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© Lecœuvre Photothèque


L’icône aux cheveux d’or Un jour de mars, à Paris

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e 11 mars 1978, 14 heures : aux Buttes-Chaumont, siège de la SFP, Michel Drucker prépare son émission « Les rendezvous du dimanche ». Dans la rue, un attroupement de fans attend l’arrivée de Claude François. Dans le studio, les Clodettes répètent leur chorégraphie, sous l’œil curieux de Sylvie Vartan qui vient d’arriver. Pendant ce temps-là, Cloclo est toujours chez lui, Boulevard Exelmans. Il prend une douche, sait qu’il est en retard et il n’aime pas cela. Nerveux, il fixe l’applique électrique, de nouveau de travers. Il se lève pour la replacer et, mouillé, est instantanément électrocuté. Un cri retentit dans l’appartement. Kathalyn, sa compagne, et son attachée de presse MarieThérèse se précipitent. L’une coupe le courant, l’autre tente une réanimation d’urgence. Les pompiers de Paris arrivent en un temps record et réussissent l’impossible. Alors que son cœur reprend vie depuis une minute, le chanteur fait un infarctus suivi d’une embolie pulmonaire. C’est fini. A 16 heures, les médias lancent un flash spécial annonçant la mort de Claude François. Les fans massés dans la rue ne l’ont pas entendu, mais l’effervescence qui succède à cette annonce dans les parages du studio leur met la puce à l’oreille. Bientôt, la triste vérité éclate. A la stupeur et à l’incrédulité succèdent l’abattement et la tristesse. Leur idole ne les saluera pas aujourd’hui, ni plus jamais.

t Claude François, un être presque irréel.

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© Lecœuvre Photothèque


Biographie Canal moins

t Regard conquérant, menton volontaire: un jeune homme ambitieux.

© Josette François / Flo

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’est en 1956 que le Canal de Suez est nationalisé par le président Nasser. Cette année-là, Aimé François, comme tous les employés étrangers du Canal, est expulsé d’Egypte. Avec sa fille Josette, son fils Claude (né le 1er février 1939 à Ismaïlia) et sa femme Lucie, il débarque en pays quasi inconnu en s’installant dans un petit appartement de Monte-Carlo. Bientôt, affaibli, malade, Aimé ne peut plus travailler. Claude, en fils responsable et déjà ambitieux, prend les rênes de la famille. Il accepte quelques emplois mais ses rêves sont ailleurs… Il aime chanter et court le cacheton dans les orchestres de la Côte d’Azur. Pas facile, avec une voix nasillarde et un physique quelque peu gringalet. Claude prend des cours de violon, de piano, puis découvre la batterie. C’est grâce à cet instrument qu’il recevra ses premiers engagements – contre l’avis de son père, qu’un destin d’artiste pour son fils est loin de ravir. Mais Claude est têtu : son père n’est pas d’accord ? Tant pis ! La brouille s’installe entre père et fils lorsque Louis Frosio engage Claude comme batteur résident, dès 1957. Les cachets sont misérables et Frosio ne veut pas qu’il chante ? Claude claque la porte et cherche des occasions de se faire entendre dans les nombreuses boîtes de nuit de la région. En 1959, il rencontre et épouse l’année suivante Janet Woollacott, une danseuse britannique croisée au hasard de ces prestations précaires. Ainsi va la vie d’artiste…

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Š Belga


Du nabout au marteau

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hacun sait que pour réussir dans le showbiz, il faut monter à Paris. La volonté d’y arriver, ce n’est pas ce qui manque au jeune Claude. Encouragé par Brigitte Bardot et Sacha Distel, rencontrés dans la Principauté, il débarque dans la capitale au moment où le mouvement yéyé prend vigueur. Son truc à lui, c’est plutôt le twist, qu’il danse merveilleusement bien et dont il maîtrise parfaitement le rythme. Après un bref passage dans l’orchestre d’Olivier Despax, il parvient à enregistrer un 45 tours sous le nom de « Koko ». Le titre rappelle sa jeunesse égyptienne : « Le nabout twist » (1962). En pleine guerre d’Algérie, il fallait oser… Bien sûr, ce disque ne passera à la postérité que comme document sur les débuts d’une immense vedette. Mais le premier pas est franchi. C’est le marchepied vers le succès qui viendra suite à sa rencontre avec la parolière Vline Buggy. Elle fera de lui le champion des adaptations françaises de tubes anglo-américains. A l’automne 1962, « Belles belles belles » (adaptation assez littérale de « Girls girls girls (are made to love) » des Everly Brothers) envahit les ondes, sur « Salut les Copains » et ailleurs. Le grand public découvre cet étrange personnage, twisteur endiablé à l’énergie indomptable. Claude François (il a repris son vrai nom) va rapidement transformer l’essai. Il trouve le manager idéal en la personne de Paul Lederman et, toujours sur des textes de Vline Buggy, commence une longue série de tubes et de tournées. « Marche tout droit » (1963) est poussé par l’émission phare « Salut les Copains » et lui vaut une tournée en première partie de Sylvie Vartan, il a tôt fait de « voler le show » comme on dit dans le métier : désormais, la vedette, c’est lui ! Il se hisse au sommet des hit-parades la même année avec le pétillant « Si j’avais un marteau », adaptation du « If I had a hammer » de Trini Lopez (les guitares en moins).

t Claude prend son envol sur un rythme de twist.

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© JM Périer


Le temps de l’indépendance

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partir de 1967, tout va changer. Fini, le petit gars cornaqué par Lederman et Vline Buggy. Dans l’enthousiasme du succès, on avait perdu de vue le principal trait de caractère de Claude François : une volonté inflexible de réussir toujours davantage et de tout maîtriser. C’est d’abord sa vie privée qui prend un nouveau tour : après une idylle de trois ans et demi avec France Gall, il rencontre Isabelle Foret qui lui offrira deux enfants : Claude (1968) et Marc (1969). Son contrat discographique prenant fin, il décide de fonder sa propre firme de disque, qui s’appellera Flèche. Il sera le patron ! Claude prend même en mains la gestion de son propre fan club. Il installe ses bureaux au 5 de la rue ClémentMarot à Paris, l’ancienne adresse de « Salut les Copains ». Mais le déclic s’amorce avec la rencontre de Jacques Revaux et Gilles Thibaut, qu’on a déjà vus aux côtés de Michel Sardou et de Johnny Hallyday. Inspiré par sa rupture avec France Gall, il crée, en collaboration avec eux une chanson intitulée « Comme d’habitude ». Il ne le sait pas encore, mais ce sera l’un des plus formidables hits du siècle… Après avoir fait un numéro un en France, la chanson est adaptée et enregistrée en anglais par Paul Anka sous le titre « My way ». Elle sera reprise des centaines de fois, notamment par Frank Sinatra, Elvis Presley, Nina Simone et Ray Charles, sans parler de la version déjantée de l’icône punk Sid Vicious…

t Toujours plus haut, toujours plus loin: Claude François est le patron

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Les rencontres qui Vline Buggy La parolière emblématique de Claude François première période est bien née : fille du compositeur Géo Koger (« Prosper », « Marinella », « La Java Bleue » etc.), elle est une « enfant de la balle ». Vline écrira 150 chansons pour Cloclo, mais signera également « Céline » pour Hugues Aufray, « Biche ô ma biche » pour Frank Alamo, « Les bals populaires » pour Sardou et « Tu te reconnaîtras », grand prix Eurovision pour Anne-Marie David (1973). D’autres s’en seraient contenté : pas elle. Vline écrira aussi pour Michèle Morgan, Marie Laforêt, Colette Renard, Pia Colombo, Herbert Léonard et Juliette Gréco. Parcours sans faute pour cette femme dans un univers essentiellement masculin…

Jacques Revaux On ne peut évoquer la carrière de Jacques Revaux sans mentionner le nom de Michel Sardou et « Comme d’habitude ». Revaux devient le producteur

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de Sardou dès 1967. Il écrira ses plus grands hits qui sortiront sur son label Trema. C’est à la même époque qu’il se met à travailler avec Claude François, collaboration dont naîtra, en 1967, le célèbre « Comme d’habitude ».

Gilles Thibaut Jazzman de formation, Thibaut écrit des chansons pour s’amuser. C’est donc en s ‘amusant qu’il écrit, avec Jean Renard, les paroles de « Que je t’aime », le méga tube de Johnny en 1969. Il est l’auteur du texte français de « Comme d’habitude ». Il travaillera ensuite avec Sardou, pour qui il écrira l’immortel « Je vais t’aimer » .

Patrick Juvet Archétype du « Chanteur à minettes », Patrick Juvet vend un million de disques dès 1972 avec « La musica ». La même année, il compose « Le Lundi au soleil », nouveau départ dans la carrière de


ont compté… Claude. Habitué des soirées de la « jet set », Juvet comprend vite, lui aussi, d’où vient le vent quand survient la mode « disco ». Avec « Où sont les femmes », « I love America » et « Lady Night », il triomphe et devient une véritable star internationale.

Jean-Pierre Bourtayre Bourtayre a composé un grand nombre des tubes de Claude dans les années 1970 : « Y’a le printemps qui chante », « Chanson populaire, « Le Téléphone pleure », « Le Chanteur malheureux », « Toi et moi contre le monde entier », « La Musique américaine », « C’est comme ça que l’on s’est aimé », « Magnolias for ever » et l’incontournable « Alexandrie Alexandra ». Sa carrière est une succession ininterrompue de succès, depuis le Grand Prix de l’Eurovision remporté par Séverine (« Un banc, un arbre une rue », 1971) jusqu’à Fabienne Thibault, en passant par Marcel Amont, Richard Anthony,

Charles Aznavour, Hugues Aufray, Julien Clerc, Nicole Croisille, Françoise Hardy, Jacques Dutronc, France Gall, Marie Laforêt, Georgette Lemaire, Eddy Mitchell, Enrico Macias, Gérard Lenorman, Dick Rivers, Tino Rossi, Sylvie Vartan, Michel Sardou et bien d’autres encore. Il sera directeur de production des disques WEA avant de rejoindre, en 1983, Jacques Revaux dans sa firme Trema.

France Gall La jeune chanteuse a 17 ans quand elle tombe dans les bras de Claude. Leur idylle sera passionnée. France le quittera, laissant une plaie terrible dans le cœur du chanteur réputé pourtant dur et volage. « Laisse tomber les filles, un jour c’est toi qu’on laissera… » lui chante France avec un brin d’effronterie, plusieurs années plus tard, lors d’un duo télévisé. Message à peine codé… Sur les images, on voit bien que Claude encaisse.

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Impossible d’obtenir les réponses de Claude au fameux questionnaire de Proust ; qu’importe, ses chansons parlent pour lui… ait Le principal tr ère ct de mon cara hier ! is, mais c’était J’étais insoum je désire La qualité que me chez un hom monde entier. Amoureux du je désire La qualité que me chez une fem jour lles comme le Belles belles be lles comme Belles belles be l’amour.

© Lecœuvre Photothèque

cie le plus Ce que j’appré is chez mes am n m’aime ’o qu J’ai besoin ne comprend Mais personne e et que Ce que j’espèr j’attends…

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l défaut Mon principa rd, comme Je suis en reta d’habitude.

tion préférée Mon occupa paradis Je m’envole au Janeiro. Je vais à Rio de bonheur Mon rêve de our qui rende m Il n’y a que l’a heureux on plus Quel serait m r grand malheu ne e pitié de moi, Souviens-toi, ai s me repousse pa rais être Ce que je voud era la fille qui gagn Le garçon ou à ce jeu ser qui il veut. Pourra embras e désirerais vivr Le pays où je ne ique américai C’était une mus passer nos plus qui nous a fait belles années... je préfère La couleur que es que tu Les roses roug aimais…


este Ce que je dét ut to s par-dessu is me coucher Tout seul je va lit froid… dans ce grand nature Le don de la is avoir ra que je voud l’on s’invente On s’envole et gens qui Des millions de chantent… erais mourir Comment j’aim de tant souffrir Est-il possible e mourir, ni mêm sans pouvoir en en rire fendre ? Ni même se dé ime La fleur que j’a er. ev Magnolias for préfère L’oiseau que je n y’a le Viens à la maiso chante printemps qui n tous les Viens à la maiso ent oiseaux t’attend préférés Mes musiciens qui fait danser C’est le reggae ma vie . , c’est le reggae C’est le reggae

e mon esprit Etat présent d le al-aimé, je suis Je me sens m mal-aimé… spirent Fautes qui m’in gence le plus d’indul e tu me fais qu al Malgré le m frir et t’aimer. Je préfère souf Ma devise gretter d’hier en Jamais rien re demain me disant que re bien J’en aurai enco davantage.

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Legendary French Singers  

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