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Enfants du Mékong N°164 SEPTEMBREOCTOBRE 2010 2,40 €

MAGAZINE

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L ’ E N F A N C E

VIETNAM Le prix de la croissance

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A S I A T I Q U E

www.enfantsdumekong.com


> Sommaire n°164

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Éditorial « C’est normal de donner »

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Points chauds Birmanie Partir ou le rêve des jeunes Birmans

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Élections sous clé

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Regards sur l’Asie Asie du Sud-Est En bref 8 Philippines Quand les bidonvilles brûlent 9 Cambodge Lim Vannak, conseiller en estime de soi

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Vietnam Les enjeux de la croissance

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Agir En direct Bénévolat Devenez « animateur

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Écoliers solidaires » !

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Événements Tournée Bambou 2010

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Saison Musicale 2010-2011 18 19

Découvrir Chronique d’Asie Coqs en stock Livres, expositions

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Rédaction MAGAZINE 5, rue de la Comète 92600 Asnières-sur-Seine • Tél. : 01 47 91 00 84 • Fax : 01 47 33 40 44 • Fondateur René Péchard (†) • Directeur de la publication François Foucart • Rédacteur en chef Geoffroy Caillet • Rédacteur Jean-Matthieu Gautier • Couverture En Birmanie © T. Alisier Maquette Florence Vandermarlière • Impression Éditions C.L.D. 31, rue Mirabeau 37000 Tours • Tél. : 02 47 28 20 68 • I.S.S.N. : 0222-6375 Commission Paritaire n° 1111G80989 • Dépôt légal n° 910514 • Tirage du n° 164 : 26 000 exemplaires • Publication bimestrielle éditée par l’association Enfants du Mékong • Président François Foucart • Présidente d’honneur Françoise Texier • Directeur général Yves Meaudre Abonnement (1 an, 5 numéros) : 12 euros

© J.-M. Gautier

Nos délégations Agenda Courrier


> Éditorial

« C’est normal de donner » I

l est arrivé que des amis, des parrains, me fassent cette réflexion : « Puisque des pays d’Asie deviennent des pays “ émergents ”, votre action se justifiet-elle encore autant ? » Question subsidiaire : « Trouvez-vous toujours des parrains ? » Je voudrais dire d’abord que si certains pays où nous agissons ont commencé à bouger (le Vietnam surtout, avec une croissance annuelle de 6%, mais aussi dans une moindre mesure le Cambodge), le développement paraît spectaculaire là où il se voit, c’est-à-dire dans les villes. À cet égard, nous sommes fiers de la construction du Centre Docteur Christophe Mérieux à Phnom Penh. Cependant, la plupart des populations concernées, d’abord rurales, et aussi les minorités, demeurent dans une grande misère et c’est là que nous intervenons. Bien des parrains en visite sont effarés de la pauvreté qu’ils découvrent. Notre mission est d’être avec ceux que l’« émergence » laisse de côté. J’ajoute que nous aidons les enfants, les étudiants, les familles, mais que nous ne cautionnons pas les régimes politiques en place, quels qu’ils soient. Nous sommes trop conscients de la maladie qui ronge ces pays et qui s’appelle la corruption. Quant aux parrainages, oui, il nous faut sans cesse vous solliciter, frapper aux portes, parce qu’il faut toujours pallier les quelques défaillances et départs (décès), mais aussi parce que les besoins sont plus grands que jamais. Et puis il y a quand même la fameuse crise qui pèse : chômage, inquiétude pour l’avenir. Cependant, d’une part nous avons un très solide « fonds » de parrains généreux et fidèles, d’autre part et dans l’optique de notre campagne – qui a du succès – « Devenez un ange gardien », nous cherchons toujours de nouveaux parrains, notamment dans la jeune génération qui pourtant a souvent de lourdes charges. Naguère, donner c’était un simple geste du cœur, un petit plus dans un budget. Aujourd’hui cette jeune génération dit – et c’est très beau : « C’est normal de donner ». Mais elle est très soucieuse du sérieux, de l’efficacité des associations. Tant mieux, car nous ne demandons que cela, mais une fois encore à tous, tous les parrains, merci, en rappelant cette phrase de Raoul Follereau : « Le bonheur est la seule chose qu’on soit certain d’avoir lorsqu’on l’a donné. » ■ François Foucart Président d’Enfants du Mékong

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Points chauds > Birmanie

PARTIR (4/4)

Partir ou le rêve des jeunes Birmans Mékong

BH. INDE

200 Km

CHINE

B.

BIRMANIE

LAOS THAÏLANDE

Naypyidaw Rangoun

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La contestation, les jeunes Birmans ne savent pas ce que c’est. La politique ? Pas beaucoup plus. Leur rêve ? Partir faire des études à l’étranger, partir trouver du travail à l’étranger, partir tout court. Texte et photos : Jean-Matthieu Gautier

B

o et ses amis appartiennent à cette génération née avec internet et le hip-hop mais qui n’a pas encore intégré les mots « démocratie » et « liberté » à son vocabulaire. Pour eux qui n’ont d’autres « modèles » que la junte au pouvoir, Aung San Suu Kyi est une vieille dame très courageuse mais muselée et à l’influence désormais émoussée. Souvent, le dimanche, le groupe se retrouve sous l’auvent de la petite maison des parents de Win, l’un des garçons. Une maison on ne saurait plus vieillotte et branlante. La route pour s’y rendre passe devant le lac Inya, au bord duquel vit « la Dame », devant l’ancienne université de Rangoun – un amas de béton sans vie depuis que les généraux, par crainte de rébellions étudiantes comme celle de 1988, ont décidé de la délocaliser à environ une heure du centre ville –, devant l’aéroport international et le golf, qui offrent tous deux un brillant contraste avec la banlieue où se terre le Q.G. de ces jeunes : « On ne peut pas toujours se retrouver dans les tea-shops ou dans les bars, c’est trop cher et la majorité d’entre nous est au chômage », ironise Honey en singeant une moue désolée mais comique. Honey, 21 ans – « c’est un surnom », tient-elle à préciser, aime par-dessus tout se rendre à des concerts, à la plage le 4 ❚ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

week-end, et sortir dans les endroits branchés de Rangoun fréquentés le plus souvent par les fils de nantis de l’ancienne capitale, les fils de militaires. Soigneusement maquillée, cheveux lâchés, elle porte un short anecdotique et s’en excuse : « Le reste du temps, je porte le longhy, la jupepantalon des Birmans. » « Ridicule ! », la


coupe Bo à sa gauche. « Ce vêtement vieillot est affreux ! » Et d’expliquer pourquoi, selon elle, le longhy serait en outre un symbole de la soumission aux traditions dont se nourrit le régime. « C’est parce que nous autres, jeunes Birmans, sommes trop respectueux des valeurs de nos aînés et des valeurs bouddhistes que nous n’arrivons pas à faire avancer les choses », lance-t-elle sur un ton de révolte. Bo se définit elle-même comme quelqu’un de « très libre, très entière, très ouverte dans [sa] façon de penser, de parler et d’agir… au contraire de [ses] amis ».

Cours sur internet Win pourrait être une exception parmi ceux-ci. Win, qui tue le temps à lire toutes sortes de livres (avec une nette

préférence pour les biographies ou les ouvrages consacrés à des personnages célèbres) pour occuper ses journées et faire mentir les statistiques voulant que les jeunes Birmans ne lisent plus, a en poche un diplôme d’économie de la nouvelle université de Rangoun. « Le problème, lâche-t-il un brin amer, c’est qu’avoir fait des études ne suffit pas dans notre pays, où peu d’employeurs recon-

naissent les diplômes décernés par les universités d’État. » Aujourd’hui, Win est donc au chômage parce que, expliquet-il, contrairement à ses amis Honey et Bo, il n’a pas eu la possibilité de partir à l’étranger pour étudier. Partir suppose d’avoir de l’argent. Passeport, billet d’avion, passeur, logement, frais de scolarité… Les sommes à avancer s’avèrent rédhibitoires la plupart du temps.

« Le problème, c’est qu’avoir fait des études ne suffit pas : peu d’employeurs reconnaissent les diplômes décernés par les universités d’État. » Avant d’intégrer la célèbre université Thammasat de Bangkok, Bo a suivi des cours en parallèle sur le site internet du consulat anglais de Rangoun. « Tous les jours, pendant deux ans, en rentrant de la fac je m’arrêtais au cybercafé. J’ai beaucoup, beaucoup étudié », insiste-telle. Sans ce passage obligé, son dossier n’aurait jamais été validé. Plutôt douée en anglais, elle s’est ensuite improvisée guide touristique, épargnant suffisamment pour payer son billet d’avion. « Quant au reste, je dois reconnaître que mes parents m’ont beaucoup aidée. » Revenue en Birmanie il y a un an, elle gagne aujourd’hui près de 200 dollars par mois, un salaire honorable qui lui permet, comme Honey, de vivre sur un pied que n’atteignent pas leurs autres amis. Malgré cela elle rêve toujours de partir s’installer à Singapour, où l’attend un ami.

« C’est ainsi » Singapour… Su, 24 ans, en est revenu il y a un mois. Après des semaines à « squatter » chez un lointain cousin en attendant de trouver du travail, il a fini par jeter l’éponge : « Parfois, même à Singapour, tu as beau insister, ça ne marche pas. » Il dit ensuite que cela n’a pas d’importance et qu’il vient de trouver un embarquement sur l’un des ces cargos dégoulinants de rouille que l’on N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 5


Points chauds > Birmanie GÉNÉRATION 88 « J’ai dû arrêter mes études en 1987, au cours de ma deuxième année d’économie. Notre université a été fermée à la suite des mobilisations étudiantes contre la loi sur la démonétisation du général Ne Win. Ce dernier avait supprimé du jour au lendemain les principaux billets de banque en circulation et la population a ainsi perdu la plupart de ses économies. La situation était catastrophique (…). Durant l’été 1988, des manifestations ont eu lieu à travers tout le pays (…). Je me souviens parfaitement du 9 août 1988. J’étais dans la foule quand les soldats ont tiré sur nous. » Zaw Htan, ancien prisonnier politique exilé en Thaïlande, dans Birmanie, rêves sous surveillance, éd. Autrement.

voit paresser dans l’embouchure de la Yangon River. Le travail sera dur, il le sait, tout comme il a conscience qu’il ne verra plus souvent sa famille et ses amis, « mais c’est ainsi », conclut-il en relevant brusquement la tête. Dans son regard, le reflet de ces promesses mirobolantes qu’on pouvait lire autrefois sur les affiches de recrutement invitant les jeunes gens à s’engager dans la marine marchande ou de guerre. En voilà au moins un dont on peut dire qu’il est tiré d’affaire…

Il faut partir… Si les jeunes issus de milieux à peu près aisés envisagent le plus souvent leur expatriation de manière temporaire – où il s’agit avant tout de poursuivre des études qui permettront de pallier, voire de dépasser le niveau déplorable du système éducatif birman –, les plus pauvres sont bien davantage dans une logique de survie. « Et pourtant nous aimons notre pays, enchaîne Win d’une voix posée. Nous l’aimons mais nous ne sommes pas dupes, il n’y a pas d’espoir ici pour nous. Trop de sujets sont tabous,

Face aux angoisses suscitées par leur avenir, les jeunes se tournent bien souvent vers l’astrologie, une pratique très courante en Birmanie.

trop de corruption gangrène nos institutions… » Grâce à internet (autorisé depuis 2001 mais toujours étroitement surveillé), la jeunesse birmane d’aujourd’hui – fille des étudiants sacrifiés de 1988 aux espoirs en lambeaux – voit s’épanouir hors de ses frontières une jeunesse qui l’interpelle. Un monde qu’elle devine avec autant de crainte que d’envie a donné naissance à une jeunesse tout aussi ordinaire, rêveuse et dynamique qu’elle-même, mais qui se distingue par ce simple trait : elle semble avoir le droit d’être jeune, elle. Le plus étrange alors est ce sentiment d’inéluctable et

Grâce à internet, la jeunesse birmane voit s’épanouir hors de ses frontières une jeunesse qui l’interpelle. de résignation que l’on devine dans les tons et les regards de ces jeunes Birmans désabusés. Il faut partir, semble clamer à l’unisson cette génération qui entend se démarquer de la fameuse génération 88 mais qui ne s’est pas encore trouvé de but ni de définition et ne voit pas l’intérêt de lutter – en témoignent les manifestations de 2006 rapidement étouffées. Partir, donc, « anywhere out of the world », mais partir, vaille que vaille et coûte que coûte, c’est leur seule solution. ■ * « N’importe où hors du monde », titre d’un poème de Charles Baudelaire.

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Entre respect des traditions et émancipation progressive, les jeunes Birmans se sentent de plus en plus en décalage avec leurs aînés.

› Élections sous clé L

’annonce d’élections – les premières depuis vingt ans – en Birmanie aurait pu constituer en soi une bonne nouvelle. La préparation du scrutin fixé au 7 novembre empêche pourtant toute réjouissance. Dès mars, la junte édictait un premier règlement interdisant aux partis d’admettre dans leurs rangs un prisonnier politique, une mesure qui visait directement Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont la large victoire aux élections de 1990 n’a jamais été reconnue par les généraux

MAGAZINE

Par Geoffroy Caillet

birmans. Pour ne pas avoir à exclure son leader emblématique, la LND a été contrainte à la dissolution. Parmi les quarante formations, représentant surtout des groupes ethniques, qui restent sur les rangs, la Force nationale démocratique (NDF) regroupe plusieurs anciens cadres de la LND. Mais privée d’Aung San Suu Kyi et bridée par la nouvelle série de mesures annoncées par la junte le 19 août, ses chances de succès restent extrêmement limitées. Les généraux ont en effet tout calculé pour empêcher

l’opposition de renouveler son succès : au nom de la « sécurité », drapeaux, slogans, déclarations « salissant l’image de l’État » sont proscrits et toute manifestation soumise à autorisation. Le risque est grand désormais que le « renouvellement » des élus à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les 14 assemblées régionales n’en ait que le nom. À un mois du scrutin, personne ne croit en tout cas aux élections « libres et honnêtes » recommandées par Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies. ■

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Regards sur l’Asie > Asie du Sud-Est

© G. Caillet

Près de Phnom Penh, une famille coud chez elle des chutes de tissu récupérées à l’usine où elle travaille.

Le textile cambodgien en grève g

CAMBODGE Mé

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Bangkok

LAOS

Golfe Phnom Penh de Thaïlande ©idé

VIETNAM 100 Km

L

es revendications sporadiques qui agitent l’industrie textile cambodgienne ont pris une nouvelle tournure depuis le 27 juillet, lorsqu’une grève suivie par 3 000 ouvrières d’une usine proche de Phnom Penh a été réprimée par la police. Boudé par plusieurs organisations syndicales, l’accord salarial conclu quelques jours plus tôt prévoyait l’augmentation de 56 à 61 dollars du salaire mensuel minimum des ouvriers du secteur, en réduisant d’un dollar (de 6 à 5) la subvention publique sur les salaires. Le 13 septembre, une nouvelle grève a commencé, qui a réuni au troisième jour, selon les organisateurs, près de 190 000 ouvriers de 90 usines, sur les 470 que compte le pays. Pour Ath Torn, le dirigeant du syndicat CCAWDU, 8 ❚ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

les négociations ne sauraient prévoir un salaire inférieur à 93 dollars. Première industrie du pays avec quelque 440 000 salariés, le textile cambodgien s’est retrouvé particulièrement exposé depuis les débuts de la crise mondiale, qui a provoqué la chute des exportations (passées de 3,1 milliards de dollars en 2008 à 2,69 milliards en 2009) et des licenciements en série dans les usines. Contenue jusque-là, la pression sociale est montée d’un cran et les mouvements de grève, sévèrement encadrés, se sont multiplié ces derniers mois. Des événements qui s’inscrivent dans un mouvement mondial de tension sociale des pays émergents. En 2009, des conflits entre patrons et salariés ont éclaté dans les secteurs automobile, minier ou pétrolier en Amérique Latine, en Afrique et en Asie. Avec pour l’instant moins de résultats au Cambodge qu’en Chine, où les grèves du printemps ont décidé cet été l’augmentation de plus de 20% du salaire minimum. ■ G.C.

MékongExpress LES PHILIPPINS DANSENT POUR MICHAEL JACKSON Avec près de 42 millions de téléchargements, leur vidéo de Thriller, le tube planétaire de Michael Jackson, a battu des records. Depuis trois ans, internet a popularisé les chorégraphies géantes auxquelles se livrent chaque semaine les détenus de la prison de Cebu dans la cour de l’établissement. Le sens inné des Philippins pour la danse prend dans le contexte carcéral une valeur d’exutoire, encouragée par l’administration pénitentiaire. En juin dernier, un spectacle hommage de deux heures au chanteur décédé un an plus tôt a attiré 500 spectateurs venus admirer la prestation de 900 détenus.

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© M.-M. Favre

THAÏLANDE


Regards sur l’Asie > Philippines

Quand les bidonvilles brûlent Dans les bidonvilles des grandes villes philippines, les incendies sont monnaie courante. Au point qu’il est impossible de ne pas s’interroger sur leur origine : accidentelle ou criminelle ? Par J.-M. Gautier

«I

ls disent que le feu est parti à cause d’une femme qui était en train de cuisiner, qui n’a pas fait attention et… » Jonalyne sinue entre les bris de verre et les morceaux de planches calcinées où l’on distingue encore l’empreinte d’ustensiles de cuisine en plastique fondu. Jonalyne est travailleur social. Quand on l’a prévenue que le bidonville de Makro, à Cebu, avait brûlé, elle n’a pas été plus surprise que cela. « Ce genre d’accident est assez fréquent, ici », lâche-t-elle dépitée. Cet « ici » qui désigne Makro signifie que l’endroit est particulièrement vulnérable aux incendies, et beaucoup d’observateurs locaux avancent l’idée qu’en ville, certaines zones le seraient plus que d’autres. « Pourquoi, se demande par exemple Jonalyne, les personnes qui squattent non loin du cimetière, à Caretta, ou dans le quartier de V. Rama, n’ont-elles jamais été inquiétées par des départs de feu ? » On s’aperçoit bien souvent a posteriori que ces zones vulnérables

font en réalité l’objet de convoitises diverses. Des promoteurs souhaitent y construire des centres commerciaux – les fameux shoping malls dont les Philippins raffolent – ou des centres d’affaires. « La plupart du temps, on ne connaît pas les circonstances des départs de feu, explique encore Jonalyne. Mais l’on raconte des histoires sans queue ni tête, dont le but est de faire admettre à tout le monde une certaine version des faits. En réalité, les enfants en bas âge qui jouent autour du feu, les étincelles tombées du ciel ou les batteries de téléphone portable qui se mettent à exploser ont bon dos. » Comment expliquer en effet que les pompiers n’arrivent jamais à temps pour sauver des flammes les habitations de fortune des squatters ? Certes il leur est toujours extrêmement difficile d’intervenir dans les bidonvilles. Le feu s’y propage à des vitesses élevées et devient vite incontrôlable. Bois, tôles, bâches, tout flambe vite.

Certaines personnes ont intérêt à voir brûler les bidonvilles. © J.-M. Gautier

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« Oui, bien sûr, opine Jonalyne, mais il n’empêche que malgré les alertes de niveau 3, les pompiers arrivent toujours trop tard. » De fait, ils n’interviennent généralement sur les lieux qu’au moment où le feu commence à menacer les constructions environnantes : bâtiments publics, entreprises, usines…

« Pourquoi le mur n’a rien ? » Lyndon, 30 ans, tend une bâche là où s’élevait encore hier le gourbi dans lequel il vivait avec ses trois enfants et sa femme Mirasol. Le mur qu’il montre au loin s’élève à plus de quinze mètres audessus du sol. C’est le mur d’enceinte d’une usine Coca-Cola, qui marque l’une des limites de Makro et dont beaucoup de squatters se servaient pour y appuyer leur maison. À part quelques traces évanescentes de suie, il est indemne. « Pourquoi le mur n’a rien ? », demande Lyndon en se fendant d’un grand sourire. « À votre avis ? » Pourquoi, en effet, le feu ne s’est-il pas propagé jusque-là ? Face à ces interrogations, difficile de ne pas conclure que certaines personnes ont intérêt à voir brûler les bidonvilles. Les entreprises intéressées par les terrains occupés illégalement, mais aussi le gouvernement ou les autorités locales, qu’une loi empêche de faire expulser des squatters sans leur proposer de solution de relogement. Et pourquoi pas même les vendeurs de matières premières, bois, tôles et bâches en plastique. Car pour les familles des bidonvilles, il est rarement question de relogement. Il faut reconstruire sur place, avec les moyens du bord. « Pour la plupart des familles, cela représente un endettement qui vient s’ajouter à des dettes déjà préoccupantes », déplore Jonalyne avant d’ajouter : « Ces événements toujours très médiatisés provoquent naturellement des réactions immédiates de la part des acteurs sociaux. Mais l’aide apportée dure rarement plus que le temps nécessaire aux équipes de télévision pour faire le plein d’images dramatiques. » ■ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 9


Regards sur l’Asie > Cambodge

Lim Vannak,conseiller en estime de soi

© EdM

Consultant en ressources humaines, Lim Vannak organise des formations pour donner confiance aux étudiants cambodgiens qui entrent sur le marché du travail. Et selon ses termes, « promouvoir l’éducation pour la paix et le développement » de son pays. Propos recueillis à Phnom Penh par Geoffroy Caillet

Q

uel parcours vous a amené à devenir formateur, en particulier pour les jeunes Cambodgiens ?

© EdM

Après l’université, j’ai commencé à travailler comme formateur pour un programme d’amélioration de l’agriculture. J’ai obtenu un master en Australie, où j’ai aussi étudié le fonctionnement de la pensée et la communication. Quand je suis revenu au Cambodge, je n’ai pas trouvé de débouché correspondant à ce que j’avais appris en Australie, alors j’ai travaillé dans différentes ONG. C’est là que j’ai commencé à réaliser que les gens font partie intégrante du développement et qu’il faut prendre en compte leurs qualités de réflexion, leur éducation, etc.

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En même temps, j’ai commencé à rencontrer des jeunes confrontés au chômage. Or, en voyant comment les employeurs recrutent leurs salariés et comment les jeunes pensent, je me rendais compte que ça ne correspondait pas : les employeurs exigent de solides qualités personnelles, des gens qui travaillent bien, tandis que les jeunes considèrent les diplômes comme la seule clé pour résoudre tous leurs problèmes professionnels. Si les diplômes sont nécessaires, ils sont aussi inséparables des qualités personnelles. Pour se doter des uns et des autres, les jeunes doivent être capables de mieux apprendre et de mieux penser. Voilà comment je suis arrivé à créer un programme d’entraînement pour aider

les jeunes à changer leur façon d’apprendre et de penser, et donc leur façon de voir. Ils peuvent alors s’améliorer.

Votre but est donc de faire comprendre à ces jeunes qu’ils peuvent réussir en dépit de leurs difficultés ? Oui, au prix de ce changement de mentalité. Quand j’étais jeune, les anciens m’ont appris à attribuer le succès de telle personne à sa façon de penser et d’apprendre. Mais il n’y avait aucune explication sur le moyen d’y arriver. C’est en Australie que j’ai appris en quelque sorte un autre morceau du puzzle. Au Cambodge, beaucoup de jeunes ne se voient pas comme des gagnants car ils viennent d’un milieu pauvre. Ils ne voient qu’un aspect de la société : celle dans laquelle vous ne pouvez pas obtenir de travail si vous n’avez pas de famille ou de relations. Aujourd’hui, beaucoup d’exemples prouvent que tout est question d’état d’esprit. Un jeune déscolarisé est retourné à l’école après avoir suivi ma formation et aujourd’hui il est l’un des plus brillants de son secteur. Il a un bon travail et se rend utile aux siens. Un autre, après avoir obtenu son diplôme d’économie, s’était enfermé chez lui, désespéré de ne pas trouver de travail. À cette époque je donnais une formation de deux jours sur « comment trouver un travail ». Il y a assisté cinq fois avant de changer, mais ensuite il s’est métamorphosé du tout au tout. Il a retrouvé l’espoir. Aujourd’hui il est étudiant en master à Hawaï. MAGAZINE


ser. Quand j’ai créé ce programme, j’ai donc puisé à différentes sources locales et je les ai ordonnées pour montrer aux gens comment ils peuvent changer. Ce que j’ai appris dans les livres occidentaux et en travaillant avec des étrangers m’a surtout aidé à savoir comment utiliser la culture locale.

© esprit-photo

N’y a-t-il pas un problème dans l’apprentissage scolaire au Cambodge : beaucoup de par cœur, une éducation très formelle.

Comment expliquer ces « miracles » ? Ce ne sont pas des miracles, c’est le résultat du changement de l’image que nous avons de nous-mêmes. La première fois que j’ai rencontré ce jeune, tout ce qu’il disait était négatif : la façon dont il se voyait et voyait la société, les gens autour de lui. Un jour je lui ai dit : « Si tu dis encore quelque chose de négatif, je ne te prends plus dans ma société. » Je l’ai dit pour l’aider, pour créer un choc. Ça a été le déclic. Je l’ai aidé, mais au fond tout dépendait de lui. Il faut aider les jeunes en leur montrant par des exemples clairs que ce qu’ils voient n’est pas tout, qu’il y a un autre aspect des choses. Quand ils me demandent : « Est-ce vrai que les jeunes de familles riches peuvent avoir une meilleure éducation et un meilleur travail ? », je réponds : « Bien sûr, personne ne dira le contraire. Mais ça n’est qu’une partie de la réalité. » Moi aussi j’étais pauvre après la période des Khmers rouges et j’ai connu une situation difficile. Personne ne m’a aidé en termes de décision à prendre pour MAGAZINE

« J’aide les étudiants à réaliser qu’ils sont les principaux responsables de leur apprentissage. » ma formation, pour mon travail. J’ai fait de mon mieux. J’avais de bons amis, un bon coach, mais le reste, j’ai dû le faire moi-même.

La formation que vous dispensez est très influencée par la pensée occidentale… Oui, mais si vous regardez la sagesse des gens locaux et la culture du Cambodge, tout, notamment dans l’enseignement bouddhiste, parle de la nécessité de développer un mode de pensée harmonieux. Ce que nous n’avions pas ici, c’est un programme d’entraînement qui aide les gens à réfléchir sur leur façon de pen-

Bien sûr, et j’en parle dans mes formations. Beaucoup de jeunes apprennent sans savoir pourquoi, sans idée de but ou d’avenir. Et si l’on apprend sans but, la motivation diminue. Je dis à mes étudiants qu’il ne s’agit pas d’essayer de mettre de l’eau sur la tête d’un canard ! C’est-à-dire qu’aucun professeur ne peut faire rentrer de force quelque chose dans leur tête. Or, au Cambodge, certains blâment les enseignants qui sont mauvais et tout le reste, mais jamais eux-mêmes. Ils se déresponsabilisent. Alors j’aide les étudiants à réaliser qu’ils sont les principaux responsables de leur apprentissage.

Est-ce que ce besoin d’apprendre à penser et à apprendre par soi-même est plus nécessaire au Cambodge, compte tenu de son histoire et de sa culture ? C’est l’explication de beaucoup, mais pour ma part je ne fais pas de lien entre ma formation et l’histoire du Cambodge. Tous les facteurs ont un impact sur notre façon de penser. La souffrance des parents à cause du génocide a évidemment une conséquence sur les enfants survivants. Certains parents, à cause de ce qu’ils ont vécu, n’ont pas su expliquer à leurs enfants comment vivre mieux qu’eux. De mon côté, je me concentre sur la façon dont on peut aider les jeunes pour l’avenir. À cause des Khmers rouges, beaucoup ont connu de grandes difficultés : perte de leurs biens, mauvaise santé physique et mentale, famille détruite… Les psychologues vous diront avec raison qu’ils souffrent pour ce qu’ils ont vécu. Mais il doit y avoir un remède pour les en sortir. N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 11


Regards sur l’Asie > Cambodge Quel est pour vous le plus gros obstacle qui se pose aux jeunes Cambodgiens dans la construction de leur personnalité ?

Qu’est-ce que « vivre mieux », comme s’intitule l’une de vos formations ? À quoi cela correspond-il pour un jeune Cambodgien ?

Je pense que la famille joue un grand rôle dans la façon dont elle élève les enfants. Or je vois encore beaucoup de parents envoyer leurs enfants à l’école en imaginant qu’elle fera tout pour eux. Ils se voient seulement comme ceux qui gagnent l’argent, mais en termes de qualité d’éducation et de pensée, ils abandonnent tout à l’école. Quand je le peux, je dis aux parents : « S’il vous plaît, faites davantage pour l’éducation de vos enfants. » Je ne blâme pas les parents, car souvent ils ne le réalisent pas, mais ils sont pourtant la clé de la réussite de leurs enfants. Si un père a l’occasion de travailler à Phnom Penh et qu’il peut en rapporter ne serait-ce qu’un petit livre de lecture ou de coloriage pour ses enfants, il montre qu’il a vraiment pensé à leur éducation. Mais je ne vois jamais ça. Les pères rapportent des gâteaux, des vêtements… mais rien pour apprendre, pour aiguillonner l’éducation de leurs enfants.

Je dirais que c’est vivre en meilleure santé, avec une meilleure disposition mentale, un métier, de bons amis. Je ne me focalise pas sur la réussite matérielle : un bon travail est celui qui vous épanouit. Je n’utilise pas l’argent comme indicateur de succès. Quand vous êtes capable et qu’on a besoin de vos qualités, les gens finissent par bien vous payer. Mais d’abord, construisez-vous !

N’est-ce-pas difficile d’enseigner à des jeunes à se construire comme personne, à être honnête, dans un pays qui connaît tant de problèmes de corruption ?

Là non plus, j’essaie de ne pas faire de connexion entre ma formation et la situation du pays, sinon je perdrais tout espoir… Je pense que si vous voulez faire quelque chose mais qu’en même temps vous êtes focalisé sur le résultat, vous n’avancez pas. Il faut simplement commencer. Après la formation, les jeunes peuvent se voir eux-mêmes comme source de changement. Ils essaieront alors de faire quelque chose. Je n’ai pas besoin du soutien de beaucoup de monde pour mener à bien cette formation. Si je travaille bénévolement pour Enfants du Mékong, c’est que je vois que vous soutenez mes idées. Ce dont j’ai besoin, c’est de soutien amical, de soutien des familles. Quand vous parvenez à faire changer quelqu’un en profondeur, de l’intérieur, cela suffit. ■

Pensez-vous qu’il y a un manque de communication en général dans les familles cambodgiennes ? Est-ce selon vous un trait culturel ?

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© esprit-photo

C’est certain, mais je ne pense pas que ce soit culturel. Dans certaines familles les parents mettent des distances, dans d’autres non. Je constate en tout cas le besoin des jeunes d’avoir des parents qui leur ouvrent leur cœur, jouent avec eux. Et lorsque je fais des formations, j’apprends beaucoup des jeunes qui connaissent un manque de stabilité ou des problèmes dans leur famille. Un jeune me disait : « Pourquoi devrais-je passer ma vie à l’université ? Pourquoi ? Personne ne m’aime et je n’ai personne à aimer. » C’est très dur à entendre. Pourtant c’est un jeune brillant, qui n’a jamais échoué. Mais il ne trouve pas de sens à sa vie parce qu’il provient d’une famille brisée, où la communication entre parents et enfants est inexistante. MAGAZINE


Regards sur l’Asie > Vietnam

Vietnam : les enjeux de la croissance Pour concrétiser les promesses de sa croissance économique, le Vietnam doit moderniser ses infrastructures. Et mettre l’accent sur son développement social. Par Geoffroy Caillet

MAGAZINE

© L. Favre

C

’est une scène vietnamienne au succès garanti sur les voyageurs occidentaux. Juchés sur une échelle, trois employés s’activent sur les légendaires rouleaux de câble électrique qui encombrent le ciel d’un quartier à touristes du centre de Hanoi. Soudain une flammèche jaillit, provoquant des « Oh ! » dans l’assistance. Un banal court-circuit rendu inévitable par la vétusté de l’installation. Enfin le réseau est réparé. Saturée de guest houses grandes consommatrices d’électricité, la rue se remet à vivre, ses néons à clignoter, les écrans de ses cafés internet à scintiller. Jusqu’à la prochaine panne. Moderniser ses infrastructures (eau, électricité, transports) est devenu une nécessité pour soutenir la croissance – plus de 6% cette année – qui a installé le Vietnam parmi les économies les plus dynamiques d’Asie. Dans ce domaine, beaucoup reste à faire. Très attendue, la construction d’une ligne de train à grande vitesse qui aurait permis de relier en six heures Hanoi à Hô Chi Minh-Ville (cf. EdM n°162) a ainsi été annulée le 19 juin dernier par l’Assemblée nationale. Le coût de l’investissement, qui revenait à faire peser 600 dollars de dette étrangère sur chaque Vietnamien, était sans rapport avec son intérêt économique, et c’est finalement la solution du doublement de la voie qui a été retenue ainsi que l’amélioration du réseau routier. Au total, le gouvernement vietnamien estime à 15 milliards de dollars annuels le montant nécessaire pour doper ses infrastructures et atteindre ainsi en 2020 le statut de nation industrielle. Comme de nombreux États qui s’approchent des pays « à revenu intermédiaire », le Vietnam est aujourd’hui

confronté à des choix dans sa stratégie de croissance s’il veut asseoir son industrialisation. Après les infrastructures, le problème d’une main-d’œuvre encore peu formée se fait particulièrement sentir, par exemple dans les secteurs bancaire ou juridique. Pour Hanoi, l’enjeu est aussi limpide que le problème est épineux : ne se laisser distancer ni par les pays pauvres à la main-d’œuvre attractive car bon marché, ni par les pays développés qui peuvent se prévaloir auprès des investisseurs d’une maind’œuvre plus qualifiée.

Ne pas négliger le facteur humain Dans l’immédiat, l’opération de séduction exercée par le Vietnam sur les investisseurs étrangers continue pourtant de fonctionner à bloc. Dans les provinces encore majoritairement rurales de la région de Hô Chi Minh-Ville, le

développement de parcs industriels traduit leur confiance dans les incitations fiscales du gouvernement. Un cadre français d’un de ces parcs confirme les avantages de l’offre vietnamienne : « La tendance de fond, c’est que les entreprises croient aux investissements car le gouvernement fait ce qu’il faut pour les attirer. Malgré des méthodes parfois procédurières, qui peuvent faire perdre temps et énergie, et le manque de qualification de la main d’œuvre, le Vietnam garde une forte capacité d’attraction pour les étrangers. » Si l’Asie – Japon et Corée du Sud en tête – est largement représentée parmi les investisseurs au Vietnam, les Occidentaux ne sont pas en reste. En août, c’est PepsiCo, le géant américain des sodas, qui a fait connaître son souhait d’investir 250 millions de dollars sur trois ans. Les investissements s’étendent aussi largement au tourisme : les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration ont drainé à eux seuls 8,8 milliards de dollars de capitaux étrangers en 2009, et Accor, premier opérateur hôtelier mondial, vient d’annoncer son intention de doubler le nombre de ses chambres dans tout le Vietnam d’ici 2012. Sans surprise, le facteur humain reste l’autre enjeu du développement du pays. Prompt à mettre en avant, à la suite de la Banque mondiale, un taux de pauvreté ramené de 58% en 1993 à 12,3% en 2009, et un PIB par habitant passé de moins de 100 dollars à près de 1 200 dollars, le Vietnam a pourtant encore beaucoup à faire pour répartir également les fruits de sa croissance. La différence du niveau de vie entre la population urbaine et rurale reste significative et l’éducation un secteur décisif pour un pays attendu par les investisseurs sur la qualité de ses ressources humaines. Un capital humain et un investissement de long terme trop volontiers sacrifiés par les autorités à leurs alter ego économiques.■ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 13


Agir > En direct ÉTUDIANTS

Je «change» de filleul…

Des forums d’orientation

«V

oilà cinq ans que je parraine un enfant et je viens de recevoir un courrier m’indiquant qu’il quittait l’école pour travailler. Je suis déçue et démotivée... » Si nous comprenons bien la réaction de cette marraine, nous devons sans cesse nous rappeler la différence de contexte entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est. Là-bas, la scolarisation n’est pas prioritaire car le travail de l’enfant s’impose souvent comme le revenu supplémentaire qui permet à la famille de vivre décemment. Pourtant, loin d’accepter cette fatalité et grâce à la formation de tous les acteurs du parrainage (responsables locaux, volontaires Bambous et familles), nous nous efforçons au maximum de limiter ces arrêts impossibles à prévoir et qui gardent souvent, pour vous parrain, un goût d’échec.

Lorsque le filleul met malgré tout fin à sa scolarité, votre chargée de parrainage vous en informe dès que possible et vous propose par courrier de reporter votre aide sur un autre enfant dans le besoin. Pour des raisons évidentes, il nous est cependant impossible de contacter par téléphone chacun des 22 000 parrains avant de lui proposer un nouveau filleul… Aussi, accepter ce que le service parrainage appelle un « transfert », c’est nous témoigner la confiance qu’en tant que parrain, vous placez dans le parrainage. Soyez persuadé que ces années à l’école seront extrêmement précieuses à votre filleul pour prendre en main son avenir. Malgré la fin de sa scolarité, ce qu’il aura appris grâce à votre soutien – savoir lire, écrire et compter – ne lui sera jamais retiré. ■

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VOLONTAIRES BAMBOUS UNE NOUVELLE MISSION AUX PHILIPPINES Venues de province à Manille, les familles du Laura Squat survivent comme elles le peuvent de petits emplois journaliers. Si le bidonville est l’un des moins violents de Manille, c’est grâce à la présence des Fils de la Charité, une communauté implantée là depuis 1992, qui a développé de nombreuses actions pastorales, sociales et éducatives. En 2005, son supérieur, le père Daniel Godefroy, a fait appel à Enfants du Mékong pour ouvrir un programme de parrainage. Il compte aujourd’hui 48 filleuls. Cette année, Enfants du Mékong ouvre aussi au Laura Squat une mission d’animation. Le volontaire Bambou aura la charge de coordonner les cours de soutien scolaire des professeurs bénévoles, de mettre en place une « aide aux devoirs » assurée par les filleuls étudiants pour les plus jeunes, ainsi que des projets spécifiques, tels une bibliothèque. Il jouera aussi le rôle d’animateur socioéducatif et culturel et se chargera d’une partie du travail administratif. À terme, il pourra assurer la tâche d’accompagnateur social auprès des familles. 14 ❚ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010

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LE MOT DU PARRAINAGE

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ortir un enfant de la rue, lui offrir une éducation : c’est tout le combat d’Enfants du Mékong depuis 1958. Pour s’adapter au mieux aux besoins des enfants, la forme de notre aide a évolué. Au Cambodge, nous mettons ainsi en place des forums d’orientation permettant aux filleuls d’identifier la formation – de quatre mois à trois ans, avant ou après le bac – la plus appropriée : école hôtelière, bâtiment, informatique… En 2009, les trois forums de Sisophon ont rassemblé près de 1 900 filleuls, qui ont pu choisir un avenir en connaissance de cause. Ils peuvent désormais avancer dans la vie selon la vision de Lim Vannak (cf. p. 10), qui insiste sur l’importance de leur construction personnelle. À l’exemple du Cambodge, nous inaugurons cette année un forum analogue aux Philippines. Trouver son métier, devenir autonome : c’est tout le bonheur que nous pouvons souhaiter à nos filleuls. Les forums d’orientation coûtent chaque année à Enfants du Mékong 15 000 €, une somme que nous devons à votre générosité et sur laquelle nous comptons une nouvelle fois. La manière la plus efficace pour nous aider est de nous envoyer un chèque ou d’ajouter à votre parrainage un montant, même faible, en prélèvement automatique. Un immense merci. ■ MAGAZINE


> Bénévolat

Devenez «animateur Écoliers solidaires» ! « Animateur Écoliers solidaires », c’est la nouvelle mission de bénévolat proposée par Enfants du Mékong pour faire connaître aux élèves français son action auprès des enfants d’Asie du Sud-Est. Par Agnès d’Andigné, Miss Écoliers solidaires

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n tant que Miss Écoliers solidaires, je parcours chaque année près de 60 écoles, du CP à la troisième, pour sensibiliser les élèves français à la vie des enfants d’Asie du Sud-Est et susciter une démarche en leur faveur : projection d’un film, suivie d’une intervention, de questions-réponses… et aussi de propositions concrètes d’action. Cette année par exemple, 20 écoles ont vendu au profit du parrainage de nos filleuls près de 2 200 calendriers mêlant les dessins d’écoliers français et asiatiques. Les fruits de ces rencontres sont nombreux car les enfants réalisent avant tout leur chance de pouvoir aller à l’école. Ils se rendent compte aussi qu’ils peuvent, avec leur faibles moyens mais tous « solidaires », agir pour leur amis d’Asie. Leur créativité est étonnante ! Et puis, les élèves d’aujourd’hui sont les adultes (Bambous et parrains) de demain… L’objectif d’Écoliers solidaires est maintenant d’étendre ses interventions afin de sensibiliser toujours davantage d’élèves à l’éducation des enfants d’Asie du Sud-Est. Les délégués d’Enfants du Mékong le font déjà dans leur région avec compétence et dévouement, mais si nous voulons qu’Écoliers solidaires

Si vous êtes ancien professeur ou aimez vous adresser aux enfants, n’hésitez pas ! prenne une autre dimension, il faut aujourd’hui les seconder en développant un réseau d’animateurs dans toute la France. En quoi consiste la fonction ? Trouver des contacts (professeur, directeur, pastorale…) et intervenir dans des écoles selon votre disponibilité, soit pour présenter l’association, soit pour aider les enfants à réaliser une action solidaire. Plusieurs projets « clef en main » peuvent déjà vous être proposés. Vous serez conseillé par les délégués et par Miss Écoliers solidaires pour

vos interventions. D’excellents supports audiovisuels vous seront également fournis par Enfants du Mékong. La mission est passionnante et peu prenante, alors si vous êtes ancien professeur ou aimez vous adresser aux enfants, n’hésitez pas : devenez animateur Écoliers solidaires ! ■

Contact et renseignements : Agnès d’Andigné ecoliers@enfantsdumekong.com 01 47 91 00 84 06 14 71 82 80 N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 15


Agir > Événements

Octobre : Tournée Bambou 2010

Les volontaires d’Enfants du Mékong à votre rencontre !

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ouvent un peu désorientés après leur mission en Asie, les volontaires Bambous le savent bien : le retour en France n’est pas évident. C’est pourtant pendant ces quelques semaines, en septembre et octobre, qu’ils ont le plus envie de témoigner de ce qu’ils ont vécu. Profitant de cet élan, de cet amour des enfants qu’ils portent en eux, Enfants du Mékong organise une tournée à travers la France avec quelquesuns des Bambous de retour d’Asie. Au cours d’un spectacle d’une heure, les Bambous vous feront découvrir leur quotidien et leur travail auprès des

enfants. Films, histoires vécues, mises en scène et photos plongeront le public au cœur du parrainage. Ce spectacle sera suivi d’une rencontre autour d’un verre : le public pourra échanger avec les chargées de parrainage, les délégués, les parrains et bien entendu les Bambous. Du 1er au 21 octobre, choisissez la ville la plus proche de chez vous parmi les 17 de la Tournée et venez à notre rencontre ! Amenez vos amis qui ne connaissent pas encore Enfants du Mékong : grâce à vous, nous pourrons ainsi atteindre notre objectif d’amener 200 enfants de plus à l’école en octobre. ■

La Saison Musicale 2010-11 :

La musique adoucit les mœurs… Mais elle peut aussi rapprocher les mondes.

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Paris, accompagné de l’Orchestre de chambre de la Nouvelle Europe. À chacun des 18 concerts de la Saison Musicale, un témoin parlera de sa rencontre avec les enfants. Les auditeurs, déjà touchés par les notes des musiciens, auront l’âme grande ouverte… À la fin de la soirée, artistes, bénévoles, délégués

et public échangeront lors du verre qui suivra. Alors faites le tour des mélomanes que vous connaissez et présentez-leur cette Saison Musicale. Avec vous, nous pourrons convaincre les amoureux de la musique d’ouvrir leur cœur aux centaines d’enfants qui attendent d’être parrainés pour aller à l’école ! ■

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uoi de plus opposé que les musiques traditionnelles asiatiques et le jazz, que le khène et le violon ? C’est pourtant le nouveau défi lancé par Enfants du Mékong : inaugurer une année en musique, à travers 18 concerts donnés jusqu’en mai 2011 dans toute la France. Avec pour objectif de rapprocher le public français, amateur de musiques occidentales, du continent sud-asiatique, qu’il découvrira par l’aide à la scolarisation des enfants. Grâce à une marraine des Yvelines et aux efforts de nombreux délégués, nous avons eu accès à des musiciens de niveau international, qui acceptent tous de jouer gracieusement pour Enfants du Mékong. C’est ainsi que Marc Laforet, pianiste qui a joué avec les plus grands orchestres et chefs, et ne compte plus les enregistrements, lancera la Saison Musicale le 19 octobre aux Invalides à

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© E. Di Masso

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18 concerts près de chez vous! PROGRAMME OFFICIEL PARIS 19 octobre 2010, 20h Concert de lancement en la CATHÉDRALE SAINT-LOUIS DES INVALIDES Tchaïkovski, Sérénade pour cordes en ut majeur, opus 48 Chopin, Concerto n°2 Orchestre de chambre de la Nouvelle Europe, Nicolas Krauze, Marc Laforet, piano Dans le cadre de la Saison Musicale du musée de l’Armée en l’Hôtel national des Invalides Tarif : 25 €, tarif réduit 15 € 29 janvier 2011, 20h30 SALLE CORTOT Récital piano et violoncelle : Mendelssohn, Prokofiev Paul Julien, violoncelle Tarif : 15 €, tarif réduit 10 €

GAP (05) 15 octobre 2010, 20h30 CENTRE MUNICIPAL CULTURE ET LOISIRS Sammy Nestico, Duke Ellington, Altman, C. Brown, Glenn Miller, B. Howard, J. La Barbera,

A. Dominguez, Sammy Nerstico, Chick Corea, Lennie Niehaus, P. Drevet, P. Piot, T Mashima Orchestre Big Bang Jazz Tarif : 10 €

MARSEILLE (13) 6 février 2011, 16h30 ÉGLISE NOTRE-DAMEDU-MONT Chopin - Édouard Exerjean, piano Tarif : 15 €, tarif réduit 8 €

CAEN (14) 15 avril 2011 ÉGLISE SAINT-JEAN Récital d’orgue et de trompette François Letouzé et Pierre Évano

SARLAT (24) 15 mai 2011,17h CATHÉDRALE DE SARLAT Récital d’orgue - Francis Vidil

QUIMPER (29) 16 avril 2011, 20h30 THÉÂTRE MAX JACOB Récital pour flûte et piano : Donizetti, Schumann, Caplet, Fauré, Reinecke, Debussy, Schulhoff - Alain Ehkirch et Marie-Astrid Arnal Tarif : 10 €, tarif réduit 8 €

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GRENOBLE (38) 31 mars 2011, 20h30 SALLE OLIVIER MESSIAEN Récital pour violoncelle et piano : Bach, Beethoven, Schuman, Debussy - Jonas Bouaniche et Valentin Cotton Tarif : 12 €, tarif réduit 10 €

ÉCULLY (69) 23 novembre 2010, 20h30 ESPACE ÉCULLY Chopin, Concerto n°2 en fa mineur - Orchestre des Hospices civils de Lyon Denis Pascal, piano Tarif : 15 €, tarif réduit : 10 €

SAINT-GERMAINEN-LAYE (78) 3 mai 2011, 20h30 THÉÂTRE ALEXANDRE DUMAS La Folia, musique baroque Orchestre de chambre de la Nouvelle Europe, Nicolas Krauze Tarif : 25 €, tarif réduit 15 €

LE PRADET (83) 7 janvier 2011, 20h30 ESPACE DES ARTS P. Venable, L. Armstrong, J. Layton, M. Creamer, Kerry Mills, Billy Smythe, Art Gilham,

Armand Piron, Peter Bocage, J.P. Johnson, C. Mack, Johnny St Cyr, Joe Primrose, Jelly Roll Morton, Natty Dominique, E. Seitz, E. Lockhart Doctor Jazz Society

ENGHIEN (95) 11 mars 2011, 20h30 ÉGLISE SAINT-JOSEPH Porte des Mondes, Impro pour un baobab Marc Vella, piano Tarif : 18 €, tarif réduit : 12 €

LES RENDEZVOUS DES MÉLOMANES BORDEAUX (33) 24 novembre 2010 ÉGLISE DU BOUSCAT Eleio Saint-Paul Gospel

PONTIVY (56)

MOUGUERRE (64) 9 décembre 2010, 20h30 SALLE HAITZ ONDOAN Buhaminak, chœur basque de femmes - Haiz’Egoa, chœur basque d’hommes Tarif : 10 €, tarif réduit 8 €

CHAMBÉRY (73) 5 décembre 2010 ÉGLISE NOTRE-DAME Trio à corde et piano Chorale « À cœur joie »

LAVAUR (81) Mars 2011 ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS Concert de Handbells

AVIGNON (84) 20 novembre 2010, 18h SALLE DES FÊTES DE L’HÔTEL DE VILLE Gospel Art, dirigé par Joël Kelemen - Tarif : 8 €

Décembre 2010 ÉGLISE DE PONTIVY Concert d’orgue et bombarde

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Retrouvez toutes les dates des concerts sur

www.enfantsdu mekong.com

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Agir > Nos délégations AGENDA MARSEILLE (13) Du 21/09 au 16/10, 9-12h et 14h-17h, du mardi au samedi

EXPOSITION SUR LE THÉ DE CHINE 18, boulevard National Venez déguster le thé de Chine avec la participation d’Enfants du Mékong. Tout simplement délicieux ! Contact : Sylvie Henrionnet Tél. : 04 91 08 45 76 www.famillesolidarite etcultures.over-blog.fr PORT-DE-PENNE (47) Samedi 2 octobre à 15h

RÉUNION DE PARRAINS Maison paroissiale, place du 8 mai 1945, salle Charles de Foucauld Après-midi de parrains de Saint-Jacques en vallée du Lot autour d’un film, en présence d’un Bambou, suivi d’un goûter. Venez avec vos témoignages sur le parrainage et invitez vos amis. Contact : Odile Huet Tél. : 05 53 71 02 07 delegation46@ enfantsdumekong.com TOULOUSE (31) Samedi 2 octobre à 11h

FORUM DES ASSOCIATIONS Place du Capitole Axé sur la place de la femme dans nos sociétés : nous mettrons en valeur les efforts d’EdM pour assurer la scolarité des filles et leur formation professionnelle. Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr LA CRAU (83) Lundi 4 octobre, 9h-17h

JOURNÉE DES ASSOCIATIONS Place de l’Église Les bénévoles du Grand Toulon vous attendent. Venez nombreux ! Contact : Claude et Nicole Brandebourg Tél. : 04 94 36 28 46 delegation83@ enfantsdumekong.com TOULOUSE (31) Jeudi 7 octobre, 13h-16h

FORUM HUMANITAIRE Lycée Saliège à Balma

Accès réservé aux lycéens et à leur encadrement. Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr AUTREY (88) Samedi 9 octobre à 15h

DÉJEUNER ET VISITE DU JARDIN BOTANIQUE Au jardin botanique de Gondremer, en faveur du projet de halte-garderie de la décharge de Cebu. À 15h, visite, suivie d’un goûter. Tarif : 12 €. Déjeuner à 12h30 au restaurant La Scégotte. Prix : 20 €. Inscription avec votre règlement. Contact : M. et Gisèle Madre Tél. : 03 29 65 91 96 delegation88@ enfantsdumekong.com TOULON (83) Samedi 9 octobre à 15h

BALLET ROYAL CAMBODGIEN Centre de Chateauvallon Venez admirer les danseurs et rencontrer les bénévoles du Var sur notre stand. Contact : Claude et Nicole Brandebourg Tél. : 04 94 36 28 46 delegation83@ enfantsdumekong.com PACÉ (35) Samedi 9 à 20h30 et dimanche 10 octobre, 15h

SPECTACLE Salle de spectacle du Ponant Représentation du Canard à l’orange donnée par la troupe du Bruit qui court qui jouera bénévolement. Formulaire de réservation téléchargeable sur le site http://anb.asso.free.fr. Tarif : 15 €, réduit : 10 €. Vente des Soieries du Mékong sur notre stand. Contact : Marie-Andrée et Henry-Paul Roisne Tél. : 02 99 54 74 roisne.henry@neuf.fr AIX-EN-PROVENCE (13) Dimanche 17 octobre

VIDE-GRENIERS Place du Marché, rue Charloun Rieu, Jas de Bouffan Tarif emplacement : 14 € Contact : Christine : 06 59 46 84 05 Gisèle : 06 15 83 32 59 www.vide-greniers.org

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MONTJEAN (16) Dimanche 24 octobre

FONSORBES (31) Jeudi 11 novembre, 11h

BRADERIE

MARCHÉ SOLIDAIRE

Vente d’objets ethniques (tissus, bijoux), de vêtements d’enfants. Venez nombreux avec vos amis. Vous êtes aussi invité à tenir le stand si vous le pouvez. Contact : M.-Paul Claveyrolas Tél. : 09 52 02 56 55 delegation16@ enfantsdumekong.com TOULOUSE (31) Dimanche 24 octobre

MARATHON DU GRAND-TOULOUSE Trois équipes de quatre compétiteurs (parrains et amis d’EdM 31) participent au marathon en relais (10 à 12 km chaque participant). Encouragez-les sur le parcours ou à l’arrivée, place du Capitole. Renseignements et horaires : www.lemarathon dugrandtoulouse.fr Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr LA CRAU (83) Mardi 26 octobre à 14h

JOURNÉE DES ASSOCIATIONS Domaine de la Monache Rendez-vous annuel des parrains du Var : rejoigneznous afin de mettre en place des actions pour soutenir toujours plus d’enfants. Contact : Claude et Nicole Brandebourg Tél. : 04 94 36 28 46 delegation83@ enfantsdumekong.com MALAUNAY (76) Vendredi 5 novembre, 20h

DÎNER ASIATIQUE Restaurant New Royal d’Asie 251, route de Dieppe Premier dîner de parrains de notre délégation ! Moment d’échange et de convivialité autour d’un dîner asiatique : témoignages, diaporama et projets. Venez avec vos amis. Participation : 16 € par personne. Règlement sur place. Réservation avant le 1er novembre. Contact : Pierre-Yves et Laurence Ferrand Tél. : 02 35 59 72 39 enfantsdumekong76@ gmail.com

Projection du film de René Carette, suivi d’un exposé sur le thème « Christianisme et bouddhisme ».

Salle du Trépadé

Mercredi 24 novembre, 20h30

Profitez-en pour faire vos cadeaux de Noël avec les Soieries du Mékong. Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr

DÎNER

FLAUGERGUES (34) Samedi 13 novembre

Jeudi 25 novembre à 20h30

OUVERTURE DE LA QUINZAINE DES TIERS-MONDES

Salle des conférences de la Maison diocésaine

Place de la Comédie Expo-vente d’artisanat et des Soieries du Mékong. Contact : Marie-Sylvie Achard Tél. : 04 67 59 40 12 delegation34@ enfantsdumekong.com TOULON (83) 13 et 21 novembre

PARCOURS SOLIDARITÉ Animation garantie ! Contact : Claude et Nicole Brandebourg Tél. : 04 94 36 28 46 delegation83@ enfantsdumekong.com FLAUGERGUES (34) Vendredi 19 novembre

DÉFILÉ DE MODE (Lieu à confirmer) Présentation des Soieries du Mékong. Contact : Marie-Sylvie Achard Tél. : 04 67 59 40 12 delegation34@ enfantsdumekong.com PINSAGUEL (31) Dimanche 21 novembre, 11h

MARCHÉ SOLIDAIRE Complexe sportif de la Muscadelle Profitez-en pour faire vos cadeaux de Noël avec les Soieries du Mékong. Contact : Philippe Landau Tél. : 05 61 41 63 02 philandau@sfr.fr BLOIS (41) Mardi 23 novembre à 20h30

PROJECTION DU FILM PASSEUR D’ÉVEIL Salle Résurgence – 20, rue de l’Abbaye

En partenariat avec le Lions Club Renaissance, dîner suivi d’un exposé du père François Ponchaud sur le Cambodge : « Présent et futur, l’utilité du procès des Khmers rouges ».

CONFÉRENCE Sur le thème « Christianisme et bouddhisme ». Contact : Jacques Chiron Tél. : 02 54 79 25 18 RENNES (35) Samedi 4 décembre à 19h30

DÎNER DE PARRAINS Aux « Délices chinois », Centre commercial Les Longchamps, allée Morvan Levesque Dîner asiatique, sur réservation, des parrains, familles et amis afin de partager nos expériences à travers des reportages. Nous souhaiterions recevoir des photos de ceux qui ont visité leur filleul pour un montage vidéo. Une tombola vous sera proposée lors de ce repas. Chèque de réservation de 19 € par famille à l’ordre des « Délices chinois », à envoyer avant le 15/11. Contact : Marie-Andrée et Henry-Paul Roisne 73, bd de Lattre de Tassigny 35000 Rennes Tél. : 02 99 54 48 74 roisne.henry@neuf.fr TOULON (83) Samedi 4 et dimanche 5 décembre

MARCHÉ DE NOËL 319, rue du Mont des Oiseaux Présentation d’artisanat asiatique au Marché de Noël. Contact : Claude et Nicole Brandebourg Tél. : 04 94 36 28 46 delegation83@ enfantsdumekong.com

Retrouvez en détail l’agenda des délégués sur notre site internet : www.enfantsdumekong.com

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> Courrier

NIKOM, UNE BELLE HISTOIRE DE PARRAINAGE

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temps avec leurs parents, frères et sœurs, grandsparents), la drogue, l’alcool, et surtout la façon de les affronter. Il a ensuite parlé de sa chance d’avoir pu faire des études qui lui plaisent et vont lui permettre de choisir un métier qu’il aime. Nikom a fini son discours en disant que tout est possible, qu’il faut avoir un rêve dans le cœur mais qu’il faut ensuite procéder étape par étape pour y arriver. Nikom pourrait s’arrêter à ce stade et trouver un travail dans une entreprise, mais son rêve est de devenir professeur d’informatique dans l’école de Ban Jaboo afin de développer son village et l’école. Il lui reste encore deux ans d’études avant de voir son rêve se réaliser. Nous lui souhaitons bonne chance pour la réalisation de ses projets ! ■ Augustin et Laetitia Poncelet, volontaires Bambous à Om Pai

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illeul d’Enfants du Mékong depuis 14 ans, Nikom vient d’être diplômé en licence d’informatique. À 25 ans, c’est le premier enfant diplômé de l’école de Ban Jaboo, petit village lahu au Nord-Ouest de la Thaïlande, et le troisième de son village. Il est bien sûr la fierté de ses parents, mais aussi de l’école, des villageois et des élèves qui voient en lui le symbole de la réussite. De retour dans son village pour quelques jours, nous lui avons demandé de venir témoigner devant les élèves de l’école. Habillé en uniforme de l’université, il a donc raconté son parcours aux 160 élèves en soulignant la chance qu’il avait eue d’être parrainé. Il leur a expliqué que les enfants des villes et les enfants des montagnes étaient les mêmes mais qu’eux devaient travailler deux fois plus pour y arriver car ils n’avaient pas accès à des cours particuliers, à des ordinateurs, à des livres de soutien... Il a aussi évoqué les difficultés auxquelles il a été confronté : la solitude (pénible pour ces enfants qui vivent tout le

VIETNAM DU 7 AU 20 NOVEMBRE 2010 - DU 7 AU 21 MARS 2011 CAMBODGE DU 12 AU 25 NOVEMBRE 2010 - DU 7 AU 20 FÉVRIER 2011 THAÏLANDE DU 20 FÉVRIER AU 5 MARS 2011 LAOS ET PHILIPPINES SUR DEMANDE

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Découvrir > Chronique d’Asie

Coqs en stock Démesure est le maître mot de ce « sport » qu’est le combat de coqs et qui passionne tellement les Philippins qu’ils n’en maîtrisent pas toujours tous les enjeux. Texte et photos : Jean-Matthieu Gautier

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ur Duterte Street où filent dans un flot continu les jeepneys, minibus et voitures particulières, les clameurs échappées d’une large bâtisse dissimulée derrière de hauts murs de béton chancelant couvrent presque le tumulte de la circulation. Comme chaque samedi soir, le quartier de Banawa connaît une effervescence rare. À Cebu et dans presque toutes les Philippines, c’est le soir du sabong, les combats de coqs, une institution presque aussi sacrée que la messe dominicale. On se rend donc à ces combats de coqs en procession, par petits groupes d’hommes joyeux, gamins aux âges variés traversant une haie de vendeurs de cacahuètes,

d’œufs couvés (balout), chips, saucisses grillées, boissons diverses, puis enfin une grille où, bien obligé, il faut montrer patte blanche. On comptera alors une trentaine de pesos l’entrée pour une place dans les gradins les plus excentrés et trois cents pour être assis au premier rang. Là, sous trois gradins séparés de barrières, une arène petite – une trentaine de mètres carrés – et sablonneuse comme les arènes antiques, mais cernée de plexiglas, enferme en son centre deux pugilistes de bec et de plume qui se toisent, se jaugent, mais ne semblent pas encore prêts à s’étriper malgré l’autorisation qui vient de leur être signifiée par l’arbitre.

Mort d’un champion Un quart de seconde plus tôt, la salle bouillait, hurlait, tremblait par tous ses murs, l’hystérie la gagnait, la cacophonie y dominait largement. Et à présent nous y voilà, la même salle est coite, mutique respire à peine, fixe d’un œil atone bien que fiévreux ces deux coqs qui vont tout de même finir par se jeter l’un sur l’autre… Eh bien oui, ça y est : Black Dragon – pas plus noir que cela – s’est élevé d’un coup d’aile au-dessus d’Ocean Flyer et vient de lui asséner une demi-douzaine de coups d’ergots sur le sommet de la crête. L’autre ne s’est pas mal défendu, a semblé rendre coup pour coup mais, trop tard, c’est déjà fini, ça n’a pas duré une minute. Tandis que Black Dragon est récupéré, bichonné, calmé de ses émotions par son propriétaire, Ocean Flyer gît pitoyablement sur le sable. Un aide arrive, balaie la scène et emporte sa dépouille. Fin de carrière pour Ocean Flyer qui, comme tous ses congénères, finira en ragoût. D’autres champions sont amenés, la salle se remet à hurler, tempêter, les paris sont ouverts, messieurs faites vos jeux ! Avant le combat, l’agressivité des coqs est éprouvée grâce à un autre coq qui tient le rôle d’un sparring partner.


Les bookmakers lancent leurs ordres ; la cote, pour ces deux-là, est indiquée sur l’immense panneau lumineux qu’un employé réactualise manuellement entre chaque combat. Romolo, la quarantaine tonitruante, mise deux billets de 1 000 pesos sur Stinger, un coq d’une blancheur de jeune mariée dont il connaît la réputation. De source sûre, le propriétaire de Stinger nourrit très convenablement ses coqs et fait appel à des entraîneurs de talent. Pendant six à huit mois, ils sont préparés dans un camp situé dans les montagnes, à l’extérieur de la ville. L’air pur, des grains choisis méticuleusement comme est méticuleux l’entraînement qu’ils subissent pour apprendre à frapper du bec, parer, se déplacer avec un ergot en fer de plus de dix centimètres, supporter la douleur, en somme le lot commun de tous les coqs destinés au combat, tout cela rassure Romolo. Sa main à couper que l’autre n’a pas la moindre chance de l’emporter. En attendant, Stinger et son adversaire El Diablo se retrouvent à leur tour au centre de l’arène, chacun excité par un sparring partner (« partenaire d’entraînement ») qui n’en mène pas large. Autour, les parieurs indécis en profitent pour se faire leur opinion sur les deux challengers. Hurlements par-ci, accrochages par-là… Quand le temps des paris s’achève, il n’y a pas de métaphore plus appropriée que celle du calme après la tempête pour décrire l’ambiance qui règne autour du cockpit, autre nom du ring. Les gallinacés mis en présence l’un de l’autre, le combat commence. Et comme le précédent, il est extrêmement bref.

Jeu de mort, jeu de hasard La soirée s’enchaîne sur une vingtaine de prestations marquées par le même modus operandi, et quand les spectateurs presque tous parieurs quittent la salle, ils se divisent en deux groupes dont on reconnaît facilement, à leurs mines défaites ou goguenardes, s’ils ont misé ou non sur le bon numéro. Malgré les explications de Romolo, il est bien difficile de se dire que les choix des MAGAZINE

Les règles du sabong sont simples : à la fin du combat, un seul coq doit survivre.

parieurs ne doivent rien au hasard. Ils n’ont après tout qu’une chance sur deux et beaucoup de salaires hebdomadaires se perdent à ce jeu. Que les combats de coqs soient devenus au fil du temps une institution aux Philippines n’a en soi rien de surprenant.

La passion du jeu ne connaît aucune limite aux Philippines. Les coqs y occupent une place centrale. Dans les villages ou dans les rues des quartiers populaires des grandes mégapoles, on les entend chanter à toute heure du jour, ils sont portés, promenés, exhibés, sans cesse mis en avant. Parallèlement, les Philippins sont friands de jeux de hasard. Rien de bien surprenant donc dans cette pratique des combats de coqs. Mais d’inquiétant, oui. Car elle traduit une sorte d’imaginaire de l’argent facilement gagné et, de là, une inconséquence absolue qui commande de tout

sacrifier au nom de l’animal. Dans certains quartiers pauvres de Cebu, on ne compte plus les cas de pères de famille qui ont préféré nourrir leur coq plutôt que leurs enfants et se retrouvent doublement ruinés parce que l’objet de toutes leurs attentions aura perdu contre un coq mieux nourri et mieux entraîné que le leur. La passion du jeu ne connaissant aucune limite dans l’archipel, les combats de coqs qui se jouent chaque samedi dans les grandes arènes ne suffisent évidemment pas. C’est en réalité à chaque coin de rue que des hommes se réunissent, à tout moment de la journée, pour voir combattre leurs coqs. Non loin du cockpit, alors que chacun rentre chez soi, deux coqs s’affrontent au milieu d’un groupe d’hommes passablement alcoolisés. Un gardien d’immeuble a organisé ce combat avec des voisins, moitié pour faire passer le temps, moitié pour l’argent qu’il pourrait tirer de l’affaire. Sur les visages des spectateurs se lisent à la fois la passion et la démesure latine dont les Philippins ont hérité de leurs colons espagnols, et ce sens asiatique du destin qui leur permet de croire que tout peut arriver. ■ N°164 ❚ SEPTEMBRE - OCTOBRE 2010 ❚ 21


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De Gaulle, Roosevelt et l’Indochine Michel Huguier

Éd. L’Harmattan, 324 p., 30 €

À la suite de son excellent ouvrage L’Amiral Decoux sur toutes les mers du monde (L’Harmattan, 2007), Michel Huguier nous offre ici une étude complémentaire sur l’histoire de l’Indochine dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale. Même s’il n’apporte pas réellement d’innovations par rapport à ce qui existe déjà sur le sujet, on ne peut que se réjouir de voir réaffirmer avec force certaines vérités toujours bonnes à dire et à redire. Non, jusqu’au coup de force du 9 mars 1945, l’Indochine ne fut pas occupée par les Japonais, mais seulement soumise à un stationnement militaire qui préservait la souveraineté française. Oui, l’amiral Decoux fit de cette souveraineté un usage remarquable qui aurait pu préparer un accès pacifique aux indépendances si De Gaulle et Roosevelt n’étaient intervenus en dépit du bon sens dans les affaires indochinoises.

Dans les bras du Mékong Hélène Armand

Éd. du Rocher, 348 p., 19 €

Un roman de plus sur la guerre d’Indochine ? Pas tout à fait. Dans les bras du Mékong a d’abord son centre en Bretagne : un amour, des naissances, des drames, une histoire française. Puis le mari est appelé en Indochine. Capturé, il vit l’enfer dont il s’échappe, puis se laisse endormir dans une vie parallèle, bercé par la torpeur de l’Asie. Jusqu’à en oublier complètement ses enfants et sa femme, qui vit une autre forme d’enfer solitaire. Le livre se dévore. On est pris par une écriture alerte. Même si l’on reste à la surface d’une familiarité avec ses personnages, nous suivons l’auteur dans ses descriptions de 1945, de la Bretagne, de l’amour, de l’Indochine, de la folie… avec plaisir.

L’Aventure et l’Espérance Hélie de Saint Marc

avec un DVD : Indochine, notre guerre orpheline de Patrick Jeudy, texte lu par Hélie de Saint Marc Éd. Les Arènes, 276 p., 22 €

Le Goût du Cambodge

Textes choisis et présentés par Jean-Claude Perrier Éd. du Petit Mercure, 126 p., 6,60 €

Il y a toujours un risque de frustration à se plonger dans une anthologie : quelle que soit la force d’évocation des morceaux qui la composent, on en veut toujours plus. Ici il est question du goût du Cambodge magnifié par les textes de Loti, Mouhot, Claudel, Malraux ou Bizot pour les plus connus. Sans surprise donc, ce très bref ouvrage est chapitré selon les thèmes que la pensée occidentale aime retenir du Cambodge (Angkor, les origines indiennes, les Khmers rouges...) mais s’autorise cependant de belles originalités qui sont autant de découvertes.

Contes et Mythes du Vietnam

Baptiste Condominas et Edwige de Lassus Éd. Actes Sud Junior, 75 p., 13,80 €

« Il y a bien longtemps » ou « Il était une fois » démarrent presque à chaque coup les histoires de ce Contes et Mythes du Vietnam. Il était donc une fois le Vietnam de Cuoi de la Lune, le jeune bûcheron qui découvrit une plante magique permettant de redonner vie aux mourants, des frères jumeaux Tân et Lang, tous deux amoureux de la fille du mandarin, de l’oncle crapaud qui entreprit d’aller botter les fesses de l’empereur du ciel pour le décider à faire tomber la pluie. Un petit recueil très bien pensé qui nous emmène à la découverte d’un Vietnam féérique et inhabituel.

EXPOSITION ARCHÉOLOGUES À ANGKOR

Musée Cernuschi – 7, avenue Velasquez, Paris 8e. Jusqu’au 2 janvier 2011. Fermeture le lundi et jours fériés. Tél. : 01 53 96 21 50 - www.cernuschi.fr

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© EFEO

Archives photographiques de l’École française d’Extrême-Orient. Le visiteur découvrira les différentes périodes qui ont marqué le site d’Angkor à travers 108 photographies (1860-1960) des temples avant leur dégagement, alors que des arbres immenses enserrent sanctuaires et reliefs, puis durant et après leur restauration. Trois bâtiments sont plus particulièrement étudiés : Banteay Srei, le Baphuon et Neak Pean.

Il semble que plus Hélie de Saint Marc approche du terme, plus son propos se condense à l’essentiel. Une incarnation extraordinaire dans l’histoire tragique de notre nation, avec une élévation de plus en plus céleste de l’esprit. Les intellectuels m’ont toujours ennuyé en raison de leur peu de crédibilité dans l’action et souvent les hommes d’action parce que l’agitation leur tient lieu de philosophie. Ici, nous sommes dans l’extrême des deux tensions qui jamais ne se dissocient. Depuis l’âge de 19 ans, Hélie de Saint Marc a posé des actes conscients, parce que pour rester à ses yeux un homme, il n’était pas possible d’agir autrement. Ces gestes dramatiques aux conséquences assumées, gestes « qui vous dépassent et vous engagent » devant le tragique de l’histoire, rythmeront la vie de ce héros digne de la grandeur romaine. À chaque étape de sa vie exceptionnellement douloureuse, il tire son lecteur vers une toujours plus grande exigence de soi-même. Adolescent, il plonge dans l’enfer du camp de Langenstein. Il nous enseigne : « Je regarde aujourd’hui un SDF ou un ministre de la même manière car je les imagine en pyjama rayé. Seul l’homme m’intéresse… » Puis surgissent les guerres communistes. Pour sauver la liberté des nations confrontées à cette idéologie, on lui demande d’engager les peuples à prendre en main la défense de leur patrie. Il le fait avec courage et passion. Sa vie sera marquée par le drame de Talung et conditionnera son geste d’honneur du 21 avril 1961. Celui-ci permettra à nos générations d’effacer la honte d’avoir abandonné au massacre et à l’oubli des centaines de milliers de gens condamnés à fuir le pays où ils vivaient depuis quatre générations. Cette décision rappelle un principe : « On n’obéit pas à un État qui vous demande de vous parjurer ! ». « Entre l’honneur et la fidélité, j’ai choisi ce que je crois être l’honneur », répondra t-il à l’ouverture de son procès. C’est un livre de méditation à garder sur sa table de chevet et à donner à nos enfants. Un livre très rare, d’une paix douce, tirée de la souffrance, où l’âme est restée transparente comme un diamant. À l’heure où l’on propose aux jeunes des sentiments moites sur des principes vaporeux, ce livre redonne le sens de ce qui tient un homme debout durant toute sa vie : le sens de l’honneur. Un honneur qui, au soir de sa vie, s’éclaire de la douce et humble lueur de l’espérance. L’Espérance c’est le dernier mot du livre. ■ Yves Meaudre MAGAZINE


EdM Magazine n°164  

Birmanie : partir ou le rêve des jeunes Birmans / Elections sous clés Philippines : quand les bidonvilles brûlent Cambodge : Lim Vannak, con...

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