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Alexia Pinto Ferretti alexiapintoferretti@courrier.uqam.ca

Le cas Koranic Inlay 2010 : généalogie d’un faux scandale Macha Séry, « Entretien avec David Lodge », Paris, Le monde l’éducation, nº 278 (février 2000), p.16-21. ii Attjdid magazine, « Marrakech : invitation d’un « pseudoartiste » qui utilise des versets coraniques dans des projets à caractère sexuel ». Attajdid, En ligne. <http://www.attajdid.ma>. Consulté le 24 octobre 2012. i

L’écrivain David Lodge déclarait en 2001 que « les médias représentent la plus grande puissance de notre société contemporainei ». L’artiste franco-marocain Medhi-Georges Lahlou se confronta justement à ce pouvoir lorsqu’il fut la cible, à la fin de septembre 2011, d’une campagne d’information mensongère de la part des médias islamistes marocains. L’objet de ces critiques était une photographie appartenant au diptyque Biblical et Koranic Inlay 2010, mélangeant nudité et religion. Elle devait être, selon les médias, exposée par la galerie parisienne DIX9 lors de la Foire internationale d’art moderne et contemporain de Marrakech qui se tint du 30 septembre au 3 octobre 2011. Pourquoi et comment ce scandale médiatique prit-il forme ? Il sera tenté d’élucider ces questions en les liant au contexte actuel qui caractérise certains pays musulmans où les tensions sont de plus en plus marquées entre le dogme religieux et la création artistique. Avant d’aborder le cœur de la controverse, portons notre attention sur le sujet de ces critiques : Mehdi-Georges Lahlou et son diptyque Biblical et Koranic Inlay 2010. La démarche artistique de Lahlou se traduit par des installations picturales et des performances où il utilise son corps comme vecteur pour illustrer ses préoccupations portant sur l’identité, le croisement culturel et les interdits religieux dans l’Islam. C’est dans cette optique qu’il créa le diptyque Biblical et Koranic Inlay 2010, qui est composé de deux autoportraits distincts juxtaposés l’un à l’autre. Le titre de l’œuvre s’explique par le fait que Lahlou projette sur son corps nu, grâce à un jeu de lumière, des versets de la Bible sur la photographie Biblical Inlay et des versets du Coran sur Koranic Inlay. La controverse entourant l’œuvre Koranic Inlay 2010 se déroula dans les semaines précédant la deuxième édition de la Foire internationale d’art moderne et contemporain de Marrakech. Les critiques sur la présence de l’œuvre à la foire apparurent les 13 et 14 septembre sur des forums et des revues électroniques marocaines, puis dans plusieurs quotidiens imprimés du pays. Plus particulièrement, c’est le journal islamiste Attjadid dans un article datant du 13 septembre intitulé Scandale à Marrakech : invitation d’un « pseudoartiste » qui utilise des versets coraniques dans des projets à caractère sexuelii qui suggéra le premier que l’œuvre serait présentée à la foire. Les différents journalistes étaient choqués par le contenu de cette photographie qu’ils considéraient blasphématoire puisqu’ils croyaient que les versets du Coran sur le corps de Lahlou n’étaient pas dus à des jeux de lumière, mais étaient plutôt des tatouages. Devant cette contestation, Lahlou publia le 21 septembre un communiqué à l’attention de la presse où il expliqua que le diptyque comprenant Koranic Inlay 2010 est un autoportrait illustrant sa double appartenance religieuse. Il y précisa aussi que les inscriptions sur 24

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La revue étudiante de la faculté des arts de l'UQAM Dossier art ancien, Dossier sujets d'actualités, In visu, et compte-rendus d'exposition...

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