Page 1

Bretagne 2010 De la pointe Ă la baie


Couverture Marée basse au Mont Saint-Michel. Mardi 2 novembre 2010 (15:02) Toute duplication totale ou partielle, imprimée ou informatisée, de textes, photographies ou illustrations composant ce document est strictement interdite sans autorisation écrite préalable de l’auteur qui demeure seul propriétaire des contenus et de tous les droits qui y sont liés. © Jean-Louis Cuppens (2011)


Bretagne

Basse-Normandie 30 octobre > 2 novembre 2010


Arrivée tardive Une fois de plus, nous partons sur un coup de tête. L’idée est de se trouver un Bed & Breakfast près de Saint-Malo. Ce à quoi l’on a pas fait gaffe, c’est qu’on est la veille du départ de la Route du Rhum. Moralité : 120.000 spectateurs campent dans la zone le même jour que nous et Saint-Malo s’apprête à accueillir 2 millions de visiteurs pendant 10 jours… Nous élargissons notre cercle jusqu’à Dol-de-Bretagne, Dinan… mais toutes les chambres ont été réservées depuis longtemps ! Les locaux nous conseillent d’aller jusqu’à Rennes (70 bornes), voire d’aller revoir les Landes. Une bonne âme nous laisse voir une liste locale de B&B. Au troisième appel, bonne nouvelle : Il y a eu un désistement à Pleslin-Trigavou, trou perdu du cru. On s’y rend à tombeau ouvert. Dehors, aucun signe distinctif, aucune lumière. Une dame, récemment veuve, nous ouvre alors que la pluie bat son seuil.

Elle nous montre la chambre dont elle venait de réallumer le chauffage. Nous acceptons. Le style modern sixties avec acajou et miroirs a mal vieilli. Les abat-jours en forme de parapluies fleuris éclairent maladivement un papier peint saumoné que ponctuent, entre deux gravures d’églises, des couronnes de fleurs en plastique semblant avoir été dérobées au cimetière. Si le lieu est lugubre, l’hôtesse est plutôt bienveillante. Elle nous dit que si on a faim il y a un très bon restaurant de fruits de mer à Ploubalay, le village voisin distant de 10 km. Comme on crève la dalle, on accepte sans tergiverser. Elle téléphone et, après quelques instants, nous informe qu’on nous attend si on ne traîne pas en chemin. Le fait que ce Bocuse de province se nomme «Café des Sports» ne m’inspire nulle confiance. Pas plus que l’enseigne éteinte, les deux clients égarés dans la pénombre et la serveuse qui nettoie son zinc.

Nous poussons la porte. «Ah oui, les touristes belges du Pleslin, venez, suivez-moi !». Un labyrinthe de couloirs étroits nous conduit à une arrière-salle bondée de locaux bruyants dont certains sont véritablement dissimulés derrière des platées extraordinaires de langoustines, crevettes, huîtres et tourteaux en pièces montées. Le tout poussé en chantant par un Muscadet nantais, pour une septantaine d’euros avec les cafés… La nuit fut bonne, malgré le fort vent d’ouest et un matelas formant par endroits de profondes vagues de creux. On leva l’ancre après le déjeuner, pour loger dans une chambre pour handicapés en fauteuil de Roz-sur-Couesnon, une ferme aménagée en B&B avec production maison de confitures et de foie gras… Ploubalay / Samedi 30 octobre 2010 (21:18 et 22:46)


Dinan Dimanche 31 octobre 2010 (11:45)


Chez la Mère Pourcel J’aime beaucoup cette maison à vieux pans de bois patiné de la Place des Merciers. Du côté de la rue des Cordonniers, ses fenêtres semblent disposer de passe-partout d’inspiration orientale. Elle abrite depuis près de cent ans le restaurant de la Mère Pourcel. Dinan / Dimanche 31 octobre 2010 (12:12)


En boîte, on ne trouve pas que des thons ! Sardines, thons, maquereaux, anchois ont leur temple, leur bibliothèque nationale où ils trônent dans leurs plus beaux atours, sur des rayonnages bien rangés. Les boîtes en fer se parent de mille feux, comme les enluminures des manuscrits et des premiers incunables. Ils sont conscients d’être parmi les Immortels de l’Académie. Ils bombent le torse, sur un parfait alignement, prêts à recevoir leurs galons. A ce concours de classe et de beauté, ils ont osé la variété, rivalisant de parfums et de recettes pour surprendre et être élus. La sardine est reine. Elle a été pêchée à la belle saison, entre mai et novembre. Des amoureux l’ont travaillée fraîche, l’on dévêtue de sa cape d’hermine et de sa couronne, puis l’on baignée dans un bain d’huiles essentielles soigneusement sélectionnées et agrémentées des plus fins aromates. Puis les serviteurs du palais, l’ont préparée, effectué ses parage et emboîtage à la main, artisanalement, noblement, dans le respect scrupuleux des formes ancestrales. Dans son sarcophage, elle s’est confite, atteignant la perfection des saveurs. Dinan / Dimanche 31 octobre 2010 (12:41)

Double-page suivante Quelques vues des rues de Dinan au lendemain d’Halloween Dinan / Dimanche 31 octobre 2010 (12:12)


Dans les ors du couchant, les remparts de la citĂŠ corsaire se font plus accueillants si le vent tombe un peu.


Une ville chargée d’histoire Le 16 janvier 423, le retrait de l’armée romaine livre la cité d’Aleth aux pillages des tribus du nord (Alains). Puis, en 538, un saint irlandais nommé Mac Low («Maclou») en provenance de l’actuel Pays de Galles débarque sur l’île de Cézembre située en face de la cité. A la fin du premier millénaire, les nombreuses attaques franques et normandes affaiblissent durablement la ville. Aussi les habitants migrent-ils sur le rocher de Saint-Malo (plus facile à défendre) et, à partir du XIIe siècle, on y dresse des remparts de granit (ils seront restaurés après l’incendie qui ravagea la ville en 1661, puis agrandis par Vauban). Une particularité des remparts de Saint-Malo est qu’ils sont posés sans fondation sur le rocher et tiennent par le poids des pierres empilées. L’enceinte comprend aujourd’hui huit portes et trois poternes. Garni de mâchicoulis et flanqué de plusieurs tours, le chemin de ronde offre une magnifique promenade sur près de 2 km. Faire le «tour des murs» constitue l’une des activités préférées des habitants et des touristes. Au Moyen Âge, la devise de la ville est «Cave canem» («Prends garde au chien» en latin) en référence aux chiens du guet, des dogues lâchés la nuit dans la ville et sur la grève. La position stratégique du port est l’objet de conflits entre la Bretagne et le Royaume de France. En 1590, la ville en profite pour proclamer son indépendance et devient une cité-état pendant quatre ans («Ni Français, ni Breton, Malouin suis, Malouin je reste»). Après un bref passage aux mains du Roi de France au début du XV e siècle, Saint-Malo est définitivement annexée de la Bretagne à la France en 1593. C’est avec la découverte des Amériques et le développement des échanges commerciaux avec les Indes que Saint-Malo prend son envol économique et s’enhardit considérablement. Les armateurs deviennent plus nombreux et des personnages de cette époque font la renommée de la ville. Jacques Cartier découvre et explore le Canada, les corsaires harcèlent les marines marchandes et militaires ennemies, tels Duguay-Trouin, puis un peu plus tard Surcouf. Le style de vie s’améliore et les armateurs se font construire de belles demeures particulières appelées Malouinières. L’essor de Saint-Malo trébuche à la Révolution française qui ne l’épargne pas. La ville continue cependant de développer la pêche, en particulier la Grande Pêche vers Terre-Neuve. À la fin du XIX e et au XX e siècle, Saint-Malo développe son tourisme, notamment grâce à ses plages. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Saint-Malo est particulièrement touchée. Les Alliés, mal renseignés sur les effectifs restreints de la garnison locale, bombardent massivement le centre historique de la ville en 1944. La ville est dévastée à 80 % par des bombes incendiaires. Reconstruite selon un style «historicisant» (et non à l’identique), Saint-Malo est aujourd’hui un important centre touristique estival, également port de commerce, de pêche et de plaisance. Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (17:39)


Corsaires et sabres au clair Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (16:05 > 16:18)


Pose au menton n째1 Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (17:20)


Pose au menton n째2 Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (16:23)


Etoile du Roy L’Etoile du Roy (ex-Grand Turk) est une frégate corsaire de 47 mètres. Réplique du XVIII e siècle, elle est le deuxième navire traditionnel français par la taille. Ce navire «Trois Mâts» de 310 tonneaux avec 240 hommes d’équipage était armé de 20 canons. En temps de guerre, l’Amiral de France délivrait une lettre de marque au capitaine pour partir à la course, l’autorisant ainsi à attaquer les bâtiments ennemis du Roy. Rapide, maniable et polyvalent, il était capable de traverser les océans et de freiner par sa force de feu la convoitise des ennemis de toutes natures attirés par ses riches cargaisons. Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (14:44)


Ex-Votos Ă la Vierge Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (16:51)


Tant de fois brisée et maltraitée, Notre-Dame de la Grand’Porte reste miraculeuse et protectrice des Malouins Dans la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, se trouve une superbe statue de la Vierge à l’Enfant qui tient son nom du fait qu’elle était initialement placée au-dessus de la Grand’Porte. Depuis 2003, c’est une copie qui trône dans la niche de la Porte Notre-Dame des Remparts afin de protéger l’original restauré des assauts des intempéries et de l’air marin. La statue de pierre calcaire peinte date du début du XV e siècle. On ignore sa provenance, mais l’artiste était vraiment au sommet de son art ! Admirez la profusion et l’agencement des multiples plis du manteau. On ne retrouvera pas une telle qualité de sculpture avant le début de la Renaissance. La grâce tient aussi dans les gestes et attitudes des mains de l’enfant et de sa mère, du léger déhanchement de celle-ci, annonciateur du gothique (ainsi que la raideurs des traits du visage de la Vierge). Mais le petit Jésus est habillé, ce qui est résolument roman. De même, il caresse un oiseau de la main gauche, tandis que le petit volatile lui picote la main droite de son bec. Ce thème de l’oiseau était très en vogue au début du XV e siècle. Mais ce n’est pas une colombe : la longueur des pattes, le bec crochu et les serres font songer à un épervier (symbole du malheur) ou à un autre oiseau de proie.

Malheurs Notre-Dame de la Grand’Porte a subi de nombreuses mutilations. Sa main droite a été brisée en 1794 pour lui ôter le lys qu’elle tenait et effacer le souvenir des miracles qui lui sont attribués (lire plus bas). Celle qui a été refaite est trop grande et moins finement sculptée que le reste de la statue. La Vierge a eu également la tête brisée par les révolutionnaires : la restauration en a été cette fois si bien réalisée qu’elle est à peine visible. La couronne a été assez abîmée et ressemble aujourd’hui davantage à une couronne fantaisiste qu’à une couronne royale. En 1843, la statue a été brisée au tiers de sa hauteur, pendant qu’on la replaçait après la restauration de la niche (les raccords sont parfaitement visibles). Le nez de la Vierge a été mal refait : l’espace entre les arcades sourcilières a été martelé pour faciliter le raccord avec la réparation. Les pieds de la statue également ont été brisés et rafistolés au point qu’il est désormais impossible de distinguer ses chaussures.

Légendes Plusieurs légendes et miracles sont attribués à Notre-Dame : ainsi, malgré son poids, des marins en route pour les Indes l’auraient trouvée flottante sur l’eau et ramenée à Saint-Malo après qu’une série d’ouragans soudains, violents et inexpliqués les aient empêchés de poursuivre leur route maritime. En 1439, les Anglais conçoivent avec un traître malouin de pénétrer directement au cœur de la ville par le biais d’un tunnel. Un enfant voit alors la Vierge pointant du doigt le sol, indiquant l’endroit où creuser pour découvrir le stratagème. Cela sera fait, l’invasion échouera et le traître sera exécuté. La Vierge de la Grand’Porte se serait dressée et aurait arrêté l’incendie de la ville en décembre 1661, durant lequel elle sera partiellement brûlée. Le feu avait pris dans le corps de garde érigé en 1585. Seulement 200 maisons furent détruites. Cela lui valu d’être aussi appelée «Notre-Dame de Bon-Secours». Plus tard, on lui attribue encore l’échec de la «machine infernale» en 1693 : cet énorme brûlot, chargé de poudre, destiné par les Anglais à faire sauter Saint-Malo, vint s’échouer sur le rocher Malo, engloutissant dans l’explosion tous ceux qui le conduisaient. Le lendemain, on retrouva les membres épars de quelques Anglais sur les toitures de la ville. Côté breton, on ne déplora la mort que d’un malheureux chat ! Deux ans plus tard, on implora encore NotreDame de la Grand’Porte. Grâce à sa protection, les 1.600 bombes lancées par les Anglais sur Saint-Malo tuèrent seulement 10 personnes et ne détruisirent que 7 maisons. En 1758, les Anglais effectuèrent encore 2 descentes aux portes de Saint-Malo dont la seconde s’acheva par le triomphe breton à la bataille de Saint-Cast. La statue était portée en procession autour de la ville -lors de ces moments de grand danger et invoquée. Enfin, elle fut invoquée tout particulièrement lors des bombardements de Saint-Malo. Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (14:44)


Tunnel vers la Mer Celtique Des pins courbés par les vents du large semblent s’enrouler pour former un tunnel végétal d’ombres et de lourdes senteurs. De l’autre côté du chemin, des piquets de bois retiennent les dunes et quelques maigres graminées toujours tentées d’accompagner ces vents dans leur course insatiable et sauvage… Pointe du Grouin / Lundi 1er novembre 2010 (13:59)


Bain de pieds (et du reste) Pointe du Grouin / Lundi 1er novembre 2010 (13:40 > 13:48)


MarĂŠe Basse Cancale / Lundi 1er novembre 2010 (11:44)


HuĂŽtres de Cancale Cancale / Lundi 1er novembre 2010 (12:00)


Tourteaux Dinan / Dimanche 31 octobre 2010 (11:53)

La laideur se vend mal «La Laideur se vend mal», aimait à dire le génial designer Raymond Loewy. Okay, mais tout est affaire d’équilibre et l’étalagiste ne peut écraser le produit, sous peine de faire de l’étalagisme et de vouloir se mettre lui-même en vitrine comme la première étalagyne venue ! Voici me semble-t-il un contre-exemple. Donc une vitrine exemplaire. Avec sa dose de discrétion, l’air de rien… mais aussi sa poésie évocatrice, bref la meilleure des pubs, nous dira-t-on, puisqu’elle n’évoque pas le produit mais entre en résonance avec l’étalophage, son moi profond, là où le raisonnement n’a plus cours… Interpellé par la vitrine, le soir, tard, à Saint-Malo, je la photographiai sous toutes ses coutures. Au point que je fis un émule, en la personne d’un homme entre deux âges, armé d’un Coolpix. Quand je le découvris accroupi entre deux voitures garées face à la devanture, je ne pus m’empêcher de faire des yeux ronds et de l’interroger du regard. Il finit par lacher, un peu gêné : «Et dire qu’il y a des tas de gens qui ne remarquent même pas ça ! Incroyable, n’est-ce pas ? Cela aurait été une erreur de passer à côté !». Rien de pire que de rester l’étalagiste inconnu ! Saint-Malo / Lundi 1er novembre 2010 (19:20)


Le café du coin d’en bas de la rue du bout de la ville d’en face du port En bas de la rue qui mène au bout de la ville du côté face au port, il y a un bistrot qui sort de l’ordinaire. Il porte deux noms : «La Java» ou «Le café du coin d’en bas de la rue du bout de la ville d’en face du port». Il n’est pas sans rappeler aux Liégeois les plus belles heures de Roture et des nuits folles au Cirque Divers de Michel Antaki. Ici, le Président Dictateur Général se nomme Jean-Jacques (Samoy) 1er. Le bistrot existe depuis 1820 au coin de la rue Sainte-Marguerite et de la rue Sainte-Barbe. Mais gageons qu’il devait être moins spécial à l’époque. Le bar (abreuvoir) se trouve face à la porte d’entrée. En maximum 3 pas, les plus soiffards peuvent s’y accouder. S’asseoir y est plus difficile puisque les tabourets ont cédé la place à des planches d’escarpolettes. Le client qui voudrait s’écarter du zinc y est automatiquement reconduit : no escape ! Il y a aussi des anneaux olympiques accrochés au plafond pour se hisser sur la seule chaise haute du bar. Deuxième étonnement, les couleurs vives du lieu et une impression d’un méticuleux bric-à-brac. Le regard s’affine en même temps qu’il s’égare sur des milliers de poupées, marionnettes, figurines… formant une république dont Guignol serait Président. Des airs de foire, de petit théâtre ou de grand galopant. La poupée, c’est l’humain déshumanisé puisqu’on peut le placer dans des situations incongrues et surréalistes (on retrouve d’ailleurs sur une étagère l’enfant de porcelaine passé à la moulinette, hommage à Jean-Christophe Averty). Les images se veulent iconoclastes, sauf qu’elles ne choquent plus. Par contre, l’humour gaulois se teinte d’accents celtiques pour accéder à ce «british non sense» qui fera toujours défaut aux latins. Pas un centimètre carré qui ne soit occupé par un objet, un dessin, une photo… Au coin du bar, on n’a pas séparé Tchantchès de Nanesse. Au-dessus du miroir, une bande de peones et de mariachis mexicains sont parés pour l’aubade ou la fusillade. Sur l’ardoise, la pensée du jour dit : «Jamais le lundi ! Et toc !». Des plaques émaillées nous parlent de spécialité de deuil ou nous conseillent en cas d’absence de s’adresser à côté. Le gros-plant fait ses 14 degrés et ne coûte pas cher. L’humour est au 3e dégré et est compris dans le prix. Attention toutefois : on paie à réception de la marchandise. C’est dans la constitution. Et si on rouscaille, c’est la déportation vers l’Ailleurs. C’est ainsi la démocratie du patron. D’ailleurs, sur son site, il devient Moïse et revisite les 10 commandements divins. La carte posée sur la table est un petit précis gagesque. Au Moyen-Âge, la devise de Saint-Malo est Cave Canem (Prends garde au chien en latin), en référence aux chiens du guet, des dogues lâchés la nuit dans la ville et sur la grève. Au café de la Java, on nous menace de bouffer le chien si on ne nous verse pas à boire !


A Jean-Jacques, le patron, de parlez pas de déco. Il dira que ce n’est pas de la déco, mais que c’est son histoire, en fragments, lui qui adore la brocante et les jouets d’antan. Bref un endroit unique dans le genre. PS : le truc pour trouver les vécés, c’est d’entrer dans la vieille cabine d’ascenseur. Le fond s’escamote sur la porte espérée.


Céline, c’est la gérante en chef du café. Le patron dit d’elle que c’est «la plus grande professionnelle qu’il m’ait été donné de côtoyer dans ce métier, un dromadaire du boulot, une guerrière amazone de la culture bistrot. (…) En tout cas, pour une gonzesse, elle en a une sacrée paire ! Çà, c’est le plus beau compliment que je puisse faire à une pissouze.»


Cloches Ă scaroles Mont Saint-Michel / Dimanche 31 octobre 2010 (16:45)


Seul face aux vents et marées Retourner aux marches du Mont Saint-Michel était un rêve de très longue date. J’y avais posé mes conditions : je voulais le voir hors saison, loin de la foule des touristes et l’achèvement aurait été d’y passer la nuit afin d’y déambuler parmi les ombres une fois le silence revenu. Tout ne sera pas possible mais cela en valait la peine. Mont Saint-Michel / Dimanche 31 octobre 2010 (17:00)


Taj Mahal J’aime cette photo où cette «Merveille de l’Occident» a des airs de Taj Mahal se mirant dans ses bassins ! Mont Saint-Michel / Dimanche 31 octobre 2010 (16:42)


Le Mont Saint-Michel est un îlot granitique à l’est de l’embouchure du Couesnon. Anciennement nommé le «Mont Tombe», ce rocher reçut dès 709 (suite à l’apparition de l’archange à l’évêque Saint-Aubert d’Avranches) un oratoire dédié à Saint-Michel. L’Archange aurait laissé la trace de son doigt sur le crâne d’Aubert. Le sanctuaire primitif fut habité par une première communauté de 12 chanoines. Puis, et pendant tout le Moyen-Âge, il fut couramment appelé «Mont Saint-Michel au péril de la mer»… L’abbaye bénédictine fut édifiée dès 966. Mont Saint-Michel / Dimanche 31 octobre 2010 (16:31)


Nous avions évité (de peu) la folie causée par le départ de la Route du Rhum depuis la très proche Pointe du Grouin. Puis celle des pèlerins, ces bretons croyants, partant à Saint-Michel pour l’office des morts, le premier novembre. Là, le lendemain, à une heure encore matinale, nous étions parmi les premiers, mais vite les cars de touristes japonais allaient venir remplir les parkings… Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (18:06)


Si le soleil avait bien brûlé au jour de la Toussaint, il était bien timide en ce mardi de deuil. Mais cela donna une lumière lourde pesant sur les sables rouillés de la baie. A midi, la marée remonta au long des sillons à la vitesse d’un gars comme moi marchant d’un bon pas, ce qui n’a rien à voir avec un mustang au galop, mais tout de même (13 mètres d’amplitude sur 10 kilomètres de terres). Les marcheurs du Mont rentrèrent précipitamment, faisant de grands tours pour éviter les flots bouillonnants. Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (11:58)


Les effondrements et démolitions, au même titre que les reconstructions étalées sur plusieurs siècles ont rendu la vie médiévale de l’abbaye peu intelligible. Mais certains lieux ont conservé un charme presque habité par les anciens habitants du Mont, moines, seigneurs, princes ou prisonniers… Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (13:45 > 14:14)


Dans l’église…

La Crypte Voici la «Crypte aux Gros Piliers» (XVe siècle) qui supporte le chœur gothique de l’église abbatiale depuis l’effondrement du chœur roman en 1421. Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (13/43)

Lucifer, ange déchu, vient d’être vaincu par les armées divines. Avec ses troupes, il s’apprête à relancer une attaque contre le Ciel lorsqu’il entend parler d’une prophétie : une nouvelle espèce de créatures doit être formée par le Ciel. Il décide alors de partir seul en expédition. Sorti de l’enfer, il s’aventure dans le Paradis, et trouve le nouveau monde. Après avoir facilement dupé un ange en changeant d’apparence, il s’introduit dans le paradis et découvre Adam et Ève. Dieu l’apprend, mais décide de ne rien faire : il a créé l’homme libre, et lui accordera sa grâce quoi qu’il arrive… si toutefois il respecte la justice divine. Son Fils, trouvant le jugement sévère, supplie son Père de prendre sur lui les péchés des hommes, ce à quoi celui-ci consent. Après quelques doutes, Satan met au point un plan pour nuire à Dieu et à l’Homme : ayant appris que Dieu interdisait aux humains de manger les fruits de l’arbre de science, il essaye, en songe, de tenter Ève. Mais sans le vouloir, il réveille aussi Adam, qui le chasse. Dieu envoie alors un ange pour les mettre en garde, et les informer sur leur ennemi, afin qu’ils n’aient aucune excuse. Plus tard, Satan revient à la charge : il profite du fait qu’Ève se soit éloignée d’Adam pour la récolte, et, prenant la forme d’un serpent, il la tente à nouveau et lui propose avec succès le fruit de l’arbre défendu. Ève va alors raconter son aventure à Adam, et lui propose d’y goûter lui aussi, ce à quoi celui-ci finit par céder, par amour. Sitôt Dieu informé, il envoie son Fils prononcer la sentence : ils seront chassés du Paradis, et Satan et ses compagnons transformés en serpents. Le Fils, les prenant en pitié, les recouvre. Malgré cela, Adam voit ce qu’il a perdu et désespère avec Ève. Dieu envoie alors à nouveau un ange pour montrer à Adam l’avenir de sa descendance jusqu’au déluge. Ce dernier, grandement rassuré, se laisse alors conduire par l’ange Michel avec Ève hors du Paradis. L’épée flamboyante tombe derrière eux et les chérubins prennent place pour garder le lieu désormais interdit. Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (12:27)


La cage d’écureuil Une gigantesque roue de cage d’écureuil dans laquelle tournaient les moines et autres résidents du Mont pour faire monter vivres et éléments de construction le long d’une rampe très pentue. Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (15:24)


Le cloÎtre aux fines colonnes de granit anglais‌


La salle des hôtes (rois, princes, chevaliers…) avec ses énormes cheminées… Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (13:23 > 13:32)


Le rĂŠfectoire des moines avec la baie ajourĂŠe du lecteur du chapitre. Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (18:06)


Née à Nevers, Annette Boutiaut travaille très jeune comme femme de chambre au service d’Édouard Corroyer, un ancien élève de Violletle-Duc, nommé architecte en chef des Monuments historiques. En 1872, Corroyer se voit confier par le gouvernement la restauration de l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Il s’y rend donc avec sa femme, sa fille… et sa femme de chambre. Consciente de son manque d’instruction, Annette prend des cours d’orthographe et de mathématiques auprès de la sœur institutrice du Mont-Saint-Michel. Rapidement, elle fait la connaissance du fils du boulanger du Mont, Victor Poulard. Édouard Corroyer est son témoin de mariage. L’amour entre Annette et Victor durera jusqu’à leur mort. Le couple Poulard décide de prendre en gérance un établissement modeste connu sous le nom d’Hostellerie de la Tête d’Or. Contraints par les horaires de marées, les clients y sont rares : une poignée de pèlerins, quelques archéologues, une pincée d’artistes ou d’hommes du monde. Il fallait satisfaire leur appétit avide dès leur arrivée, quelle que soit l’heure. C’est alors qu’Annette trouve l’idée de les faire patienter en leur offrant une omelette de sa confection en attendant le plat principal. Cette omelette était cuite dans un feu de bois sec qui flambait dans l’âtre. En un tournemain d’une suprême élégance, Madame Poulard avait confectionné une omelette rosée, baveuse, fumante et savoureuse à souhait, et qu’elle offrait elle-même à ses hôtes. Son omelette a largement dépassé la réputation de ses autres plats pourtant fameux. La maison prospère rapidement. En 1888, Victor et Annette Poulard quittent leur ancien établissement pour acquérir l’Hôtel du Lion d’Or. Ils le font démolir pour édifier un hôtel imposant et fonctionnel qui prit pour enseigne : «À l’Omelette Renommée de la Mère Poulard». Le précédent, repris par le jeune frère de Victor Poulard, adopta comme enseigne : «À la Renommée de l’Omelette soufflée. Rapidement, la renommée de la Mère Poulard a fait des envieux, à commencer par ses enfants qui ont ouvert deux hôtels, Victor (l’aîné) et Alphonse (le jeune), se faisant une concurrence acharnée. Au fur et à mesure que se répand l’attrait pour le Mont-SaintMichel, grandit la renommée des omelettes et de l’hospitalité de celle qu’on n’appelle plus que la Mère Poulard. «On ne peut se rendre au Mont-Saint-Michel sans aller goûter l’omelette» lit-on dans les gazettes parisiennes. Bientôt, on accourt ; anonymes et hôtes illustres, princes et rois, diplomates et savants, hommes politiques et vedettes se pressent près de l’âtre des Poulard.

L’accueil de la maîtresse de maison est aussi réputé que son omelette. Parfaite mère de famille, elle s’efforce de mettre en confiance ses visiteurs et clients en les rassurant sur leur sort, elle donnait aux étrangers l’impression très nette qu’ils franchissaient le seuil d’une maison familiale. C’est une mère qui reçoit ses enfants, avec un empressement sans feinte, une simplicité sans détour : «Avezvous fait un bon voyage ? [...] Passez vite à table, car vous devez être morts de faim. [...] Madame, donnez-moi ce manteau, que je le fasse sécher. [...] Soyez tranquille, on vous le rendra repassé pour la visite du château. Prenez cette écharpe en attendant. [...] Maintenant, remettez-vous. Prenez votre temps. Mangez bien. Et quand vous aurez fini, on vous montrera le chemin.»

— Oui. Il y a ceci et cela... — Est-ce qu’il n’y a pas aussi une bouteille de vin ? — Ah ! oui, c’est vrai, Madame ; j’oubliais... Madame Poulard avait tout vu, tout retenu, rien oublié. Néanmoins, il était inévitable, avec un tel système, que des gens distraits ou malhonnêtes partent sans payer. On disait couramment que Madame Poulard perdait, bon an mal an, de ce seul chef, plus de deux mille francs, somme rondelette pour l’époque. À qui se faisait l’écho complaisant de cette rumeur, elle répliquait victorieusement : «Oui, je perdais de l’argent et je le savais. Mais réfléchissez donc : pour me faire payer strictement, il m’aurait fallu une caissière, que j’aurais dû rétribuer, nourrir, loger, supporter [...] et qui ne m’aurait pas secondée. Tout comptes faits, je crois que j’avais du bénéfice. Puis beaucoup de braves gens, rentrés chez eux, se rappelaient leur distraction ou avaient du remords de leur vilaine action : ils m’envoyaient un mandat, avec un mot aimable. Tous m’envoyaient leurs amis. C’est comme cela que nous avons fait la réputation de la maison.» Dans cette maison, on le voit, nul embarras de comptabilité. «À la fin de la saison» disait Madame Poulard «nous faisions notre caisse. Nous gardions par devers nous les sommes nécessaires pour passer l’hiver et préparer la saison suivante. Le reste, nous le mettions de côté.»

La Mère Poulard cultivait l’ambiguïté dans les relations avec ses clients, elle était une personne aiguisée dans les affaires, avec son air de dégoût de l’argent, elle n’en surveillait pas moins le tiroircaisse de son restaurant. Elle acceptait quelquefois les aquarelles de ses clients à titre de paiement, mais elle gardait tout de même l’œil sur l’addition : Annette n’employait que très peu de personnel dans son auberge. Madame Poulard accueillait ses hôtes en personne et leur assignait leurs chambres. C’était si simple : on n’avait affaire qu’à elle. Et quand on s’en allait, c’était à elle encore que l’on demandait la note. — Votre note, Monsieur ? D’abord, nous n’en faisons jamais. C’est la vie de famille, chez nous. [...] Vous êtes pressé, la voiture vous attend. Mais partez donc. Vous me payerez une autre fois, quand vous reviendrez... — Mais, Madame... — Vous y tenez. Eh bien ! Faites vous-même votre note. Vous rappelez-vous de tout ce que vous avez pris.

On se presse chez la Mère Poulard. Princes, artistes, hommes politiques, personnalités de tous horizons conjuguent leurs louanges dans le livre d’or qui comporte plus de quatre mille signatures. Un jour, Léopold II, Roi des Belges, veut s’installer à la terrasse de rue pour déjeuner, il se voit refuser de s’y faire servir. Comme tout le monde, il doit prendre son repas dans la salle à manger. Annette a en effet du tempérament. Elle veille à tout. Georges Clemenceau lui-même restera un des plus fidèles amis d’Annette Poulard. À l’heure de la retraite, vers 1920, les époux Poulard font construire une jolie maison sur les hauteurs du Mont. Le 15 janvier 1923, parmi une foule nombreuse et attendrie, ils célèbrent leurs noces d’or. Annette s’éteint à 80 ans le 7 mai 1931 et rejoint son défunt mari dans le petit cimetière du Mont-Saint-Michel. A présent, on parle volontiers de coups de fusil et d’ardoises stratosphériques. C’est que la nourriture s’y paie au gramme et l’omelette dépasse allégrement les 30 e ! (d’après wiki)


La belle, au sommet de sa tour, ne voyait venir qu’une sombre marée… Mont Saint-Michel / Mardi 2 novembre 2010 (11:57)

Au coucher du soleil, de l’autre côté de la baie, sur les premières plages cancalaises, je prends ce dernier cliché deux minutes avant une averse… Mont Saint-Michel / Dimanche 31 octobre 2010 (18:23)


BRETAGNE 2010  

Personal Travel Photo Album (in French).

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you