3 eme numero le_jeune_tidiane_Septembre2023

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PROJET, UN SAVOIR-FAIRE À LA CONQUÊTE DU

FAIRE-SAVOIR

Serigne Abdoul Aziz SY Al Amin, au cours de la Ziarra Achoura 2015, administrait à la Jeunesse Tidiane Malickite la pédagogie de l’action et de la responsabilité par un sermon prémonitoire en ces termes restés gravés dans les annales des Hikam ou sagesses pratiques : « ne me parlez plus de projets ; consacrez votre temps aux réalisations, au concret. » Cette injonction heureuse et responsabilisante coïncide depuis quelques années avec l’avènement dans la Hadara d’une mouvance constituée essentiellement de jeunes instruits, cadres mais qui sont avant tout d’abord des Talibés tidiane. Avec tout ce que cela

comporte comme obligations spirituelles et cultuelles, sans anicroche aucune avec l’effectuation de leurs obligations professionnelles et académiques. Au contraire, la soif de volonté combinée à l’éthique louable du disciple de Seydina Cheikh (rta) doivent faire de lui un athlète de l’excellence dans le bien et l’action de grâce.

PROJET, pour le citer, est une Plateforme de réflexion et d’orientation des jeunes Tidiane. A travers le sigle, le contenu et le contenant, l’ambition demeure majeure, les sentiers à battre immenses, et la prospective fine pour réussir à « occuper et habiter » la communauté par la formation spirituelle, intellectuelle et sociale. Divisée en pôles, ce mouvement tidiane est particulièrement percutant par une politique digitale qui fait tache d’huile au point d’être devenu le référentiel dans le contenu visuel et multimédia lors des évènements de la Hadara Mâlikiya ; un comité scientifique qui a brillamment produit le Journal du Gammù 2022 et qui récemment à travers Majalis, sous les auspices guidés du Professeur Abdoul Aziz KEBE, est entrain de réunir des éminents chercheurs de Tivaouane comme Docteur Bachir NGOM, le très pertinent

UNE NOUVELLE ÈRE

S’OUVRE

AVEC UN

MAGAZINE TIDIANE

Père des âmes désemparées, patriarche de la voie qui rééduque les âmes délinquantes, pôle caché et sceau des saints, Cheikh Ahmad Tidjani (RTA) est à l’honneur de ce numéro spécial du Jeune Tidiane. La vie sublime, le vécu immensément riche et les grandes dimensions de ce saint hors pair ont été revisités pour vous. Ce numéro spécial nous plonge dans ce vaste océan de spiritualité et de connaissances qu’est Seydina Cheikh Ahamada Tidjani (RTA).

De Aïn Madhi à Fez, Le Jeune Tidiane vous retrace, sous la plume de Cherif THIOUB, le parcours extraordinaire de notre guide éclairé, de sa longue quête à sa rencontre avec son aïeul, le Prophète Seydouna Mouhamad (PSL).

De la Khatmiya à la Katmiya, sens et essences de deux notions qui seront au cœur de ce numéro. Nous vous invitons à un voyage dans l’univers, encore méconnu, de ces grandes stations avec une dissection terminologique rigoureuse et renseignée de la part de Mouhamadou Al Amine NDIAYE. Sens et essences qui seront aussi passés à la loupe pointue d’un brillant universitaire en l’occurrence le Professeur Abdoul Azize KEBE. Dans une interview d’une rare beauté, il revient avec nous sur le niveau supra scientifique du Cheikh. Un niveau faisant de lui, non seulement, le lieu de « convergence des connaissances théophaniques », mais aussi, un niveau lui conférant « le rôle de celui qui manifeste la vérité de la connaissance aux créatures ».

Ce numéro est aussi celui de l’organisation et de la méthode chez le jeune disciple Tidiane. Notre voie, réputée pure et ordonnée, s’inscrit dans la recherche d’une hygiène de vie particulièrement bonne, fondée sur l’entretien de l’âme et du corps par le Zikr. Le Zikr, comme la vie de tous les jours, est arrimé au temps. Ce dernier, fugace et capricieux, nécessite une gestion optimale pour le rendre bénéfique. Dans ce numéro, Sokhna Maimouna Mbacké DIOP At-tidiani nous décortique le Wird Tidiane en tant qu’optimiseur éternel de la vie temporelle. Ainsi, nous vous souhaitons bonne lecture et vous donne rendez-vous prochainement pour un autre numéro de haute facture de votre magazine le Jeune Tidiane.

Coordinateur de la Plateforme de Réflexion et d’Orientation des Jeunes Tidianes

Cheikh Ahmed At Tidiani Cherif DIENG

SOMMAIRE

Actualités KATMIYA ET KHATMIYA Interviews Articles 5 6 11 15

ACTUALITES Scoop

Décès de oustaz Ahmad Ba : la tarikha perd un grand

savant !

Le mardi 8 août reste un jour triste pour l’ensemble de la communauté Tidiane. Oustaz Ahmad Ba, Moukhadam de la famille de Cheikh Ibrahima Niass (RTA), était une personnalité religieuse cultivée qui savait se départir des clivages. Le Jeune Tidiane présente ses sincères condoléances à la famille du disparu et, plus particulièrement, au Khalif Cheikh Mouhamadoul Mahi Ibrahima Niass.

Collecte de fonds pour les travaux de la grande mosquée de Tivaouane :

Plus que le milliard !

Le 5 aout passé, les fidèles tidianes ont encore démontré leur détermination quant à l’achèvement des travaux de la grande mosquée de Tivaouane. En effet, si l’objectif de cette soirée de collecte était d’atteindre un milliard de franc, il fut dépassé de loin prouvant encore une fois l’engagement sans failles des fidèles face à ce grand projet de notre hadara.

Collecte de fonds pour les travaux de la grande mosquée de Tivaouane : Aziz Ndiaye encore à l’œuvre !

Dans nos mémoires, demeure encore le souvenir frais de son don de 100 millions. Aziz Ndiaye a, encore une fois, frappé fort. L’homonyme d’Al amine n’y est pas allé de main morte. L’homme d’affaires a, la nuit du 5 aout, estimé les dons de sa famille à hauteur de 500 millions. Et, en bon serviteur de la hadara, il promet de remettre la main à la poche tant que le chantier sera en cours.

Gamou Tamkharit 2023 : Quand l’ombre d’El hadji Ibou Sakho et d’El hadji Tafsir Sakho plane sur la médina !

Lors du Gamou Tamkharite 2023 de la médina, les esprits et les cœurs n’ont pu échapper à la grande nostalgie d’El hadji Ibou Sakho et d’El hadji Tafsir Sakho. Animé cette année par Séga Sakho, fils d’El hadji Ibou Sakho, le gamou a été marqué par une vive émotion découlant de la ressemblance et dans la voix, et dans les gestes, entre Séga Sakho et ses valeureux pères qui nous ont quittés. Ce fut un gamou classique et méthodique, nous rappelant ainsi toute la pédagogie d’El hadji Ibou Sakho et d’El hadji Tafsir Sakho.

5 Jeunes Tidianes 3ieme édition Juin 2023 PROJET

KATMIYA ET KHATMIYA

KATMIYA

Le 18 Safar de l’an 1214, le Cheikh Ahmad at-Tijâni (RA) fut élevé à la station de la « Katmiya », dont le secret est immense et qui est dans sa réalité entièrement caché comme l’indique le nom même « Katm » signifiant ce qui est caché entièrement. Car la station de la « Khatmiyatu » est déjà immense. Ce qui la suit ne peut être que cachée. La nuit et la plume sont impuissantes à la décrire, même l’intellect est incapable de l’appréhender entièrement. Il s’agit de croire, de confirmer et d’aimer son dépositaire. C’est partant de l’élévation du Cheikh à cette station, que l’auteur du livre intitulé : Mounyatul Murîd du nom de Ibn Bâba al Alâwi (RA) dit : « Après un mois et des nuits, il s’éleva à sa station noble et pure, station dissimulée à l’ensemble des créatures hormis la prophétie. Rien n’est plus élevé que cette station ».

Cheikh Ahmad at-Tijâni (RA) a vécu trente-quatre ans dans sa Voie, initiant à cette voie par des invocations qui apaisent l’âme et sauvent l’esprit. Il avait, juste avant d’obtenir la voie, un nombre d’années correspondant au poids mystique de Waliyu (saint), c’est-à-dire quarante-six ans.

Durant ces quarante-six ans, il cherchait le savoir. On en tire la leçon pratique : la quête du Graal se fait en direction des détenteurs de la science et de la connaissance, c’est cela qui explique ses nombreux voyages. Seydina Cheikh a donc vécu quatre-vingts ans, soit une vie extrêmement utile à toute l’humanité et singulièrement à ses amis, compagnons et disciples, qui sont ainsi devant tous les autres. Que Dieu l’agrée et nous agrée par là.

KHATMIYA

« Pour ce qui est de la Khatmiya : il s’agit d’une station qui surpasse toutes les stations de la sainteté et qui n’est devancée par aucune station de sainteté au-dessus de lui. Le détenteur de cette station est l’irrigateur de l’ensemble des Saints (Aouliya) et chacun d’entre eux ne puise que de son océan et ne tire les lumières que de sa niche. Le possesseur de cette station est donc celui qui irrigue l’ensemble des saints, c’est-àdire avant même que son existence relative ne soit extraite de son existence (réelle) et ainsi qu’après, tout comme l’ensemble des prophètes (sur eux la paix) se sont irrigués du maître de l’existence (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) bien que leurs existences relatives aient précédé son existence (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). C’est par le fait que l’irrigation provienne de sa réalité comme il en a fait allusion dans sa parole : « J’étais déjà prophète alors qu’Adam se trouvait entre l’état d’eau et d’argile. » C’est-à-dire qu’il était déjà un prophète agissant dans le monde des esprits, au courant de sa mission prophétique. « Après la mention du Nom d’Allah, la prière sur le Prophète et la louange, ensuite, parmi les choses dont j’ai assisté avec Seïdina la nuit du Dimanche 12 Mouharam en l’année 1214 et cela une heure trente environ après la moitié de la nuit, c’est l’élévation de Seïdina à la station de la Grande Khilafa et cela, à ‘Arafat, peu avant l’aube (Fajr). Seïdina me prit la main et nous fîmes quelques pas courts et nous nous retrouvâmes alors sur le mont précité, et il ne se trouvait personne d’autre avec Seïdina à part son khalife (c’est-à-dire luimême).

6 Jeunes Tidianes 3ieme édition Septembre 2023 PROJET

Puis une lumière verte descendit du Vrai comme une énorme lampe jusqu’à ce qu’une sorte de calotte (Chachiya) verte fut posée sur sa tête et jusqu’à maintenant il la porte sur sa tête et c’est le signe qu’il fut hissé à une station qui lui est particulière. » Ensuite, ils sont retournés du mont à leur emplacement en un très court moment.

Ainsi, les esprits des prophètes (sur eux la paix) s’irriguaient dans ce monde-là à partir de sa Réalité Ahmedienne, parfaite et sanctifiée, alors que tout autre que lui comme prophète n’était pas conscient de sa prophétie et ne pouvait agir. Il était certes déjà Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dans la Science d’Allah. Et bien, il en est de même pour cet héritier Mohamedien à l’héritage parfait (qu’Allah sanctifie son précieux secret), il était déjà un waliyou agissant dans le monde des esprits, conscient de sa station de sainteté là-bas, alors que tout autre waliyou ne fut conscient de sa sainteté qu’après l’avoir atteint dans le monde sensible après avoir été revêtu de leurs corps et leur existence relative, désormais caractérisée à travers lui. Allah a dit : « […] et quant aux bienfaits de ton Seigneur raconte-les ».

Au sujet du rôle et du degré de Seïdina Ahmed Tidjani (qu’Allah sanctifie son précieux secret), Sidi Mohamed el Ghali a dit (qu’Allah l’agrée) : « C’est par son intermédiaire que tous les saints, sans en avoir conscience, reçoivent l’influx des prophètes ». C’est à ce même titre que le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait dit : « J’étais déjà prophète alors qu’Adam était entre l’eau et l’argile ». Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) avait dit aussi : « Je serai le premier à être ressuscité le jour de la résurrection. Je serai l’orateur lorsque les ressuscités seront rassemblés et l’annonciateur de la bonne nouvelle lorsqu’ils auront perdu espoir. Je détiens la bannière de la louange de Dieu, sans prétention. Je serai le premier à demander et à obtenir l’intercession. Je serai le premier à frapper à la porte du Paradis et à être autorisé à y entrer et j’entrerai avec les croyants pauvres. Je suis le plus méritant parmi tous les enfants d’Adam auprès de mon Seigneur, sans prétention ». En ce qui concerne Seïdina Ahmed Tidjani au sujet de la khoutbaniya, il a atteint la Qotbaniyya Al ‘Oudhma au début du mois de Mouharam de l’année 1214 à ‘Arafat tel que cela est cité entre autres dans Mouniyat el Mourid. Par contre, il y a des divergences dans la date exacte du fait que cela n’est mentionné que dans le Machahid de Sidi Hajj ‘Ali Harazim (qu’Allah l’agrée) et qu’il existe justement plusieurs versions de ce livre, certains étant authentiques alors que d’autres sont de fausses versions qui lui sont attribuées. De toute façon, les grands savants de la Tariqa, tel que Hajj Ahmed Soukeïrij (qu’Allah l’agrée), rappellent sans cesse que ce livre n’est pas un livre de fondement auquel il faut se référer. Parmi les versions citées, il est raconté dans un Machahid au sujet de cette attribution de la Qoutbaniya el ‘Oudhma ceci : « Tous les flux qui émanent du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) sont recueillis par les essences des prophètes et tout

ce qui émane et surgit de leurs essences sont recueillies par mon essence et de moi cela se départage sur l’ensemble des créatures depuis le commencement du monde jusqu’au jour où on soufflera sur la Trompe du Jour Dernier, et j’ai des sciences par lesquelles j’ai été particularisé entre le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et moi sans intermédiaire ».

Il a expliqué aussi en ces termes le rôle du Pôle caché : « Tout saint ne boit et n’est abreuvé que de notre océan depuis la création jusqu’au jour où l’on soufflera dans la Trompe du Jugement dernier ».

Il est ainsi tout en haut de l’échelle de la sainteté et n’a au-dessus de lui que les prophètes et les compagnons de notre généreux Prophète Mohammed (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Il est le Pôle caché qui sera dévoilé à tous les saints au jour du Jugement Dernier par une voix qui clamera : « ô Gens du rassemblement ! Voici votre guide par lequel vous étiez irrigués depuis le début de la création jusqu’à maintenant ».

La 18ème nuit de Safar est une date très importante pour tous les Tidianes, parce qu’elle est la date à laquelle notre Maître, le Sceau des Saints Seydina Cheikh Ahmad al-Tijani (RA) est entré dans son Rang suprême de « al-Qutb al-Maktum » (Le pôle caché). En effet, 18 Safar de l’an 1214, le Cheikh Ahmad at-Tijâni (RA) fut élevé à la station de la « Katmiya », dont le secret est immense et qui est dans sa réalité entièrement caché comme l’indique le nom même, « Katm » signifiant ce qui est caché entièrement. Car la station de la « Khatmiyatu » est déjà immense. Ce qui la suit ne peut être que caché. La nuit et la plume sont impuissantes à la décrire, même l’intellect est incapable de l’appréhender entièrement. Il s’agit de croire, de confirmer et d’aimer son dépositaire. C’est partant de l’élévation du Cheikh à cette station, que l’auteur du livre intitulé : Mounyatul Murîd du nom de Ibn Bâba al Alâwi (RA) dit : « Après un mois et des nuits, il s’éleva à sa station noble et pure Station dissimulée à l’ensemble des créatures Hormis la prophétie Rien n’est plus élevé que cette station. »

Mouhamadou Lamine Ndiaye

Archiviste-Documentaliste Comité Scientifique PROJET

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DE AÏN MÂDÎ À FASS EN PASSANT PAR ABU SAMGHUN :

ITINÉRAIRE DE CHEIKH AHMAD TIDIANE CHERIF, SCEAU DE LA SAINTETÉ MOUHAMMADIENNE.

C’est en 1737, correspondant à l’an 1150 de l’Hégire, que Le Tout-Puissant fit venir au monde celui dont la destinée est de sauver toutes les âmes qui auront la grâce de suivre sa voie. Notre maître, Cheikh Ahmad Tidiane Cherif (rta), est le fils de Sidi Muhammad Ibn Al Mokhtar Ibn Salim et de la vertueuse Lalla Aïcha As-Sanussi qui l’ont accueilli au monde à Aïn Mâdî, en Algérie. Il mémorisa le Coran à l’âge 07 ans auprès du maître Abu Abdallah Sidi Muhammad Ibn Hamu At-Tijani (que Dieu soit satisfait de lui) avec la méthode Warsh. Il perdit très tôt ses parents des suites de la peste en 1756. C’est parce qu’il fut un prodige qu’il avait acquis le grade de Professeur agrégé dans les sciences religieuses dès l’âge de 21 ans. Tout de même, il tourna le dos à tous les privilèges que cela pouvait lui valoir pour aller à la quête de la Hutbanniyatul Udhma (degré suprême de la sainteté) auprès des hommes de Dieu soufis dont la sainteté ne souffre d’aucune contestation.

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Une odyssée vers la réalisation de son himma L’ancien pensionnaire de l’Université Al Qarawiyyin (Fès, Maroc), où il a eu à faire des études de hadîth et de droit, s’est engagé dans une épique aventure pour l’accomplissement de sa grande ambition (himma) : devenir le Pôle Intégrant. Pourtant, bien que tous les hommes de Dieu lui répondissent unanimement qu’il l’était déjà, il n’a pas pour autant mis fin à son aventure. Il s’est initié à plusieurs voies mystiques soufies à la quête de grâces divines. Nous pouvons citer, parmi ces voies, la Qâdiriyya, la Khalwatiyya, la Siddiqiyya, la Naqshabandiyya et la Shadhiliyya (avec différentes branches telles que la Shadilliyya Al Wazzaniyya ou la Shadilliyya An-Nassiriyya). Le Cheikh, grand dévot qu’il fut, respectait scrupuleusement les litanies de ces voies. Certains des maîtres lui recommandaient souvent d’observer une retraite spirituelle, qu’il refusait afin de ne pas rater les 5 prières en assemblée. Il rencontra le saint Sidi Muhammad Ibn Al Hassan Al-Wanjalî (rta) qui lui fit la prédiction qu’il atteindra le plus haut degré de la sainteté. Mais pour cela, il devait retourner dans sa terre d’origine. Il s’exécuta pour retourner à Ain Madi. Le Cheikh fit une escale dans le fort d’Al-Abyad pour effectuer une visite pieuse auprès du saint soufi shadhilite Sidi Cheikh (que Dieu soit satisfait de lui). Dans ce lieu, il y passa cinq bonnes années, consacré à ses dévotions et à l’enseignement. En 1771, il se résolut à faire le pèlerinage à la Mecque, après avoir passé quelques temps à Tlemcen à dispenser l’enseignement des hadîth et à faire du tafsîr (l’exégèse du Saint Coran). Il passa par Tunis où l’Emir, subjugué par ses connaissances, lui proposa d’enseigner à l’Université de Zeïtouna en ayant pris toutes les dispositions nécessaires (affectation d’une résidence et pris en charge de ses besoins). Sa résolution de se rendre à la Mecque pris le dessus sur l’offre de l’Emir et il continua sa route pour se rendre en Égypte. Il y rencontra pour la première fois, le Cheikh Mouhammadul Kurdi (rta), Calife général de la voie Khalwatiyya en Égypte. Il arrive à la Mecque en 1772. Après son pèlerinage, il rencontra à Médine le Cheikh de la Sammaniyya, Sidi Muhammad Ibn Abdal Karim As-Samman (rta). Cette voie est un cumul de la Qadiriyya, de la Naqshabandiyya, de la Nasiriyya et de la Khalwatiyya. Il lui confirma qu’il était le Pôle Intégrant et lui donna autorisation sur plusieurs litanies, dont le Dalaïl Khaïrat. Son pèlerinage terminé, il retourna au Caire où il fut chaleureusement accueilli par le Cheikh Mouhammadoul Kurdi (rta), qui en a profité pour sonder ses connaissances à travers des joutes dans lesquelles participaient des savants dans divers domaines. Subjugué par le Cheikh, de par sa haute érudition et sa sainteté, le Cheikh Al Kurdi (rta) voulut absolument qu’il s’initie à la Khalwatiyya sous son autorité. Avec insistance, il finit par convaincre le Cheikh. Il lui accorda une îjaza absolue avec autorisation d’initier ceux qui le désirent. Cheikh Seydil Hadji Malick SY (rta), dans ouvrage Fâkihatu Tulâb, donne plus de détails sur la chaîne initiatique du Cheikh dans cette voie en commençant par Mouhammadoul Kurdi (RTA). C’est en 1774 que Cheikh Ahmad At-Tijani quitta le Caire pour se rendre à Tlemcen. Trois années après, il se décida à se rendre à Fès sur le chemin duquel il rencontra le savant Cheikh Muhammad Al-Mashrî (RTA) qui deviendra son premier disciple et secrétaire. Il rencontra aussi le vénéré Cheikh Alî Harazim (rta), son second compagnon et secrétaire qu’il initia à la Khalwatiyya. Il lui ordonna de l’attendre à Fès et retourne à Tlemcen le Cheikh Al-Mashrî. C’est en 1781 qu’il se rendit à Abu Samghun pour y séjourner. De sa rencontre avec son Aïeul (SAW) et de se voie salvatrice « Abandonne toutes les initiations reçues, tu recevras alors tout ce qui t’a été promis. » « Pas de retraite spirituelle, ni d’isolement. ».

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C’est en 1781 correspondant à l’an 1196 de l’Hégire, alors qu’il était agé de 46 ans, qu’il rencontra, à Abu Samghun, en état de veille et sans conteste, son aïeul, le Prophète d’Allah, la Lumière des lumières, Mouhammad (Salallahu aleyhi wa sallam). Il lui confirma non seulement, par trois fois, qu’il était son « fils » de par Hassan, fils d’Alî (qu’Allah l’agrée) et de Fatima (qu’Allah l’agrée), mais lui assura aussi, selon Seydil Hadji Malick Sy (RTA) dans son Fâkihatu Tulâb :

« nul parmi les maîtres de la Voie ne peut prétendre t’avoir accordé une faveur. »

« C’est moi qui assure ton éducation ; tu es mon fils ; je suis ton maître pour toujours ! »

« Abandonne toutes les initiations reçues, tu recevras alors tout ce qui t’a été promis. »

« Pas de retraite spirituelle, ni d’isolement. »

C’est donc le Prophète (paix et salut sur Lui) qui donna l’ordre au Cheikh de fonder sa propre voie étant donné que nul autre saint ne peut prétendre lui accorder des faveurs. Dès que la nouvelle fut répandue, des tribus et des délégations affluèrent vers Abu Samghun pour être affiliées à la nouvelle voie salvatrice qui ne peut rivaliser avec aucune autre. Cette forte affluence ne manqua pas de créer des inquiétudes auprès des autorités ottomanes d’Alger qui menaçaient les habitants du fort. Pour éviter tout conflit, le Cheikh convenait de se rendre à Fès où il arriva le 17 septembre 1798 en ayant quitté Abu Samghun 20 jours auparavant. Après lui avoir donné l’autorisation de s’installer à Fès, l’Emir du Maroc confronta le Cheikh à d’autres grands savants pour mesurer ses connaissances. A l’issue de ces joutes, tellement qu’il fut émerveillé, il lui offrit un de ses palais qu’il venait de construire. C’est deux mois après son installation à Fès qu’il a donné l’ordre à son compagnon et secrétaire, Sidi Ali Harazim (RTA), de recommencer la compilation de toutes ces réponses dictées, ayant reçue, cette fois, une autorisation venant de son Aïeul (paix et salut sur lui). Cela prit 16 mois à Sidi Ali Harazim pour boucler l’ouvrage qui sera connu sous le nom de Jawâhir Al-Ma’âni. En l’an 1800 correspondant au 12 Muharram 1214 de l’Hégire, le Cheikh accéda à la station de la Qutbâniyya Suprême (la Khatmiyya). Le 18 safar de la même année, il accéda au degré de Katmiyya, devenant ainsi le Sceau de la sainteté muhammadienne : tous les saints s’abreuvent inévitablement de sa source ! Après ces événements, le Cheikh vécut 15 printemps avant de rejoindre son Garant, son « Éducateur » (PSL), dans l’au-delà. Ce jour funeste de l’an 1815 (1230 H), sa sainte âme rejoignit le monde céleste après avoir effectué la prière de l’aube ; il était âgé de 80 ans ! Le khalifat fut transmis à Sidi Ali At-Tamâsini, à qui il avait confié sa demeure et ses enfants. En définitive, le Cheikh Ahmad Ibn Muhammad At-Tijani a consacré sa vie à la quête de la connaissance, au respect scrupuleux des prescriptions du saint Coran et de la Sunna, à son éducation spirituelle et à la poursuite de son himma (La Qutbaniyyatul Udhma). Bien que la majorité des saints auprès desquels il s’est rendu lui disaient qu’il atteindrait un degré encore beaucoup plus élevé, il ne s’est jamais contenté de la providence. Il s’attachait à toute chose licite et non-amphigourique pouvant lui permettre de réaliser son ambition. Point de raccourcis avec le Cheikh, fut-il une retraite spirituelle. Mieux, il ne s’est jamais contenté des ouï-dire sur son ascendance chérifienne ; il a fallu que son Aïeul, le Prophète (PSL) le lui dise directement pour qu’il daigna signer ses correspondances par : Ahmad Ibn Mouhammad At-Tijani.

Qu’il plaise à Dieu le Très Haut que nous fassions parti de ces fervents disciples et que nous l’aimions d’un amour profond, sincère et sans équivoque telle sa parenté avec le Prophète, paix et salut sur Lui, sur sa famille et ses compagnons.

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En prélude à la célébration de la Leylatul Khatmiya, le Jeune Tidiane est parti à la rencontre d’un brillant intellectuel, professeur d’université et non-moins écrivain chevronné. Nommé récemment ministre-conseiller en charge des affaires religieuses, le professeur Abdoul Azize KEBE est un homme de science et de culture, profondément engagé dans la valorisation de l’œuvre de la Tidjaniya mâlikite. Au cours cette interview, le professeur est revenu sur la dimension scientifique et mystique de Cheikh Ahmad Tidiane Cherif (RTA).

INTERVIEWS PR ABDOUL AZIZE KÉBÉ

Professeur, que diriez-vous, en guise de présentation, aux lecteurs du magazine le Jeune Tidiane ?

Je commence par rendre grâce à Allah Azza wa Jalla, et invoquer Ses bénédictions sur le Bien-aimé, al-Habîb al-Muçtafa. Je profite de l’occasion pour exprimer mes vœux de nouvel an à notre Khalife, Serigne Babacar SY, aux Khalifes des tous les foyers religieux, à la famille d’El Hadj Malick Sy, de sang et de voie.

Le magazine Le Jeune Tidiane vient à son heure. Dans ce monde où la communication joue un rôle dans l’influence de l’opinion, dans l’orientation des mentalités, par la magie du verbe et de l’image, il est heureux que des jeunes conscients des enjeux, s’engagent en toute responsabilité sur cette voie.

Serigne Cheikh, en parlant de communication, évoquait le verset 51 de la sourate Qaçaç. Pour lui, Maktûm, la communication est bien ciblée dans ce verset, et il précisait que le message qui était au cœur de cette communication doit être le vrai message. Autrement dit, celui-là qui ne manipule pas, qui ne cherche pas à séduire pour réduire la cible à un simple agent de consommation. Mais, celui qui permet une meilleure perception des réalités et un ajustement des comportements. Et en parlant d’ajustement, rappelons qu’il s’agit de conformer faits et gestes, propos et dits, à ce qui est juste.

C’est dans cette voie que nous voyons Le Jeune Tidiane, en tant qu’outil de communication, de transmission donc des savoirs et des valeurs. Et ce qui est réjouissant, c’est que cela est l’œuvre de jeunes talentueux, allahumma lâ adurr, qui n’ont pas attendu les moyens pour entreprendre. C’est cette dynamique d’entreprendre sans attendre la somme des moyens souhaités, de garder le cap et le pas résolument sur la voie de l’objectif, qui me fascine. C’est une dimension immédiate de la himma, faculté créatrice qui fait se rencontrer dans un corps que l’on crée, (ici le Magazine), une idée et un esprit.

Professeur, si vous deviez décrire en quelques mots Cheikh Ahmad Tidiane Cherif (RTA), que diriez-vous ?

Je dirais que sa qualité de pôle suffit pour le décrire. C’est quoi le pôle ? C’est qui le Pôle ? Dans l’entendement ordinaire les pôles sont les points où se rejoignent les méridiens. Cette confluence des méridiens est considérée comme une attirance. Le pôle est alors le point, le centre qui attire les flux et peut-être qui le redistribue. Cette image d’attraction-répulsion a inspiré les mystiques dans la définition du Pôle spirituel. Le Pôle, est la manifestation de la perfection, dans le cercle des ‘Awlyâ, les amis de Dieu parmi ceux qui ont une parfaite connaissance des choses divines. L’homme parfait, c’est le Messager d’Allah, ensuite, il y a des prototypes qui s’en approchent dans la prophétie, Adam, Ibrahim, Jésus. Mais Ibrahim est considéré comme le modèle de perfection morale, c’est pour cela qu’il est le prototype des musulmans. Et la Tijaniyya s’en réclame, la Tariqa est Ahmadiyya, Muhammadiyya et Ibrahimiyya. Pour revenir donc au Pôle, Cheikh Ahmad Tijânî, il convient de rappeler que le Pôle suprême c’est Muhammad. Et à chaque époque, il y a manifestation de la réalité Mohammadienne sur les individus les plus parfaits parmi

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les awliyâ. Ainsi, il est le centre d’attraction des flux Muhammadiens, et il en est aussi le distributeur. En tant que manifestation de la réalité Muhammadienne, il est un Passeur d’âme, qui transforme l’ignorant, à travers l’éducation spirituelle, jusqu’à l’installer sur les strates de la gnose, qui fait se convertir le vil pécheur, jusqu’à l’installer dans le cercle de la Miséricorde divine. Le Prophète est Rahmatan li-l-‘Âlamîn, Cheikh Tijâni est le Pôle qui reflète cette miséricorde dans sa voie.

Nous célèbrerons la Leylatul Khatmiya d’ici quelques jours. Pouvez-vous dire à nos lecteurs ce qu’est la Khatmiya ?

Je vous invite à suivre la parution du livre que je vais publier bientôt in shallah sur La Tijâniyya au Sénégal. Il y a un chapitre sur la khatmiyya parce qu’on en parle souvent, sans en cerner les contours.

Le Pôle, al-Qutb, comme nous l’avons évoqué est l’incarnation de la Haqiqa Mohammadienne, à une époque donnée. C’est ce qui explique le terme de Qutb zamân. L’ultime échelon dans cette station est la khatmiyya, c’est-à-dire Khatmu-l-Maqâmât. Cette échelon n’est gravie que par les saints qui sont au summum de la perfection, c’est-à-dire qui ont incarné les 300 vertus dont s’était paré le Prophète PSL. Rappelons que le fait d’incarner l’une d’elle seulement est une garantie pour être agréé au Paradis. Ainsi donc, Khatmiyyat al-Qutbâniyya est l’ultime grade ou échelon de cette station polaire. Cependant, la khatmiyya dans la Qutbâniyya est à distinguer de la Khatmiyya dans l’alliance de Dieu (khatm al-Wilâya). Cette Khatmiyya est l’ultime station dans la wilâya. Et, elle est un échelon unique que ne peut occuper qu’une seule personne, parmi les saints de la communauté du Prophète, Psl, une bonne fois et définitivement. Bon nombre de vertueux l’avaient réclamée. Certains par espérance et souhait, d’autres par induction. D’autres ne l’ont pas réclamée mais leurs disciples l’ont prétendue en leur faveur.

Il est bon de préciser que ce grade de sceau des saints ne signifie point, comme le comprennent certains négateurs, qu’il n’y ait plus de saints après lui. La Khatmiyya de la sainteté n’est pas à confondre avec la Khatmiyya de la prophétie. Car la Khatmiyya de la Nubuwwa veut dire que la prophétie est close par Seydinâ Muhammad. Mais la Khatmiyya de la wilâya signifie que nul n’occupera plus, parmi les saints, cet échelon de la sainteté : c’est une station unique et exclusive. Et par la grâce d’Allah, c’est Cheikh Tijâni qui en est l’unique occupant. Parmi les indices qui montrent que le Shaykh Tijânî est l’occupant de cette ultime station, figurent l’eulogie particulière et exclusive à la Tijâniyya, appelée la perle de la perfection ou Jawharatu-l- Kamâl, et le secret de la Fâtiha qui lui est aussi exclusif.

La notion de Khatmiyya ainsi explicitée nous entraîne à tenter de faire la distinction entre elle et la notion de Katmiyya. Ce sont deux notions qui sont des paronymes et qui sont souvent l’objet de confusion de la part des disciples. La Katmiyya, à laquelle a accédé le Shaykh Ahmad at-Tijânî un mois seulement et quelques jours après

avoir obtenu le grade de la Qutbâniyya al-‘Uzmâ , est le grade qui se situe au-dessus de toutes les stations et de tous les échelons. Aucun degré de sainteté et d’agrément dans les stations des gnostiques et des justes ne se situe au-dessus de lui, sauf celui des compagnons du Prophète Psl dont le rang est au-dessus de tous les autres, exceptés les Prophètes, Psl. Le pôle caché (alQutb al-Maktûm) est ainsi appelé à cause de son essence cachée que personne ne perçoit, si ce n’est Allah SWT et le Prophète Muhammad, Psl.

Au-delà de la dimension spirituelle et mystique de Cheikh Ahmad Tidiane Cherif (RTA), qu’est-ce-qui fait la dimension scientifique de ce Saint homme ?

Je n’aime pas trop ce terme, dimension scientifique, ici à propos du Cheikh. Pourquoi ?

Le Cheikh est à un niveau supra scientifique. La science telle qu’on la comprend est le domaine de l’expérimentation, des démonstrations et de la vérification. Or cette science, dans le domaine de la spiritualité est un voile. Car elle est limitée, elle est superficielle. Je ne dis pas qu’elle soit insignifiante. Elle est un attribut de Dieu. Je parle de l’entendement commun de nos jours. Au demeurant, nombre d’égarés aujourd’hui, qui se sont détournés de la voie de la connaissance gnostique, l’ont été par référence aux données « scientifiques ». Il y a aussi nombre de gens qui se sont retrouvés sur la voie du dévoilement grâce à cette même science.

Il se trouve seulement que le Cheikh dans sa posture de Pôle et de Sceau de la Wilâya, est justement le lieu de convergence des connaissances théophaniques. De ce point de vue, il n’est ni dans la démonstration ni dans l’expérimentation. Il est dans le rôle de celui qui manifeste la vérité de la connaissance (al-Haqq) aux créatures (al-Khalq). Il les aide à user de leur intuition compréhensive pour atteindre l’essence du réel, at accéder à la connaissance suprême par le dévoilement -kashf-. Ce sont des catégories différentes d’accéder à la connaissance, des approches différentes, et peut-être même des buts différents.

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Il est dit que Cheikh Ahmad Tidiane Cherif (RTA) n’est pas l’auteur d’une production littéraire et que Jawâhir al-Ma’ânî a été rédigé sous sa dictée par Sidi ‘Alî Harâzim Barrâda. Cela affecte-t-il sa dimension scientifique si l’on connaît la précocité intellectuelle du Saint homme ?

De Platon au Maître de tous les savants, al-Habib al-Muçtafa, il ya nombre de références universelles qui n’ont jamais écrit une seule lettre, ni même un seul point. La question n’est pas dans l’écriture mais dans la substance. Or, tous les dits de notre Maître, reflètent justement cette fine connaissance des essences et des réalités. C’est cette fine connaissance qui se reflète dans cette capacité du Cheikh à dévoiler le sens profond des règles, et à révéler la connaissance du Réel (Haqiqa). La pédagogie du Cheikh, telle que je la perçois dans Jawâhiru-l-Ma’ânî, entraîne le disciple à atteindre la pleine conscience de soi, dans la pleine conscience de Dieu. Par la pratique du Dhikr et du Fikr, la mémoration et la méditation, sa pédagogie permet de percevoir à chaque instant la présence réelle du divin, le dhikr étant le fait d’installer dans le présent, l’essence divine à travers Ses noms et attributs.

Face à la montée du discours anti-soufisme, quelles solutions préconisez-vous ?

Je pense que le soufisme doit prêter une oreille à ses détracteurs. Une oreille attentive parce les critiques peuvent être fondées quelques-fois sur une mauvaise perception des choses, d’autres fois sur des dérives des partisans du soufisme, d’autres fois sur des attentes mal exprimées ou des réponses inadéquates à ses attentes. Toutes ces critiques méritent attention car, une réponse appropriée, éclairée, argumentée et référée aux textes et à la réalité, pourrait dissiper les craintes et ramener les gens sur une meilleur voie.

En revanche, les critiques gratuites, qui n’ont d’autres motivations que l’adversité aveugle et féroce, doivent être traitées avec la rigueur scientifique qui sied mais aussi avec la détermination nécessaire, sans tomber dans l’invective.

Les exemples de nos guides servent de référence dans ce domaine, El Hadj Malick SY, El Hadj Abdoulaye NIASS, Serigne Babacar SY, Serigne Abdoul Aziz SY Dabbakh, Serigne Mansour SY Boroom Daara ji, ont répondu avec des arguments scripturaires et des arguments de raison aux détracteurs du Soufisme, avec vigueur et élévation dans le même temps. Quoiqu’il en soit, le soufisme doit faire son auto évaluation, pour sa propre remise en cause par rapport aux pratiques déviationnistes, aux discours merveilleux qui frisent le Chirk et la promotion du fanatisme, à la politisation des espaces de convergence spirituelle, etc. Cela exige beaucoup de clairvoyance aussi bien de la part des adeptes que des guides.

Nous sommes à la fin de cette interview, quel message souhaitez-vous lancer à la jeunesse Tidiane, celle sénégalaise en particulier ?

La Tijâniyya est une guidance, elle n’est pas une inféodation, un asservissement. Elle est une école où l’on apprend à être, dans le sens spirituel du terme. Ici, l’on se trompe très souvent pensant que la Tijâniyya décourage l’entreprise. Non que non ! L’entreprise est une des missions de l’homme sur terre, car elle permet d’apporter une plus-value à l’existence. Mais la Tijâniyya informe le disciple pour que l’être ne se soumette pas à l’avoir. Je pourrais répondre à cette question en vous renvoyant à Serigne Cheikh Tidiane Sy Maktum qui disait, le 13 mai 1961, dans la salle des fêtes de Rufisque, à l’ouverture du Congrès de l’Association Educative Islamique, devant des délégations venant de tous les coins du pays et devant les ambassadeurs des pays arabes accrédités au Sénégal: c’est une pensée qui s’adresse à chacun et à tous en ces termes: Dites-moi ce qu’est votre jeunesse, je vous dirai l’avenir de votre pays, tant qu’il est vrai que la jeunesse porte en gestation toutes les richesses culturelles et autres appelées à éclore inéluctablement. Concrètement, les jeunes, sur la base d’une réflexion profonde, non pas sur eux seulement, mais sur le pays et son devenir, articulé autour des valeurs de notre société et de notre temps, animé par l’essence de notre Tarîqa, peuvent créer les conditions d’une rupture dans les habitudes. Cette révolution à laquelle Mawlânâ El Hadj Mâlick s’est vouée, et que Serigne Cheikh a perpétuée autant qu’il a pu. Ils doivent comprendre qu’être de son temps c’est être aussi du temps des anciens et c’est un plus. A cause de cette position charnière ils peuvent contribuer à opérer les ruptures qu’il faut, ruptures quelques fois douloureuses, comme disait Serigne Cheikh, par sagesse et par fidélité au legs et au projet.

Interview réalisée par Fatima Ngom

Juriste d’affaires

Comité Scientifique PROJET

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LE WIRD TIDIANE : CET OPTIMISEUR ÉTERNEL DE LA VIE

TEMPORELLE (Première partie)

La valeur du temps en islam

Le temps est la ressource la plus précieuse de l’humanité. Une fois épuisé, il ne peut plus être renouvelé. En effet, chaque jour, nous disposons d’un cadeau de 1440 minutes (24h) que l’on doit consommer. Tous les jours nous menons des combats qui nous sont propres, qui sont inhérents à chacun d’entre nous. Cependant, il en existe un que nous portons tous : Celui que l’on mène contre le temps qui s’effrite. Il se pose alors un dilemme pour nous : Avoir une bonne gestion de ce facteur temps ou le subir à des risques et périls tout simplement.

Notre bien aimé guide Seydi Hadj Malick (RTA) nous le fait comprendre dans son illustre poème Zajrul Qulub « Prends le monde pour un pont que tu en jambes, ne le prend pas pour une demeure car tu es un étranger qui passe ».

Ainsi, La vie sur terre se présente comme un lieu de travail et la vie dans l’au-delà est le lieu de la récompense. De plus, le coran ne cesse de nous exhorter à prendre conscience de la valeur du temps, et à sa bonne gestion pour préparer la vie dans l’au-delà qui représente l’éternité.

Le facteur temps est donc notre meilleur allié si on sait bien le gérer et notre meilleur ennemi si on n’en fait pas bon usage car il est trompeur. Car, ce n’est qu’au moment où on s’y attend le moins que la faucheuse nous foudroie de sa faux.

Il est donc primordial d’être parcimonieux dans son utilisation.

1. Le Zikr Tidiane : une ergonomie dans toute sa

splendeur

Le Zikr dans la religion musulmane fait référence au souvenir de Dieu de par l’évocation rythmée et répétitive d’une prière pour glorifier Allah le très haut. Le Zikr Tidiane est le socle de la tariqa. Notre Maître Cheikh Ahmed Tidiane Cherif (RTA) l’a reçu de notre bien aimé prophète SAWS. Il est obligatoire pour tout aspirant souhaitant suivre la voie du tidianisme. Ce zikr est composé de 3 litanies fondamentales : le Wird, la Wazifa et le Zikr du vendredi. « Il est composé de l’Absolution, de l’unicité de la prière sur le Prophète cent fois chacune » nous enseigne Seydi Hadj Malick Sy dans son ouvrage Faakihatul Toulab. Contrat de 23 Chartes, le Zikr Tidiane s’avère être un véritable outil pour optimiser son temps sur terre de par les bonnes actions. En effet, il nous aide à entretenir 3 types de relations : une relation avec nous même, une relation avec les autres dite horizontale et une relation avec le très haut dite verticale.

1.1 Le Zikr tidiane renforce notre relation avec nous même

Le respect des différentes chartes de la voie Tidiani a pour conséquence l’adaptation de la vie de l’aspirant autour de l’islam. Ainsi, l’aspirant aura tendance à s’organiser de telle sorte à ce que malgré ses occupations mondaines, ses obligations soient faites en temps et en heure. Elles constituent comme une épée de Damoclès en plus des 5 prières obligatoires qui font que le contractuel doit redoubler d’organisation afin de remplir ses obligations. Il réveille chez l’individu plusieurs valeurs essentielles comme le sens de l’organisation et le sens de la responsabilité. Le sens de l’organisation est le début du sens de la responsabilité car c’est parce qu’on est responsable qu’on sait qu’on doit s’organiser. D’un autre côté, la responsabilité mène forcément à l’organisation car jamais nous ne serons amenés à se concentrer sur une seule chose à la fois sur terre. Le responsable cherchera donc à s’organiser pour effectuer ses devoirs.

De ces deux valeurs en découlent une myriade d’autres comme la persévérance et la bonté du cœur. Nous allons nous concentrer sur le dernier élément cité : le cœur ou le qalb. Le coran nous dit dans la Sourate 6, Les Bestiaux, verset 125 « Dieu ouvre à l’islam le cœur de celui qu’il veut diriger, mais celui qu’il veut égarer, il lui comprime la poitrine et lui coupe le souffle comme à qui tenterait d’escalader le ciel. C’est ainsi que Dieu couvre d’opprobre les incrédules ». Ce verset nous montre que la guidée céleste repose essentiellement sur l’ouverture du cœur par Allah. Il constituerait alors la porte d’entrée à la croyance même, à l’approvisionnement de tout notre être par une lumière divine.

D’un point de vue scientifique, le cœur représente le principal organe de l’être humain qui, de par des contractions, propulse le sang dans tout l’organisme en lui fournissant de l’oxygène. L’arrêt de cet organe conduit automatiquement à l’arrêt de la vie terrestre. Or, nous savons que le Zikr met en jeu la langue et le cœur. Récemment Des études scientifiques ont montré que la présence de certains micro-organismes sur la langue pourrait constituer un marqueur simple de premier diagnostic de l’insuffisance cardiaque. Il existerait sans doute une corrélation scientifique, un lien étroit entre le cœur et la langue de telle sorte que la langue puisse être un miroir pour le cœur. La multiplication de la parole d’Allah permettrait donc un équilibre de vie, car il donne à tous les organes la subsistance nécessaire à l’accomplissement

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LE WIRD TIDIANE : CET OPTIMISEUR ÉTERNEL DE LA VIE

TEMPORELLE (Première partie)

1.2 Le zikr tidiane renforce notre relation avec Allah

L’être social ne peut vivre reclus, c’est-à-dire en autarcie. Il a été programmé pour vivre en société. L’islam, religion de paix, encourage fortement les interactions sociales. Ce principe que l’on retrouve dans plusieurs versets renforce l’homme dans son entreprise de socialisation ou même de sociabilisation. En société, il réunit les conditions de pouvoir s’élever spirituellement et de réaliser tout son potentiel. Car l’action sociale (mu’ammalat) n’a pas son équivalent dans la grille de récompenses. En effet, sa rétribution est de loin plus importante que celles dévolues aux ibadats. C’est pourquoi il est urgent d’inscrire ses œuvres dans le social au sens large du terme en y intégrant la famille, le voisinage, la concitoyenneté, l’écocitoyenneté… dans le sillage d’une inclusion pour le seul triomphe de l’humain, de la Vérité, tel que mentionné dans les versets coraniques suivant :

« Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression »

« Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés ».

1.3 Le Zikr tidiane renforce notre relation avec les autres

L’islam est plus qu’une religion. Elle se présente comme un mode de vie pour le musulman. A travers elle, Allah

Azzawadjal participe à l’élaboration d’un Homme droit et juste selon les traces du sceau des prophètes (SAWS). Le début de cette élaboration passe par le couple originel : Adam et Eve comme on nous l’enseigne si bien dans la sourate Nisa, dans le verset 1 : « Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes ».

De cette dualité est donc née une humanité et la suite du façonnement de l’Homme devient alors la notion de groupe. Le bon comportement envers les autres est le seul moyen de favoriser la cohésion de la suite de ce façonnement humain. D’ailleurs, de nombreux hadiths sont rapportés à ce sujet. Parmi lesquels on peut citer : Et il a été interrogé sur ce qui fait le plus entrer les gens dans le paradis, il a répondu : « La taqwa d’Allah et le bon comportement ».

A la question comment se définit le bon comportement en islam ? Je répondrai tout simplement l’empathie. Par définition, l’empathie est la capacité à se mettre à la place de l’autre, à s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. Tous les maux que nous avons entre nous aujourd’hui n’existeraient pas si nous étions empathiques les uns pour les autres. En effet, c’est parce qu’on est empathique qu’on ne prend pas un mauvais regard que notre prochain nous a lancé pour du mépris, l’on pourrait tout simplement se dire « Oh peut être qu’il passe une mauvaise journée, les temps sont durs peut être qu’il ne me voit même pas en ce moment ». Dans un autre cas, l’empathie nous ferait réfléchir à plusieurs fois avant de faire du tort à notre semblable pour mesurer la peine que ça allait nous faire si l’on se retrouvait dans ce même cas. Des exemples, on peut en citer une pléthore. In fine, nous pouvons juste dire que l’empathie entraîne l’amour envers son prochain dans la mesure où l’on se voit en chacun d’entre eux. De cet amour découle la solidarité et la fraternité comme au tout début lorsque nous venions tous du même sein.

Le zikr Tidiane est l’application même de l’élaboration de l’Homme musulman car en plus d’avoir une dimension personnelle (le lazim), elle recouvre aussi cette dimension collective renforçant ainsi la solidarité et la fraternité entre aspirants. Elle est l’application même de la notion d’empathie que nous avons soulignée.

Nous allons faire le commentaire de quelques chartes de ce contrat afin d’apporter une lumière sur ce que nous avons énoncé :

• Les chartes 14 et 17 : une incitation au respect et à l’entretien des bons rapports entre aspirants

Charte 14 : Il est interdit à l’adepte de se brouiller avec tout être humain et, encore moins avec un tijane. Charte 17 : Respecter, honorer les gens de la tarikha, en particulier les « anciens » qui ont acquis des grâces particulières de DIEU

A travers les chartes 14 et 17, notre bien aimé Sheikh Abul Abbas nous montre l’importance d’entretenir de bons rapports entre adeptes de la tariqa. Avant de signer le contrat qui mène aux délices de la réalité muhammadienne, l’aspirant devra donc tenir en compte que les querelles et l’absence de respects envers ses confrères n’est pas accepté dans la voie tidjani. S’il désire contracter la voie de Sheykhi Tidiani, il devra s’écarter de tout ce qui le mène à des discordes avec ses semblables. La notion d’empathie revient donc ici dans la mesure où à chaque fois qu’il voudra tenir un propos déplacé suite au comportement de son confrère, il essaiera de se mettre à sa place pour savoir ce qui a animé ce dernier et s’il ne sait pas, il essaiera d’être meilleur que lui de par les réactions en évitant tout conflit conformément à ces deux chartes.

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Jeunes

LE WIRD TIDIANE : CET OPTIMISEUR ÉTERNEL DE LA VIE

TEMPORELLE (Première partie)

• Les chartes 4 et 12 : une incitation au développement d’une vie spirituelle en communauté

Charte 4 : Les adeptes du masculin doivent faire les cinq prières en assemblée, et autant que possible à la mosquée. Les adeptes du sexe féminin prieront à la première heure de la période correspondant à chaque prière. Les deux adeptes du sexe se soumettront aux lois établies par la Charria et suivront la souna.

Charte 12 : Assister la récitation de la wazifa et de la hadara du vendredi en assemblée (si possible)

A travers ces deux chartes, l’importance que notre guide Seydi Ahmed Tidiani nous incite à multiplier les interactions en groupe. Or, nous le savons tous, la notion de groupe est un couteau à double tranchants, qui peut être soit un poison soit un antidote en fonction des activités qui s’y passent. Le meilleur des groupes, celui qui se présente comme un antidote est celui qui se réunit pour exalter, glorifier et sanctifier Allah le très haut. Cette réunion est assimilable aux jardins du paradis comme nous l’enseigne le saint prophète dans un célèbre hadith : « Si vous passez à côté des jardins du paradis, profitez-en. Et, lorsqu’on lui demanda ce que c’étaient les jardins du paradis il dit : « ce sont les assemblées du zikr ».

De plus, la récurrence de ces fréquentations entraîne des rapports de fraternité. En effet, à la fin des oraisons comme le wazifa ou la hadaratoul jummah, il est de coutume de donner la main à son prochain, le fameux « balanter aq ». Cet acte, bien que symbolique, est en réalité une incitation à entretenir de bons rapports avec ses confrères. De ce rassemblement nait le plus souvent de nobles rapports et un système d’assistanat en cas d’événements malheureux comme heureux (décès, baptêmes, mariages) participant ainsi à la mise en place d’un communautarisme fort entre frères de la même voie.

Conclusion

Le zikr tidiane est donc une ergonomie dans toute sa splendeur dans la mesure où elle confère à l’homme tout ce dont il a besoin pour son épanouissement : une relation saine avec lui-même, avec les autres et avec Allah Azzawajal. Et ce de manière équilibrée. De par sa répartition (matin et soir), l’aspirant n’a en réalité le temps de s’adonner qu’à l’essentiel et place la commémoration d’Allah au centre de son existence. Il est donc cet optimiseur de vie. Il est cet allié incontestable dont celui qui désire cheminer dans la voie de la tidiani doit se doter pour optimiser le temps de cette vie temporelle afin de profiter pleinement des bénéfices dans la vie éternelle qui est celle de l’audelà.

Sokhna Maimouna Mbacké Diop At-tidiani Ingénieur Réseaux télécoms Comité Scientifique PROJET

Équipe de Rédaction & Production(PROJET)

Pôle Scientifique

Pôle Multimédia

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