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Rensselaer W. Lee, Ut pictura poesis. Humanisme et théorie de la peinture : XVe-XVIIIe siècles, Paris, Macula, 1991, p. 48. vii Christophe Martin, « Dangereux suppléments », L’illustration du roman en France au dix-huitième siècle, Paris, Éditions Peeters Louvain, 2005, 222 p. viii Elisabeth Hardouin-Fugier, Le Poème de l’âme par Louis Janmot. Étude iconologique, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1977, p. 22. vi

Par ailleurs, Lessing, s’appuyant sur le concept reconnu et débattu de l’Ut Pictura Poesis, avance que l’expression des émotions possède des codes spécifiques en fonction du médiumvi. Ainsi, l’écriture permettrait la liberté expressive des émotions, alors que le dessin, la peinture et la sculpture devraient respecter une esthétique bienséante. Afin de conserver cette dernière, l’expressivité est maintenue à travers un travail formel se traduisant par l’élaboration d’un langage corporel qui se substitue aux mimiques du visage, lesquelles, selon la fidélité des émotions transmises, risquent sinon d’échapper aux règles de beauté prônées par la peinture. Le livre ou le théâtre illustré ? La publication du Poème de l’âme vers 1881, date présumée de la fin de la conception du corpus, rapproche ainsi sa lecture de celle des livres illustrés. Ceux-ci ont commencé à apparaître dès le XVIIIe siècle avec l’essor de l’imprimerie. Cependant, les textes y prévalent au détriment des images qui ne renvoient qu’une idée fixe et inerte, limitant ainsi l’interprétation du lecteurvii. Au contraire, dans l’œuvre de Louis Janmot l’image définit et précise les idées développées dans les poèmes par sa construction formelle, permettant un enrichissement idéologique doublement articulé. Il s’avère que les poèmes ont été créés pour la « déclamationviii » plus que pour la simple lecture. Effectivement, la présentation scénique des personnages dans les œuvres visuelles semble répondre aux formes expressives — descriptions et dialogues — choisies pour les poèmes. Ces choix esthétiques, autant textuels que visuels, renforcent l’idée d’un assemblage des domaines artistiques, et même de ceux qui ne sont pas explicitement présents, tels que le théâtre. Certes, le dialogue des poèmes — à moins d’une lecture orale — est muet et le jeu des personnages se solde par des gestes inertes, mais la sensation de l’action théâtrale se ressent par l’utilisation subtile de la lumière, des positions des personnages, des termes et des concepts évoqués à travers les vers des poèmes. À travers ses juxtapositions de poèmes et d’œuvres visuelles, Louis Janmot a tenté d’accroître l’intelligibilité de sa série. Par la simple association de poèmes et d’œuvres visuelles, il parvient à libérer le spectateur des limites des médiums utilisés et le pousse à une synthèse vivante et exaltante de l’histoire exposée par le Poème de l’âme.

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La revue étudiante de la faculté des arts de l'UQAM Dossier art ancien, Dossier sujets d'actualités, In visu, et compte-rendus d'exposition...