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Enfants du Mékong N°166 JANVIERFÉVRIER 2011 2,40 €

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S U D - E S T

A S I A T I Q U E

LAOS Au-delà de la frontière

Philippines Jour de pêche pêche www.enfantsdumekong.com


> Sommaire n°166 Éditorial Le cœur et la raison

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Points chauds Philippines Jour de pêche ordinaire

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Regards sur l’Asie Asie du Sud-Est En bref Vietnam Étudiants dans la ville Laos Le pays d’en face Philippines Eliza, fleur d’espoir philippine

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Agir En direct Perspectives

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La vie, c’est la joie

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Témoignage « Voilà ce que je peux faire ! »

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Des Bambous près de chez vous

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Nos délégations Agenda, échos Courrier

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© O. de Fresnoye

Événement

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Découvrir Chronique d’Asie Good morning, Vientiane

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Livres, hors-série Rencontre

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« Je suis un très mauvais touriste »

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Rédaction MAGAZINE 5, rue de la Comète 92600 Asnières-sur-Seine • Tél. : 01 47 91 00 84 • Fax : 01 47 33 40 44 • Fondateur René Péchard (†) • Directeur de la publication François Foucart • Rédacteur en chef Geoffroy Caillet • Rédacteur Jean-Matthieu Gautier • Couverture Bong, pêcheur philippin © J.-M. Gautier Maquette Florence Vandermarlière • Impression Éditions C.L.D. 91, rue du Maréchal-Juin 49000 Angers • Tél. : 02 47 28 20 68 • I.S.S.N. : 0222-6375 Commission Paritaire n° 1111G80989 • Dépôt légal n° 910514 • Tirage du n° 166 : 24 000 exemplaires • Publication bimestrielle éditée par l’association Enfants du Mékong • Président François Foucart • Présidente d’honneur Françoise Texier • Directeur général Yves Meaudre Abonnement (1 an, 5 numéros) : 12 euros


> Éditorial

Le cœur et la raison V

ous lirez dans ce numéro d’intéressants reportages consacrés aux Philippines. On se contente parfois, bien obligé, de survivre dans cet archipel pourtant si beau. La vie quotidienne d’un petit pêcheur est significative : il peut tout juste nourrir sa famille parce que les fonds marins se dépeuplent. Il y a des gangs utilisant des hulboat-hulboat, sans compter les navires-usines (russes, japonais) qui dévastent les océans. Ajoutons que la misère profonde des Philippines, malgré une joie de vivre que l’on trouve peu en France, côtoie des fortunes insolentes. Comment comprendre qu’un pays si croyant soit en même temps victime d’une énorme corruption ? En attendant nous y sommes, et certains nous demandent pourquoi, si loin de nos bases des bords du Mékong ? Parce que, lorsqu’on a mis la main à la charrue, on ne peut plus regarder en arrière. Nous sommes condamnés, avec vous, à ne pas abandonner toutes les misères côtoyées là-bas. Les ONG sont toujours confrontées à un conflit entre le cœur et la raison. La raison devrait nous conduire à un business plan, où – je copie un rapport – nous devons nous préoccuper de « la gestion des actions de développement communautaire et [de] la coordination des partenaires, [du] partenariat économique ou développement de nouvelles filières, afin de favoriser l’accès de produits au plus grand nombre (base of the pyramid, social business, commerce équitable). D’ailleurs, l’étude Be-linked pour Coordination Sud et le Medef montre que… », etc. Pardonnez-moi si vous trouvez cela étrange, mais il faut comprendre qu’une ONG doit, elle aussi, se plier aux normes et au jargon du business. On n’échappe pas aux graphiques, aux réunions, aux rapports copieux (et parfois un peu abscons). Pourtant il y a le cœur, et c’est d’abord là que nous ne pouvons que pencher. Par définition, ce que nous faisons est déraisonnable, pas forcément appliqué aux lois du marché. Mais tant pis ou plutôt, dans la plupart des cas, tant mieux ! Aidez-nous à écouter notre cœur, tout en étant tout de même réalistes. Merci. ■ François Foucart Président d’Enfants du Mékong

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N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 3


Points chauds > Philippines

Jour de pêche ordinaire 200 Km

Manille

PHILIPPINES ● Manapla

En rentrant de sa pêche, Bong partagera celle-ci en deux parts égales. La première sera rapidement avalée en famille, la seconde vendue au marché par Sandra.

Sur la grande île philippine de Negros, les pêcheurs luttent chaque jour contre la menace que font peser sur les fonds marins des capitaines sans scrupules. Reportage. Texte et photos : Jean-Matthieu Gautier

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e jour n’est pas levé quand Bong soulève la moustiquaire de son châlit de bois et embrasse sa femme Sandra. Blottis les uns contre les autres sur le même lit, ses quatre enfants ne bougent pas. À la lueur d’une bougie qu’un faible courant d’air affole, ses pas contradictoirement hésitants mais fermes se posent sur le sol de sable et de galets de sa petite maison. Aucun réveil n’a sonné, Bong n’en possède pas. Quelques coqs crient dans le paysage nocturne, mais ils crient toute la nuit, toute la journée, cela ne signifie rien. Bong se réveille à l’heure, c’est tout.

Aussitôt, il sort de chez lui et vient frapper à la porte de la maison d’à côté – au moins aussi misérable que la sienne. Lucy lui ouvre. C’est la mère de Sandra, la doyenne des pêcheurs du petit village de Chamberry et la présidente de l’Afsa, l’association des pêcheurs du village. Tout le monde l’appelle respectueusement la mother. Elle a préparé les affaires de pêche de Bong : un ersatz de glacière en polystyrène renfermant quelques morceaux de glace, un petit filet vert et un krate, c’est-à-dire une ligne pourvue d’une demi-douzaine d’hameçons et roulée sur un morceau de bois qui tient dans le poing.

Les hors-la-loi que la loi aide

Isidoro est un vieil ami de Bong. Comme lui, il file sur sa banka vers l’île de Tagubahan, où la pêche est plus prometteuse que sur la côte de Manapla.

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Le principal problème des pêcheurs de Chamberry, ce sont les hulboat-hulboat. C’est ainsi qu’ils désignent les bateaux illégaux qui viennent du port voisin de Manapla. Une dizaine d’hommes à leur bord, ils sont équipés de moteurs puissants et pourvus de filets à mailles extrafines. Hier, à l’occasion d’une petite réunion improvisée, l’un des pêcheurs du village a signalé deux hulboat-hulboat dans la zone de pêche officiellement attribuée à Chamberry. Lucy a noté « l’incident » dans un épais registre rouge aux coins fragilisés par l’humidité et les années. Elle formulera plus tard une plainte dont elle sait qu’elle n’aboutira pas. Bong, dans une moue dégoûtée, MAGAZINE


explique que la corruption règne à Manapla : « La municipalité aurait même des parts dans les petites compagnies d’armement des hulboat-hulboat, ajoutet-il. Rien ne le prouve, mais nous sommes beaucoup ici à en être convaincus. » Les pêcheurs de Chamberry expriment les uns après les autres leur impuissance face à un état de fait qui rend leur situation de plus en plus précaire.

4,7millions DE TONNES DE POISSONS pêchés chaque année aux Philippines

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Mais dans le district comme dans bien des endroits aux Philippines, la loi a choisi son camp : celui du plus fort. « Si la police arrête quelqu’un, elle fera un rapport et rien de plus », enchérit une voix venue du fond de la salle. « La police ? Le propre chef de la police de Manapla est propriétaire d’au moins deux hulboat-hulboat », rétorque un autre. Quand le calme revient, Bong,

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e PAYS

PRODUCTEUR au monde

qui est décidément le plus loquace, conclut. « Nous partons seuls sur nos banka (barques), et s’il arrivait à l’un d’entre nous de vouloir expliquer à un capitaine de hulboat-hulboat qu’il n’a rien à faire là où il se trouve, l’histoire se réglerait à l’ancienne… La mer est grande… », dit-il d’un air entendu.

Rite initiatique Le contact de l’eau est froid et une poignée d’étoiles éclairent encore la nuit. Des barques dodelinent au gré d’une houle lente. Lancées sur la mer ensommeillée, leurs voiles gonflées par hamihan, le vent du nord-est, elles ne sont que des ombres à cette heure. Cap au nord, vers l’île de Tagubahan. Bong serre N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 5


Points chauds > Philippines

le vent au plus près et sa banka tressaute dans un clapot faiblard, avant de s’élancer résolument vers le large. C’est une barque d’environ quatre mètres de long sur cinquante centimètres de large. Deux flotteurs de bois latéraux assurent sa stabilité : le principe du trimaran. La plupart des pêcheurs de Chamberry utilisent des embarcations du même type fabriquées par leurs soins : « Quand tu as construit ta banka, c’est un peu comme si tu devenais un homme pour la deuxième fois », explique Bong en insistant sur l’aspect de rite initiatique. Sa banka, il l’a construite il y a cinq ans, à l’époque de son mariage avec Sandra. Il venait d’un village voisin, un village concurrent. Ça n’était pas évident de se faire accepter par les autres pêcheurs. Ça l’était d’autant moins qu’il avait pas mal roulé sa bosse auparavant, fait pas mal de bêtises, vécu un peu partout aux Philippines. Mais l’autorité de Lucy – qui, à 63 ans, continue à prendre la mer tous les matins aux aurores – a permis d’arranger les choses. 6 ❚ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011

« Les jours de tempête, on essaie quand même de sortir, sinon c’est la tempête dans nos estomacs… » De moins en moins de poissons Deux heures de navigation plus tard, la banka a fini par arriver non loin de l’île de Tagubahan, de l’autre côté du détroit de Guimaras, à une dizaine de milles marins de Chamberry et de la côte nord de Negros. Toutes sortes de bateaux convergent dans ce détroit de Guimaras, qui est un genre de modèle réduit de Malacca : les gros cargos de commerce qui s’en vont vers Manille ou vers Cebu, et puis des pêcheurs, par centaines, sur des embarcations de toutes les tailles. Il y a les pêcheurs de crabes, que Bong salue de la main parce qu’ils sont réguliers, et les bankas légères, comme la sienne, qui ne vont qu’à la voile. Il y a aussi quelques hulboat-hulboat, qui eux sont vraiment menés par

des sales types, insiste Bong. 90% des massifs coralliens de la région seraient détruits par leur faute : ils pêcheraient parfois à la dynamite. Bong, qui a replié sa voile – une bâche de récupération taillée en triangle, bleue d’un côté, orange de l’autre – et prépare ses hameçons, ajoute que les pratiques de pêche des hulboat-hulboat sont telles que les fonds marins se dépeuplent à vue d’œil. « Ils ne respectent rien. Avec leurs filets aux mailles extrafines, ils attrapent des poissons qui n’ont pas fini leur croissance et qu’ils ne s’embêtent pas à trier [c’est-à-dire à rejeter à la mer, NDLR]. » Il y a cinq ans, à l’arrivée de Bong, il ne lui fallait que quelques minutes pour trouver une zone où il savait pouvoir pêcher en abondance. Aujourd’hui, plusieurs heures sont nécessaires. MAGAZINE


Chef d’orchestre Bong plonge sa ligne à droite puis à gauche. Quand il la remonte, le mouvement de va-et-vient qu’il dessine de ses mains fait penser à celui d’un chef

d’orchestre. En fin d’après-midi, quand il est temps de rentrer, sa glacière ne compte que deux ou trois kilos de poissons. À 100 pesos le kilo (1,7 euro), ce n’est pas bien lourd. Pourtant, Bong Il est quatre heures du matin, Bong avale son café et fume une cigarette. Ce petit déjeuner expédié, il ne mangera rien jusqu’à son retour de la pêche, vers trois heures de l’après-midi.

s’estime plutôt chanceux pour ce jourlà. Il est dans la moyenne journalière. Et les jours de tempête ? « Les jours de tempête, on avise. Mais le plus souvent on essaie quand même de sortir, sinon c’est la tempête dans nos estomacs… La compensation, c’est que nous pouvons passer du temps avec notre famille. » Propulsée par un vent portant dont un effet thermique accroît la puissance, la banka de Bong surfe sur les vagues, embarquant des paquets de mer qu’il faut écoper tout en tenant la barre avec fermeté. Sportif ! Dans un immense rire, Bong entame une vibrante déclaration d’amour à la mer et à son métier de pêcheur. Puis, plus posément, il ajoute que s’il aime la mer, c’est surtout pour Sandra, sa femme – la plus belle femme du monde, insiste-t-il – et pour leurs quatre enfants. C’est pour eux qu’il travaille aussi dur. ■ 26 enfants attendent un parrain dans le programme de Manapla.

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Regards sur l’Asie > Asie du Sud-Est

Philippines :

le mois des processions 200 Km

PHILIPPINES ● Cebu

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’étaient les visages asiatiques, on se serait cru dans les rues de Naples le jour de la San Gennaro ou dans une bourgade du Portugal pour une fête de la madone. C’est pourtant dans les mégalopoles surchauffées de l’archipel philippin que se sont déroulées comme chaque année au mois de janvier deux immenses processions, expression toute latine de la ferveur du seul pays d’Asie à majorité catholique avec le Timor Oriental. Le 9 janvier, la fête du Nazaréen noir a attiré 2 millions de personnes dans les rues de Manille. Venue du Mexique – alors lui-même colonie de l’Espagne mais pays de tutelle des Philippines –, cette statue du Christ tirerait sa couleur brune d’un

incendie qui l’aurait épargnée à son arrivée dans l’archipel, au XVIIe siècle. Sa réputation de guérir maux et maladies explique la vénération qui l’entoure : à défaut de pouvoir toujours la toucher, les fidèles lancent mouchoirs et serviettes dans sa direction. Pieds nus comme le Christ sur le chemin du calvaire, ils l’accompagnent tout au long d’une immense procession dans le quartier chinois de Quiapo. Avant sa seconde sortie annuelle, le vendredi saint. Un nombre équivalent de fidèles se sont réunis une semaine plus tard à Cebu, au centre de l’archipel, pour la fête du Sinulog, qui met à l’honneur une autre

Une Bourse à Vientiane 200 Km

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e Laos nous aura décidément habitués à tout. La Bourse de Vientiane a ouvert ses Golfe LAOS portes mardi 11 janvier, semblant entériner les du Tonkin Vientiane propos de Barack Obama qui affirmait en 2009 que le Laos avait « cessé d’être un pays marxiste-léniniste ». THAÏLANDE Saluant cette initiative, les observateurs de la presse financière internationale ont fait remarquer que le petit CAMBODGE ok pays suivait en cela l’exemple des réformes économiques de ses voisins chinois et vietnamien. Mais ils se sont aussi montrés plus sceptiques que Dethphouvang Moularat, le président du Lao Securities Exchange, qui désignait la nouvelle bourse comme « une autoroute de capitaux ». Les seules sociétés – publiques – actuellement cotées sont la Banque pour le Commerce extérieur du Laos (BCEL) et la compagnie Électricité du Laos (EDLGeneration), dont les investissements se limitent pour l’heure aux ressources naturelles du pays, hydroélectricité et minerais. La difficulté d’adaptation aux normes boursières, liée au manque de transparence des comptes des sociétés, risque bien de maintenir Vientiane à un niveau modeste. ■ J.-M.G. VIETNAM Hanoï

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© E. de Colbert

Manille

Célèbres pour l’expression spectaculaire de leur foi, les Philippins ont participé en janvier à deux processions qui ont rassemblé des millions de fidèles. Par Geoffroy Caillet

statue du Christ, représenté cette fois sous la forme d’un enfant, le Santo Niño. La tradition rapporte qu’elle aurait été offerte par Magellan à Juana, reine de Cebu, à l’occasion de son baptême. Parade retraçant la conversion des Philippins au XVIe siècle, messe solennelle et réjouissances se sont succédé toute la journée. Sans compter les activités ouvertement profanes, des concerts de musique pop aux concours de beauté… Éternelles Philippines.■

Mékong-Express VIETNAM : LE MULTIPARTISME ÉCARTÉ Avant même l’ouverture de son congrès quinquennal, le 12 janvier, qui a abouti à la nomination des dirigeants du pays pour les cinq années à venir, le Parti communiste vietnamien (PCV) a réaffirmé son attachement au système de parti unique. « Le Vietnam ne demande pas et est déterminé à ne pas avoir de pluralisme ou de système multipartite », a rappelé Dinh The Huynh, membre du comité central du PCV, lors d’une conférence de presse consacrée au congrès. L’approche de l’événement avait été marquée par une recrudescence de la répression des dissidents, lesquels placent plus que jamais leur espoir dans internet qui, même sous étroit contrôle, travaille selon eux en faveur de l’émergence d’une société civile.

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Regards sur l’Asie > Vietnam

Étudiants dans la ville Quand les étudiants vietnamiens des campagnes arrivent en ville pour leurs études, tous ont des rêves et des espoirs. Mais pas toujours ceux auxquels on s’attend. Rencontre. Par Jean-Matthieu Gautier a commence un jour immensément banal, à quelques kilomètres de Dalat. Toan est à la rizière avec son père. Il fait très chaud – on est près de midi – et ils ont tous les deux, avec deux autres sœurs et un frère de Toan, l’échine brisée, le bassin tendu vers le ciel, de la boue jusqu’aux coudes : ils repiquent le riz. Une sœur de Toan arrive dans des éclaboussures et crie son nom très fort. Elle s’arrête enfin, très essoufflée, et tend la lettre à Toan en précisant que le facteur a dit qu’elle arrivait de Saigon. Toan s’essuie les mains – mal, la lettre est vite un vague morceau de papier mâché, presque un torchon. Toan l’attendait depuis des mois. C’est évidemment la réponse de l’université et elle est évidemment positive. Personne ne doutait du contraire. Tout le monde redoutait pourtant ce moment. Toan va maintenant partir « à la ville », étudier l’architecture, devenir quelqu’un.

© J.-M. Gautier

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finirait pas de discourir sur le sujet. » Pour le moment il est étudiant et l’aurait été aussi en naissant dans une famille de Kinh, l’ethnie majoritaire au Vietnam : les deux points supplémentaires « offerts » pour son examen d’entrée à l’université n’ont rien changé.

Vulnérabilité et émulation Aujourd’hui il se souvient parfaitement du jour de son arrivée à Saigon, de l’espèce de frayeur, de sentiment de vulnérabilité totale qui s’était emparé de lui malgré les recommandations paternelles : « Tu arrives au terminus du train, tu sors de la gare, et là tu abordes le premier chauffeur de moto-

« Je ne veux pas devenir une femme battue, je refuse de reproduire le cycle. » K’Kim vient d’une province pas si éloignée de Dalat. Il est lui aussi montagnard et a bénéficié du léger avantage offert aux étudiants des minorités par le ministère de l’Éducation nationale vietnamien. Assez décomplexé sur cette question, il parle de lui-même de discrimination positive. Pas question d’entrer dans un débat pour autant : « La discrimination positive, ditil, il y a du pour, il y a du contre ; on n’en MAGAZINE

taxi que tu vois et tu lui demandes le chemin de l’université. C’est très simple. » C’est ce qu’il a fait. Il avoue aujourd’hui avoir peu de relations avec les étudiants kinh de son âge : « Je n’ai pas beaucoup d’amis kinh… pardon, je n’ai aucun ami kinh », se ravise-t-il avec un air presque surpris. Au chapitre des aveux, il ajoute que la vie dans les grandes villes n’est vraiment pas sa tasse de thé. Il ne saurait pas expliquer

pourquoi mais c’est ainsi. Il a des mots comme « relations humaines teintées de matérialisme, superficialité, course au succès, concurrence… » D’une façon générale, ces mots reviennent chez la plupart des « montagnards » interrogés. Et très peu envisagent d’ailleurs de vivre en ville une fois leurs études achevées. Chana Da, si. C’est un Khmer du Delta de 24 ans, étudiant en littérature vietnamienne à Saigon depuis quatre ans. Il souligne à son tour la concurrence très forte entre étudiants mais il la trouve saine, voire essentielle. Il aime la ville, son dynamisme, l’espèce d’émulation qu’elle fait naître. Il a mis du temps à s’y faire des amis, mais c’était simplement parce qu’il ne sortait pas de sa chambre les premières années : il n’en avait pas les moyens et « le but de [sa] présence ici n’était pas de se distraire mais de travailler ». Le propos est sensiblement identique chez Nguyen Thi Ching qui, elle, souhaite s’installer à Saigon à la fin de ses études et y trouver un mari. Elle ne veut pas d’un mari paysan, comme ses parents, comme ses sœurs… Elle refuse de « reproduire le cycle » : « Je ne veux pas devenir une femme battue. Ici en ville, les femmes ont plus d’indépendance, plus de reconnaissance. C’est cela que je souhaite. » ■ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 9


Regards sur l’Asie > Laos

Le pays d’en face Aux portes d’un Laos aux ressources limitées, la Thaïlande fait figure de terre promise. Comme Soubanh, des milliers de paysans sans avenir sont contraints à chercher du travail chez leurs puissants voisins. Reportage dans le sud du Laos. Par Geoffroy Caillet

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oubanh chuchote, comme VIETNAM Hanoï s’il craignait d’être Golfe LAOS du entendu par des Tonkin Vientiane oreilles indiscrètes. De sa besace THAÏLANDE de toile, il sort à la Pakxé ● dérobée un livret Tha Teng CAMBODGE ok de famille où il désigne les photos de ses cinq enfants. « Les trois aînés sont partis, eux aussi », déclare-t-il timidement. En arpentant l’unique rue de son village, il a parfois du mal à se convaincre qu’il est encore d’ici. Avec son sol terreux, ses simples maisons de bois et sa modeste école, Tha Teng n’a pas grand-chose à voir avec les agglomérations modernes qu’il a traversées il y a dix jours pour rentrer au pays. Et lorsqu’il s’enquiert auprès de Vanxay, sa femme, d’un voisin absent, la réponse ne l’étonne pas : lui aussi a quitté le Laos pour tenter sa chance en Thaïlande. 200 Km

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Partir dès 14 ans Soubanh a 44 ans. En 2007, il a tiré les conclusions d’une énième mauvaise récolte de riz sur une surface misérable – à peine 100 m2. À quelques dizaines de kilomètres de Tha Teng, dans le sud du Laos, la frontière thaïlandaise était un appel au départ. Ses trois aînés, âgés de 14 à 20 ans, avaient franchi le pas l’un après l’autre. Employés dans un atelier de confection de la région de Sakaeo, ils ne reviennent plus que rarement à Tha Teng. « Ici, les enfants partent dès 14 ans pour quelques mois ou quelques années », déplore Vanxay, qui n’a pas vu les siens depuis près d’un an. C’est pour leur rendre visite que Soubanh s’est rendu en Thaïlande la première fois. Mais lorsqu’il a voulu lui aussi y travailler, il a dû payer 3 500 bahts à un passeur pour obtenir emploi et faux papiers. L’équivalent du salaire mensuel des jeunes Laotiennes qui servent dans les restaurants thaïlandais. Levées à deux heures du matin, elles y travaillent chaque jour jusqu’à 18h. Les mineurs qui décrochent un

emploi de domestique sont payés, eux, 2 500 bahts, « la moitié de ce qui est payé aux Thaïlandais », assure Soubanh. Pour les candidats au départ, les petits boulots ne manquent pas au pays du sourire. Employés d’ateliers de confection, saisonniers agricoles dans l’Isan – la grande région rurale frontalière – ouvriers à Bangkok, employés de pêche à Phuket… Et maçons comme Soubanh, qui a trouvé du travail dans le sud, à 50 kilomètres de la frontière avec la Malaisie. « Il y a beaucoup de routes en construction en Thaïlande », se réjouit-il. C’est à la réfection de l’une d’elles qu’il est employé depuis plusieurs mois avec une soixantaine de ses compatriotes. Un travail pénible mais qui lui rapporte 9 000 bahts (225 euros) par mois, un salaire bien supérieur à ceux qu’il peut espérer au Laos. « Ici, même en ville on gagne à peine l’équivalent de 2 900 à 3 700 bahts (de 74 à 93 euros). En Thaïlande, c’est jusqu’à 9 700 bahts (241 euros) mensuels qu’on peut espérer », reprend-il pour justifier son départ. MAGAZINE


© J.-M. Gautier

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ALLER DE L’AUTRE CÔTÉ Paï Thaï, paï fang nan, « aller en Thaïlande, aller de l’autre côté » : le leitmotiv des Laotiens pauvres qui quittent leur pays pour travailler « en face ». Comme Soubanh et les siens, c’est parfois toute la famille qui finit par partir. Mais le travail ne constitue pas la seule motivation des candidats au départ. Des études font apparaître l’importance de la Thaïlande comme pourvoyeuse de soins médicaux pour les Laotiens. Tout comme l’absence de débouchés économiques, la faiblesse des structures sanitaires du pays explique que des Laotiens de toutes les classes sociales sont désormais nombreux à se faire soigner dans les hôpitaux de Nongkaï, Udon Thani ou Khon Khaen.

À la merci d’une expulsion À Tha Teng, rares sont les familles dont un membre ne se trouve pas en Thaïlande. Père, mère et enfants, tous sont susceptibles de quitter le village au gré des besoins du foyer. Le manque de surfaces cultivables, la mauvaise qualité du riz et l’absence complète de débouchés économiques ici n’est pas un cas isolé dans un pays où près de la moitié de la population vit en-dessous du seuil national de pauvreté. Pour beaucoup de Laotiens, partir est une question de survie. Et la proximité avec leur florissant voisin thaïlandais concentre tous les espoirs. Dans ces conditions, la moindre dépense imprévue entraîne souvent un départ. C’est le cas de Chinda, la sœur de Soubanh, qui doit rembourser une dette faramineuse de 15 millions de kips (1 400 euros), contractée pour soigner son fils malade. Elle a confié ses autres enfants à sa belle-sœur, qui a aussi pris en charge sa propre petite-fille. Pour MAGAZINE

ces familles décomposées de fait, l’entraide va de soi. L’éloignement les met pourtant à rude épreuve. « Beaucoup de villageois contractent le sida en Thaïlande et le rapportent à Tha Teng, explique Vanxay. Et les enfants grandissent souvent sans parents, ou les parents sans enfants… » Les travailleurs immigrés laotiens ont l’avantage de comprendre la langue thaïe, proche de la leur. Une garantie minime contre la précarité de leur situation làbas. Malgré l’intérêt représenté par une main-d’œuvre bon marché, leur semi-clandestinité les met constamment à la merci d’une expulsion par la police thaïlandaise. Soubanh est explicite : « Les clandestins sont placés en détention provisoire jusqu’à ce qu’ils soient assez nombreux. Puis on les renvoie au Laos dans des camions à double étage. Environ 200 Laotiens sont renvoyés ainsi chaque mois. »

travailler officiellement en Thaïlande sans être astreint à la mobilité des clandestins et sans menace d’expulsion. Comme n’importe quel Thaïlandais, il bénéficiera aussi d’une couverture sociale. Rentrer définitivement au Laos, il y pense, bien sûr. D’ici deux ans, il espère avoir économisé suffisamment pour achever la construction de sa maison à Tha Teng et, surtout, acheter une surface cultivable assez vaste pour pouvoir nourrir les siens. L’eldorado thaïlandais dont rêvent tant de ses compatriotes, Soubanh en connaît les limites. Il sait au bout du compte qu’il lui permettra seulement, un jour, de mieux vivre ici. À Tha Teng, le chassé-croisé des départs et des retours est permanent. La fille de Soubanh va bientôt rentrer de Sakaeo. Grâce à l’argent qu’elle a économisé sur les 150 bahts gagnés chaque jour comme couturière, elle a de quoi

Pour beaucoup de Laotiens, partir est une question de survie. « J’aimerais rester mais je n’ai pas le choix » Pour Soubanh, l’époque des passeurs sera bientôt terminée. Cette fois, il est rentré à Tha Teng avec un objectif : préparer son dossier pour obtenir un passeport de travailleur. Moyennant 12 000 bahts dont son patron lui a fait l’avance, il pourra

faire vivre les siens pendant longtemps. Soubanh, lui, espère repartir d’ici deux semaines, une fois son passeport obtenu. « J’aimerais rester mais je n’ai pas le choix », glisse-t-il en manière d’excuse à l’adresse d’un pays qui ne peut pas le faire vivre. Pourtant, il repart soulagé : cette fois au moins, Vanxay sera du voyage. ■ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 11


Regards sur l’Asie > Philippines attachée au foyer d’Enfants du Mékong à Cebu. Quatrième et dernier véhicule, un pédicycle nous laisse presque à notre destination : le quartier d’Inayawan, à côté de la montagne d’ordures de Cebu.

Maison de bambou

Eliza,

fleur d’espoir philippine © Y. Aillerie

(1/2) L’espoir, aux Philippines, n’est pas dans une économie florissante, une richesse du sous-sol ou dans l’océan qui borde l’archipel. Il est dans la personne. Le récit qui suit est l’histoire d’une de ces fleurs d’espoir : Eliza. Par Yves Aillerie

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e jeepney s’est arrêté dans l’embouteillage et rote bruyamment sa fumée noire. Comme à Manille, les jeepneys de Cebu sont bruyants et leurs vieux moteurs fatigués polluent gravement la ville. Dérisoire protection, quelques piétons mettent un mouchoir sur leur visage. Les stations se font au gré de la main du passant qui la lève pour y monter, et au gré du peso que l’on fait sonner sur la barre d’inox du plafond pour commander l’arrêt. À cette heure matinale, la circulation est déjà dense. Des voitures rutilantes se traînent au même rythme que les vieux taxis japonais. Les taxis, ici, sont tous les mêmes : blancs, défoncés et décorés de statuettes, de guirlandes, de moquette. Dans le jeepney, j’ai peur de louper l’arrêt. Alors je me penche par12 ❚ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011

fois pour voir dehors, entre les gens entassés sur le banc en face. Ou bien je me retourne, quand c’est possible. Le risque alors est de bousculer l’ordre établi des jambes alignées, la mosaïque des pieds mélangés, la géométrie fragile des derrières posés en quinconce.

Nous allons rencontrer Eliza chez elle. Elle ne peut pas bouger, coincée par une crise de tuberculose. Un petit pont passe audessus d’une rivière dont on devine à peine l’eau noire. Par milliers, les déchets du village s’accumulent, flottent. « Pourquoi a-t-on inventé les sacs en plastique ?, me demande Dorothy. Les sacs en papier marron étaient aussi bien. Le plastique a sali la terre entière. » Comme elle a raison ! La maison d’Eliza est au bout de la rue, dans le virage. Elle est en parpaings et ciment, avec un toit en tôle. À l’intérieur, il fait sombre. Le sol est en terre. Eliza nous attend, assise sur un lit de bois. Il n’y a pas de matelas, elle est appuyée contre un mur en ciment inégal. Un coussin protège son dos. Eliza est née à Mindanao il y a 25 ans. Mindanao est trop connue aujourd’hui pour être l’île du terrorisme, des mouvements séparatistes musulmans qui font quotidiennement la une des radios locales. Là, elle est élevée par un oncle avec son frère Elizao et sa sœur Ellen. Eliza est l’aînée. Après la naissance d’Ellen, les parents se sont séparés et ont essayé de trouver du travail sur Cebu, une autre île. L’oncle ne donne pas toujours à manger, il est sévère aussi et Elizao tombe gravement malade. Eliza réussit à contacter sa maman, qui les recueille un temps. Puis c’est avec le papa que les trois enfants vont finalement s’installer dans un espace

Aux intonations de sa voix, on sent que la cohésion et la force de sa famille sont évidentes. Nous devons changer de jeepney, puis prendre un tricycle à moteur. Ce sont quatre moyens de transport différents que nous utiliserons pour aller d’un quartier à l’autre de la ville. Seul, je n’y arriverais pas. Je suis avec Dorothy, l’assistante sociale

minuscule, près de la montagne d’ordures de Cebu. Eliza a sept ans. Leur maison est alors faite de bambou et de feuilles tissées, comme beaucoup d’autres dans le bidonville. Parfois, dans ce pays de typhons, quand la pluie de MAGAZINE


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ron, un dessert sucré et brun. Le papa va cuisiner, les enfants vont vendre. La vente commence le matin à six heures et doit être terminée avant le début de l’école. Avec le temps, Eliza va apprendre d’autres recettes dont le yemas, à base de lait. De cette façon, c’est parfois jusqu’à 60 pesos par jour, soit un euro, qui permettent de nourrir la famille. Aux intonations de sa voix, on sent que la cohésion et la force de cette famille sont évidentes. Eliza trouve normal de travailler en-dehors de ses études pour subvenir aux besoins des uns et des autres, pour compenser l’incapacité d’un père malade. mousson et les vents sont trop forts, le toit s’envole et l’eau rentre. Alors la famille entière va se réfugier chez les voisins. Sur son lit de bois, Eliza serre un coussin contre sa poitrine. Parfois, une quinte de toux suspend son récit. Et puis elle reprend, écoutant mes questions avec patience, racontant avec confiance. La confiance, ce n’est pas à moi qu’elle la donne, mais Dorothy est là. Elle est ma caution. Sa voix est faible et douce. Dans le débit rythmé de ses mots, elle aspire parfois un « h » et avale un « r ». Alors ses phrases s’arrondissent et envoûtent.

montagne d’ordures, il y a toutes sortes de déchets, organiques, chimiques, corrosifs parfois. Bientôt Eliza développe un asthme et Elizao des maladies de peau qui les obligent à arrêter. Il faut trouver une autre source de revenus. Alors, avant l’école, elle va vendre de la nourriture sur le bord de la route. Une amie lui a indiqué une recette de polvo-

Dans le lointain parfois, un coq se réveille et chante. Non, il ne chante pas. Il hurle. Aujourd’hui, l’endroit est préservé des odeurs de la montagne. « Cela dépend du vent », m’explique Eliza. Le village est excentré. Peu de taxis ou de véhicules à moteur. Seuls les tricycles non motorisés y entrent. Dans cette maison sans véritable porte, nous n’entendons que les voisins si proches, les coqs et le ventilateur, qui remue un peu l’air lourd et nous évite de nous liquéfier instantanément. En 1995, le papa est malade. Il ne travaille plus. Il n’y a aucun revenu dans la maison. Alors les enfants vont travailler. Eliza a dix ans. Elle va le matin à l’école et l’après-midi sur la montagne d’ordures pour trier les déchets. La revente des plastiques rapporte entre 15 et 20 pesos par jour, soit 35 centimes d’euro. Dans les odeurs de décomposition et de pneus qui brûlent, le travail est pénible. Sur la MAGAZINE

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Travail sur la décharge

Un parrain ! Les années passent, sans repos. À l’école, une camarade d’Eliza a un parrain français grâce à Enfants du Mékong. De loin elle lui a signalé Thomas, le volontaire Bambou qui vient parfois à l’école. Eliza n’ose pas aller au-devant de lui. Elle n’a jamais adressé la parole à des étrangers. Elle a peur que son niveau d’anglais soit trop faible. Un jour elle le croise et se décide à lui demander d’être parrainée. Le premier pas est franchi. À chaque fois qu’il passe à l’école, elle lui fait la même requête. Enfin elle a un entretien avec lui. Thomas est impressionné par la motivation de la très jeune fille. Eliza a seize ans et bientôt, par l’intermédiaire d’Enfants du Mékong, elle aura un parrain français qui prendra en charge ses frais de scolarité. Pourtant, la famille est toujours en situation de survie. Si les cours sont assurés, il reste à payer la nourriture et le coût du transport à l’école. Eliza et son frère continuent à vendre les plats du papa. Et puis la maison en bambou est décidément trop fragile. Alors, à la fin de sa première année d’université, Eliza arrête ses études. Pendant dix mois elle travaille pour une grande société d’électronique en vérifiant les connections des téléphones portables en sortie de chaîne de fabrication. Ce travail rapporte 200 pesos par jour. Eliza épargne pour acheter parpaings et ciment. Le papa est un ancien maçon, il construit la maison où nous sommes aujourd’hui. Mais comment financer le toit de tôle ? (à suivre) ■ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 13


Agir > En direct

Une nouvelle organisation C

haque chargée de parrainage s’occupe de 80 à 100 programmes. Par son expertise, elle est l’interlocutrice du parrain qui souhaite obtenir des renseignements sur son filleul, sur le fonctionnement du programme ou sur le responsable local. Elle est aussi le référent du volontaire Bambou sur place. C’est donc par elle que transitent les rapports de visite, les rapports financiers et les lettres d’information reçues par les parrains. Pour mieux répartir la charge de travail, le service parrainage a été réorganisé en janvier 2011. La constitution de binômes permet désormais une meilleure répartition du travail et une meilleure disponi-

bilité des chargées de parrainage dont la zone d’activité s’est diversifiée. L’équipe compte désormais 12 personnes : - Thaïlande : Anne Monmoton et Diane Teso - Philippines : Lorraine Dupoyet et Elena di Masso - Vietnam : Delphine Muller, Bénédicte Pilven, Laurence Vielle, Pauline Delhumeau et Elena di Masso - Cambodge : Anne-Sophie Paquet - Laos : Diane Teso - Birmanie : Anne Monmoton - Chine : Delphine Muller Elles sont à votre disposition pour toute question concernant votre filleul. ■

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VOLONTAIRES BAMBOUS 24H D’UNE VIE DE BAMBOU : Claire de SaintLager, volontaire Bambou à Phnom Penh 6h30 : Réveil. J’avais prévu de faire une grasse mat’ jusqu’à 7h30 mais c’était sans compter avec les garçons qui s’acharnent sur la toute nouvelle sonnette de la maison des filles parce qu’ils sont à court de riz… 12h : Après avoir planché toute la matinée au Centre Mérieux avec Stéphanie sur un atelier « pédagogie », je rentre déjeuner au foyer. Entre la sieste des unes et les devoirs des autres, je corrige les exercices de français de Soheng et sers de jury pour l’oral d’anglais de Sophuong. 14h : Départ pour le marché olympique, le plus grand de Phnom Penh, avec ses étals débordants de bric-à-brac en tout genre ! Ballon de volley, volants de badminton, raquettes de ping-pong, je repars avec tout le matériel requis pour le prochain tournoi de sport. 16h : Les étudiants reviennent de l’université et le défilé commence dans mon bureau. Je surveille ensuite l’auto-étude, une bonne occasion d’aider les étudiants en français et en anglais. J’essaie tant bien que mal d’expliquer le rôle du parlement à Chanly (3e année)… 18h30 : Dîner au Centre. Rak m’interroge sur l’avenir de l’exception culturelle française. Voilà les questions de mes petits génies des rizières ! 20h : Retour au foyer avec mes 17 filles. Après avoir soigné trois petits bobos, j’apprend aux filles à jouer au Uno et au 1000 bornes. Fous rires assurés ! 22h : Je souhaite de beaux rêves à chacune et sonne le couvre-feu. 22h30 : Je peux enfin me doucher à l’eau froide et me coucher. À peine le temps de lire quelques lignes, à 23h je dors déjà…

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PROGRAMMES DE DÉVELOPPEMENT

Des garderies sur la décharge

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LE MOT DU PARRAINAGE

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lus de 150 familles vivent dans le bidonville d’Inayawan, sur la décharge de Cebu (Philippines), où elles tentent de récolter des déchets monnayables. Les enfants sont livrés à eux-mêmes car leurs parents n’ont pas les moyens de les faire garder. Ils sont sales, mal nourris et leur santé se dégrade. Sous l’impulsion des habitants a été créée en 2006 l’association Batang Mekong, qui a permis de développer huit garderies de 10 enfants de trois à six ans. Celles-ci leur assurent : - Santé et hygiène : toilette des enfants et distribution quotidienne d’un repas, d’un goûter nutritif et si besoin de médicaments. - Éducation : apprentissage de la vie en groupe et préparation à l’école… - Développement : cadre de vie où les enfants se sentent en sécurité… Les garderies se tiennent chez huit mamans volontaires de la décharge, dont Batang Mekong a équipé les maisons (achat d’outils pédagogiques et réalisation de menus travaux). Chacune est aidée d’une autre femme. Ce sont donc 16 mamans qui ont obtenu un emploi et une formation. Les parents s’impliquent aussi en cuisinant les repas. Enfants du Mékong soutient intégralement ce projet, dont le budget annuel est de 23 230 €. Aidez-nous ! ■ Contact : Valérie Jacquot vjacquot@enfantsdumekong.com 01 47 91 00 84 MAGAZINE


> Perspectives

La vie, c’est la joie La grande leçon des enfants et des familles que nous soutenons en Asie, c'est une joie fondée sur l'amour de la vie. À son contact, la tristesse et l’angoisse de notre monde s’effacent. Par Yves Meaudre, Directeur général d’Enfants du Mékong

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undi 13 décembre, foyer de Butuan, sur l’île de Mindanao (Philippines). Tenu d’une main de maître par Estelle, je débarque de l’avion qui m’amène de Cebu. Je n’ai pas le temps de poser mon maigre sac que Louis-Marie m’emmène avec notre administrateur Ariel Aguettant dans un bidonville : Holy Redeemer. Ce squat est ignoble et Dieu sait si j’en ai vu. On marche sur des pneus et des planches jetés dessus pour ne pas enfoncer dans un cloaque visqueux et ténébreux, les cabanes tiennent à peine sur leurs pilotis rongés par l’humidité où, dans la seule pièce, s’entassent dix enfants. Nous allons voir la grand-mère de Christian. Elle élève ses petits-enfants car les parents partent souvent pendant des mois trouver un emploi et parfois disparaissent. Leur progéniture vit de la débrouillardise de leur aïeule. Christian a dix ans et ne va plus à l’école. Il erre dans ces lieux aussi criminogènes qu’infects. Nous sommes là pour le reprendre en main. Ces mères ou ces grands-mères souvent abandonnées se battent avec un courage et une intelligence des situations qui sont exemplaires. Ce sont de grandes dames, de très grandes dames. Souvent elles sont belles, avec cette dignité de princesses qui nous intimide. Au milieu de cet univers de chaos, elles sourient et sont habitées par une joie souveraine. Ce n’est pas une joie facile et niaise, une joie « irresponsable », mais une joie transcendante qui vient du fond de leur âme transparente. Avec Ariel, nous éprouvons un sentiment immense d’admiration et de respect. Cette magnifique grand-mère assume quinze de ses petits-enfants.

« On se bat pour vivre ! » « Je les aime, lolo [grand-père], je les aime tous, ils sont ma joie ! » Mais quel souci, quelle angoisse, pensons-nous ! Certes, et pourtant : « Ils sont ma joie ! » Cette réflexion m’a renvoyé à cette scène vécue il y a trois ans, alors que j’étais dans un village extrêmement pauvre vers Pailin, au Cambodge, province réputée pour être tenue par des Khmers rouges.

Les aider, c’est nous mettre sous perfusion de joie. Face à une marée d’enfants, je posai la question un peu pesante que tous les Occidentaux ont en tête pour régler la démographie des pauvres. Une mère de famille m’avait répondu avec son splendide sourire khmer : « Ici on ne tue pas la vie, on se bat pour vivre ! » Elle m’observait avec sa ribambelle de gamins

qui l’entouraient, puis elle reprit en les désignant : « Lequel voudriez-vous que je supprime en premier ? » Je vois encore l’ami bonze qui m’accompagnait, rejetant un pan de sa robe safran sur son épaule, éclater de rire et traduire, ce qui mit en joie toute la famille. La joie des pauvres les habite. Je comprends mieux maintenant les raisons du climat de tristesse et d’angoisse qui recouvre notre pauvre Occident. Notre Europe pourtant si riche, si confortable, si techniquement sûre, est désespérée parce qu’elle ne se bat pas pour vivre. On règle les problèmes par la mort alors que ces mères démunies de tout mais responsables d’innombrables enfants nous apprennent à aimer ce qu’il y a de plus précieux : la vie. Leur joie est fondée sur l’amour de la vie. C’est une grande leçon d’amour que nous apprennent les mamans magnifiques de nos filleuls. Les aider – elles en sont tellement reconnaissantes – c’est nous mettre sous perfusion de joie. ■ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 15


Agir > Témoignage

« Voilà ce que je peux faire ! » Amie de familles boat people puis marraine de deux enfants, une visite au Cambodge s’imposait. Récit d’une longue histoire d’amitié. Par Marie-Paule Sévenier, marraine de Viketya et de Kim ette histoire commence en octobre 1981. À 21 ans, je me retrouve presque par hasard « animatrice » dans un centre provisoire d’hébergement qui accueille pour six mois une dizaine de familles du Sud-Est asiatique. Moi qui ne connais du Cambodge, du Laos et du Vietnam que les boat people vus à la télé, je suis chargée de leur accueil et de leur suivi : papiers à remplir, demandes d’asile politique, relations avec les médecins, etc. Je travaille avec mon cœur. Je fais « de mon mieux » pour eux, simplement, et ça marche. Une grande amitié naît avec deux familles cambodgiennes : d’un côté Mme Krauch et ses six enfants, de l’autre les Ear (parents et enfants : Koung, Karen, Kmao, ainsi que les jumeaux Sopheap et Sophal, nés durant la fuite en Thaïlande, et Sigolène que j’ai vu naître en 1982). Je n’ai jamais oublié ces six mois qui m’ont tellement fait grandir. Ces familles m’ont tant donné, tant appris. Deux ans plus tard, c’est avec les Krauch, désormais installés à Paris, que je découvre la capitale de mon pays ! Les années passent, je déménage souvent pour mon travail. La famille Ear est restée à Sainte-Sigolène. Nous gardons le contact de loin en loin, par téléphone et par courrier. Un jour, dans la salle d’attente d’un médecin, j’ai trouvé le magazine d’Enfants du Mékong et je me suis dit : « Voilà ce que je peux faire ! » Ainsi a commencé pour moi l’aventure du parrainage, il y a longtemps maintenant. En 1999, Kmao m’a invitée à son mariage en me disant : « Quand j’ai su que j’allais me marier, la première personne que j’ai voulu inviter, c’est toi ! » J’en ai été bouleversée. J’ai passé deux jours chez eux à cette occasion, me sentant aussi à l’aise que dans ma propre famille et découvrant avec bonheur des traditions étonnantes pour moi. 16 ❚ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011

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C

« Je suis très émue, j’ai un trac fou ! » Un jour je leur parle de mon filleul Viketya, montre les photos, précise qu’il habite près de Battambang… Kmao me dit : « Je pars en décembre au Cambodge pour 15 jours avec ma mère, viens avec nous ! » Impossible ! Je viens de finir mes congés d’été… Les finances, le travail, tout me semble problématique. Mais l’idée fait son

Buddhism for Development, l’ONG locale partenaire d’Enfants du Mékong. Kmao m’accompagne. Nous nous rendons vite compte que Viketya habite en réalité le même village que… Mme Ear. Il aurait pu vivre à des centaines de kilomètres de là et il se trouve à deux kilomètres ! Je suis très émue, j’ai un trac fou ! Nous arrivons et ses deux sœurs nous accueillent. Viketya est en classe, il va arriver. Il est bientôt là et sa première réaction est de… me trouver très grande ! Nous sommes tous les deux intimidés. J’ai prévu de petits cadeaux, on parle, on prend des photos. Viketya est très intelligent et très courageux, malgré sa maladie (le sida). Il va à l’école, apprend et fait des projets. Il vit avec ses deux sœurs et son frère dans la plus extrême pauvreté. Cette rencontre a été très émouvante et le départ difficile. Je trouve indispensable les mesures de précaution prises autour des visites, mais c’est très frustrant. On a tout juste le temps de « s’apprivoiser » et il faut partir en sachant qu’on ne se reverra peut-être jamais plus… Waouh, pas évident ! Mais je conseille cette visite à tout parrain. Le lien est créé, il est différent des simples courriers. On sait, on a vraiment compris les conditions de vie,

Je travaille avec mon cœur. Je fais « de mon mieux », simplement. chemin : y aller accompagnée de Kmao et de sa maman, voir le pays « de l’intérieur », rencontrer mon filleul et la famille de Kmao. Je ne peux pas rater cette opportunité. Je pars finalement et après quelques jours de voyage, c’est le grand moment de la rencontre avec Viketya. Nous avons rendez-vous à Battambang avec Vincent, le volontaire Bambou, et les responsables de

rencontré la famille, vu la maison… Le ton des lettres n’est plus le même après, y compris du côté de Viketya, beaucoup moins solennel, beaucoup plus proche. Cet hiver Mme Ear ne retourne pas au Cambodge. Elle m’a récemment dit au téléphone : « Non, pas cette année, mais l’année prochaine avec Kmao et sa famille, Sigolène et son mari, et… toi, MariePaule. » Et je n’ai pas dit non… ■ MAGAZINE


> Événement

Des Bambous près de chez vous En octobre a eu lieu la première Tournée Bambou : une équipe de volontaires tout juste rentrés d’Asie et de membres de l’association qui ont sillonné la France pour 17 soirées-spectacles.

L

e but de cette Tournée était de mieux faire comprendre le fonctionnement du parrainage à travers ses intervenants : la chargée de parrainage et le parrain en France, le Bambou en Asie. Pendant une heure de spectacle mêlant films, témoignages de Bambous, saynètes, photos, le public a été plongé au cœur de l’action d’Enfants du Mékong. L’échange qui suivait a permis à tous les parrains et futurs parrains de rencontrer les Bambous, les salariés et les bénévoles de l’association. Leurs témoignages pleins de conviction ont porté, puisque ce sont près de 100 nouveaux filleuls qui ont pu, grâce à de nouveaux parrains, prendre le chemin de l’école. Au total, plus de 2 285 personnes ont assisté au spectacle. Cette belle aventure n’aurait pas été possible sans l’aide des 99 bénévoles qui ont rejoint nos délégués pour l’organisation des 17 soirées ! Un grand merci à eux.

Vivant

Ambiance jeune

Naturel De beaux décors

Sincérité

Personnel...

Photos : J.-M. Gautier

© EdM

Simplicité

Émouvant

MAGAZINE

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Agir > Nos délégations AGENDA Samedi 5 février à 17h

PRÉSENTATIONDÉDICACE Librairie Doucet, avenue du Général de Gaulle Rendez-vous à la librairie Doucet : une présentation d’Enfants du Mékong, la force du don aura lieu avec Vincent Pieri, qui parlera de son livre et le dédicacera après la conférence. Contact : Joëlle Lehain Tél. : 02 43 86 96 08 delegation72@ enfantsdumekong.com MARSEILLE (13) Dimanche 6 février à 16h30

CONCERT Église Notre-Dame du Mont Le pianiste-conteur Édouard Exerjean fera vivre au piano un Impromptu musical et littéraire avec des fables de La Fontaine, des poèmes de Maurice Carême et de Jacques Prévert, sur des extraits de Beethoven, Mozart, Chopin, Debussy, Poulenc ou Érik Satie, dans le cadre de la Saison Musicale. Réservez vos places pour un concert exceptionnel, en vente également auprès du réseau Fnac et sur internet sur www.fnac.com Contact : Georges Robert Tél. : 04 91 41 48 29 delegation13@ enfantsdumekong.com PARIS (75007) Mardi 8 février à 20h

CONCERT Cathédrale des Invalides Concerto n°2 de Chopin et Sérénade de Tchaïkovski, avec Marc Laforet et l’Orchestre de chambre de la Nouvelle Europe, dirigé par Nicolas Krauze, dans le cadre de la Saison Musicale d’Enfants du Mékong. Contact : Didier Rochard Tél. : 06 60 40 48 14 delegation75@ enfantsdumekong.com GRENOBLE (38) Jeudi 10 février à 20h

DÎNER Restaurant Le Phnom Penh – 18, rue Thiers, parking

Venez nombreux au dîner de la délégation de l’Isère. Au programme, dîner asiatique, projection d’un film, échanges entre parrains. Ne manquez pas l’occasion de présenter à vos amis l’action d’Enfants du Mékong et invitez-les. Menu tout compris : 18 €. Réserv. Contact : Anne-Corinne Favre Tél. : 04 76 87 39 14 favrejc@free.fr VANNES (56) Samedi 12 février à 20h30

CONCERT Église Notre-Dame de Lourdes Dans le cadre de la Saison Musicale, le chœur d’hommes du pays vannetais se produira, sous la direction de Malgorzata Pleyber, au profit d’Enfants du Mékong. Tarif : 10 € par adulte, gratuit pour les enfants. Nous vous invitons à venir nombreux et à en parler autour de vous ! Contact : Hervé de Villeneuve Tél. : 06 12 90 03 68 delegation56@ enfantsdumekong.com CLAPIERS (34) Samedi 26 février à 20h

CONCERT Salle Georges Dezeuze l’Ostau, place Max Leenhardt

variétés, un buffet-goûter et la projection du film Vivre comme un enfant. Notre après-midi sera récréative mais aussi riche en informations passionnantes. Voilà l’occasion de découvrir Enfants du Mékong en famille ou avec vos amis. N’hésitez pas à les inviter ! Le nombre de places étant limité, merci d’adresser votre réservation accompagnée d’une participation de 10 € par adulte (chèque

places auprès de votre déléguée. Contact : Anne-Corinne Favre Tél. : 04 76 87 39 14 delegation38@ enfantsdumekong.com

à l’ordre d’Enfants du Mékong, à Lise Cassina – 12, allée Sudrot 93190 Livry-Gargan).

Présentation et animation autour du film de Xavier de Lauzanne sur la mission des volontaires d’Enfants du Mékong en Asie. Ne manquez pas l’occasion de présenter à vos amis votre action en faveur des enfants d’Asie au cours d’un goûter convivial après la projection. Invitez de futurs parrains ! Retenez vos places en vous renseignant auprès des délégués de Gérardmer.

Contact : Lise Cassina Tél. : 06 82 01 33 26 delegation93@ enfantsdumekong.com ENGHIEN-LES-BAINS (95) Vendredi 11 mars à 20h30

CONCERT Église Saint-Joseph Dans le cadre de la Saison Musicale d’Enfants du Mékong, venez assister au concert Porte des mondes, impro pour un baobab, avec Marc Vella au piano. Tarif adulte : 12 €, tarif réduit : 8 €. Réservez vos places dès maintenant. Contact : M.-C. Boismartel Tél. : 01 39 34 03 37 delegation95@ enfantsdumekong.com

Récital de violon et violoncelle par le duo Alexandre et Elena Dimitriev, dans le cadre de la Saison Musicale. Au programme : J.-S. Bach, L. Boccherini, R. Glière, F.-M. Veracini, G. Finzi et B. Bartok. Réservez vos places auprès de votre déléguée dès maintenant. Contact : Marie-Sylvie Achard Tél. : 04 67 59 40 12 delegation34@ enfantsdumekong.com

SEMALLE (61)

LIVRY-GARGAN (93)

GRENOBLE (38)

Dimanche 6 mars à partir de 14h

Jeudi 31 mars à 20h30

RENCONTRE DE PARRAINS

Salle Olivier Messiaen

Salle paroissiale de l’amitié – 5, rue Graffan La délégation de Seine-SaintDenis a le plaisir de vous convier à un après-midi d’animation. Nous vous proposerons un concert du groupe « Les Zaphones », qui interprète, avec fantaisie et talent, des chansons de

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Mardi 22 mars et mercredi 23 mars de 10h à 19h

VENTE DE SOIERIES La Cour Vente privée de Soieries du Mékong chez Mme Stanislas d’Argentré. Contact : Chantal Jousset Tél : 06 22 21 17 43 et 02 33 28 15 54 delegation61@ enfantsdumekong.com

CONCERT Dans le cadre de la Saison Musicale d’Enfants du Mékong à Grenoble, c’est le violoncelliste Jonas Bouaniche et le pianiste Valentin Cotton qui interpréteront un récital pour violoncelle et piano sur des airs de Bach, Beethoven, Schumann, Debussy. Tarif : 12 €, tarif réduit 10 €. Réservez dès maintenant vos

GÉRARDMER (88) Dimanche 3 avril à 17h précises

APRÈS-MIDI PROJECTION Église de Gérardmer

ÉCHOS

DÉLÉGATION 37

VENTE DE NOËL À TOURS

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omme chaque année, une grande vente de Noël a eu lieu à Tours le dernier week-end de novembre. Cette année encore, elle a remporté un franc succès. Depuis maintenant 15 ans, cette vente de la délégation de Tours récolte en moyenne 20 000 € de bénéfices, en se basant sur le travail annuel de parrains très investis ! On y trouve une douzaine de stands : stand de 200 poupées récupérées et « rhabillées » par les mains d’une tricoteuse experte, stand de déguisements par une équipe de 12 personnes qui cousent de 120 à 130 déguisements pour enfants tout au long de l’année, stand de brocante, stand de bricolage-cartonnage avec citrouilles décorées, pommes

Contact : M. et G. Madre Tél. : 03 29 65 91 96 delegation88@ enfantsdumekong.com TOULOUSE (31) Tous les vendredis de 20h à 22h

ENTRAÎNEMENT SEPAK TAKRAW (TAKOR) Gymnase Maurice Bécanne, rue T. Rivière (Fontaine-Lestang) Sous la houlette du très professionnel Alexandre Mounsaveng, venez vous initier à ce sport typiquement asiatique. Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr

Retrouvez en détail l’agenda des délégués sur notre site internet : www.enfantsdumekong.com

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LE MANS (72)

de pin et couronnes décoratives, stand de boîtes à cigares recouvertes de tissu, stand de layette, stand de livres avec les éditions du Triomphe, stand de bijoux, écharpes et petites pochettes, stand de vaisselle, stand de bricolage, stand de fromages et stand d’alimentation où se vendent pâtés de sanglier faits maison, gâteaux au chocolat ou au café, confitures, très bon riz, lentilles ou noix selon les années. Sans oublier le salon de thérestaurant installé là pour deux jours. Gérald Bruley des Varannes, délégué de Tours, est à la disposition de ceux qui souhaiteraient des précisions pour faire partager son expérience et susciter des vocations ! Contact : Gérald Bruley des Varannes Tél. : 02 47 52 70 14 – delegation37@ enfantsdumekong.com

MAGAZINE


> Courrier

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THAÏLANDE Une petite main qui prend la vôtre au hasard d’un chemin, un regard pétillant qui se plonge dans le vôtre, un T-shirt usé jusqu’à la corde et sale sous l’uniforme impeccable de l’école... Voilà qui fait chavirer le cœur autant que ça le remplit et donne tout son sens à notre présence ici. On pensait leur apprendre des choses, et pour le moment ce sont tous ces enfants qui sont les guides de notre vie. Que ce soit à Om Pai de manière plus quotidienne ou dans les différents foyers et camps de réfugiés birmans où nous nous rendons par passage de deux-trois jours pour rencontrer les enfants parrainés, nous sommes sans cesse impressionnés par leur courage et leur dignité. On essaie juste d’être à la hauteur de leur sourire et de leur confiance innocente, et on se sent tellement petits tout d’un coup. Comme pour tout le monde, certains matins sont plus difficiles que d’autres, mais il nous suffit d’un éclat de rire dont ils ont le secret pour nous regonfler à bloc. On a envie de tout donner, de se donner… On sait qu’on est un tout petit plus à un tout petit moment de leur vie, mais on va essayer de l’être à fond. Et on se sent tellement privilégiés d’avoir la chance de vivre à leurs côtés. Merci à vous chers parrains, famille et amis, d’être derrière nous dans cette aventure... ■ Pierre-Antoine et Marion Fourrier, volontaires Bambous à Om Pai (Thaïlande)

VIETNAM CAMBODGE THAÏLANDE LAOS

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CORRESPONDANCE

J’entretenais jusqu’à présent une correspondance avec mon filleul, mais depuis qu’il est parti étudier au lycée, j’ai très peu de nouvelles. Je ne sais même pas s’il reçoit les courriers que je continue à lui envoyer. Je suis déçue. Marie-Odile, Dunkerque Grâce à votre soutien financier et moral, votre filleul a eu la chance de poursuivre sa scolarité après le collège et il fait aujourd’hui partie des rares jeunes de son village à avoir atteint cet objectif. Il vit désormais à plusieurs centaines de kilomètres de son domicile.Vos lettres lui sont toujours envoyées à l’adresse du programme dont il dépend et son responsable les lui transfère dès qu’il le peut. Mais le chemin de ces lettres est désormais plus long, d’où un tel décalage. Et puis votre filleul n’était peut-être pas habitué à écrire seul. Dans ce cas, les rappels de son responsable de programme peuvent lui manquer. Mais n’hésitez pas à continuer de lui écrire ! Dans la situation où il se trouve, vos lettres lui seront un soutien précieux.■

Vous pouvez nous adresser vos courriers au 5, rue de la Comète 92600 Asnières, en mentionnant « Courrier des lecteurs », ou par e-mail : magazine@enfantsdumekong.com

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Découvrir > Chronique d’Asie

Good morning, Vientiane La capitale du Laos, qui a fêté en 2010 les 450 ans de sa fondation, mise comme son pays sur le changement sans bouleversements. Texte et photos : Geoffroy Caillet

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algré le soleil brûlant, les engins de chantier qui bitument et aplanissent la route bordant le Mékong ne cessent d’attirer les promeneurs. Pour eux, tout l’enjeu est d’assouvir leur curiosité sans abandonner leurs tongs au goudron fumant. Armés de parapluies convertis en ombrelles, deux bonzes relèvent comiquement leur robe safran. Une mère empoigne ses fils pour franchir l’obstacle. Tendu au-dessus d’eux, le bras du roi Anouvong semble bénir à la fois ses compatriotes et le groupe de touristes coréens qui s’est laissé vendre une visite à cette nouvelle statue.

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Une statue symbole Une nouveauté à Vientiane, on nous la baille belle. La belle endormie, l’indolente du Mékong, la capitale à tête de sous-préfecture dont on l’a toujours accablée se serait donc décidée à bouger ? Le premier constat du visiteur de retour à Vientiane, c’est la disparition d’une partie des gargotes légendaires où Laotiens et touristes venaient boire une Beerlao au coucher du soleil. À leur place, une vaste esplanade aménagée en jardin entoure le piédestal où se dresse la statue de huit mètres de haut. Un monument qui cumule les symboles.

D’abord le choix du roi Anouvong, combattant malheureux mais acharné des Siamois au début du XIXe siècle et véritable héros national. Une distinction que le gouvernement communiste n’a jamais remise en cause, comme le prouve cette réalisation phare de la célébration des 450 ans de Vientiane. Et puis sa position, résolument tournée vers la rive thaïlandaise, de l’autre côté du Mékong. À bien y regarder, son bras droit ne bénit pas, il défie. Et le gauche tient une épée – encore au fourreau. Qui défie-t-il, peut-on se demander compte tenu de la faiblesse séculaire du Laos. L’explication officielle souligne que le pays a, comme hier, besoin d’un homme fort à sa tête. Mais la propagande pour le parti communiste laotien ne suffit pas à épuiser le sens de cette œuvre grandiose. Aujourd’hui, c’est à trois voisins aussi puissants qu’envahissants que doit faire face l’ancien royaume de Lane Xang : la Thaïlande, où nombre de Laotiens ont désormais pris leurs habitudes économiques, sociales et culturelles (cf. p. 10-11), le Vietnam, grand frère politique du Laos, et la Chine, sa rivale dans la course aux ressources naturelles du pays. Pour l’heure, c’est elle qui détient la plus grande force de frappe. Investissements forestiers et miniers, banques et centres commerciaux, prêts et aides financières de toute sorte pleuvent sur le Laos. Et si la statue d’Anouvong correspondait à une prise de conscience des dirigeants laotiens ? À une MAGAZINE


mise en garde même symbolique contre les tentatives de dépeçage de leur pays ?

Fast-food contre riz gluant C’est ce qui vient à l’esprit en arpentant les rues de Vientiane, encore parées des banderoles et drapeaux de l’anniversaire de la ville, fêté en grande pompe au mois de novembre. Des rues poussiéreuses comme une ville de western, malgré les efforts de bitumage. Mais une ville qui louche précisément de plus en plus sur le monde occidental. À Vientiane, le tourisme auquel le Laos s’est converti depuis sa réouverture en 1989 dicte désormais les règles. Impensables il y a encore cinq ans, les enseignes proposant hamburgers, frites et pizzas pullulent désormais. Si Mc Donald’s manque encore à l’appel, c’est que dans sa conversion ultra-rapide à la globalisation gastronomique, le Laos se contente facilement de produits de substitution. Un coup d’œil suffit à débusquer les chaînes thaïlandaises derrière l’imitation des standards américains. Cette révolution n’est pas seulement destinée aux 2 millions de touristes annuels. Pour beaucoup des 800 000 habitants de Vientiane aussi, le mode d’alimentation a changé. Ici, les nouilles express et le riz blanc, plus rapide à cuire, remplacent souvent le traditionnel riz gluant, nourriture rurale par excellence. Pour les nombreux employés des compagnies de service de la capitale, le choix

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est vite vu. Si l’on considère que les ravages de la malbouffe incitent aujourd’hui les pays développés à faire machine arrière, on peine à voir dans cette ouverture du Laos au monde moderne un motif de réjouissance. D’autant que le décollage économique du pays n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Modernité à petits pas Loin de ces préoccupations, les jeunes Laotiens branchés n’ont pas abandonné aux touristes le monopole des nouveautés. Cheveux gominés et teints, jeans slim et bracelets multicolores, ils se retrouvent eux aussi aux terrasses des cafés à la mode. La nuit, ils dansent dans les boîtes de Vientiane au son de la

Avec sa fulgurante modernité et ses antiquités durables, Vientiane a de quoi surprendre. variété thaïlandaise. Fils de membres du gouvernement, de hauts fonctionnaires ou de riches négociants sino-laotiens, ils ont accueilli avec enthousiasme l’ouverture du premier centre commercial moderne de la capitale en 2007. Le Talat Sao, voisin du marché historique de Vientiane, fait pourtant pâle figure à côté des malls gigantesques de Bangkok. Les boutiques y sont encore modestes et sentent plus le bazar que les magasins tendance. Mais une nouvelle société de consommation est bel et bien en marche et l’extension prévue cette année comportera deux salles de cinéma – les seules de la ville avec celles de l’immense supermarché Tang Frères.

Signe de la volonté du gouvernement de faire de Vientiane une vitrine économique et culturelle, les grands changements se sont opérés depuis dix ans au gré des sommets internationaux. En 2004, celui de l’Asean a vu surgir de terre le terrifiant Don Chan Palace, l’hôtel le plus haut de la ville avec sa quinzaine d’étages. La capitale s’est aussi dotée de feux tricolores et de signalisation. La 23e Conférence ministérielle de la francophonie de 2007 a débouché sur l’apparition des noms de rues et sur la restauration de demeures coloniales. En 2009, les SEA Games ont doté la ville d’installations sportives d’envergure (cf. EdM n°160). À Vientiane, tout va vite. Trop, parfois. Construit par un groupe malaisien, le Don Chan est aujourd’hui presque toujours désert et l’îlot sur lequel il est bâti s’enfoncerait sous son poids. Surtout, les concessions de terrains à des promoteurs chinois ou vietnamiens, y compris dans des zones classées, tirent la ville du côté d’une urbanisation anarchique.

Royauté et communisme Avec sa fulgurante modernité et ses antiquités durables, Vientiane a de quoi surprendre. En remontant l’avenue Lane Xang, le flot des voitures contraste avec la modestie du parc automobile du début des années 2000. Depuis le palais présidentiel, la succession des pagodes, marchés et bâtiments publics est éloquente. Certains ministères se sont installés dans des maisons de l’époque coloniale, d’autres dans des constructions modernes de style socialiste, dont les façades arborent le double drapeau laotien et communiste. Tout en haut de Lane Xang, le Patuxai, l’arc de triomphe local, ferme la perspective. Plus loin, les faîtages dorés du That Luang, monument bouddhique du XVIe siècle, brillent comme hier de tous leurs feux. À l’entrée trône la statue d’un autre roi, Setthathirat, vainqueur des Birmans en 1570. Ainsi blottie à l’ombre de son histoire, la ville dégage une impression tenace, dont on ne sait s’il faut la redouter ou s’en réjouir. Celle que, à Vientiane, tout bouge mais rien ne change. ■ N°166 ❚ JANVIER - FÉVRIER 2011 ❚ 21


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on a aimé

à ne pas manquer

L’Ombre du passé Jean Tu Tri

Éd. L’Harmattan, 244 p., 22 €

Ce recueil de nouvelles raconte douze vies différentes de Vietnamiens à travers un siècle. Il permet au lecteur de suivre l’évolution d’un pays en mutation à travers les vicissitudes de son histoire mouvementée : guerres, révolutions, bouleversements politiques et sociaux. Tous ces événements ont exercé une profonde influence sur la vie et la mentalité vietnamiennes. Cependant, les traditions et la culture du pays forment encore un fond vivace pour guider l’attitude de tout Vietnamien, qu’il vive chez lui ou en exil à l’étranger.

Mémoires de la Cité interdite Dan Shi et Jin Yi

Éd. Picquier, 242 p. et 194 p., 15,50 €

Avec Mémoires d’un eunuque dans la Cité interdite et Mémoires d’une dame de cour dans la Cité interdite, les éditions Picquier nous présentent un diptyque homogène sur les mœurs de la famille impériale. Le premier, rédigé sous la forme d’un roman par le grand historien spécialiste de la dynastie Qing, Dan Shi, raconte l’histoire de Yu Chunhe, eunuque enfermé pendant 18 ans dans la Cité interdite. Ses mémoires romancés constituent une mine de révélations sur le quotidien et l’existence d’une caste chinoise méconnue : les castrats. Mémoires d’une dame de cour relève d’un registre différent. C’est l’histoire contrastée de He Rong, mariée au sortir de l’enfance à un eunuque et qui servira notamment l’impératrice Cixi. Très descriptif, ce second ouvrage se révèle parfois un peu rébarbatif. On préférera le premier.

Le Même Soleil (Indochine 1945-1954)

Sean Flynn, l’instinct de l’aventure

Éd. Le bec en l’air, 176 p., 31,90 €

Éd. du Rocher, 150 p., 16,90 €

Ils sont légion, ceux que l’on aura appelé les « Asiates », souvent méprisés par l’opinion occidentale, traités d’idéalistes, d’impérialistes... Raoul Coutard, connu pour ses fonctions de directeur de la photographie et de réalisateur, est de ceux-là, qui « fît l’Indo » en tant que reporter-photographe pour Paris-Match, Life ou Radar. Le Même Soleil rassemble des photographies inédites et – chose rare pour l’époque – en couleur, prises par Raoul Coutard à l’occasion de différents séjours auprès de minorités ethniques indochinoises. Un regard subtil et précieux sur ces populations qui n’ont jamais cessé d’être écartées de la « grande histoire » de l’Indochine.

C’est à la croisée de deux destins tourmentés que nous emmène le livre de Philippe Lombard : celui d’un play-boy d’Hollywood en mal d’aventure et celui du Sud-Est asiatique de l’après-décolonisation. Tombé aux mains des Viêt-congs le 6 avril 1970 près de Phnom Penh alors qu’il couvrait la guerre du Vietnam comme reporter-photographe, Sean Flynn fut vraisemblablement livré aux Khmers rouges et exécuté par eux l’année suivante. Après avoir passé les 30 années de sa vie à tenter de se faire un prénom. Né du mariage orageux d’une légende d’Hollywood, Errol Flynn, et de l’actrice française Lili Damita, exmeneuse de revue au Casino de Paris, il s’était d’abord lancé dans le cinéma pour gagner son indépendance. En fait d’Hollywood, c’est la série B européenne qui lui offre ses rôles. En 1962, des producteurs italo-espagnols s’empressent de concocter pour lui un Fils du capitaine Blood destiné à exploiter le souvenir du rôle tenu par Errol Flynn 25 ans plus tôt. Sept autres petits films d’aventure suivent, où sa décontraction de beau gosse sympathique ne suffit pas à masquer son manque de conviction ni à conjurer l’ombre de son père, décédé en 1959. Sean cherche sa voie. Tueur de tigre au Pakistan, guide de safari en Tanzanie, il devient en 1966 correspondant de Paris-Match au Vietnam. Aux côtés des troupes américaines, il est fasciné et révulsé par ce qu’il voit. Après un dernier film, quelques clichés de la guerre des Six-Jours au Moyen-Orient, des séjours à Paris et aux États-Unis, il retourne en Asie. Sa quête erratique traduit une quête intérieure. Il passe sept mois en Indonésie, étudie le bouddhisme. Puis repart à Saigon. Au nom de l’info. Comme toutes les destinées tragiques, celle de cet autre James Dean a été source d’inspiration : Jean Lartéguy pour son Enquête sur un crucifié, Francis Coppola pour le personnage de journaliste d’Apocalypse Now, les Clash pour leur chanson homonyme… Bien documenté, ce premier livre en français consacré à Sean Flynn retrace par le menu son histoire et sa personnalité attachante en s’appuyant efficacement sur les témoignages de ceux qui l’ont connu. À un ami qui tentait de le dissuader d’accomplir son ultime reportage, Sean avait répondu : « Je sais que c’est dangereux. Mais c’est ce qui en fait un bon sujet. » Loin d’une réplique d’acteur, un mot d’authentique journaliste. ■ G.C.

Raoul Coutard

Mon destin

Singto Na Champassak Éd. L’Harmattan, 280 p., 27 €

Singto Na Champassak est un jeune lieutenant fraîchement sorti de Saint-Cyr lorsqu’il retourne dans son pays natal, le Laos, en juillet 1970. Tout bascule avec l’avènement du gouvernement communiste en avril 1975. Na Champassak passe quatre ans en camp de détention dans la région d’Attapeu, puis s’évade et gagne la France comme réfugié. Il servira ensuite comme officier dans l’armée française. Un témoignage minutieux sur les heures tragiques vécues par le Laos des années 70, victime collatérale de la guerre du Vietnam et cible de la révolution communiste.

HORS-SÉRIE LE BOUDDHISME AU LAOS À TRAVERS LA PHILATÉLIE Capitaine Henri Achard et Philippe Drillien Publié par l’AICPTL (Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos), ce hors-série reproduit le texte d’une conférence de 1959 du capitaine Henri Achard sur le bouddhisme laotien. Les illustrations sont tirées du riche patrimoine philatélique du Laos. Disponible en version numérique (6 € TTC) ou en version papier (noir et blanc, 15 € TTC). Adresser chèque bancaire ou postal à Philippe Drillien, Le Prainet, 71240 Jugy, ou paiement par PayPal (ajouter 6% de frais) à philippedrillien@yahoo.com.

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Philippe Lombard

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Découvrir > Rencontre

« Je suis un très mauvais touriste » Avec 20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités, Éric Lobo signe un ouvrage photographique exceptionnel. Rencontre avec un photographeethnologue de talent. Par Jean-Matthieu Gautier

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© J.-M. Gautier

ric Lobo est-il un aventurier ? Le terme est aujourd’hui vide de sens, mais si l’on se pose la question… Rendezvous place des Ternes où il a « gardé un bureau » – Éric Lobo vit dans le sud de la France. Veste en velours et foulard de soie convenablement noué autour d’un cou rasé de près, bien peigné, souriant : c’est un dandy se dit-on, il y a tromperie sur la marchandise. Ce monsieur-là n’a rien du photographe aventurier qu’il prétend être, qui vient de boucler un tour du monde en Harley-Davidson et a publié plus de sept livres sur ses pérégrinations autour du monde, principalement en Asie. Plus encore, l’homme est disert, et son accent de cigale et de lavande, l’espèce d’emphase qu’il met à narrer ses histoires – ne s’en raconterait-il pas à lui-même ? – contribuent à nous faire douter. Les faits sont pourtant là. Le livre 20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités posé en évidence sur la table l’atteste,

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avec deux ou trois renseignements glanés ici et là : Éric Lobo mérite sans doute l’épithète d’aventurier, mais il est déjà un aventurier d’un autre genre, un brin passé. Un côté tête brûlée. Un air désabusé de type qui s’en fout et en a vu bien d’autres. Il appartient à la génération des Indiana Jones et des Crocodile Dundee. On le présente d’ailleurs comme « photographeethnologue », et manifestement ces deux étiquettes lui conviennent plutôt bien.

Ce qu’il semble préférer : braver l’interdit. Accident de parcours Son premier contact avec l’Asie date de 1988, au nord de l’Inde, où il se rend en simple touriste. Il est alors consultant chez Auguste-Thouard et s’est offert un premier Leica assorti de quelques optiques. Sa passion de la photo relève de l’heureux accident de parcours : un attrait pour la peinture et le dessin frustré par le manque d’espace lorsqu’il arrive à Paris pour ses études. Au Cachemire, les musulmans entament une énième lutte pour l’autonomie du Cachemire indien. Éric Lobo est là avec ses Leica : le bon endroit, le bon moment, ces circons-

tances qui font le reporter-photographe. L’agence Gamma achète ses photos, c’est son premier voyage. Suivront quelques autres, au Tibet notamment, un Tibet qui n’est plus vraiment vierge mais déjà en partie interdit. De là, son chemin s’est tracé de luimême, assez naturellement. D’abord la Birmanie – pas seulement touristique, car deux ou trois expéditions dans les États shan et karen avec Médecins sans Frontières lui permettent d’accomplir ce qu’il semble préférer : braver l’interdit. La réalisation d’un reportage sur les « bûcherons-pêcheurs » du lac Nam-Ngun, au Laos, s’inscrit dans cette veine : « Je suis un très mauvais touriste », dit-il avec sérieux. Les abords du lac sont interdits mais « on s’arrange ». Une partie de chasse au silure, un gros poisson de plus d’un mètre, kalachnikov au poing avec les gardiens du site, suffit à faire de ceux-ci des copains-complices : le tour est joué.

Désirs d’échappée belle Quelques mois plus tard, Éric Lobo se marie et part en voyage de noces au Vietnam. Très joli pays qui le séduit mais ne suffit pas à combler ses désirs d’échappée belle. À Saigon, il se laisse complaisamment embobiner par un revendeur de pierres volées sur le site d’Angkor, il décide de s’y rendre, non pour voler des pierres mais pour faire des photos : il n’est pas un collectionneur, qu’on se le dise. Les balles sifflent, les obus dégringolent d’un ciel diaphane, tout va bien. Éric Lobo s’amuse, jusqu’au jour où il ramasse un blessé sur la route de Battambang. Il lui faudra beaucoup insister pour que ses guides acceptent de porter le blessé dans la jeep. L’expérience est rude, marquante, mais ne l’empêche pas de poursuivre sa route sac au dos et Leica en bandoulière vers l’Indonésie et les Papous – largement mis à l’honneur dans son livre. ■ 20 000 kilomètres à travers l’Asie des minorités Éd. Romain Pages, 356 p., 34,50 €

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Enfants du Mékong Magazine n°166