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Nº 158 / février 2004 JAB 1003 LAUSANNE Retours: L’auditoire-FAE Bureau 149 BFSH1 1015 Lausanne 18'000 ex.

Les étudiantes dans leur lit... et ailleurs

La sexualité, vous en parlez en cours, vous y pensez tout le temps et elle arrondi les fins de mois de certaines. Il était temps que L’auditoire se mouille. Les fesses des étudiantes se confessent, pp.14 - 17

Unicom

Prix de la Sorge

Quand l’Unil cherche son image... p. 8

Théâtre ou musique: Billets à gagner p.18

Photo: Christophe Schenk

Le palmarès 2003-2004, pp. 19- 22

marcqplongee.

Edité par la FAE

Changement d’adresse: Bureau des immatriculations et inscriptions BRA, UNIL 1015 Dorigny


sommaire

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Nº 158 / février 2004

FAE

- Bologne vu par le Rectorat, p.4 - LUL: assistantes précarisées, p.5 - L’actualité de vos assoces, p.6

Hautes Ecoles - Formation - Anima-L se présente, p.7 - L’UNIL se vend, pp.8 - 9 - Pub à l’UNIL, p.9 - Les sociétés d’étudiantes, p.10 - Taxes d’études à 5000 fr, p.11

Politique - Société

- Maths modernes à Berne, p.12 - Fortunes à spolier, p.13

Dossier:

Nos fesses se confessent

- Fantasmes prof-étudiant, p.14 - Sexe à prix étudiants, p.15 - Amour et sexualité, p.16 - Des étudiantes se prostituent, p.17

Culture

- Rapport aux bêtes à Vidy, p.18 - Le festival Caprices, p.18 - Prix de la Sorge, p.19 - Texte du lauréat, pp.20 - 21 - Présentation du palmarès, p.21-22

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Le droit de donner son sang

uite aux multiples campagnes de pub financées par les services du don de sang de notre canton, je me suis décidé à un élan de solidarité et me suis donc présenté dans la petite ville la plus proche pour présenter mes veines à l’équipe mobile de don du sang. L’accueil est chaleureux! Une dame me remet une pochette où conserver ma future carte de donneur et un petit questionnaire. Avant de me laisser remplir le petit formulaire, on me pique le doigt pour en extraire deux ou trois gouttes de sang qui après un rapide passage dans une petite machine révèlent tous leurs secrets sous forme de chiffres totalement opaques au profane que je suis.

Le formulaire Ayant passé le premier test, je me prépare à franchir le second obstacle qui me sépare de la saignée solidaire: le questionnaire. Après les questions de santé auxquelles on peut logiquement s’attendre dans de telles circonstances apparaît une liste de questions sur les pratiques à risques: avez-vous séjourné au Royaume-Uni plus de six mois entre 1980 et 1996 (ben oui, faudrait pas que vous refiliez la vache folle en même temps que vos hémathocrites!). Avez-vous eu dans les derniers six mois des relations avec un partenaire connu depuis moins de six mois? Etant en couple avec un beau brun depuis huit mois, sans être allé visiter les couettes d’autres hommes pendant tout ce temps (et lui ayant ma confiance pour avoir eu la même rigueur), je peux donc allégrement répondre non à toutes ces questions. Le cœur

J’ai testé pour vous..., p.2 “Inapte au don de sang”

Information: concentration et mercantilisation

Mémento et annonces, p.23 Chien méchant, p.24

Inapte! Parlons enfin des quelques rares cas qui vous amènent à une inaptitude définitive au don du sang: avoir reçu une transfusion dans un pays fortement touché par le virus HIV, consommer des drogues par voie intraveineuse, s’être livré à des activités sexuelles rémunérées… (se prostituer vous rend inapte à vie, alors qu’être client ne vous rend inapte que pour six mois… Si c’est pas de la morale petite-bourgeoise ça!) et enfin avoir eu des relations sexuelles entre hommes. Et là, bien que convaincu de n’avoir pris aucun risque dans les derniers mois… je suis obligé de répondre oui. Vision de rêve Arrive alors un homme beau à vous faire oublier votre idéal de fidélité: les cheveux courts, foncés, la peau très bronzée qui met en avant un sourire des plus craquants… Après avoir pu réprimer un filet de bave et ramassé ma machoire inférieure, je compris enfin que cet apollon n’était autre que le médecin assistant avec qui j’allais devoir discuter de mon questionnaire… Un homme beau comme un dieu devant moi et la première chose que j’aurais à lui dire, c’est que je suis homo… et sans risquer de me prendre un poing sur la gueule au cas où je serais tombé sur un homophobe borné. Ça ressemble un peu au plan drague idéal, mais cette occasion je l’ai ratée: le médecin, l’air embêté comme tout (encore plus sexy comme ça), a fini par

Bureau 149, BFSH 1, 1015 Lausanne Tél. 021 692 25 90 - Fax 021 692 25 92 Editeur FAE E-mail: auditoire@unil.ch www.auditoire.ch Parution 6 fois l’an

Rédaction en chef: Joël Burri et Fanny Oberson FAE: Cyril Mizrahi; Hautes Ecoles ­– Formation: Katherine Friedli; Politique – Société: David Lamon Dossier: Carole Villiger; Culture: Isabelle Vuong; Publicité: David Lamon Webmaster: Selsa Maadi Ont collaboré à ce numéro BenoîtAnsermet,ClaudioDaSilva,JulienEggenberger,Agata Figurska, Nicolas Gachoud, David Genillard, Raphaël Laub, Gaël Métroz, Isabelle Probst, Tamara Renaud, Jelena Ristic, Christophe Schenk, Myriam Scleiss, Florence Vez, Jacques Viredaz, Julien Wicki. Correction: Albert Grun

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refuser de toucher à mes veines. Il a essayé de me consoler en me disant que je pouvais quand même prendre une tasse de thé et une barre de chocolat… Aujourd’hui, en repensant à la scène, je me demande encore s’il s’agissait d’une façon maladroite de m’inviter à prendre un verre. Ils ont leurs raisons De retour chez moi, j’ai essayé d’en savoir un peu plus. Les réponses qu’on m’a données étaient on ne peut plus embarrassées. On m’a dit ne pas vouloir que certains utilisent le don du sang comme un test HIV gratuit, on m’a parlé de normes internationales qu’on ne peut modifier sans mettre en danger un réseau d’échange de sang… On m’a enfin parlé du principe d’exclusion des populations à risques… et là il faudra qu’on m’explique en quoi mon oncle Albert qui s’est fait sucer une fois, il y a trente ans, par un camarade d’école de recrues un soir d’ivresse fait partie de cette population. Soyons réalistes, ce questionnaire relève plutôt des préjugés de quelques médecins à l’égard des gay. En attendant TarMed Mais qu’ils se rassurent, quand ils viendront me faire signer une pétition contre un TarMed présent ou futur, je laisserai à mon tour libre cours à mes propres préjugés, à moins, bien sûr, qu’ils ne me demandent de signer avec un sourire à tomber par terre…

Comité de rédaction

Sans oublier... Edito p.3

d’autant plus léger que sur toute cette période nous nous sommes protégés mon homme et moi…

Impression: Presses Centrales Lausanne SA, rue de Genève 7, 1002 Lausanne, tél. 021 317 51 51 Contactez-nous pour vos suggestions d’articles Séances de rédaction: tous les mercredis à 12 h salle 149, BFSH 1


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éDITORIAL

Quand trop d'informations tue l'information

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ociétés d'information, de communication, sont autant de clichés utilisés pour définir notre environnement. Que penser cependant de cette “information”? Plus que jamais, la surcharge est à craindre, les différents médias déversant un flux de nouvelles se voulant pratiquement instantané. La quantité ne signifiant pas forcément la qualité, il est bien légitime de se demander si nous sommes vraiment bien informés. Le phénomène de concentration des médias, auquel nous assistons sur le plan mondial depuis des années, ne peut en effet avoir aucune conséquence sur l'information transmise. Les médias ont été avalés par des géants industriels orientés à la base vers les secteurs du bâtiment, de l'armement, de l'informatique, de l'eau ou encore du téléphone. Le secteur des médias, comme les autres secteurs, se doit donc avant tout d'être rentable pour eux. Ces concentrations n’étant pas uniquement nationales mais bien internationales, il faut se demander dans quelle mesure elles menacent le pluralisme de la presse. Nous affirmons souvent notre droit à la liberté d'expression, mais nous en avons un autre droit: celui d'être bien informés. La perte de l'indépendance des journaux et le fait que l'information ne soit plus qu'une marchandise doivent donc nous inquiéter. La superficialité et la culture du spectacle qui envahissent le secteur de l'information sont d'ailleurs de plus en plus critiquées. L'impression que nous pouvons

avoir d'être “sur-informés” est un leurre, l'uniformisation de l'information est bien une conséquence de ces concentrations et de la logique industrielle appliquée aux médias. Ce phénomène de concentration ne touche pas uniquement les médias de masse. L'uniformisation de l'information touche même des secteurs internes, comme l'université. A l'Unil, Unicom (l'unité de communication du Rectorat) s'inscrit dans cette logique industrielle, cherchant à vendre l'image de l'université à travers les différents médias mobilisables, le risque étant de diffuser les seules informations faciles à afficher et à vendre (voir article pp. 8 et 9). Dans cette configuration, la question de l'indépendance des journalistes se pose. Tout comme celle de la qualité de leur travail qui subit les conséquences des contraintes de temps et de productivité. Une autre pression pesant sur les médias est donc la croissance de la vitesse de l'information. A travers les chaînes d'information continue et Internet, on se doit d'aller toujours plus vite, sans tenir compte des erreurs et des approximations engendrées. On ne peut cependant revenir en arrière et Internet devient également un moyen de faire entendre d'autres voix. La profession de journaliste semble s'ouvrir à des anonymes et la “presse d'opinion” semble trouver là un second souffle. Sans compétence particulière, chacun a la possibilité d'approfondir, de recouper une information et même de la compléter. Les médias asso-

ciatifs indépendants doivent être considérés comme de véritables sources d'information, et Internet pourrait bien devenir une alternative comme média participatif. Il est en effet actif et rompt avec le traditionnel schéma journalisteéditeur-annonceur. A travers les pages libres écrites quotidiennement par les internautes journalistes amateurs, ce média est également libéré des contraintes économiques pesant sur les vieux médias. Quant à la liberté rédactionnelle, elle y est forcément plus grande, parfois au risque de malheureuses dérives. On y trouve évidemment de la désinformation, mais aucun support ne semble mieux répondre à notre droit fondamental à la liberté d'expression. Un nombre croissant de sites d'information et d'analyse naissent sur le Web et sont toujours plus fréquentés, laissant beaucoup de place au positionnement personnel. Comme on l'a vu dernièrement avec le concours de vidéos antiBush lancé sur le Net, la visibilité de ce média peut être très large. Contre la pensée unique et pour favoriser le débat citoyen, il a un rôle d'importance à jouer dans nos sociétés où les médias traditionnels sont toujours plus “concentrés”, pour ne pas dire “étranglés”. Fanny Oberson




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FAE – fédération des associations d’étudiantes

Bologne vu par le Rectorat: une certaine idée de la démocratie Le Rectorat a tenté de casser la mobilisation contre la Déclaration de Bologne, notamment par un double discours, rassurant à l’extérieur mais particulièrement dur au sein des commissions, et par la diffusion de fausses informations.

Quelle défense exemplaire d’une Université démocratique et quel combat acharné contre une formation à deux vitesses! Heureusement, les interventions de membres de la commission et en particulier des deux représentants des étudiantes, ont eu raison de cette intention. Le Rectorat, qui pourtant revendique l’équivalence licence/master,

...en aucun cas une caution des politia aussi prévu des dispositions très dures qui rendent obligatoires des compléments pouvant aller jusqu’à une année. De plus, des facultés ont introduit des limitations d’effectifs dans leurs masters, contrairement à ce que prétend le Rectorat en accusant les opposantes de propager de fausses informations. D’autres exemples d’un double langage

Si vous avez raté le début... La Déclaration de Bologne vise l'harmonisation des titres universitaires en Europe par l'adoption du système anglo-saxon (Bachelor, premier cycle de 3 ans, suivi d’un Master, deuxième cycle de 1,5 à 2 ans). Si des fonds de lancement ont été débloqués, rien de structurel n’est prévu pour les nombreux enseignements à créer suite à la prolongation de la durée des études (jusqu’à une année) 

dans notre dossier.1 Discréditer les associations d’étudiantes Le Rectorat essaie aussi de discréditer la mobilisation en s’étonnant, dans un courriel à la communauté universitaire, que la FAE s’oppose à Bologne tout en participant aux travaux de la commission. Sur ce point, rappelons que la participation des étudiantes n’implique en aucun cas une caution des politiques menées par les commissions. De plus, dire simplement que la FAE a approuvé les directives sur Bologne revient à nier qu’elle s’est battue sur de nombreux points, et que, même si elle a obtenu quelques avancées, de nombreux aspects demeurent inacceptables. Processus imposé Rappelons que ce processus nous a été imposé et que cela continue. Il faut se battre pour une hypothétique application la moins nuisible possible. Il y a une différence entre refuser, sur le fond, un processus et se battre pour qu’il soit le moins dangereux possible, s’il finissait par nous être imposé. Ainsi le représentant étudiant a voté en faveur des directives du Rectorat par dépit en estimant qu’elles étaient les moins mauvai-

et l’université va droit à la catastrophe. L’augmentation des taxes sera alors l’un des seuls moyens de trouver les fonds. Il sera ensuite aussi très facile de sélectionner les étudiantes à l'entrée du master et de justifier l'introduction de taxes d'études très élevées pour masters! Machines à apprendre L’autre solution sera les suppressions des filières académiquement intéressantes mais non rentables par rapport aux besoins de l’éco-

Photo: David Lamon

L’

implémentation de Bologne dans notre Université est menée par le Rectorat qui s’appuie sur une commission interfacultaire ad hoc. Contrairement à sa position publique, le vice-recteur Dominique Arlétaz y a soutenu le fait que le bachelor soit un titre final possible.

ses possibles, dans la limite de nos moyens d’action, si la réforme de Bologne devait finalement, et bien malgré nous, entrer en vigueur. La mobilisation continue Le 9 janvier, le Comité de liaison contre Bologne a ainsi mené une action symbolique. Après une dégustation de spaghettis bolognaise végétariens, un groupe d’une trentaine de personnes s’est rendu au Rectorat pour bloquer pacifiquement la séance de la commission Bologne afin de rappeler notre opposition de fond à ce processus et de protester contre l’attitude scandaleuse du Rectorat.

nomie pour assurer la survie des filières "rouleaux compresseurs". Cette industrialisation du savoir par le développement de filières gorgées d’étudiantEs et qui formatent des machines à apprendre par cœur au sein de cours ex cathedra gigantesques achèvera la mise à terre d’une vision d’une université qui développe le sens critique et permet à l’étudiante de réfléchir sur la société qui l’entoure. De plus, l'attribution de bourses pour les masters est d'ores et déjà

D’autre part, l’Assemblée des déléguées du 13 janvier a décidé d’un moratoire sur la participation des étudiantes dans les commissions du Rectorat dans l’attente de réponses sur un certain nombre de revendications et le rétablissement d’une relation constructive. Julien Eggenberger, président de la FAE

1Pour en savoir plus… http://www.unil.ch/fae/bologne

remise en question. Cette réforme conduira ainsi à un numerus clausus social et à une université encore plus élitaire. Enfin, il n'est pas vrai que la mobilité sera favorisée. Le processus d'uniformisation a d'ores et déjà échoué puisque même au niveau romand, les différentes unis n'ont pas réussi à harmoniser leurs cursus. Et rien n'a été entrepris pour alléger les obstacles financiers que rencontrent les étudiantes au niveau de la mobilité. JE/CM/JW/IP


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FAE – fédération des associations d’étudiantes

Loi sur l’Uni: plus de participation... et de précarité pour les assistantes! Lors de son Assemblée des déléguées du 13 janvier dernier, la FAE a adopté à l’attention des députées au Grand Conseil une prise de position complète sur le projet de loi sur l’Université de Lausanne (LUL) présenté par le Conseil d’Etat début décembre.

Si vous avez raté le début... Ce n’est pas la première fois qu’une révision totale de la loi sur l’Uni est sur le tapis. Les "anciennes" se souviennent qu’un précédent projet, fortement inspiré par la “nouvelle gestion publique” et d’obédience nettement managériale, avait suscité un rejet unanime de l’Alma mater et conduit, en 1997, à la dernière grève avant celle du 9 décembre 2003. Autres temps, autres mœurs: le projet actuel a été précédé de deux consultations, l’une d’orientation générale, sur l’“avenir de l’UNIL”, début 2002, l’autre concrétisant ce qui ressortait de la première dans un avantprojet de loi présenté l’été dernier. Le résultat est sans doute meilleur, et en tout cas moins pire. C. M.

Mais venons-en au contenu du projet. Au niveau des structures, il apporte indéniablement des progrès intéressants. Le modèle mandarinal actuel laisse place à un modèle plutôt participatif, même s’il n’est pas exempt de défauts. Le Sénat dominé par les professeures ordinaires (chacune y siège de droit) est remplacé par un Conseil de l’Université (CU), qui devient, avec la disparition du Conseil des doyens et du Conseil académique, l’organe délibératif unique de l’Uni, doté notamment de compétences réglementaires accrues et siégeant enfin publiquement. Participation et autonomie Le corps professoral dans son ensemble n’y détiendrait plus que 18 sièges sur 44. La composition des Conseils de faculté devrait être du même acabit. Si nous préférerions la parité entre les quatre corps (profs, étudiantes, corps intermédiaire et personnel administratif et technique), le progrès doit tout de même être salué. Mais pour devenir un vrai parlement, encore faudraitil que le CU dispose du pouvoir d’amender le budget proposé par la Direction (le Rectorat nouvelle formule), non seulement de le ratifier comme le prévoit le projet. De manière générale, la nouvelle autonomie de l’Université fait la part un peu trop belle à la Direction. Statut du personnel En revanche, le bilan est carrément mauvais concernant le personnel. Le Conseil d’Etat a fait partiellement marche arrière en renonçant à intégrer les assistantes et le personnel engagé sur des fonds extérieurs à l’Etat dans la loi sur le personnel de l'Etat (LPers), contrairement au reste du corps enseignant (la LPers s’applique déjà au PAT). En plus, il est proposé de ramener de 12 à 5 ans la durée maximale d’engagement des assistantes tout en rendant les promotions à des postes

Anne-Catherine Lyon, conseillère d’Etat en charge du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ), a également été assistante.

moins précaires “exceptionnelles”, ce qui constitue une péjoration inacceptable par rapport au droit actuel. Malgré une bonne volonté de façade, la situation des assistantes va donc encore empirer, à moins que le projet ne soit corrigé sur ce point par les députées. Etudiantes Quant aux dispositions concernant les étudiantes, elles nous paraissent acceptables, sous réserve des questions relatives à l'introduction de la Déclaration de Bologne, qui seront traitées par voie réglemen-

...bilan négatif concernant le personnel... taire, selon le projet. Nous demandons toutefois que l’équivalence des taxes entre le premier (bachelor) et le deuxième cycle (master) soit ancrée dans la loi, conformément aux directives adoptées par la Conférence universitaire suisse (CUS). Commission de recours En outre, le projet renonce à l’instauration initialement prévue (dans l’avant-projet) d’une commission

www.ps-lausanne.ch

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e manière générale, la FAE porte sur le projet de LUL présenté par le Conseil d’Etat un regard nuancé. Si l’on peut considérer le bilan comme légèrement positif par rapport à la loi en vigueur, il n’en demeure pas moins quelques points noirs importants et un projet très en deçà de nos attentes. C’est pourquoi la FAE ne peut le soutenir tel quel et a proposé un certain nombre de modifications commentées dans un document d’une dizaine de pages.1 Cette prise de position a été présentée lors d’une audition de la Commission du Grand Conseil en charge de ce projet et la FAE a pris contact avec tous les groupes politiques du parlement.

de recours indépendante pour les décisions concernant les étudiantes. Nous demandons que cette innovation soit réintroduite, car la procédure actuelle est insatisfaisante et beaucoup trop chère. Pour garantir à toutes et tous un exercice effectif du droit de recours, la procédure doit être rapide, gratuite et indépendante, et l’étudiante doit disposer d’un délai suffisant pour préparer son recours. Enfin, après un large débat au sein de la FAE et en accord avec l’ACIDUL (association du corps intermédiaire), nous suggérons d’inclure dans la nouvelle loi un article permettant aux différents corps de bénéficier d’un statut de corporation de droit public, une forme spéciale d’association qui permettrait de garantir sur le long terme la pérennité de la représentation de chaque corps et de ses fonctions dans le cadre de la communauté universitaire. Cyril Mizrahi, secrétaire général de la FAE

1Pour en savoir plus, toutes nos prises de

position/communiqués sur la LUL: http://www2.unil.ch/fae/positions/LUL2. html




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fae – fÉdÉration des associations d’Étudiantes

Brèves

Recours, mode d’emploi

Politique du tabac

Nouvelle élue au bureau

13.01.2004

16.12.2003 Les déléguées ont décidé de soutenir officiellement le programme “Université sans fumée”, après une présentation d’Anne-Catherine Merz (CIPRET Vaud), chargée de sa mise en œuvre. Elle a en outre rendu les déléguées attentifs aux dangers de la publicité pour le tabac, obtenue à bon compte par les firmes actives dans ce domaine. L’interdiction de la publicité pour l’alcool et le tabac dans L’auditoire devra être suivie, à terme, par l’abandon de telles publicités comme sources de financement pour les activités des associations de faculté et d’école. Mais il faudra trouver d’autres recettes, ce qui ne peut se faire du jour au lendemain.

Agenda - 5 février: Bal de médecine au MAD (AEML) - 16 mars: AD FAE - 26 mars: Bal HEC (Comité HEC) - 17 et 18 avril: AD de l’UNES (Union des étudiantes de Suisse) - 20 avril: AD FAE - 18 mai: AD FAE - 8 juin: AD FAE Pour plus d’infos sur les bals, prière de se référer aux affiches ou de contacter l’association organisatrice. Les assemblées des déléguées (AD) de la FAE ont lieu à 17h30, en principe salle 2044/BFSH2. Si vous souhaitez devenir déléguée ou suppléante, veuillez contacter votre association de faculté. Les autres étudiantes peuvent participer aux assemblées avec voix consultative. Si vous souhaitez participer à l’AD de l’UNES, n’hésitez pas, contactez notre secrétariat ou Stéphanie Pache (responsable UNES du bureau de la FAE, stephanie. pache.2@etu.unil.ch). C. M.

N’hésitez pas à nous communiquer vos événements! fae@fae.unil.ch



Pierre Moor, pdt de la Commission de recours

Cécile Sambron, nouvelle membre du bureau

Subventions aux associations 16.12.2003

L’Assemblée des déléguées de la FAE a alloué des subventions de 4000 francs au Groupe Regards critiques (GRC), de 600 francs à Unipoly (association d’étudiantes UNIL-EPFL pour le développement durable) et de 1000 francs à la revue de sciences sociales A Contrario. Le même jour, la Commission de recours de la FAE (CR) a admis le recours des associations d’étudiantes en Droit et en HEC contre la subvention allouée au Comité de résistance anti-populisme obtus (CRAPO) lors de l’assemblée des déléguées du 11 novembre (L’auditoire n° 157) et a annulé cette décision. Malgré les conditions fixées par l’AD, la CR a estimé qu’une telle subvention, dans le contexte des élections fédérales, violait le principe d’indépendance politique. En effet, les objectifs du CRAPO visaient en l’espèce un parti politique déterminé (l’UDC), ce qui doit être assimilé à de la politique partisane, selon la commission.

Comptes de la FAE et de L’auditoire 16.12.2003/13.01.2004

Les comptes de la FAE et de L’auditoire, qui présentent pour l’exercice 2002-2003 un déficit cumulé de plus de 16’000 francs, ont été acceptés, et décharge a été donnée au secrétaire général. La situation de la FAE, en particulier celle de L’auditoire, reste extrêmement préoccupante, et l’équilibre budgétaire devra être atteint dès que possible, sans quoi la fortune se réduira comme peau de chagrin. Une augmentation des recettes de L’auditoire et une diversification de ses recettes, ainsi qu’une politique prudente en matière de subventions, devraient permettre d’améliorer la situation.

Cécile Sambron (CHEC) a été élue au bureau à l’unanimité par l’assemblée des déléguées, portant le nombre de ses membres à 6, dont 4 femmes. Le Comité HEC est ainsi à nouveau représenté dans l’organe exécutif de la FAE. Cécile se chargera de l’Assemblée des déléguées et du dossier sensible des subventions. Rubrique: Cyril Mizrahi, secrétaire général FAE

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Les permanences de la FAE ont désormais lieu les mardi et mercredi de 10h à 12h15 et de 14h à 16h15 (bureau 149, BFSH1, 021 692 25 91), soit un horaire élargi. Salima Moyard (resp. aide aux étudiantes du Bureau FAE, MarieSalima. Moyard@etu.unil.ch) et Cyril Mizrahi (SG, Cyril.Mizrahi@fae. unil.ch) sont aussi disponibles sur rendez-vous en dehors de ces heures, du lundi au vendredi. Rappelons que le délai de recours est extrêmement court (10 jours) et que le Rectorat exige désormais une avance de frais de 150 francs. C. M.


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Hautes écoles - Formation

Anima-L propose des alternatives à l’utilisation d’animaux lors des TP

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omme vous ne le savez peut-être pas, les étudiantes qui suivent une formation en biologie et en médecine doivent effectuer au cours du plan d’études des TP qui font partie intégrante de la matière à examens et sont obligatoires pour se présenter à ceux-ci : c’est ce qu’on appelle les TP didactiques. Cependant, dans notre université, certaines de ces expérimentations obligatoires utilisent encore des animaux tués préalablement (dissections) ou pendant (expériences sur le vivant) l’étude démonstrative, à raison d’un animal pour deux étudiantes généralement. Elles concernent les premières années de biologie et de médecine. Les “objets d’étude” utilisés — c’est ainsi qu’on les désigne — sont: le rat, la grenouille, le requin, la sauterelle, … Prise de conscience Or, il existe de plus en plus d’étudiantes qui veulent avoir recours à des méthodes alternatives aux expérimentations animales didactiques, mais le choix ne leur est pas donné. Ces outils didactiques existent, sont innovateurs, très performants (aussi bien du point de vue scientifique que pédagogique), et ont déjà été introduits dans plusieurs universités européennes (Angleterre, Italie, Suède, Autriche, Roumanie, Russie). D’autre part, une étude comparative entre les expériences sur les animaux et les méthodes alternatives dans la didactique universitaire a été élaborée aux Etats-Unis de manière complètement indépendante par des professeurs d’universités américaines, qui ont partagé leur classe en deux groupes. Voici le résultat qui s’ensuit: les étudiantes ayant testé les nouvelles méthodes

se sont avérées, dans certains cas, aussi bien préparées et, dans tous les autres cas, mieux préparées que les étudiantes qui avaient effectué les expérimentations traditionnelles sur les animaux. Cette demande grandissante est animée par : 1. Les motivations éthiques: l’association part de la logique que chaque étudiante est libre de choisir des méthodes expérimentales qui sont en accord avec sa conscience (philosophie, écologie, religion, sentiments, et autres raisons personnelles). 2. Les motivations scientifiques: elles regroupent les étudiantes qui savent déjà que plus tard ils/elles n’utiliseront pas l’expérimentation animale dans leur profession, et ceux et celles qui veulent tout simplement apprendre d’une manière plus efficace. D’autre part, précisons que les actions de l’association ne visent directement que l’expérimentation

Des alternatives aux expérimentations animaanimale dans la didactique, donc pour ce qui concerne des connaissances qui sont déjà établies et qui ont déjà été répétées à multiples reprises sur le vivant. Des méthodes plus pédagogiques et scientifiques qu’alternatives Au cours de ces derniers mois, toutes les facultés scientifiques de l’Université de Lausanne ont reçu le livre From guinea pig to computer mouse, qui rassemble et

Comité Anima-L

Le 18 décembre dernier, l’Unil a accueilli la naissance de la première association d’étudiantes en Suisse ayant pour but la mise en place de méthodes alternatives aux travaux pratiques (TP) didactiques qui utilisent des animaux.

détaille plus de 400 des meilleures méthodes didactiques alternatives actuelles n’ayant pas recours aux animaux. Anima-L est en collaboration avec un expert scientifique en la matière qui est en mesure de proposer à l’Université de Lausanne non pas une, mais plusieurs méthodes différentes correspondantes au but d’étude des différents TP didactiques utilisant des animaux. Ces méthodes sont, entre autres : 1. Des modèles reproductifs ani‑ maux et humains: des modèles réduits d’organes et d’animaux entiers peuvent être utilisés de façon répétée (dissection et autres) et à un moindre coût. 2. Des films et des vidéos: déjà utilisés dans la majeure partie des universités. 3. Simulations numérisées: il s’agit là de la vraie nouveauté dans le domaine de l’enseignement; ces simulations sont d’une utilisation facile et, dans la majeure partie des cas, hautement interactives; les étudiantes sont en mesure, même sans être suivies, d’apprendre, de procéder à leur propre évaluation et de répéter une partie des expériences. 4. Albums et photographies: déjà disponibles avec la description de toutes les étapes et divers stades de la dissection. 5. Expériences sur des plantes, des microorganismes, des cultures cel‑ lulaires et tissulaires: fournissent en outre une première introduction pratique aux méthodes scientifiques les plus récentes, présentant un intérêt majeur et en rapide expansion. Plus de sous pour d’autres secteurs de l’UniL Grâce à l’offre d’une association de

protection des animaux, toutes les facultés scientifiques lausannoises ont la possibilité aujourd’hui de tester et de recevoir gratuitement les méthodes alternatives. L’UniL, un modèle international! En introduisant des méthodes alternatives aux TP didactiques utilisant des animaux, l’Université de Lausanne pourrait donc devenir, dans ce domaine, un modèle éthique (diminution de l’utilisation des animaux), pédagogique, scientifique, et enfin économique, et cela pour toutes les autres universités suisses et du monde entier. C. Da Silva (médecine) président de Anima-L Florence Vez (biologie) secrétaire générale de Anima-L

Actions en cours - Sondage auprès de toutes les étudiantes concernées par les TP utlisant des animaux - Repas à la cafétéria autogérée (CAP) au BFSH2 (pour les dates, regardez les annoncess ou contactez-nous !) - Participation à la fête des étudiantes “Nuit Blanche” - Concours “logos à gogo”: l’auteure du chef-d’œuvre le plus représentatif gagnera un an d’abonnement à un magazine de protection des animaux.

Pour devenir membre, envoyer les logos, recevoir des infos, nous soutenir financièrement, contacter le comité à: anima-l@bluemail.ch




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Hautes écoles - formation

Université à vendre Les temps où l’Unil était encore indépendante des lois du marché sont révolus. Il s’agit maintenant pour notre institution de vendre son image, comme n’importe quelle entreprise. Mais quelle image veut-on vendre et comment? L’Unil ava nt Unicom.

A

ujourd’hui, on ne peut plus se passer d’une stratégie de communication si on veut avoir une reconnaissance publique positive. L’université n’échappe pas à la règle. Elle a même un besoin urgent de décroûter les clichés qui pèsent encore et toujours sur sa réputation: on est tout le temps en vacances, contrairement à celles de l’EPFL, nos spécialités n’intéressent pas les milieux économiques et —tare suprême de la Faculté des lettres — on ne sert à rien concrètement, dans le quotidien de Monsiuer Tout-le-monde. Ces préjugés sont bien sûr extrêmement néfastes pour l’avenir de l’Unil. Comment encourager le financement de la recherche quand une majorité de personnes voient encore l’université comme un îlot d’idéalistes paresseux? Les médias romands, qui participent à la construction de l’opinion publique, transmettent des informations compressibles en photos percutantes et en textes courts. Le Rectorat et Unicom (voir encadré) sont là pour réfléchir au contenu de ces messages et débarrasser l’Unil de cette image de ghetto.1

Débarrasser l’uni de cette image de Commercialiser le sanskrit On peut s’inquiéter de la fusion de compétences qui caractérise Unicom: outils techniques, stratégies du marketing commercial, organes de presse interne, intérêts politiques y sont réunis pêlemêle. Ce qui fait dangereusement ressembler ce service à certaines entreprises médiatico-politiques. N’y a-t-il pas un risque qu’Unicom diffuse une vision de l’Unil homogène, limitée aux seules informations faciles à vendre et qu’on peut vite transposer d’un support médiatique à un autre? Comment faire pour promouvoir des missions essentielles, mais peu spectaculaires, de l’université: la recherche, 

la réflexion, le développement d’un savoir responsable et critique face au monde dans lequel on vit? Vendre les idées des psychologues du travail ou expliquer la physiologie d’une tomate transgénique interpelle sans doute le grand public et les entreprises. Comment va-t-on s’y prendre pour commercialiser l’étude du sanskrit ou le rôle crucial que doivent jouer les philosophes, les linguistes dans le monde actuel? Invisible = inexistant? S’il est si urgent que l’Unil travaille son image, comment se fait-il qu’elle s’en soit passé jusqu’ici? Elle en avait sûrement les moyens: les clichés nourris par ce manque de visibilité à l’extérieur ne lui coûtaient pas aussi cher qu’aujourd’hui. On ne le répétera jamais assez: l’argent manque à l’Unil et ça menace sérieusement son fonctionnement. Un certain orgueil à protéger son autonomie par rapport au monde extérieur explique également que l’Unil ait tant attendu pour se doter d’un service de communication. Mais le fait de ne pas avoir d’image à vendre est peut-être aussi, dans une certaine mesure, un bon signe: celui d’une complexité irréductible à un graphisme ou à un spot publicitaire. Or un des projets d’Unicom est d’imaginer avec la TSR des émissions sur l’actualité universitaire d’une durée de 2 minutes (une éternité, à la télé). Le petit écran est un outil efficace pour être vu et plaire au plus grand nombre. On dirait que c’est ce qu’il faut à l’Unil aujourd’hui. Mais la télévision est aussi une fabuleuse machine à sélectionner seulement les informations qui se vendent. Comment satisfaire le téléspectateur tout en le sensibilisant au fait que la recherche n’est pas toujours immédiatement utile, qu’elle nécessite une certaine lenteur, que ses résultats ont rarement un look aguichant? Ces dimensions ne vont-elles pas être ignorées par la logique de l’audimat et donc perdre encore de la valeur dans cette vaste entreprise de séduction par

l’image? On est en droit de s’inquiéter quand le responsable d’Unicom, Jérôme Grosse, affirme qu’il faut “vendre de l’émotion”, “rendre les informations attrayantes”, et que “si on ne se vend pas, on est mort”. Qu’est-ce qui risque de mourir, au juste? Unil Story

...vendre de l’émotion …

Unicom a aussi pour but de promouvoir l’Unil à l’interne, en veillant à la circulation de l’information sur le site. Une de ses créations est notamment le film qui présente l’Unil aux nouveaux étudiantEs lors des journées d’accueil. Son but est manifestement de les rassurer en démystifiant l’institution avec humour. On peut saluer cette initiative tout en relevant ce qu’elle a de réducteur, comme le souligne Luc-Olivier Erard, journaliste ayant collaboré à Uniscope: “Le rôle d’un service de communication n’est pas de rendre l’Unil “fun”, comme le film le tente maladroitement. Les attentes des étudiantEs sont avant tout d’être informés et guidés dans un nouvel univers. Il y a ici de nombreuses équipes dont c’est le métier. Une information efficace permettrait de le montrer plutôt que de faire croire aux étudiantEs qu’ils vont s’amuser. Non seulement ils le savent déjà, mais ils ne viennent pas ici pour ça, mais pour étudier. Les pros de la communication, s’ils élaborent seuls leurs messages, ne font que vendre une image certes branchée, mais pas toujours réaliste.” Une collaboration plus étroite s’impose déjà entre Unicom et ceux qui ont une expérience académique de l’Unil. Chacun son boulot: une géologue n’a pas à mettre en cause le savoir-faire d’un producteur de films tout comme un webdesigner n’inventera pas ce qu’il faut pour

Unicom, c’est quoi ? En bref, il s’agit de la nouvelle unité de communication du rectorat de l’UNIL, entrée en vigueur le 1er janvier 2004. Formée à partir du CAV (Centre Audiovisuel) et du SPUL (Service de Presse), elle vise à favoriser les différentes actions de communication organisées par les services de l’Université. Pourquoi cette fusion? “Il fallait plus d’homogénéité”, explique le secrétaire général, Marc de Perrot. En effet, trop séparés l’un de l’autre, les deux organes précédents auraient créé des difficultés au niveau de l’impact des actions de communication; le CAV étant relié à l’administration centrale et le SPUL au rectorat. A présent, Unicom dépend uniquement du rectorat et permet d’établir une hiérarchie directe avec le secrétaire général. Le fonctionnement de la communication a lui aussi été modifié. Une cellule a été mise en place, qui a déjà réuni à deux reprises divers représentants d’unités de l’Université, afin de discuter ensemble de leurs actions. Unicom est constitué de 30 collaborateurs (graphistes, journalistes, techniciens,…) basés au CP2. Un de ses principaux objectifs: améliorer l’image de l’UNIL. Selon M. de Perrot, “le problème de l’UNIL n’est pas qu’elle est mal vue, c’est qu’elle n’est pas vue; on lui reproche d’être une tour d’ivoire”. Tamara Renaud

1Un rapport d’audit présenté au rectorat souligne que l’image de l’Unil à l’extérieur est faible, voire inexistante (notamment dans les médias). La “culture introvertie de l’université, des services de communication interne distants les uns des autres jusqu’à maintenant” en sont les causes principales, selon M. Grosse.


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Hautes écoles - formation écrire une thèse de droit. Mais, vu les enjeux actuels, le monde académique et celui de la communication médiatique sont forcés d’œuvrer ensemble. L’image de l’Unil dépend autant des professeurs et des étudiantEs que du rectorat et d’Unicom. Elle ne peut être positive que si certaines valeurs de l’université qu’on entend défendre à l’extérieur sont effectivement pratiquées à l’intérieur: la diversité des

points de vue, l’éthique, la responsabilité. Katherine Friedli

Info: L’équipe d’Unicom s’est mobilisée pour créer le nouveau site de l’Unil. Le sien est encore en construction.

Avenir d’Uniscope Uniscope, journal d’information interne maintenant dépendant d’Unicom, verra sa maquette remaniée. Il y aura plus de pages. Des espaces rédactionnels devraient y être aménagés afin que différents services et instituts de l’Unil présentent leurs activités. Une

des idées est aussi que les points de vue des étudiants, du personnel enseignant et technique concernant les affaires internes y soient représentés. “Ce serait le côté “people” d’Uniscope”, dit M. Grosse, directeur d’Unicom, avec le sourire. K.F.

Université emballée Collés sur les murs ou distribués de main à main, les flyers, affiches et autres prospectus font partie intégrante du paysage estudiantin. A défaut de s’intéresser à la formation des étudiantEs, c’est leur porte-monnaie qui attise toutes les convoitises.

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e monde est devenu un immense espace publicitaire. Pour s’en convaincre, il suffit de laisser traîner son regard autour de soi et d’essayer d’y voir un peu plus clair. En effet, il n’est écrit nulle part que les murs doivent servir – au-delà de leur fonction de soutenir les édifices – à accueillir les campagnes d’affichage de toute sorte. Et pourtant, à peine a-t-on quitté son chez-soi douillet que l’on entre de plain-pied dans le labyrinthe publicitaire.

... labyrinthe publicitaire... Ainsi, comme le fil d’Ariane, les affiches qui se succèdent de paroi en paroi nous servent-elles de guide entre les ruelles de la ville. Se retrouver soudain face à une suite ininterrompue de murs nus peut faire l’effet de perte de repères, l’impression d’entrer en terre étrangère, dans un no man’s land incroyable. Des couloirs du métro aux abrisbus, des devantures des magasins jusqu’aux murs de la vieille ville, il est impossible pour l’œil éveillé de ne pas s’encombrer de l’omniprésente réclame publicitaire. Et notre bonne vieille université ne faillit pas à la règle, loin de là. On écrit sur les murs… Les murs universitaires n’échappent donc pas à l’affichage perpétuel. Et

pour cause: ils y sont pour la plupart destinés. Ainsi on y voit s’aligner des colonnes de petits papiers estudiantins: recherche d’appartement, vente d’anciens livres de cours, etc. Certains sont d’ailleurs de petits bijoux d’humour ou de fantaisie, qui peuvent provoquer de francs éclats de rire (telle cette petite affiche proposant d’acquérir des notes de cours “qui ont fait leurs preuves”)! Mais les étudiantEs ne sont pas seuls à profiter de cet espace publicitaire. Nos murs font en effet la part belle aux manifestations diverses, de la pièce de théâtre au concert rock, en passant par les sempiternelles “soirées d’étudiants” dans des boîtes à la mode. Enfin, au cœur de cette paperasse murale se nichent parfois quelques publicités beaucoup plus proches encore de celles qui s’étalent sur les murs citadins. Vente de produits, réductions pour étudiantes: il s’agit d’une tribune gratuite offerte aux entreprises les plus diverses. Heureusement, ce type d’affichage reste encore l’exception dans nos bâtiments. Penser et dépenser Mais si nos murs ne sont pas véritablement au centre du matraquage publicitaire à l’université, c’est à l’intérieur de ces murs que tout se passe plutôt. Combien de fois en effet croise-t-on le chemin de distributeurs ambulants – à visage humain – à l’entrée des bâtiments!? Un échantillon mesuré d’un décilitre d’une nouvelle boisson éner-

gétique, une invitation pour une soirée branchée du jeudi soir, un ridicule flyer publicitaire pour l’ouverture d’un nouveau lieu nocturne. Chacun est libre de venir offrir sa carte de visite à la population estudiantine. Il arrive parfois que cette distri-

...cette distribution frise l’absurde... bution frise l’absurde. Ainsi, lors de la grève au mois de décembre, pouvait-on assister à une scène des plus intrigantes. Sitôt passée la porte du BFSH2, les étudiantEs se trouvaient amenés à s’interroger sur leur avenir à long terme: baisse des subsides cantonaux, mise en place imminente des très flous accords de Bologne. Sur une table, on les invitait à se servir de café et de tracts explicatifs quant au déroulement de la journée ainsi que pour une compréhension un peu plus générale des réformes à venir. Quelques mètres plus loin, ces même étudiantEs étaient à nouveau sollicités, appelés cette fois-ci à se creuser les méninges sur un futur plus proche. Des petits papillons publicitaires pour une soirée à venir dans un boîte lausannoise branchée leur étaient en effet distribués. Cette petite anecdote permet de mettre en avant l’importance que les étudiants revêtent à l’intérieur

du système de consommation, représentant à eux seuls un marché juteux pour certains domaines commerciaux. Il n’est pas question ici de barricader le site universitaire face au commerce ambiant. Rien ne servirait en effet d’ériger une bulle pour nous séparer de la vieille cité lausannoise, se couper un peu plus encore des réalités environnantes. Mais ce que les étudiantEs seraient en droit de demander tout de même, c’est une plus grande cohérence de la part des ces démarcheurs qui leur font les yeux doux. On pourrait ainsi imaginer une attention offerte à la formation de cette “clientèle estudiantine”. Ce qui permettrait de voir apparaître des bourses au nom de boissons énergétiques ou encore des fonds de soutien à la recherche financés par quelque lieu nocturne lausannois. Sinistre perspective s’il en est. Mais, de toute façon, seul le porte-monnaie des étudiantes intéresse ces démarcheurs. Christophe Schenk

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hautes ecoles - formation

Politique, bière et lutte anti-préjugés Les sociétés d’étudiantes font à nouveau parler d’elles. Histoire du phénomène et décryptage de certains signes distinctifs...

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a tradition des associations existe depuis que les universités ont été créées. En France et en Allemagne, dès le départ, les étudiantes de différentes nationalités ou régions y étaient regroupés. Les compagnons d’études qui s’y rencontraient guidaient les blancsbecs pour leurs premiers pas dans une ville souvent inconnue et terrifiante. A cette époque est aussi née la tradition du port de couleurs. Certaines sociétés se caractérisaient en plus par le port du sabre. Malgré l’interdiction des duels, aussi bien en France, en Allemagne qu’en Suisse, cette tradition continue encore dans certaines sociétés. En Suisse préfédérale, les associations d’étudiantes sont apparues relativement tard par rapport aux autres pays. Sentiments patriotiques La première d’une longue tradition fut les Belles-Lettres, dont l’idée est apparue parmi les étudiantes de l’Academia Lausannensis en 1806. Après quelques années, la Suisse alémanique a suivi l’exemple. A Berne et Zurich, le mot d’ordre a été donné par le Congrès de Vienne et le Pacte fédéral, qui ont eu lieu en 1815. Par conséquent, en 1819 naît Zofingue, sous l’impulsion de sentiments patriotiques. Elle choisit Zofingen comme siège, afin de permettre aux étudiantes de toutes les universités suisses de s’y rendre facilement. C’est ainsi que les sections vaudoise et lucernoise rejoignent rapidement l’association mère, suivies par d’autres. Elles sont aujourd’hui au nombre de

douze à travers toute la Suisse. Des sections plus novatrices naissent et s’en détachent, dont Helvetia, en 1831. Aussi, une aile plus conservatrice de Zofingue a donné naissance à la Société des Etudiantes Suisses. Sa section lausannoise porte le nom de Lémania. Lors des évènements historiques de 1856, quand les royalistes essaient de renverser les radicaux, les associations d’étudiantes se mobilisent et créent des légions académiques. C’est aussi dans cet esprit qu’est née Stella. Les associations ne sont pas uniquement suisses et pour les Suisses. Malgré certaines conditions d’entrée, elles se sont progressivement ouvertes aux étudiantes étrangers et aux filles. Des sociétés comme Germania, qui représente la communauté estudiantine allemande, accueillent des gens de tous les horizons.

...interdiction des duels... Politique et accessoires A la lumière d’une histoire imposante, liée souvent à des événements d’ampleur, on peut commencer à comprendre ce qu’est une société. Mais ce n’est pas seulement le bagage d’un passé honorable qui lie les gens qui décident d’y entrer. Comment savoir ce qui pousse quelqu’un à intégrer une société? Il existe bien des simplifications, comme celles données par le livre d'or de Belles-Lettres, paru en 1956: “On entre à Zofingue parce qu'on a des amis ou des parents zofingiens, à Helvetia parce qu'on est radical, ou sur le point de l'être,

à Lémania parce qu'on est catholique, à Valdésia parce qu'on aime l'armée; on entre à Belles-Lettres parce que c'est Belles-Lettres.” Il est plus compliqué que ça de définir ce que c’est qu’appartenir à une collectivité qui a ses caractéristiques propres par rapport à d’autres associations d’étudiantes ordinaires. Sur le plan matériel, les sociétés portant couleurs se distinguent des autres parce qu’on y porte chapeau et sautoir, dans les couleurs choisies pour la société. Au départ, l’idée était de porter celles de son canton ou ville d’origine. Par ailleurs, certaines règles d’entrée et de hiérarchie des membres y font loi et n’existent pas ailleurs. Ce sont des régulations de statut de membre, par exemple. Chez les Zofingiens, on commence candidat pendant trois semaines, puis on devient Fuchs et enfin Buchsen. La largeur du sautoir diminue en même temps que le rang augmente. Ce sont des aspects romanesques qui peuvent faire seulement rêver d’autres sociétés. Les sociétés portant couleurs sont fermées et ne se laissent pas facilement explorer du dehors. Mais peut-on vraiment dire que leurs buts s’éloignent de ceux de toute autre société d’étudiantes?

faire des rencontres intéressantes et d’échanger des idées avec des personnes qui ne nous ressemblent pas forcément. Un stéréotype est de voir l’association comme un dispensateur de soirées gratuites, qu’on ne se rencontre que pour boire des bières. Mais ce ne sont certainement pas les personnes dont le seul but est de profiter de la situation qui en tirent le plus parti. Car c’est sur le long terme qu’on peut voir les effets. La plupart des étudiantes ne sont pas de la ville dans laquelle ils étudient, et une société peut leur permettre de trouver de nouveaux repères. Ainsi, une fois par année, un spectacle ouvert à tous vise à raconter la vie de l’association. Il est alors possible au commun des mortels de percer le secret et peut-être de s’essayer à une vie de Fuchs.

Fêtes et rencontres Les jeunes s’y retrouvent le plus souvent une fois par semaine autour d’un verre ou lors d’une autre occasion, telle une conférence donnée par un politicien, etc. Mais le souci premier est d’y rencontrer des personnes de tous horizons, quelles que soient leur origine et leur formation, afin de s’ouvrir et nouer des amitiés. Car non seulement y viennent des étudiantes, mais aussi des personnes qui ont déjà des occupations professionnelles. Cela permet de

conseils sur le comment-boire (chez les Stelliens).

Agata Figurska

Petit glossaire à l’usage des novices... Biercomment: recueil de

Couleurs: la casquette, le sautoir, les zipfels. Zipfels: objets dotés des couleurs et du zirkel de la société. Certains sont faits pour les fixer à son verre afin de le reconnaître plus tard. Zirkel: monogramme formé par les mots Vivat, Crescat, Floreat.

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HAUTES éCOLES - FORMATION

“Offensive en faveur de la qualité”, ou quand le savoir devient un luxe En pleine période de soldes, les milieux économiques inversent la tendance en revoyant à la hausse les taxes d’étude. Prix d’origine calculé à l’année: 1300 francs. Leur super-prix: 5000 francs. Et il y en aura pour tout le monde.

D

epuis quelques mois, le lobby économique – économiesuisse et Avenir Suisse en tête – ne cesse de dénoncer la baisse progressive d’attractivité de la politique helvétique de formation. Bien décidée à réagir tant qu’il en est encore temps, cette coalition s’est lancée dans la promotion d’une vaste “offensive en faveur de la qualité”, permettant de procurer aux étudiantEs suisses une formation nettement plus compétitive sur le plan européen. Cette réforme passe essentiellement par la réalisation du désormais inévitable processus de Bologne et de son système toujours très flou de masters spécialisés. Or la mise en œuvre dudit processus nécessite un meilleur encadrement des étudiants par les enseignants et les assistants, qui provoquera indubitablement une hausse conséquente des besoins financiers des hautes écoles. Panne du secteur public En laissant de côté la question de la légitimité de cette transition, le réel problème demeure l’impossibilité pour les pouvoirs publics de mettre sur la table les montants requis, leurs subventions à la politique de formation ne cessant déjà de baisser depuis ces vingt dernières années. Il devient dès lors urgent, du moins à en croire économiesuisse, de trouver de nouvelles sources de financement pour permettre une amélioration tangible de l’enseignement supérieur. Selon les milieux économiques, cette tâche incombe essentiellement aux principaux bénéficiaires de ces changements, à savoir les étudiantEs. Une hausse des frais d’écolage

à 5000 francs — en lieu et place des 1300fr. en vigueur — a ainsi été proposée. En ce qui concerne les étudiantEs en difficulté pour s’acquitter de cette taxe d’inscription, les milieux économiques prévoient la création d’une nouvelle institution fédérale de financement qui viendrait compléter le système des bourses d’étude par des prêts remboursables sur dix ans. Effet pervers des prêts Selon l’UNES (Union des étudiantEs de Suisse), les prêts octroyés par cette institution pourront à peine couvrir l’augmentation des taxes d’inscription et ne comprendront pas dans la dette initiale les frais de subsistance1. Ainsi, les étudiantEs bénéficiant d’un prêt devront encore trouver de leurs propres moyens le montant correspondant actuellement à une bourse afin de pouvoir couvrir leurs besoins vitaux, ce qui alourdira considérablement la facture accompagnant leur diplôme de fin d’études. Le système des prêts, loin d’apporter une solution substantielle au

...la peur de l’endettement... problème du financement, ne fait donc que surcharger un processus déjà suffisamment bancal, sachant que les bourses subissent des coupes de plus en plus drastiques. Dans cette perspective, la peur de l’endettement risquera d’accroître considérablement les réticences envers un cursus de formation dite

“tertiaire”, et le système proposé tendra à introduire des effets de seuil lourds de conséquences pour les classes moyennes inférieures. Mais l’argumentation des milieux économiques induit une modification idéologique qui se situe audelà de ces changements purement structurels. Avenir Suisse défend en effet son projet de hausse des taxes en insistant sur le caractère fortement privé de la formation “tertiaire”, qui est censée assurer un avantage compétitif sur le marché du travail et un meilleur départ en termes de salaire. Or un tel discours repose sur une forte contradiction et sur des fondements bien trop réducteurs pour être pertinents. L’apport oublié de la formation En effet, l’enseignement dispensé par les hautes écoles est essentiellement public, au regard des bénéfices qu’il apporte à la collectivité, en favorisant un esprit d’ouverture et un regard critique que la société peine de plus en plus à promouvoir par elle-même. Dans cette perspective, un des objectifs originaux de la formation “tertiaire” réside dans la promotion de la recherche pure, diversifiée et attachée à des effets exploitables uniquement sur le long terme. Ignorer ces dimensions revient à oublier la “valeur sociale” de la formation pour l’appréhender en termes uniques de profit et de rentabilité à court terme. De plus, dans le contexte actuel de récession économique, le lien entre la détention d’un diplôme universitaire et l’obtention d’une meilleure place de travail n’est plus aussi évident que par le passé. A la sortie de leurs études, la majorité des étudiantEs n’entrent plus dans

les cercles fermés des hauts cadres de l’administration, mais héritent du statut de simple employé. Perspectives peu réjouissantes Enfin, le lobby économique semble faire l’impasse sur les nombreuses externalités qui découlent de son ”offensive pour la qualité”. A titre d’exemple, Avenir Suisse soutient que la hausse des taxes annuelles à 5000 francs permettra d’engager 800 nouveaux professeurEs. Cependant, l’augmentation de l’aide aux étudiantEs ne peut se résumer à cet unique réajustement, tant le rôle des assistantEs est tout aussi nécessaire que négligé. D’autre part, cette proposition soulève également la question cruciale du manque de locaux per-

... la valeur sociale de la formation... mettant d’assurer aux nouveaux venus un espace de travail adéquat. Il convient toutefois de ne pas céder à la panique, la solution à cet épineux problème est déjà toute trouvée. En effet, les étudiantEs peuvent bien financer de leur poche la construction du tant attendu BFSH3. De toute façon, ils ne sont plus à ça près… David Lamon

1UNES, “Le lobby de l’économie dans l’impasse!”, http://www.vss-unes.ch

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politique - Société

Calculs boiteux: le choix du “députodrome” Le 10 décembre le Parlement fédéral ne s’est pas contenté de changer le visage politique du pays. Il s’est aussi livré à une réforme mathématique à faire exploser bien des calculettes.

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i pour beaucoup la politique se résume aujourd’hui – et ce depuis un bon bout de temps tout de même – aux belles paroles, à la langue de bois ou aux slogans, qu’ils se réjouissent. Un temps nouveau est arrivé. Exit l’ère du mot, vive l’âge du numéro! 1+1=2 Pour s’en rendre compte, il suffit de se pencher un instant sur le spectacle que nous a offert le Parlement fédéral le 10 décembre dernier. Une véritable leçon d’algèbre revisité, où l’arithmétique se conjugue sur un mode étrange. Ainsi – et les astrologues ne l’avaient guère prédit – c’est le chiffre 2 qui aura marqué les esprits politiques pour cette année électorale. Deux comme le nombre de représentants auxquels a droit l’UDC suite aux élections fédérales d’octobre; ainsi, 55 conseillers nationaux UDC équivalent-ils à 2 postes à l’échelon supérieur, 2 conseillers fédéraux.

...il était seul sur la ligne de départ... C’est ce 2 là qui a surtout marqué les esprits médiatiques, alimentant à foison les choux gras d’une presse plus politisée que jamais. Un 2 conquérant, sûr de son bon droit, qui aura joué son rôle – et accompli sa mission – de chien fou dans le jeu de quilles électorales. Mais d’autres 2 se sont glissés plus subtilement 12

dans la bataille, échappant parfois aux regards alertes des bons vieux analystes grattes-papier.

pour les quatre années à venir.

1+1=1 Il en est ainsi du 2 de bon ton qu’on a sacrifié sur l’autel du combat politique. En effet, qu’est-elle devenue, l’habituelle paire candidate pour reprendre le poste vacant – ou plutôt immobile? Il était seul sur la ligne de départ, le brave M. Blocher et, après avoir joué le coureur de fonds durant tant d’années, ses qualités démagogiques lui ont permis de s’imposer au sprint face à… personne. Peu importe, il reste vainqueur malgré l’absence de candidats, peut lever les bras au ciel et renoncer au champagne. Rappelons encore qu’en son temps, Mme Brunner avait eu moins de chance. Seule candidate au départ, elle s’était pourtant fait brûler la politesse sur la ligne d’arrivée.

2-1=1 Un 2 plus discret enfin, qui s’efface, vacille mais ne s’effondre pas, car personne ne serait là pour l’entendre toucher le sol: la belle démocratie helvétique, fierté vieille de plus de 150 ans. Son système à 2 vitesses semble soudainement battre de l’aile. En effet, un bref exposé de la théorie impose de constater les carences pratiques. Le peuple suisse élit des représentants – conseillers nationaux ou aux Etats – qui jouent donc leur rôle par la suite et les représentent dans la capitale. Si l’on ajoute à cela l’identité cantonale – et non nationale – de nos partis politiques, il est évident d’imaginer comment fonctionne la machine. Le conseiller national socialiste neuchâtelois se devra de représenter ses électeurs lors des votations du Parlement fédéral.

2+1=1 Un autre 2, plus triste celui-la, c’est celui un peu gueule de bois des lendemains chagrins. Si 55 UDC, 40 PRD ou 52 PS équivalent chacun à 2 conseillers fédéraux, 49 conseillers nationaux ne font qu’une conseillère fédérale. Pourtant, tout au long de l’année, il avait semblé que le chiffre-clé serait le 3, une triplette en jupette avec une première radicale depuis la sombre affaire Kopp. C’est le ciel qui s’abat sur la tête de nos concitoyennes en début d’après-midi ce 10 décembre et c’est un bâtonnet ridicule qui risque d’être leur numéro gagnant

De même, le conseiller national UDC bernois s’acquittera-t-il de sa tâche pour les siens. Comment comprendre alors le bloc radical qui s’est formé derrière l’UDC Blocher face à la PDC Metzler? Ou encore les petits popistes choisissant de ne pas choisir. Auraient-ils la prétention de penser représenter ainsi l’avis de leurs électeurs!? De là à dire que la boîte à vitesse est cassée – la deuxième ne passe plus – il y a un pas que je ne franchirai pas et puis, de toutes façons, on peut très bien rouler en première, à notre rythme helvétique. 2+2=5

Rien ne sert de remettre en question l’entrée d’un second UDC dans la grande famille du Conseil fédéral, même s’il s’appelle Blocher. De même, il faut cesser de pleurer la mort de la formule magique. Elle reposait – et repose toujours – sur plus d’un facteur tacite et le changement de donne dans la représentation des partis ne signifie sans doute pas la fin du consensus ou de la collégialité. Mais, tout de même, il y a la manière ! A trop jouer de la calculette on

...un langage algébrique biaisé... risque de transformer la politique en un langage algébrique biaisé qui laissera sur le carreau bon nombre d’électeurs. Le dernier album de Radiohead s’ouvre sur un titre nommé 2 + 2 = 5, addition énigmatique en référence à l’élection de George W. Bush. Par ses calculs boiteux à répétition, gageons que le Parlement fédéral a esquissé déjà les titres de quelques chansons rock à venir, ici en Helvétie. Christophe Schenk


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politique - Société

Vous en feriez quoi, vous ? Amateurs d’ésotérisme, spéculateurs philosophiques et utopistes cyniques, trouvez ici matière à de longues heures d’amusement. Alca-Seltzer non fournie.

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ous avez peut-être pris garde au numéro de décembre 2003 du magazine économique romand Bilan. Si vous avez eu cette chance, je ne vous apprendrai pas quel est le thème, à teneur hautement analytique, proposé dans cette parution. Si ce n’est pas le cas, je vais éveiller chez vous, sans nul doute, une profonde tentation, une appétence rare, et je vois déjà vos yeux s’écarquiller, votre souffle devenir haletant (peut-être juste à cause de la longueur de mes phrases vous me direz?). Mais qu’y avaitil dans le numéro de ce magazine si économiquement reconnu? Eh bien, en couverture, et dans une formulation un tantinet racoleuse, on pouvait lire: “Les 300 plus riches de Suisse”! Les dessous du top 50 Je suis de nature curieuse, et je n’ai pas résisté à emprunter ledit magazine dans la salle d’attente de mon dentiste (qu’il en soit à jamais remercié). Après une lecture minutieuse, je suis aujourd’hui à même d’énumérer les noms des personnages bras-

sant le plus d’argent sur notre territoire, et cela n’a pas changé le cours de ma vie (étonnant)! Certains sont de notoriété publique (mais je ne citerai pas de noms), des sportifs dans le vent ou des fabricants de meubles suédois à bas prix. D’autres encore ont accédé récemment aux plus hautes fonctions de notre gouvernement (mais je ne citerai toujours pas de nom). Enfin, on constate que une fois plongé dans cette lecture, on jongle avec les chiffres, les milliards, les actions et autres stock options sans plus vraiment que tout cela ait un sens à nos oreilles de profanes (j’en profite pour m’excuser d’avance aux vrais experts, qui pourraient porter un regard plus que sceptique sur mes si ignorantes remarques). Je ne veux pas chercher à comprendre la teneur exacte de tous ces termes, ni me demander s’il est légitime qu’une personne, qu’une famille ou qu’une entreprise puissent détenir de telles sommes qu’elles s’expriment en puissances, en exposants. Plutôt que de remettre encore une fois sur la table le débat sur la trop grande vérité du fossé entre

pauvres et richissimes, j’ai décidé de spolier purement et simplement d’une partie de leurs biens ces magnats de la finance et de la haute technologie, ces modèles de générosité et d’altruisme. Un calcul lourd de sens Je m’explique et je deviens du coup plus concis et précis: dans les quelque cinquantaines de page qui illustrent ce sujet, les journalistes de Bilan font un classement des personnages les plus riches en indiquant à chaque fois la fourchette dans laquelle ils évaluent leur fortune (me fais-je bien comprendre?). Le jeu consiste donc à ne laisser virtuellement qu’un milliard à chacun,

Les spolier d’une partie de leurs et à calculer ainsi la somme que l’on pourrait récolter. Par exemple, la famille X, fortune estimée entre 8 et 9 milliards, je fais la moyenne, 8.5 milliards et j’en prends 7.5 pour ma cagnotte (ça va plus vite que la boîte dans laquelle je verse mes pièces de monnaie à la fin de chaque semaine). Les pauvres? J’y viens! Par bonté d’âme, j’ai décidé de ne pas prélever un centime chez les personnes citées par le magazine et dont la fortune ne s’élève qu’entre 100 et 900 millions.

forte. Maintenant que faire de tout cela? D’après de savants calculs, je vous propose quelques pistes pour des investissements plus ou moins rentables. On pourrait par exemple proposer l’aide sociale à plus de 8 millons de personnes pendant une année. Inutile me direz-vous, il n’y a pas assez de pauvres en Suisse. Ne pourrait-on pas alors proposer de rembourser la dette de la Confédération? On conserverait encore 82 milliards pour les bonbons. Je sais, je sais, ce fut fort à la mode il y a quelques années: 3780 FA-18, ou encore, 6,3 milliards de CD du talentueux Francis Lalanne. C’est encore 36 milliards de paquets de clopes, d’innombrables heures de travail pour un ouvrier indien à 0,5fr de l’heure, une ou deux guerres supplémentaires en Irak, ou encore un siècle de dédommagement aux victimes des curés pédophiles. On aurait aussi pu sauver 50 fois Swissair de la faillite. Ou simplement proposer à un individu de dépenser 7192 francs toutes les minutes et ceci pendant 50 ans. Voilà quelque chose de judicieux et de réellement constructif…. Mais c’est également, et pour terminer, combien de trithérapies, combien de litres d’eau potable, combien de vaccins, et tout le reste... Raphaël Laub

Quelle redistribution? Croyez-le ou non, j’ai ainsi amassé la rondelette somme de 189 milliards! Me voilà à mon tour à la tête du plus important patrimoine particulier de Suisse, AAAH! Je m’égare, mais la tentation est 13


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dossier - nos fesses se confessent

Temple d’Eros, merdier institué La relation prof-étudiant regorge de fantasmes et de projections quand on l’observe sous l’angle de la psychanalyse. Selon le jeu de l’interprétation freudienne de la formation, “être licencié” signifie tour à tour “être un bel excrément” ou “devenir son propre père”. Peut-être que les études sont aussi l’occasion de se nourrir d’énergie érotique... “La trahison des images”, René Magritte, 1929

L

a figure du prof s’apparente à celle du sculpteur à maints égards.1 Comme l’artiste devant une matière encore informe, le maître se trouve face à des esprits encore bruts, inarticulés dans la branche qu’il va leur enseigner. Sa tâche est de modeler les élèves, de les former à une discipline afin qu’ils apprennent à leur tour à structurer la matière étudiée. Comme Pygmalion, le prof façonne, à coups de discours et de bibliographies non exhaustives, des esprits à la hauteur de son idéal. Ça flatte son ego: “Ce qui sort de moi, de mes cours, est bon” et son fantasme de toute-puissance divine se réalise: “Je suis le Créateur de ces individus capables, grâce à Mon enseignement, de disserter sur Mes sujets de recherche.” Des pulsions sadiques guettent aussi le formateur dans sa position de domination (“Je crée ces intelligences, mais Je peux tout aussi bien les détruire, surtout si elles se mettent à Me questionner”). Enseigner, sculpter, déféquer L’ambition célesto-sadique du prof

... les pulsions sadiques du formateur... aurait aussi une contrepartie physique. Anale, plus exactement. En effet, la formation s’interprète aisément comme une “épreuve de la merde”1. Les fèces étant la première substance qu’un humain “expulse” hors de lui-même, former des étudiants est non seulement comparable à sculpter la pierre brute ou à structurer des esprits vierges, mais aussi à mouler de bonnes et 14

belles déjections. Ainsi l’ambition de tout étudiant motivé sera de devenir un excrément brillant qui, une fois sorti des entrailles de son prof, développera à son tour son aptitude à être Sculpteur, Créateur, Emmerdeur. Les seins du prof-père Les modèles qui poussent en avant et orientent un parcours universitaire contribuent à ce que les études soient une période grisante. En freudien, on utilise les profs qu’on admire comme des parents de substitution. Transférer sur eux les pulsions contradictoires éprouvées envers ses géniteurs (désirs incestueux) permet de s’en distancer et de renoncer à cette tentative de les séduire par l’Eros. C’est pendant cette phase de l’Œdipe que l’attraction peut prendre le dessus (“Tiens, j’aime et désire cette prof”) tout comme la répulsion (“J’ai échoué parce que ce salaud me persécute”). La licence de l’étudiant victorieux du complexe d’Œdipe signale qu’il est parvenu à nuancer l’héroïsme de ses maîtres (tuer le père) et à se constituer en lui-même une instance d’autorité (devenir son propre père). Le sexisme de cette théorie, où le couple de notions virilité-autorité semble figé, est assez rude. D’autant plus que seule la fonction de reproduction des femmes est mise en lien avec l’univers de la formation.1 Les auditoires sont comparés à de gigantesques matrices: les étudiants y sont en gestation, protégés du tumulte du monde extérieur. La passivité de certains, qui tètent les paroles de leurs profs comme un lait intellectuel, renforce encore cet imaginaire. Obtenir sa licence, dans ce cas, c’est être délo-

gé de l’utérus académique comme un nouveau-né: gluant et glouton, mais adoré par ses parents. Tabous, érotisme et transgression L’université serait d’un ennui accablant si elle ne tenait pas autant à ses codes de conduite, sa hiérarchie, son langage châtié. La distance entre le corps d’un prof et celui d’un étudiant est respectée comme si elle était prescrite, l’habillement est pudique, les poli-

...entre le corps d’un prof et celui d’un étudiant... tesses distinguées sont de mise. Ces lois, suggérées sans jamais être énoncées, attisent une certaine forme d’érotisme: les interdits qui règlent le quotidien à l’uni éveillent le désir de la transgression tout en maintenant sa réalisation à distance: Il en va de même avec les pudeurs du discours amoureux ou les mystères du corps de l’autre, qui attisent une libido sans doute plus vive et plus saine que le spectacle de déclarations staracadémiques ou de nudités pâles version Calvin Klein. L’érotisme bouillonne dans l’idée de dissoudre les distances et de percer des secrets, sans nécessairement passer à l’acte. Or le paysage contemporain, bombardé de discours normatifs sur tout, exacerbe une sexualité prête-à-consommer. Difficile de ne pas interpréter cette “pornographie ambiante”2 comme le nouvel opium du peuple: on montre tout, on parle de tout en exagérant à outrance pour

attirer l’attention du consommateur. Quelle place reste-t-il alors au potentiel d’excitation physique et intellectuelle qui frémit dans les silences de l’érotisme, quand il sont recouverts par les images criardes de tout et son contraire? Quand nos regards et nos opinions sont saturés de clichés, nos consciences ne sont-elles pas vidées de leur énergie érotique et créative, ramollies? Peut-être que pratiquer l’université est une chance de nourrir malgré tout un certain sens de la transgression. Katherine Friedli

1 René Kaës, Didier Andieu, et al., Fantasme et formation, Dunod, 1997 2 Jean Baudrillard, Le complot de l’art, article paru dans Libération, 1996, cité par Gilles Mayné dans Pornographie, violence obscène, érotisme, Descartes et Cie, 2001


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dossier – nos fesses se confessent

De l’action à prix réduit L

ausanne est-elle en passe de devenir la capitale européenne des établissements coquins? En tout cas, tout le monde connaît les circuits, puisque tout le monde a un ami qui y est allé une fois (mais personne n’y est jamais allé lui-même). Ainsi sex-shops, saunas et cabarets ont pignon sur rue dans notre belle ville. Certains existent depuis parfois plusieurs décennies sans qu’on n’y croise jamais un client. A n’en pas douter, ce business se fait dans la discrétion, ce n’est donc pas à proprement parler des lieux où l’on s’attendrait à sortir sa carte d’étudiant sur laquelle figurent en bonne place nom et prénom… D’ailleurs — vérifications faites — il n’est effectivement pas possible d’obtenir les 10% de rabais étudiants habituels en librairie sur les albums d’images de Rocco Sifredi. A moins, bien sûr, de vous ren-

... se trémousser dans les bulles... dre dans votre librairie préférée, Basta‑! par exemple, et de les commander… mais là notre curiosité journalistique n’a pas été suffisante pour en faire l’expérience. Râles et gémissements Il existe toutefois un type d’établissement offrant des rabais étudiants: les saunas. Et quand nous parlons de sauna, nous ne parlons pas du tout de cette boîte en pin chauffée que l’on trouve cachée dans un coin dans n’importe quel fitness. Nous voulons parler de ces établissements qui proposent à leurs clients un espace de tolérance et de discrétion. Ces lieux proposent bien sûr aussi bar, jacuzzi, hammam et sauna. Mais ce qui attire le client, ce sont plutôt les salons où sont diffusés des films pornographiques et les cabines permettant aux couples (ou trios, ou…) éphémères de se retirer. Bref il s’agit du pendant libertin du fast-food. Les couples s’y forment rapidement et consomment sur place, sur fond de techno

(ça rythme et couvre les râles et les gémissements...).

dans les bulles des jacuzzis de ces lieux chauds.

Méga-mixte Au risque de choquer les derniers romantiques, nous vous apprendrons (et vous ferez semblant de ne pas le savoir déjà) qu’il existe (à notre connaissance) trois établissements de ce type à Lausanne. Originellement réservés à la clientèle homosexuelle, ceux-ci s’ouvrent peu à peu aux amateurs et amatrices de plaisirs hétéro et proposent régulièrement des soirées à thème: mixte, échangiste, mégamixte (homo et gay et hétéro, et trans…) et j’en passe. Le New Relax est même devenu mixte tous les soirs dès 18h. Au Pink-Beach, en montrant au réceptionniste votre carte d’étudiant, vous ne paierez votre entrée “que” 25fr au lieu de 29fr50. La concurrence propose bien entendu, elle aussi, des rabais: le New Relax propose aux étudiants jusqu’à 25 ans de ne payer que 20.(au lieu de 29). Quant au Top Club, on y entre pour 23fr avec une carte d’étudiants au lieu de 28fr.

Huiles de soin et philo Quant à savoir quelle est la proportion des entrées étudiantes… je vous l’ai dit, ce business se fait dans la discrétion. Nous avons par contre pu rencontrer plusieurs étudiants qui travaillent dans ces établissements (encore une analogie avec les fast-foods). Si les salaires ne semblent pas des plus attrayants (entre 15 et 20fr de l’heure), le cadre de travail paraît malgré tout intéressant. Ainsi, l’un d’entre eux nous a raconté que l’on peut y croiser des gens étonnants. Les discussions au bar ne se limitent absolument pas aux huiles de soin ou aux aventures sexuelles insolites. Les envolées philosophiques ou politiques n’y

Wanted: nos jeunes fesses Il est surprenant de constater que ce genre d’établissement tente de se rendre attrayant envers la clientèle estudiantine. Toutefois, un petit coup d’œil sur les autres rabais nous ramène vite aux réalités quelque peu commerciales de l’opération. A côté des rabais étudiants, vous trouverez des tarifs «‑jeunes‑» mais, par contre, aucun tarif AVS. Eh oui, la finalité ultime de cette lutte sans merci que se livrent les saunas afin d’attirer nos fesses dans l’un plutôt que dans l’autre est bien de faire descendre un peu la moyenne d’âge de la clientèle. Car même si personne ne l’avoue, la particularité de ce secteur est que le client ne vient pas tellement pour les installations mais bien pour la clientèle. Pas toujours très fraîche. Les étudiants sont souvent jeunes et ça fait beau dans le paysage. Mais, comme ils sont souvent fauchés (et en ce sens les saunas ont parfaitement compris un truc qu’économiesuisse n’arrive pas à piger1), ils ont besoin d’un petit coup de pouce pour venir se trémousser

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Gian Paolo Conelli, “Espace Hommes”.

En plus de vous permettre de payer vos cafés et d’accéder à la bibliothèque, votre carte d’étudiants vous facilite l’accès à vos salles de travaux pratiques...

seraient pas rares. On pourrait même y rencontrer quelques personnalités, hommes d’église, politiciens, etc. qui n’hésitent pas, dans leur quête de discretion, à franchir les frontières cantonales pour fréquenter des établissements loin de leur propre ville. Joël Burri Katherine Friedli 1voir article page 11 Quelques liens qui n’intéressent personne‑: www.pinkbeach.ch www.topclub.ch www.newrelax.ch


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Dossier - nos fesses se confessent

Sexualité et quête identitaire Sexualité anarchique ou relation sérieuse, les étudiantes vivent dans ce domaine des expériences diamétralement différentes.

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e commencement des études supérieures coïncide avec la découverte de la sexualité. Comme le montre un rapport conjoint de plusieurs instituts médicaux suisses intitulé “Santé et style de vie des adolescents âgés de 16 à 20 ans en Suisse (SMASH 2002)”, 32% des jeunes ont eu un premier rapport sexuel avant 16 ans, 59% avant 18 ans, et enfin 78% à 20 ans. C’est donc bien durant cette période que tout se joue. Les études supérieures sont l’occasion d’interrogations identitaires approfondies, de recherche de repères, de choix essentiels. Jeux de rôle De manière similaire, la sexualité est une quête identitaire, tant sont forts les schémas dans un domaine aussi tabou au sortir de l’adolescence... Il suffit de se pencher sur la presse destinée aux ados pour s’en rendre compte. Tandis que les magazines féminins promettent pêle-mêle la passion amoureuse, le prince charmant et la fidélité, photos de mannequins éthérées et radieuses à l’appui; les journaux masculins exhibent inlassablement des pinup à la sexualité débridée, valorisant par là une certaine consommation du sexe. Ainsi, il s’agit toujours de représentations féminines, mais antithétiques. L’homme ne se voit pour autant pas moins imposer des rôles sociaux rigides, où force, virilité et responsabilité pèsent de tout leur poids.

...imposer des rôles sociaux rigides... Notre société occidentale propose deux orientations opposées en matière de comportement sexuel - à savoir une vision consommatrice et jouissive promue par la pornographie et la publicité (femmes dévêtues pour vanter une voiture) d’une part, une préservation de la fidélité dans le couple et des 16

valeurs traditionnelles de la famille de l’autre. Se situer dans cette pluralité de scénarios contradictoires nécessite forcément une réflexion identitaire. Un domaine bien plus complexe La sexualité est avant tout une découverte de son corps et une affaire de communication avec son partenaire, pour lesquels il n’existe pas de mode d’emploi. Ainsi, on se

nes de l’émotionnel, du physique avec ceux du cérébral, de la raison? Intuitivement, il me semble que la sexualité prend une grande part dans la vie des jeunes au moment de sa réelle découverte - qui ne correspond pas forcément aux premiers rapports; et qu’il s’ensuit tout un apprentissage d’équilibre entre les deux pôles du mental et du physique.

plus accépter le préservatif lui a conseillé tout simplement le système des températures pour éviter la pilule. Elle a eu un enfant à 17 ans… Par ailleurs, la pilule ne constitue pas un moyen contraceptif à 100%. En cas de grossesse, la mère est quasiment obligée d’avorter, les conséquences de la prise de pilule sur l’enfant n’étant pas bien connues. Dans la majorité des cas, ce sont les garçons qui prennent en charge l’achat du préservatif tandis que les filles s’occupent de la pilule. Etonnamment, ce “partage des tâches” coïncide avec la différence d’activité sexuelle entre les filles et les garçons.

...différence d’activité sexuelle…

Cindy Sherman, Untitled 96

rend compte après quelques rapports sexuels que leurs implications sont bien plus complexes que ce que les mass media veulent bien nous vendre. Les jeunes qui découvrent leur homosexualité en savent quelque chose. Mais même dans les relations hétérosexuelles, plus balisées, il est des aspects dont on parle peu. Le sexe peut être envisagé, à l’image d’un sport extrême, comme une manière de tester ses limites, voire de s’aliéner, de se fuir. Faire l’amour sans protection, ou sans moyen contraceptif n’est pas anodin. Audelà de l’aspect irresponsable, c’est de pulsion de mort dont il s’agit. Le sexe peut être synonyme de possession ou à l’inverse créer la dépendance. Dans tous les cas de figure, la sexualité a des retombées dans les autres domaines de la vie du jeune adulte, notamment les études. Combien de jeunes décrochent pendant quelques mois à cause d’une relation fusionnelle? Comment conjuguer les domai-

Contraception et protection Dans une perspective plus pratique, les filles et les garçons sont confrontés aux questions de contraception et de protection contre les maladies sexuellement transmissibles (MST). L’utilisation des différents moyens de contraception varie en fonction du type de rapports sexuels. L’étude SMASH montre que lors du premier rapport 75% des jeunes utilisent le préservatif, 33% des femmes utilisent la pilule. Les chiffres s’inversent pour le dernier rapport avec 40% pour le préservatif et 64% pour la pilule.

Ainsi, si 47% des filles entre 16 et 20 ans déclarent n’avoir eu qu’un partenaire, ce chiffre s’abaisse à 33% pour les garçons. Les vieux clichés comportent aussi leur part de vérité… Devenir adulte La sexualité est un domaine vierge, peut-être le premier, que le jeune adulte explore seul, en parallèle à sa formation, avant d’être confronté à des responsabilités professionnelles, familiales, financières. Par là même, la sexualité, et au-delà tout le champ émotionnel des relations amoureuses qu’elle révèle, constitue l’un des éléments essentiels à la construction de soi comme adulte. Isabelle Vuong

Entrée dans les mœurs, la pilule n’est pourtant pas une évidence pour toutes les jeunes filles. Beaucoup avouent avoir des scrupules à la prendre, pour des questions de santé et de “morale”. En effet, la pilule dérègle le système hormonal et empêche l’enfantement, composante identitaire forte pour la femme. Une mère dont la fille ne voulait


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Dossier - nos fesses se confessent

Tu montes chérie?

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orsque vous tapez “étudiante” et “prostitution” sur n’importe quel moteur de recherche Internet, vous tombez sur des centaines d’occurrences: étudiantes en médecine, psychologie, lettres, sciences politiques, sciences sociales, qui travaillent sur le sujet de la prostitution, étudiantes qui dénoncent la prostitution, étudiantes qui manifestent pour et avec les prostituées, etc. Mais pas une seule mention d’étudiantes qui ont recours à des prostituées ou qui se prostituent. Doit-on en déduire pour autant qu’il n’y en a pas et que l’on vit dans le meilleur des mondes ?

...l’étudiant e qui vend ses charmes... S’il est facile d’imaginer que des étudiantes ont recours à des services sexuels payants, par contre il l’est moins d’envisager que des étudiantEs se prostituent. Bien entendu, le fantasme de l’étudiante qui vend ses charmes afin de payer ses études fait recette; de nombreuses annonces érotiques jouent d’ailleurs là-dessus, le label “étudiante” garantissant la jeunesse, un bon niveau socioculturel et une certaine autonomie face aux stupéfiants. Bref le-la pseudo-étudiante est propret-te… mais capable de se dévergonder en monnayant son corps.

Fantasme mis à part, qu’en est-il de la réalité? Le sujet est assez tabou. Corinne Sieffert, coordinatrice de l’association Fleur de Pavé1 qui offre aux prostituées un point d’accueil, grâce à un bus stationné de 22h00 à 2h00

la semaine, à la route de Genève et à Sévelin, n’a jamais rencontré d’étudiante qui se prostitue. Elle ajoute toutefois : “Notre bus accueille des prostituées qui travaillent dans la rue, qui sont essentiellement des migrantes. Les personnes qui sont de nationalité suisse ou possédant un permis C n’ont pas envie de se visibiliser et préféreront travailler dans les salons ou les cabarets.” Quant aux étudiantes, “ils-elles existent, c’est certain, mais ils-elles travaillent dans la prostitution de luxe, ce sont des escort girls ou boys.” Escort girl-boy exige certaines qualifications physiques et intellectuelles ; avoir une bonne présentation et être bilingue voire trilingue. Ces atouts se révèlent être nécessaires puisque le temps passé avec le client n’est pas focalisé uniquement sur le rapport sexuel, l’escort girlboy accompagne celui-ci lors de repas ou pour aller boire un verre, il-elle doit donc pouvoir communiquer en français, en anglais et si possible dans d’autres langues. Ces aptitudes permettent de gagner nettement plus qu’un-e prostituée travaillant dans la rue ou dans les salons. Combien ça gagne? A Lausanne, le tarif varie selon plusieurs facteurs : le type de prostitution (rue, salons, cabarets, escort girl-boy), les services proposés et la nationalité... Les personnes exerçant dans la rue et dans les salons travaillent généralement de façon régulière et elles sont payées au service. Selon Corinne Sieffert, le prix pour une fellation s’élève à cent francs et il est de cent cinquante francs pour un rapport sexuel: “Une fille de l’Est gagne en moyenne entre dix à quinze mille francs par mois.” Cependant le coût change selon la nationalité du-de la prostituée, une

Jussi S. Karjalainen

La plupart des étudiantes exercent un petit job endehors de leurs études, souvent mal payé. Comment faire pour gagner vite et beaucoup d'argent sans qualifications? La prostitution est un des moyens possibles et certaines étudiantes se sont apparemment laissées tenter.

personne africaine voit ses revenus diminuer par rapport à ceux d’un-e ressortissante des pays de l’Est. L’escort girl-boy qui travaille de manière occasionnelle se fait payer non pas au rapport sexuel mais à l’heure. Les tarifs proposés sur Internet sont identiques d’une agence à l’autre, c’est de six cents francs à huit cents francs l’heure, selon la personne et les services proposés, notamment le rapport SM qui est taxé au plus haut prix. Etonnamment, au contraire de la nationalité, il n’y a pas de discrimination salariale de genre : hommes et femmes gagnent la même chose. Un nombre bien moins élevé d’hommes que de femmes se prostituent Stéphane Witch, qui se préoccupe de la prostitution masculine au sein de l’association genevoise Aspasie2, dont les activités sont similaires à celles de Fleur de Pavé, précise que, mis à part le tarif identique, les prostitutions masculine et féminine ne sont pas les mêmes. Les femmes ont tendance à se regrouper et à revendiquer leur métier, ce que les hommes ne font pas. De plus, ils travaillent de manière très individuelle; pratiquement pas dans les salons ni dans les caba-

essentiellement pour essayer de bénéficier d’une bourse d’étude. Ceux-là ne vont pratiquement jamais jusqu’au bout de leur cursus universitaire.” Stéphane Witch tient à souligner le fait que la plupart des personnes qui se prostituent et auxquelles il a affaire “ont eu un parcours et des histoires personnelles difficiles”. Ainsi même si le choix d'exercer le plus vieux métier du monde semble être déterminé essentiellement par l'appât de l'argent vite gagné (six à huit cents francs de l'heure pour un-e escort girl-boy, vingt francs de l'heure pour un-e caissière de supermarché), il l'est aussi par d'autres paramètres bien plus complexes et intrinsèquement liés à la personne et à son vécu. Si dans les milieux académiques et sociaux l'on s'est beaucoup interrogé sur ces paramètres, certaines associations commencent à travailler en prenant le problème par l'autre bout. C'est-à-dire, qu'est-ce qui pousse une personne à recourir aux services sexuels payants? De toute évidence, ce n'est pas une mauvaise idée puisque le client représente la demande et tant qu'il y aura de la demande, il y aura de l'offre. Carole Villiger

...le tarif varie selon plusieurs facteurs... rets, parfois dans la rue mais c’est surtout à travers Internet et le chat qu’ils racolent. Stéphane Witch ne connaît qu’un seul homme qui soit vraiment étudiant et qui se prostitue. Sinon “ce sont des personnes qui s’inscrivent à l’université

1. “Fleur de Pavé”, Sévelin 32, 1004 Lausanne, fleurdepave@bluewin.ch 2. “Aspasie”, rue Cusin 10, 1201 Genève, aspasie@aspasie.ch

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culture

Rapport à la scène

L e t héât re de V idy a l e p la is ir de vou s of f rir 10 x 2 p lace s p our l e s a me di 21 fév rie r à 20h30‑!

Le théâtre de Vidy présente, du 3 au 22 février, une adaptation du roman de Noëlle Revaz, “Rapport aux bêtes”, mise en scène par Andrea

Donner une image scénique du texte... l’hôpital. Témoignant d’une vision exceptionnelle, l’auteur décrit minutieusement la lente évolution d’un personnage irascible, de l’intransigeance à l’ouverture. Une écriture des sons Valaisanne d’origine, Noëlle Revaz vit à Lausanne. Publié en 2002 aux éditions Gallimard, “Rapport aux bêtes” est son premier roman. La pratique radiophonique de l’auteur – notamment des petites nouvelles pour la Radio Suisse Romande – n’est pas étrangère à la créativité d’adaptation du patois à l’écrit. Elle imagine une langue hybride, jouant sur les fautes syntaxiques, mêlant quelques helvétismes à des tournures littéraires, transformant les adjectifs en noms. Pour Noëlle

Revaz, “l’écrit a une dimension sonore et orale essentielle. Quand j’ai écrit ce texte, j’en ai relu inlassablement les phrases et les paragraphes à voix haute, parce que je voulais que le texte soit aussi beau à entendre qu’à voir. C’est comme si je l’avais préparé depuis le début à être dit.” Une mise en scène épurée Andrea Novicov ne s’y est pas trompé lorsqu’il a décidé d’adapter le texte à la scène‑: “J’avais l’impression qu’avec “Rapport aux bêtes”, il ne fallait rien faire. La matière était déjà tellement solide. C’était une belle langue, cela valait la peine de l’écouter physiquement.” La mise en scène est très simple. “Il fallait juste donner une image scénique du texte.” Décor épuré: un cube, un fond peint, sur lequel surgit brièvement l’image d’une ferme, lointaine, un verre d’alcool, un comédien, Philippe Mathey, qui porte le texte de bout en bout. Mise en scène et jeu au service d’un texte dont la force d’expression reste intacte, à la lecture comme à l’audition. Seul bémol cependant pour ceux qui auraient lu le roman‑: l’évolution de Paul à l’égard de sa femme perd en subtilité dans l’adaptation théâtrale. Un créateur sans restrictions Metteur en scène, comédien de théâtre et de cinéma, Andrea Novicov est une figure avec laquelle il faut compter dans le paysage théâtral romand. Né en 1958 à Montréal, il a vécu entre le Canada, l’Argentine, l’Italie et la Suisse où il s’est installé en 1994. Signant depuis lors plus de vingt mises en

scène, notamment avec la compagnie Angledange, il s’est illustré cette année théâtrale dans “La maison de Bernarda Alba” et “Les quatre jumelles”, présentés à l’Arsenic mais aussi Genève et Neuchâtel. Lorsqu’on lui demande le secret de cette ubiquité, il avance en guise

Philippe Mathey dans “Rapport aux bêtes”

de réponse son statut d’étranger‑: “On arrive quelque part et on fait comme on a fait ailleurs. Pour moi, Genève n’est qu’à une demi-heure de Lausanne. C’est probablement cette attitude qui fait qu’il n’y a pas un spectacle de ma compagnie qui n’a pas été joué dans les deux villes”. Il serait injuste de le croire sur parole. En effet, la différence entre “Rapport aux bêtes” et le doublé de l’Arsenic témoigne d’une capacité de renouvellement qui participe de son succès. Il s’agit d’un metteur en scène protéiforme, terminologie qu’il refuse par ailleurs‑: “Mettre en scène, cela implique que je mets en scène un texte, donc que je pars du texte littéraire. Depuis une

Caprices de stars à Crans P our sa première édition, le Festival Caprices vous invite à découvrir une exceptionnelle palette d’artistes dans un cadre unique. En effet, durant cinq jours au cœur de l’hiver, ce ne sont pas moins d’une soixantaine de concerts qui sont organisés à Crans-Montana. Des groupes aussi différents que Lamb, Keziah Jones, Laurence Revey, ou encore Luke Slater se succéderont du 3 au 18

7 mars 2004, au fil des soirées “Voices”, “Electro jazz” ou “Groovin’ high”, entre autres. DJ’s entièrement alimentés à l’énergie solaire en piste... Entièrement gratuit, le festival Off se déroulera quant à lui sur onze scènes dispersées dans le domaine skiable pour plus de cinquante concerts. Dans le registre le plus décoiffant, vous pourrez égale-

Rapport aux bêtes, Noëlle Revaz, Gallimard, 2002, p.11.

Photo Christian Lutz, ©Le Poche, Genève

D’

une qualité d’écriture remarquable, “Rapport aux bêtes” évoque le monde intérieur d’un paysan, Paul, à travers le lent écoulement des tâches quotidiennes. Le roman commence au moment où, comme chaque été, un ouvrier portugais, Georges, vient aider à la ferme. Cet étranger s’introduit dans un univers fini dont il va révéler les limites. Paul, bourru et renfermé, entretient une relation ambivalente avec sa femme, Vulve, dont il refuse de reconnaître la maladie. Il faudra toute l’insistance et la spontanéité de Georges pour que Paul accepte enfin de la faire soigner à

ment découvrir le “Snowpark de l’Aminona”, qui accueillera une sonorisation pour DJ’s entièrement alimentée à l’énergie solaire. La possibilité sera offerte aux skieurs et snowboarders les plus téméraires de venir rider sur des barres, tables et autres quarterpipes. Les plats du salon convivial seront aussi cuisinés à l’énergie solaire‑! Enfin, pour combler toutes les

Pour vous inscr ire au tirage au sor t: www.auditoire.org/concours

“Tout au début, quand est venu l’ouvrier, j’ai dit à Vulve‑: “Il va venir l’ouvrier. C’est un Portugais. Il ne parle pas bien français. Il faudra bien le soigner, pour qu’il reste et qu’il vienne pas rameuter les flics après.” Et Vulve elle a dit oui. “Il faudra pas que tu lui tournes et que tu lui frottes autour. Ce gars, il nous vient pour travailler, faut pas lui montrer le ventre, c’est pas un pour les bonnes femmes.” En même temps, je l’ai serrée par derrière pour lui faire comprendre comment et où se retenir les désirs. Vulve elle est comme ça, elle comprend que par le corps. Sa tête elle reste loin après, elle est posée toute légère et des fois je me dis que même si on lui ôtait la tête, ça serait encore la même Vulve, si on lui gardait le reste.”

soixantaine d’années, ce n’est plus forcément le cas. On peut partir d’images, de témoignages, d’improvisations… On pourrait parler de créateur scénique, de créateur d’un univers scénique.” Isabelle Vuong

Théâtre de Vidy, Rapport aux bêtes, du 3 au 22 février, ma-je, sa à 20h30, ve à 19h, di à 18h. Réservations‑: 021/619 45 45

L e f e s t i va l Ca p rice s a l e p la is ir de vou s of f rir 5 b ill e ts p our la s oirée Wo rl d du jeudi 4 mars ! À l’a f f iche, Al ph a Blo ndy (Côt e d ’Ivoire ), Amp F iddl e r ( USA ) e t O ris h a s (Cub A ) Pour vous inscr ire au tirage au sor t: www.auditoire.org/concours Infos :  www.capricesfestival.ch

bourses, le festival a prévu un système de réductions sur les hôtels de la région et le domaine skiable. Aucune excuse donc… I.V.


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culture

Prix de la Sorge 2003 : des méandres de l’écriture Telle la Sorge qui ne cesse de couler d’hiver en hiver, malgré le gel et la canicule, le Prix de la Sorge vient de célébrer sa remise des prix pour l’année 2003. Parmi les trentehuit textes en lice, ce sont cette année cinq écrits de genres très différents qui ont séduit les membres du jury.

C

omme chaque année, la petite rivière qui irrigue le site universitaire lausannois est devenue, l’instant d’un concours littéraire, une métaphore de l’écriture. Tour à tour claires ou boueuses, tranquilles ou tourmentées, ses eaux ont su représenter dans leur diversité le ton des trente-huit textes envoyés au Prix de la Sorge 2003. Le 22 janvier passé, les eaux de ladite rivière étaient plutôt troubles, ce qui n’a guère nui à la bonne ambiance, autant pendant les trois heures de délibération qu’au moment tant attendu de la remise des prix. Sur un total de trente-huit textes, cinq ont été récompensés par un prix, alors que d’autres ont été publiés par la revue Archipel dont le choix se fait indépendamment du concours. La composition du jury Comme chaque année, un jury choisi par un membre de L’auditoire s’est vu confronté à la dure tâche de se mettre d’accord sur cinq textes gagnants. De fait, malgré les horizons culturels très divers dont ils étaient issus, les six jurés n’ont pas eu à débattre de grandes dissidences. Pour arriver à un consensus, chacun y a mis du sien: Eleonora Gualandris des éditions de l’Hèbe a apporté ses années d’expérience de jurée au Prix international des jeunes auteurs; Isabelle Carcélès, journaliste à Espace 2, a fourni de la

de la revue Archipel et moi-même de L’auditoire, ont défendu peutêtre une plus grande empathie envers les participants. La septième membre du jury, Claire Vermeil du Théâtre de la Grenette, s’était excusée. A six, le risque des votes exaequo n’était pas exclu: heureusement, le cas ne s’est pas présenté.

de passer en revue tous les textes, et de donner à chacun une chance d’être retenu. Une première sélection d’une quinzaine de textes s’est faite de manière quasi unanime. A partir de là, comme on le sait, les choses se gâtent toujours et la subjectivité intervient. On aimerait pouvoir attribuer quinze prix, mais on n’en a que cinq à disposition. La sélection ultime a même obligé les jurés à relire certains textes pour se

Le millésime 2003 Parmi les trente-huit textes envoyés par les étudiants, on a pu lire cette année une majorité de prose, beaucoup de poésie et quelques textes à cheval entre les deux genres. Le thème privilégié a été celui de l’introspection, souvent narcissique et sombre; une raison pour laquelle les jurés ont été davantage séduits par des textes plus optimistes, plus novateurs. Le monopole des auteurs issus de la Faculté des lettres semble rester incontesté, même si de plus en plus d’étudiants d’autres facultés prennent enfin la plume. Peut-être faut-il rappeler que la gagnante de l’année passée venait de l’EPFL, et que le Prix de la Sorge n’est nullement réservé aux cerveaux qui baignent déjà dans la littérature sur les bancs de l’uni.

...l’intimité poétique de la jeunesse...

Délibérations ardues Au cours de la délibération, chacun des trente-huit textes a été brièvement parcouru et commenté par les six membres du jury, histoire

Photos: Christophe Schenk Les jurés décernent les prix.

Myriam Schleiss

les “rafraîchir”. Les arguments des membres du jury peuvent être décisifs; ainsi, tel texte qui n’a pas plu à la première lecture peut plaire à la seconde. Et ainsi de suite. Les coups de théâtre ne sont pas exclus.

Les coups de théâtre ne sont pas passion ainsi qu’un regard critique et sensible notamment à la poésie; Michel Cornu, philosophe, a ajouté le vécu d’un prof à l’affût des maladresses de style et de construction; Nicolas Page a complété le tout avec son regard de jeune écrivain privilégiant une certaine originalité; et enfin, les deux représentants estudiantins Emmanuel Barraud

reconnaissance et d’un autre regard sur leur écriture, les autres ont l’occasion de jeter un coup d’œil dans les coulisses de l’intimité poétique de la jeunesse. Et si la déception se lisait sur certains visages, si on se demandait pourquoi lui, pourquoi elle, pourquoi pas moi, on savait bien qu’il ne pouvait y avoir que cinq gagnants et qu’il y aurait un autre Prix de la Sorge, l’année prochaine.

Un enrichissement pour tous Une demi-heure avant la remise des prix, le palmarès était définitivement constitué. Ce soir-là, la salle 2044 du B2 ressemblait davantage à un auditoire comble qu’à une salle de cérémonie. Par manque de chaises ou par confort personnel, certains étudiants avaient même pris place sur les tables du fond. Après une brève introduction et un commentaire par les membres du jury pour chaque texte primé, les prix ont été remis aux méritants dans une ambiance chaleureuse, chaque gagnant étant salué par de longs applaudissements de la part du public. Lors de l’apéro informel après la cérémonie, les auteurs ont eu la possibilité de discuter de leur texte avec les membres du jury. Les discussions menaient souvent à la confirmation de ce que devrait être un prix de littérature organisé par l’Université: un moment de partage d’expériences et d’émotions, un enrichissement à la fois pour les participants et pour les jurés. Tandis que les uns ont la possibilité d’une

Palmarès du Prix de la Sorge 2003-2004 I.JacquesViredaz,Pleinevue: de septembre en septembre II. Gaël Métroz, Mat III. Benoît Ansermet, L’Apprenti IV. Jelena Ristic, Chrisallys Funeraria V. David Genillard, Présent imparfait Composition du jury: Michel Cornu (philosophe et écrivain), Nicolas Page (écrivain), Isabelle Carcélès (journaliste radiophonique), Eleonora Gualandris (éditrice à l’Hèbe), Emmanuel Barraud (Archipel), Myriam Schleiss (L’auditoire)

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Jacques Viredaz, Pleine vue: de septembre en septembre Jacques Viredaz, étudiant en Lettres en troisième année, a remporté ce Prix de la Sorge 2004 avec son texte Pleine vue: de septembre en septembre (ci-dessous).

Photo: Regis Colombo, Lausanne

Si l’écriture n’est pas sa priorité, il a eu envie de soumettre un de ses textes à un jury, un regard extérieur. Il écrit à la fois de la prose, de la poésie et des textes de théâtre, mais sa passion première est la musique. Il écrit dans ce cadre des textes de chansons et fait partie de trois groupes de rock. Le texte qu’il a adressé au Prix de la Sorge a séduit le jury de par son caractère poétique, personnel mais en même temps très accessible. Il y évoque sa vision de Lausanne — où il a toujours vécu — et de l’autre côté du lac, très présent dans son imaginaire.

Elle me dirait: «tu sais, j’aime quand il pleut le soir. Le lendemain, Mémise c’est tout clair. Je vois aussi les gens à Evian.» Quand il pleut, le soir, il faut espérer le soleil pour le lendemain. Il n’y en aura pas toujours bien sûr. Au moins qu’il ne pleuve pas. Le temps est clair; la pluie hier soir. Ce matin, les montagnes en face, on les voyait. Elle me dirait, «tu sais, aujourd’hui, j’ai pas pu les voir.» Les montagnes, on ricochait dessus. Elles étaient en face, immobiles. De grosses outres de pierre. Elles attendaient. Curieux sentiment des montagnes: leur attente. Elles sont là, à bout de souffle, mais sereines. Impossible de ne pas les voir. Elle me dirait, «tu sais, j’y pense pas tous les jours aux montagnes.» Elles sont omniprésentes. Ici, elles regardent à travers les maisons, elles glissent entre deux rues, elles grimpent par-dessus les toits. Et quand elles sont pas en haut, tu les vois dans le lac. Elle me dirait: «le lac je le vois peu, il me passe à côté.» Sans le lac, les montagnes, moins tranquilles. Il met des barrières entre nous. Elle me dirait, «de toute façon tout ça, c’est un paysage. J’ai toujours vécu avec.» Evidemment. Moi aussi. On oublie vite la profondeur des choses qu’on côtoie. Mais le paysage: c’est le garde-fous. Lui on ne l’oublie pas. Sans lui, la perdition. Le paysage est si présent, c’est l’âme. Ou ce qui la fait: la pâte d’âme. Qu’est-ce que tu voudrais dire? Je ne comprends plus l’essence des choses chez moi: elles ont toujours été là, je n’ai plus de recul. Perdre sa distance par rapport aux choses, perdre ses choses. Elle me dirait, «tu sais je pense qu’on peut l’aimer sans y penser tout le temps.» Le lac, les montagnes, ça je les sens sur la longueur: je ne m’habitue pas. C’est pour ça que c’est important. Elle me dirait «des fois je pense à ce qui se passe dans le paysage, les montagnes, le lac. J’imagine les gens qui sont en face.» Je pense à ce qui s’est passé ou à ce qui pourrait se passer. À ce qui grandirait encore tout ça. Les montagnes, le lac, seraient encore plus grands et plus exaltés si on les peignait en maladie, en guerre, en mort. Elle me dirait, «tu y crois, toi, aux miasmes ? À la mauvaise eau, au mauvais air ?» Au silence, à ce qui me plaît. Sur le moment. Après, comme toujours, passage à autre chose. Ça sentirait les saisons, mais on oserait pas respirer. On respire la peur. On ne veut pas finir… La pluie, la délivrance. Une bonne averse pour soigner l’horreur. Il faudrait fuir. On saurait que ça ne sert à rien. Non, ça n’est pas fait pour soigner le corps. La fuite comme voyage soigne le cœur. Et encore ça n’est pas sûr. Regarderais le ciel ! Ça ferait comme un troupeau de nuages, un grand troupeau de nuages. Ils vont brouter des montagnes. Des animaux célestes. Ce serait aussi un troupeau. Les montagnes. Et ils ne pourraient pas se dévorer entre eux. Non. Les montagnes c’est là que vivent les nuages. Il n’y a pas de combat. Maintenant, le lac est sombre. On voit chacune des petites crêtes blanches des vagues. Elles montent et puis disparaissent. Elles écorchent l’air et les rames des bateaux qui résonnent parmi elles. Le lac n’est sombre que par endroits. À d’autres il est plus clair, et puis on dirait de la boue. Sous l’oblitéré des nuages, il est même rose. C’est le soir bientôt. Les nuages se font petits. Ils retournent dans les montagnes. Les forêts halètent. La ville attend. Epars, les arbres soufflent; ruissellements. Tu croirais que les nuages resteraient chez eux quand il ferait beau ? Des fois ils sont dehors même quand le ciel est bleu. Les nuages font la pluie et le beau temps. La nuit, les montagnes c’est un amas plus foncé que l’air sur le bas, et plus clair que la nuit sur le haut: la neige. Si on domine bien le lac, 20


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culture on voit la profondeur des rives d’en face. Tout ce qui semble abrupt quand on est à niveau. Ce sont des lumières qui se tassent et se déroulent, s’allongent et stoppent net, suivant comme on observe: si on regarde toute la masse des montagnes, on voit les routes et les maisons qui montent lentement vers Mémise. Elle me dirait: «on a de la chance de voir ça.» Tous ceux qui ont habité ici ont pu voir ça. J’aime penser à comment c’était ici quand ça ne s’étendait même pas jusqu’à Beaulieu. Pendant des centaines d’années, les montagnes, elles regardaient à travers les rues, et les maisons étaient mieux alors: on construisait avec goût. Il y a toujours eu des gens pour tout trouver trop moderne. Il y a un siècle ou deux, il y en avaient qui regrettaient avant, c’est sûr. Mais les montagnes. Depuis toujours, elles ont regardé comment ça se construisait. Leurs grands yeux d’eau et de pierre ont scruté les collines, la rive, leur rive, et elles ont tout vu. Peut-être qu’elles n’aiment pas leur vue, sans doute qu’elles s’en fichent. En face, ils auraient une vue toute plate. C’est nous qui aurions de la chance. Oui. L’adret, la vue. Les montagnes n’aimeraient pas qu’on leur construise dessus. Non. Toutes ces routes, ces maisons, même si elles font partie du paysage, les montagnes les sentent. Des lanières, des petits pics qu’elles ne peuvent pas enlever, à bout de souffle. Des fois elles s’ébrouent lentement: alors ça arrête de les gratter un moment, et puis on reconstruit. Des fois c’est comme écorché. Des détachements de montagnes sur le ciel. À force de vent, ça se polit; mais c’est toujours écorché, tranchant. C’est toujours la montagne. Et alors, elle me dirait: «Regarde-moi» et «Je suis la montagne» et «Je suis ton paysage.» Tu m’inventerais. Jacques Viredaz

Gaël Métroz: Mat Seul candidat à faire l’unanimité puisqu’il est à la fois le deuxième lauréat de la Sorge et choisi par la revue Archipel, Gaël Métroz fait preuve, dans “Mat”, de beaucoup de maîtrise formelle ainsi que d’un sens de la narration certain.

L

e deuxième prix de la Sorge a été attribué à un étudiant en dernière année de Lettres. La philosophie et le français semblent faire partie de ses plus grands intérêts. Gaël Métroz a vingt-six ans et dit écrire quotidiennement. Il s’imagine faire une carrière d’écrivain dans le futur. A la fin de son parcours académique, il s’est dit qu’il fallait essayer de voir ce que ses travaux donnent face à des critiques. Le pari est réussi, car non seulement il gagne le deuxième prix, mais voit son “Mat” publié dans le recueil de textes édité par la revue Archipel. Un récit tout à fait palpitant Le travail envoyé au concours devait faire au départ une soixantaine de pages s’il n’y avait pas été destiné. Selon Nicolas Page, ça l’aurait endormi, il l’a donc aimé dans sa forme finale. Tout au long du concours, il imaginait mentalement la personne qui avait donné vie à ces quelques bouts de papier. Les critiques ont crié “au génie” et en effet, le récit nous entraîne avec lui dès les premières lignes. Ces cinq pages à peine représentent pour Gaël une métaphore d’une des situations de la vie, puisque c’est la vie normale qui inspire tout écrit. Il dit que toutes ses histoi-

res sont inscrites dans le cadre de l’imaginaire, un peu magique. Dans “Mat”, le début joue avec le lecteur, qui se croirait dans une scène médiévale avec un personnage très étrange. Il ponctue ses propos par des (D2-D3), (E7-E6) et des (H6-H5). Mais peu à peu on se sent entraîné dans un monde où les personnages parlent par des proverbes et sont animés par un désir de combattre l’ennemi. Le fou amoureux Cette histoire d’un fou blanc amoureux de la reine noire sur un échiquier fait l’éloge de la grisaille. Car dans la vie, rien n’est ni blanc ni noir à l’extrême, ni les émotions, ni les situations dans lesquelles on se trouve. Gaël dit se faire soi-même la morale par rapport au fait de penser parfois de façon trop dichotomique, comme tout le monde d’ailleurs. Mais il se garde pourtant de donner un quelconque conseil car l’histoire parle d’elle-même. Le fou désobéissant, la reine qui rougit, tout s’inscrit dans le cadre plus coloré d’un monde étonnamment proche du nôtre. Agata Figurska

Mat Il était une fois, à la frontière de deux tristes patries, là, perdu au beau milieu de nulle part et de jadis, attendant de surgir enfin entre les croisés et les sarrasins, les saints et les assassins, il était une fois… rien. Non, il n’était rien, comme il n’était rien d’autre que la nuit ou le jour, le faux ou le vrai, le mal ou le bien, le noir ou le blanc, les barbares ou les francs... Rien, pas de passerelle, pas de couleurs, pas de chant sacré offert à toutes les oreilles, pas de mot sucré qui parle à tous les cœurs. Absolument rien, ou même moins, car tout ce qui, ce soir, unissait les camps blancs et noirs de ces deux armées, était le regard perdu d’un étrange fou. À la claire fenêtre d’un château franc, au chevet de son roi impotent, le fou blanc veillait sur le camp ennemi‑ Mat. Gaël Métroz

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culture

E

3e prix

4e prix

5e prix

Benoît Ansermet

Jelena Ristic

David Genillard

elena Ristic est étudiante en Lettres. Elle participait pour la première fois au Prix de la Sorge et ce premier essai fut transformé puisque son texte intitulé “Chrisallys Funeraria” décroche la 4e place du classement.

avid Genillard est âgé de 23 ans et a entamé sa 5ème année dans la Faculté des lettres. Il étudie l’anglais, le français et l’archéologie, l’influence de cette dernière branche se ressentant fortement dans son texte. C’est sa troisième participation au Prix de la Sorge.

tudiant en Sciences politiques, 26 ans, Benoît Ansermet nous livre quelques confidences sur son travail d’écriture.

Quelle a été la source d’inspiration pour ce texte‑? Le cinéma, des gens que j’ai rencontrés par hasard, les conversations qu’on entend dans les bistrots; ça me paraît être un bon début. Avais-tu déjà écrit pour le Prix de la Sorge‑? Non, je n’ai pas vraiment l’habitude d’écrire, à part pour des séminaires, du travail d’étudiant, mais j’avais envie d’écrire comme on parle. Un peu comme les alcoolos du bar qui te tapent sur l’épaule. J’ai essayé de reproduire ça. Comment s’est passé le travail d’écriture‑? Cela m’a pris une ou deux semaines sans travailler intensément. Pour un style populaire, il vaut mieux que ça sorte. Après, naturellement qu’il faut retravailler pour trouver une cohérence. C’est une alternance de travail et de repos, une clope une phrase… Comme je n’avais pas toujours un taux d’alcoolémie très élevé quand j’écrivais, il fallait souvent que je passe au bar avant... I.V.

L’Apprenti J’étais bien. Les jours passaient et je ne voyais qu’un cercle de fer et n’entendais qu’une balle qui tapait l’asphalte. Mais comme on fourgue aux jeunes le goût de l’aventure – faut bien qu’on profite de quelqu’un – allez savoir pourquoi… je suis parti. J’ai quitté une mère perdue de ne pas changer dans un monde qui change et un père qui aurait été exemplaire s’il n’avait pas été aussi violent. Ca n’est que bien après que j’ai compris la chance que j’avais eu d’avoir connu l’amour inconditionnel et acquis un caractère forgé sous les coups… quelle chance.

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J

Le jury, par la voix de Michel Cornu, a mis en avant la grande maîtrise de la langue dont fait preuve ce texte. Mélangeant les styles, ce texte est à la fois une nouvelle et une lettre. Une fileuse de la mythologie gréco-romaine déclare son amour à l’être aimé, amour qui l’a conduite à sa perte et lui vaut maintenant d’être bannie du clan des fileuses. Et cet amour pour lequel elle a tout sacrifié reste malgré tout un amour impossible. Tout en filant, la fileuse écrit l’épitaphe de son bien-aimé à même le coton pourtant symbole de sa vie. J.B.

Chrisallys Funeraria Oui, je t’aimais… Moi, qui suis la dernière descendante du clan des Fileuses. J’ai été ban‑ nie pour avoir brisé leur fuseau exsangue où le sens s’était figé en caillots opaques… pour avoir, à la place, tressé de mes veines élastiques et visqueuses ce cordon sanglant que j’enroule autour de nos membres — colonnes torsadées dont les nervures se ramifient en croisée d’ogives vivante de la chapelle ardente où je nous dépose maintenant… Oui, je t’aime encore… Moi, qui suis la dernière descendante du clan des Fileuses. J’ai été bannie pour avoir refusé de tisser les robes de mariée pour leur progéniture dégénérée… pour leur avoir préféré la solitude à deux dans laquelle je nous enveloppe maintenant… Et cette chry‑ salide funéraire en guise d’épitaphe — suaire de soie rouge où transparaissent nos corps enlacés — clef de voûte pendante dans cette cathédrale de chair —

D

Il est aussi le chanteur du groupe d’electro-metal The Nightshade, qui a déjà sorti plusieurs disques. Pour découvrir cette autre facette du personnage, vous pouvez visiter le site internet du groupe à l’adresse suivante: www.nightshadeweb.com. C.S.

Présent imparfait Gnipho. – Apprendre l’histoire nous permet de suivre l’exemple de nos illustres ancêtres. Julius. – A quoi bon suivre l’exemple de personnes mortes voilà des siècles‑? A quoi bon connaître la vie de personnes qui n’ont rien de normal‑? Dans les histoires de ce Polybe, où sont les gens que nous côtoyons tous les jours, ceux qui font notre peuple‑? Il n’y est question que de héros, de guerres, de stratèges. Où sont donc les hommes du peuple‑? Gnipho (avec lenteur). – Personne ne retient leur nom car ils n’ont pas aidé notre Ville à devenir ce qu’Elle est aujourd’hui. Seuls les plus vertueux resteront dans la mémoire de Rome. Julius (sarcastique). – Est-ce une vertu que de connaître l’histoire‑? Et croyez-vous que le nom de Marcus Antonius Gnipho y restera, dans la mémoire de Rome‑? L’étudiant. – Dommage‑!

Retrouvez ces textes en intégralité sur:

www.auditoire.org


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Memento

Nouveau numéro d’Archipel La revue Archipel, entièrement réalisée par des étudiantes de la section de français, vient de sortir son dernier numéro:

Confluences qui réunit principalement des textes littéraires écrits dans le cadre du Prix de la Sorge.

La collaboration dans un journal d’étudiantes vous motive... vous avez envie de participer à une expérience journalistique, alors rejoignez

Il est en vente au prix de 16 fr pour les étudiantes sur le site: www.unil.ch/archipel

Concours 20 places à gagner pour la pièce Rapport aux bêtes au Théâtre de Vidy, le samedi 21 février. 5 places pour assister à la soirée World du jeudi 4 mars dans le cadre du festival Caprices (Alpha Blondy, AMP, Orishas).

Rendez-vous sur www.auditoire.org

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L’auditoire est envoyé à tous les étudiantes de l’UNIL et de l’EPFL. Vous n’en faites pas partie, et pourtant vous avez envie de recevoir L’auditoire chez vous? Avec votre don (min. 25.-), vous contribuerez à la survie financière de notre journal et profiterez d’un abonnement d’une année. Renseignez-vous en visitant: www.auditoire.org/soutien/

Nos séances de rédaction ont lieu chaque mercredi à 12h00 bureau 149, BFSH1 Pour tout contact: auditoire@unil.ch tél: (021) 692.25.90

Bal de médecine 5 février dès 21h au Mad Happy Hour 21h - 22h Grande scène rock: Voodoocake

Annoncez vos manifestations en rapport avec la vie du campus: memento@auditoire.org Prochaine parution : 5 avril 2004 Délai pour articles et annonces : 22 mars 2004

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CENTEF, à nous de vous faire regretter demain Qu’est-ce que le CENTEF‑? Le générique Migros du Cenovis, FETENC en verlan, ou le «‑Centre des Technologies pour l’Enseignement et la Formation (sic)‑»‑? Bingo‑! Si personne ne connaît plus le Cenovis, que FETENC ne veut rien dire, c’est donc que le «‑Centre des Technologies pour l’Enseignement et la Formation‑» devrait s’imposer naturellement à nos esprits vifs et affûtés…

L

aissons l’état de Nature aux naïfs, et cherchons plutôt des qualités au «Centre des Technologies pour l’Enseignement et la Formation», avec cette touche d’exotisme désuet qui met du soleil dans nos murs de béton‑: un intitulé pareil vous ramène toujours un peu aux colonies et aux organigrammes ronflants de l’administration française, ou encore à ces inaugurations interminables de grands projets pédago-technologiques dans un bled en PoitouCharentes. Pour dire, ça vous entraîne même jusqu’en Provence… du moins à l’avenue du même nom le long de la ligne du TSOL, où le «Centre des Technologies (etc...)» a dû emménager, faute de place dans les bâtiments du campus (encore que le coup de maître eut été d’emménager directement à l’Usine à Gaz, sise à côté du Kleber-Méleau à Malley, l’idéal‑pour un tel type de projet). Et puis le nom n’est pas nouvellestechnologiesdeleducationetdelaformationsuisses, ou encore swissnewtechnologyofetc…, c’est vous

Brèves... Victoire syndicale Après de nombreuses années de lutte, les fours microondes du B1 et du B2 ont obtenu leur week-end hebdomadaire de congé (payé?). Vous ne trouverez donc pas de quoi vous chauffer un plat les samedi et dimanche à l’Université de Lausanne, mais vous pouvez continuer à aller vous faire cuire un œuf concernant la qualité des cafétérias le reste de la semaine.

dire le décalage voulu par les initiateurs du projet d’avec les modes, voire même d’avec la réalité. Des perspectives novatrices Le statut du CENTEF (pour faire court) est à la fois simple et complexe‑: il est rattaché (façon bondage hard, pour être dans le ton de ce numéro) au Rectorat, pour ses comptes comme pour sa gestion, même s’il bénéficie d’une direction propre. Lancé le 1er janvier 2000, une multitude de projets formidablement novateurs attendaient d’être aboutis par une équipe motivée, enthousiaste et présente «24/7». Un budget de 2’700’000 francs pour trois ans fut même débloqué (bonne idée) pour faire tourner le tout. Un petit tour sur les sujets retenus laissent augurer dès cet instant d’une crédibilité flageolante‑: des comptines pour enfant, la découverte de la terre, la digitalisation de plusieurs collections photographiques, des musées «‑online‑» (le CENTEF est très actif sur les musées, est-ce un signe du destin‑?), ainsi

Défaite syndicale Le secrétaire général de la FAE (le vôtre donc) n’a plus le droit d’accéder aux séances des commissions du Rectorat (notamment concernant Bologne), parce qu’il n’est pas (plus!) étudiant. Le Rectorat, n’hésitant jamais à s’infliger à lui-même les mesures qu’il impose aux autres, accepte de même que son administration n’y participe plus, sauf s’il s’agit de délégués du PAT (Personnel Administratif et Technique). Nous attendons donc avec impatience les premiers PV de M. le Recteur pour lui

que quelques projets de cours de théologie ou de chimie en ligne. La visite du site internet (www.centef. ch) peut vous aider à vous faire une opinion plus que mitigée de ce «grand machin». Un projet fort Bien des problèmes se posent: tout d’abord, bien peu de monde a déjà vu fonctionner un de ces projets encore moins les étudiants. Deuxio, les comptes de ce Centre ne sont disponibles nulle part, puisqu’ils sont «‑fondus‑» dans les services généraux du Rectorat, ce qui rend le suivi des dépenses comme des revenus – le CENTEF rempli également des mandats – plutôt difficile. Ce système, typique du folklore maison en matière de gestion, semble connaître quelques hoquets. Voici donc l’énigme du jour: 13 personnes se font virer d’un organisme relativement improductif mais fort bien doté (situation réelle du CENTEF au 31.12.03). Ont-elles été licenciées parce que‑: 1) elles ne venaient pas à l’heure le matin au boulot? 2) elles risquaient de

adresser nos remarques de formes. Murs des lamentations Si certains sont tombés, si d’autres se construisent, il en est un qui résiste à toute les tempêtes (dans un verre d’eau): c’est le Mur de la FAE. Y sont affichées toutes les citations, boutades et autres maladresses verbales glânées au cours des années. Florilège: “J’exige la présence d’un raton-laveur” dans la composition d’un groupe de travail du Sénat (Suzette Sandoz); “C’est quoi EcoPo? Les copeaux de bois?…” à propos de

rapporter des mandats trop importants, ce qui risquerait de réduire l’enveloppe de subvention des années suivantes? 3) le budget initial (2.7 mios) a été tellement mal géré que cette solution a été prise en dernière extrémité pour éviter une cessation d’activité proche? Vers un avenir radieux Résultat des courses: le Rectorat – dont le CENTEF dépend en droite ligne – rejette la faute sur la direction du Centre pour mauvaise gestion (c’est la tête qui reproche à la jambe de ne pas marcher droit), en occultant les problèmes cités plus haut. Question : que va faire maintenant un organisme réduit au tiers‑de ses forces? Suite au prochain épisode. Nicolas Gachoud

la Faculté d’économie politique de Neuchâtel (Jaques Diezy, ex-vice-recteur) ; " Moins on parle de moi, mieux je me porte ", à propos de Lui-même (Julien Eggenberger, président de la FAE). Et des dizaines d’autres encore, que nous espérons vous proposer un jour (en même temps que l’ouverture des archives du KGB). N. G.

L'auditoirre  

Journal des étudiants de Lausanne (UNIL - EPFL) Student newspaper in French from Lausanne N°158 février 2004 (juste pour un test)

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