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Journal collectif, libre

08

Fev. 2017

La Mouche La Metamorphose


Cette larve est très mécontente de sa métamorphose. De la jolie chrysalide est éclos un vilain papillon.


Manifeste La Mouche est un journal collectif, participatif et artistique. La Mouche se télécharge, se photocopie, s’agrafe, se répand, se prête, se détourne, s’affiche, s’arrache. L’impression et la diffusion se font de manière autonome et par les moyens du bord. Par définition, La Mouche est libre. Chacun-e s’en empare comme elle-il le souhaite et peut participer en envoyant des textes, des images, des manifestes, des BD, des illustrations, des affiches, des photos, des collages et tout ce qui s’imprime à :

lamouche@darksite.ch Les numéros sortent tous les 3-4 mois et sont accessibles sur le site web :

www.darksite.ch/lamouche La Mouche est insignifiante et pourtant la Mouche est partout, elle est anonyme, elle se reproduit et devient innombrable, La Mouche est insaisissable et agaçante, La Mouche est pleine de vie, La Mouche est libre, et se multiplie. Rejoins La Mouche, nourris-la et diffuse-la !


LE VIEILLARD En errant dans la ville ainsi qu'en mes pensées, Lorsque midi vomit ces âmes dispersées Qui vont, grouillant partout comme mille fourmis Aux pas irréguliers, aux rêves endormis, Je distingue un vieil homme appuyé sur sa canne, Immobile, à l'aspect d'une machine en panne ; Il attend de lui-même un cinétique élan Avant de retrouver son rythme morne et lent. Il avance d'un mètre et flageole, puis tombe Sans pourtant perturber les passants dans leur trombe ; C'est le spectacle amer d'un malheureux qui gît Sur une dense rue où nul ne réagit. Que le monde est cruel pour l'homme solitaire, Qu'il est, pour l'homme intègre, un monde solidaire ! Quand la vieillesse atteint un humble citoyen, La jeunesse le fuit, quel qu'en soit le moyen, Et c'est dans la douleur et dans l'indifférence Que, petit à petit, disparaît l'âme rance. Quand viendra le jour où, pareil à ce vieillard, Nul ne voudra de toi, sinon le corbillard, Tu te diras : << J'étais cet enfant que l'on aime, Ce jeune amant fougueux, cet amoureux, et même Cet adulte envié, par sa femme chéri, J'étais cet homme heureux, j'étais ce bon mari. Désormais, je suis seul et l'objet de mon âge, Je n'ai plus pour ami qu'un vaste paysage, Et dans mes souvenirs, qu'un fleuve de remords. Je vogue lentement vers le monde des morts En caressant l'espoir d'y retrouver ma femme, Et délaisse mon corps pour rejoindre son âme. >>

Dulìo


Romain Guinard


Solitude sur un quai de gare Sur le quai de la gare, un fameux dimanche matin, il était passé 9 heure et quart, peut-être même qu’il était 10 heure moins trois quart, en équilibre entre le marche-pied et l’extrême bord du quai, vous, penché en avant, et moi, sur la pointe des pieds. Vous m’avez embrassée délicatement, je vous ai embrassé fougueusement, bref, nous nous sommes amoureusement embrassés, comme dans un film en noir et blanc. Puis il y a eu un long biiiiiiiiiiiiiiiiip, un de ces sons qui fait mal aux dents ou aux tympans, et les portes du train se sont froidement fermées. CLAK-CRIK-CRAK-CLONG-PFFF ( c’était un train avec l’accent allemand, il me semble ) Vous faisiez de drôles de grimaces derrière la vitre, j’ai cru au début que vous me faisiez don d’une imitation de la danse nuptiale du hibou, mais je crois à présent que vous me donniez, en langage des signes, votre code bancaire « au cas où ». Le TGV vous a englouti, prévoyant de vous recracher à Paris, et dans un grand fracas de turbines le monstre d’acier s’est mis en branle, s’éloignant en chantonnant une respiration d’asthmatique. Moi je suis restée plantée là, une partie de moi encore dans les draps ou les bras de Morphée et l’autre tétanisée sur le quai. Pendant que le train à grande vitesse crevait l’horizon, je restai immobile les pieds enracinés. Impossible d’exécuter le moindre mouvement . Je feignis d’être pensive mais en réalité, j’étais, tout à coup, sans raison, coincée sur ce foutu quai. J’avais du mal à comprendre ce qui m’arrivait et tandis que je songeais à trouver une solution pour pouvoir quitter le quai, une rafale de vent me glaça les reins.


« Bon Dieu mais fermez donc la porte ! » j’hurlai à la cantonade. « Je réfléchis et ça demande du calme intérieur ! » Une autre rafale de vent me traversa, pour me faire taire. Brusquement il se mit à neiger, des tous petits flocons, ceux qui quittent les nuages déjà gelés et qui se glissent dans le mouvement du vent pour vous griffer le visage. Toute la gare se couvrit d’un grand drap blanc, d’un coup. Je vociférai alors : « Mais fermez donc les fenêtres, vous ne voyez pas qu’on est en pleine aire de la glacière ! » Personne ne répondit. D’ailleurs, à bien y regarder, il n’y avait plus personne dans cette gare, juste de la glace, des stalactites, des congères mais aucun congénères. « Ah ça ! Ça ne m’étonne pas, il n’ y a plus personne quand on veut se faire rembourser ! Classique acte de lâcheté humaine» je grommelais. Je ne sentais plus mes mains, il faisait tellement froid. Prise de panique à l’idée de perdre mes mes doigts, mes mains et mes bras à cause d’une vilaine engelure, je voulus les mettre dans ma veste mais impossible. Mes membres supérieurs ne répondaient plus. Je découvris alors que mes bras s’étaient transformés en drôles de petites nageoires noires, toutes lisses. « Flûte, ça ne rentrera jamais dans mes poches ces machins là » pensais-je. Je poussai un long soupir d’exaspération. Je voulus à nouveau crier pour exprimer mon mécontentement et faire comprendre à tous que les services de cette gare étaient loin de respecter les droits de l’homme mais aucun mot ne sortit. J’émis à la place un long râle, qui me chatouilla les cordes vocales. Je poussai un autre grand soupir d’exaspération. En tournant la tête, j’aperçus dans le reflet de la vitre de la salle d’attente un gros pingouin qui me regardait avec défi. Un énorme pingouin bien nourri et tout lisse. « Hé ben, manquait plus que les pingouins ! Décidément, on pourrait nous prévenir ! »


Je ne le lâchais pas du regard, et lui non plus d’ailleurs. Je savais très bien à quel genre de pingouin j’avais à faire. Ses petits yeux noirs luisants et la façon dont il se tenait en disait long sur lui : Un gangster de la banquise ! Je les reconnais entre tous depuis mes déboires en 1993 en Alaska, et cette fois je ne me laisserai pas faire ! « Quel scandale ! » je songeai en moi-même, « On est en sécurité nulle part décidément ». Comme aucun de nous deux bougeait, je craignais le pire, et je décidai de m’éloigner imperceptiblement à reculons. Si j’arrivais à faire illusion, il me suffirait alors de me retourner d’un bond sec et hop je plongerai sur la rampe qui mène en dessous des quais et là je prendrai mes jambes à mon cou. Bizarrement plus je m’éloignait, plus le pingouin s’éloignait lui aussi. Arrivée à l’extrémité de la rampe, je voulus me retourner mais je trébuchai et glissai sur le ventre jusqu’en bas de la rampe. Là, je tombais nez à nez avec le pingouin qui se cachait, à présent, dans une vitrine publicitaire. « Quelle poisse ! » Je tentai de me relever, mais c’était impossible, ma mobilité était réduite et j’avais l’effroyable sensation de peser une bonne tonne. J’eus subitement de grands doutes sur une possible heureuse issue de cette affaire, et je dois vous avouer que si vous me racontiez ne serait-ce que le quart de ce récit je ne vous croirais pas. Mais figurez-vous que la providence voulut que je me sentisse tout à coup foudroyée et je m’évanouis. Je me réveillai dans la soirée attablée au buffet de la gare. Apparemment tout était rentré dans l’ordre, excepté une vilaine tache noire et lisse sur mon avant bras. Je pris la liberté de passer commande : « Garçon, un Vermouth ! Mais sans glaçon !Et un filet d’ongle au beurre, j’ai une faim de… , étrangement, Monsieur, j’ai une faim de pingouin ce soir !». Fanny Pelichet


Un monde transformé Toujours croire que tout reste et restera sans transformation et que tout est déjà écrit, c’est la plus grosse connerie qu’on peut se dire et même écrire.

joutes verbales, il est combatif ». Ah ! là, l’Ø. commence à mieux comprendre la justesse de cet horoscope. Tout y est ! Quand on voit les vilaines nouveautés qui sont tombées sur la table mondiale en à peine 30 jours de cette année dix-sept précédée 2017, c’est l’année du Coq de d’un deux plus de deux zéros, il Feu dans l’horoscope chinois. n’y a pas à dire autre chose : Øpossum le veut bien, il ne MÉTAMORPHOSE voudrait surtout pas se fâcher avec les chinois, ils sont trop Tout a été transformé, dénaturé nombreux pour s’amuser à les et surtout manipulé par la force contredire. négative, voire négationniste, et en plus, en très peu de temps. Mais « Coq de Feu » il ne con- La gauche socialiste, en France naissait pas. Coq au vin, Coke comme en Suisse et dans beauen stock, coke de merde, ou œuf coup d’autres pays, s’est mise à à la coque, ça il en a goûté ou en muer en un fourre-tout de bontout cas déjà vu. nes manières bobo et pseudohumaniste qui valorise la noAlors, pour ne pas rester sur une tion d’évolution nécessaire et inconnue, le marsupial s’est rué la refonte obligée de ses prinsur le net, et il a trouvé de l’info cipes fondateurs. Le centrisme sur le sujet : « Cette année 2017, penche dangereusement sur sa celle du Coq de Feu, s’annonce droite. La politique de droite, dynamisante, enthousiaste et elle, revient sans retenue en une pleine d’entrain. » droite dure, celle des années 50. Quant à l’extrême droite, Comme la philosophie chinoise comme elle a pris, depuis déjà tourne toujours autour de la un moment, une légitimité dans notion du Yin et du Yang il la presse, les médias et les salons faut comprendre que les deux de réflexions, elle est maintecontraires font un tout, la vie nant totalement décomplexée. conduit à la mort, et la mort à L’extrême droite n’inquiète plus la vie. Mais en pianotant un peu seulement, elle se veut valable, plus loin il a appris que : « Le prête à pouvoir à nouveau gérer coq aime se battre, il adore les le destin de toutes et tous.

Ces mutants, ou revenants, utilisent le vocabulaire de leurs adversaires. Ils se revendiquent proches du peuple et même rajoutent “populaire“ à leur étiquette en brandissant les drapeaux et les idéaux de leurs adversaires pour faire leurs contraires. La jeunesse, quant à elle, celle qui emmerdait les fachos à travers tout l’Occident est devenue quasiment silencieuse ou décérébrée. Elle braille aux troisquart les niaiseries des “artistes” du Top Machin et/ou rejoint les stades pour mettre en avant ses couleurs et son clan. Fini la révolte et l’anticonformisme pour s’opposer à la société de papa. Il lui faut le dernier smartphone, la nouvelle coupe de cheveux comme vu sur les réseaux du web, et la dernière paire de shoes que portent les stars... – Mais ta gueule le vieux, les djeunes peuvent aussi faire front aux pertes de liberté ! – Oui, oui, Reste quand-même une bonne frange de jeunes énervéEs, mais attention de ne pas se faire tirer à vue ! n


Cocon 4 fils 0 cordon. Dans ma chambre : un lit et une porte. Sur le matelas s’entassent mes journées. Il me reste un mètre carré pour dormir. Avant la discipline, j’avais la souplesse. En boule ça passe et même, j’aime quand mon lit devient nid. Sous la porte rampe un rai de lumière. Derrière, il y a les cris. A la variation des sons, je mesure le mouvement. Je vois les ombres se déplacer. Une porte, ça n’empêche pas grand chose d’entrer, en fait. Je rêve de barricades. Dans ma chambre : des stores. Sur la route, les voitures passent et affichent des éclairs qui fuient en diagonale sur les lamelles avant de disparaître. Un bruit sourd de moteur, puis rien. Impression d’un fantôme qui s’élève. Même sans m’enrouler, je ne prends pas plus d’un mètre dans mon lit. Je rêve de fenêtres condamnées. Dans ma chambre : bientôt plus de rideaux. Ils les décrochent, en équilibre sur mon lit, à côté de moi allongée. Pendant ce temps, je gonfle au point de presque m’envoler. Je vais mourir. Quand ils partent, j’ouvre la fenêtre. Je brûle et attends que le froid m’apaise. ça ne change rien, ma peau se décolle, de l’air s’insuffle entre elle et mes muscles et sûrement que je ne me réveillerai pas. Je rêve d’ancres. Dans ma chambre : quatre murs. ça fait déjà beaucoup de structures. Mon cœur est dehors mais mon corps, ici, semble trouver une contenance. Des odeurs d’aventures célestes s’échappent par la fenêtre. Au cœur de livres gris-gris, des trésors me préservent endormie. Je rêve de cabanes imprenables. Dans ma chambre : des cendres, des détonateurs, et plus de 10000 esprits. Un pour chaque nuit morte avec moi ici. Poca


Bastions dĂŠmolis, vers 1855

Chantier des Casemates, 1860


Genève, une ville en perpétuel changement En 1846, la révolution radicale annonce les grands chantiers du XIXème siècle. Fini les fortifications, les bastions aménagés et les promenades bucoliques. Place aux grands boulevards, à l’urbanisme et à la densification de la ville. Difficile d’imaginer, aujourd’hui, la taille des murs qui entouraient la cité de Genève. A eux seuls, ils représentaient la même superficie que l’intérieur de la ville. Mais pourquoi les démolir? Ces murs, construits entre le XVIème et le XVIIIème siècle, pour les dernières portions, représentaient la Genève Calviniste et son enfermement. Ainsi, symboliquement, les démolir ouvre la voix de la modernisation à Genève. Plus concrètement, la vente des terrains permit à James Fazy, l’instigateur de ce chantier, de renflouer les caisses de la ville. Sur les restes des fortifications, de nombreux projets vont voir le jour. Les grands boulevards, sur un modèle parisien, ce qu’on appelle la ceinture Faziste aujourd’hui (Boulevard Georges Favon-Boulevard James-Fazy- rue Chantepoulet- Boulevard Helvétique), mais surtout les minorités religieuses sont accueillies sur les lieux même de leur exclusion. En 5 ans, dès 1861, toutes les religions obtiennent leur lieu de culte : Eglise Russe, Synagogue juive, Eglise Anglicane, Temple Maçonnique et, enfin, Eglise Catholique (Notre Dame de Cornavin), qui sera la première Eglise catholique construite à Genève depuis 1535. Ces grands chantiers permettront également l’arrivée de la révolution industrielle dans la ville, mais ça, c’est une autre Histoire…

Arnaud Bosch www.aperosdelhistoire.ch


ON/OFF Au travers de la cuvette des toilettes , je l’ai vu l’autre monde Ou les oiseaux mécaniques font leurs rondes ! La métropole hypnotique comme berceau de l’esclavage des masses , Se fond jusque dans les veines et pandémise le sang , caveau des angoisses . Les yeux vissés dans les murs , sondent les esprits de la dissidence Avec comme but ultime d’instaurer la grande et merveilleuse ignorance . Fondation du comité de la surveillance active des pensées de l’opinion publique , Création d’un escadron de terreur sélectionné dans les hôpitaux psychiatriques . Mise en place du régime autocratique et destruction des droits de l’homme … La plaque d’identification humaine est greffée sur le sternum ! La fenêtre c’est ouverte soudainement , le courant d’air glacial s’engouffra Dans le salon et l’ancien sur son canapé en train de lire , se prostra ! Hypnotisé , bouche bée , la gorge sèche … L’ancêtre fut mortellement surprit . L’androïde intégra le corps du vieil homme victime d’une ablépharie . Les terres inconnues d’un autre monde sculptées par la main machinal … L’ordre des choses inscrit dans l’âme et injecté par écran subliminal ! Le choc comme stratégie universelle , consommé sans aucune retenue , Paralyse et dirige le commun des mortels , les individus sont des co-détenus !


ON/OFF Au travers de la cuvette des toilettes , je l’ai vu l’autre monde Ou les viriloïdes préparent la venue de L’ HYPER-MONDE ! La créature de caractère létale domine la pyramide de fer et instaure son règne Basé sur l’autocratie et l’ethnocide . Elle peut par sa volonté se transformer , muter par exemple en sphaigne Pour ainsi croître par le sommet et détruire la base , tel un bactéricide . Même les élites sont à genoux , presque rampantes face à l’entité impétueuse . Les fourmis sont ses neurones telles des électrons libres placées sur terre … La matière grise techno-organique au potentiel indéfini se nourri ponctuellement d’éther … Le DOGME s’est inscrit par injection , telle une piqûre de rappel délictueuse . ON/OFF Au travers de la cuvette des toilettes , je l’ai vu l’autre monde … J’ai tiré la chasse ! OFF

PLK 31/12/2015 17:59 LE DOUZIèME TITRE


Genève le 02.01.2017 Ce matin en me réveillant après 2 jours de descente de drogues et d’alcool je me suis intéressé à la politique de Genève. J’ai remarqué que le conseil des états avait beaucoup d’idées sur le changement et voulait faire de nouvelles lois tout particulièrement sur les impôts. Il appelle cela RI3… En même temps il veut taxer les entreprises plus élevé que les organisations internationales, il semble, selon lui être plus important d’avoir une Genève internationale alors que le petit travailleur en même temps est taxé plus sévèrement que les entreprises internationales qui payent des impôts. Il semble que le conseil d’Etat se veux d’être essentiellement transfrontalier avec l’Europe et demande à la Confédération de développer des budgets et de suivre la politique à moitié imposée par l’Europe à L’Helvétie. Que du fric pour cette droite hors la loi qui profite de la confédération pour y gagner en substance, il me semble. Pour faire passer Genève au statut de rang Number one sur la route de l’international ! Et en même temps le grand conseil possède plus de sièges pour le MCG que la gauche réunie, ou presque !!! Et qui prône un renvoi exclusif des frontaliers à la frontière. La gauche de 2000 à-t’elle fait mieux quant à la confédération? Je ne m’en souviens plus… Et ça y va côté fric, le PLR du grand conseil parle de plusieurs milliards de déficit budgétaire quand le conseil des états prône une augmentation du PIB pour les citoyens. Une augmentation de 50 millions de francs pour l’année 2016. Alors oui, il y a métamorphose du canton, mais à partir du moment où la droite a pris le pouvoir, il y a 5 ans… Morror


En écrivant un texte s’ouvre un dialogue, échange entre

vous et moi, plus précisémment de moi à vous, il est vrai. Moi, d’une part, qui décide de l’écrire et vous, de l’autre, qui décidez de le lire. Si votre intention est claire, la mienne, elle, est de loin plus absconse. La distance qui nous sépare me rend impalpable et mes intentions insaisissables. En me cachant derrière une plume, j’ai le pouvoir de devenir qui je veux, ou ce que je pourrais désirer être ; je peux prendre n’importe quelle forme, et cela à loisir ; vous n’aurez pas le droit de réponse car, sur le papier, c’est mon tour de parole, et le temps n’est pas imparti. Dès l’instant, on peut mettre en doute mon intégrité et je ne suis alors plus ce que vous pensez croire. En faisant abnégation de ma personne, je deviens une attitude. L’on choisit des mots, cultive des phrases, recherche une cadence agréable et un ton plaisant qui met en confiance. Qui sait, la prochaine fois, quel masque j’arborerai ? Un texte ? Un beau discours ? Ou juste un sourire ?


Claire Weill


Je suis moi mais en annonçant cette pseudo vérité je suis déjà quelqu’un d’autre, je suis cette personne qui se considère comme « moi » et qui le pose comme une certitude. et en fin de compte, qui est moi ? je pense donc je suis mais qui suis je ou plutôt, qui sommes nous je suis le mec sympa mais invisible avec qui tu bosses je suis celui qui essaie d’être irréprochable quand il s’agit de l’éducation de sa progéniture je suis aussi celui qui aimerait que ses convictions lui permettent de ne faire aucun faux pas mais dans le fond je ne suis qu’une larve un embryon je ne suis et je ne serais jamais toutes ces personnes m’habitant ne sont rien comme tout un chacun la lutte intérieure les empêchant tous et un de vivre arrivant a une conclusion unique je ne suis personne et personne n’est « moi »


La Femme Paralysée En ton cœur calme et vieux, plus rien n’a d’importance, Et tout est devenu parfaitement égal. Devant tes tendres yeux, l’égoïste Impotence Se nourrit de ta force avec vice et régal. Ton esprit s’abandonne à sa pénible errance, Ton regard tourne en rond comme une plume au vent ; Ils observent tous deux avec indifférence Ce présent tentateur qui t’invite en avant, Mais ton corps paresseux te retient enchaînée Sur ce lit bien connu du malade nerveux, Comme une prisonnière à la mort condamnée, Qui, sur son échafaud, songe à ses derniers vœux. Ce dieu fou te voulait triste et cristallisée, Ainsi, ton âme attend la fin de son hiver, Et fit dans sa bonté ta chair paralysée Afin que le printemps te ravisse à l’enfer.


Participe au prochain numéro ! Thématique : La Bouffe ! ...ou autre chose, si tu as une meilleure idée...

Envoyez vos images et textes d’ici fin mai à

lamouche@darksite.ch La Mouche a besoin de toi !


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La Mouche n°8  

La Métamorphose, février 2017.

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