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Babette Mangolte, citation extraite de la conférence donnée dans le cadre du Programme de conférences ICI à l’UQAM, 23 janvier 2013, 1h30min. iv Babette Mangolte, « Dance », Babette Mangolte, En ligne. <http://www.babettemangolte. com/maps3.html>. Consulté le 1er février 2013. v « It also was about revealing the majesty and privacy of downtown roofs and the sculptural effect of its water towers. » (Traduction libre en français dans le texte) Babette Mangolte, « Maps », Babette Mangolte, op. cit. Consulté le 27 janvier 2013. iii

La scénographie permet de constater dès l’entrée dans la salle principale d’exposition comment le rapport entre les médiums se fait avec intelligibilité. Ils sont en effet reliés dans la pratique de Mangolte, les photographies ayant tout d’abord été un préalable au support filmique avant de devenir médium à part entière. Cependant, son travail est bien plus qu’une simple documentation photographique de la performance. Ses vidéos, photographies et installations interrogent notre rapport au temps, aux archives et à la réinterprétation possible de celles-ci par le spectateur et par l’artiste elle-même. À travers le diaporama Movement and Still (2010), Mangolte exprime la dualité entre les sauts de la danseuse Trisha Brown et l’immobilité du support photographique. Cette composition numérique interroge notre expérience entre l’espace et la trace du temps, en d’autres termes notre perception du mouvement. La lumière, l’espace et l’importance de la perspective sont également des éléments sur lesquels l’artiste met l’accent pour « nous raconter des histoiresiii ». Ce sont donc les archives photographiques des mouvements de la danseuse dans sa chorégraphie Accumulation (1973)iv, qui, assemblées trente ans plus tard, créent un nouveau rythme et une nouvelle production. Avec Rushes Revisited (2012) revisite son installation How to look, proposée en 1978, au PS1, un centre d’art contemporain new-yorkais. La réactualisation — qui s’articule autour de photographies dans une vitrine, d’une projection et de deux courts textes — est une composition entre ces éléments et ceux, connexes, présents à l’intérieur même de l’archive vidéo. Celle-ci, volontairement muette, incite le spectateur à se rapprocher de l’écran pour lire un texte placé juste à côté. On y découvre en fait le script s’y attachant. À travers les éléments de Rushes Revisited, Mangolte raconte une histoire, elle nous permet d’accéder à son souvenir tout en l’interrogeant. Looking and Touching (2007) interroge également la position du public. Elle se compose de quarante-six épreuves photographiques, accrochées sur trois murs adjacents, formant ainsi un arc de cercle. Cet espace est délimité par de simples barrières et l’on trouve devant celles-ci une table sur laquelle sont disposées des photographies et des planches de tirages personnelles mises à la disposition du public. Cette installation, que l’on peut par son agencement qualifier de théâtrale, impose au spectateur une distance dans la visibilité des œuvres. Elle permet également de s’approprier une époque et un contenu grâce à la manipulation de tirages et au fond sonore des vidéos. La photographie Roof Piece (1973), qui fait partie de cette installation, est considérée comme l’oeuvre emblématique de la carrière de Babette Mangolte. Celle-ci ayant traversé les époques, constitue le quasi-paradigme du document et traite de thèmes qui sont chers à Mangolte. « Il s’agissait aussi de révéler la splendeur et l’intimité des toits du centre-ville et l’effet quasi sculptural des châteaux d’eau s’y trouvantv ». En effet, la figure du toit, espace citadin par excellence, offre une vue sur la ville tout en isolant son occupant. Selon Mangolte le toit est un espace de liberté, c’est ici une scène semi-privée, semi-publique.

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La revue étudiante de la faculté des arts de l'UQAM Dossier art ancien, Dossier sujets d'actualités, In visu, et compte-rendus d'exposition...

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