisais partie de ses intimes à qui il se confiait, mais il n'aimait pas qu'on lui en parle, même si on le savait. Moi, tête dure, je lui en parlais pareil. Je lui donnais des injections positives. Ces injections s'appellent encouragements, triple dose. Quand deux pôles contraires se rencontrent, ça donne du positif, comme le courant électrique. Quand il est rentré la première fois à l'hôpital pour se faire enlever ses trois tumeurs, ça a été un grand succès. Malheureusement, je n'ai pas pu le visiter. Par la suite il m'a annoncé sa deuxième entrée à l'hôpital pour l'ablation de son rein gauche. Il est entré le 12 mars à 6h30 du matin. Sa mère est venue pour le soutenir. L'opération a duré environ 4 heures. Encore un bon résultat. Après quelques jours de repos à l'hôpital il est sorti le 16 mars. Présentement, il est à Saint-Bruno pour se reposer chez sa sœur. Elle lui a acheté un lazy-boy pour son confort, à cause d'une blague qu'il avait faite, elle l'a pris au mot. Il va être en convalescence six semaines avant de reprendre son travail. La morale de cette histoire est : si Éric Chartrand s'est guéri de ses bobos, vous, chers lecteurs, vous êtes capables aussi! Passez une bonne journée.

CyBeLLe PiLon Camelot, angle René-Lévesque/Panet

Je pense...je pense Tout en fumant une cigarette, je pense, je pense encore. Je pense à la détresse toujours ici-bas. Je pense à toi, à vous mes grands-parents. Vieille ou jeune , je pense à mes choix, toujours à mes choix. Gauche, droite, devrais-je laisser quelque chose derrière moi? Noir, blanc, pour ou contre, si je me trompe, mon Dieu, la honte! Miroir, miroir, laisse-moi décider. Je pense encore et toujours, en fait, je pense toujours qu'il faut s'arrêter, quelquefois, de penser. Je pense toujours que je sais. Je pense que la vie se déroule, découle, refoule. Je pense sans jamais m'arrêter. Citation du jour : La stabilité n'est pas de rendre les autres instables.

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Salut Serge!

GiLBert PoULiot Camelot, Palais de justice

J'avais prévu écrire autre chose, ça aurait été sur mon vécu, lorsque j'ai appris une triste nouvelle : le décès d'un de mes amis, Serge. J'ai connu Serge via deux organismes communautaires : Dianova et PLAISIR, ce dernier étant associé à Cactus. Serge était dévoué, il donnait son temps généreusement, il était toujours à sa place, il essayait tout le temps de donner le meilleur de lui-même avec ce qu'il possédait comme moyens. Il méritait un meilleur sort que celui d'être un joueur compulsif. Serge avait le cœur fragile et j'imagine que, non seulement le système nerveux, mais aussi le cœur doit être fortement éprouvé par le gambling : Serge est mort du cœur. Or, il avait aussi un grand cœur. C'est pourquoi je lui donne mon coup de cœur et aussi les 20 ans, 20 cœurs de L'Itinéraire. Salut Serge!

photo: gopesa paquette

photo: oLiVier LauZon

L'âme peut nous permettre d'ouvrir bien des portes, de nous élever : collaborer à ce que nous entreprenons, faciliter nos techniques de travail en nous donnant une meilleure dextérité, nous rendre plus imaginatifs et donc faciliter la créativité. C'est en produisant qu'on la réveille. Ce n'est pas nous-mêmes qui réveillons notre âme, c'est elle qui nous réveille. À la base, tout vient du cœur. Ainsi, lorsque vous vous couchez le soir, il est certain que vous allez bien dormir, parce que dans votre journée, vous avez dépensé de bonnes énergies. Résultat, tout ça pour vous dire que si vous continuez dans cette voie-là, il y a de fortes chances que votre vie soit bien remplie, que vous restiez en harmonie avec vous-mêmes. Pensée du jour : la volonté nous permet de gagner.

MiCheL DUMont Camelot, métro Joliette


horS PiSte

C'eeeest plate icitte! LinDa PeLLetier | Chroniqueuse de rue

M

a maîtresse m'a donnée, comme ça, à une autre maîtresse, je ne sais pas pourquoi. Pourtant j'étais fine, je pouvais aller jouer dehors, elle avait une grande maison avec plusieurs pièces à explorer, il y avait même un sous-sol. Alors un soir, en hypocrite, elle me met dans ma cage, moi j'ai pas d'inquiétude, je crois qu'elle m'amène faire ma manucure. Je trouve le chemin long, je commence à m'énerver, alors, maîtresse me parle avec des petits mots doux, on dirait qu'il y a des pleurs dans sa voix. Ça me paraît suspect. de force. Elle l'a J'avais raison, elle m'abandonne chez une autre maîfait deux trois fois, mais tresse, une parfaite inconnue. Au début, durant quatre a cessé. Elle a compris le jours, je me suis cachée dans la garde-robe : elle faisait message. Voilà ce qu'elle faijouer de la musique dès cinq heures du matin. Je me sait : j'étais couchée par terre, de suis dit que j'étais tombée sur une folle. Alors, je tout mon long, et elle voulait que je ne sortais que la nuit, afin de me sustenter. Quoi! me couche sur la causeuse près d'elle. Une chatte ne peut pas avoir du vocabulaire? Moi, pour lui montrer que je n'étais pas Quel préjugé! intéressée, je me suis laissée faire, sauf que À ma cinquième journée, j'en avais assez je mettais toute ma mauvaise volonté dans d'être dans la garde-robe, puis je m'étais son projet. Elle m'a pris les deux pattes avant habituée à sa musique et quand elle part et a forcé pour monter mon corps que j'ai mis travailler, elle l'éteint. Donc, je me suis mou et qui pèse une tonne quand je le veux. mise à explorer. Pas même un troisElle a pris doucement mes pattes arrières et mes pièces! Un studio! T'en as vite fait fesses, m'a collé contre elle en disant : «Hé ma le tour. C'eeeeest plate icitte! Et je grosse tu n'as qu'un an, tu vas faire quoi pour monter peux même pas sortir dehors. J'ai quand tu auras quinze ans?» l'impression d'être en prison. Ma nouvelle maîtresse, je l'aime Eille! Non seulement elle me monte de force, en plus pas. Je la trouve plutôt nouelle m'insulte la bonne femme. Je suis descendue illico, je noune, elle veut me suis allée manger un peu, j'ai bu de l'eau et je suis allée dans donner de l'amour ma litière. Quand j'en suis sortie, je me suis dit, comme toujours depuis que j'habite ici : «C'eeeeest plate!» Je me cherchais un mauvais coup à faire, quelque chose qui allait la choquer au moins ça ferait de l'action... Hier, j'ai jeté une plante par terre, elle était sur mon chemin quand je descends du rebord de la fenêtre. Maîtresse me regardait d'un air découragé, mais elle n'a rien compris, car elle a ramassé la terre et a remis la plante dans un autre pot. Quand j'y suis remontée, en descendant, j'ai encore jeté son orchidée par terre. Là, elle s'est fâchée. Elle m'a dit : «Beauté! Tu ne peux pas faire attention», avec de gros yeux. Le tout est allé à la poubelle et maintenant j'ai enfin mon espace pour descendre. Au final, je suis bien ici avec ma nouvelle maîtresse. Au début, elle essayait de me dresser, mais je l'ai matée, elle a laissé tomber ses intentions ridicules. Maintenant, nous sommes très affectueuses l'une envers l'autre. Pour lui démontrer que je l'ai acceptée dans ma famille, j'ai mis quatre fois mon museau sur son long nez blanc.

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Vos dons permettent de construire des projets de vie qui sortent les gens de l'isolement. Donner, c'est encourager entre autres la mise en place d'activités de formation ou de pratiques qui favorisent l'expérience du travail et l'augmentation des capacités individuelles. « L'Itinéraire m'a permis de m'évader de la prison  qu'est la solitude. J'y ai retrouvé ma confiance et  développé ma capacité à coopérer. Les ateliers  de discussion et les rencontres individuelles sont  des lieux d'échange très enrichissants tant sur le  plan professionnel qu'au plan personnel. Grâce à  L'Itinéraire, j'ai renoué avec mes aptitudes artistiques.  L'écriture est devenue une nouvelle passion. Fort de  ces nouvelles fondations, je peux dorénavant me  projeter dans l'avenir et passer à l'action. » — Gilles Leblanc Participant à L'Itinéraire 

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photo : martin gros

Le Cercle Chromatique de L'itinéraire

P

armi les activités de développement social offertes à L'Itinéraire, les camelots et participants aux programmes d'insertion peuvent développer leurs talents artistiques dans le cadre du Cercle chromatique de L'Itinéraire. Une exposition de leurs œuvres, travail de toute une année, a eu lieu du 15 avril au 8 mai, au Centre de ressources éducatives et pédagogiques (CREP) de la Commission scolaire de Montréal. Plusieurs activités sont venues soutenir cette production comme des ateliers d'arts les lundis après-midi, qui permettent à nos artistes de se réunir et de travailler sur un projet personnel ou sur thème proposé. Ces ateliers ont été bonifiés cet hiver par la présence d'un stagiaire de l'UQÀM, Mario Aristhène, qui a dirigé les travaux de l'atelier pendant dix semaines. D'autre part, pour une troisième année consécutive, les gens de L'Itinéraire ont participé au programme Musée en par-

Mario Reyes, participant à L'Itinéraire

Don en denrées alimentaires

tage du Musée des beaux-arts de Montréal. Pendant huit semaines, qui se sont étalées de novembre à avril, nos artistes ont pu profiter de la collection permanente du Musée ainsi que de l'admission gratuite aux expositions Splendeurs à Venise et Nulle terre étrangère de Peter Doig. Ces visites thématiques étaient dirigées par Monsieur Pierre Boivin, artiste et guide au Musée. Chacune d'entre elles fut complétée par du travail en atelier. Enfin, spécialement pour l'exposition, les artistes, avec l'aide de Madame Chantal Boudreau et de Monsieur Davy Derouault du CREP, ont conçu un audio-guide destiné à expliquer leur démarche aux visiteurs. De nombreuses heures de travail ont été investies dans ce projet artistique qui se développe depuis trois ans à L'Itinéraire grâce notamment à l'implication de Jean-Philippe Grondin, enseignant du CREP, à présent à L'Itinéraire depuis quatre ans. Le montage et la présentation de cette exposition constituent un véritable point d'orgue qui permet de mesurer le chemin parcouru et de saisir l'importance de l'engagement aussi bien individuel que communautaire.

Le Café L'Itinéraire est à la fois la porte d'entrée du Groupe et un restaurant offrant des repas à prix modiques. C'est également un lieu de rencontre, d'échange et de réconfort pour les camelots et les membres. Aucun financement public n'est accordé aux activités du Café, étant donné qu'il ne relève pas de la mission première de L'Itinéraire et qu'il n'est pas reconnu par le Ministère. C'est pourquoi L'Itinéraire a toujours besoin de dons en denrées alimentaires. Que vous soyez un particulier, une entreprise ou un organisme, nous avons besoin de votre générosité afin que les personnes dans le besoin puissent continuer de manger dignement et à leur faim. Ensemble, nous pouvons faire la différence.

Johanne Besner, participante à L'Itinéraire

CARTES-REPAS

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Faites un don autrement. Le Groupe L’Itinéraire, par le biais du Café L’Itinéraire, offre la possibilité à des personnes à revenus modestes de se nourrir avec dignité.

Camelots

Pour les modalités, consultez notre formulaire dans le magazine ou sur notre site web www.itineraire.ca

Communiquez avec Philippe Boisvert : 514 597-0238 poste 230 philippe.boisvert@itineraire.ca

soutien aux Les besoins sont toujours grandissants. Faites un don maintenant et aidez-nous à soutenir nos Camelots et à appuyer notre mission. Pour les modalités, consultez notre formulaire dans le magazine ou sur notre site web :

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Devenez un ambassadeur de la lutte contre la faim à Montréal Manger n'est pas un privilège, c'est une nécessité, mais aussi un droit dont sont privés chaque jour plus de 30 000 personnes à Montréal. Par éLiSaBeth JULien-roCheLeaU et Dorian KeLLer

L

es personnes vivant en situation d'itinérance sont le reflet d'une réalité à l'origine de nos structures sociales et économiques. À L'Itinéraire, nous croyons qu'elles méritent comme tous les citoyens d'accéder à une aide d'urgence ouvrant la porte au mieux-être et à l'occupation d'une place en société. Les cartes-repas existent pour proposer une solution concrète et unique qui assure un repas équilibré dans une ambiance chaleureuse.

Plus qu'un repas!

Plusieurs milliers de repas sont servis à des centaines de personnes au Café L'Itinéraire chaque année. La fréquentation de cet espace de vie permet de briser l'isolement et d'être soutenu par des pairs et par des intervenants spécialisés. La carte agit à titre de vecteur vers ce lieu d'accueil tout en permettant d'augmenter les capacités de réinsertion sociale de chaque individu.

Un 5 $ qui fait tout un chemin

La carte-repas de L'Itinéraire est un moyen intelligent d'aider notre mission. Elle représente une méthode simple, efficace et transparente. Acheter une carte-repas permet de nourrir quelqu'un directement tout en lui apportant aide et soutien. C'est un travail d'équipe qui se réalise avec votre appui. Pour contribuer selon vos possibilités à notre campagne de don en cartes-repas, vous pouvez remplir le coupon en page 32 ou donner directement sur notre site internet (www.itineraire.ca). Vous avez le choix de distribuer vous-mêmes les cartes-repas payées ou de nous laisser les remettre aux gens qui en ont le plus besoin. Ensemble, nous pouvons faire une différence et réduire la faim à Montréal. Merci d'être avec nous, merci d'être là pour eux!

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Portrait De La SitUation DanS L'eSPaCe PUBLiC

Un plaidoyer pour plus d'espaces et de recours Le RAPSIM a mené un Portrait sur les enjeux du profilage social et de la judiciarisation des personnes fréquentant des organismes en itinérance. Il s'agit d'un troisième coup de sonde tenu auprès d'intervenants issus des membres du RAPSIM qui, cette fois, s'est davantage penché sur les recours existants, les abus policiers et autres agents en situation d'autorité.

inFo raPSiM

Par BernarD Saint-JaCQUeS | Organisateur communautaire au RAPSIM

D

epuis 2011, ces trois outils sont venus quelque peu relativiser l'embellie de la situation évoquée par le service de police (SPVM) et la Ville de Montréal. De même, ils ont démontré la persistance des pratiques de profilage social, telles que la remise de contraventions, des situations de harcèlement et autres abus. Rappelons qu'en 2009, la Commission des droits de la personne (CDPDJQ) publiait un rapport fort étoffé sur les pratiques de profilage social menées par les forces de l'ordre et émanant des directives de l'administration municipale montréalaise. Le profilage social se caractérise par un traitement différentiel répandu notamment dans les pratiques des agents en situation d'autorité à l'endroit de personnes en raison de leur condition sociale et de leur situation de pauvreté. Un an après la sortie du rapport, le SPVM affirmait qu'il y avait une amélioration notable à ce niveau. Le RAPSIM s'est alors employé à vérifier ces allégations en développant un portrait de la situation en 2011, en 2012 et plus récemment.

récents constats d'infractions policières

De manière générale, on peut considérer qu'il y a une légère amélioration de la situation dans l'espace public, notamment au niveau de la remise de contraventions. C'est du moins ce qu'affirment la moitié des organismes sondés, contre 43 % en 2012. Du côté des rapports avec les policiers, on affirme qu'ils sont «faibles» ou «mauvais» dans une proportion de 80 %, ce qui est très élevé, mais tout de même moins que le 85 % constaté dans le coup de sonde précédent. Concernant les types d'abus, 88 % des intervenants affirment avoir eu vent «fréquemment» ou «parfois» de situations d'abus physiques et 96 %, d'abus verbaux. Bien sûr, il suffit qu'un intervenant ait entendu parler une seule fois de tels abus pour que la don-

née apparaisse dans nos chiffres, mais il n'en demeure pas moins que de telles situations sont évoquées. Par ailleurs, si on note une baisse de l'allusion à des abus physiques (88 % contre 94 % en 2012), on constate que les envolées verbales sont, pour leur part, plus fréquentes (96 % contre 91 % en 2012).

La faiblesse des recours confirmée

Le Portrait vient confirmer la faiblesse des recours en cas d'abus. Sur le maigre 44 % des personnes ayant exercé ou accompagné dans différents mécanismes de plaintes, moins de la moitié ont eu recours à la déontologie policière. En fait, c'est plus de 68 % des intervenants qui considèrent «faible» ou «mauvais» ce dernier mécanisme. Seule embellie : 80 % des répondants affirment qu'ils auraient davantage recours à la déontologie policière si elle était améliorée significativement, notamment au niveau de son accessibilité et de la garantie d'une plus grande indépendance à l'égard des policiers. En fait, le problème semble résider dans cette crise de confiance à l'égard de l'efficacité des recours et d'un fort sentiment d'impunité des policiers ressentis par les personnes itinérantes et celles qui les accompagnent. En somme, si le Portrait dévoile une certaine amélioration de la situation, il vient surtout confirmer l'existence de pratiques de profilage social et appuyer la nécessité de bonifier considérablement les recours existants, à commencer par la déontologie policière. De même, il y a lieu de continuer à mieux documenter la situation des personnes et, dans le cadre d'une toute nouvelle Politique nationale de lutte à l'itinérance, d'offrir de nouveaux lieux de parole pour les personnes en situation d'itinérance. Pour consulter le Portrait : rapsim.org

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PanoraMa Par SyLvain-CLaUDe FiLion

Le premier des globe-trotters Une dizaine de musées prêteurs ont contribué à la fascinante exposition, exotique et éclectique à souhait, consacrée au légendaire Marco Polo. Les univers se juxtaposent pour illustrer son enfance dans la Venise du XIIIe siècle jusqu'à ses pérégrinations dans la Chine interdite, en passant par l'Inde, les steppes mongoles, les troupeaux de l'Arménie et les grandeurs persiques. En guise de fil conducteur, les mémoires que Polo a dictés à son compagnon d'infortune dans une geôle de Gênes, après un périple de 24 années.

MarCo PoLo – Le FaBULeUX voyaGe Jusqu'au 26 octobre Musée Pointe-à-Callière pacmusee.qc.ca

Dix ans, dans quelques semaines, que le monument tourmenté du cinéma et de la chanson nous a quittés. Isabelle Boulay, qui a déjà chanté avec lui, lui rend un bel hommage. On connaît le talent de cette interprète en passe de devenir grande dame, et après avoir flirté avec le country en 2012, elle nous offre un hommage généreux (14 titres) et, ma foi, assez irrésistible. Dans le menu, plusieurs titres des premières heures comme Ma solitude, L'Italien, Ma fille, Ma liberté et, bien sûr, le grand classique Il suffirait de presque rien, rendu avec une touchante élégance.

C'est grandiloquent et à la fois impossible à décrire. Joué en pleinair, l'événement rappelle la démesure de Vie et mort du roi boiteux de Ronfard et l'intensité des Atrides. Cette première œuvre de Philippe Boutin, tout frais sorti de l'Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx, emprunte au coryphée et aux choreutes grecs pour faire psalmodier sa tragique histoire d'amour par une quarantaine d'acteurs-danseurs dont les mouvements sont réglés par Dave Saint-Pierre. La performance, l'une des plus spectaculaires de la saison, donne le coup d'envoi des célébrations du 25e anniversaire du Théâtre de la Ville.

DétrUire, noUS aLLonS

Samedi 7 juin, 20 h 30 Terrain de football du centre sportif Édouard-Montpetit, Longueuil theatredelaville.qc.ca

photo : Dominic Berthiaume

Serge reggiani, au féminin

photo : J.-p. paquette

Le match de l'amour

MerCi SerGe reGGiani

Isabelle Boulay DISQUES AUDIOGRAM

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Autrui 

Ode à l'altruisme Perché sur le balcon arrière d'un appartement, un sans-abri laisse son esprit vagabonder. Lentement, il porte une cigarette à ses lèvres et en brûle l'extrémité. Rien ne semble pouvoir le sortir de sa longue contemplation. La cour du bloc baigne dans le silence. Soudain, une voix féminine s'écrie : «Tourne plus la tête à droite!» PAR CATHERINE MORASSE PHOTOS : GOPESA PAQUETTE

T

ranquillement, Robin Aubert s'exécute. Pendant de longues secondes, il admire le coin de l'immeuble voisin, teinté par la lumière de la fin d'aprèsmidi. «Coupez!» s'exclame une autre voix. Chacune des quelque 30 personnes présentes dans la petite cour reprend son souffle. Deux minutes plus tard, l'équipe reprend la même scène. Puis une troisième fois, puis une quatrième, puis une cinquième... C'était l'une des dernières scènes du tournage d'Autrui. Le 10e long-métrage de Micheline Lanctôt met en scène C'est important une relation singulière qui se déve­ entre deux personnages. Alors pour moi que les loppe qu'elle se rend à son travail, Lucie, une jeune femme introvertie, aperçoit gens soient Éloi, un sans-abri en train de mourir interpellés par de froid dans la rue. Lucie décide d'accueillir le clochard chez elle, où il cette histoire. reste deux mois. Chacun changera la Je veux qu'ils vie de l'autre à sa manière. «L'idée m'est venue à partir d'un repor­ se demandent tage que j'ai vu à la télé française, où un ex-itinérant racontait qu'une jeune fille s'ils feraient ce était venue le voir un jour et lui avait dit de geste eux-mêmes. venir rester chez elle, raconte Micheline Lanctôt. Le geste m'avait beaucoup interpellée. Je trouvais ça incroyable, car ça Micheline Lanctôt, cinéaste avait changé la vie du sans-abri.»

abri et alcoolique depuis trois ans. «Il y a vraiment quelque chose d'animal avec ce gars-là. Il a perdu tous ses repères. Ses besoins sont très primaires. Il dort là où il peut, sinon il va mourir de froid! Il ne pense pas plus loin que ça, explique le producteur Paul Barbeau. Lucie lui ouvre sa porte. Éloi pourrait être méfiant, opportuniste ou encore profiter de sa bonté. C'est intéressant de mettre ces deux êtres ensemble et de constater comment leur relation se développe.»

Un sans-abri comme personnage central

Éloi avait une famille et une carrière prospère. Il voyait grand, mais a «tout foiré». Le voilà maintenant sans-

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Moment de complicité entre Robin Aubert, Brigitte Pogonat et Micheline Lanctôt sur le plateau de tournage d'Autrui.


en tournage

Pour la première fois, je ne vois pas l'itinérance d'un point de vue misérabiliste. Je l'ai vu plutôt dans un point de vue de survie, surtout de survie émotionnelle.

Depuis le tournage d'Autrui, Robin Aubert porte un regard nouveau sur l'itinérance.

Pour l'acteur Robin Aubert, incarner un sans-abri a été une expérience marquante. «Ce qui m'a le plus frappé, c'est que personne ne te regarde. Tu vis dans l'anonymat complet. Même sur les lieux de tournage, j'arrivais habillé en sans-abri et on ne me laissait pas passer. J'ai réalisé avec ce film que les itinérants sont des gens qui se déconnectent de la société, mais qu'en même temps, la société fait en sorte qu'ils sont déconnectés. C'est assez troublant», affirme l'acteur. Le comédien, qui a façonné son rôle en observant des sans-abri alors qu'il faisait du bénévolat à la Mission Old Brewery, poursuit : «Être dans la rue, c'est une forme d'autodestruction, mais aussi d'autoprotection, pour ne pas être blessé davantage. En fait, c'est un choix pour plusieurs. Pour la première fois, je ne vois pas l'itinérance d'un point de vue misérabiliste. Je l'ai vu plutôt dans un point de vue de survie, surtout de survie émotionnelle. C'est une parenthèse dans un système établi. Quelque part, c'est une forme de liberté.» Quant à la radieuse Brigitte Pogonat, son personnage

de Lucie reflète une partie de sa personnalité. «Pendant longtemps, j'ai travaillé avec des gens de tous les horizons. J'ai fait des rencontres qui m'ont surprise. Je me souviens de ce jeune homme qui mendiait régulièrement sur Mont-Royal. Souvent, je m'assoyais avec lui et on passait une heure à jaser et à philosopher. J'ai découvert un être extrêmement brillant – tellement brillant qu'il ne fittait nulle part, se souvient-elle. En tant que société, on gagnerait à leur accorder plus d'importance.» Micheline Lanctôt souhaite que son film pousse les spectateurs à se questionner au sujet de l'altruisme. «L'altruisme est quelque chose de difficile à demander dans le monde d'aujourd'hui. Pourtant, ce n'est pas spectaculaire. Des fois, seulement s'asseoir avec un itinérant et parler avec lui, c'est un geste altruiste! On est toujours pressé, on n'a jamais le temps pour les autres, et on en a à peine pour soi», explique la réalisatrice. C'est important pour moi que les gens soient interpellés par cette histoire. Je veux qu'ils se demandent s'ils feraient ce geste eux-mêmes.» Autrui sera distribué par Métropole Films et se retrouvera sur les écrans à l'automne.

Ci-contre, Lucie, le personnage de Brigitte Pogonat, qui héberge un sans-abri. À droite, Micheline Lanctôt, pensive, réfléchit entre deux prises.

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vivre

Par DenySe Monté

Caféine : oui et non Tout récemment, une équipe de chercheurs de l'Inserm, en France, a fait une nouvelle démonstration des propriétés anti-Alzheimer du café. Des souris à qui on avait administré de la caféine pendant dix mois ont présenté moins de déficits dans la mémoire spatiale et subi moins de modifications de la protéine Tau que les souris non traitées à la caféine. Les chercheurs ont pu ainsi faire le lien entre la caféine et son effet protecteur sur la protéine Tau, responsable de nombreuses dégénérescences.

photo: 123Fr.com-Brian JacKson, anDreY eremin, FeDerico caputo

Petit exercice ostentatoire

Le bonheur est dans le pré

Une idée de vacances pas ordinaires, cet été : devenir Debout, bras en croix, le dos bien droit et les jambes écartées, wwoofeur. WWOOF est une organisation mondifléchissez le genou droit pour diriger votre corps vers la droite, ale qui favorise des échanges entre producteurs revenez au centre et passez à gauche en fléchissant le genou de fermes biologiques et bénévoles écolos. gauche. Le mouvement doit être celui d'un balancier, lent et Vous choisissez la ferme qui vous convient régulier. Pendant qu'une jambe plie d'un côté, l'autre s'étire. On à l'aide des listes de fermes biologiques insexpire en pliant, on inspire en revenant au centre. À pratiquer le crites, et vous établissez le contact. Votre sématin, au jardin, sur son balcon, mais pas dans le métro. Le midi jour sur la ferme de votre choix est gratuit, mais dans un parc, le soir devant la télé! Il vous poussera des ailes! votre hôte ne vous rémunère pas pour votre aide quotidienne. Une expérience merveilleuse pour toute personne en forme, qui aime la campagne, le bio et le travail de la terre.

Faites comme Ginette et Céline

wwoof.ca

Le chant renforce le système immunitaire, avançaient des chercheurs allemands il y a une décennie, après avoir observé, chez des personnes faisant partie d'une chorale, que leur taux d'immunoglobulines A augmentait après les répétitions. D'autres études viennent en rajouter! En effet, comme le chocolat, le chant stimulerait la production d'endorphines, procurant un effet bénéfique sur notre moral. Il contribuerait en outre à l'amélioration du souffle, de la posture, de l'équilibre et de la fonction respiratoire. Chanter agit positivement sur l'activité cérébrale chez les aînés, procure un regain d'énergie, exerce un massage vibratoire qui fait du bien au dos et permet de relâcher les tensions dans l'organisme. Sur une note moins scientifique, ajoutons que chanter peut conférer un pouvoir surnaturel, sur la glace... rendre riche et célèbre! fiftytoo.be et doctissimo.ca

adieu, mégots Pour lutter contre l'effarante pollution causée par les milliards de mégots de cigarettes jetés dans la nature, chaque année, l'entreprise TerraCycle a mis sur pied le recyclage de ces déchets, il y a deux ans. L'initiative fait des petits partout sur la planète. À Montréal, depuis le 22 avril dernier, Jour de la Terre, le personnel du Casino de Montréal fait la collecte des déchets de cigarettes sur les lieux de l'établissement. Ces polluants environnementaux seront enfin détournés des sites d'enfouissement. Acheminés vers TerraCycle qui les recycle, 200 000 mégots pourront par exemple servir à fabriquer un fauteuil de jardin en plastique. Découvrez la géniale « brigade des déchets de cigarettes » sur terracycle.ca.

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Entrer en contact direct avec la matière artistique, voilà ce que propose le duo IvanovStoeva avec l'installation interactive d'art médiatique DANS L'INTERVALLE. Réagissant au mouvement des visiteurs, les multiples écrans sculptent l'espace et créent une œuvre changeante. À expérimenter à la maison de la culture de Côte-des-Neiges jusqu'au 15 juin.

Pour découvrir un secteur phare de Montréal sous un nouveau jour, des balades à pied gratuites sur les pas des lieux emblématiques du QUARTIER DES SPECTACLES sont offertes tout l'été par des guides certifiés de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec. Réservation obligatoire. (lavitrine.com)

photo : DanieL heÏKaLo

Centre-Sud, quartier populaire par excellence de Montréal, est au centre de l'exposition À CŒUR DE JOUR! présentée à l'Écomusée du fier monde.

PAR VALENTINE BOURGEOIS, SIMON CORDEAU ET GENEVIÈVE GAGNÉ

LivreS

La langue de Godbout Imaginez-vous prendre le thé dans un jardin anglais, par une douce journée d'été. C'est ainsi que se lit Le tour du jardin, livre d'entretiens entre Jacques Godbout et Mathieu Bock-Côté, qui échangent sur tous les sujets : le Québec, la littérature, la culture, la religion et même la mort. Le tout dans un langage élégant et aussi fleuri que les alentours. Les questions de Bock-Côté sont intelligentes et participent au dialogue plutôt que d'alimenter un monologue. Dans sa préface, le sociologue fait bien de mentionner l'art de la conversation : il est ici exposé dans toute sa splendeur, son naturel et son attrait. Surtout avec des interlocuteurs aussi exquis. Ils rendent universels des points chauds de l'actualité et, malgré la langue relevée, les abordent avec facilité. (SC)

Le tour du jardin 

Par Jacques Godbout, Boréal, 232 pages.

Féminisme et mères au foyer font-ils bon ménage? Quelle place occupe la maternité dans une société féministe? Après un mémoire de maîtrise sur les mères au foyer au Québec et étant elle-même à la maison avec trois garçons, Annie Cloutier pose des questions souvent tues dans une société où la présence des femmes sur le marché du travail représente souvent la seule émancipation possible. Alors que le discours ambiant encourage le travail rémunéré à tout prix, il est rafraîchissant qu'une voix comme la sienne s'élève. Des politiques dites familiales du Québec en passant par la position du Conseil du statut de la femme et ses expériences personnelles, l'auteure nous offre un essai pertinent et même nécessaire, ne serait-ce que pour nous ouvrir les yeux sur d'autres modèles et nous ramener à l'essentiel du féminisme : donner aux femmes la liberté de choisir leur voie. (VB)

Aimer, materner, jubiler - L'impensé féministe au Québec Par Annie Cloutier, VLB éditeur, 213 pages

Images, artéfacts et témoignages d'hier et d'aujourd'hui forgent le portrait de ce quartier ouvrier en pleine mutation. Jusqu'au 31 août. (ecomusee.qc.ca)

La deuxième édition de la BIENNALE INTERNATIONALE D'ARTS NUMÉRIQUES promet d'être plus éclatante et audacieuse que jamais. Le meilleur de l'art numérique et contemporain se verra rassemblé autour du thème de la PHYSICAL/ITÉ jusqu'au 19 juin. (bianmontreal.ca)

Le livre noir des autochtones L'Amérique du Nord comporte son lot d'histoire méconnue en ce qui a trait à la réalité des Autochtones, souvent censurée, travestie ou tout simplement absente des livres d'histoire. Dans son livre que l'on pourrait qualifier de Livre noir des Autochtones d'Amérique du Nord, Thomas King remet les pendules à l'heure sur la question des Premières Nations en traçant le portrait d'un peuple déraciné et assimilé de force, vivant avec de profondes cicatrices depuis des décennies. Son ouvrage se lit comme un roman et nous transporte dans une multitude d'émotions fortes. Décrit parfois avec un brin de sarcasme, mais surtout avec beaucoup d'indignation, ce livre est indispensable pour connaître un pan de notre histoire trop longtemps ignoré. (GG)

L'indien malcommode

Par Thomas King, Boréal, 320 pages.

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À ProPoS DU...

MariaGe

Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas!

Le mariage permet de résoudre à deux anton tCheKhov les problèmes qu'on ne se posait Le meilleur mari qu'une femme pas tout seul. puisse avoir, c'est un archéologue. Plus elle devient vieille, et plus il s'intéresse à elle. aGatha ChriStie

L'amour est aveugle, mais le mariage lui rend vite la vue.

triStan BernarD

On compare souvent le mariage à une loterie. C'est une erreur car, à la loterie, on peut parfois gagner. GeorGe BernarD ShaW

GeorGe ChriStoPh LiChtenBerG

Un mois avant le mariage, il parle, elle écoute. Un mois après le mariage, elle parle, il écoute. Dix ans après le mariage, ils parlent en même temps et les voisins écoutent. Pierre véron

UN BON MARIAGE EST CELUI D'UNE FEMME AVEUGLE ET UN MARI SOURD. MiCheL De MontaiGne

L'amour, c'est de la physique, le mariage c'est de la chimie. aLeXanDre DUMaS FiLS

Le mariage est une pièce à deux personnages dont chacun n'étudie qu'un rôle : celui de l'autre. oCtave FeUiLLet

PAS DE MARIAGE SANS LARMES, PAS D'ENTERREMENTS SANS RIRES.

Je suis pour le mariage, mais surtout au cinéma.

L'amour est un jardin fleuri et le mariage un champ d'orties. ProverBe FinnoiS ITINERAIRE.CA | 1er juin 2014

Merci aux camelots! Les camelots de L'Itinéraire sont d'une grande aide dans le métro. On voit que ce sont des gens qui ont besoin d'amour alors ils en donnent eux-mêmes et sont portés à aller vers les autres. Ce sont des aidants naturels. Moi, je travaille dans une cabine alors c'est difficile pour moi de donner un coup de main à quelqu'un qui en a besoin, mais je vois les camelots le faire tous les jours. Vous seriez surpris de voir les difficultés que les gens peuvent rencontrer dans le métro, parfois c'est aussi simple que de ne pas savoir comment passer les tourniquets. S'il y a un camelot présent dans ces moments-là, ils vont aller aider les gens, c'est automatique. La Société de transport de Montréal devrait presque les payer parce que, étant plus accessibles que nous, ils sont beaucoup plus sollicités et ils répondent toujours avec le sourire. Ça me touche beaucoup de voir des gens comme eux qui sont partis de loin et qui, à la croisée des chemins, ont choisi de se relever. Yolande Coulombe, changeuse aux stations Berri-UQÀM et Honoré-Beaugrand

ProverBe itaLien

GeorGe CLooney

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SoLiDarité DanS Le Métro

Envoyez-nous vos propres histoires de solidarité ou de beaux gestes dont vous avez été témoin ou partie prenante dans le métro et les autobus de Montréal à : courrier@itineraire.ca


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Mots croisés L'Itinéraire - 1er juin 2014 1

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HORIZONTALEMENT Frondes. Fait sans doute tourner la tête. Appréciée - S'abstient. Formules - Pour se comparer sur les greens. Vers marins - Début de sabbatique. Accords brisés - Romains. Berges - Perdions. A fini en broutant - Police. Éclate - Façon d'avoir - Intermédiaire. Vieilles prisons romaines. VERTICALEMENT Célèbre et peut-être même mythique. Parcelle - Complètement ivre. Attacheras - Tangente. Sa lame se rétracte. Infections de la peau. Phosphodiestérase - Répugnance. Deux romain - Dommage. Direction - Film à épisodes. Sur le carton d'invitation - Préside. Sujets non musulmans - Morceaux de couronne. Vivacité. Femme du jour - Pigeons.

Feuil1 HORIZONTALEMENT 9. 1. CouleFrondes. en Asie. Jeu10.réalisé MaxwoodMedia Romain par de Tirtoff - Roi de Germanie. | grille@maxwood.ca Fait- Hauteur sansgrecque. doute tourner la tête. 11. 2. Fourrage 12. Période d'examen - En pente. 3. Appréciée - S'abstient. NIVEAU DE DIFFICULTÉ: MOYEN du 15- mai 2014 4. Solution Formules Pour se comparer sur les greens. SOLUTION du 15 mai 2014 1 5. 2 Vers 3 4 marins 5 6 7 8 Début 9 10 11de 12 sabbatique. 2 8 4 9 1 F E S T I V A L I E R S 6. Accords brisés - Romains. 2 E P A R P I L L E R E 7 5 3 U 7. E Berges L E E A N T E S -S Perdions. 4 I L E T S A N I E R S - SPolice. 5 L 8. E A S fini E EenS broutant O S I 4 2 9 3 8 6 L E A M I S S O O 9. Éclate Façon d'avoir Intermédiaire. 7 E S S U I E S E T O N 4 8 T10. Vieilles E X T prisons R E M Iromaines. T E 9 O H M E R I E O T E 9 7 2 VERTICALEMENT A N 10 N A I S S A N T E 1. Célèbre et peut-être même mythique. 6 4 9 8 1 2. Parcelle - Complètement ivre. 5 1 3 3. Attacheras - Tangente. 3 7 4. Sa lame se rétracte. 5. Infections de la peau. 8 6 6. Phosphodiestérase - Répugnance. Solution dans le prochain numéro 7. Deux romain - Dommage. 8. Direction - Film à épisodes. Jeu réalisé par Ludipresse | info@les-mordus.com

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Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide. Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3 délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de 1 à 9. Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3x3.

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FeU vert À...

ron raySiDe

S'occuper de sa ville Les espaces publics sont parmi les éléments les plus importants des villes. Ils incluent autant les espaces en soit, la rue, que le mobilier urbain qui s'y trouvent (les bancs, les œuvres d'art, ou les jeux et installations interactives). On en retrouve de toutes les tailles, du parc d'envergure à la petite placette insérée entre deux bâtiments.

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lusieurs éléments de design peuvent contribuer à la création d'espaces de qualité, notamment l'esthétisme, la sécurité, mais aussi l'organisation de l'espace de façon à encourager les interactions entre les utilisateurs. Peu importe leurs dimensions et leur configuration, ce sont des lieux de détente, de récréation et de rencontre, qui peuvent animer un quartier et briser l'isolement. En urbanisme, quand on réfléchit au développement futur de nos quartiers, la question des espaces publics fait systématiquement partie des discussions. Ils peuvent jouer un rôle significatif dans l'amélioration de la qualité de vie.

«Surtout, l'urbanisme social s'efforce de bâtir la ville en tenant compte des exclus, ceux qui subissent la ville.»

L'urbanisme social

L'urbanisme au sens large du terme est l'étude de la ville, de ses enjeux actuels, de son développement futur, etc. Personnellement, j'ai grandement à cœur le concept d'urbanisme social, c'est-à-dire l'aménagement de la ville en fonction de ses habiDiplômé d'architecture en 1972, Ron Rayside se consacre depuis plus de 35 ans à l'engagement social. Il est depuis 2005 président du CSSS Jeanne Mance, et président du Regroupement régional de Montréal de l'AQESSS depuis 2009. Dans le quartier Centre-Sud où il réside depuis près de 40 ans, Ron Rayside est connu pour son implication dans ce qu'il qualifie lui-même «d'urbanisme social». Il est membre de plus de 20 organismes œuvrant activement au développement social des quartiers centraux de Montréal. Son engagement social est une composante des activités de la firme Rayside Labossière architectes, dont il est l'associé principal.

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tants. Comment organiser les rues en fonction des gens qui y circulent et les espaces de travail, commerciaux, résidentiels en fonction de ceux qui y travaillent, consomment, vivent? Comment créer des milieux de vie complets, soit des quartiers conviviaux et verts où il est facile de circuler (autant en voiture qu'à pied ou à vélo), et qui sont bien desservis en logements répondant aux besoins de tous, en commerces de proximité, en services essentiels et, bien sûr, en espaces publics de qualité. Pour ce faire, la participation des résidants de tous les milieux sociaux et des organisations locales aux processus est très importante. Ce sont les mieux placés pour identifier les besoins dans leur quartier. Surtout, l'urbanisme social s'efforce de bâtir la ville en tenant compte des exclus, ceux qui subissent la ville. Depuis ses tout débuts, notre pratique professionnelle est tournée vers les besoins de ces personnes et les moyens d'aménager la ville pour leur permettre d'en profiter autant que les autres et peut-être même, éventuellement, pour contribuer à l'amélioration de leurs conditions de vie.

L'espace public démocratique

Tous les espaces publics ne contribuent malheureusement pas à l'animation de la ville et au développement de la cohésion sociale. Il existe même certains quartiers où les espaces publics sont soit inexistants, soit dangereux, inaccessibles ou peu accueillants vis-à-vis certains groupes de la population. Un espace public démocratique est un espace pour tout le monde, où tout un chacun peut cohabiter, et même se rencontrer. Un espace public démocratique inclut tout le monde, tout comme une ville démocratique devrait le faire. Ce sont ces petites interventions, dont on prend rarement conscience en s'asseyant sur un banc de parc, qui permettent de consolider nos quartiers, et notre ville.


Chez Tim Hortons, si nous ne pouvons servir notre café de première qualité dans les vingt minutes suivant sa préparation, nous ne le servons tout simplement pas. C’est pour cette raison qu’à chaque nouvelle carafe que nous préparons, nous y inscrivons l’heure. De cette façon, vous êtes assurés que nous vous servons un café toujours savoureux.


Magazine L'Itinéraire - Édition du 1er juin 2014