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À Nantes, PLACE PUBLIQUE la mutation d’une île Frédérique de Gravelaine

L’Île de Nantes est le théâtre d’une opération d’urbanisme comme une ville n’en vit pas tous les siècles. La Samoa (Société d’aménagement de la métropole Ouest Atlantique), qui pilote ce projet urbain, et la revue Place publique lancent Les Chroniques de l’Île, une collection d’ouvrages consacrés à ce nouveau pan de ville qui se construit sous nos yeux. Accepter l’héritage, celui des Chantiers navals, des hangars, des fonderies, mais aussi écrire de nouvelles pages, renouer avec le fleuve, forger le patrimoine de demain. Ce premier volume est consacré à la manière originale dont se battent ici les cartes du passé, du présent, de l’avenir. La rédaction en est assurée par Frédérique de Gravelaine, auteur de nombreux livres sur l’urbanisme.

Place Publique / Samoa

Couverture : c’est là qu’il y a encore trente ans s’assemblaient les navires. (photo : Jean-Dominique Billaud)

www.revue-placepublique.fr www.samoa-nantes.fr www.iledenantes.com ISBN 978-2-84809-111-2

5€

Les Chroniques de l’Île #1

Les Chroniques de l’Île


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À Nantes, la mutation d’une île Les Chroniques de l’Île n° 1

Frédérique de Gravelaine

Place Publique / Samoa


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Ici, sur l’Île de Nantes, un patrimoine est en train de se fabriquer. Forte de son héritage, la ville y prend forme. La reconquête de tout un territoire de friches industrielles et portuaires, jusque-là quasiment inconnu des habitants, a commencé. Et cet espace agrandit le centre de Nantes, un centre à l’échelle d’une métropole en devenir. Pile du pont transbordeur, redécouverte grâce aux travaux de réhabilitation du quai François-Mitterrand (AIN)


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Introduction L’intelligence du projet

La Marne, péniche restaurée par le chantier d’insertion Atao en 2009.

AN INTELLIGENT SCHEME The Ile de Nantes is forging a new heritage with the proud reclamation of its industrial zone and port – an area virtually unknown to the rest of the city, a beacon of new growth at the heart of Nantes. Heritage is a collective enterprise, the fruit of our collective memory. Not long ago, the term applied to fine monuments, churches, palaces… But our view of industrial

Un patrimoine n’existe pas en soi, il est une œuvre collective, fruit d’un travail de mémoire. La formule peut sembler provocatrice. Il y a peu d’années encore, n’étaient tenus pour « patrimoine » que les monuments classiques, les églises, les palais… Il a fallu que le regard porté sur les friches industrielles change pour qu’accèdent à la dignité patrimoniale des filatures, des hauts fourneaux, des objets témoignant de l’histoire des techniques, puis des sites entiers. Lorsque ce travail n’est pas fait, les usines qui ferment sont détruites, leurs matériaux démontés et parfois revendus, l’histoire des hommes gommée en même temps que les traces de leur labeur. L’avènement du patrimoine industriel a ouvert un nouveau champ, où l’objet compte moins pour lui-même que pour les relations qu’il crée entre l’histoire et le présent, entre le lieu et la population. Fabriquer un patrimoine, c’est reconnaître une valeur à un passé, puis faire de ce passé un présent, et lui donner un avenir. Trois opérations aussi indissociables qu’indispensables, qui sont affaires de liens à tisser, liens entre hier, aujourd’hui et demain ; liens entre les hommes – témoins, acteurs de la transformation et futurs occupants ; liens entre les lieux – espaces à révéler, à valoriser et intégrer au tissu environnant, à partager entre nouveaux usagers. Dans cette dynamique complexe, beaucoup de conflits se jouent, des valeurs parfois difficiles à concilier (historiques, économiques, humaines…), des postures crispées opposant chercheurs et praticiens, des incompréhensions entre tenants de la mémoire et responsables de la mutation, les uns tentés par une sacralisation des lieux et les autres engagés dans une réappropriation qu’ils souhaitent rapide… La manière dont ces conflits se résolvent, en elle-même, construit le patrimoine.

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INTRODUCTION Le site des Chantiers à son état d’achèvement, les cales, la grue jaune (image de synthèse groupeA5/Samoa).

L’Île de Nantes connaît tous ces débats. L’intelligence du projet (qui relie et élit) consiste dans sa capacité à concilier. Il s’emploie à composer un tout (l’Île) à partir d’éléments disparates (les différents quartiers, leur nom, leur histoire, leurs usages) et il affirme l’intention d’accepter l’héritage dans sa totalité, sa diversité. Il est un des meilleurs exemples français d’une reconquête urbaine qui réussit à définir de nouveaux sites de projets économiques. Ce renouveau associe l’économie à la culture et aux loisirs avec des opérations comme Estuaire, les Nefs ou le parc des Chantiers… Il met en œuvre l’investissement privé autant que public. La reconversion assure l’avenir du patrimoine à condition qu’elle ne repose pas seulement sur les fonds publics et sur des usages culturels : un des succès de l’aventure nantaise est d’avoir convaincu les privés de leur intérêt à investir, pour des raisons d’image de marque évidemment mais aussi pour la qualité d’usage proposée. L’Île de Nantes est un projet de dialogue. Elle cherche à attirer les initiatives et, à partir d’un héritage chargé, invente une modernité. L’Île réalise un des principes fondamentaux du développement durable, recycler et transformer plutôt que détruire pour reconstruire du neuf. Ici se cherchent des usages nouveaux, pour une société en constante évolution.

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relics has changed: blast furnaces, mills, machines, whole complexes now enjoy ‘heritage’ status, and many have been preserved together with their history, and that of their workers. Historic buildings and objects are valued not merely for their intrinsic, artistic quality, but as links between past and present, between a place and its people. Forging a sense of heritage means recognising the value of a place’s past, bringing it into the present, giving it a new future. It means restoring and integrating derelict sites into their environment, sharing them with new users – a complex, difficult process. Conflicting priorities must be resolved, between the guardians of a site’s history and integrity, and the (often impatient) promoters of its economic or social potential. This process adds a new chapter to the site’s continuing ‘heritage story’. The Ile de Nantes knows this. The scheme’s guiding genius is its ability to encompass the island’s distinctive quarters, their names, histories and uses. This is one of France’s finest examples of a wholesale urban reclamation scheme, providing new opportunities for culture, business and leisure: Estuaire (contemporary art installations in and around Nantes and the Loire estuary), the transformed Nefs (construction hangars) and the Parc des Chantiers, on the site of the old shipyards. The scheme ensures a future for this vital heritage through mixed public/private investment and mixed use. The attraction of private investors has been a notable success: companies are reaping the benefits of their contribution to enhanced quality of life. Dialogue is essential – between the past and present, promoters and end users. The Ile de Nantes scheme favours sustainable development, recycling and transformation over demolition and rebuilding, finding new uses for our changing society.


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La partie industrielle et portuaire de l窶凖四e en 2003.


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Déménagement des grues du quai Wilson vers Cheviré, en 2005.


Part #1

PARTIE #1

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Croquis d’Alexandre Chemetoff


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Le passé de l’Île fonde son projet. Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes, en résume l’ambition : « Lieu de la crise, l’Île devient celui du renouveau ». Trois histoires se rencontrent: sites industriels et portuaires à l’ouest, faubourgs populaires des 17 et 18e siècles au centre, quartier Beaulieu à l’est, fruit des années 1960-70. Accepter l’héritage, sans faire le tri, tel est le principe du Plan guide proposé par Alexandre Chemetoff, urbaniste de l’Île : « Ce qui est là est là. Le projet en dresse l’inventaire et entre en relation avec ce qui existe, pour en générer la transformation. » « Un vrai changement d’attitude », selon Laurent Théry, directeur de la Samoa, aménageur et maître d’ouvrage : « Faire avec ce qui est là suppose de prendre en compte l’ensemble, non plus de discuter la valeur patrimoniale de chaque élément. »

Les Fonderies en 2006


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Accepter l’héritage

Battre les cartes du passé, du présent, de l’avenir

INVENTORIES – USING ‘WHAT’S THERE’ ‘The island’s past shapes the scheme,’ says Jean-Marc Ayrault, Mayor of Nantes, ‘from crisis to renewal.’ From industrial and port zones to the west, to the central suburbanscale district of the 17th and 18th centuries, and Quartier Beaulieu (built in the 1960s and 70s) to the east, architect Alexandre Chemetoff’s approach is clear: ‘What’s there is there. We will engage with everything.’ Project manager Laurent Théry, director of Samoa (the West Atlantic Metropolitan Development Company) applauds this ‘genuine change of outlook: a readiness to work with the whole place, irrespective of the «heritage» value of each part.’

En matière de patrimoine, l’approche nantaise a beaucoup évolué en vingt ans. Le maire, Jean-Marc Ayrault, raconte comment la prise en compte du patrimoine du 20e siècle s’est faite grâce à des prises de conscience successives – la mobilisation d’associations en 1989 contre la démolition de la gare de l’État, la récupération de l’usine Lu par le Lieu Unique plutôt que sa disparition dans une Cité des affaires, le respect du tissu urbain ancien dans le projet de Madeleine-Champ de Mars… Jean-Louis Jossic, conseiller municipal en charge du patrimoine puis adjoint à la Culture depuis 2008, témoigne d’une vision qui s’élargit : « Petit à petit, nous avons compris que le patrimoine n’était pas seulement architectural mais aussi bleu (le fleuve) ou vert (les allées de magnolias) ». La réflexion menée sur l’île par Dominique Perrault et François Grether de 1991 à 1994 a participé à cette évolution, en attirant l’attention sur la valeur de friches industrielles et portuaires méconnues des Nantais – beaucoup de démolitions avaient déjà eu lieu après la fermeture des Chantiers navals, en 1987. Si Alexandre Chemetoff emporte le marché de définition de l’Île de Nantes en 1999 (associé alors à Jean-Louis Berthomieu, face aux équipes de Bruno Fortier et de Labfac-Nicolas Michelin), c’est en grande partie parce qu’il est le seul à vraiment parler du site. Le cahier des charges demandait de prendre en compte l’existant. Il est allé plus loin que la commande, en proposant, non seulement de sauvegarder des lieux ou des bâtiments emblématiques, mais de remodeler un territoire entier, tout en lui conservant sa structure, sa mémoire physique, son identité…

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PARTIE #1

Maquette de Dominique Perrault en 1994 : la première représentation de « l’Île de Nantes ».

Puis, l’Atelier de l’Île de Nantes (AIN, créé par Alexandre Chemetoff) a élaboré un état des lieux extrêmement précis, à partir d’un relevé photographique complet qui a permis de fabriquer une grande maquette de travail: « Plus on arrive à s’appuyer sur ce qui existe, plus le projet gagne en réalité et mieux nous pouvons composer avec la diversité des époques, des styles. Ce n’est pas seulement une contrainte, c’est aussi le support d’un récit, une histoire. Et cela nous force à nous interroger pour savoir si ce sera mieux après qu’avant. » Sur ce principe, l’urbaniste a formalisé une démarche, faite d’inventaire exhaustif et de liberté d’écoute. Il l’a pratiquée avec une autorité impressionnante, celle d’un concepteur de grande expérience, maître dans l’art de reconnaître les forces d’un territoire et de faire évoluer ses propres prises de position en fonction de ce qu’il apprend du site. (Lire p. 24 les propos d’Alexandre Chemetoff). Ensuite, il a choisi de conserver davantage d’éléments. La maîtrise d’ouvrage, les services de la Ville et de la Métropole ont joué le jeu. Par exemple lorsque la Samoa a défendu l’idée de fabriquer un parc sur le site des Chantiers, contre les impératifs financiers qui poussaient à construire là un quartier neuf. Ou lorsqu’elle joue un rôle de médiateur en discutant avec les associations soucieuses de préserver le patrimoine. Ou encore lorsqu’elle

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Mayor Jean-Marc Ayrault cites the wake-up calls that transformed Nantes’ approach to its industrial and 20thcentury heritage: local protests over the demolition of the Gare de l’Etat in 1989; the rescue of the LU biscuit factory, to become the ‘Lieu Unique’; the sensitive redevelopment of the Madeleine-Champs de Mars… Jean-Louis Jossic (deputy mayor for heritage and culture), agrees: ‘Little by little, we have understood that «heritage» means not only architecture but the river, or Nantes’s magnolia avenues…’ A study of the Ile de Nantes by architect Dominique Perrault (1991-94) highlighted the value of its littleknown, derelict sites, when much had already been demolished following the shipyard closures in 1987. Three schemes competed for the Ile de Nantes contract in 1999: Alexandre Chemetoff (with Jean-Louis Berthomieu), Bruno Fortier, and Labfac-Nicolas Michelin. Chemetoff’s winning plan went beyond the brief to retain existing structures, with a coherent scheme to safeguard iconic sites and buildings, and remodel the island while preserving its physical ‘memory’ and identity… From a detailed photographic survey, Chemetoff’s Atelier de l’Île de Nantes (AIN) produced an inventory and a large working model. Committed to using ‘what’s there’, Chemetoff rooted his scheme in the realities of the site, embracing its diverse architecture and history not as a constraint, but as the key to the island’s essential narrative. This laid the foundations for a truly objective assessment: would the island really be better after the scheme than before? Chemetoff brings great authority and experience, a remarkable ability to tap the site’s core strengths, and a readiness to adapt his ideas to his growing knowledge of the island. In cooperation with the City authorities, Chemetoff retained more existing features: the Samoa defended plans for a park on the site of the old shipyards, in the face of financial pressure for new housing, and mediated talks with local heritage associations. It also supported the project’s flexible working plan, says Laurent Théry, based on interaction and negotiation, avoiding ‘excessive bureaucracy or snap decisions’. Two early interventions by the AIN defined its approach to the island’s public spaces: railings salvaged from the Gare de l’Etat were used around the Maison des Syndicats; a


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transplanted magnolia celebrated Nantes’s iconic tree and the importance of ‘green‘ heritage. The redevelopment of Quai François Mitterrand also marks a new engagement with the river. Salvaged paving slabs have been set in sand, evoking the geography of the islands of the Loire estuary. These ‘grassy pavements’ filter rainwater and allow grasses to grow. They do not need watering or cleaning with power-hoses (a steep learning curve for the City’s Parks Service…). Railway tracks recall the site’s industrial past. The initial scheme was adapted to protect a rare plant – estuarine angelica – which thrives in the local silt. A riverside promenade sweeps out over the water, to incorporate a pile from the old transporter bridge. The entire project is based on enhancement, repair and refurbishment, for easier access and use. Most of the space around Quai François Mitterrand respects existing surfaces, borders and planting schemes… Alexandre Chemetoff’s approach is economical, too: the cost of refurbishing the public spaces averages 111 euros per m2. SAMOA co-director Stéphanie Labat describes how granite slabs dug out from Quai François Mitterrand (sometimes six deep) have been reused all over the island, with ‘no need to import new ones from China.’ The transformed quayside has been rediscovered by the people of Nantes: its natural and urban landscapes, the shifting colours of sky and river, history clearly legible between the paving slabs and self-service bikes. Its recent past as an unofficial parking lot – until 2004 – is forgotten. Metamorphosis is the key, says Chemetoff, echoing the City’s vision of the island as the heart of an emerging European pole.

L’angélique des estuaires, plante rare emblématique des berges de fleuves, fait aussi partie du patrimoine îlien.

Croquis : Alexandre Chemetoff

travaille sans programmation classique: « Dans la ville qui se fait sur ellemême, programme et projet doivent évoluer en interactivité permanente, sans volonté bureaucratique ni décision ex nihilo », assure Laurent Théry. Les deux premières interventions de l’AIN sur les espaces publics de l’Île ont donné d’emblée des exemples de son approche. Autour de la Maison des syndicats, boulevard de la Prairie au Duc, ce sont les grilles de la gare de l’État en partie conservées, avec un muret en soubassement ; c’est un magnolia transplanté là, clin d’œil à la tradition botanique nantaise et affirmation que l’héritage est aussi végétal. Sur le quai François-Mitterrand, face au quai de la Fosse et au centre ancien, au pied du palais de Justice, l’aménagement annonce aussi une nouvelle relation au fleuve. Les pavés sont récupérés et posés sur le sable – un sol qui témoigne de la géographie, des îles sur le lit de la Loire. Entre minéral et végétal, ces « trottoirs engazonnés » ont un usage de jardin. Laissant filtrer l’eau et émerger les herbes, ils changent les habitudes d’entretien, ne se nettoient pas au karcher ni ne s’arrosent, ce qui a demandé des mises au point avec le Service des espaces verts de la ville, peu enclin à cette pratique. Les rails sont conservés, rappel des usages industriels précédents. Les projets d’aménagement des berges ont été modifiés pour tenir compte d’une plante protégée, l’angélique des estuaires, rarissime ailleurs et proliférant ici sur le bouchon vaseux. Pour intégrer le vestige d’une pile de l’ancien pont transbordeur, la promenade créée au bord du fleuve se détache de la terre et surplombe l’eau… Ainsi voit-on comment la trame des espaces publics, sur l’ensemble de l’Île, va tenir compte de multiples éléments existants. Rien n’y est refait de manière systématique car il s’agit simplement d’améliorer, de réparer, de rendre plus confortable… Autour du quai François-Mitterrand, 86 % des emprises sont des surfaces existantes, avec conservation d’éléments comme des bordures, des revêtements de sol, des plantations… « Restaurer signifie une attention portée à ce qui existe et transformer suppose d’y mêler le neuf » : la philosophie d’Alexandre Chemetoff amène à produire des espaces publics plus économiques – le coût moyen de leur aménagement dans l’Île a été fixé à 111 € au mètre carré. « Récupérer l’existant est bon aussi pour l’économie du projet, explique

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PARTIE #1

La Maison des syndicats, première intervention d’Alexandre Chemetoff sur les espaces publics de l’Île (Forma 6, architectes du bâtiment). Une opération d’autant plus importante symboliquement que ce site de la gare de l’État a été, en 1989, l’objet d’une des premières grandes mobilisations associatives pour sauvegarder un élément de patrimoine du 20e siècle.

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The Maison des syndicats, Chemetoff’s highly symbolic first project, on the site of the Gare de l’Etat, whose demolition in 1989 mobilised an early campaign to preserve Nantes’s 20thcentury heritage.


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PARTIE #1

Hoche, la Maison de quartier de l’île, une ancienne école transformée en centre socio-culturel.

Stéphanie Labat, directrice adjointe à la Samoa : les beaux pavés de granit décaissés sur le quai François-Mitterrand, parfois sur six épaisseurs, sont réutilisés partout dans l’Île, ce qui évite d’en faire venir de Chine. Même les enrobés peuvent servir de fondations aux trottoirs. » Pourtant, c’est un espace tout à fait nouveau qui est né sur le quai François-Mitterrand, pratiqué par les Nantais d’une façon nouvelle. Il y a ici de la nature et de l’urbain, du vert et de la ville, beaucoup de ciel et de l’eau aux couleurs mouvantes, de l’histoire lisible entre les pavés et des vélos en libre service. Dans un petit jeu entre l’avant et l’après, que reste-t-il de tout l’existant ? Les habitants ont tôt fait d’oublier que les berges de la Loire étaient encombrées de parkings sauvages, il y a seulement quelques années, en 2004. Au-delà du patrimoine, l’objectif demeure la transformation. « Battre les cartes du passé, du présent et de l’avenir, et créer une modernité nouvelle », dit Alexandre Chemetoff. En quoi il rejoint les préoccupations des politiques et celles de la Samoa, pour qui le dessein de l’Île est moins un projet de rénovation que la construction d’un centre à l’échelle métropolitaine, pour une ambition européenne.

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Chemetoff’s Guide Plan: Superimposed maps, the survey inventory and redevelopment plans are updated quarterly, modified and enriched with detail. The guiding principles are unchanged: priority for public spaces, openness to the river, respect for ‘what’s there’, unity through diversity. The Guide Plan is a working tool for the scheme’s overseers, and hence open

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to misinterpretation by the public: the inclusion of proposed new bridges sparked false reports that their positions had been finalised. The Plan reflects the ‘sense of place’ shaping the work, supports negotiations with promoters and other end users, and helps to visualise new ideas, test their feasibility and integration, and assess planned redevelopments ahead of final decisions.


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Le Plan guide en octobre 2008 (AIN)

Plan guide : Alexandre Chemetoff a formalisé sa démarche en inventant un outil de travail qui résume à la fois la méthode et l’esprit du projet, le Plan guide. Il s’agit d’une superposition de cartes, atlas de l’état des lieux affiné pendant les premières années et plans décrivant la transformation. Ces plans, par définition évolutifs, sont réactualisés tous les trimestres – détaillés et enrichis pour tenir compte de chaque opération. Pourtant, le Plan guide n’a pas connu de bouleversements. Les principes initiaux demeurent : priorité à l’espace public, ouverture sur la Loire, respect de l’existant, réflexion globale prenant en compte la totalité de l’Île. Difficile à lire pour une personne non avertie car il n’a ni repères ni noms de rues,

le Plan guide est un outil de discussion entre les acteurs. Le maître d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage s’entendent pour qu’il représente « le sens des lieux » et l’utilisent comme base de négociation avec les promoteurs et les autres porteurs d’ initiatives. Il permet de « dessiner des hypothèses », de tester la fiabilité des projets qui se présentent et d’aider à les intégrer, de mettre en débat des aménagements avant qu’ils soient décidés. Démarche qui n’est pas toujours comprise – par exemple, en indiquant la présence de nouveaux ponts, le plan a pu faire croire que leur emplacement était décidé, alors que ces positions allaient changer.

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Le Quai des Antilles, en 2005 et en 2007.


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PARTIE #1

La cale 2.

Les Chantiers. Transformer les contraintes en ressources

THE CHANTIERS FROM CONSTRAINTS TO RESOURCES 7 June 2006: launch meeting for the Parc des Chantiers – subcontractors, Pascal Seince or projet coordinators Quatuor, landscape designer Catherine Pierdet, Olivier Tardy of the Samoa. A tight agenda sets the tone: conformity with waterways legislation by 3.45 p.m., work starts 9 June, partial inauguration June 2007. Delivery of park complete by June 2009. The mood is friendly. A visit to the old Dubigeon shipyards, closed in 1986, followed by discussions over plans – which trees to keep? (Not all have been surveyed). Soil quality data is needed. The Nefs crosssection explained: levelling work along the route taken by the Elephant. Childlike glee at the 19-tonne beast, bigger than a bus. The friendly mood prevails in the months ahead despite complex, frantically-paced work. Wednesday morning site meetings establish a regular dialogue, with subcontractors working flexibly and fast. AIN landscape

Le 7 juin 2006, première réunion avec les entreprises sur le futur parc des Chantiers. Y participent aussi Pascal Seince, patron de la société Quatuor qui coordonne les opérations, Catherine Pierdet, paysagiste collaboratrice d’Alexandre Chemetoff depuis vingt-cinq ans, Olivier Tardy, en charge du projet à la Samoa. Le visa de conformité avec la loi sur l’eau est attendu pour demain 14h45, le chantier peut commencer le 9. Voilà le ton donné: pas une heure à perdre, inauguration prévue le 1er juin 2007 pour la Biennale de l’Estuaire, dans moins d’un an. Ouverture partielle, car la totalité des jardins ne sera livrée qu’en juin 2009. L’ambiance est bon enfant. Visite du site d’abord, territoire des anciens chantiers navals Dubigeon désertés depuis vingt ans. Puis discussion autour des plans – par exemple celui des arbres à conserver ou à supprimer dont certains n’ont pas encore été repérés par le géomètre. Attente de précisions sur la qualité des terres végétales qu’il faudra conserver sur place. Explication de la coupe qui montre les abords des Nefs, les terrassements à prévoir sur le passage de l’Éléphant – les chefs de chantier ont soudain des regards d’enfants en découvrant que la bête, charge de 19 tonnes à l’essieu, sera beaucoup plus grosse qu’un bus… La cordialité des relations ne se démentira pas au fil des mois suivants, malgré la complexité exceptionnelle des travaux, due à la fois au rythme effréné et aux exigences du maître d’œuvre, que résume Catherine Pierdet: « un vocabulaire précis et la volonté de s’adapter à l’existant ». Le dialogue se noue sur le site, lors des rendez-vous du mercredi matin. Les entreprises font plus que jouer le jeu pour avancer vite – « Si on n’arrive pas à couler le béton prévu à un endroit, on coule ailleurs, on pose le mobilier ailleurs… La rationalité du chantier y perd mais pas le rendement. » Et l’équipe de l’AIN assure la précision. « Dessiner beaucoup de détails, y compris sur le fonctionnement. Et rappeler le sens du projet » : Laurent Mouret, paysagiste de l’AIN, raconte comment la multiplicité des déclivités, conservée, entraîne une complexité des cotes qui oblige à travailler au centimètre près. Ce dont les entreprises d’espaces publics ou d’éclairage n’ont pas l’habitude. Ici, elles ont aussi dessiné leurs plans, qui leur permettent de dialoguer avec les maî-

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Le Jardin des Voyages, créé en 2008.


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La cale 2

architect Laurent Mouret explains how respecting the island’s relief entails earthworks calculated to the last centimetre, and new skills for the contractors, who play an active role in decisions prompted by challenges arising en route. Mouret recognises that surprises are inevitable on a site with few archives and test bore records. ‘We found cylindrical concrete forms out on the groyne. No one knew about them; we incorporated them, and found out what they were later.’ A case of a construction site uncovering the history of the place it transforms… More surprises at the new Jardin des Voyages: foundation slabs and crane tracks led the AIN to redesign the children’s play area and planting, and remodel a controversial esplanade. The expanded version has extra plants, for a more natural effect. March 2007: Unforeseen, last-minute changes at the Parvis de Nefs: an underground tunnel once used by workers runs beneath the planned avenues of trees. Could it be used to pass cables, or as drainage? Concrete slabs, river defences, struts and slipways were uncovered all over the island. Their re-use contributes a powerful sense of heritage, a magical combination of industrial history and the natural splendour of the estuary. As historian Jean-Louis Kerouanton explains: ‘this densely-packed, busy site had become a lunar wasteland. Now that intensity is reborn.’ Existing features were valued resources, not constraints. The site’s journey of discovery continues with today’s visitors, watching its transformation, making it their own.

Perspective du site des Chantiers (AIN). Les cales sont révélées et traitées différemment selon leur histoire et leur usage nouveau : Le Jardin de l’Estuaire, dans une cale à moitié remblayée. La cale des sous-marins, ouverte, restructurée. La cale 2 agrandie, occupée longtemps par l’association Cale 2 l’Île qui restaure des bateaux. La cale 3, ouvrage des années 1920-1930, restituée à son usage de lancement de bateaux; voûtes aménagées en locaux d’exposition ou d’animation. Livrée à l’été 2009.

tres d’œuvre, de participer à la recherche collective de solutions, au fil d’un chantier bourré d’aléas. « On prend tout en l’état et on en fait un jardin. » Le principe, rappelé par Laurent Mouret, suppose les surprises, surtout sur un terrain où les archives et les sondages font défaut. « Il y avait plusieurs entreprises et une diversité d’activités, dont les associations d’anciens de la navale n’avaient que des connaissances partielles. Par exemple sur l’estacade, on a trouvé des émergences en béton de forme cylindrique, dont elles ignoraient l’existence mais dont elles ont cherché et retrouvé l’origine. » En transformant les lieux, le chantier permet de relire leur histoire. Ces parties en béton ont obligé à modifier l’échafaudage nécessaire aux travaux de solidification de l’estacade. Au chapitre des bonnes surprises, le nouveau Jardin des Voyages. Des chemins de grue et des ponts roulants, des marbres ont été découverts, qui ont amené l’AIN à redessiner les jeux d’enfants, revoir les lignes de plantation, refondre une esplanade dont la forme était critiquée : plus rectangulaire, l’esplanade est agrandie et un bout de jardin supplémentaire, en pleine terre, apporte un effet plus naturel. Mars 2007, les arbres plantés sur le parvis des Nefs ont changé la perception de l’espace, soudain en relief. Au rang des aléas de dernière minute, une galerie souterraine par laquelle passaient les ouvriers est découverte le long des Nefs, là où des plantations sont prévues : on es-

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La Cité des Chantiers : sur un ancien marbre de préfabrication en béton armé, des containers assemblés créent des salles, vestiaires, bureaux, ateliers, lieux de stockage pour l’association d’insertion Atao (2008).


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La cale 3

La cité des chantiers

saie de voir s’il est possible de s’en servir pour passer des réseaux ou aider l’évacuation des eaux. Partout, ont été exhumées des plaques en béton, des rives, des poutres, des cales… Leur superposition crée la richesse du lieu, des ambiances magiques grâce à la puissance d’évocation des vestiges industriels confrontés à la présence de la nature, à la splendeur de la Loire, si proche, déjà maritime. Pour l’historien Jean-Louis Kerouanton, cette valorisation des traces redonne de la complexité au lieu : « Ce site, extrêmement plein en activité, devenu lunaire après la fermeture des Chantiers, retrouve de la densité malgré tout. » Parce qu’il n’y a pas de terrain vierge, autant se servir de ce qui est là, « mettre l’existant de son côté ». Plutôt qu’un tissu de contraintes, le site devient lieu de ressources, au sens plein du mot. L’idée de découverte ne s’arrête d’ailleurs pas avec le chantier puisque le visiteur poursuit le récit, en s’appropriant un espace dont il repère les transformations. Tout commence et tout finit par une promenade.

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PARTIE #1

Alexandre Chemetoff, L’invention du lieu « Les Nefs ou le site des Chantiers, transformés, sont une métaphore du projet urbain, où l’état des lieux n’est pas seulement donné au départ mais révélé par le processus de création du projet, qui rend perceptible quelque chose de plus ou moins caché. Le site est considéré comme lieu de ressource, pas de contrainte. Une ressource que le projet invente aussi, par sa façon de découvrir. Les travaux agissent comme une archéologie active, qui revient sur l’enfouissement opéré par le temps. La manière de faire le projet en est changée: il évolue plusieurs fois en fonction des découvertes, avec la même répartition dans l’espace mais en différant dans le détail. Par exemple, le chantier du Jardin des Voyages – une appellation provisoire tout comme celles de Jardin des Estuaires et de Terrasse des Vents – découvre des ouvrages, que l’on décide de conserver et qui deviennent une matière première: une longrine, poutre de béton armé coulée dans le sol comme un élément de fondation, est aujourd’hui suspendue et des jeux d’enfants s’y accrochent. Révélant les lieux, le projet en partage l’imaginaire. Ainsi, le Jardin des Estuaires rend visible l’écosystème de l’estuaire grâce aux plantes découvertes au fond de la cale. L’idée de la Terrasse des Vents est venue en découvrant des murets en gabions aménagés devant les cales, qui ont été récupérés en partie ; on a planté de la prairie puis les manches à air au bord de l’eau… L’approche n’a pas nécessairement une dimension historique mais elle met à profit l’œuvre du temps. La plateforme sur laquelle on dessinait des coques permet de fixer des transats et de prendre le soleil : ce sol a une nouvelle vie, le fait qu’il soit un peu usé lui donne une qualité que tout le monde ressent. Ce réemploi a un sens fort dans la ville durable. Mieux que de démolir pour reconstruire ou de recycler après avoir trié. En est bousculée la notion d’un projet de la conformité, qui aurait son identité propre, son cahier des charges, ses investissements, ses effets attendus – puisque tout le monde en veut pour son argent… Pour travailler ainsi, il faut une grande confiance entre le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Ce dialogue, impossible dans un système technocratique, qui multiplie les contrôles, est l’enjeu de l’aménagement. Imaginer un rapport de confiance et d’échange qui permet cette dynamique du projet, c’est placer très haut la notion d’intérêt gé-

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ALEXANDRE CHEMETOFF INVENTING THE PLACE ‘The transformed shipyards – the Nefs, and the Chantiers – typify urban projects whose true nature is revealed as lost elements are uncovered. The site is a resource to be discovered and reinvented through a kind of active archaeology that reverses the accretions of time, and fosters a new approach: new discoveries mean revised plans at strategic points. The Jardin des Voyages uncovered elements which we recycled: a reinforced concrete joist set into the ground was suspended as part of a children’s playground. The Jardin des Estuaires highlights the estuary’s ecosystem, with plants found at the bottom of the slipway. The Terrasse des Vents was suggested by blind walls uncovered at the front of slipways that had been partly filled in. We planted grass, and set up wind socks on the waterfront. The platform where the hulls were laid out is a sun-deck, with loungers. The original surface is reused – worn, but with a quality everyone can feel. Reuse is vital for sustainable cities. Better than demolition and rebuilding. It revolutionises the concept of the «coherent project», driven by the need to create value for money. Working in this way needs trust and dialogue between project manager and client – impossible in a technocratic system, with its checks and controls, but essential here. It means making the public interest a top priority, establishing stringent quality criteria, keeping a close check on budgets, schedules, and contractors. Visitors to the reopened Chantiers site discover its past, but also a kind of freedom in the new features. The Nefs today are transformed: stonework has been removed, there’s a translucent roof, new structural elements… Razing a structure for greater freedom can be terrifying. Accumulations around an existing site can be oppressive. Better to win that freedom by embracing different points of view, different styles and periods, with no need to conform to an idealised model.’


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PARTIE #1

Les Nefs et les premiers aménagements du parc, été 2007.

néral. Et cela impose un niveau d’exigence élevé, avec une rigoureuse maîtrise des prix, des délais, des relations avec les entreprises… En découvrant le site des Chantiers, qui était fermé au public, les visiteurs renouent avec une mémoire, mais avec une certaine liberté, grâce à la part nouvelle qui a été apportée. Les Nefs d’aujourd’hui ne sont pas celles que nous avons trouvées – maçonnerie démolie, toit translucide, nouveaux morceaux de charpente… La transformation donne à chacun la possibilité de s’approprier l’héritage, de réactiver sa propre mémoire. Faire table rase pour se sentir libre peut être terrifiant ; accumuler produit un sentiment oppressant ; mieux vaut gagner sa liberté en adoptant les autres, la disparité des points de vue, les différences de styles et d’époques, sans avoir à se conformer à un modèle idéalisé. »

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PARTIE #1

Alstom: qui va occuper les bâtiments? L’entreprise Alstom avait décidé de partir, de quitter les 6 hectares qu’elle occupait au cœur de l’Île, à deux pas du palais de Justice. Elle n’imaginait pas que le projet de rénovation puisse s’accommoder de sa présence et pensait trouver en périphérie des locaux plus petits, en réalisant ici une bonne affaire immobilière. Alexandre Chemetoff visite les lieux, découvre des ateliers bien entretenus et commence à concevoir un autre projet que de démolir les bâtiments disparates édifiés là au fil des années. Afin de crédibiliser le projet de l’Île dans sa capacité à conserver sur place des activités, il faut imaginer un montage qui permette à Alstom de rester là, quitte à se replier sur un seul bâtiment, la collectivité rachetant le reste du site. Première tâche de Nicolas Binet, qui dirige alors la mission Île de Nantes à la Communauté urbaine, « persuader l’industriel du réalisme du projet de la collectivité et de sa volonté de le faire aboutir ». La maîtrise publique de cette pièce centrale dans la mutation de l’île était nécessaire pour la redécouper en îlots urbains, avec une nouvelle trame viaire, et pour développer un projet cohérent. Assez vite, émerge l’idée qu’il faut faire une partition du site: la Communauté urbaine en rachète la majeure partie, au prix des Domaines moins les coûts de dépollution, tandis que l’immeuble de bureaux et les halles, toujours utilisés par Alstom, peuvent être cédés à un investisseur privé, avec un cahier des charges mis au point par la Communauté urbaine. Un seul promoteur accepte de prendre ce risque, le Nantais Bernard Brémond, le premier à avoir pressenti l’avenir de l’Île. Lui, qui se voit comme un conseiller en développement urbain et défend des projets écolo, définit son action de manière novatrice: « Promoteur, c’est le plus souvent un métier de voyou, avec des idées rétrogrades. Essayons de le faire plus correctement » (entretien dans Libération du 20 août 2008). Au cœur de l’Île, il s’engage à réhabiliter 9000 m2 d’un immeuble des années 1970, et à y ajouter environ 6000 m2. Par la suite, il va développer un grand parking. Phase clef des négociations avec Alstom en 2001-2002, la définition des exigences environnementales pour le réaménagement du site. C’est une négociation à trois, l’exploitant vendeur, l’acquéreur et l’État, qui permet de sceller un accord sur l’arrêté de cessation d’activité de l’installation classée et sur la gestion de la pollution des sols. Parallèlement, la discussion s’engage avec les chercheurs du CHU, qui

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A PROJECT WITHIN A SCHEME As the Ile de Nantes scheme progressed, Alstom planned to sell its central, 6-hectare site, and move to smaller, outlying premises. Alexandre Chemetoff paid a visit. Applying the scheme’s policy to retain existing businesses, he suggested Alstom occupy one building on the site. The authorities would acquire the rest. Project manager Nicolas Binet won Alstom’s support: public intervention was needed to parcel the plot into blocks, intersected by new streets. Nantes Métropole (the council for the Greater Nantes region) acquired most of the site, minus depollution costs. Buildings still used by Alstom were ceded to ‘maverick’ Nantes developer Bernard Brémond – noted for his ecological approach – with a brief from Nantes Métropole. Brémond would refurbish 9,000 m2 of office space in one 1970s building, with a 6,000m2 extension. He then created a steelframed, 8-storey, 960-space car park. 2001-2 saw delicate talks over depollution and the environmental brief. Researchers at Nantes’s university hospital planned a biotechnology pole, but this was never realised. Laurent Théry invited temporary initiatives while the final plan – the Quartier de la Création – took shape. In just a few years, temporary occupants included the innovation agency ANVAR, Biofortis, Nantes Télévisions, the Machines (the Elephant was built here), artists’ workshops, graphic design and communications agencies, new technology start-ups, even the SAMOA itself… Many joined forces to launch new projects and ventures. Alstom typifies the Ile de Nantes approach, shaped by deep local knowledge. Sensible, and ultimately sustainable, but seldom applied elsewhere because adaptability depends on universal good will, to overcome the inevitable difficulties. Plans invariably evolve once the key features of existing buildings have been noted for preservation. Architects Lipsky and Rollet installed offices and laboratories in one hangar at the site, with a simple scheme respecting its industrial character. Developing a site as part of a wider scheme means finding occupants who respect ‘what’s there’. The Samoa


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Le site Alstom, avec à droite la Maison des avocats en construction (2008). Vernissage d’une exposition dans la Halle 6 (2008)


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PARTIE #1

Pépinière des biotechnologies installée en 2006 dans un bâtiment industriel transformé avec un respect extrême (Lipsky et Rollet architectes).

La Maison de l’avocat (Forma 6, architectes).

s’interrogent sur la création d’une Cité des biotechnologies – idée qui ne se concrétisera pas. « Compte tenu de l’ampleur du site, il était évident que sa transformation allait devoir s’opérer en plusieurs phases et qu’il fallait prendre du temps pour en définir la meilleure occupation possible »: Laurent Théry aborde cette période de transition en choisissant de ne pas laisser vide ce territoire et d’y accueillir de nombreuses initiatives, en attente du « quartier de la création » qui peu à peu va s’y dessiner. Une quarantaine d’entreprises vont donc passer ici en quelques années: l’Anvar, Biofortis, les télévisions nantaises, l’atelier des Machines (où sera construit l’Éléphant), des ateliers d’artistes, des agences de graphisme ou de communication, des start-up en nouvelles technologies, la Samoa elle-même… Sur le principe de ces occupations transitoires, va se dessiner peu à peu une dynamique entre des entreprises qui vont en venir à développer des projets ensemble. Nicolas Binet résume le pragmatisme du processus: « Construire par étapes un jeu à plusieurs, pour trouver une dynamique d’ensemble, alliant les activités historiques du site et la nouvelle économie, impliquant des acteurs privés dans une trame publique, valorisant l’existant et la construction neuve… »

plan for the Quartier de Création included the School of Fine Arts, a publishing and book college, the arts department of a local lycée… Waiting for this scheme to be built, 40 creative enterprises and SMEs in a ‘business incubator’ occupied the site with rents of 50€ to 110 € per m2. ‘Returns were low, but we needed a buzzing scene,’ says Laurent Théry. A phased project with multiple players brought inevitable clashes, but ultimately a successful mix of ‘historic’ and ‘new economy’ activities, public/private investment, refurbished and new buildings… An ambitious, pragmatic plan involving – above all – rational, careful management of the depollution process, to stay within the economic parameters essential to the metamorphosis of any industrial site.

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PARTIE #1

Le bâtiment Insula : Alstom occupe seulement une partie de la halle 7 transformée en 2007 en un ensemble que le promoteur Bernard Brémond a voulu facilement mutable (Roulleau et Besseau architectes).

Le cas Alstom est exemplaire de la démarche: au lieu de fabriquer des programmes sans connaître les lieux, c’est le territoire qui inspire les modes d’occupation. L’idée peut paraître pleine de bon sens, évidente dans une préoccupation « durable » qui privilégie la récupération de l’existant. Mais si la pratique reste si peu courante, c’est parce qu’elle exige beaucoup d’efforts et la bonne volonté de tous, pour résoudre une multitude de problèmes. Par exemple, les programmes doivent être définis comme « indicatifs », sous réserve d’entrer dans le bâtiment en conservant des éléments essentiel à son identité. Finalement, les architectes Lipsky et Rollet ont réussi à y installer des bureaux et des laboratoires avec simplicité, dans le respect du bâtiment industriel. Le dialogue site/programme, c’est trouver les occupants qui vont tenir compte des bâtiments – et veiller à ce que leur projet respecte cette règle du jeu. Un défi car des exigences contradictoires s’affrontent. Pour le compte de la collectivité, la Samoa développe ici un Pôle de la création qui regroupe l’École des BeauxArts, l’École du Livre, le département Art d’un lycée, et qui accueille, en période transitoire, une quarantaine d’entreprises, en particulier des PME naissantes, dans une pépinière d’entreprises qui leur offre des loyers entre 50 et 110 € le m2 – « Tant pis pour les recettes, il faut apporter de l’activité, que ça grouille làdedans », insiste Laurent Théry. Mais chacun des porteurs de projets a ses propres impératifs (en particulier des questions de financement, le coût de la reconversion respectueuse étant généralement plus élevé) et une certaine propension à oublier qu’il n’arrive pas en terrain vierge. D’où quelques frottements un peu rudes.

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La naissance du Jardin des Fonderies auprès duquel s’implantent des sièges d’entreprises comme celui de la Nantaise d’habitations.


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PARTIE #1

Un jardin dans l’usine des Fonderies

THE JARDIN DES FONDERIES INDUSTRIAL ARCHAEOLOGY The Fonderies de l’Atlantique, created in 1907, cast propellers for the France transatlantic liner, and the Clemenceau aircraft carrier. The Guide Plan marked the (active) foundry for demolition and transfer to a new site, creating a park at the heart of a redeveloped urban district. Historian Jean-Louis Kerouanton photographed the furnaces, crane bridges, casting pits, and a ‘sublime’ collection of propeller paddles – owned by the City of Nantes, which bought the site in 2001 to keep it open after receivership. Chemetoff immediately suggested an ‘archaeological’ park centred on the casting pits and furnaces. Demolition was cancelled, and the architect intervened ‘like a painter reworking an existing canvas.’ The new plan respected the layout and position of the original buildings, one of which was partly retained as a cold conservatory (suggested by the City Parks Service), linking Nantes’s botanical history to the propellers and their great journeys – plants were often brought back by ship from all over the world. Demolition was still needed in places, but always in a context of dialogue between the architects, historians, project managers, contractors, and local people… The furnaces sparked an interesting debate: should they be accessible to the public? Saved from further rust, or just sanded and cleaned? Following ‘light’ conservation work, they are presented with historical and technical

Le Plan guide prévoyait la démolition de l’usine, afin de réaliser un jardin au cœur d’un quartier à densifier et à équiper. Puis l’historien JeanLouis Kerouanton repère dans l’usine encore en fonctionnement des fours, des ponts roulants, des fosses de coulées intéressantes, une collection « sublime » de modèles de pales d’hélice (depuis 1907, les Fonderies de l’Atlantique ont, entre autres productions prestigieuses, fabriqué les hélices du France et du Clemenceau). De même que le bâtiment, cette collection est propriété de la Ville, qui a racheté le site en 2001 pour permettre la reprise de l’activité, après un dépôt de bilan. « Lorsque je montre à Alexandre Chemetoff les photos prises avant le déménagement de l’usine, il s’en empare immédiatement pour imaginer un jardin archéologique où les fosses de coulées et les fours construisaient du sens. Le permis de démolir était acquis, pourtant sa réflexion a été complètement renouvelée. » La trace et le palimpseste: Alexandre Chemetoff parle de dessiner les plans en dialogue avec l’existant à la manière d’un peintre intervenant sur un tableau déjà peint. Il raconte comment sa visite du site des Fonderies a changé son approche: « Les deux fours que l’Inventaire demandait de conserver n’ont de sens qu’inscrits dans un réseau de traces, les fosses qui permettaient de mouler les hélices, le calepinage du sol, la structure des halles… Donc nous avons fait un plan qui reprend l’implantation des anciens bâtiments. Après étude de la structure, une partie de la halle est conservée et devient un jardin d’hiver, ce qui donne l’idée avec le service des espaces verts de faire une serre froide. Ainsi nous avons l’occasion de relier l’histoire de la diversité botanique nantaise à celle des voyages et des hélices – les plantes ramenées par les bateaux sillonnant les mers du monde… » Cette posture « attentive » n’empêche pas de démolir parfois de façon radicale mais elle fonde le dialogue, ouvert, entre concepteurs, historiens, maîtrise d’ouvrage, services techniques, entreprises qui réalisent le chantier, promoteurs, habitants… Il y a eu ainsi des débats intéressants sur l’usage des traces historiques, par exemple jusqu’où aller dans la conservation des fours, très dégradés. Comment les protéger? Les rendre accessibles ou pas? Créer un jardin de ruines ou faire le tri entre les traces du temps? Bloquer la rouille, seulement sabler pour nettoyer? Finalement, les fours sont réhabilités de façon légère et une présentation pédagogique, travaillée avec le service Patrimoine de la ville et les associations, raconte l’histoire du site et de la technique.

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PARTIE #1

Autour du futur jardin, tout un quartier se restructure, en particulier pour y construire du logement – à gauche de la halle, opération du promoteur privé Giboire (Gaëlle Péneau architecte).

L’idée est portée par la Samoa aux côtés de l’AIN, la Ville et la Communauté urbaine, les paysagistes de l’opération, Doazan et Hirchsberger. Tous sont partenaires pour résoudre les difficultés techniques d’un jardin sous verrière (récupérer les eaux pluviales par un système de caniveaux et de cuves qui assure l’arrosage par goutte à goutte et brumisation). Ce jardin au caractère unique a pour objectif de structurer le quartier, de valoriser un secteur emblématique de l’Île par sa diversité : tissu périurbain, enclave industrielle dans Beaulieu, complexe sportif, garage Citroën, bureaux des années 1990 (2 000 emplois), foyer de jeunes travailleurs… « Ce site maîtrisé par la collectivité publique offrait l’occasion de construire du logement, de resserrer le tissu urbain et de créer de la dynamique », raconte Olivier Tardy, pilote de l’opération à la Samoa. Sur le jardin s’appuient des opérations immobilières – en particulier celle du promoteur privé Giboire (architecte Gaëlle Péneau), commercialisée sous le nom « Les Jardins des Fonderies » – et la réhabilitation/extension d’un foyer de jeunes travailleurs. (Architecte Pierrick Beillevaire)

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information from the City’s heritage department and local associations. The Samoa, AIN, the City, Nantes Métropole, and landscape contractors Doazan and Hirchsberger collaborated to address the challenges of a garden under glass: rainwater runs off into tanks, to be used for drip and spray mist irrigation. This unique park is the focus of a diverse urban area including an industrial enclave at Bealieu, a sports complex, Citroen garage, office buildings from the 1990s (2,000 jobs), and housing for young working people (to be extended and refurbished)… As Olivier Tardy of SAMOA points out, the project was ‘steered by a public body [to create] housing, and re-energise the neighbourhood.’ Nearby private residential developments include ‘Les Jardins des Fonderies’, by architect Gaëlle Péneau for Groupe Giboire.


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PARTIE #1

Beaulieu aussi, c’est du patrimoine

MODERNITY ALSO IS HERITAGE At the east end of the island, the plains of Beaulieu (often flooded) were reclaimed after the War and developed in the 1960s: vast, disconnected public spaces, tower blocks and housing estates, a big shopping centre, sports amenities, the headquarters of the regional administration… A modern heritage with an almost universally negative image, towards which Alexandre Chemetoff nonetheless took a ‘positive critical stance’, defending his mission to work with and enhance ‘what’s there’ – the exceptional and the banal alike. The renovation of the Beaulieu shopping centre typifies this approach: opened in 1975, extended in 1985 and ‘refreshed’ in 1992, it had ‘lost its powers of attraction’, according to director André Le Bars. The scheme aimed to reinstate it as an innovative, regional flagship at the heart of the island’s dynamic transformation, integrated with Nantes city centre. Six months after re-opening, visitor numbers at the expanded centre – with its new boutiques and vibrant, bold facade – are up by 20 per cent since april 2008. Laurent Théry describes the project’s pragmatic approach: ‘Beaulieu shopping centre functioned as a closed box. It will never be an open space, like a city street. But the renovation has permeated the facade, creating a monumental entrance off the boulevard and changing people’s relationship to it. It’s become a presence in the city.’ André Le Bars was appointed director of the centre in

Sur le flanc Est de l’Île, les prairies inondables de Beaulieu ont été remblayées après-guerre et urbanisées à partir des années 1960. Les espaces publics de ces quartiers en portent la marque – souvent généreux, discontinus. Leurs styles architecturaux aussi – des tours et de barres de logements, un grand centre commercial, des équipements publics, en particulier sportifs et administratifs autour de l’hôtel de Région… L’héritage, dans l’Île, c’est aussi celui de la modernité – idée pas toujours évidente à faire partager tant son image, associée à celle des « grands ensembles », est généralement négative. Mais Alexandre Chemetoff défend une « position critique positive » selon laquelle « la ville ordinaire n’est pas moins historique que le centre ancien et mérite autant d’attention bienveillante ». Le projet porte sur « la ville comme elle est, banale et exceptionnelle ». Il poursuit la construction de son tissu composite, sans le banaliser ni le normaliser mais avec l’objectif que tout ce qui le constitue peut y gagner en légitimité, en valeur. Opération emblématique de cette démarche, la rénovation du centre commercial Beaulieu. Inauguré en 1975, agrandi en 1985 puis légèrement lifté en 1992, « il avait perdu de son attractivité », selon le diagnostic de son directeur, André Le Bars. Lui faire retrouver un rayonnement régional et une image innovante, tel était le projet, en lien avec la dynamique qui transforme l’Île et la rapproche du centre de Nantes. Six mois après l’ouverture, l’effet est net : le centre agrandi, ses nouvelles boutiques et sa façade « audacieuse » attirent quelque 20 % de visiteurs en plus depuis avril 2008. Laurent Théry tire de l’expérience une leçon de réalisme: « Quand on transforme l’existant, on le fait aux conditions de l’existant, en acceptant ce qu’il est. La galerie Beaulieu, boîte fermée fonctionnant sur elle-même dans un dispositif très peu urbain, ne devient pas un lieu ouvert comme une rue en ville. Mais la rénovation crée une brèche, une vraie façade sur le boulevard et une entrée monumentale, des escaliers mécaniques, une perméabilité. Avec la transformation du boulevard, le rapport que les habitants entretenaient avec le centre commercial a changé. La créativité d’un architecte non conventionnel donne quelque chose à la ville, une présence. » « J’ai le sentiment d’être ici dans un lieu qui fait partie du patrimoine de Nantes. La rénovation réalisée par l’architecte Patrick Bouchain ren-

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PARTIE #1

Aux 32 000 m2 existants ont été ajoutés 8 700 m2 – un pôle restauration, 600 places de parkings, 21 enseignes nouvelles : une modernisation destinée à redonner son image chic au centre commercial, référence de la mode pour la région. En façade, des feuilles métalliques de 16 mètres de haut (fabriquées par Sirc, une entreprise alsacienne), des insectes, des boules lumineuses… Un événement urbain. À l’intérieur, l’architecte Patrick Bouchain fait entrer la lumière « grâce à l’implantation en toiture d’une myriade de cônes en verre, de tailles variables et placés de manière à s’adapter à chaque situation particulière. Cette constellation se combine avec l’éclairage artificiel de lustres en aluminium, immenses abat-jours atteignant jusqu’à 7 mètres de diamètre ». Maître d’ouvrage : Ségécé (groupe Klépierre, BNP Paribas). MO délégué : Ph. Gautier.

force cet ancrage, en même temps que la transformation du boulevard de Gaulle et le busway affirment son intégration au centre de la ville » : André Le Bars, arrivé à Nantes début 2006, avoue qu’il était au départ « dubitatif » devant le projet architectural, sa façade couverte de palmes métalliques et colorées, plutôt « décalée » pour un centre commercial, alors que la mode est aux verrières. « Je me demandais comment Patrick Bouchain avait réussi à convaincre les investisseurs sur ses esquisses, avec des enjeux financiers et commerciaux lourds, un projet de 40 millions € (les occupants ajoutant une dizaine de millions pour rénover leurs espaces). Mais il m’a rapidement donné confiance, avec son choix de couleurs dans le parking, les propositions qu’il faisait au fur et à mesure que le chantier avançait, la qualité de la fabrication des palmes ou des lustres… Finalement, la réalisation est plus belle que les dessins. » Patrick Bouchain dit avoir travaillé ici comme il le fait pour d’autres reconversions. D’abord avec une grande attention aux liens entre l’existant et le nouveau : la « haie vive » qui capote le bâtiment a pour première fonction de créer une unité entre le bâtiment ancien et son extension ; à l’intérieur, la décoration assure la même continuité. Ensuite, comme sur tout chantier de transformation, beaucoup a été décidé sur place, en fonction des nécessités, en particulier l’exigence que les travaux ne génèrent pas trop de problèmes d’exploitation pour les commerçants.

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2006. ‘It’s part of Nantes’s heritage,’ he says. ‘The overhaul by architect Patrock Bouchain reinforces this, anchoring it to the renovated boulevard de Gaulle, and the busway linking it to the city centre.’ He admits he was ‘doubtful’ at first about the new facade, covered in colourful steel palm trees – an ‘off-beat’ design compared to the usual walls of glass. ‘I wondered how Bouchain had convinced his investors; but the finished product is far more attractive than the drawings!’ As with other projects, Patrick Bouchain paid close attention to links between existing and new features (including a ‘living hedge’ along the top of the building). The interior decor reflects the same continuity. Work was planned to minimise disruption for the centre’s traders.


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Les habits neufs de l’immeuble des Mutuelles Lorsque Harmonie Atlantique (exMutuelles de Loire-Atlantique) rachète la totalité du bâtiment dont elle n’était que copropriétaire, elle pense à une réhabilitation classique, pour surtout une meilleure isolation thermique. La Samoa l’a convaincue de profiter de la situation nouvelle que crée le projet, à quelques pas des Nefs et du futur parc des Chantiers. L’intervention contemporaine de Patrick Rubin (agence Canal) met en valeur le style du bâtiment d’origine, en exprimant sa structure, qui était cachée, l’élégance des arches en double hauteur de son rez-dechaussée.

Sur la future façade, une œuvre lumineuse de François Morellet, changeant selon les prévisions météo.

When the Mutuelles de LoireAtlantique bought the freehold of their building, they planned a basic refit, with extra insulation. But as Samoa co-director Stéphanie Labat explains, ‘Alexandre Chemetoff made us think about the «new» location, near the Nefs and future Parc des Chantiers’. Now, Patrick Rubin’s contemporary design (Agence Canal) highlights the building’s original style, hidden structures, elegant arches and two-storey ground floor.

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Une ancienne usine devenue siège social d’un promoteur immobilier et d’une entreprise de travaux publics : 2 300 m2 au sol, 1 000 m2 de bureaux, 11 000 m2 d’entrepôts. A former factory and workshop, now the headquarters of a property developer: 2,300 m2 at ground level, 1,000 m2 of office space, 1,1000 m2 of storage.

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PARTIE #1

On continue à travailler dans les Hangars André

STILL WORKING IN THE HANGARS ANDRE Near the Law Courts, a brick factory chimney stands above an austerely attractive courtyard lined with zinc and wood. Inside, a red-walled patio, superb pitchpine roof beams, a venerable oak floor. Occupied by workshops (and a pony club) since the early 1900s, the site was bought by André – a builder’s merchant – in 1950. Industrial buildings adapt to survive… Patrick Fontaine took over André and created property developers ADI in 2001. Initial plans to relocate out of central Nantes were revised with the island’s redevelopment, and completion of a new bridge to the city centre. ‘Renovation is part of André’s business,’ says Fontaine. ‘And the island became a great location for a property developer.’ The firm was among the island’s pioneer redevelopers, ahead of massive public investment. The building’s heritage status imposed tight constraints for Patrick Fontaine and architect Jean-Louis Berthomieu: ‘We introduced glass walls, and worked with «noble» materials – wood and steel, plus a new kind of zinc box added to the courtyard façade for extra office space. Unintentionally, we created a showcase for our approach to property development.’ Other ADI projects on the island reflect the same contemporary style, elegant design, striking use of materials, and innovative thinking. As the Hangars André show, cultural reconversion is not the only solution for historic industrial sites. ‘Working with what’s there means creating the conditions to attract new initiatives. The project is only credible if it dynamises people at the local level.’

À une encablure du palais de Justice, rue La Noue Bras de Fer, une cheminée d’usine en brique, une cour toute en longueur au charme austère, bordée de façades en bois et en zinc; à l’intérieur, un patio aux murs rouges, une magnifique charpente en pitchpin, un vénérable plancher de chêne… Ici, au début du 20e siècle et jusqu’en 1950, ont fonctionné une usine d’engrais, puis une société de galvanisation, qui n’a pas survécu à la fermeture des Chantiers navals. Après une brève transformation de la maison des gardiens en écurie pour un poney club, le site a été racheté par l’entreprise de bâtiment André – bureaux, stockage, petit atelier de ferraillage. Les bâtiments industriels ont pour eux de savoir se reconvertir… Lorsque Patrick Fontaine reprend André et crée la société de promotion immobilière ADI, en 2001, « un concours de circonstances » l’amène à s’installer là: « L’entreprise nous intéressait pour sa renommée nantaise, mon intention était plutôt de la sortir en périphérie, mais après six mois vécus dans l’Île, nous avons mieux vu ce qu’elle allait devenir, avec la refonte des espaces publics, la passerelle qui a amarré l’Île à Nantes et à son centre… J’ai jugé que nous avions un avantage stratégique à rester: une partie de l’activité d’André est consacrée à la réhabilitation et il est évident qu’un promoteur a sa place dans l’Île compte tenu de ses enjeux. » Ce faisant, il a été un précurseur du projet, avant que la collectivité s’y investisse massivement. La Ville avait classé le site en patrimoine industriel, la transformation en bureaux a donc été contrôlée, dans le respect de contraintes qui ont guidé Patrick Fontaine et son architecte, Jean-Louis Berthomieu: « Nous avons organisé des transparences et sommes restés dans les matériaux bruts, le bois et l’acier, avec un matériau nouveau, sorte de boîte en zinc apportée en façade sur la cour pour trouver les mètres carrés nécessaires aux bureaux… Sans le vouloir, nous avons fabriqué une vitrine de nos choix en matière de promotion. » Dans le même style contemporain, fait de dessin élégant, de matériaux affirmés, de volonté d’innovation, ADI a réalisé d’autres opérations dans l’Île. Le sort des hangars André prouve que le salut du patrimoine industriel ne passe pas toujours par la reconversion culturelle. Il montre aussi comment s’opère la convergence des acteurs. Prendre appui sur ce qui existe suppose de créer les conditions d’accueil aux initiatives, puisque le projet n’est crédible que s’il met le territoire en dynamique.

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Une autre vie pour le Hangar à bananes

Built in 1950 on Quai des Antilles, the Hangar à Bananes has found new life after 30 years of neglect. Cafés, restaurants and nightclubs opened here in June 2007, plus a new exhibition space. Promoter Jean-Marie Nex is a native of Nantes. ‘The project arose from two converging factors: the Chantiers scheme and an art event, the Biennale de l’Estuaire,’ he explains. Laurent Théry chose to create a permanent venue for the Biennale, extending the initial plans to include the (then) largely inaccessible tip of the island. SAMOA codirector Soizick Angomar supported Nex in his quest to attract traders, working to frantic deadlines as the Biennale approached. The quality, affordable conversion was designed by SAMOA-appointed architect Michel Roulleau. Establishing the Hangar’s new identity is proving difficult, however, despite the success of the exhibition space, with some 10,000 visitors each month.

Édifié en 1950 par la Chambre de commerce, quai des Antilles ; aujourd’hui propriété du Port autonome, le Hangar à bananes a retrouvé une nouvelle vie après trente ans d’abandon : cafés, restaurants, boîtes de nuit ont ouvert là en juin 2007 (ainsi qu’une galerie d’exposition), regroupés par un promoteur nantais, Jean-Marie Nex. « C’est la logique des projets successifs qui a conduit à réaliser cette opération, au croisement entre un processus en cours – la transformation du site des Chantiers – et une initiative – la Biennale de l’Estuaire. » Plutôt que de réaliser pour l’événement un lieu éphémère, Laurent Théry choisit d’amener l’aménagement jusque là, au-delà de ce qui était prévu, car cette pointe de l’Île est encore très éloignée du centre de Nantes. Soizick Angomard, directrice adjointe à la Samoa, raconte comment il a fallu « épauler Jean-Marie Nex dans sa recherche d’exploitants, tout en lui imposant le rythme d’enfer que la Biennale a exigé de tous et en le soumettant aux contraintes d’une reconversion de qualité, avec l’architecte Michel Roulleau choisi par la Samoa ». Ainsi a été investi un lieu reconnu comme patrimonial, transformé a minima, afin qu’il réponde à ses nouveaux usages dans un coût raisonnable. Les expositions attirent 10 000 visiteurs par mois. Reste pourtant à faire du site un vrai lieu de vie, le jour comme la nuit, l’hiver comme l’été. LA MUTATION ÎLE DED’UNE NANTES ÎLE || 39 39


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Solarium dans le parc des Chantiers Les Chantiers sont devenus un lieu de promenade


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« Le destin de la ville se joue ici, où la fermeture des Chantiers, en 1987, a été pour Nantes une blessure, un tournant économique, social, presque identitaire », explique Patrick Rimbert, Premier adjoint au maire et vice-président de Nantes Métropole. Difficile d’éviter le choc culturel, lorsque tout juste 20 ans après, un parc, des loisirs, remplacent l’industrie et le labeur, lorsqu’un lieu autrefois connu des seuls ouvriers s’ouvre aux promeneurs…


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Écrire de nouvelles pages

Fallait-il sauver les grues?

MAKING CHOICES – THE CRANES ‘Nantes’ destiny was played out here: the shipyard closures of 1987 were a heavy blow, an economic and social turning-point, sparking a crisis of identity,’ says deputy mayor Patrick Rimbert, vice-president of Nantes Métropole (the council for Greater Nantes). 20 years on, industry has given way to parks and leisure. Strollers explore an area once known only to its workforce The formidable yellow and grey cranes tell very different stories. The first was saved without much ado: the City

Deux repères exceptionnels dans le paysage, deux grandes grues – la jaune, la grise – deux histoires différentes. La jaune a été sauvée sans grand débat. Lorsque les Chantiers ferment, la Chambre de commerce et la municipalité projettent sur le site une Cité internationale des affaires mais, profitant du périmètre de protection d’un bâtiment quai de la Fosse, l’architecte des bâtiments de France interdit diverses démolitions, celle des cales, des Nefs, des bureaux des Chantiers de l’Atlantique (peu connus car cachés par des halles). Presque tout le reste est démonté, la Ville encourageant la récupération de certaines structures par l’entreprise de construction navale et mécanique Leroux et Lotz dans le quartier de Chantenay, à Saint-Malo, et à Lorient. La grue Titan jaune reste, d’accès difficile et de propriété mal définie, en raison d’un parcellaire compliqué. Pourtant promise à des ferrailleurs. En 1995, les élus de Nantes s’interrogent sur les choix de sauvegarde à opérer en priorité. « Il y avait une sorte de consensus dans l’ensemble des associations pour conserver la Titan jaune et un bateau de navette fluviale, le Roquio », raconte Jean-Louis Jossic, alors conseiller municipal en charge du patrimoine. La grue est donc rachetée in extremis aux ferrailleurs et une campagne de peinture est lancée par la municipalité. Pendant ce temps la grue grise fonctionne, jusqu’en 2002. Elle est présente dans le Plan guide et personne ne s’en préoccupe jusqu’à novembre 2004, quand le Port autonome annonce sa démolition dans la presse – faute de réponse de la Ville sur ses intentions. À la Direction régionale des affaires culturelles, Jean-Louis Kerouanton monte au créneau,

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La Titan jaune, instrument des chantiers navals, alors que la grue grise était un outil de déchargement portuaire.

bien que pensant la bataille perdue. « Cette grue est intéressante du point de vue de l’évolution des techniques, construite par l’atelier nantais Joseph Paris en 1965-66, avant l’avènement de nouvelles techniques de levage. À cette date, moment de la création du Port autonome, cet objet symbolisait l’ambition de Nantes en tant que grand Port. À la pointe de l’île, elle est un repère majeur: par quoi la remplacer, à l’échelle et à un coût raisonnable ? Sa restauration et mise en sécurité était évaluées à 600 000 € par le Port ; 400 000 ont été finalement nécessaires, 40 % financés par l’État, autant par la Ville et 20 % par le Port, l’équivalent du coût de démolition. » L’argumentaire, à la fois technique et paysager, s’avère convaincant, d’autant que les associations commencent à se mobiliser. « Au départ, nous ne pensions pas utile de conserver les deux, raconte Jean-Louis Jossic : Nantes n’allait pas devenir la capitale des grues sauvées ! Mais ce sont deux objets différents : la jaune, un instrument des chantiers navals ; la grise, un outil de déchargement portuaire. Il s’est avéré que les Nantais dans leur ensemble tenaient à ce repère. » Les arguments de Laurent Théry, favorable à la démolition – « trop chère à entretenir, sans usage autre que l’image, intéressante à remplacer par une pièce d’art contemporain ou par une construction emblématique » – sont écartés et Jean-Marc Ayrault décide d’en demander le classement en monument historique. L’affaire des grues témoigne de l’évolution des esprits. « Nous savons qu’on ne peut pas tout garder, il faut faire des choix. Mais nous sommes aussi devenus prudents dans la casse car ces friches industrielles se raréfient », dit Jean-Louis Jossic. Les sites que le travail a désertés sont donc reconnus comme patrimoine. Mais la question de la relation à la mémoire reste entière. « Quel sens donner aux lieux quand l’industrie les a quittés ? Faut-il rappeler ce qu’on y fabriquait, renvoyer à l’histoire technique ou sociale? » demande Bernard André, secrétaire général du Comité d’information pour l’étude et la défense du patrimoine industriel: comme beaucoup d’historiens et de chercheurs, il regrette que de nombreuses reconversions n’aient pas su ou voulu transmettre cette mémoire. À Nantes, une quinzaine d’associations d’Anciens de la Navale et des Chantiers se sont regroupées – initiative unique à cette échelle. Acteur clé de ce collectif, Jean Relet, ancien de Dubigeon, raconte que le thème du patrimoine industriel s’est progressivement imposé pendant que les entreprises fermaient, que les halles étaient détruites et que les ouvriers sauvaient ce qu’ils pouvaient, objets, témoins de techniques… Des tré-

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planned an international business district on the Chantiers site, but demolition of the slipways, the Nefs and the Chantiers de l’Atlantique offices was blocked by France’s national heritage body, anxious to preserve the setting of a protected building on Quai de Fosse. Almost everything else was dismantled for scrap or re-use by other ship- and machine-builders. The Titan crane was inaccessible, and its ownership unclear (like the land on which it stood), but it had been promised for scrap. By 1995, says Jean-Louis Jossic (deputy mayor for heritage and culture), the authorities concurred with local heritage associations to save it, and a river shuttle boat, the Roquio. The grey crane was used until 2002. Surveyed for the Guide Plan, it was ignored until the press reported plans to demolish it in November 2004. Historian Jean-Louis Kerouanton headed a seemingly doomed campaign to save it. Built by Nantes’ own Joseph Paris workshops in 1965-66, it was a technically, historically and geographically important landmark. Replacing it with something on a similar scale would be costly. Finally, it


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was made safe and restored for 400,000 euros (the cost of demolition), co-financed by the State and Nantes’s Port Authority and the City. Local associations had joined the fight. ‘At first, we didn’t feel the need to save both cranes,’ says Jean-Louis Jossic. ‘But together they represent the shipyards and the Port. And the people of Nantes wanted their landmark.’ Laurent Théry of SAMOA argued for demolition – the crane was expensive to maintain, of symbolic use only, and best replaced by a work of contemporary art, or a symbolic structure. Finally, Mayor Jean-Marc Ayrault applied to list it as an historic monument. The cranes testified to a change of outlook. ‘We were more careful about what to demolish,’ says Jossic. ‘Derelict industrial sites were becoming scarce.’ A key question remained: How to give new meaning to places like this, once industry has left? Like many historians, Bernard André, secretary general of the CILAC (a leading French industrial heritage association) regrets that conversion projects often fail to pass on their sites’ history. In Nantes, fifteen associations of former shipyard workers joined forces with Jean Relet (an ex-Dubigeon employee), to salvage objects, eyewitness accounts and techniques as the closures continued. Their treasures are now at the Maison des Hommes et des Techniques, in the old Chantiers de l’Atlantique offices (also home to the Université Permanente and several local associations). Relations between ex-workers and the Ile de Nantes scheme have often been cordial – Alexandre Chemetoff consulted them frequently at the early planning stage, and the SAMOA heeded their calls to preserve the slipways, and build the pontoon. But they have clashed over the island’s ‘sense of place’, and its future. The group updated its displays for the many visitors to the Nefs and the Parc des Chantiers, but laments what it sees as the ‘Disneyfication’ ushered in by the Machines de l’Ile. Some find it hard to accept the recreational use of their old work sites; some do not see tourism and entertainment as economically valid activities. Recognising the importance of memory, identity and evolution for the island’s future, Stéphane Junique

sors qui alimentent aujourd’hui les expositions organisées dans la Maison des hommes et des techniques, hébergée dans les anciens bureaux des Chantiers de l’Atlantique (où sont accueillis aussi l’Université permanente et les sièges de plusieurs associations). Les relations entre les anciens et le projet de l’Île ont parfois été cordiales – Alexandre Chemetoff a beaucoup discuté avec eux dans la phase de conception; puis la Samoa a écouté nombre de leurs revendications, par exemple sur la préservation des cales ou sur la construction du ponton, « un très bon équipement ». Il y a aussi des conflits, lorsque les interprétations s’opposent sur le « sens du lieu » et son avenir. Le collectif a décidé de profiter du passage des nombreux visiteurs des Nefs et du parc des Chantiers pour actualiser son exposition. Pourtant, il peste contre les Machines de l’Île: « Si on rajoute encore des manèges, on ne sera pas loin de Disneyland! » Certains ont du mal à accepter la destination récréative des sites où ils ont travaillé, et montrent quelques résistances à considérer le tourisme et le ludique comme des activités économiques à part entière. « Le patrimoine a su s’adapter depuis des siècles et doit nous amener à nous projeter vers l’avenir. » Stéphane Junique, adjoint au Patrimoine (nouvelle délégation créée en 2008, en même temps qu’une direction du Patrimoine), voit la force du projet de l’Île dans « son souci de construire le futur en mêlant mémoire, identité et évolution ». Pour assurer cette mission, il souhaite mener dans l’Île un travail de signalétique, « qui rappelle l’histoire, la géographie, la culture industrielle; et qui montre la continuité entre ce territoire et le centre ». Il a également un programme d’inventaire, à mener sur l’ensemble de la ville et qui valorise le travail déjà accompli par les associations. « Reste à rassembler tout ce qui a été fait et à donner une cohérence, un sens, pour être dans une démarche de mise en valeur. » En insistant sur son refus d’être « prisonnier d’une nostalgie conservatrice, qui fige tout », Jean-Marc Ayrault définit la complexité de l’enjeu : « Prendre en compte le patrimoine du 20e siècle demande d’entrer dans une nouvelle logique, pas seulement pour en faire des lieux de mémoire, des musées ou des monuments à visiter, mais pour leur trouver une nouvelle vie. Ce sont des choix stratégiques, à faire sans dogmatisme : il ne s’agit pas de conserver pour conserver car pour valoriser il faut aussi parfois démolir. L’important est que ce patrimoine s’intègre dans l’image urbaine, dans la compréhension de la ville et de son devenir. Et que les citoyens se l’approprient. » (Entretien publié par la revue L’Archéologie industrielle en France, n° 41, 2002).

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Les anciens bureaux de direction des Chantiers navals abritent aujourd’hui l’Université permanente et de nombreuses associations.

L’appropriation, thème clé. À ne pas confondre avec une « ré-appropriation » puisque ici personne ne venait jamais. Pas question non plus de considérer les « premiers occupants » comme propriétaires de lieux qui, dorénavant, appartiennent à tous les habitants de l’agglomération. Après la fermeture des Chantiers, la première phase d’appropriation est passée par la création d’une friche culturelle – processus courant. Des événements ont marqué les mémoires, de grands spectacles, comme un Othello joué dans la halle P2, surnommé « hangar des sourds » en raison du bruit infernal qui régnait dans ce lieu d’exploitation très dur – ce qui n’est pas un des moindres paradoxes de la reconversion culturelle d’espaces voués au travail le plus pénible.

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(deputy mayor for culture and a member of Nantes’s Heritage Service, created in 2008) is working on new signage describing the island’s history, geography and industrial culture, and establishing its continuity with the city centre. He is also leading a city-wide heritage inventory programme, consolidating work undertaken by local associations. Jean-Marc Ayrault refuses to become ‘a prisoner of stifling, conservative nostalgia’. Celebrating 20thcentury heritage means finding new life for existing structures, not simply as museums or visitor attractions. It requires strategic, non-dogmatic choices rather than conservation for its own sake. ‘Heritage must become a part of the city’s identity and future,’ he says. ‘People need to feel ownership of it.’ (Interview published in L’Archéologie industrielle en France, n°41, 2002). Appropriation is a key concept – not to be confused with ‘reappropriation’ here, since the public rarely visited the island in the past. Nor are the island’s ‘first occupants’ inevitably its natural ‘owners’. Today, it belongs the entire Nantes agglomeration. After the shipyard closures, the derelict sites hosted cultural events and spectacular shows. People remember Othello in the P2 hangar, known as ‘Deaf man’s hangar’ for the appalling noise that prevailed there during its industrial life. The cultural appopriation of the site of some of industry’s worst working conditions is not the least of the island’s paradoxes.


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Que faire des nefs?

FINDING NEW USES - THE NEFS The Nefs stand as a proud symbol of heritage preserved, albeit thanks to a radical transformation. Cleaned, lightened, reinforced, repainted, with new roofs, these spectacular ‘umbrellas’ shelter the Machines de l’Île and (soon) the Fabrique – a creative music centre – plus a host of new events and activities. For Stéphanie Labat, SAMOA’S director of architecture and urban planning, this remarkable new life justifies the restoration project, fulfilling its ambition to retain the structures for all to enjoy. But their survival was far from certain. Heavy industry had weakened the Nefs; they were unable to take any extra weight, limiting their new uses, adding to the budget (final cost: 6.2 million € before VAT) and requiring technical solutions such as windbreaks and special foundations. Awed by their beauty, evocative power and capacity (the halls measure 10 000 m2 and rise to a height of 24 metres), Alexandre Chemetoff saw them as the centrepiece of an entire complex, the ‘Parc de la Mémoire’. But how could they be used? ‘The Nefs are of no intrinsic use,’ said Jean-Marc Ayrault in 2002, unconvinced of their suitability for a major Guggenheimstyle amenity. Ayrault suggested a variety of ephemeral uses, ahead of the final plan to locate the celebrated Machines de l’Ile (by François Delarozière and Pierre

Les Nefs sont toujours là, vaillant symbole d’un héritage conservé, même au prix d’une mutation radicale. Elles ont été nettoyées, allégées, décapées, repeintes; leurs structures, leurs toitures refaites, les voilà devenues grand parapluie, abritant les Machines de l’Île, bientôt la Fabrique – lieu de création musicale – et des activités événementielles qui vont s’y développer, profitant d’un « esprit du lieu » spectaculaire. Stéphanie Labat voit dans cette « nouvelle vie la raison même qui justifie de conserver et de réhabiliter le patrimoine, afin qu’il profite à tout le monde ». Une telle survie n’était pas évidente. Ce bâtiment était « malade » : au fil des ans, les sols vaseux et les ponts roulants lourdement chargés ont provoqué un affaissement de 40 cm entre la pile 10 et la pile 1. Il fallait donc que la reconversion ne ramène aucun effort sur la structure, contrainte qui ne permettait pas d’implanter là n’importe quelle activité. Il fallait aussi prévoir un budget conséquent (au final, la rénovation des Nefs a coûté 6,120 millions € HT) et s’attendre à toutes sortes de défis techniques – par exemple des contreventements et des fondations qui empêchent le bâtiment de se soulever, des arbres plantés sur le parvis en guise de brise-vent… Ému par la beauté de ces immenses halles (10 000 m2 sous une hauteur de 24 mètres), Alexandre Chemetoff désirait les conserver pour leur capacité d’accueil autant que pour leur puissance d’évocation – le site tout entier, dans son projet initial, s’appelait « Parc de la Mémoire ». Encore fallait-il leur trouver un emploi : « Les Nefs, en soi, n’ont pas d’usage », résumait Jean-Marc Ayrault en 2002, de moins en moins persuadé que le site pourrait héberger un « équipement majeur », du type musée Guggenheim à Bilbao : au contraire, il commençait à croire que des usages plus « transitoires » auraient leur sens ici. Ensuite, l’idée d’héberger sous les Nefs les Machines de François Delarozière et Pierre Oréfice s’est imposée, mariage quasi idéal né des discussions entre la Samoa et les artistes, qui cherchaient un lieu pour leur atelier de fabrication et voulaient construire une gare pour l’Eléphant… « Pour que la collectivité publique puisse leur passer une commande directe, sans concours, il fallait que les Machines soient considérées comme des œuvres d’art. Il n’a pas été facile de convaincre les administrations, en particulier l’État », raconte Soizick Angomard, qui a orchestré les relations parfois délicates entre les collectivités et les artistes, « deux mondes n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble ».

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Le « grand parapluie » va abriter à la fois des ateliers pour le travail du métal et du bois et des lieux d’exposition, sur un mode presque forain : le jour où les Machines seront toutes réalisées, elles pourront libérer l’espace. L’architecte Patrick Bouchain a donc conçu pour les Machines un ensemble de « cabanes » démontables qui se glissent sous les Nefs quasiment sans s’y attacher, éléments construits selon des techniques modulaires et industrialisées : serres horticoles pour les lieux d’exposition, containers maritimes aménagés en bureaux, coursive et portique en bois sur le principe de rayonnages extérieurs, maisons à ossature bois pour les boutiques, escalier en structure acier galva industriel ; les tympans des nefs sont clos par un système amovible en toile de chapiteau tendue sur les charpentes en bois… Même le chauffage est inventif, associant du radiant au gaz en toiture et des chaudières alimentées avec les chutes de bois de l’atelier (principe accepté par les pompiers après visite sur place). Tout un bricolage, qui correspond à la fois à l’esprit de la Machine et à celui du projet Île de Nantes, assumant les ajouts, le temporaire… Avec l’avantage d’un budget de travaux allégé : 1,8 millions € HT pour plus de 4 000 m2 créés, soit moins de 450 €/m2. Réaliser cet assemblage des Nefs et de la Machine n’a pas été aisé, deux chantiers complexes se développant sur le même planning quasi intenable: les démolitions ont commencé en juin 2006, le chantier de la Machine devant impérativement ouvrir début décembre (octobre avait été initialement espéré), pour que l’Éléphant fasse ses premiers pas en juillet 2007, sous des Nefs restaurées… Contre toute rationalité, le diagnostic s’est fait en cours de travaux, obligeant les architectes à retravailler plusieurs fois les projets. Pour ouvrir dans les temps, il a fallu une très bonne entente entre les deux équipes de maîtrise d’œuvre, et une implication remarquable des entreprises, chacun avançant au jour le jour. À l’interface, le rôle de la maîtrise d’ouvrage est vital, ainsi que le raconte Stéphanie Labat: « Rassembler tout ce monde travaillant sur des problématiques différentes et un calendrier fou, coordonner, assurer la cohérence des opérations. Tout en gérant les conflits du chantier avec son environnement, en particulier au moment des démolitions et du décapage, qui ont induit de lourdes nuisances pour l’Université permanente. » L’histoire des Nefs témoigne du destin d’un patrimoine. Sur l’immense territoire abandonné par la construction navale, plus de 150 hectares sont « à défricher » (soit l’équivalent du secteur sauvegardé nantais), dans le respect de l’histoire mais la nécessité pour chaque site de trouver une dynamique contemporaine. Nantes n’a pas d’autre choix que d’embrasser un nouvel avenir et d’inventer un « après » pour son ancien cœur industriel.

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Orefice) at the site. The artists were looking for new workshops, and a ‘station yard’ for the Elephant. Eventually, the SAMOA and the State were convinced, although as the chief negotiator Soizick Angomard recalls, ‘many public administrators didn’t feel we were buying a genuine work of art.’ The Nefs house the Machines’ metal and wood workshops, and exhibition spaces, in a ‘fairground-style’ setting. When all the planned Machines are built, they will vacate the space, hence architect Patrick Bouchain’s scheme for a series of pre-fabricated ‘cabins’, shipping containers, greenhouses etc. that can be slid into the Nefs, housing exhibition spaces, shops, offices etc. The ends of the Nefs can be closed with ‘Big Top’ canvas flaps stretched on wooden frames, and the structures are heated with gas lamps suspended from the roof structure and boilers using wood offcuts from the workshop. An offbeat approach that reflects the spirit of the Machines and the Ile de Nantes scheme as a whole – with a lightweight budget (1.8 million € for 4,000 m2 – less than 450€/m2). The complex sites were worked on simultaneously, to near-impossible deadlines (demolition work began in June 2006; the Elephant was scheduled to take its first steps in the restored Nefs in July 2007). Both projects were reviewed and revised while work went ahead; both were delivered thanks to exceptional collaboration from all parties – and tolerant neighbours (the Université Permanente). The Nefs are the centrepiece of the vast abandoned shipyard site – as big as Nantes’s protected historic centre – a respected heritage and a catalyst for regeneration. Nantes has no choice but to embrace a new future and invent a new ‘after-story’ for its former industrial heartland.


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La Fabrique, lieu de création musicale, viendra sous les Nefs en 2010 (Tetrarc architecte).

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Des Machines à fabriquer de l’imaginaire « Oh c’est haut », « Oh c’est beau »… « Géant ! » « Il bouscule le paysage, donne du peps à la ville. » Les foules ont choisi de l’aimer, le grand éléphant mécanique, hébergé sous les Nefs. Ouvrant des yeux d’enfants émerveillés, elles l’ont pris d’assaut pour vivre la machine de l’intérieur – voyage à la Jules Verne dans une fantastique bête de métal et de bois dont les rouages restent apparents. Ou pour découvrir l’Île depuis ses 12 mètres de haut, perspective nouvelle sur la Loire et la ville. « Les Machines associent l’innovation, le savoir-faire industriel et une démarche artistique », admire Jean-Marc Ayrault. Remarquable diversité de talents, sculpteurs sur bois, chaudronniers, hydrauliciens, ferronniers… relèvent les défis techniques dus à la volonté d’évoquer le plus possible la nature. Tous vantent « l’aventure humaine » vécue dans les ateliers, expriment leur fierté de « construire du rêve », tel Yves Rollot, roboticien créateur du logiciel qui anime les mouvements de l’Éléphant. Jérôme Thareau, ancien des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, juge son travail aussi passionnant que la construction de paquebots prestigieux, comme Pascal Martin, qui traçait des coques pour les chantiers Dubigeon: « J’aime ici l’innovation, réaliser des choses qui n’existent pas ailleurs. Le métier de base est le même – découper des pièces métalliques – mais la finalité de l’objet est différente, ludique et non industrielle. » Ils répondent ainsi à Gérard Tripoteau, président de l’association Histoire de la Navale, qui parle lui aussi de fierté, de responsabilité et d’innovation industrielle… Car la polémique n’a pas manqué, par exemple dans les colonnes de Ouest-France: « L’éléphant mécanique, lui, est sans vie. Il n’a pas autour de lui ces lutins en bleu de travail, les ouvriers qui donnaient vie aux géants des mers », proteste un lecteur, décrivant les Machines comme de « superbes jouets à la mémoire courte », qui échouent à créer l’imaginaire promis. D’autres témoignent d’une émotion intense: « Superbe idée de donner du rêve à partir d’une réalité qui a une histoire et un sens », « Merci à ceux qui l’ont fabriqué. » Le rêve et l’histoire : le grand pachyderme illustre magnifiquement le débat qui traverse la mutation de l’Île, son rapport à la mémoire, sa vision d’une ville future. « Bulldozer culturel », dénonce Jean Relet, ancien des Chantiers navals qui dirige sur le site la Maison des hommes et des techniques. Il s’est battu contre les Machines : « Elles balaient la

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BUILDING DREAMS – THE MACHINES The great mechanical Elephant housed at the Nefs is a hit. Crowds watch it pass and rush to see its fantastic metal and wooden structure, its Jules Verne-like cogs, from the inside. A ride on its back, 12 metres high, offers superb views of the island and the Loire. ‘The Machines are innovative, highly technical, and poetic,’ says Jean-Marc Ayrault. Craftspeople, artists and engineers recreate living nature, praising the workshop camaraderie, proud to be ‘building dreams’. People like software and robotics expert Yves Rollot, the Elephant’s ‘ puppeteer’. Or Jérôme Thareau (exChantiers de l’Atlantique at Saint-Nazaire) and Pascal Martin (a former hull designer at Dubigeon). ‘We are reusing our old skills,’ says Martin. Gérard Tripoteau, of the association Histoire de la Navale, agrees. But the Machines have been criticised, too. The Elephant was a ‘magnificent toy with a short memory,’ wrote one reader to the newspaper Ouest-France, a pale shadow of the old ‘giants of the seas, brought to life by their attendant elves in blue overalls.’ Others praise the Machines’ imaginative scope, ‘based on a real sense of history and meaning.’ The Elephant illustrates the debate over the island’s transformation, its relationship to its past, its vision for the future of Nantes. ‘An arty bulldozer,’ says exshipyard worker Jean Relet, director of the Maison des Hommes et des Techniques, an outspoken critic of the Machines: ‘They have swept the class struggle under the carpet.’ Delarozière and Orefice disagree: ‘Industrial heritage fuels our imagination.’ Orefice cites the festive, accessible nature of street theatre: ‘Better than a theme park, it’s a vital way to bring people together.’ For Delarozière, the Elephant is ‘a mechanical, mobile city sculpture, providing fine views of Nantes from its back, and unforgettable sights as its moves through the changing cityscape.’ The Machines are part of the island’s metamorphosis, now and when they finally move to their new settings.


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PARTIE #2

Maîtrise d’œuvre des Nefs : Atelier Alexandre Chemetoff. Atelier des Machines : Patrick Bouchain et Nicole Concordet (agence Construire), Christophe Thielman.

lutte des classes ». « La mémoire industrielle nourrit notre imaginaire », répondent leurs concepteurs, François Delarozière et Pierre Oréfice. Pierre Oréfice décrit le projet comme une « alternative aux parcs d’attraction » : « Le spectacle de rue joue le rôle de fête populaire, moment de convivialité dont les gens ont besoin. » Selon François Delarozière, l’Éléphant est « une machine de ville, une sculpture urbaine en mouvement. Regarder Nantes depuis son dos ou le regarder se déplacer dans l’Île en transformation, c’est cela qui crée des images et des émotions. » Ainsi sont-elles, les Machines, parties prenantes de la mutation du territoire, jusque dans leurs futures implantations démultipliées dans l’Île. LA MUTATION D’UNE ÎLE | 51


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Cultural objects of an unusual kind The 12-metre, 44-tonne metal and tulipwood Elephant has 68 hydraulic cylinders (22 in the trunk), coupled to electric captors. Two drivers steer the 450-hp pachyderm: one at the controls (with an HGV license) and one at the computer. Forty passengers take a 30minute ride between the Nefs and the Titan crane. Sixty-three local businesses contributed to the project. Visitors to the Galerie des Machines can explore and test the latest creations. A public viewing gallery overlooks the workshop. Cost of Phase 1: 2.5 million € (Elephant), 2.55 million € (Galerie and prototype branch), 350,000 € (café and shop). Funding: 45% Nantes Métropole, 35% European Union, 20% regional authority. Revenues: Ticket, café and shop sales for 2007 (over 190,000 visitors) realised + 1 million €. In 2008, 248 000.. The Machines are run by a public/private enterprise, Nantes Culture et Patrimoine, which also operates the Château des Ducs de Bretagne.

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Objets culturels du troisième type Le grand Éléphant, 12 mètres de haut, 44 tonnes de métal et de bois de tulipier, animées par 68 vérins hydrauliques (dont 22 pour la seule trompe) couplés à des capteurs électriques, prouesse électronique. Un pilote aux manettes (doté d’un permis poids-lourds) et un co-pilote à l’ordinateur (chaque déplacement est programmé, que le public peut étudier sur un écran) conduisent le pachyderme (450 CV) et sa quarantaine de passagers sur un parcours d’une trentaine de minutes entre les Nefs et la grue Titan jaune. Soixante-trois entreprises locales ont participé à sa fabrication. Dans la galerie des Machines, les visiteurs sont invités à tester les bestioles en cours de fabrication pour les deux prochaines œuvres: Crabe royal (3 m de diamètre), Bus Abyssal, Bateau Tempête destinés au manège des Mondes marins (réalisation prévue pour 2011) ou le « pou des airs » qui surplombera l’Arbre aux Hérons (envisagé ultérieurement). Une de ces branches, déjà ouverte à l’exploration, permet de tester les modes de culture des plantes qui vont créer l’écosystème de l’Arbre (variétés choisies avec Claude Figureau, l’ancien directeur du Jardin des Plantes de Nantes). L’Atelier, où se construisent les pièces, est visible par le public depuis des terrasses. Coût de la première tranche : 2,5 millions € pour l’Éléphant, 2,55 millions € pour la galerie et la branche prototype, 350 000 € pour la cafétéria boutique. Financement : 45 % Nantes Métropole, 35 % Union européenne, 20 % Région. Recettes : au cours de la saison 2007 (plus de 190 000 visiteurs), billetterie, restaurant et boutique ont rapporté plus d’un million €. En 2008, on a enregistré le passage de 243 000 visiteurs. Les Machines sont gérées par une Société d’économie mixte, Nantes Culture et Patrimoine (qui gère également le château des Ducs de Bretagne).


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PARTIE #1

Rénovation de bateaux patrimoniaux et aide à l’insertion.

Reconstruction du Saint-Michel II, voilier de Jules Verne détruit en 1911.

RECONSTRUCTION – CELEBRATING SHIPS Naturally, a former shipyard will celebrate ships; a number of people (such as the association La Cale 2 l’île) already pursue their passion for restoring and repairing boats here. A major project begun in 2005 (the Jules Verne centenary) is reconstructing Verne’s yacht, the Saint-Michel II, destroyed in 1911, relaunching in 2009. La Cale 2 l’île has renovated six ‘heritage’ boats, and teaches work skills to the unemployed. Jean-Marc Ayrault praises this social commitment, continuing a policy piloted in an earlier project funded by the City – a lesiure barge for handicapped people – with the ATAO and Histoire de la Navale.  Plans by Nantes Métropole to build a ‘solidarity’ slave ship retracing the history of the African slave trade have met with doubts, however. Jean-Louis Jossic feels that ‘a public administration is not equipped to build, operate and crew a large ship… «Pastiche» reconstitutions like this are only valid if the skills they preserve are genuinely useful for future generations.’

On reconstruit des bateaux L’amour des bateaux, ici, sur un site de chantiers navals, ça semble tout naturel. Et ils sont quelques-uns (par exemple une centaine d’adhérents à l’association la Cale 2 l’île…) à nourrir cette passion pour restaurer, construire, entretenir des bateaux. Avec un gros projet en cours, la reconstruction du Saint-Michel II, un voilier de Jules Verne détruit en 1911. L’idée est née en 2005 (déclenchée par le centenaire Jules Verne) et le bateau doit naviguer en 2009. La Cale 2 l’île, qui a déjà rénové six bateaux « patrimoniaux », joue aussi un rôle d’aide à l’insertion pour personnes en difficulté, thème auquel JeanMarc Ayrault est sensible: « Plus que la construction en elle-même, ce qui m’intéresse, c’est son utilisation pour un projet social – comme lors du projet précédent soutenu par la Ville, une péniche pour les loisirs de personnes handicapées réalisée avec Atao et l’association Histoire de la Navale. » Mais de là à ce que la Communauté urbaine se lance dans la fabrication d’un cargo négrier dit « solidaire », retraçant l’histoire de la traite en Afrique… Jean-Louis Jossic a des doutes : « Attention, la collectivité n’a pas vocation à devenir armateur, à faire vivre ensuite un grand bateau et son équipage… La reconstitution sous forme de pastiche n’a d’intérêt, au-delà de quelques individus passionnés, que si l’œuvre scientifique, pour l’histoire des techniques, est utile aux générations futures. »

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PARTIE #2

Quatre ans après le centenaire de la mort de Jules Verne, la reproduction de son ancien bateau devrait être mise à l’eau cette année.

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PARTIE #2

REDISCOVERING THE RIVER There can be no island – no Nantes? – without the shifting, tidal waters of the Loire. Laurent Théry sees the river as a core strength for the Ile de Nantes: ‘the river is an enhancing feature, part of the city’s DNA, its history. It suffered and was forgotten during the 20th century. Its rediscovery is our future, our link to the ocean and the world.’ The Ile de Nantes scheme is linked to the rise of a new metropolitan area around Nantes and Saint-Nazaire, taking the Loire as the backbone for urban and economic development, new transport and culture. Alexandre Chemetoff was quick to see that his scheme should not be ‘confined’ to the island itself. He sees the Loire as a living heritage, a public space in its own right, bringing communities together: the new footbridge, and the 2002 redevelopment of Quai François Mitterrand, create a unified landscape reaching across the water to Quai de la Fosse. Quai des Antilles is the setting for the Hangar à Bananes, and the ‘rings’ installation by French contemporary artist Daniel Buren and the architect Patrick Bouchain. Gradually, subtly, the urban fabric is readapting to the river: there are new streets and river vistas, and a programme of residential developments entitled Habiter les quais (‘Waterfront living’). ‘Lifelong and new residents of Nantes are (re)discovering their river,’ says Laurent Théry. But there have been disagreements, too. Plans for a floating restaurant by architect Olivier Flahault (supported by the Samoa and AIN) were challenged because they would block river

Renouer avec le fleuve Que serait l’Île sans le fleuve? Que serait Nantes sans la Loire? Là, dans cette eau changeante au gré des marées, est bien le patrimoine fondateur de la cité ligérienne. Laurent Théry rappelle que la force du projet tient dans sa capacité à « tenir compte du fleuve non seulement comme un lieu de valorisation mais aussi comme inscrit dans sa génétique, son histoire. Pendant tout le 20e siècle, le fleuve a été terriblement agressé, comblé, creusé, pollué… Son oubli par la Belle endormie a été un moment de perte. Retrouver ce rapport à la Loire, de façon constitutive, redéfinit l’avenir de Nantes, en rapport à l’océan et au monde. Dans un enjeu élargi, métropolitain et international, qui nous fait sortir de l’Île. » Ainsi le projet de l’Île a-t-il toujours été intimement lié à l’élan de la métropole qui est en train de se constituer de Nantes à Saint-Nazaire et qui fait de la Loire l’épine dorsale de son développement économique et urbain. Selon le directeur de la Samoa, qui étend son domaine d’intervention autour de l’estuaire, « parler de la renaissance du fleuve en ville concerne l’avenir de la métropole dans tous les domaines, l’environnement, les grandes opérations d’urbanisme, les déplacements, l’action culturelle… C’est la source des projets stratégiques de demain ». Alexandre Chemetoff a lui aussi très vite compris que l’Île, aussi vaste soit-elle, était « trop petite ». Il affirme la Loire comme un espace pu-

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blic, « le premier des espaces publics, parce qu’il rassemble les communautés ». Pour qu’elle fasse lien et non plus séparation, « il faut la pratiquer, l’approcher, la traverser, la naviguer, la draguer, la laisser vivre… » La nouvelle passerelle puis la transformation du quai François-Mitterrand, dès 2002, ont fait la preuve de cette réalité, englobant l’eau dans un même paysage qui relie l’Île au quai de la Fosse. D’autres espaces publics, comme le parc des Chantiers, confirment cette reconquête du fleuve en tant que patrimoine vivant. Des aménagements tels que le Hangar à bananes et les Anneaux de Buren, sur le quai des Antilles, participent à ce récit renouvelé. Moins immédiatement visible, la forme urbaine que tisse le projet en est aussi le fondement, avec des programmes de logements intitulés « Habiter les quais », des rues nouvelles, l’ouverture de multiples perspectives sur la Loire. « Tout naturellement, les anciens comme les nouveaux Nantais ont redécouvert le fleuve, qui était un peu ignoré, marginalement revendiqué », rappelle Laurent Théry. Ainsi s’est développée une perception de la Loire comme « espace culturel et public, à forte valeur patrimoniale », selon la formule de Jean Relet. Et, paradoxalement, la revendication de la relation avec le fleuve a pu devenir source de polémique, pour lutter contre le projet de bateau restaurant défendu par l’architecte Olivier Flahault: inquiétude qu’il « bloque la vue sur le quai de la Fosse et sur la Loire », qu’il « encombre et privatise

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views and access. Permission was finally granted by the City, provided the boat’s top deck was open to the public, and free. Jean Relet contests a proposed bridge at the tip of the island, which would block the development of yachting and regatta amenities along the Madeleine arm of the river. Some fear the increasing ‘privatisation’ of the riverfront, while Laurent Théry hopes more initiatives like the floating restaurant will boost the city’s tertiary economy and foster a new relationship to the river. Beyond the Ile de Nantes scheme, Nantes Métropole hopes to apply for UNESCO World Heritage status for the Loire estuary: ‘A great, ambitious challenge’, says Stéphane Junique, ‘making us think clearly about dynamic ways to highlight this cultural and environmental heritage.’


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PARTIE #2

Projet controversé d’un bateau restaurant (Olivier Flahault architecte). Son pont supérieur devra rester accessible au public et gratuit, afin d’offrir à tous une perception nouvelle de la Loire.

un accès à l’eau indispensable ». Jean Relet refuse tout autant un pont à la pointe de l’île, « qui empêcherait le développement du bras de la Madeleine pour les manifestations nautiques, comme les Rencontres du fleuve ». Aux yeux de la Samoa et de l’AIN, le projet Flahault a la qualité de créer un nouveau type de rapport à la Loire, que l’on pourra surplomber depuis le pont supérieur du bateau. La Ville a donc choisi de l’autoriser, à condition que l’accès à ce pont soit laissé libre et gratuit. Contre l’accusation de « privatisation », il faut rappeler que les anciennes activités présentes ici étaient privées… Et Laurent Théry espère que d’autres initiatives privées s’y multiplieront : « Cette barge, avec son espace de séminaire, un restaurant, un bateau amarré, répond à la nécessité d’inventer des fonctions contemporaines remplaçant celles qui avaient un sens il y a longtemps : nous sommes dans l’économie tertiaire et la création d’un nouveau rapport à l’eau, qui donne une qualité à la ville. » Au-delà de l’Île et de Nantes, la Métropole voit loin en songeant demander l’inscription de l’estuaire au patrimoine mondial de l’Unesco. « Un vrai beau pari, dit Stéphane Junique, ambitieux, qui ordonne une dynamique, incite à réfléchir sur les manières de valoriser ce patrimoine culturel et environnemental. » L’estuaire bientôt classé au patrimoine mondial ?

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PARTIE #2

L’École d’architecture, futur patrimoine nantais (Lacaton et Vassal architectes).

Le patrimoine de demain « Le patrimoine doit se renouveler. » Jean-Louis Jossic rappelle que « tous les artistes « patrimoniaux » ont été « contemporains » et moqués, parce qu’ils transgressaient les règles… Il faut oser davantage de belles choses contemporaines – c’est cela, le patrimoine ». Il souhaite que se construise dans l’Île, comme ailleurs à Nantes, « plus que des mètres carrés fonctionnels, des architectures fortes, tel le palais des Sports de Beaulieu, toujours remarquable trente-cinq ans après ». Laurent Théry cite lui aussi l’exemple du Palais de Justice de Jean Nouvel, « encore objet de critiques mais déjà devenu un lieu de représentation de la ville ». En tant qu’aménageur public, il voit son rôle comme essentiel dans ce domaine : « Le patrimoine, c’est une réflexion sur la qualité. Même si nous n’en serons pas juges, nous devons être soucieux de créer une production de notre époque que les générations futures estimeront. Avoir l’exigence d’une qualité urbaine et architecturale d’aujourd’hui demande du travail… Elle coûte, en argent, en énergie, en risque. Mais c’est le devoir des opérations d’initiative publique d’inspirer cette volonté de qualité et d’innovation. »

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BUILDING THE HERITAGE OF THE FUTURE ‘Heritage needs renewal’, says Jean-Louis Jossic. ‘Every «heritage» artist was a distrusted ‘radical’ in their day. We need to to create more bold, beautiful, contemporary things.’ He hopes that the island will foster strong architecture, as elsewhere in Nantes: ‘the Palais des Sports at Beaulieu is still extraordinary, 35 years later.’ Laurent Théry cites Jean Nouvel’s Law Courts, ‘still criticised, but already an icon for the city.’ As a developer of public amenities, he sees his role as essential: ‘Heritage means thinking about quality. We need contemporary works that future generations will value. And that means money, energy, and risk-taking. Public initiatives have a duty to drive that desire for quality and innovation.’


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PARTIE #2

Vu depuis la passerelle dessinée par Barto et Barto, le Palais de Justice, conçu par Jean Nouvel et inauguré en 2000, première pierre du nouveau patrimoine de l’Île. Critiqué initialement pour son austérité et sa noirceur, reconnu depuis comme un des lieux de représentation majeurs de la ville.

À l’intérieur du Palais de Justice.

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Les cales réhabilitées s’ouvrent au public (Image de synthèse des cales, groupe A5/Samoa).

Crédits photos : Jean-Dominique Billaud : une de couverture, 2, 4, 20, 22 (haut), 23, 27 (haut), 27 (bas), 28 (droite), 29, 30, 32, 38 (bas), 40 (bas), 49, (bas), 51 (haut gauche), 51 (droite), 53, 54, 55 (droite), 56, 58. Vincent Jacques : 5, 8, 10, 11, 14 (bas), 15, 19, 18 (bas), 21 (gauche), 25, 28 (gauche), 34, 35 (bas), 38 (haut), 39, 40 (haut), 43, 44, 46, 51 (bas gauche), 52, 55 (gauche), 59, 60-61. André Bocquel : 7. Samoa : 13, 14 (haut), 18 (haut) photo de Dominique Legal, 36, 37. Jean-Yves Corbin : 31. Patrick Rubin : 35 (haut). Stéphane Bellanger : 47. Olivier Flahault : 57 (haut). Ségécé : 33. 62 | LA MUTATION D’UNE ÎLE


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Table des matières Contents Introduction

L’intelligence du projet An intelligent scheme

Partie 1

Accepter l’héritage Accepting the heritage Battre les cartes du passé, du présent, de l’avenir Inventories – Using ‘what’s there’ Les Chantiers. Transformer les contraintes en ressources The Chantiers – From constraints to resources Alstom : qui va occuper les bâtiments? Alstom – A project within a scheme Un jardin dans l’usine des Fonderies The Jardin des Fonderies – industrial archaeology Beaulieu aussi, c’est du patrimoine Beaulieu – Urban diversity Les habits neufs de l’immeuble des Mutuelles A contemporary design for the Mutuelles building On continue à travailler dans les hangars André Still Working in The Hangars Andre Une autre vie pour le Hangar à bananes Bringing new life to the Hangar à bananes

Partie 2

Écrire de nouvelles pages Memory / imagination Fallait-il sauver les grues ? Making choices – The cranes Que faire des Nefs ? Finding new uses - The Nefs Des Machines à fabriquer de l’imaginaire Building dreams – The Machines On reconstruit des bateaux Reconstruction – Celebrating ships Renouer avec le fleuve Rediscovering the river Le patrimoine de demain Building the heritage of the future La mutation d’une île est le premier numéro des Chroniques de l’Île, collection dirigée par Thierry Guidet. Texte : Frédérique de Gravelaine. Coordination : Soizick Angomard. Photographies : Vincent Jacques et Jean-Dominique Billaud. Mise en page : Bernard Martin. Recherches iconographiques : Lénaïc Le Bars. Traduction des textes en anglais Société Atlantique Traduction, Nantes. L’ouvrage a été achevé d’imprimer le 20 janvier 2009 sur les presses de l’imprimerie Offset 5 à La Mothe-Achard. © Samoa, Place publique, 2009. ISBN 978-2-84809-111-2, Dépôt légal : premier trimestre 2009.


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À Nantes, PLACE PUBLIQUE la mutation d’une île Frédérique de Gravelaine

L’Île de Nantes est le théâtre d’une opération d’urbanisme comme une ville n’en vit pas tous les siècles. La Samoa (Société d’aménagement de la métropole Ouest Atlantique), qui pilote ce projet urbain, et la revue Place publique lancent Les Chroniques de l’Île, une collection d’ouvrages consacrés à ce nouveau pan de ville qui se construit sous nos yeux. Accepter l’héritage, celui des Chantiers navals, des hangars, des fonderies, mais aussi écrire de nouvelles pages, renouer avec le fleuve, forger le patrimoine de demain. Ce premier volume est consacré à la manière originale dont se battent ici les cartes du passé, du présent, de l’avenir. La rédaction en est assurée par Frédérique de Gravelaine, auteur de nombreux livres sur l’urbanisme.

Place Publique / Samoa

Couverture : c’est là qu’il y a encore trente ans s’assemblaient les navires. (photo : Jean-Dominique Billaud)

www.revue-placepublique.fr www.samoa-nantes.fr www.iledenantes.com ISBN 978-2-84809-111-2

5€

Les Chroniques de l’Île #1

Les Chroniques de l’Île


A Nantes, la mutation d'une ile