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REVUE

RIS

N° 0 Déc 2008

Réseau d'Initiatives Solidaires

EDITORIAL Chacun peut s'en rendre compte : l'Occident ne cesse de s'inventer de nouveaux appétits, de nouvelles exigences, et le reste du monde ne supporte plus cette disproportion. Sans aucun doute une crise se profile, dont les prémices peuvent déjà s'observer. Cette crise, à en croire les observateurs, ne portera pas atteinte à nos besoins fondamentaux : nous n’aurons ni froid ni faim, nous ne serons pas en danger et nous pourrons toujours nous soigner. Par contre, il semble assez probable qu'un grand bouleversement social soit inévitable et que passer du «trop» au «juste assez» sans possibilité de choisir se révèle, pour la plupart d'entre nous, une très rude épreuve. Nous avons tant pris l'habitude de nous estimer à la mesure de nos avoirs et de nos réussites que cette récession risque bien de susciter un affolement généralisé. Et les media ne manqueront pas d'exacerber la situation.

Cependant, malgré la peur et le désarroi que nous

Le comité de rédaction de notre revue s’engage

pressentons, il nous est apparu que cette crise ne pourra manquer d’être créatrice de solutions nouvelles et pourrait bien, de ce fait, constituer une chance pour l’évolution de l’humanité : l’occasion de redonner aux choses leur juste valeur et de retrouver ainsi, avec le sens de la vie et de la liberté, une réelle intensité d’être.

donc à donner à ses lecteurs l’information la plus objective possible et dénuée de tout mélodrame, à stimuler leur imagination créatrice pour qu’ils trouvent des solutions inédites aux problèmes qui se poseront et à permettre les échanges d’expériences et d’entraide entre les groupes de solidarité qui ne manqueront pas de se créer. Nous faisons toutefois appel à votre indulgence : le mouvement comme la revue n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. Nous sommes bien conscients que nous n’échapperons pas aux maladresses des débutants.

Sommaire: Editorial .................................................................. 1 Le maître mot de la crise" Apprendre à Partager" Entretien avec Bernard Montaud: .......................... 2 Qu'est-ce que le RIS? ............................................ 7 Mais d'où vient donc cette crise? ........................... 8

Mais nous espérons, malgré tout, nous faire l’écho d’un mouvement de mousquetaires des temps modernes qui, à son slogan « Un pour tous, tous pour un », ajouterait un vibrant « Vive la crise ! » Dominique Hubert en collaboration avec

Un peu d'histoire .................................................... 9

Claudie Gilles et Maryline Hubaud.

Du bon usage de la crise: la RIS attittude .............. 11

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Entretien avec Bernard Montaud

« Le maître mot de la crise : Apprendre à Partager » Il allait de soi que notre premier entretien ait lieu avec Bernard Montaud, fondateur du R.I.S. (Réseau d’Initiatives Solidaires). Bernard Montaud a créé en 1983 la Psychanalyse Corporelle, une technique d’investigation du passé qui l’a conduit à re-comprendre l’intériorité humaine et à en codifier le fonctionnement. Ainsi la Psychologie Nucléaire a-t-elle vu le jour. Dans le même temps, il a fondé l’association Art’As qui deviendra une véritable école de la vie intérieure, et qu’il donnera à ses plus proches collaborateurs en 1997. En 1985, la rencontre avec son grand amour spirituel - Gitta Mallasz, scribe des Dialogues avec l’ange - constitue un tournant décisif dans son existence. Bernard Montaud et son épouse vivront les cinq dernières années de sa vie auprès d’elle. Devenu héritier de son enseignement, il n’aura de cesse de le mettre en pratique dans l’ordinaire et de le prolonger. Toujours avide d’aimer et de servir mieux, il fonde dans les années 90 Médecine des actes, un nouvel Accompagnement des naissants ainsi qu’un nouvel Accompagnement des mourants. En 2003, l’association humanitaire Réflexe-Partage voit le jour : elle a pour but de susciter une attitude de partage durable, où chacun donne à sa mesure et sans urgence ce qu’il a en trop à ceux qui n’ont pas assez. Auteur de nombreux ouvrages, Bernard Montaud se consacre aujourd’hui à l’écriture, développant toujours davantage sa connaissance de la vie intérieure. Mais aussi, quinze jours par mois, au Centre des Amis de Gitta Mallasz, il est présent à 18h00 pour répondre à tous ceux qui veulent le rencontrer, à tous ceux qui ont besoin d’aller vers un Meilleur d’eux-mêmes.

D.H. :

Le travail va changer de continent. Déjà on observe, avec les délocalisations, combien les entreprises sont parties un peu partout, vers des pays où le travail est moins cher.

Nous entrons dans une crise économique qui touche particulièrement les pays occidentaux. D’après les informations, cette crise est passagère. Vous, au contraire, semblez percevoir une crise beaucoup plus durable. Quelles sont les indications qui vous font penser qu’elle va durer et qu’elle est une mutation pour l’homme d’aujourd’hui ?

B.M. : Effectivement, c’est une erreur de la présenter comme une crise passagère. Une lente mutation va s’installer peu à peu, avec comme toujours dans ce cas-là des périodes de bouleversements plus ou moins importants. Ce qui me permet de penser que cette crise est durable, c’est que le monde du travail et la manière de le penser en Occident ne pourront plus fonctionner sur les bases actuelles.

Mais je crois aussi que c’est une évolution pour nos sociétés que de ne plus pouvoir occuper par le seul métier tout le temps qui s’écoule entre la fin des études et la retraite. Il serait donc assez naturel qu’une activité humanitaire ou une activité de Service remplisse peu à peu la moitié de la vie active.

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Entretien avec Bernard Montaud

« Le maître mot de la crise : Apprendre à Partager »

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D.H. : Vous croyez que le monde occidental est prêt pour ça ?

D’un côté cela s’inscrivait dans une juste évolution que d’avoir pu posséder à ce point, mais d’un autre côté c’est aujourd’hui éminemment suspect que nous soyons 20% à tout avoir et 80% à n’avoir rien du tout. Ce n’est pas une raison pour dénigrer l’Occident, car cette espèce de chambre d’enfants gâtés que nous avons tous dans nos maisons - où nous avons tout ce dont nous avons besoin, et beaucoup trop - nous a conduits à avoir des états d’âme rarissimes : il fallait, en effet, connaître cette situation d’enfants gâtés pour avoir les états d’âme et les questions fondamentales qui sont les nôtres aujourd’hui. Mais quand même, notre richesse est trop riche et encerclée par trop de misère. Je dirais donc qu’il ne s’agit pas d’une crise, mais d’un réajustement historique de la valeur des choses. À travers cette crise, grâce à cette crise, dans les cent ans qui viennent on va voir réapparaître la juste valeur de beaucoup de choses : de nos déplacements, de l’utilisation de nos matières premières (pour lesquelles d’ailleurs on ne paie pas du tout assez cher), de certains produits de consommation habituels dont on ne perçoit plus aujourd’hui la vraie valeur. Cette crise va nous faire réenvisager nos comportements occidentaux d’une manière un peu plus juste par rapport à la misère mondiale. suite p.4

B.M. : Non, pas du tout ! Il faudra du courage politique et, comme toujours, le courage politique sera suscité par les circonstances sociales, historiques et économiques. Quand la société politique et économique ne pourra plus fournir du travail, elle inventera des processus d’entraide, des processus humanitaires, des processus de services à rendre aux autres, qui seront le pressentiment de la Tâche * Je le répète : ce qui arrive aujourd’hui n’est pas passager. Il serait mensonger de promettre aux gens qu’ils vont retrouver un plein emploi dans les vingt ou trente années qui viennent. Je ne le crois pas du tout. Nous allons vers une grande mutation du concept du travail dans la vie active. D.H. : Pouvez-vous nous donner le goût de cette crise que vous annoncez ? Quelles images vous apparaissent spontanément lorsque vous y pensez ? B.M. : Je n’aime pas le mot « crise », parce que pour moi il s’agit d’un réajustement historique. Je crois que l’Occident a poussé le développement de l’ego - c’est-à-dire du « à moi » - à son maximum possible. *Tâche : « Notre Tâche, c’est notre patrie, c’est habiter soudain dans ce pour quoi on est fait. Notre Tâche, c’est notre terre promise, avec notre vraie identité et notre vraie adresse ; c’est-à-dire qu’on est celui qui est venu sur terre pour soulager cette misère-là. Et pour chacun de nous, cette place est unique, personne ne pourra nous remplacer. (…) La Tâche est un apostolat secret qui s’impose au-delà de toute intelligence. » (Entretien de Bernard Montaud avec Jean- Claude Duret, extrait de l’ouvrage Il était une foi…, éd. Edit’as, 2000.)

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« Le maître mot de la crise : Apprendre à Partager »

suite de la p.3

Grand entretien Bernard Montaud D.H. : Mais vous soulignez l’importance de mélodramatique de l’information de la part des «l’estime Le maître departiculier, la crise à Partager » de soi. Je mot pense, en aux : Apprendre medias. jeunes. Comment vont-ils pouvoir se construire s’il leur est impossible de réaliser leurs rêves matériels ? Qu’est-ce qui va pouvoir alimenter leur estime d’eux-mêmes ?

D.H. : Certains mouvements préconisent déjà une politique de décroissance face à la crise. Qu’en pensez-vous ? Ne pensez-vous pas que cela s’imposera tout seul ?

B.M. : Je crois que, peu à peu, les modèles sociaux vont évoluer. S’il est évident que l’estime de soi se construit grâce aux trois réussites de l’ego - la réussite familiale et amoureuse, la réussite sociale et la réussite professionnelle et financière - je pense qu’à partir du moment où l’un des vecteurs de ces trois réussites va commencer à flancher, de nouveaux modèles sociaux vont apparaître : en particulier le fait d’aider les autres donnera une autre estime de soi. Les jeunes vont voir arriver des gens de la génération qui les précède obligés d’utiliser la deuxième partie de leur vie active en s’accomplissant dans un service offert à autrui. Et ils seront témoins que de telles personnes retrouvent l’estime d’elles-mêmes. Je pense que les générations qui arrivent vont changer la manière d’atteindre une bonne estime de soimême. Et puis il faut entendre que le monde de la récession est inévitable. Et qu’il va falloir apprécier cette décroissance. Pendant tout un temps nous allons perdre l’inutile, le superficiel, et il nous faudra vivre la décroissance dans une espèce de règle où il faudra apprendre à déguster ce qui nous reste plutôt que souffrir ce que nous perdons. Puis, dans un second temps, on va atteindre une décroissance qui, pour chacun de nous, sera douloureuse à un endroit donné de nos pertes. Et là, à mon avis, d’une manière naturelle, chacun sera interpellé sur la valeur des choses auxquelles il est attaché. Qu’est-ce qu’il pourra y gagner en les perdant ? Globalement, cette crise aura deux temps : le temps des pertes pour apprendre à profiter de ce qui reste, et le temps des pertes douloureuses pour nous poser de grandes questions philosophiques. Malheureusement, tout cela va être faussé - et cela a déjà commencé - par une manipulation

B.M. : Bien sur, il ne s’agit pas de vivre en état de crise avant la crise, mais on peut déjà adopter des comportements plus justes, des points de vue écologiques et humanitaires qui vont correspondre à ceux que la crise nous imposera naturellement. C’est le but du R.I.S. d’ailleurs. Le but de notre Réseau, c’est d’instaurer en quelque sorte des laboratoires de comportements nouveaux, plus justes, plus respectueux, plus écologues, plus humanistes, pour les expérimenter avant que la crise ne nous les impose. D.H. : Qu’entendez-vous « écologue » ?

par

le

vocable

B.M. : Être écologue, c’est pratiquer l’écologie sans militantisme, sans exagération. D.H. : La crise, telle qu’elle est véhiculée par les medias, fait déjà peur aujourd’hui. Une crise d’une telle ampleur ne risque-t-elle pas de provoquer des vagues de violence ou de dépression ? Comment chaque petit humain que nous sommes va-t-il pouvoir garder la tête hors de l’eau face à ces forces dépressives ? B.M. : Je dois d’abord préciser que nous avons les medias que notre ego mérite, comme nous avons les hôpitaux, les gouvernements que notre ego mérite, et il est évident que devant les évènements qui se dessinent, l’ego a besoin de s’affoler puisqu’il va y perdre. L’ego s’apaise quand il possède, il s’angoisse quand il perd. Si nous passons notre temps à regarder ce que nous perdons, il s'engoisse. C’est ce qui risque de provoquer une dépression collective que les medias entretiendront, parce que les medias ne sont que la projection de nos ego collectifs. Les medias véhiculent la peur de nos ego collectifs. Suite p.5

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« Le maître mot de la crise : Apprendre à Partager »

suite de la p.4

Grand entretien Bernard Montaud Pour cela, il faut que les groupes R.I.S. parle depuis déjà de : Apprendre «D.H. Le: On maître motlongtemps de la crise à Partager » soient

des moyens de créativité pédagogique permettant aux hommes de partager et de vivre de la façon la plus juste possible. C’est la base. Que ce soit original ou pas n’est pas important. Toutefois, le R.I.S. va forcément trouver sa spécificité dans le fait qu’il est issu de la scolarité spirituelle de l’école Art’As. Cette crise, très subtilement, va imposer à l’homme un dialogue intérieur obligatoire avec son Ange *, ou avec sa Conscience, ou avec la Vérité, selon le terme qui parle le mieux à chacun. Et c’est peut-être là la spécificité du R.I.S. : faire en sorte que les membres de ce Réseau s’entraînent à dialoguer entre eux pour aller rechercher la Vérité et naître à cette Conscience. Évidemment, aujourd’hui cette spécificité est liée au fait que le R.I.S. appartient à un mouvement spirituel et qu’il est une matière de l’enseignement dispensé dans ce mouvement.

« solution intérieure ». Cette expression vous parle-t-elle ?

B.M. : Evidemment la solution est intérieure, parce que les circonstances vont nécessiter une prise de conscience, un sacré revirement pour l’ego. Ce dernier, en effet, va devoir accepter qu’avoir moins l’oblige à partager pour ne pas perdre trop. Il va s’ensuivre une grande mutation intérieure de plan de conscience. Mais pour que ce plan de conscience s’incarne, il faudra que le partage soit réel au-dehors. La mutation ne peut pas être qu’intérieure. Celle-ci va exiger de nous des attitudes plus justes en permanence. Elle va réclamer au moins au début de l’installation de ces comportements, une attention, une présence à soi qui seront très difficiles pour les gens qui n’ont fait aucun travail sur eux-mêmes. Si elle est acceptée, elle va faire grandir l’être qui l’atteindra. Si elle est refusée, elle sera douloureuse et produira une dépression collective et des sursauts de violence, par réaction à cette présence impossible. Oui, il devra y avoir une mutation intérieure de l’homme occidental vers plus de présence à lui. Cette mutation intérieure de l’homme occidental vers plus de présence à lui va se manifester à l’extérieur par des attitudes plus justes, plus économes au niveau de la consommation de l’eau, de l’électricité, etc... La solution ne peut donc pas être uniquement intérieure. D.H. : Des groupes de partage et de solidarité, ce n’est pas une nouveauté. En quoi le R.I.S. est-il visionnaire ? Quelle est sa spécificité ?

Août 2008, naissance du RIS au sein de l''école

B.M. : Je ne suis pas certain que le R.I.S. soit visionnaire. Et pour l’instant il lui faut créer sa spécificité. C’est un réseau d’initiatives solidaires où les hommes vont mettre sur pied des réunions régulières pour expérimenter les deux bases de l’apprentissage que cette crise va nous imposer : d’une part l’art d’un partage juste selon les besoins autour de nous, et d’autre part l’acquisition progressive de comportements plus justes.

* Ange : « L'Ange, c’est ce qui donne droit à une vie intérieure naturelle, c’est à-dire à un dialogue simple et sans emphase avec « ce qui sait » au fond de chacun de nous. Pour moi, l’ange, c’est avant tout mes « intimes convictions immédiates, ce qui sait sans intelligence ». (Entretien de Bernard Montaud avec Jean- Claude Duret, extrait de l’ouvrage Il était une foi…, éd. Edit’as, 2000.)

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« Le maître mot de la crise : Apprendre à Partager »

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D.H. : Nous savons qu’il est important pour vous que les mouvements spirituels laïques s’associent pour être plus forts face aux défis du monde actuel. Comment les maîtres que vous rencontrez se positionnent-ils face à la crise ?

D.H. : Cela voudrait-il dire qu’il faudra toujours être un « élève » de l’école Art’As dans tous les groupes R.I.S. ? B.M. : Non, pas du tout. Car les personnes étrangères à l’école Art’As seront amenées naturellement à des dialogues intérieurs. Dans l’association Les Amis de Gitta Mallasz , des personnes dialoguent sans pour autant faire partie de l’école Art’As.

B.M. : Je n’en ai aucune idée. Mais il est absolument faux de dire que je veux que les mouvements spirituels s’associent. Par contre, je suis devant un constat : il est assez curieux aujourd’hui que l’émergence d’une foi spirituelle laïque - au sens tolérant du terme, c’est-à-dire respectueuse des religions et indépendante des religions - soit devenue plus taboue que le sexe. Au lieu de passer beaucoup d’énergie à se battre contre les deux grandes maladies, les deux cancers de la foi que sont les sectes et les intégrismes, une même énergie pourrait être utilisée à affirmer le juste, ce qui combattrait tout naturellement le faux. Il existe en France, en Europe, dans le monde, de magnifiques mouvements spirituels tolérants, propres, qu’il faut promouvoir afin que le faux se distingue encore plus nettement. Ma volonté n’est pas de réunir des mouvements spirituels - qui suis-je pour le faire ? - Ma volonté est de dire : « créons des lieux où nous parlons ensemble, pour faire savoir à la société qu’il existe aussi, à côté des sectes et des intégrismes, des croyants tolérants, aimants, désireux de s’apaiser avec leur famille, leur entourage. »

D.H. : Vous parlez d’une économie basée sur le partage. Pouvez-vous nous faire sentir comment va se développer ce type d’économie ? B.M. : Je n’en sais trop rien. Je pense seulement que le monde politique, à un moment donné, n’aura pas le choix : il lui faudra soit occuper le désœuvrement des êtres par des activités abrutissantes, ou alors créer, dans le désœuvrement, un moyen pour que l’homme retrouve une estime de luimême dans une activité qui le valorise. Sinon, le grand désœuvrement collectif va produire une dépression collective importante avec un sursaut de violence. Oui, à un moment donné le monde politique aura l’obligation d’inventer un monde de services pour que l’homme retrouve une activité valorisante à ses yeux. À mon avis, avant que le monde économique ait trouvé la solution et avant que le monde politique ait le courage de ses décisions, on passera par de grands moments de crise.

Propos recueillis par Dominique Hubert

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Qu’est-ce Qu’est-ce que que le le

R.I.S. ?

Le

R.I.S. est un Réseau d’Initiatives Solidaires. Son but est de susciter des comportements économes en énergie et de promouvoir le partage avec autrui. En juin 2008, devant une assemblée de membres de l’école de la vie intérieure Art’As, Bernard Montaud, le fondateur, annonçait l’arrivée prochaine d’une importante crise économique mondiale. La création du R.I.S. en août 2008 à son initiative est une réponse concrète à cette crise.

Si

le R.I.S se crée aujourd’hui, c’est pour nous permettre de nous préparer à la venue ce cette crise en intégrant des habitudes de vie différentes, nouvelles, faites d’entraide, de partage et d’écoute de nos intuitions géniales, intime rencontre au cœur de nous-même que notre école appelle « dialoguer ». Oui, questionner « la partie qui sait en nous », « dialoguer » avec elle, fera partie de ces nouvelles habitudes de vie, orientées vers ce qui est juste et vrai.

Au bout du compte cette crise va nous Aujourd’hui le monde occidental a inciter à vivre mieux, magnifiquement beaucoup trop de tout mais ne partage mieux, sur un autre plan que la seule satisfaction des besoins matériels. rien. Aujourd’hui à travers les premiers remous d’une crise qui s’avère d’abord financière, Le R.I.S sera accessible via des groupes il ne fait aucun doute qu’un divorce va d’entraide (Groupes RIS), un site, une avoir lieu entre le monde moderne et la revue, un forum de questions/réponses qui auront tous pour but d’informer sur cette société de consommation. Demain notre actuel mode de vie crise au-delà de toute dramatisation médiatique, de proposer des solutions deviendra tout à fait impossible. Demain nous n’aurons plus le choix pratiques, inventives, en diffusant les qu’entre apprendre à déguster ce qui reste témoignages de ceux qui auront fait leurs et le partager ou souffrir de tout ce qui premiers pas dans cette nouvelle façon de vivre. nous manquera. C’est donc une importante mutation dans notre façon de fonctionner au quotidien qui va s’opérer. Ce sont nos habitudes les plus courantes qui vont être bouleversées, car un profond réajustement de la valeur des choses devra avoir lieu.

Au sein des Groupes RIS pourra se développer et s’épanouir une solidarité de proximité destinée à aider ceux qui, dans cette crise seront les plus atteints.

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Valérie Davreux


Mais d'où vient donc cette crise ? Au fond nous le savions, le pressentions... Mais tous nous espérions... après tout la vie d'enfant gâté est plutôt confortable. Nous avons oublié à quel point cette facilité fait de nous des nantis assistés, désarmés devant l'adversité, capricieux face à l'abolition des privilèges... Avec un peu de sagesse, beaucoup de sens des responsabilités, plein d'humour et plein d'amour, une bonne dose de convivialité et de partage elle pourrait être une bonne crise régénératrice pour les hommes. L'analyse de l'histoire proche et l'histoire de l'homme permet de comprendre toute la cohérence et, pourquoi pas, l'utilité de la crise.

Soyons vrais au départ et ne nous voilons pas la face, la crise qui vient

va durer et probablement nous perturber tant nous sommes habitués à consommer. Nous, hommes du monde occidental gâtés par un grand confort de vie, sommes conviés à une épreuve économique qui lève en nous de grandes peurs de manquer. Entre souffrir d'avoir moins et se réjouir d'être, il va falloir choisir. Facile à admettre intellectuellement et probablement plus difficile à vivre. Le sens historique nous éclairera et si cette hypothèse d'utilité de crise se vérifie, il convient d'apporter quelques précisions historiques pour en comprendre la nature et le changement de valeurs qu'elle véhiculera. Suite p.9

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Mais d'où vient donc cette crise?

Un peu d'histoire: Le XXe siècle a vu se développer les temps modernes d'une manière absolument vertigineuse : c’est à cette période que le génie de l'homme a pu domestiquer la matière au point de se créer un mode de vie radicalement différent, si l’on compare les années 1900 et 2000. En cent ans tout a évolué de façon fulgurante : les transports, la technologie, la recherche, la santé, l'électricité, les équipements des ménages... Ce confort procuré par le progrès a généré un besoin absolument insatiable de posséder toujours davantage. Dans nos pays développés, nous sommes « addict », bercés par une variété de possibilités pour améliorer notre quotidien, nous permettre d'optimiser le temps et d'en faire toujours plus. Prenons seulement l'exemple de la téléphonie : en 1970 tous les ménages ne possédaient pas le téléphone à la maison... En 2000, la plupart des collégiens scolarisés se promènent avec un « portable » relié à Internet et faisant office d'appareil photo ! En trente ans, les comportements en terme de communication et de consommation ont radicalement changé et, par conséquent, les valeurs qui leur sont liées. Est-il possible aujourd'hui d'échapper aux images publicitaires, aux messages qui nous conditionnent, au bruit de fond incessant de musique dans tous les lieux publics ? A-t-on encore accès au silence, à nos propres images intérieures, à notre création, notre propre inspiration ?

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Ne devenons-nous pas un peu esclaves de ce "toujours plus" ? Pour grappiller un peu de temps que nous ne gagnons jamais en définitive, nous ne nous donnons jamais le temps. La crise aura peut-être pour effet de nous faire réfléchir là aussi sur notre rythme, notre utilité, si nous ne nous laissons pas berner par des informations susceptibles d'accroître nos peurs. Si l’on regarde en arrière, les événements économiques et sociaux nous ont déjà quelque peu interpellés au cours de ce siècle pour nous prévenir et nous inviter à trouver d'autres solutions, mais en vain. En effet, en 1929, la crise financière et l'effondrement de la Bourse dû à une monnaie qui n'avait plus son équivalence en or nous indiquaient une issue possible au mensonge. Dans le contexte économique plus honnête qui se vivait à cette époque, les dirigeants ont eu l'audace d'aller jusqu'à cet effondrement .

La monnaie vaut-elle aujourd’hui son pesant d'or ? La planche à billet ne fonctionne-t-elle pas de manière abusive ? N'est-ce pas de ce mensonge que vient la déroute du système monétaire actuel ?

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En 1968, la crise sociale nous a invités à réfléchir à une humanité moins axée sur la consommation. « Faites l'amour pas la guerre ! ». Le monde a souri de ces jeunes partis vivre au sein des communautés du Larzac ou de l’Ardèche.

Déjà, ils tentaient de construire une société plus juste et plus solidaire, avec des valeurs qui à l'époque se voulaient plus écologiques, plus respectueuses et plus proches de la terre et ce, en réaction au nucléaire et au système social dans lequel ils ne se retrouvaient pas. Pourtant le mouvement était de taille, il était parti des Etats-Unis et s’était étendu grâce à l'influence de la musique, des modes de vie, des tendances vestimentaires. Il était en recherche d’une liberté plus grande, en réaction à une pensée conservatrice et parfois trop machiste. L'élan était juste mais, s’étant définis trop en marge de la société, trop en réaction contre les valeurs qui régissaient le monde de l'époque, les jeunes s’en sont exclus et n’ont donc pas été en mesure de provoquer de véritables changements. Ils ne sont pas parvenus à établir les relations humaines auxquelles ils aspiraient. suite p.10


Mais d'où vient donc cette crise?

Un peu d'histoire: Quarante ans après, cette crise, dite adolescente, fait toujours parler d'elle tant elle véhiculait un message pertinent. Enfin le choc pétrolier de 1973 nous indiquait déjà une pénurie possible de pétrole, et nous invitait à des comportements d'économie d'énergie. A l'époque, le slogan publicitaire « On n'a pas de pétrole, mais on a des idées » était repris comme une phrase "tendance" à laquelle on adhérait. On avait essayé des comportements anti-gaspi. Quelques pays, dont la Belgique et la Hollande, avaient interdit l’usage des voitures certains dimanches pour économiser l’énergie. Impensable aujourd'hui ! A l'heure où la consommation de pétrole ne cesse d'augmenter sur la planète, qu'avons-nous fait de nos idées ?

Par ailleurs, si la crise de 73, voire celle de 80 ont montré un caractère passager, celle qui s’annonce aujourd’hui semble bien s'installer. Nous allons entrer dans l'ère du pétrole cher en approchant du fameux pic de production.

suite de la p. 9

Il en va donc toujours ainsi avec les hommes : tant qu’ils ne sont pas au pied du mur, ils n’agissent pas. Le mur sera sans doute le fameux pic de production, celui qui nous mettra en demeure de trouver des solutions inédites pour qu’une évolution soit possible. Oui, mais voilà... Même si l'Histoire nous montre à quel point nous avons été sourds aux événements relatés plus haut, nous nous sentons malgré tout un peu innocents : chacun étant manipulé par le système social dans lequel il vit peut difficilement échapper à la folie ambiante, à moins d'être un ermite dans une grotte. Peut-être faut-il remonter plus loin dans le passé pour comprendre le phénomène auquel nous assistons ? Ce qui fait l’homme d’aujourd’hui repose sur une histoire plus ancienne encore, une histoire de plusieurs millions d'années. En effet, l'homo sapiens sapiens que nous sommes a mis environ trois millions d'années à faire émerger l'ego, le « à moi ». Issu d’une tribu primitive où tout appartenait à tout le monde, l'homme a évolué vers le sentiment de sa personne individuelle avec les besoins qui lui sont propres.

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Ce n’est qu’ après une très lente évolution que l’homme en est venu à parler de « Ma » maison, « Ma » femme, « Ma » voiture, « Mes » impôts, « Ma » résidence secondaire., de « Moi, moi, moi ». Si pendant toute une période, l'émergence de l'ego correspondait à un progrès, on arrive aujourd'hui à saturation. Notre monde occidental est encombré par l’avoir au point d'oublier l'être qui demeure au fond de lui. Elle est sans doute là l'utilité de la crise : moins avoir pour mieux être. Profonde mutation de l'homme qui va prendre probablement des centaines d'années. S’il a fallu des millions d'années pour conquérir le « à Moi », on ne va pas s'en débarrasser en peu de temps ! Je crois profondément que nous ignorons à quel point la crise peut s’avérer bénéfique à long terme. Ce qui paraît difficile aujourd'hui, c'est de résister à la morosité et la dépression ambiantes entretenues par la peur et véhiculées par les médias. Je crois profondément en l'humain, en sa capacité à s'adapter, à se remettre en question, à devenir responsable et à aimer. Le Réseau d’initiatives solidaires qui se met en place en est une preuve : déjà des hommes se mobilisent pour se réunir, pour chercher ensemble comment s'aider, comment partager, déjà ils défient la peur.... Déjà ils évoluent... non en réaction contre le système, mais dans la réjouissance de participer à cette époque magnifique où il sera permis sans doute de connaître et contribuer à la transformation des hommes. Maryline Hubaud


Du bon usage de la crise

La « RIS-attitude » Depuis

quelques jours, Annik a décidé de boucher le lavabo pendant qu’elle se lave le corps. Depuis bien longtemps, elle laissait couler le robinet durant toute sa toilette. L’habitude aidant, elle avait oublié le miracle de cette eau, si rare sur la planète et pourtant tellement gaspillée dans nos contrées. Aujourd’hui, son nouveau geste l’a rendue présente au cadeau de la vie, et la voilà qui s’émerveille de se laver, qui se caresse, qui se bichonne, qui soigne son corps avec plus de sensualité et de tendresse que jamais.

Dominique avait l’habitude de se doucher sous un jet continu

pour ne pas avoir froid. Aujourd’hui, après s’être savonnée à l’air, elle prend une conscience plus aiguë de la douceur que lui procure le rinçage et se sent reconnaissante. La douche se fait très courte, mais elle la savoure davantage. Et comme la chaleur lui manque tout de même, elle s’invente une petite fantaisie pour se réchauffer : elle se réfugie dans les bras de son mari et gagne ainsi un moment d’intimité avec lui.

Plutôt que de rouler à 130 comme la loi le permet, Émilie a décidé de s’en tenir aux 110 km/h suggérés, par respect pour l’environnement. Au lieu de rencontrer le stress imaginé, elle a la surprise de s’en trouver mieux : en effet, sachant qu’elle ne dérogerait pas à sa décision, elle ne s’est pas focalisée sur le but à atteindre et a donc roulé de façon beaucoup moins crispée. C’est ainsi qu’elle a profité bien davantage non seulement du paysage extérieur, mais aussi de ce qui se passait au fond d’elle. Et quel cadeau de découvrir, à l’arrivée, qu’elle a pu parcourir 830 km avec un plein d’essence alors qu’habituellement elle n’en fait que 600 ! Bernard se demande comment il va pouvoir profiter des minutes

supplémentaires à passer dans sa voiture s’il conduit plus lentement qu’avant. Parce qu’il s’interroge, une solution s’impose à lui : il va en profiter pour que ces moments soient l'occasion d'échanges essentiels et de mots d'amour avec son épouse !

Christian ne possède plus qu’un poste de télévision qu’il partage avec des amis, et ses soirées gagnent en intensité de plaisir.

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« Si l’humanité doit évoluer, confie Pierre Rabhi à Nouvelles Clés, cette évolution se fera dans le sacré, c’est-à-dire que nous prendrons conscience que la vie, c’est magique, c’est extraordinaire, c’est beau, c’est un don, et que tout cela mérite d’être profondément respecté. Alors, l’humain respectera sa vocation suprême : l’admiration. » Adopter une attitude RIS, c’est donc bien apprendre à développer une nouvelle conscience plus raisonnable et plus solidaire. Mais c’est surtout aussi s’entraîner à fréquenter le meilleur de soi afin de savourer ce que l’on possède encore, en profitant de chaque situation pour aimer plus et mieux. De cette façon, les hommes sont appelés à grandir car il ne leur reste qu’un choix : se lamenter sur ce qu’ils ont perdu et vivre en victimes ou découvrir une nouvelle occasion de s'élever. Qui serons-nous ? Enfants gâtés et capricieux ou êtres responsables et joyeux ? Adopter une attitude RIS, c’est également découvrir qu’il existe un moyen de ne pas être confronté aux pertes : partager ce que l’on a. Par exemple, pourquoi acheter pour un seul foyer des biens qui ne serviront que quelques fois au cours d’une année ? C’est ainsi que des amis du RIS ont décidé de mettre à la disposition de leur groupe ce dont ils n’ont pas besoin au quotidien. L’un a proposé ses outils, l’autre, son taille-haie et son karcher, une autre encore ses moules à pâtisserie, et le gaufrier, et l’appareil à raclettes, et le caquelon à fondues… et les livres, les revues, les CD, les DVD …

Bien sûr ce type de comportement n’est pas nouveau : bien des pionniers se sont insurgés contre nos sociétés de consommation et de gaspillage, depuis déjà longtemps ils ont appris à mettre leurs biens en commun.Où se trouve donc le petit plus de L’Homme RIS ? Ce dernier prend le parti de ne jamais construire son action à partir d’un combat contre les excès du monde occidental : il choisit plutôt de voir dans la crise qui se profile une chance de rééquilibrage des avoirs de la planète - notre terre - où les uns sont privés du nécessaire tandis que les autres ne savent que faire de leurs « trop ». Il choisit de rebondir sur toutes les petites souffrances rencontrées dans son existence à cause du manque pour expérimenter des solutions, en cherchant à être inspiré par le meilleur de lui-même. Il choisit de se laisser interpeller par les problèmes des personnes qu’il côtoie quotidiennement. Il sait, en effet, qu’une évolution n’est possible que lorsque l’autre devient aussi important que soi, sinon, le partage ne peut s’envisager. Par là, il pressent la naissance d’une nouvelle ère dans laquelle l’ego ne sera plus roi.

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La personne RIS ne recherche en aucun cas l’extraordinaire, mais entend bien se laisser transformer intérieurement par l’addition de toutes ses petites douleurs dépassées. L’homme et la femme RIS profitent de l’occasion donnée par la crise pour faire l’expérience d’une nouvelle façon d’être humain : ils se proposent de poser leurs questions essentielles en groupe pour trouver le sens des événements face aux difficultés de la vie. Ainsi, ils se relèvent, s'entraident, partagent et VIVENT! L’homme et la femme RIS choisissent de se laisser étonner par l’existence qui est perpétuelle renaissance : ils apprennent à accueillir chaque événement comme une nouvelle aventure et à se laisser renouveler par elle. Osons espérer que les mouvements RIS sauront traduire leur admiration pour la magie de la vie, dans un profond respect, par des actes concrets et transformateurs ! Dominique Hubert


R.I.S. revue N°0