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DOSSIER | RENNES DE PAPIER

PAPIER, IMPRIMERIE, ÉDITION

Une histoire d’encre et de passion RÉSUMÉ > Rennes serait-elle une ville de papier ? Cette question est à l’origine de ce dossier, qui explore les liens nombreux et anciens tissés entre la ville et le monde du livre, de l’imprimerie et de l’édition. À travers une approche historique et humaine, richement illustrée, les contributions qui suivent reviennent sur le passé, le présent et l’avenir du papier à Rennes, sous toutes ses formes.

TEXTE > XAVIER DEBONTRIDE

Rennes entretiendrait-elle une relation singulière avec l’écrit et l’imprimé ? La capitale bretonne abrite − on le sait − les rotatives du premier quotidien de France, et − on le sait moins − deux maisons d’édition d’envergure nationale, les Presses Universitaires de Rennes et Édilarge (groupe Ouest-France). Durant 150 ans, son histoire industrielle fut marquée par l’épopée des imprimeries Oberthur. L’encre et le papier appartiennent donc à l’identité locale. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Comment cet héritage s’est-il adapté aux évolutions technologiques ? Quelles perspectives la révolution numérique apporte-t-elle à ces activités, toujours bien présentes sur le territoire ? Ces interrogations, et bien d’autres encore, ont alimenté les débats du comité de rédaction de Place Publique lors de la préparation de ce dossier. Le papier, omniprésent dans notre quotidien, n’est pas un matériau comme les autres. Depuis des siècles, il sert de support aux idées, aux débats, aux images, à l’instruction et à la découverte. Les pages qui suivent vous proposent une mise en perspective historique, des rencontres humaines fortes avec 6 | PLACE PUBLIQUE | MARS-AVRIL 2014

des professionnels passionnés, et une réflexion sur la place de l’écrit dans nos sociétés contemporaines. Écrit imprimé, bien sûr, mais aussi de plus en plus numérique, et ces deux approches sont finalement moins antagonistes qu’elles n’en ont l’air. À Rennes en tout cas, l’odeur du papier n’en finit pas de flotter sur la ville.

Rennes, une ville de l’écrit

L’arrivée à Rennes des premières presses remonte à la fin du 15e siècle, rappelle l’historien Malcolm Walsby. Mais cet essor n’a rien à voir avec celui que l’on surnomma − un peu rapidement sans doute − le « Gutenberg Breton ». Jean Brito, natif de Pipriac, a en effet effectué l’essentiel de sa carrière loin de chez lui, dans les Flandres ! Si les premières imprimeries ne restent pas longtemps en Bretagne, pour des raisons essentiellement économiques, cette absence ne prive pas pour autant la ville de livres. Car un nouveau personnage apparaît rapidement : le libraire. Au 16e siècle, celui-ci joue un rôle essentiel, dans la diffusion des ouvrages, mais aussi dans leur conception. Poursuivant l’analyse historique, Jean Quéniart nous explique qu’à partir du 17e siècle, l’imprimerie connaît un réel essor à Rennes, avec la création de véritables dynasties familiales. Les productions locales répondent alors aux attentes du clergé et des hommes de loi, nombreux dans la ville. Elles vont progressivement épouser les idées nouvelles lors de la période révolutionnaire, mais leur essor sera freiné par la Terreur, et il faudra attendre le milieu du 19e siècle pour retrouver une activité florissante, notamment pour la presse d’opinion. Le milieu du 19e siècle marque un tournant dans l’histoire industrielle de la ville, avec l’installation de l’imprimeur François-Charles Oberthur. Cet Alsacien va bâtir un empire autour d’un produit à succès : l’almanach du facteur.


Une histoire d'encre et de passion (1/2)