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Lydia Martineau martineau.lydia@courrier.uqam.ca

La lenteur et autres soubresauts : espace de réflexion sur la mémoire, la filiation et la passation du temps La lenteur et autres soubresauts Galerie Trois Points. Espace contemporain 372, rue Sainte-Catherine Est, Espace 520, Montréal Du 12 janvier au 16 février 2013

À un moment où tout semble filer à un rythme effarant, où les communications sont effervescentes et où les lieux de communion s’effacent les uns après les autres, l’exposition La lenteur et autres soubresauts force un ralentissement brutal du temps dans l’espace. Elle propose de réunir par les thématiques du deuil, de la passation du temps, de la filiation et de la collectivité les travaux de trois artistes femmes de la scène montréalaise. Outre les réalisations de Nathalie Grimard, artiste représentée depuis déjà près de deux décennies par la galerie, cette exposition permet d’exposer pour la première fois les travaux d’Anne-Renée Hotte et d’Erika Kierulf. L’état de contemplation semble détenir un rôle clé dans le processus réflexif de chacune des pièces articulées autour des médiums papier, vidéo et photographique présentées dans l’exposition que propose la Galerie Trois Points, laquelle est tournée vers les pratiques émergentes de l’art contemporain. Le rituel Dans une première salle baignée d’une lumière statique et forte, notre attention est vite portée vers une intéressante série de « toiles » de papier adossées au mur et surélevées du sol par un étroit rayonnage fait de bois. Un texte écrit de la main de Grimard, révélateur de sa démarche, figure à gauche de cet arrangement. Ainsi, l’accrochage propose douze représentations picturales, succédées d’une treizième œuvre, qui elle, est séparée des autres, comme mis sur un autel. La disposition particulière de ces toiles n’est pas sans évoquer le rituel catholique de la procession ou encore celui consistant à « faire un chapelet » afin de s’expier d’un mal ou d’une faute. Cette impression est renforcée par l’utilisation d’une technique particulière à l’artiste, développée en 2007 avec l’exposition Vertige, qui consiste à perforer et percer le papier à la manière d’une broderie afin de créer des formes régulières et physiquement senties à même le matériau privilégié. C’est en prenant connaissance du texte laissé par l’artiste que nous comprenons qu’elle faisait état du douloureux processus du deuil. L’artiste a récemment vécu la perte de son père malade et explique comment la forme circulaire maintes fois reprise dans ces toiles réfère à un héliport qu’elle pouvait apercevoir depuis sa chambre d’hôpital. Manifeste et significatif, l’écrit nous apprend aussi que les fils observés dans chacune de ses toiles proviennent de la déconstruction du dernier pyjama revêtu par son père. La série Nœuds 71, nommée ainsi en référence au nombre de nœuds compo51

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La revue étudiante de la faculté des arts de l'UQAM Dossier art ancien, Dossier sujets d'actualités, In visu, et compte-rendus d'exposition...