PROJET, UN SAVOIR-FAIRE À LA CONQUÊTE DU
FAIRE-SAVOIR
Serigne Abdoul Aziz SY Al Amin, au cours de la Ziarra Achoura 2015, administrait à la Jeunesse Tidiane Malickite la pédagogie de l’action et de la responsabilité par un sermon prémonitoire en ces termes restés gravés dans les annales des Hikam ou sagesses pratiques : « ne me parlez plus de projets ; consacrez votre temps aux réalisations, au concret. » Cette injonction heureuse et responsabilisante coïncide depuis quelques années avec l’avènement dans la Hadara d’une mouvance constituée essentiellement de jeunes instruits, cadres mais qui sont avant tout d’abord des Talibés tidiane. Avec tout ce que cela
comporte comme obligations spirituelles et cultuelles, sans anicroche aucune avec l’effectuation de leurs obligations professionnelles et académiques. Au contraire, la soif de volonté combinée à l’éthique louable du disciple de Seydina Cheikh (rta) doivent faire de lui un athlète de l’excellence dans le bien et l’action de grâce.
UNE NOUVELLE ÈRE
S’OUVRE AVEC UN
MAGAZINE TIDIANE
En mai dernier, lorsque nous lancions le premier numéro du magazine « Le Jeune Tidiane », nous étions loin d’imaginer l’écho dont il aurait dans la communauté. Avec la magie de l’internet, ce magazine s’est retrouvé aux quatre coins du monde. De l’Amérique en Europe, en passant par l’Asie et bien sûr l’Afrique, les téléchargements se faisaient à une vitesse qui dépassait tout entendement. Les messages de félicitations qui venaient de partout, ont permis d’asseoir notre conviction quant à la nécessité de continuer ce « projet » de PROJET. Le magazine est venu à son heure, reste à le consolider.
Malgré le satisfecit général, notre volonté réelle est de faire du « Jeune Tidiane », un magazine culte dans le traitement d’une information vérifiable et vérifiée de la Hadara Malikiya dans un style fait de respect et de correction. Distiller l’enseignement de la cité religieuse avec les valeurs qui lui sont propres, est notre leitmotiv.
PROJET, pour le citer, est une Plateforme de réflexion et d’orientation des jeunes Tidiane. A travers le sigle, le contenu et le contenant, l’ambition demeure majeure, les sentiers à battre immenses, et la prospective fine pour réussir à « occuper et habiter » la communauté par la formation spirituelle, intellectuelle et sociale. Divisée en pôles, ce mouvement tidiane est particulièrement percutant par une politique digitale qui fait tache d’huile au point d’être devenu le référentiel dans le contenu visuel et multimédia lors des évènements de la Hadara Mâlikiya ; un comité scientifique qui a brillamment produit le Journal du Gammù 2022 et qui récemment à travers Majalis, sous les auspices guidés du Professeur Abdoul Aziz KEBE, est entrain de réunir des éminents chercheurs de Tivaouane comme Docteur Bachir NGOM, le très pertinent
En ce deuxième numéro, le magazine jeune Tidiane est revenu sur « le retour du Khalife général Serigne Babacar Sy Mansour au Sénégal » suite aux évènements tragiques de début juin. Un retour symbolique à plus d’un titre que Baba Gallé Diao a pertinemment bien analysé pour nous rappeler le sens de sacrifice dont a fait montre le Khalif , et avant lui au fil des âges, les différents khalifes généraux de Tivaouane.
Dans ce même sillage, Cherif Thioub à travers sa belle plume nous a fait la radios-
copie de la crise actuelle qui sévit au Sénégal : crise politique ou sociale ? L’article qui met le doigt sur la racine du mal, n’oubliant également pas de proposer la solution de « l’école de Tivaouane ».
L’interview de Sokhna Ndeye Astou Sy al Amine est venue éclairer la lanterne des sénégalais sur la pertinence du forum economique sur la dahira. Un évènement qu’elle a piloté du début à la fin et qui a été une réussite à tous les niveaux. Faisant le bilan de cette activité, Aisha Sy, son surnom, pose les jalons de ce que doit être la force économique de Tivaouane.
Le dernier article de ce magazine intitulé « Vie et semblant de vie » nous plonge dans une introspection profonde de ce qui motive notre présence sur terre. Faut il choisir l’existence ou la vie ? Cet article aidera à faire ce choix redoutable qui nous motivera « notre ascension jusqu’à Dieu ou précipitera notre chute jusqu’au-delà de la bestialité ».
Coordinateur de la Plateforme de Réflexion et d’Orientation des Jeunes Tidianes
Cheikh Ahmed At Tidiani
Cherif DIENG
ACTUALITES Scoop
Retour du khalife au Sénégal
Il est 01h50mn quand dans la nuit du 03 Juin l’avion affrété au Khalife général des Tidiane Serigne Babacar Sy Mansour foule le tarmac de l’aéroport International Blaise Diagne. Son retour est motivé par la situation de crise que traverse le Sénégal.
Retour du khalife suite
« Nit gni ak reew mi nioma gueuneul sama bop », c’est le message transmis au khalif à Serigne Habib Sy Mansour pour justifier son retour alors qu’il suit un traitement à l’extérieur. Cet acte grand est le signe d’un patriarche qui se préoccupe de son pays, de sa jeunesse.
Réhabilitation des allées
Khalifa Babacar
Sy
Inaugurées en1997 par Serigne Mansour Sy Borom Daara ji et Serigne Abdoul Aziz Sy al Amine, les allées Khalifa Ababacar Sy aujourd’hui dans un état de délabrement avancé va connaitre un coup de neuf. Le nouveau maire de la ville de Dakar Barthelemy Dias a décidé de sa réhabilitation avec des infrastructures modernes qui lui donneront un visage nouveau. Félicitation au président Abdou Sarr et la fédération des dahiras tidianes de dakar qui ont piloté ce dossier d’une main de maitre. A rappeler que les travaux vont durer 12 mois et couteront 702 millions.
Réhabilitation des allées
Khalifa Babacar Sy suite
La cérémonie de lancement s’est tenue mercredi 31 mai sur les lieux, en présence de plusieurs autorités étatiques et religieuses, dont le maire de la commune de Dieupeul Derklé, Cheikh Gueye, la première adjointe de la mairie de liberté Mme Aida Niang et le maire de la ville de Dakar, Barthélémy Dias. La famille Sy était représentée par Serigne Sidy Ahmed Sy al Amine qui a pris la parole au nom du khalife général des tidianes , Serigne Pape Cissé , Sokhna Ndeye Astou Sy al amine , Serigne Ahmedine Sall et son frére Mame Khalifa Sall, Serigne Mansour Diop qui est egalement Imam du Masjidu Rassoul et Imam Pape Gaye, imam ratib de la mosquée de Dieuppeul.
Takussan Serigne Babacar SY Paris
Sur invitation de Sop Naby, toute la France s’était donnée rendez vous pour la deuxieme edition du takussan Serigne Babacar Sy. Cet évènement devenu cultte a rassemblé tous les tidianes de l’hexagone sous la présidence de Serigne Moulaye Sy Habib. La famille Sy était également représentée par Serigne Sidy Ahmed Sy Al Amine, Serigne Pape Khalifa Ndiaye, Serigne Mame Omar Ndiaye. Le duo Pape Hanne et Abdou Aziz Mbaye a tenu en haleine l’assistance qui était aux anges. C’est le lieu de féliciter Seydi Ben Cheikh et la dahira sop Naby pour le travail remarquable qu’ils abattent à Paris.
Journées Serigne Sidy Ahmed
Sy Malick RTA à Paris
Les 7,8,9 Mai ont été saisi pour rendre hommage à Serigne Sidy Ahmed Sy Malick, fils ainé de El Hadj Malick Sy RTA tombé lors de la 1ere guerre mondiale. Cet évènement qui est rendu possible par Serigne Ahmedine Sall ibn Serigne Alioune Sall a permis de revisiter le parcours e ce saint homme . Au menu une conférence animée par Serigne Sidy Ahmed Sy al amine et un dépôt de gerbes de fleurs avec la présence de l’ambassadeur du Sénégal en France.
Majâlis
Rencontre hautement scientifique, conversations contemporaines sur l’œuvre de Seydi Elhadji Malick Sy (RTA), le concept du Majâlis coorganisé par les éditions Al amine et la Plateforme de Réflexion et d’Orientation des Jeunes Tidianes vient répondre à l’impérieuse nécessité de promouvoir l’œuvre littéraire et scientifique de Seydi Elhadji Malick Sy (RTA) afin qu’elle puisse remplir sa mission première : façonner l’humain de telle sorte qu’il soit apte à demeurer dans la droiture constante.
Gamou Ndar
« Wa inani had kountou mine ahli ndari, Wa maskani bihi lada ri andari », « Moi (Babacar Sy), je suis de la ville de Saint-Louis, Mon adresse est la Rue André Lebon ». Tout en proclamant sa « saint-louisienneté », Serigne Babacar Sy (RTA) n’a jamais cessé de rappeler son attachement à la ville tricentenaire. Il dira que le Gamou de Tivaouane est celui de Maodo (RTA), mais celui de Ndar est le sien. Il demandera à tous les disciples de s’y rendre.
Majâlis bis
Après un cours inaugural sur la khoutbatul jumu’a de Seydi Elhadji Malick Sy (RTA) animé par l’éminent Docteur Bachir Ngom, deux autres cours ont porté dernièrement sur la Zajr Ul Qulûb ou réprimandes des cœurs du même auteur. Animé cette fois-ci par Docteur Abdou Aziz Mbengue, un pédagogue à la finesse intellectuelle rare, ce cours a été pour toute l’assemblée une réelle leçon de développement humain.
Gamou Ndar bis
L’édition 2023 du Gamou de Ndar a vécu sous le sceau d’une reprise en grandes pompes des activités de la Hadara après la covid 19. Cette édition qui s’est tenue ce 27 mai passé a été marquée par la brillante causerie de Serigne Ahmed Sy Al amine lors de la Hadaratoul jumu’a de la veille, le discours fort de Serigne Moustapha Sy Al amine lors de la nuit du Gamou et la leçon magistrale de Serigne Cheikh Tidiane Sy Mansour sur le prophète. Doudou Kende Mbaye et son groupe ont, comme à l’accoutumé, émerveillé les milliers disciples présents.
Serigne Babacar Sy Mansour au Sénégal : Retour sur un retour symbolique
Si, pour quelqu’un comme Paul Valery, l’histoire est « le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait créé », il n’en demeure pas moins que seuls ceux qui ne se sont guère glorieusement illustrés ont peur de l’histoire. De nos souvenirs les plus enfouis, elle nous rapporte les actes dépoussiérés de notre existence. Elle résiste à l’usure du temps, car elle est témoins des faits, et les faits demeurent têtus. Ainsi, voudrais-je vous inviter à un petit saut dans l’histoire. Une histoire faite de tensions, mais aussi de responsabilités.
Dakar, septembre 1940 ! Des obus pleuvent sur la presqu’île du cap Vert, une presqu’ile autrefois calme et apaisante. La guerre venait de prendre un autre tournant pour cette colonie ouest africaine. De Gaulle, ragaillardi par son discours de Londres, et soucieux de rallier à sa cause cette partie de la France restée fidèle au Maréchal Pétain, se heurte au refus catégorique de Pierre Boisson, gouverneur de Dakar de l’époque.
Soutenu par ses alliés britanniques, l’homme du 18 juin lança l’opération « menace ». Du 23 au 25 septembre 1940, Dakar connaît des bombardements ahurissants. Entre bombardements de gros calibres et bombardements aériens, Dakar devenait le théâtre d’une guerre qui ne faisait que commencer. Le gouverneur de Dakar, conscient du danger imminent, enverra une escorte pour le compte de Serigne Babacar Sy (RTA) se trouvant alors dans la région de Dakar. Pour des raisons de sécurité, le gouverneur souhaitait que le saint homme fût transféré à Tivaouane.
Mais, dans ce chaos indescriptible, cette
tension vive, cette vulnérabilité sécuritaire, la majestueuse et charismatique sérénité du Khalifa Seydi Aboubacar Sy (RTA) reste encore vivace dans la mémoire de ses contemporains. Trouvé en train de faire ses ablutions, il dira à ses hôtes : « je ne puis guider les personnes dans la voie d’Allah et me permettre de les guider dans la fuite » ! Il est resté dans sa demeure sise à la rue
Thiers et recommandera à son frère Elhadji Mansour Sy Balkhawmi (RTA), lui aussi présent à Dakar, de ne point accepter de quitter la ville. Ils séjourneront aux cotés des populations dans ce Dakar fébrile, rassurant ainsi leur communauté.
Alors, Joseph Ndiaye aurait pu dire que l’histoire ne ment pas. Marx aurait pu rajouter que l’histoire bégaie. Mais, nous retiendront qu’elle se répète. L’histoire s’est en effet répétée près d’un siècle après, 83 années après plus précisément !
83 ans après, au moment où l’heure est à la réclusion chez soi dans un Sénégal violemment secoué, Serigne Babacar Sy Mansour, du haut de ses 93 ans, atterrit sur le tarmac de l’Aéroport International Blaise Diagne. 83 ans après, l’homonyme du Khalifa Seydi Aboubacar Sy (RTA) et non moins fils de Elhadji Mansour Sy Balkhawmi (RTA), mettra un terme à son séjour pour rejoindre un Sénégal en crise, un Sénégal divisé, quitte à donner son dernier souffle dans l’avion.
83 ans après, Serigne Babacar Sy Mansour pose encore un acte fort qui nous rappelle ses devanciers avec la même détermination, la même énergie et le même sens élevé de la responsabilité.
« Responsabilité » : le terme qui nous interpelle ! Responsabilité face au pays, responsabilité face au peuple, responsabilité face au Seigneur. Une responsabilité face au pays : S’oublier pour l’intérêt supérieur de la nation… L’intérêt supérieur de la nation, une vaine expression pour certains politiques, un sacerdoce pour les religieux. S’oublier pour l’intérêt général doit être un mode de vie chez toutes les forces vives de la nation. Serigne Babacar Sy Mansour a fait sien ce principe. A chaque prise de parole, l’on sent un homme de Dieu fortement intéressé par la situation du pays. Homme cultivé, il ne cesse de rappeler aux politiques la nécessité de taire les divergences futiles au profit de la stabilité et du développement du pays. Lors d’un gamou, il rappelait que les acteurs politiques, acteurs de la compétition électorale, peuvent à eux seuls cultiver la paix car étant les seuls à se lancer à la quête du pouvoir. Aux députés, il ne cesse de rappeler l’importance de la courtoisie et du sérieux chez des représentants du peuple.
A bien des égards, le Khalife nous rappelle Elhadji Abdou Aziz Sy Dabakh (RTA). Une modestie sans faille, un regard sincère sur l’état du pays. Jamais il ne revendique des privilèges, jamais il ne contourne les protocoles établis, jamais il ne se prévaut de son titre.
A chaque fois qu’il est monté au créneau, c’est pour plaider pour notre religion et nos valeurs. Son attachement à la religion déteint d’ailleurs sur son approche de la gouvernance. Un jour, s’adressant à un ministre de la République, le khalife lui formula la prière suivante : « ce que tu détiens est éphémère et finira un jour.
Puisse-t-il, par la grâce de Dieu, finir en beauté ». Souvent incompris, Serigne Babacar Sy Mansour reste ancré dans sa logique, celle de la vérité impartiale, la seule vérité. Conscient du fait qu’aucun homme de Dieu n’échappe à la critique aisée et infondée, il demeure constant et ferme dans ses positions sans flancher. S’oublier, afin d’assumer pleinement son rôle de guide éclairé, en acceptant de supporter et d’endurer les critiques. D’ailleurs, lors de son allocution à l’occasion de la célébration du centenaire de la disparition de Seydi Elhadji Malick Sy (RTA), s’adressant au Président de la République, il lui rappelle la nécessité de ne point voler bas et de savoir prendre de la hauteur malgré l’adversité. Voilà l’une des innombrables qualités du saint homme.
Cette qualité n’est présente que chez cette minorité qui a su bannir le « moi » au profit du « nous ». Proche du Sénégal et des sénégalais, le Khalife sait parler et prendre cause pour ces derniers. Une responsabilité face au peuple : Prohiber le « moi » au profit du « nous » … Dans la pure tradition soufie malikite, le « moi » est prohibé. Abu Yazid Al-Bastâmi, considéré par Serigne Babacar Sy (RTA), à travers son dernier Khutba, com-
me un alter ego de Seydi Elhadji Malick Sy (RTA) toute chronologie bafouée, affirme qu’il faut que le « moi » s’efface pour que Dieu soit son propre miroir. Ce reflet divin en soi est une capacité à percevoir en l’autre un reflet de soi. C’est pourquoi l’humilité est au cœur de la pratique soufie malikite. Mame Maodo (RTA) a façonné son école de la sorte. Dans une de nos tribunes intitulée « Mame Maodo : une si féconde humilité », nous disions ce qui suit : « s’il est vrai que l’humilité constitue le parfum de la vertu, celle de Cheikh Seydi Hadji Malick Sy (rta) aura atteint les limites supérieures du baromètre à l’aune duquel on mesure le caractère exquis d’un principe de vie ».
Cette humilité ne fait pas défaut au Khalif Serigne Babacar Sy Mansour. Capable de rallier le vieux continent pour assister à des célébrations religieuses organisées par la communauté sénégalaise, il n’hésite pas pour autant à traverser le fleuve Sénégal à bord d’une pirogue traditionnelle pour aller présenter ses condoléances suite au décès d’un disciple.
Cet attachement aux liens de parenté mais aussi entre condisciples font de lui une voix salvatrice du peuple. L’histoire récente de la pandémie à covid-19 révèle ce trait de caractère du saint homme. Ayant pris des mesures responsables quant à la gestion de la crise à Tivaouane, il a tenu à mettre à l’aise toutes les couches étant sous sa responsabilité et qui seraient en situation vulnérable avec les restrictions en commençant par les talibés de la ville sainte. Toujours soucieux des conditions de vie des populations, il demandera à l’Etat du Sénégal de dire, en ce concerne la covid, la « vérité aux sénégalais ».
Sa responsabilité face au peuple, Serigne Babacar Sy Mansour l’assume à telle enseigne qu’il ne se passe aucun Gamou sans que son discours ne soit aussi axé sur les questions de société. Entre la banalisation de la vente de l’alcool, la promotion de l’homosexualité, les caricatures du Prophète de l’islam (PSL) etc. Il parle pour tous et dit tout haut ce que beaucoup penseraient tout bas.
Fidèle à sa mission, fidèle au peuple, il rentre au Sénégal pour partager avec eux, une énième fois, ce vent trouble qui souffle sur notre pays. Sa présence ne sera pas vaine. Elle sera surtout signe de dégèlement et d’apaisement. Son retour est, à coups sûr, une incarnation de ces propos de Elhadji Abdou Aziz Sy Dabakh (RTA) : « Si le monde était en feu et qu’il ne faille, pour l’éteindre, que d’une goutte d’eau à ma disposition, je me sacrifierai pour sauver mes pairs ». Pourtant, son statut pouvait lui permettre de vivre retranché, seul dans son monde dans une quiétude totale. Mais, à l’heure du bilan, que dira-t-il à son Seigneur qui lui avait confié la lourde responsabilité de veiller sur la communauté Tidiane ? Cette responsabilité face au Seigneur incombant à tous ceux dignes d’être les vicaires de Dieu sur terre, dignes du statut de khalifatul Lahi fil ardi.
Une responsabilité face au Seigneur : Un jour, nous rendrons tous compte…
« Si un coq meurt dans la ville sainte de Tivaouane, au jour de la reddition des comptes, je serai questionné sur sa mort » ! Ces propos de Mame Abdou rappellent à suffisance toute l’importance que nos autorités religieuses accordent à la notion de responsabilité. Une responsabilité de l’objet de notre garde. A ce titre, Ibn Umar rapporte du Prophète de l’islam (PSL) le hadith suivant : « Vous êtes des bergers et vous êtes responsables de l’objet de votre garde. Le chef de l’Etat est berger et responsable de ses administrés. L’homme est berger dans sa famille et responsable de l’objet de sa garde. La femme est bergère dans la maison de son mari et responsable de l’objet de sa garde. Le serviteur est berger dans les biens de son maître et responsable de l’objet de sa garde. L’homme est berger dans les biens de son père et responsable de l’objet de sa garde. Vous êtes tous bergers et vous êtes responsables de l’objet de votre garde ».
Ce hadith rend bien compte d’un fait : un jour, nous rendrons tous compte ! Alors quid de celui dont l’autorité s’étend sur des millions de disciples ? Autant l’objet de la garde est grand, autant la responsabilité l’est aussi.
Serigne Babacar Sy Mansour, conscient de l’immensité de sa garde dont nous sommes l’objet, revient partager avec nous nos moments d’inquiétudes et de doutes.
Ce retour d’une douceur apaisante symbolise à bien des égards la communion entre un homme et son peuple. Un homme d’une si exquise urbanité qu’il reste et restera aux yeux de ses semblables un exemple achevé de la vertu et de la vérité.
Puisse le Tout Puissant, accorder au grand timonier qu’il incarne, une très longue vie et une santé inoxydable.
INTERVIEWS
Faire de Tivaouane une véritable force économique est son combat, sensibiliser les structures de jeunesse et les dahiras de la hadara à intégrer le volet économique dans leurs activités est son quotidien. Elle, c’est Ndeye Astou Sy fille de Serigne Abdou Aziz Sy al Amine. Revenue au Sénégal depuis maintenant une dizaine d’années après avoir fait des études de biologie au canada et vécu aux USA, la grande royale, comme aiment l’appeler ses proches, s’est distinguée par sa disponibilité mais aussi et surtout pour son plaidoyer à faire de Tivaouane une véritable force économique. Dans cette interview, elle nous fait le bilan du forum économique sur les dahiras organisé la veille de la ziar generale dont elle est l’instigatrice.
Sokhna Aïcha, 3 mois après la tenue du forum économique sur la dahira, quel bilan en tirez-vous ?
Je vous remercie pour cette interview qui me permet de revenir sur cet événement inédit dans la hadara malikkiya mais également de pouvoir faire un plaidoyer dur l’importance d’allumer la flamme de l’économie dans nos dahiras et autres organisations. Il est aujourd’hui démontré qu’aucune communauté ne peut exister dans le temps sans reposer sur une force économique. La spiritualité inclut l’économie et le social. C’est ce qu’avait d’ailleurs compris le patriarche de Tivaouane Cheikh EL Hadj Malick Sy Rta en théorisant le JAJUBA. Théorie dont le centre d’expérimentation est la dahira telle que définie par Serigne Babacar Sy. Pour en revenir à votre question, 3 mois après le Forum qui avait comme thème : « Une dahira, Une activité économique », je crois que le bilan est largement positif. Positif de par l’appropriation et la mobilisation de de la communauté autour de ce projet. Positif de par l’engagement des autorités étatiques à accompagner les dahiras et en faire des modèles de développement. Positif enfin par les résolutions prises qui dépassent même nos attentes. Il
Soxna Ndeye
Astou
SY
Après le lancement des travaux en mai 2021, sous la direction de l’association Jamatou Nour Assouniya avec un comité de pilotage dirigé par Elhadji Makhtar Cissé avec différentes commissions composées du capital humain de la hadratoul Malikya , les travaux du gros œuvre ont été bouclés en moins de deux ans et les travaux du second œuvre ont démarré depuis le début de l’année en cours, 2023 et les responsables et techniciens sont à pied d’œuvre pour boucler l’essentiel des travaux au courant de l’année en cours.
Les prérogatives du comité de pilotage et des entreprises en charge des travaux se limitent à terminer les travaux dans les délais et à remettre les clés au maître d’ouvrage, le Khalife général des Tidianes Serigne Babacar Sy Mansour qui a la responsabilité et la prérogative de fixer la date d’ouverture après concertation avec les membres de la famille.
Quels sont les moyens mis en place pour une mise en œuvre effective des conclusions sorties de ce forum au-delà des engagements pris de part et d’autre ? Ecoutez, nos partenaires principaux sont les organisations comme les dahiras, fédérations, associations ect...
L’idée est de les accompagner dans tout leur processus de développement économique. Cela consiste d’abord à les aider à se formaliser c’est-à-dire de créer des entreprises comme des GIE, SA, SARL. Ensuite de les former à travers des activités économiques de leur choix, ce qui va faciliter leur orientation économique. Enfin, de jouer un rôle d’interface et de facilitateur en permettant leur relation avec nos partenaires étatiques comme Promise, 3FPT, ADEPEME. HAUTE AUTORITÉ DU WAQF ect...) mais également de pouvoir bénéficier de l’accompagnement des institutions financières. Par ailleurs on va vers une mise en place d’un fond de solidarité dont le but est de faire des dahiras des piliers économiques en plus de leur mission spirituelle. Un autre projet est aussi en gestation, la création d’une institution de Microfinance islamique.
On le sait, le développement économique de la hadara malikiya est votre combat, avez-vous l’accompagnement et le soutien des hommes d’affaires de la maison ?
Oui en effet le développement économique de notre communauté a toujours été très important pour moi. J’ai toujours dit que nous avons l’une des communautés les plus riches de ce pays, reste juste à l’organiser. Il faut se départir de cette tare consistant à verser dans l’ostentation, histoire de se faire distinguer par son wassila (guide) mais de poser des actes à fort impact pour la communauté. Quelques hommes d’affaires nous accompagnent de temps en temp mais la majorité reste aphone. Ce qui du reste n’est pas trop grave l’essentiel est que cette nouvelle génération de talibés comprend que dans ce Sénégal d’aujourd’hui les populations fonctionnent en groupe pour relever les défis. C’est ce que nous essayons de leur inculquer pour relever les défis de notre vcommunauté.
N’est-il pas temps de créer un réseau des hommes d’affaires tidianes pour une meilleure implication dans les projets de Tivaouane ?
C’est un souhait très louable de créer ce réseau, nous comptons sur votre génération pour le réaliser. Une chose est sure, si nous voulons exister dans ce pays cette génération a intérêt à s’unir ou périr. Je prie que les jeunes entrepreneurs de la Hadara réalisent ce rêve de créer ce réseau qui sera bénéfique pour eux et la Hadaratoul Malikiya.
faut le dire, ce forum est venu à son heure. Interview réalisée par Fatima NGOM
Crise de raison et de conscience au Sénégal : la radioscopie curative de l’école de Tivaouane !
L’hydre de paix qu’est le Sénégal s’est vu lâché et secoué par ses plus séculaires thuriféraires à savoir la classe politique. La Communauté Tidiane n’aurait pu jamais penser, bon gré mal gré, que le retour du Khalife Général des Tidianes, Serigne Babacar Sy Mansour, serait lié à la conjoncture dramatique de la Nation Sénégalaise. Un moment de recueillement et de prières s’impose à nous d’ailleurs pour commémorer la mémoire des victimes de cette dérive folle et meurtrière qui a été causée de bout en bout par les acteurs politiques. Pour situer et dégager toute responsabilité, le Khalife des Tidianes alertait les acteurs, déjà, de la nécessité de « gouverner dans le vrai et par le vrai » lors de cette épidémie qui décidément n’aura pas servi de leçon à la classe privilégiée de dirigeants sur l’impérium de l’unité et de l’amour du prochain pour bâtir un Sénégal prospère. Les images tragiques des dernières manifestations ont occasionné plus de 20 morts. Sans oublier un lot de dégâts sociaux, économiques et sanitaires énormes. Des chiffres nous parvenant font état d’une perte de plusieurs milliards durant ces quelques 5 jours. Une violence sans commune mesure a été notée. Violence qui a été maintes fois dénoncée par Tivaouane lors des Gammù et des communications du Khalife Général. Rien que la violence verbale aurait pu être pansée par la thématique du Gammù « Ne dites aux gens que du bien ». Des éléments de son discours exploités par nous doivent aujourd’hui guider une classe politique aveuglée par la soif et la conquête du pouvoir. Ceux qui sont en place font tout pour le conserver. A vil prix parfois ! Ainsi, il revenait sans cesse sur les principes de l’Islam qui doivent servir de boussole dans la gestion de la Cité. Deux passages lors de son discours historique méritent une lecture profonde. Deux constantes majeures y ressortent : l’éthique et la discipline.
Selon lui, en effet, « l’éthique constitue une partie fondamentale et essentielle dans la vie des nations et peuples. Et l’effondrement de ces principes moraux, dans une quelconque société, entraîne certainement la corruption des nations, et la disparition de son éclat et de sa lueur, ainsi que des éléments déterminants de sa force, de son honneur et de sa grandeur ».
Quant à la discipline, l’injonction est la suivante « Et nous invitons également tout le monde à faire davantage preuve de discipline, de calme, de raisonnement et de conscience humaine devant les émotions hasardeuses ainsi que les coups provenant de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur qui occasionnent des tensions et troubles entre les musulmans. Car, au lieu de se livrer à des conflits, à des altercations et des insultes, ils doivent s’unir, étant un bloc, pour défendre les enseignements de notre convenable Charia qui est la voie de salut, de réussite et de droiture ».
Si nous observons de près ce qui s’est passé, il est pos-
sible de dire sans risque de démenti que l’éthique de la responsabilité est le parent pauvre de la classe politique. Un comportement éthique qui doit se refléter dans la parole et l’agir. Les débats télévisés ainsi que les communications à l’hémicycle offrent des spectacles désolants de nos acteurs qui s’insultent et se chamaillent, en lieu et place d’un projet de société.
Depuis mars 2021, les alertes ont été nombreux, l’équidistance de Tivaouane très palpable, les piqûres de rappel de la société civile aux oubliettes ; le résultat est là et macabre : des hommes sont tombés. Malheureusement ! Attention si l’on sait que l’exploitation et la production du pétrole et du gaz vont bientôt débuter.
Quid du tissu social (fragile ou fragilisé)
Les pertes matérielles sont déjà lourdes (25 milliards par jour supputés à la télé !) pour un pays dont l’économie n’est pas si performante et qui veut découvrir et se maintenir sur la route de l’émergence. Mais ceci est moindre par rapport à la dislocation du tissu social. Le Sénégal est aujourd’hui fracturé et notre modèle du vivre ensemble remis en cause. Pour certains sociologues, ce n’est hélas que le début de longues perturbations si aucun effort allant dans le sens de la reconstitution du tissu social n’est fait. J’invoque ici la nécessité de la reconstitution du tissu social car nous sommes à présent un peuple divisé, séparé et éloigné alors même que nous partageons le même milieu social. Chaque personne, citoyen lambda ou gouvernant est un ennemi potentiel. Il devient ennemi à part entière dès que son appartenance à un camp est connue par les sympathisants d’un autre camp, pas opposé, mais adverse. La précision du qualificatif garde toute sa pertinence.
Perspectives de sortie de crise ?
Tivaouane va certainement analyser froidement la situation et revenir sur des principes fondamentaux tirés du Coran et de la Sunna. Cette crise qu’il avait probablement vu venir demeure un impérium pour exhumer les pansements qu’il avait mis sur la table lors du Gammù passé. L’environnement politique est indissociable de celui social. Cette violence meurtrière cumulée à un affaiblissement de nos valeurs morales et républicaines est la résultante à coup sûr d’une série de phénomènes problématiques. Des remèdes existent et Tivaouane a su toujours les donner. Pour notre part, nous proposons ces solutions suivantes : D’abord, il faut absolument revenir au sens de la responsabilité. Celle-ci engage un comportement intègre et discipliné des différents protagonistes qui devraient chacun en ce qui le concerne placer l’intérêt suprême au-dessus de toutes contingences.
Ensuite, toutes les solutions de développement et d’apaisement de la cité sont déjà établies par le Coran. Malheureusement nos dirigeants pour la plupart, arrimés au logiciel de pensée de l’Occident, importent des solutions qui ne parlent pas aux sénégalais, provoquant un divorce foudroyant entre le vouloir populaire et le vouloir des politiques publiques. Il faut revenir absolument à un Etat stratège et généreux qui sait capter les dividendes du génie sénégalais en commençant surtout par la jeunesse. Des valeurs cardinales, in fine, doivent parfumer l’environnement social du peuple sénégalais. Pour cela, il faut déjà à présent annihiler ces facteurs nocifs :
- L’omission par rapport aux obligations ;
- L’éducation islamique pour les enfants est sous la responsabilité de tout le monde quel que soit le statut de l’individu, parent, imam ou simple citoyen. Une éducation islamique qui leur permet de s’éloigner des nombreuses immoralités qui nous tentent chaque instant de notre vie, de s’éloigner des principes destructeurs importés, et des campagnes d’occidentalisation qui prônent les cultures étrangères allant à l’encontre de toute règle morale ou restriction éthique ;
- Un retour à la discipline, au calme, au sens du raisonnement et de la conscience humaine devant les émotions hasardeuses ainsi que les coups provenant de l’intérieur aussi bien que l’extérieur qui occasionnent des tensions et troubles entre les musulmans.
- Imputer aux jeunes les principes de chasteté et de pureté pour parer les plumes mercenaires et les médias qui cherchent à détourner nos jeunes garçons et jeunes filles.
Si chaque sénégalais prend soin de sa conduite quotidienne, alors la Cité va s’améliorer en bien. Le chemin pour y arriver est simple pour nos gouvernants : créer une école de valeur, faire régner la justice et occuper les jeunes par des emplois dignes et décents et donner la parole aux Oulémas et acteurs académiques. Sinon nous risquons d’être d’éternels otages de nos marchands politiques.
Vivre ou exister, lequel
choisir ?
Dans le jargon populaire, existence et vie ont la même signification. Vivre c’est exister, exister c’est vivre. Certaines nuances sont pourtant à établir : l’existence renvoie plus à la présence physique de la vie sur terre. Elle se constate, s’observe, se voit et c’est tout. C’est le cas notamment des animaux et des végétaux, qui sont là sans savoir le pourquoi. Les choses de la nature prient mais sans véritablement en avoir conscience.
Cette situation jadis propre aux animaux est, de nos jours, constatée chez l’homme. En totale perdition, il est carrément aspiré par les « à côté de la vie » (yeufi dund) plutôt que la vie elle-même. Ces actions ont pour seul objectif, la satisfaction de son nafs (le plaisir) qui le domine, l’oriente et le tire vers le bas. Tout comme l’animal qui ne suit que ses pulsions, il court derrière les privilèges et les honneurs, rivalise de richesses, s’accroche à ses désirs et se caractérise par un moi hypertrophié.
Tel que décrit par l’éminent penseur Seydi Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Maktoum, il est commandé par sa passion qui le plonge dans « une perpétuelle quête d’approfondissement et de divertissement ». Il ne mange pas pour vivre, il vit pour manger. Il ne travaille pas pour se réaliser mais travaille pour réaliser. Il est obnubilé par le matériel, le luxe, le pouvoir et l’extravagance, oubliant le spirituel. L’argent l’ayant anobli, il se croit tout permis. Il sombre dans la drogue, se tue dans les boissons alcoolisées, vit aux dépens de son sexe, collectionne les relations avec qui il expérimente toutes sortes de bassesse. Il n’a plus de limites, plus de frontières. Telle une feuille, il dépend des humeurs du vent qui le transporte à sa guise. Il ne se maitrise plus, n’a plus de pudeur, se définit comme quelqu’un de libre, libertaire, libertin. En vérité, n’étant plus maitre de lui-même, il ne fait qu’accélérer sa chute dans
les précipices de l’ignominie et de l’indécrottable, comme qui dirait « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ».
Tout le contraire de la vie qui est l’essence de l’existence. Le philosophe Hegel, à ce sujet, dit, dans l’esthétique, que « Les choses de la nature n’existent qu’immédiatement et d’une seule façon, tandis que l’homme, parce qu’il est esprit, a une double existence ; il existe d’une part au même titre que les choses de la nature, mais d’autre part il existe aussi pour soi, il se contemple, se représente à lui-même, se pense et n’est esprit que par cette activité qui constitue un être pour soi ». Se penser, c’est penser à son être, à son environnement, à la nature donc à la vie, celle qui nous mène vers AL Hayyu (Celui qui donne la vie).
La prière, chez lui, n’est plus que mécanique, elle est surtout la « sacralisation de ses actes au quotidien », un plaisir et non un fardeau !
Cette prière-là ne se résume pas aux génuflexions et autres gymnastiques, mais elle est une faculté de vivre éternellement avec la présence de Dieu par la réflexion et la méditation (tafakkur).
La vie, une existence amarrée au principe divin.
Le coran nous dit que Dieu « a créé les djinns et les hommes que pour qu’ils l’adorent » 51/56. Ce verset qui semble nous édifier sur ce qui doit être notre rôle sur terre, mérite qu’on s’y épanche un peu. Adorer Dieu, c’est essayer au quotidien de se rapprocher de Lui par la connaissance, l’obéissance, la pureté… C’est cette quête permanente du bien dans toutes nos actions, le fait de saisir chaque occasion comme une opportunité immanquable de converger vers le divin. Ce qui signifierait que l’homme se trouve en constante prière : seul, accompagné, jour, comme nuit, au bureau, à la mosquée, avec sa femme, ses enfants, en famille, avec ses par-
ents… Tout est occasion de se bonifier. Il prie même s’il ne prie pas, la « sacralisation de tous ses actes au quotidien ».
Ce principe divin englobe trois autres principes que nous allons essayer de développer.
Le principe spirituel
Ce principe que l’on peut appeler Iman est défini par le Prophète Mouhammad ﷺ comme le fait de « croire en Allah, à ses anges, en ses livres, en ses Messagers, au jour du jugement dernier et au destin, qu’il s’agisse du bien ou du mal » (Muslim). Considéré comme l’un des trois degrés de la religion musulmane, l’iman contribue à nous connecter davantage au divin. La foi est la confiance en une Vérité. Il ne suffit plus de connaître la vérité, la reconnaissance du cœur doit être exprimée par la langue qui est la manifestation de l’intelligence et, enfin, refléter cette confiance dans ses actions. Ainsi semble le dire le Hadith du Prophète Mouhammad ﷺ qui parle de l’iman en ces termes : « une connaissance dans le cœur, une expression avec la langue et une activité avec les membres ». Il ne s’agit plus d’une croyance aveugle mais d’une croyance pure dont chaque acte d’adoration après avoir été éprouvé devient une certitude. Par conséquent, le moumine aura, entre autres, un sens élevé de la perception des messages coraniques, un apaisement du cœur, une domination de ses passions, une âme sans cesse bercée par la spiritualité et enfin une lumière qui le relie au Prophète Mouhammad (SAW)
Le principe social
L’être social ne peut vivre reclus, c’est-à-dire en autarcie. Il a été programmé pour vivre en société. L’islam, religion de paix, encourage fortement les interactions sociales. Ce principe que l’on retrouve dans plusieurs versets renforce l’homme dans son entreprise de socialisation ou même de sociabilisation. En société, il réunit les conditions de pouvoir s’élever spirituellement et de réaliser tout son potentiel. Car l’action sociale (mu’ammalat) n’a pas son équivalent dans la grille de récompenses. En effet, sa rétribution est de loin plus importante que celles dévolues aux ibadats. C’est pourquoi il est urgent d’inscrire ses œuvres dans le social au sens large du terme en y intégrant la famille, le voisinage, la concitoyenneté, l’écocitoyenneté… dans le sillage d’une inclusion pour le seul triomphe de l’humain, de la Vérité, tel que mentionné dans les versets coraniques suivant :
« Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression »
« Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés ».
Le principe moral Il est caractérisé par l’ihsan, le troisieme degré du cheminement spirituel. C’est le degré le plus élevé de la religion et il désigne le fait d’adorer Allah comme si on Le voyait, car si on ne le voit pas, Lui certes nous voit. Telle est la définition qu’en donna le Prophète Mouhammad (), c’est-à-dire que l’Ihsân possède deux degrés : le plus élevé étant d’adorer Allah comme si on Le voyait ; et si l’on est incapable d’atteindre ce degré, il faut alors adorer Allah tout en ayant la certitude que Lui nous voit et qu’aucun de nos actes ne Lui échappe. Ce cheminement qui est complexe et éprouvant nécessite la présence d’un parrain pour nous aider à surmonter les difficultés rencontrées en route, contourner les écueils afin de nous mener à bon port. Ici, il ne s’agit point de connaissances spirituelles mais d’expériences spirituelles d’où l’utilité de recourir à un wassila pour nous éclairer, nous montrer la voie. L’objectif étant d’atteindre la bienfaisance, l’élégance morale, l’élévation spirituelle. C’est ce qui motive notre affiliation à la tariqa Tidiane par le truchement de la Hadara Malikiya, maitre dans l’art de former des insanul kamil (homme parfait).
En définitive, il est clair que la vie n’est vie que si elle permet à l’homme de cheminer avec la dignité, celle dont Dieu l’a élevé à un niveau jamais égalé, celle qui lui procure noblesse et grandeur, celle qui le rend meilleur et éthique, celle qui le transforme en lumière dans ce monde sombre.
Choisir la vie, c’est faire le choix d’être bon et humain. C’est faire le choix d’une permanente connexion avec le divin, d’une constante « ascension jusqu’à Dieu ».
Cheikh Ahmed Atidiani Cherif Dieng