Page 1

Courrier International n°1145

OBAMA, YES HE CAN. Son parcours, ses idées, ses réseaux

Dossier spécial sur les éléctions Américaine, reportage au Kansas, terre républicaine.


2

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

20 France

Polémique Pas de sympathie pour Bernard Arnault En librairie Hollande et ses femmes Fait divers Quatre cadavres dans le décor

22 Europe

Allemagne Mission impossible pour nous, les jeunes Hongrie Le gouvernement Orbán dans le guêpier du Caucase Russie Consacrer dix minutes par jour à la contestation.

360°

D’UN CONTINENT À L’AUTRE

SOMMAIRE

du 11 au 17 octobre 2012

“La prison, ma liberté”

Etats-Unis Joe Arpaio, le shérif de la peur Québec Un acte de violence qui ne nous ressemble pas Brésil A Rio, le foot renaît sur la plage

51 Télévision

Dans la vidéothèque de Bergman

52 Le livre

31 Asie

Singapour L’argent des uns ne fait pas le bonheur de tous Cambodge Les bars à thé vert, l’évasion des jeunes Inde ”On doit vivre dans le noir et dans l’ignorance”

Zadie Smith

54 Insolites

Conte de fées avec herpès

34 Moyen-Orient

Egypte Pour un tourisme ”halal friendly” Israël Méfiez-vous de la Terre sainte Syrie Bachar, le vrai responsable

Il y a un an naissait à New York le mouvement Occupy Wall Street avec pour slogan “Nous sommes les 99 %”, en référence aux disparités de revenu et de pouvoir. De plus en plus d’études pointent les effets délétères des inégalités sur l’ensemble de la population. Mais l’inégalité est un phénomène récent dans l’histoire de l’humanité, nous disent des anthropologues.

36 Afrique

Tunisie Le processus de transition s’enlise Kenya Sur la côte, l’insurrection qui vient...

38 Economie

Portugal La vie quotidienne des hommes du FMI

39 Sciences

TRANSVERSALES

7 JOURS DANS LE MONDE

14 Tous égaux !

En attendant Godotau Portugal

48 Interview

26 Amériques

n°1145

44 Théâtre

Médecine Enfin un implant qui carbure au glucose

40 Ecologie

Sylviculture Espagne : des forêts brûlées à replanter... ou pas

42 Médias

Presse écrite Du papier glacé pour masquer la guerre


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

Zones de turbulences Attention, danger. Au moment où le peuple américain s’apprête à (ré)élire un (nouveau)président, où le peuple chinois se prépare à subir l’arrivée d’une nouvelle génération de dirigeants, les deux empires sont confrontés au même mal : la montée irrésistible des inégalités. Oubliée, la Constitution américaine, qui promet dans son préambule d’“établir la justice”. Jeté dans les rizières, le “Petit Livre rouge” de Mao, qui prétendait instaurer l’égalité absolue. A Wall Streetou dans les grands palaces en marbre de Pékin, les milliardaires, banquiers, dignitaires du Parti communiste et privilégiés se pavanent, tandis que dans le Dakota ou le Mississipi, dans les provinces du Gansu ou du Ghizhou, les pauvres trinquent sur fond de crise et de déséquilibres régionaux. Rien de nouveau, pourrait-on se dire quand on connaît la violence des recettes libérales d’outre-Atlantique et la brutalité de “l’économie socialiste de marché” en Chine. Longtemps, ces deux modèles ont fonctionné, produisant du rêve et de la richesse, faisant oublier la cohorte des laissés-pour-compte. Mais avec désormais 50 millions de pauvres aux Etats-Unis et un chômage supérieur à 8 %, l’ascenseur social américain a décroché. Le ralentissement actuel de l’économie chinoise, quant à lui, écorne sérieusement le pacte du pouvoir communiste, troquant la croissance du PIB contre la stabilité politique. Au point que le désordre social guette les deux géants de la planète. Aux Etats-Unis, l’économiste Joseph Stiglitz tire le signal d’alarme : dans son dernier ouvrage, Le Prix des inégalités*, il affirme que le rêve américain a vécu. En Chine, pays des 960 000 millionnaires (en dollars), le gouvernement a renoncé depuis onze ans à publier l’indicateur officiel des inégalités, le coefficient de Gini, sous prétexte de statistiques incomplètes. C’est dire si le sujet est sensible. Il figurera en tête des priorités du prochain locataire de la Maison-Blanche et du probable futur numéro un chinois, Xi Jinping. Stopper la centrifugeuse des inégalités, voilà un programme de gouvernement. Eric Chol

ÉDITO

3


4

POLÉMIQUE INDE

On doit vivre dans le noir et dans

L’IGNORANCE Dans de nombreux villages, la gigantesque panne de courant qui a plongé la moitié du pays dans l’obscurité au milieu de l’été est passée inaperçue : beaucoup n’ont toujours pas l’électricité.

Courrier international jeudi 25 octobre 2012


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

5

POLÉMIQUE INDE

Reportage Mogale City (INDE) Envoyé spécial

L

’expo­ si­ tion s’ouvre sur les visa­ ges sou­ riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­ sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fi­cila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­ sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­ geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­ dui­ si­ rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­res et pein­tu­res sati­ri­ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­ tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­ nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­ sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. la joie ? Ne seraitce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res sem­blent inten­tion­nel­les boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » . L’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des

pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­ sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fi­cila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­ sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­ geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­ dui­ si­ rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­res et pein­tu­res sati­ri­ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ne­ ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine

«Cette terre est dangereuse, car elle peut rendre mon enfant malade» Poppy Morebonde une habitante du bidonville de Tudor Shaft

La faute à Rousseau ? Donnant raison à la thèse rousseauiste du “bon sauvage”, les auteurs de The Creation of Inequality, paru en mai 2012 aux Etats-Unis, montrent que les inégalités, loin d’êtres naturelles, sont apparues tardivement. “Comme Rousseau, ils supposent que les inégalités naturelles – la distribution des talents innés – sont moralement supérieures aux hiérarchies de rang constitutives des inégalités sociales”, écrit l’historien britannique Felipe Fernández-Armesto dans The Wall Street Journal. Or c’est plutôt l’inverse qui semble vrai, poursuit-il. “Il est parfois moins dangereux de s’en remettre à des supérieurs nobles et riches que de faire confiance à la force, à la ruse ou à l’éloquence d’une figure de Führer bien doté par la nature. […] Le pouvoir héréditaire est fréquent parce qu’il fonctionne bien et profite au plus grand nombre dans les sociétés qui l’adoptent.”

dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­ sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­ res sem­blent inten­tion­nel­les boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » .Ce pro­ ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion.

Dessin de Boligán paru dans El Universal, Mexico.


6

INTERVIEW

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

SYRIE

15 heures à 20 heures – et quelques matches de l’Euro 2012 plus tard, il est encore extrêmement ému par cette expérience : “Ç’a été très thérapeutique pour eux et pour moi. Je crois que j’ai une relation personnelle avec chacun d’entre eux.” Nuno Lopes a plus que ça : il a de la “matière pour beaucoup de personnages”, et une expérience de vie. C’est de cela qu’il se nourrit en tant que comédien : “C’est la première fois que je fais un travail de mise en scène et de direction d’acteurs, des amateurs qui plus est, mais rien de cela ne m’est étranger : chaque fois que je travaille des personnages, je vais vers les gens.” Nuno a été le professeur de théâtre, le modèle, et – Marco Martins l’admet bien volontiers– “le bon flic”, mais jamais l’agent infiltré. L’idée était que ce soit une pièce réalisée par la communauté pour la communauté. Pour cette raison, Estaleiros [Chantiers] n’est plus seulement un spectacle sur le patrimoine immatériel le plus précieux de Viana do Castelo. C’est, selon Renzo Barsotti, une contribution à la réflexion sur la dégradation du travail : “Ce spectacle peut être un instrument d’interprétation de la réalité, et je pense que c’est le rôle des arts dans le moment historique actuel. A Viana do Castelo, et face à la situation des chantiers navals dont la ville est indissociable, nous avons voulu suggérer que le travail est un bien à protéger, un patrimoine à sauvegarder. Mais la question du travail est une urgence dans tout le pays, dans toute l’Europe. Le théâtre populaire – une tradition venue du Moyen Age et encore très vivace dans le nord du Portugal – est-il encore en mesure d’avoir une incidence sur la société ?” “Assez de spectacle !” Ce que ces gens pourront faire pour les chantiers navals, ils le feront – et si ce doit être du théâtre, qu’il en soit ainsi. Il ne s’agit pas seulement de préserver un emploi, un salaire, des acquis sociaux ; il s’agit de ne pas laisser disparaître un mode de vie, une maison, une famille. “Ils sont très fiers de ce qu’ils font, de la qualité de ce qu’ils construisent, de leur progression qui ne se résume pas à gagner 600 euros à l’embauche puis 1 000 deux ans plus tard : c’est une progression du savoir”, constate Marco Martins. Le dévouement qu’ils ont, “les uns pour les autres, pour l’entreprise”, est une chose “très rare”, complète Nuno Lopes. “Subitement, on a l’impression qu’ils ont été amis toute leur vie. Il y a une chose très forte qui les unit : ils construisent des navires ensemble.” C’est ce qui les fait rester, au lieu de partir : ils ne navigueront jamais sur un bateau construit aux chantiers navals. l’ENVC, Marco Martins s’est senti utile, “sans doute plus que jamais auparavant”. “Le spectacle a dissipé l’angoisse de ces gens, il leur a donné une raison de se lever tous les jours. J’aimerais bien que cela ne se termine pas comme ça. J’ai très envie de travailler de nouveau avec eux.” Dans une ville où même le maire est un ancien de l’ENVC, les habitants descendent volontiers dans la rue dès qu’il s’agit des chantiers navals.J’aimerais bien que cela ne se termine pas comme ça. J’ai très envie de travailler de nouveau avec eux.” Dans une ville où même le maire est un ancien de l’ENVC, les habitants descendent volontiers dans la rue dès qu’il s’agit des chantiers navals.

Dessin de Marcos Balfagón paru dans El País, Madrid.

«LA PRISON, MA LIBERTÉ» L’écrivain et dissident syrien Yassine Al-Haj Saleh a passé seize ans dans les geôles du régime d’Assad. Dans ses mémoires, qui viennent de paraître, il porte un regard inattendu sur l’univers carcéral.

INTERVIEW BEYROUTH An NaHar

Y

assine Al-Haj Saleh n’est pas le premier à relater son expérience carcérale et ne sera probablement pas le dernier, tant les prisons syriennes débordent aujourd’hui de détenus. Dans son livre Bil khalas ya chabab ! [A notre salut, les jeunes !], il se démarque toutefois en évoquant l’affranchissement et la libération que lui a procurés la prison, et qu’il qualifie de “réclusion”. On ne trouve pas dans son livre de scènes de torture sauvage, et le lecteur n’est pas appelé à partager la douleur et la rancoeur, mais plutôt à s’étonner de ce que ces longues années de

détention soient décrites comme l’expérience d’une autre vie qui transforme en mieux l’individu, et dont on se souvient parfois avec nostalgie. Yassine Al-Haj Saleh a en effet considéré la prison comme son domicile ou comme le lieu d’une nouvelle existence dès lors qu’il a cessé de penser à retrouver le monde d’avant. Il n’en fait pas pour autant un paradis, mais un enfer supportable. Pouvez-vous nous préciser ce que vous entendez par le terme “réclusion”, que vous employez dans votre livre ? Yassine Al-Haj Saleh Il s’agit de l’état du détenu quand il s’installe en prison, qu’il l’habite et s’y détend comme s’il était chez lui. Le temps devient alors son allié, et la prison perd ainsi sa fonction. La réclusion


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

7

INTERVIEW SYRIE

permet de positiver l’expérience de la détention en donnant l’occasion de faire un travail utile, de produire ou d’apprendre. Les années de prison deviennent une étape essentielle de la vie. La réclusion est aussi une sorte d’acceptation du fait de vivre en prison. Il s’agit d’une acclimatation, dans le sens positif du terme, accompagnée d’une certaine passivité. Quelles sont les conditions de la réclusion ? Comment réussit-on à atteindre cet objectif ? Peut-on échouer ? Selon mon expérience, la réclusion dépend de plusieurs facteurs. Il faut que les conditions de détention soient supportables ou négociables. Ainsi, la réclusion est impossible dans la prison de Palmyre, bagne syrien absolu, où personne ne peut s’installer ni se laisser aller. Mais elle est possible à Al-Moussalamya, près d’Alep, ou à Adra, près de Damas, deux prisons où j’ai séjourné plus de quinze ans. Cela dépend de la situation du détenu : s’il est marié, s’il a des enfants, s’il est âgé, démuni ou ne reçoit pas de visite, la réclusion lui est beaucoup plus difficile qu’à un jeune célibataire qui reçoit régulièrement des visites et qui a un peu d’argent. Car il s’agit d’un apprentissage et d’un travail sur soi plus accessible aux jeunes. La durée d’incarcération compte aussi. Il faut plusieurs années pour atteindre l’état de réclusion, et celui qui reste un an ou deux ne peut y parvenir. Il y a enfin l’aptitude personnelle, puisque certains parviennent rapidement à s’installer dans la réclusion, tandis que d’autres peuvent passer des années en prison sans y arriver, quelle que soit leur situation. La réclusion n’est pas toujours possible et certains ne s’adaptent pas, ne gardent que les effets négatifs d’une longue détention : une pure perte. Ceux-là ont tendance à rayer les années de prison de leur vie et à les regarder de loin, favorisant ainsi leur anéantissement ou les atteintes physiques ou psychologiques. Personnellement, je suis parvenu à la réclusion au bout de cinq ou six ans passés à Al- Moussalamya, et j’ai atteint l’apogée à Adra entre 1992 et 1995. Mais, si j’étais de nouveau incarcéré aujourd’hui, je ne serais absolument pas en mesure de parvenir à cet état. Vous dites avoir réussi la réclusion grâce à la lecture intensive. Supposons que les livres aient été interdits. Comment aurait été votre vie en prison ? Je ne peux imaginer comment j’aurais survécu sans les livres. J’ai souvent pensé avec effroi à une telle éventualité. J’aurais sûrement été anéanti. Pendant un an et demi, avant que l’on n’autorise les livres en prison, j’étais mal à l’aise et perturbé alors que mes compagnons s’en sortaient mieux. Les études en prison n’ont pas fait de moi un intellectuel. Je crois qu’elles m’ont transformé et libéré. C’est une expé-

An Hajeh Saleh profil

Yassine Al-Haj Saleh, 51 ans, est aujourd’hui l’un des intelectuels les plus influents de la dissidence syrienne. En décembre 1980, alors qu’il est étudiant en médecine à l’université d’Alep, il est arrêté lors d’une manifestation d’un groupe comm niste dissident – le PC syrien était alors officiellement l’allié du régime d’Hafez El-Assad. Il passera seize ans en prison, dont la dernière année dans le redoutable bagne de Palmyre. A sa libération, en décembre 1996, il reprend ses études de médecine,

Yassine Haj-Saleh Sénateur

Dune fois son diplôme en poche, il bifurque vers l’écriture. Il est l’auteur de trois livres : les essais Sourya min al-Zhil, Nazharat dakhil as-Sandouk al-Aswad (La Syrie de l’ombre. Regards à l’intérieur de la boîte noire) et Assatir al-Akharin (Les Légendes des autres), ainsi que le récit de ses années de prison, Bil khalas ya chabab !, paru en juillet dernier au Liban aux éditions Dar alSaqi. Privé de passeport, Yassine Al-Haj Saleh n’a jamais quitté la Syrie.

rience qui m’a affranchi d’autres prisons et d’autres esclavages. Il ne s’agit pas simplement de “lecture intensive”, mais d’un véritable combat intellectuel et d’une transformation psychologique profonde. Je le dis dans le livre, cela a été pour moi une seconde enfance. Je n’ai pas pensé utiliser le terme d’“école” pour décrire la prison, mais celle-ci a été effectivement une deuxième école et l’occasion d’une nouvelle éducation. Avez-vous pensé au cours de votre détention que les idées pour lesquelles vous étiez emprisonné [voir Profil ci-contre] ne méritaient pas un tel sacrifice ? Pendant plusieurs années, il s’agissait d’une arresta tion arbitraire sans chef d’accusation ni jugement. Nous étions privés du droit de connaître notre sort. Ce qui signifie que l’on pouvait être libéré à tout moment, mais aussi rester prisonnier toute sa vie. Je n’avais jamais imaginé, même dans le pire scénario, que je resterais enfermé pendant seize ans. J’ai été traduit en justice en avril 1992, soit onze ans et quatre mois après mon arrestation. J’avais beaucoup changé au cours de ces années et mes principes aussi. J’étais devenu moins partisan, moins idéologue. Ma cause était celle de la dignité personnelle et nationale. Aujourd’hui comme hier, elle mérite que l’on se batte pour elle. Je ne me suis jamais plaint en prison et je n’en ai pas voulu à mon parti [le Parti communiste], à mes camarades ou aux circonstances, tout comme je n’ai pas ressenti un seul instant du regret. J’avais fait un choix et j’en assumais la responsabilité. Je crois encore avoir fait ce qu’il fallait. Vous considériez-vous comme un ? Et quel est aujourd’hui votre rapport aux idées qui vous ont conduit en prison ? J’étais effectivement un militant. Je n’aime pas ce mot, tant galvaudé par les baasistes et les communistes. Le militant est celui qui fait de la cause publique son affaire personnelle et qui se bat pour elle, n’est-ce pas ? Je ne me définis pas aujourd’hui comme marxiste J’appartenais à un mouvement de tendance très hérétique et j’étais particulièrement attiré par les voix dissonantes et la pensée non conventionnelle. En me cultivant, je me suis aperçu combien le communisme était un appauvrissement intellectuel et culturel. Je ne nie pas que la chute du bloc communiste ait accéléré cette tendance personnelle. Je ne me définis pas aujourd’hui comme marxiste, mais les grilles d’analyse marxistes me sont utiles et je rejette ceux qui Vous exprimez dans votre ouvrage une certaine nostalgie pour la prison. Trouvezvous logique cette nostalgie envers un lieu de privation de liberté ?

La nostalgie pour la prison n’est pas logique, mais elle existe. Les journées et les activités en détention me manquent, dans la mesure où elles ont été une seconde enfance et une expérience fondatrice. C’est sans doute comme la nostalgie de l’enfance et d’une aventure qui a bouleversé ma vie. La prison a été mon aventure. Elle m’a coûté des années précieuses de ma vie et m’a finalement changé en mieux. C’est pourquoi je m’en souviens avec nostalgie. Pensez-vous que votre livre encouragera d’autres anciens détenus à écrire leur témoignage ? S’il avait été le premier témoignage sur les prisons syriennes, mon livre en aurait probablement encouragé d’autres. Mais je connais une bonne dizaine d’ouvrages sur la question, qui vont de la littérature au témoignage personnel. Il y a aujourd’hui une nouvelle génération de prisonniers et d’histoires carcérales, des récits rapides, écrits après de courtes périodes de détention, qui se lisent à chaud. Les histoires de notre génération se démodent vite, mais elles méritent tout de même d’être racontées. La confrontation des expériences de deux générations peut être très utile pour comprendre l’évolution de la société syrienne. Nous étions une génération de partis et d’idéologies et nous sommes devenus, après des années, moins partisans et moins idéologues. Aujourd’hui, les jeunes sont détenus moins longtemps, ils n’appartiennent pas à des partis, ne sont pas idéologisés au départ et ont souvent milité à travers les nouveaux réseaux sociaux. Voilà les premières différences. En quoi l’écriture est-elle thérapeutique ? Ecrire sur la prison est un exercice qui favorise la guérison. Car, une fois qu’on en est sorti, il faut extirper la prison de soi. Sans l’écriture ou sans un retour sur l’expérience, on garde en quelque sorte une prison intérieure, un bloc de silence qui nous tire vers le bas. L’écriture guérit également de la nostalgie de la prison, car on se remémore aussi les aspects les plus durs de cette prétendue enfance, et pas seulement ses aspects sympathiques et féconds. Mais le plus important, c’est qu’il s’agit d’écrire la liberté. L’évocation permet de s’approprier l’expérience et a un effet thérapeutique indiscutable. Propos recueillis par Fidel Sbeiti


8

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

POLITIQUE SUEDE

UN COUPS BAS POUR LES DROITS DE L’HOMME ? Le 4 juillet, une agence de publicité de Stockholm a parachuté 800 ours en peluche en Biélorussie pour dénoncer la dictature. Une opération spectaculaire qui fait débat. ’agence de publicité Studio Total est dirigée par deux cousins, Tomas Mazetti et Per Cromwell, de leurs vrais noms Bergkvist et Eriksson.

Enquête Fokus Stockholm

U

ne expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­ mer que les expres­ sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­ tôt nous qui vou­ lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­ tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­ fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­ riers et des pay­sans sem­ blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloi-

gner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­ sen­ ta­ tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­ dhisme au VIe siè­ cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­ nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­ que de l’Archipel va pren­ dre une tour­ nure plus « japo­naise » au fil des siè­ cles. Ce pro­ ces­ sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­ tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­ riant qui exal­ tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ ris, un chat

«Tomas Mazetti se compare aux militants du “printemps arabe”» Clarisse Fabre du journal Hufvudstadsbladet.

ivre… Ces pein­ tu­ res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawa-

nabe Kyôsai pro­dui­si­rent quant à eux d’innom­ bra­ bles cari­ca­tu­res et pein­ tu­res sati­ri­ques dans les­ quel­les ils se moquent du gou­ver­ne­ment ou dépei­ gnent une époque trou­blée. Japon, la repré­sen­ta­tion

du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­ dhi­ que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­ cles. Ce pro­ ces­ sus donne nais­sance à des repré­sen­ ta­tions de saints hom­mes ou de poè­ tes chi­ nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. la joie ? Ne serait-ce pas plu­ tôt nous qui vou­ lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res sem­blent inten­ tion­nel­les boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­ nure plus « japo­ naise » . L’expo­ si­ tion s’ouvre sur les visa­ges sou­riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries

Les ours en peluche sont-ils responsables de cette crise diplomatique ?

L

’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­ riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­ mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­ cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­ tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­ bes des puis­ sants. Les expres­ sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­ tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­ blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­

gine dans les temps les plus anciens. L’intro­ duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­ nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­ dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­ riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­ laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­

geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­ dui­si­rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­ res et pein­tu­res sati­ri­ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­ tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­ naise » au fil des siè­cles.

de l’époque Jômon expri­ ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­ tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIeVIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­ res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­ fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­ riers et des pay­sans sem­ blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­ sen­ ta­ tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens.


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

9

POLITIQUE RUSSIE

L’ÉGALITÉ DE TOUS, EST AVANT TOUT UN CHOIX CULTUREL Comment des sociétés hiérarchisées ont-elles pu supplanter des collectivité organisées selon des norme égalitaires ? Les explications de l’anthropologue américaine Deborah Rogers.

C

omment en sommesnousarrivés à l’ère de l’inégalité institutionnalisée? La questionfait débat depuis des siècles.Le philosophe Jean-Jacques Rousseau estimait en 1755 [dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes] que l’inégalité était étroitement liée à l’apparition de la propriété privée. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont pointé du doigt le capitalisme et son lien avec la lutte des classes. A la fin du XIXe siècle, les tenants du darwinisme social ont affirmé qu’une société divisée en classes reflétait l’ordre naturel des choses, à savoir la “survie du plus apte”, pour reprendre la formule du philosophe britannique Herbert Spencer. A partir du milieu du XXe siècle, une nouvelle théorie a commencé à s’imposer. Des anthropologues, parmi lesquels Julian Steward, Leslie White et Robert Carneiro, ont proposé des versions légèrement différentes du scénario suivant : la croissance démographique ayant entraîné des besoins accrus en nourriture, les humains se sont tournés vers l’agriculture, ce qui s’est traduit par des excédents de production et par la nécessité d’avoir des gestionnaires et des fonctions spécialisées, ce qui, à son tour, a conduit à l’émergence des classes sociales correspondantes. Dans le même temps, nous avons commencé à épuiser les ressources naturelles et avons dû nous aventurer toujours plus loin pour en trouver. Cette expansion a été à l’origine de conflits et de conquêtes, les

popula tions Des explications plus récentes ont repris ces idées en les développant. L’une d’elles affirme que des individus en voie d’enrichissement qui vivaient sur des terres d’abondance ont gravi l’échelle sociale en tirant parti de leurs excédents

« Beaucoup de théories partent de l’idée que l’inégalité est en quelque sorte un trait culturel bénéfique qui confère une efficacité économique » Deborah Rogers Anthropologue

– d’abord à travers le don et, plus tard, par la dom nation pure et simple. A l’échelle du groupe, soutiennent les anthropologues Peter Richerson et Robert Boyd, une meilleure coordination et une meilleure division du travail ont permis à des sociétés plus complexes de supplanter des sociétés plus simples et plus égalitaires. D’autres ont avancé l’idée un peu mécaniste selon laquelle l’inégalité, dès lors qu’elle s’est installée – lorsqu’une redistribution inégale des ressources a bénéficié à une famille plus qu’à d’autres, par exemple -, ne peut que devenir endémique. L’avènement de l’agriculture et du commerce ont débouché sur la propriété privée, l’héritage et des réseaux commerciaux

plus vastes, qui ont perpétué et accentué les avantages économiques. Aucune de ces théories n’explique toutefois vraiment comment ceux qui aspiraient à dominer ont pu avoir raison des normes égalitaires des populations voisines, ni pourquoi les premières sociétés hiérarchiques ont cessé d’appliquer ces normes. Beaucoup de théories sur la généralisation des sociétés hiérarchisées partent de l’idée que l’inégalité est en quelque sorte un trait culturel bénéfique qui confère une efficacité économique, favorise l’innovation et accroît les chances Lors d’une simulation démographique qu’Omkar Deshpande, avantages au groupe.

Une situation préocupante Comment des sociétés hiérarchisées ont-elles pu supplanter des collectivité norme égalitaires ?

S

avoir en sommes-nousarrivés à l’ère de l’inégalité institutionnalisée? La questionfait débat depuis des siècles.Le philosophe Jean-Jacques Rousseau estimait en 1755 [dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes] que l’inégalité était étroitement liée à l’apparition de la propriété privée. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont pointé du doigt le capitalisme et son lien avec la lutte des classes. A la fin du XIXe siècle, les tenants du darwinisme social ont affirmé qu’une société divisée en classes reflétait l’ordre naturel des choses, à savoir la “survie du plus apte”, pour reprendre la formule du philosophe britannique Herbert Spencer. A partir du milieu du XXe siècle, une nouvelle théorie a commencé à s’imposer. Des anthropologues, parmi lesquels Julian Steward, Leslie White et Robert Carneiro, ont proposé des versions légèrement différentes du scénario suivant : la croissance démographique.

I LOVE NY / TOXIC ASSETS, 2009 Installation de 20 t-shrits et d’un coeur fait de bonbons et de tubes de rouge à lèvres


10

DOSSIER EN UNE

TOUS EGAUX ! Il y a un an naissait à New York le mouvement Occupy Wall Street avec pour slogan “Nous sommes les 99 %”, en référence aux disparités de revenu et de pouvoir. De plus en plus d’études pointent les effets délétères des inégalités sur l’ensemble de la population. Mais l’inégalité est un phénomène récent dans l’histoire de l’humanité, nous disent des anthropologues.

Courrier international jeudi 25 octobre 2012


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

11

DOSSIER EN UNE

ET SI NOUS REDEVENIONS TOUS ÉGAUX ? Pendant des centaines de milliers d’années, les sociétés humaines ont soigneusement évité que quelquesuns n’accaparent les richesses et le pouvoir. Rien ne nous empêche de rétablir les valeurs d’égalité.

Dossier Fokus Stockholm

Q

uand les Européens sont entrés en contact avec les peuples “primitifs”, ils ont d’abord pensé que le mode de vie de ces derniers était resté le même depuis les longs millénaires de la préhistoire. Cette idée, longtemps jugée naïve, trouve une confirmation dans les résultats d’un vaste travail interdisciplinaire au croisement de l’anthropologie et de l’archéologie. Le travail entrepris par des anthropologues qui ont vécu avec des populations de tous les continents a fourni de larges descriptions détaillées de la vie et des cultures indigènes. Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. La comparaison est éclairante : objets semblables, structures d’habitat semblables, monuments semblables, moyens de subsistance semblables, niveaux d’échange commerciaux semblables, rituels semblables et ainsi de suite. Les populations “primitives” étudiées par les anthropologues peuvent effectivement nous renseigner sur le style de vie de notre espèce au cours des différentes phases de l’âge de pierre. Les prendre en examen, c’est un peu comme regarder dans les yeux les milliers de générations qui nous ont précédés. Le groupe ne se soumet à aucun chef

Cette idée est le point de départ d’un livre qui suscite un grand intérêt : The Creation of Inequality: How Our Prehistoric Ancestors Set the Stage for Monarchy, Slavery, and Empire [La création de l’inégalité : comment nos ancêtres ont jeté les bases de la monarchie, de l’esclavage et de l’empire]. Le livre est écrit “à quatre mains” par l’archéologue Ken Flannery et l’anthropologue Joyce Marcus, connus pour leurs contributions fondamentales à l’étude des cultures précolombiennes en Amérique centrale. Il propose une thèse surprenante sur les origines de l’inégalité dans les sociétés humaines, aux résonances à la fois politiques et sociales. De nombreuses sociétés, dont la nôtre, sont fortement hiérarchisées : milliardaires et miséreux, nobles et roturiers, généraux et soldats, hommes libres et esclaves, etc. Quelle est l’origine de cette inégalité présente partout dans le monde ? L’espèce humaine a-telle toujours été organisée hiérarchiquement ? La pensée politique classique fait état de thèses très diverses, à commencer par l’origine divine

Joe Magee, l'auteur des illustrations de notre dossier, est un artiste et vidéaste britannique. Il collabore au quotidien The Guardian, ainsi qu’à différents titres de la presse internationale, comme Time, The New York Times et Newsweek.

jeunesse daté de 1755, il avance l’idée d’une société primitive égalitaire où tous les hommes et toutes les femmes jouissaient d’une égale dignité et où les ressources étaient partagées. Selon Rousseau, cet état idéal de “bon sauvage” s’est perdu au fil d’un processus de structuration de la société qui a mené à la formation des classes sociales, des pouvoirs et des inégalités. Etonnamment, les recherches récentes semblent lui donner raison. Avant les débuts de l’agriculture, avant la formation de structures sociales complexes comme les clans et les tribus, nos ancêtres vivaient de chasse et de cueillette, organisés en petits groupes où l’égalité sociale était activement défendue. La famille élargie, composée de dix à vingt individus entretenant des liens étroits de parenté, constitue la structure de base des anciennes sociétés de chasseurs-cueilleurs nomades. Elle est elle-même liée par un dense réseau d’échanges et de dons aux autres familles élargies qui vivent sur le même territoire. Elle fonctionne sans accumulation de richesse ni différences de rang établies. La reconnaissance des capacités exceptionnelles d’un individu – à la chasse, par exemple – est bridée par la culture. Ainsi, chez les !Kung du désert de vida

Quand les Européens sont entrés en contact avec les peuples “primitifs”, ils ont d’abord pensé que le mode de vie de ces derniers était resté le même depuis les longs millénaires de la préhistoire. Cette idée, longtemps jugée naïve, trouve une confirmation dans les résultats d’un vaste travail interdisciplinaire au croisement de l’anthropologie et de l’archéologie. Le travail entrepris par des anthropologues qui ont vécu avec des populations de tous les continents a fourni de larges descriptions détaillées de la vie et des cultures indigènes. Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. Il y a 7 500 ans au Proche-Orient

La comparaison est éclairante : objets semblables, structures d’habitat semblables, monuments semblables, moyens de subsistance semblables, niveaux d’échange commerciaux semblables, rituels semblables et ainsi de suite. Les populations “primitives” étudiées par les anthropologues peuvent effectivement nous renseigner sur le style de vie de notre espèce au cours des différentes phases de l’âge de pierre. Les prendre en examen, c’est un peu comme regarder dans les yeux les milliers de générations qui nous ont précédés. Cette idée est le point de départ d’un livre qui suscite un grand intérêt : The Creation of Inequality: How Our Prehistoric Ancestors Set the Stage for Monarchy, Slavery, and Empire [La création de l’inégalité : comment nos ancêtres ont jeté les bases de la monarchie, de l’esclavage et de l’empire]. Le livre est écrit “à quatre mains” par l’archéologue Ken Flannery et l’anthropologue Joyce Marcus, connus pour leurs contributions fondamentales à l’étude des cultures précolombiennes en Amérique centrale. Il propose une thèse surprenante sur les origines de l’inégalité dans les sociétés humaines, aux résonances à la fois politiques et sociales. De nombreuses sociétés, dont la nôtre, sont fortement hiérarchisées : milliardaires et miséreux, nobles et roturiers, généraux et soldats, hommes libres et esclaves, etc. Quelle est l’origine de cette inégalité présente partout dans le monde ? L’espèce humaine a-t-elle toujours été organisée hiérarchiquement ? La pensée politique classique fait état de thèses très diverses, à commencer par l’origine divine des inégalités : les nobles et les bourgeois calvinistes, le roi et le pape sont supérieurs aux autres par la grâce divine – jusqu’à la fameuse thèse, parfois raillée, de Jean-Jacques Rousseau par la grâce divine – jusqu’à la fameuse de la vida p16


12

DOSSIER

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

EN UNE

Quand les Européens sont entrés en contact avec les peuples “primitifs”, ils ont d’abord pensé que le mode de vie de ces derniers était resté le même depuis les longs millénaires de la préhistoire. Cette idée, longtemps jugée naïve, trouve une confirmation dans les résultats d’un vaste travail interdisciplinaire au croisement de l’anthropologie et de l’archéologie. Le travail entrepris par des anthropologues qui ont vécu avec des populations de tous les continents a fourni de larges descriptions détaillées de la vie et des cultures indigènes. Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. Toujours plus déséquilibrée

La comparaison est éclairante : objets semblables, structures d’habitat semblables, monuments semblables, moyens de subsistance semblables, niveaux d’échange commerciaux semblables, rituels semblables et ainsi de suite. Les populations “primitives” étudiées par les anthropologues peuvent effectivement nous renseigner sur le style de vie de notre espèce au cours des différentes phases de l’âge de pierre. Les prendre en examen, c’est un peu comme regarder dans les yeux les milliers de générations qui nous ont précédés. Cette idée est le point de départ d’un livre qui suscite un grand intérêt : The Creation of Inequality: How Our Prehistoric Ancestors Set the Stage for Monarchy, Slavery, and Empire [La création de l’inégalité : comment nos ancêtres ont jeté les bases de la monarchie, de l’esclavage et de l’empire]. Le livre est écrit “à quatre mains” par l’archéologue Ken Flannery et l’anthropologue Joyce Marcus, connus pour leurs contributions fondamentales à l’étude des cultures précolombiennes en Amérique centrale. Il propose une thèse surprenante sur les origines de l’inégalité dans les sociétés humaines, aux résonances à la fois politiques et sociales. De nombreuses sociétés, dont la nôtre, sont fortement hiérarchisées : milliardaires et miséreux, nobles et roturiers, généraux et soldats, hommes libres et esclaves, etc. Quelle est l’origine de cette inégalité présente partout dans le monde ? L’espèce humaine a-telle toujours été organisée hiérarchiquement ? La pensée politique classique fait état de thèses très diverses, à commencer par l’origine divine des inégalités : les nobles et les bourgeois calvinistes, le roi et le pape sont supérieurs aux autres par la grâce divine – jusqu’à la fameuse thèse, parfois raillée, de Jean-Jacques Rousseau par la grâce divine – jusqu’à la fameuse de la vida. La pensée politique classique fait état de thèses très diverses, à commencer par l’origine divine des inégalités : les nobles et les bourgeois calvinistes, le roi et le pape sont supérieurs aux autres par la grâce divine – jusqu’à la fameuse thèse, parfois raillée.

The spirit Level Ecosse

Yassine Al-Haj Saleh, 51 ans, est aujourd’hui l’un des intelectuels les plus influents de la dissidence syrienne. En décembre 1980, alors qu’il est étudiant en médecine à l’université d’Alep, il est arrêté lors d’une manifestation d’un groupe comm niste dissident – le PC syrien était alors officielle-

Des effets Ravageurs Brésil

ment l’allié du régime d’Hafez El-Assad. Il passera seize ans en prison, dont la dernière année dans le redoutable bagne de Palmyre. A sa libération, en décembre 1996, il reprend ses études de médecine, mais, une fois son diplôme en poche, il bifurque vers l’écriture. Il est l’auteur de trois livres : les essais Sourya min al-Zhil, Nazharat dakhil

Les eaux de pays. France

as-Sandouk al-Aswad (La Syrie de l’ombre. Regards à l’intérieur de la boîte noire) et Assatir al-Akharin (Les Légendes des autres), ainsi que le récit de ses années de prison, Bil khalas ya chabab !, paru en juillet dernier au Liban aux éditions Dar alSaqi. Privé de passeport, Yassine Al-Haj Saleh n’a jamais quitté la Syrie.

DES EFFETS DESTRUCTEURS Pour deux épidémiologistes britanniques, cela ne fait aucun doute : il suffit d’un peu plus d’égalité pour atténuer les maux de notre planète.

Dossier Fokus Stockholm

Q

uand les Européens sont entrés en contact avec les peuples “primitifs”, ils ont d’abord pensé que le mode de vie de ces derniers était resté le même depuis les longs millénaires de la préhistoire. Cette idée, longtemps jugée naïve, trouve une confirmation dans les résultats d’un vaste travail interdisciplinaire au croisement de l’anthropologie et de l’archéologie. Le travail entrepris par des anthropologues qui ont vécu avec des populations de tous les continents a fourni de larges descriptions détaillées de la vie et des cultures indigènes. Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. La comparaison est éclairante : objets semblables, structures d’habitat semblables, monuments semblables, moyens de subsistance semblables, niveaux d’échange commerciaux semblables, rituels semblables et ainsi de suite. Les populations “primitives” étudiées par les anthropologues peuvent effectivement nous renseigner sur le style de vie de notre espèce au cours des différentes phases de l’âge de pierre. Les prendre en examen, c’est un peu comme regarder dans les yeux les milliers de générations qui nous ont précédés. Cette idée est le point de départ d’un livre qui

suscite un grand intérêt : The Creation of Inequality: How Our Prehistoric Ancestors Set the Stage for Monarchy, Slavery, and Empire [La création de l’inégalité : comment nos ancêtres ont jeté les bases de la monarchie, de l’esclavage et de l’empire]. Le livre est écrit “à quatre mains” par l’archéologue Ken Flannery et l’anthropologue Joyce Marcus, connus pour

Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. Clarisse Fabre du journal Hufvudstadsbladet.

leurs contributions fondamentales à l’étude des cultures précolombiennes en Amérique centrale. Il propose une thèse surprenante sur les origines de l’inégalité dans les sociétés humaines, aux résonances à la fois politiques et sociales. De nombreuses sociétés, dont la nôtre, sont fortement hiérarchisées : milliardaires et miséreux, nobles et roturiers, généraux et soldats, hommes libres et esclaves, etc. Quelle est l’origine de cette inégalité présente partout dans le monde ? L’espèce humaine a-telle toujours été organisée hiérarchiquement ?


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

DOSSIER

13

EN UNE

Quand les Européens sont entrés en contact Pas de sympathie pour Bernard Arnault avec les peuples “primitifs”, ils ont d’abord pensé que le mode de vie de ces derniers était La première fortune de France demande la nationalité belge. A Bruxelles, resté le même depuis les longs millénaires de la la nouvelle fait grincer quelques dents : n’est-elle pas le signe d’une préhistoire. Cette idée, longtemps jugée naïve, politique fiscale exagérément favorable aux plus aisés ? trouve une confirmation dans les résultats d’un vaste travail interdisciplinaire au croisement de l’anthropologie et de l’archéologie. Le travail entrepris par des anthropologues qui ont vécu avec des populations de tous les continents a fourni de larges descriptions détaillées de la vie et des cultures indigènes. Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. La comparaison est éclairante : objets semblables, structures d’habitat semblables, monuments semblables, moyens de subsistance semblables, niveaux d’échange commerciaux semblables, rituels semblables et ainsi de suite. Les populations “primitives” étudiées par les anthropologues peuvent effectivement nous renseigner sur le style de vie de notre espèce au cours des différentes phases de l’âge de pierre. Les prendre en examen, c’est un peu comme regarder dans les yeux les milliers de générations qui nous ont précédés. Cette idée est le point de départ d’un livre qui suscite un grand intérêt : The Creation of Inequality: How Our Prehistoric Ancestors Set the Stage for Monarchy, Slavery, and Empire [La création de l’inégalité : comment nos ancêtres ont jeté les bases de la monarchie, de l’esclavage et de l’empire]. Le livre est écrit “à quatre mains” par l’archéologue Ken Flannery et l’anthropologue Joyce Marcus, connus pour leurs contributions fondamentales à l’étude des cultures précolombiennes en Amérique centrale. Il propose une thèse surprenante sur les origines de l’inégalité dans les sociétés humaines, aux résonances à la fois politiques et sociales. De nombreuses sociétés, dont la nôtre, sont fortement hiérarchisées : milliardaires et miséreux, nobles et roturiers, généraux et soldats, hommes libres et esclaves, etc. Quelle est l’origine de cette inégalité présente partout dans le monde ? L’espèce humaine a-t-elle toujours été organisée hiérarchiquement ? La pensée politique classique fait état de thèses très diverses, à commencer par l’origine divine des inégalités : les nobles et les bourgeois calvinistes, le roi et le pape sont supérieurs aux autres par la Bernard Arnault dépeint dans le jourdements de l’inégalité parmi Enquête nal El mundo. Dessin d’Arévalo paru grâce divine – jusqu’à la fameuse thèse, par- dans Madrid. les hommes] que l’inégalité était fois raillée, de Jean-Jacques Rousseau par la étroitement liée à l’apparition Bruxelles grâce divine – jusqu’à la fameuse de la vida. de la propriété privée. Au milieu Alain Fournier La pensée politique classique fait état de thèses du XIXe siècle, Karl Marx et très diverses, à commencer par l’origine divine omment en sommes- Friedrich Engels ont pointé du des inégalités : les nobles et les bourgeois calnousarrivés à l’ère de doigt le capitalisme et son lien vinistes, le roi et le pape sont supérieurs aux l’inégalité institution- avec la lutte des classes. A la autres par la grâce divine – jusqu’à la fameuse nalisée? La questionfait débat fin du XIXe siècle, les tenants thèse, parfois raillée, de Jean-Jacques Rousseau depuis des siècles.Le philo- du darwinisme social ont affirpar la grâce divine. thèse, parfois raillée, de sophe Jean-Jacques Rousseau mé qu’une société divisée en Jean-Jacques Rousseau par la grâce divine. estimait en 1755 [dans Dis- classes reflétait l’ordre naturel cours sur l’origine et les fon- des choses, à savoir la “survie

C

du plus apte”, pour reprendre la formule du philosophe britannique Herbert Spencer. A partir du milieu du XXe siècle, une nouvelle théorie a commencé à s’imposer. Des anthropologues, parmi lesquels Julian Steward, Leslie White et Robert Carneiro, ont proposé des versions légèrement différentes du scénario suivant : la croissance démographique ayant entraîné des besoins accrus en nourriture, les humains se sont tournés vers l’agriculture, ce qui s’est traduit par des excédents de production et par la nécessité d’avoir des gestionnaires et des fonctions spécialisées, ce qui, à son tour, a conduit à l’émergence des classes sociales correspondantes. Dans le même temps, nous avons commencé à épuiser les ressources naturelles et avons dû nous aventurer toujours plus loin pour en trouver. Cette expansion a été à l’origine de conflits et de conquêtes, les popula tions. Des explications plus récentes ont repris ces idées en les développant. L’une d’elles affirme que des individus en voie d’enrichissement qui vivaient sur des terres d’abondance ont gravi l’échelle sociale en tirant parti de leurs excédents – d’abord à travers le don et, plus tard, par la dom nation pure et simple. A l’échelle du groupe, soutiennent les anthropologues Peter Richerson et Robert Boyd, une meilleure coordination et une meilleure division du travail ont permis à des sociétés plus complexes de supplanter des sociétés plus simples et plus égalitaires. D’autres ont avancé l’idée un peu mécaniste selon laquelle l’inégalité, dès lors qu’elle s’est installée – lorsqu’une redistribution inégale des ressources a bénéficié à une famille plus qu’à d’autres, par exemple -, ne peut que devenir endémique. L’avènement de l’agriculture et du commerce ont débouché sur la propriété privée, l’héritage et des réseaux commerciaux. .plus vastes, qui ont perpétué et accentué les avantages économiques. Aucune de ces théories n’explique toutefois vraiment.


14

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

BRÈVES ASIE

L’ARGENT DES UNS, NE FAIT PAS LE BONHEUR DE TOUS

fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­ tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­ sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­ toire de l’île arti­fi­cila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre…

La première fortune de France demande la nationalité belge. A Bruxelles, la nouvelle fait grincer quelques dents : n’est-elle pas le signe d’une politique fiscale exagérément favorable aux plus aisés ?

Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ ne­ ments avaient sans doute pour fonc­ tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les

Dans le même temps, plusieurs décennies de fouilles ont apporté des informations précises sur ce à quoi ressemblait la vie préhistorique. Dossier Fokus Stockholm

L

’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­ riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­ mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ ne­ ments avaient sans doute pour fonc­ tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent

les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­ sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­ toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­ tu­ res de fabri­ ca­ tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­ geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­dui­si­rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­res et pein­tu­res sati­ri­ ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ ne­ ments avaient sans doute pour fonc­ tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au

Bernard Arnault dépeint dans le journal El mundo. Dessin d’Arévalo paru dans Madrid.

Clarisse Fabre du journal Hufvudstadsbladet.

plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­ pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­ tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­ fu­ sion d’œuvres riches d’éléments nar­ ra­ tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­ nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­ geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­dui­si­rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­res et pein­tu­res sati­ri­ ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants.


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

15

BRÈVES BRÉSIL

A RIO, LE FOOT RENAÎT SUR LA PLAGE Un championnat et un documentaire rappellent à quel point le football de plage fait partie de la culture populaire de la ville. Signe des temps, ce sport renaît sur les plages de Copacabana, longtemps minées par la violence.

Dessin de Cost, Belgique.

Brésil O Globo Rio de Janeiro

A

u Lido, là où la plage de Copacabana est la plus large(70 mètres), la traversée depuis la promenade peut s’avérer difficile pour qui marche en tongs un jour d’été. Mais la souffrance de courir, pieds nus, pour échapper à une température d’environ 50 °C se transforme en un rare plaisir lorsqu’il s’agit de taper dans la balle. Et, dans ce Rio qui court vers la mer, le sable est le meilleur thermomètre pour mesurer l’ambiance et la créativité de la ville. Avec 17 équipes de 11 joueurs et 9 terrains, le championnat de football de plage qui a débuté le 1er septembre cherche à retrouver l’âge d’or de ce sport, qu’on redécouvre grâce aux images du documentaire Ao som do mar, a luz do céu [“Au son de la mer, à la lumière du ciel”] de Pedro Amorim, diffusé récemment sur la chaîne sportive ESPN Brasil. “Sans protège-tibias ni chaussettes, je

ne connais personne qui n’ait pas été blessé dans le sable”, affirme l’ancien gardien et actuel président de la fédération, Marcelo Vargas. A Copacabana, le ballon rond a des origines nobles. Avant de mélanger éléments nationaux et étrangers dans la bossanova, la classe moyenne carioca. Tout comme la curiosité musicale de la jeunesse, passée par les quartiers populaires, a engendré l’afro-samba, le sport s’est métissé et a gagné en intensité. A une époque où la bande de sable n’était que bonheur, il existait 32 équipes et 20 terrains depuis Botafogo jusqu’à Leblon [quartiers bourgeois situés le long de la plage, de part et d’autre de Copacabana]. Mais, quand le climat s’est détérioré, l’horizon du football s’est bouché. Après avoir été confiné vingt ans dans des enceintes gardées par des vigiles privés, le beach soccer respire de nouveau grâce aux opportunités ouvertes par la promotion de Rio au statut de capitale olympique pour 2016. “Dans les années 1980-1990, la violence a atteint un tel niveau que les armes ont fait leur apparition et qu’on pouvait risquer sa vie. C’est très important de voir le football renaître en même temps que la ville”, souligne Júnior Negão, ancien joueur de beach

soccer et star éternelle de Leme [quartier résidentiel près de Copacabana]. Né avec la dictature en 1964, Júnior a perdu son père à l’âge de 13 ans et a été élevé loin de sa mère. Entre oppression politique et abandon familial, il a trouvé la liberté sur la plage. Malgré la séparation imaginaire entre Leme et Copacabana ou le canal qui sépare Ipanema de Leblon, Júnior a su franchir les frontières sociales : “Mon truc, c’est d’être pieds nus. La plage m’a tout donné, et même des pieds horribles selon ma femme.” L’usage que l’on fait de ses pieds est plus déterminant Contrairement au foot que leur apparence. Contrairetraditionnel, aubeach ment au football traditionnel, où le talon est utilisé comme soccer on utilise la pointe point d’équilibre, à la plage on des pieds, ce qui utilise beaucoup la pointe des pieds, ce qui transforme le jeu transforme le jeu en un en un ballet d’un autre genre. Et, ballet d’un autre genre avant de maîtriser l’art du toucher de balle, il faut savoir courir. “Moins on soulève les pieds et plus on se déplace rapidement”, explique Júnior Negão. La configuration des plages, décrite dans le documentaire, a aussi son importance. Copacabana possède le sable le plus fin, Leblon un terrain en pente du fait de l’avancée de la mer et celui d’Urca a pris la forme d’un trapèze à cause du casino. Il fallait être le roi des jongleurs pour éviter les pièges et s’adapter au terrain. Outre les maillots “crasseux” du Dinamo de Tião Macalé [une équipe du quartier de Copacabana]. lavait jamais afin d’effrayer


16

DOSSIER VENEZUELA

UNE SITUATION PRÉOCUPANTE Il y a un an naissait à New York le mouvement Occupy Wall Street avec pour slogan “Nous sommes les 99 %”, en référence aux disparités de revenu et de pouvoir. De plus en plus d’études pointent les effets délétères des inégalités sur l’ensemble de la population. Mais l’inégalité est un phénomène récent dans l’histoire de l’humanité, nous disent des anthropologues.

Courrier international jeudi 25 octobre 2012


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

DOSSIER

17

VENEZUELA

Bernard Arnault dépeint dans le journal El mundo. Dessin d’Arévalo paru dans Madrid.


18

DOSSIER VENEZUELA

Courrier international jeudi 25 octobre 2012


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

19

DOSSIER VENEZUELA

LA VICTOIRE C’EST BIEN, L’AUTOCRITIQUE... Un championnat et un documentaire rappellent à quel point le football de plage fait partie de la culture populaire de la ville.

Enquete Venezuela News Bope

L

’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­ lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­ sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­ sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fi­cila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­ nirs aux voya­geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­dui­si­rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­res et pein­tu­res sati­ri­ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­ lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­ sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­ dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­

ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­ mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­ nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­ dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­ mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les

«C’est une victoire pour le peuple du Venezuela et pour toute l’Amérique latine» Hugo Chavez président réélu du Vénézuela

valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain. Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­ lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­ sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­ dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­ sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­ li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire.

Des fraudes massives Comment des sociétés hiérarchisées ont-elles pu supplanter des collectivité organisées selon des norme égalitaires ?

S

avoir en sommesnousarrivés à l’ère de l’inégalité institutionnalisée? La questionfait débat depuis des siècles.Le philosophe Jean-Jacques Rousseau estimait en 1755 [dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes] que l’inégalité était étroitement liée à l’apparition de la propriété privée. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont pointé du doigt le capitalisme et son lien avec la lutte des classes. A la fin du XIXe siècle, les tenants du darwinisme social ont affirmé qu’une société divisée en classes reflétait l’ordre naturel des choses, à savoir la “survie du plus apte”, pour reprendre la formule du philosophe britannique Herbert Spencer. A partir du milieu du XXe siècle, une nouvelle théorie a commencé à s’imposer. Des anthropologues, parmi lesquels Julian Steward, Leslie White et Robert Carneiro, ont proposé des versions légèrement différentes du scénario suivant : la croissance démographique.


20

ENQUETE

Courrier international jeudi 25 octobre 2012

RUSSIE

«CONSACRER 10 MINUTES PAR JOUR À LA CONTESTATION» Un championnat et un documentaire rappellent à quel point le football de Copacabana, longtemps minées par la violence.

Enquete Venezuela News Bope

L

’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­ riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­ mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­ bes des puis­ sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­ sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­ tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­ tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre… Ces pein­tu­res de fabri­ca­tion rapide étaient ven­dues comme sou­ve­nirs aux voya­geurs dès le XVIIe siè­cle. Artistes majeurs de la fin du sho­gou­nat d’Edo, Utagawa Kuniyoshi et Kawanabe Kyôsai pro­ dui­si­rent quant à eux d’innom­bra­bles cari­ca­tu­ res et pein­tu­res sati­ri­ques dans les­quel­les ils se moquent du gou­ver­ne­ment ou dépei­gnent une époque trou­blée. Plus tard, à l’époque des ter­ tres funé­ rai­ res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­

Piotr Verzilov avec Nadejda Tolokonnikova, à droite de la photo

ne­ ments avaient sans doute pour fonc­ tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­ pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à

«Ce système a prononcé un jugement contre lui-même – en nous condamnant à deux ans de camp sans que nous n’ayons commis aucun crime.» Nadejda Tolokonnikova Pussy riot

des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­ sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­ toire de l’île arti­fi­cila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant

un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre…Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­ rai­res (IIIe-VIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ ne­ ments avaient sans doute pour fonc­ tion d’éloigner les esprits mal­fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. L’intro­duc­tion du boud­dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­ pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’éléments nar­ra­tifs, au style plus popu­laire. Le Rouleau peint de l’his­toire de l’île arti­fic­ ila « reli­gion popu­laire », les « Ôtsu-e » repré­sen­tent des démons pre­nant un bain ou effrayés par une sou­ris, un chat ivre…


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

21

BREVES LE MONDE

The spirit Level

7 jours dans le monde

Yassine Al-Haj Saleh, 51 ans, est aujourd’hui l’un des intelectuels les plus influents de la dissidence syrienne. En décembre 1980, alors qu’il est étudiant en médecine à l’université d’Alep, il est arrêté lors d’une manifestation d’un groupe comm niste dissident – le PC syrien était alors officielle-

ANGLETERRE

Ecosse

Des effets Ravageurs Brésil

ment l’allié du régime d’Hafez El-Assad. Il passera seize ans en prison, dont la dernière année dans le redoutable bagne de Palmyre. A sa libération, en décembre 1996, il reprend ses études de médecine, mais, une fois son diplôme en poche, il bifurque vers l’écriture. Il est l’auteur de trois livres : les essais Sourya min al-Zhil, Nazharat dakhil

Les eaux de pays. France

as-Sandouk al-Aswad (La Syrie de l’ombre. Regards à l’intérieur de la boîte noire) et Assatir al-Akharin (Les Légendes des autres), ainsi que le récit de ses années de prison,

Les femmes en tête, c’est pas pour demain

L’expo­si­tion s’ouvre sur les visa­ges sou­riants de Dogû en terre cuite vieilles de 3 à 4 000 ans. Peut-on cepen­dant affir­ mer que les expres­sions dis­crè­tes et gra­cieu­ses de ces pote­ries de l’époque Jômon expri­ment vrai­ ment la joie ? Ne serait-ce pas plu­tôt nous qui vou­ lons y voir des sou­ri­res ? Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIeVIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­ lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des

ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­ fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son. ALLEMAGNE

Vade retro Merkiavel !

L’intro­duc­tion du boud­ dhisme au VIe siè­cle au Japon s’accom­pa­gne de la pro­pa­ga­tion de l’art chi­nois. Réaliste et aus­ tère à ses débuts, l’art boud­dhi­que de l’Archipel va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des

Un extra-terrestre ? Bernard Arnault dépeint dans le journal El mundo. Dessin d’Arévalo paru dans Madrid.

repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen ANGLETERRE

Cameron alias mister-no !

Plus tard, à l’époque des ter­tres funé­rai­res (IIIeVIIe siè­cle), appa­rais­sent des rires plus francs sur cer­tai­nes figu­ri­nes tubu­ lai­res haniwa qui ornaient les tom­bes des puis­sants. Les expres­sions jovia­les, par­fois sar­do­ni­ques, des ter­res cui­tes figu­rant des guer­riers et des pay­sans sem­blent inten­tion­nel­les : leurs rica­ne­ments avaient sans doute pour fonc­tion d’éloigner les esprits mal­

fai­sants et d’effrayer les pillards. Ainsi, au Japon, la repré­sen­ta­tion du rire trouve son ori­gine dans les temps les plus anciens. va pren­dre une tour­nure plus « japo­naise » au fil des siè­cles.

BRÉSIL

Les surprises des municipales

Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ ta­tions de saints hom­ mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches d’élé­ ments nar­ra­tifs, au style

plus popu­laire. Ce pro­ces­ sus donne nais­sance à des repré­sen­ta­tions de saints hom­mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­ sion d’œuvres riches. Ce pro­ces­sus donne nais­sance à des repré­sen­ ta­tions de saints hom­ mes ou de poè­tes chi­nois au visage sou­riant qui exal­tent les valeurs de la déri­sion. Du Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches du riche et Moyen Âge à l’époque moderne sont réa­li­sées une pro­fu­sion d’œuvres riches


22

DECOUVERTE ANGLETERRE

Millimétrer chaque scène.

A

peés 6 années à arpenter les rues de Londre et à y installer ses personnages miniatures, arrivés à l’ère de l’inégalité institutionnalisée? La questionfait débat depuis des siècles.Le philosophe JeanJacques Rousseau estimait en 1755 que l’inégalité était étroitement liée à l’apparition de la propriété privée. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont pointé du doigt le capitalisme et son lien avec la lutte des classes. «Je voulais aller dans des lieux qui, sur le papier promettaient dêtre différents»

Courrier international jeudi 25 octobre 2012


Courrier international jeudi 25 octobre 2012

23

BREVES LIBAN

COLORER LES MARCHES DE BEYROUTH Street art. Les escaliers bétonnés de la capitale libanaise se parent des couleurs chaudes de la méditérannées. C’est l’oeuvre d’un collectif de jeunes graphistes amoureux de leur ville.

C

omment en sommesnousarrivés à l’ère de l’inégalité institutionnalisée? La questionfait débat depuis des siècles.Le philosophe Jean-Jacques Rousseau estimait en 1755 [dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes] que l’inégalité était étroitement liée à l’apparition de la propriété privée. Au milieu du XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont pointé du doigt le capitalisme et son lien avec la lutte des classes. A la fin du XIXe siècle, les tenants du darwinisme social ont affirmé qu’une société divisée en classes reflétait l’ordre naturel des choses, à savoir la “survie du plus apte”, pour reprendre la formule du philosophe britannique Herbert Spencer. A partir du milieu du XXe siècle, une nouvelle théorie a commencé à s’imposer. Des anthropologues, parmi lesquels Julian Steward, Leslie White et Robert Carneiro, ont proposé des versions légèrement différentes du scénario suivant : la croissance démographique ayant entraîné des besoins accrus en nourriture, les humains se sont tournés vers l’agriculture, ce qui s’est traduit par des excédents de production et par la nécessité d’avoir des gestionnaires et des fonctions spécialisées, ce qui, à son tour, a conduit à l’émergence des classes sociales correspondantes. Dans le même temps, nous avons commencé à épuiser les ressources naturelles et avons dû nous aventurer toujours plus loin pour en trouver. Cette expansion a été à l’origine de conflits et de

Les nouvelles couleurs des escaliers du quartier branché de Mar Mikhael sont l’oeuvre d’une vingtaine de personnes

conquêtes, les populations. Des explications plus récentes ont repris ces idées en les développant. L’une d’elles affirme que des individus en voie d’enrichissement qui vivaient sur des terres d’abondance ont gravi l’échelle sociale en tirant parti de leurs excédents – d’abord à

« Beaucoup de théories partent de l’idée que l’inégalité est en quelque sorte un trait culturel bénéfique qui confère une efficacité économique » Deborah Rogers Anthropologue

travers le don et, plus tard, par la dom nation pure et simple. A l’échelle du groupe, soutiennent les anthropologues Peter Richerson et Robert Boyd, une meilleure coordination et une meilleure division du travail ont permis à des sociétés plus complexes de supplanter des sociétés plus simples et plus égalitaires. D’autres ont avancé l’idée un peu mécaniste selon laquelle l’inégalité, dès lors qu’elle s’est installée – lorsqu’une redistribution inégale des ressources a bénéficié à une famille plus qu’à d’autres, par exemple -, ne peut que devenir endémique. L’avènement de l’agriculture et du commerce ont débouché sur la propriété privée, l’héritage et des réseaux commerciaux plus vastes, qui ont perpétué et accentué les avantages économiques. Aucune de ces théories n’explique toutefois vraiment comment ceux qui aspiraient à dominer ont pu avoir raison des normes.


Courrier International  

Refonte de la maquette de Courrier international

Advertisement
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you