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AJFER - Dossier réforme des retraites à La Réunion - Août 2010

Historique Les premiers systèmes de retraites Ils apparaissent bien avant 1945, ils concernent des catégories professionnelles particulières liées à l'Etat tels les marins (1673), les militaires (1831), les mineurs (1894) ou encore les cheminots (1909). Dans le privé, ces mesures concernent que les personnels qualifiés, laissant de côté les plus mal rémunérés, très nombreux à l'époque. La vieillesse devient alors pour eux synonyme de misère. Face à cette grande précarité, les mouvements ouvriers s'organisent et emmènent les dirigeants à mettre en place des solutions collectives. Ainsi, en 1910, se met en place une première loi, intitulée « retraite ouvrière et paysanne » (ROP), visant à couvrir tous les travailleurs. Cependant, beaucoup restent exclus de ce système et ce pour différentes raisons: le non versement des cotisations n'est pas sanctionné, les très petits salaires ont du mal à cotiser, l'âge légal est fixé à 65 ans alors que l'espérance de vie d'un ouvrier à l'époque est de 50 ans. Pour ces raisons, la CGT nommera cette loi « la retraite pour les morts ». La mise en place d'un système par répartition En 1933, le bureau international du travail préconise le financement des retraites par l'Etat, les patrons et les salariés. Ce n'est qu'après la guerre que ce système aboutira. En 1944, le Conseil national de la résistance considérant que les inégalités ont encouragé les régimes totalitaires et de ce fait la guerre, met en place un programme de portée politique, économique et sociale qui donnera naissance à notre modèle de protection sociale. Ce programme adopté repose sur l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, sur le retour à la nation des grands moyens de production et sur un plan complet de sécurité sociale. Le Conseil Nationale de la Résistance s'inspire du système bismarckien basé sur la notion d'assurance et de gestion par les bénéficiaires et du système

bervedgien reposant lui sur l'assistance sociale étatisée et contrôlée par le Parlement. On ajoute à cela l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale. Ainsi, ce programme d'action vise à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec une gestion appartenant aux intéressés et à l'Etat. En 1945, le gouvernement provisoire créé la Sécurité Sociale. C'est une étape décisive dans la mise en place de notre système de retraite : désormais, tous les salariés du privé cotisent à l'assurance vieillesse dans la limite d'un plafond, quel que soit le montant de leur salaire. De plus, le principe de répartition remplace le système de capitalisation : les cotisations versées aujourd'hui financent immédiatement les retraites présentes. En 1948, les professions non salariées créent leur propre caisse de retraite. Cependant, ce système n'est pas sans limites. Très vite, on constatera que ces retraites sont insuffisantes. Vont alors être créées les « caisses complémentaires », toutefois pas obligatoires. En 1966 est créé le Fond National de Solidarité, alimenté par des taxes sur les automobiles. Il permet à ceux qui n'ont pas ou peu cotisé de bénéficier du Minimum Vieillesse. Les années 70 seront marquées par le combat pour une retraite à 60 ans et à taux plein. Mais en 1972, le gouvernement Pompidou prétextant l'évolution démographique de la société française fait passer le nombre d'annuités de 30 à 37,5. On est alors bien loin des revendications. François Mitterand instaure en 1982, la retraite à 60 ans avec 50% du salaire pour tous les salariés. En 1993, commence le temps des réformes avec en entrée de jeu la réforme initiée par Balladur. 2


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Les principes qui caractérisent notre système de retraite Un système solidaire par répartition Notre système de retraite émane d'un choix de société. La création de la Sécurité Sociale en 1945 a pour ambition d'instaurer une solidarité entre les différentes couches de populations: biens portants et malades, ceux qui ont la chance d'avoir un emploi et ceux qui n'en ont pas, actifs et retraités, … La Sécurité sociale repose sur deux principes. La solidarité donc, chacun cotise selon ses moyens et bénéficie d'une protection en fonction de ses besoins et la répartition, les cotisations versées par les actifs sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. C'est une véritable avancée sociale sans précédent, les pensions sont donc financées par des cotisations basées sur les revenus des travailleurs actuels. Ce système permet de maintenir un niveau de vie décent lorsque les personnes quittent le milieu du travail. Par ailleurs, il instaure une véritable solidarité entre les générations, les actifs paient pour les retraités d'aujourd'hui et bénéficieront au moment venu des cotisations des futurs actifs.

saire à la retraite « à taux plein ». Cette décôte sera en 2015 de 5% par an, plafonnée à 5 ans. Les différents régimes de retraite Il existe trois grands types de régimes de retraites. En premier lieu, les régimes spéciaux de salariés. Principalement les fonctionnaires, le niveau de retraite dépend de la rémunération mais aussi du statut. Il concerne 21% des actifs. Puis, le régime des salariés du privé, ils concernent 68 % des actifs. Le montant de la pension dépend du niveau des cotisations versées. Ces régimes sont pour partie en annuités (régime général) et pour partie en points (régimes complémentaires). La pension y est calculée en référence aux salaires : 25 meilleures années pour le régime général et l’ensemble de la carrière pour les régimes complémentaires. Enfin, les différents régimes de non-salariés (artisans, commerçants, professions libérales, agriculteurs…). Ils concernent 11 % des actifs. La pension est essentiellement versée par les régimes complémentaires avec une pension de base faible.

La durée de cotisation et le calcul du montant des retraites Aujourd'hui, pour accéder à une retraite dite à taux plein, il fait avoir cotisé 40 ans. Pour les personnes qui continuent à travailler après ces 40 ans, il existe une surcôte. C'est une majoration de la pension à hauteur de 3% par année de travail supplémentaire. A contrario, il existe une décôte appliquée sur les pensions pour les personnes qui décident de prendre leur retraite sans avoir cotisé les 40 ans néces-

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En cette période où le débat sur les retraites bat son plein, La Réunion ne faisant pas exception et à quelques jours de la mobilisation nationale contre le projet de réforme, il est temps, plus que jamais, de prendre en considération les spécificités locales. En effet, avec plus d’un jeune sur deux au chômage, 52% de la population qui vit en dessous du seuil national de pauvreté, une croissance démographique soutenue et un milieu insulaire, le contexte économique et social est considérablement différent et comparable à aucun autre département de France et d’Europe. Une réflexion responsable se doit d'être portée sur le long terme. La Réunion évolue effectivement dans une conjoncture difficile aggravée, notamment par la crise du BTP suite à la fin des grands travaux. De plus, on constate tous les jours une aggravation de la situation avec une accélération de la crise qui se caractérise par des fermetures d’entreprises (Guest, Zeop, Conforama,…) et une augmentation de la précarité. C’est dans ce contexte que le gouvernement décide d’aggraver la situation en nous imposant une réforme des retraites brutale et injuste. Pour le gouvernement le système de retraite actuel est confronté à des déséquilibres financiers très importants, en raison du vieillissement de la population française. Avec une espérance de vie plus importante et une baisse de la population active, le gouvernement fait le choix de faire travailler plus les travailleurs pour toucher moins. La crise économique a accéléré l’apparition de ces déséquilibres et en 2010, nous avons atteint le niveau de déficit qui était attendu pour 2030. Or la situation est totalement inversée à La Réunion par rapport à la Métropole. Nous avons une population jeune, avec une forte croissance démographique et la structure démographique de notre île est en pleine évolution. L'INSEE prévoit que notre île devrait atteindre le million d'habitants au 1er janvier 2030 et que la population active devrait passer de 137 500 aujourd'hui à 158 000 personnes en 2030. En parallèle, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans va doubler d’ici 2030. Actuellement le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans sont 11,5% de la population totale et seront 22% en 2030.

Un système de retraite atypique à La Réunion. A La Réunion, une personne âgée sur trois vit avec le minimum vieillesse (soit 33% des retraités). Ce que l'on pourrait appeler les « retraités pauvres » tant leurs revenus sont insuffisants pour vivre. Au 1er avril 2009, le minimum vieillesse est de 677,13€ par mois. Un tiers des retraités à La Réunion vit donc dans la misère vu que ce montant est en dessous du seuil national de pauvreté. Ce chiffre contraste fortement avec la situation en France Métropolitaine ou le minimum vieillesse n’est perçu que par 5% des personnes âgées. A La Réunion, le montant total des pensions retraite versées représente environ 1,1 milliard d’euros par an et couvre de grandes disparités : ♦ 597 millions d’euros pour 27 000 retraités de la fonction publique qui perçoivent en moyenne 1845€ par mois. Dans le public, 30 années de cotisations retraites valent 40 annuités. ♦ 439 millions d’euros pour 63 448 personnes

du secteur privé relevant du régime général dont seulement 34% à taux plein, et un tiers au minimum vieillesse. Ces 63 448 personnes du secteur privé perçoivent une retraite moyenne de 580 euros par mois. Dans le monde agricole, autre volet important de notre économie et de notre patrimoine, on constate que 75% des retraités vivent avec moins de 400 euros par mois. Ces personnes subissent de ce fait une double peine: celle d'avoir eu des revenus et des conditions de vie bien inférieurs à ce qu'elles méritaient et une fois le temps de la retraite, elles subissent une nouvelle fois un manque crucial de reconnaissance envers leur travail effectué des années durant. La situation est identique, voir encore plus graves, pour de nombreux petits commerçants à La Réunion.

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Nombre de retraités à La Réunion par secteur Secteur Public 27 000 personnes

63 448 personnes

Secteur Privé

Coût de la retraite à La Réunion par secteur

439 Millions d'€ (retraite moyenne : 580€/mois)

597 Millions d'€ (retraite moyenne : 1845€/mois)

Secteur Public

Secteur Privé

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Le gouvernement a, au cours de ces dix-sept dernières années, réformé le système des retraites dans le but de réduire le déficit de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (Cnav). Les réformes engagées dès 1993 ont aggravé la situation des retraités, et de l'emploi. En effet, les salariés du public et du privé ont du allonger leur temps de travail afin d'obtenir une retraite à taux plein, pénalisant l'embauche des jeunes.

Depuis 1974, l'économie réunionnaise a connu une hausse ininterrompue du chômage jusqu'en 2003, puis des fluctuations entre 2004 et 2009 (33,5% en 2004, 31,9% en 2005, 29,1% en 2006, 24,2% en 2007, 24,5% en 2008, et 27,2% en 2009, au 2nd semestre) et ce, malgré une croissance dynamique. Ce nombre élevé d'inactifs a fait diminuer le nombre de cotisations, et a empêché toute hausse du montant des cotisations pour les salariés du privé et public.

La baisse du niveau des pensions de retraites débute en 1993 avec la réforme d'Edouard Balladur, et s'aggrave en 2003 avec la réforme Fillon, qui visait les agents des 3 fonctions publiques. Mais dans les 2 cas, les objectifs étaient de faire face au vieillissement de la population et aux déficits des Caisses de retraite.

Afin de pallier à ce manque de recettes, le gouvernement a, à sa portée une multitude de solutions évoquées par les syndicats: taxer les hauts revenus, les stock-options, les revenus du capital, et mettre en place une politique de plein emploi, ce qui pourraient résorber le déficit de la Cnav.

Pour trouver des sources de financement, le gouvernement décide en 2007 de s'attaquer aux régimes spéciaux des retraites, qui a conduit des milliers de personnes dans les rues. Malgré la protestation, l'état a aligné les régimes spéciaux des entreprises publiques sur les cotisations du secteur privé.

De plus, les inégalités de revenus par rapport à la France ont créé un déséquilibre dans la société. Ce sont les plus défavorisés qui sont les touchés par ces réformes. D'autant qu'au cours de ces quinze dernières années, le chômage chez les jeunes s'est accentué, en dépit de quelques rebonds. Certains syndicats appellent au retour du congé solidarité.

D'autant que le montant des pensions dépend de l’indice des prix et non de l’évolution des traitements, ce qui a conduit à une baisse des revenus des retraités, tant du secteur public que du secteur privé. Dès 1993, les chômeurs et précaires doivent se contenter du “minimum vieillesse”, entre 550 et 650 euros, et beaucoup de travailleurs ne pourront jamais prétendre à une retraite pleine.

Le congé solidarité mis en place dans notre île dans le cadre de la LOOM, et en vigueur en 2001, a facilité l’accès des jeunes à l’emploi, mais il a été supprimé par le gouvernement en décembre 2006. Il était financé à 60 % par l'état, 12,5% par la Région et le Département ; l’employeur se chargeait des 15 % restants. Cette mesure a permis à plus de 2.000 jeunes de trouver un emploi.

Les raisons du déficit Le déficit des retraites n'est pas du à la hausse des dépenses, mais à l'absence de recettes. En effet, les exonérations patronales, le chômage, et l'absence de hausse salariale ont conduit à creuser le déficit de la Cnav. Le fait aggravant de ces réformes est qu'aucune d'elles ne prennent en compte les spécificités réunionnaises. Le taux de chômage qui frappe les Réunionnais est trois à quatre fois plus fort que celui de l’hexagone.

Cependant, le retard de sa mise en œuvre n'a pas répondu aux attentes. De nombreux syndicats appellent aujourd'hui le gouvernement à revoir leur décision, et à remettre en vigueur ce congé solidarité.

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1993, Balladur appelle à travailler plus longtemps

2007: remise en cause des régimes spéciaux de retraites

En 1993, c'est le début de l'allongement de la durée de cotisation. Globalement, la réforme de 1993 a provoqué une baisse moyenne de pension de 6% pour l’ensemble de la population (de 7% pour les hommes et de 5% pour les femmes). 31,9% de la population réunionnaise est au chômage, la faiblesse des cotisations, n'empêche pas le gouvernement de mettre en place ces mesures: ♦ un allongement de la durée d'assurance prise en compte pour bénéficier d'une pension à taux plein. Cette durée passe de 37,5 annuités à 40; ♦ les pensions du régime général sont calculées sur la base des 25 meilleures années de carrière, au lieu des dix meilleures années; ♦ une indexation des pensions de retraite sur les prix à la consommation.

Cette réforme prend en compte la pénibilité, et aligne les régimes sociaux des entreprises publiques sur les cotisations dans le privé, avec 41 ans de cotisations pour une retraite à taux plein. Le gouvernement a allongé le temps de cotisation afin d'assurer le financement des retraites, seulement si les cotisants sont en mesure de "cotiser à taux plein". Mais le taux d'emploi des séniors est le plus faible en France, et à La Réunion également. Reculer d’un an l’âge de la retraite, c’est donc prolonger d’un an le chômage de 62% des 55-64 ans, ce qui revient à faire financer leur retraite par l’assurancechômage. L'une des solutions proposées est de développer l’emploi des seniors, au détriment de la jeunesse. Des réformes accablantes

2003, Fillon réforme le système des retraites de la Fonction Publique Cette réforme aggrave la précédente, car ses objectifs sont de faire converger le secteur public et le secteur privé vers le même niveau, stabiliser le rapport entre le temps au travail et le temps à la retraite à 2/3 pour 1/3 car plus l’espérance de vie grandira plus la durée de carrière s’allongera. Par ailleurs il s’agira d’amener le montant moyen des pensions à 66% du salaire de référence, pour le public comme pour le privé. Ces mesures aggravent la situation des travailleurs réunionnais, du public et du privé. Ces derniers doivent allonger la durée de travail pour avoir un taux plein, et voient le montant des revenus de la retraite diminuer. D'autant plus que le chômage s'élève à 30,8%, et plus de 55.000 Réunionnais touchent le RMI. La diminution du niveau des retraites est d'ores et déjà considérable. Les chiffres varient d'un salarié et d'une situation à l'autre. La pension d'un salarié payé toute sa vie au Smic qui partait à la retraite en 1993 équivalait à environ 780 euros actuels. Aujourd'hui, un smicard ne part plus qu'avec 700 euros, soit un manque à gagner de 80 euros par mois.

Les conséquences des réformes de 1993, 2003, et 2007 ont appauvrit les retraités, et poussé les salariés du public et du privé à travailler plus longtemps, au détriment de l'emploi des jeunes. De manière générale, les réformes ont allongé la durée de cotisation à 40 ans, calculé la retraite sur les 25 meilleures années au lieu de 10 pour les salariés du privé, indexé sur les prix et non plus sur les salaires et la productivité entrainant une baisse des pensions de 15 à 20 %. A La Réunion, la situation s'est aggravée au cours des années, et le gouvernement n'a, à aucun moment, pris en compte les spécificités réunionnaises, notamment la hausse démographique, le niveau élevé du taux de chômage, ainsi que les disparités entre les hommes et femmes, tant sur le marché du travail: 30,7% des hommes sont au chômage en 2004, contre 34,1% pour les femmes, en 2009, le taux est de 25,6 pour les hommes, et 29,1% pour les femmes. Celles-ci seront plus durement frappées par la réforme d'autant plus que bon nombre d'entres elles arrêtent de travailler au moment de la naissance de leurs enfants.

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La génération 68 est la première à être partie en retraite avec un niveau de vie supérieur à celui des actifs. Et sans doute la dernière. Faut-il admettre qu’au 21ème siècle, dans un pays comme la France, qui a souvent été à l’avant-garde du progrès, il ne serait plus possible de prendre sa retraite à 60 ans ? Avec la réforme des retraites de 2010, le gouvernement demande aux salariés de cotiser plus et de revoir leurs droits à la baisse alors que la France n’a jamais été aussi riche. Ces choix ne vont aboutir qu’à une baisse des montants de retraite pour les salariés, à un allongement de la durée d’activité et à un creusement des déficits des caisses de retraite. Les jeunes, en plus de subir les effets du chômage, de la crise et de la précarité vont subir un recul de leurs droits. Les jeunes participent à la solidarité nationale en cotisant pour les retraités d’aujourd’hui. Ils souhaitent bénéficier des mêmes droits que leurs ainés à leur tour.

Nombreux sont-ils aujourd'hui à la Réunion à vivre avec une retraite de misère. La réforme que souhaite faire passer le gouvernement ne fera qu'aggraver cette situation déjà critique. Alors que nous les jeunes subissons de plein fouet les effets de la crise qui justifierait les réformes irresponsables en matière d'éducation, devons-nous accepter le spectre d'une retraite bien loin d'être à la hauteur de ce qu'elle devrait être? Devons-nous accepter le sacrifice des principes de répartition des richesses et de solidarité entre les générations, fruit de longs combats? Ou encore, devons-nous accepter de n’avoir que pour seul perspective le minimum vieillesse à 62 ? C’est-àdire la misère…

La réforme de retraite 2010 est une réforme guidée par les marchés financiers et les agences de notation, qui exigent aujourd’hui de l’ensemble des pays de l’Union Européenne de diminuer leurs déficits et par conséquent leurs dépenses sociales. Les retraites ne se limitent pas à une simple question comptable mais représentent un véritable choix de société qui doit engager tous les citoyens et toutes les générations. La réforme des retraites conçue pour la France s’inscrit à La Réunion dans un contexte totalement différent et aura pour conséquence d’aggraver la pauvreté dans notre île où déjà 52% de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté.

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• Reculer l’âge de départ à la retraite à 62

ans L’âge légal de départ à la retraite sera reculé à 62 ans en 2018. Ce qui signifie que quelque soit l’âge à laquelle on a commencé sa carrière, il faudra travailler plus longtemps. Le gouvernement justifie le sacrifice de la retraite à 60 ans sur l’augmentation de l’espérance de vie. N’oublions pas que si nous vivons plus longtemps, c’est grâce aux acquis des luttes syndicales et politiques des forces de progrès. Le recul de l’âge de départ à la retraite va accroitre la situation d’inégalité entre les retraités de la France hexagonale et ceux de La réunion, quand on sait que l’espérance de vie à La Réunion est inférieure à celle de la Métropole tant pour les hommes que pour les femmes (inférieure de 4 ans pour les hommes et de 3,2ans pour les femmes par rapport à la Métropole). Ce recul aura pour conséquence de baisser les montants des pensions pour tous les salariés qui arrêtent ou arrêteront de travailler avant l’âge légal ou qui subiront la décote pour avoir eu une carrière incomplète. A La Réunion, le taux de chômage des 50 ans ou plus ne cesse d’augmenter, passant de 7,7% en 2004 à 18% en 2010. Avec la fin des grands travaux et les fermetures d’entreprises programmés avant la fin de l’année, la réforme des retraites va transformer les jeunes retraités réunionnais en vieux chômeurs. Ce sera l’assurance chômage qui devra donc payer. • Augmenter la durée de cotisation jusqu’à

41,5 annuités en 2020 Comme pour chaque réforme des retraites, le gouvernement justifie l’augmentation de la durée de cotisation par l’augmentation de l’espérance de vie. Une fois de plus le gouvernement fait le choix de faire peser la réforme uniquement sur les revenus des salariés tout en préservant les revenus du capital et les nouvelles formes de revenus. Dans notre île, dans le secteur public, 30 années de cotisation retraite d’annuités comptent 40 annuités. Ainsi , l’allongement de la durée de cotisations envisagée en France n’aura pas d‘incidence négative majeure pour les retraités du secteur public à La Réunion. En revanche, les ¾ des retraités du « privé »ne béné-

ficient pas d’un taux plein. Avec la persistance du chômage et de la précarité à La Réunion, cette mesure mène inévitablement à une augmentation du nombre de personnes au minimum vieillesse à La Réunion et donc à une augmentation de la pauvreté. • Une prise en compte superficielle de la

pénibilité Avec la réforme des retraites 2010, les salariés qui auraient commencé leur carrière avant 18 ans pourront leur retraite à 58 ou 60 ans, à condition d’avoir la durée de cotisation plus 2 ans. Pour les autres, la retraite à 60 ans ne sera autorisée qu’à condition que « l’usure professionnelle » soit constatée. Concrètement cela signifie qu’aucune profession ne pourra bénéficier de la retraite à 60 ans, et seul le cas par cas sera pris en compte. En France, « l’espérance de bonne santé » pour un ouvrier est de 59 ans et 2 ouvriers sur 8 qui ont atteint l’âge de 35 ans décèderont avant leur 65e anniversaire contre 1 cadre sur 10. A La Réunion, la situation est encore plus grave, dans une économie basée essentiellement sur le secteur du BTP. Avec cette réforme, les plus belles années de retraites sont en train de devenir les pires années de travail. • Une baisse de salaire pour les fonctionnai-

res L’augmentation du taux de cotisation pour les fonctionnaires, signifie qu’une part plus importante de leur traitement sera prélevée pour financer les retraites. En effet, il n’y a pas de cotisation « employeur», puisque c’est l’Etat qui paye cette part (avec d’ailleurs beaucoup de retard ce qui participe à l’aggravation des déficits des caisses de retraite). Comme le gouvernement ne prévoit aucune augmentation des salaires des fonctionnaires, cette mesure aura pour conséquence de diminuer le traitement des fonctionnaires. En effet, la hausse du taux de cotisation va amputer de facto de près de trois points le salaire des fonctionnaires, donc leur pouvoir d’achat. Une augmentation du taux de cotisations retraite de 2,8% équivaut à ramener le point d’indice, qui sert de base de calcul aux rémunérations des fonctionnaires, à un niveau inférieur à celui de novembre 2005.

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Il y a un mois, lors de l’ouverture de l’année internationale de la jeunesse, l’organisation internationale du travail dressait un rapport dramatique sur le chômage des jeunes dans le monde. Selon eux, plus de 81 millions de jeunes en âge de travailler sont au chômage, soit un taux jamais atteint dans le monde et qui va en s’aggravant. Ce rapport lance également un message d’alerte aux gouvernements pour qu’ils mettent en place des mesures d’urgence pour l’emploi des jeunes avant que toute une génération, déjà désespérée soit perdue. Ce rapport de niveau mondial, est encore plus dramatique à La Réunion. Les chiffres sont connus de tous : ♦ 52% de la population qui vit en dessous du seuil national de pauvreté ♦ plus de 52% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage ♦ des milliers de jeunes diplômés au chômage ♦ plus de 100 jeunes à la réunion qui ont Bac +8 sont au chômage A cette situation déjà catastrophique, viennent s’ajouter tous les jours une aggravation de la situation avec : ♦ un pouvoir d’achat qui n’arrête pas de diminuer ♦ une précarité qui augmente ♦ des entreprises qui mettent la clé sous la porte tous les jours (on a vu l’entreprise Guest y a quelques semaines, la semaine dernière l’entreprise ZEOP et bientôt Conforama) et ce sont à chaque fois des centaines d’emplois qui sont supprimés. Avec la fin des grands travaux (tram-train, MCUR, route du littoral, rocade du tampon, Zénith, pôle océan,…) et la crise qui s’accélère, ce sont, selon la CGSS, des milliers d’entreprises réunionnaises qui sont dans de graves difficultés et qui risquent la fermeture avant la fin de l’année. Les dettes sociales des entreprises explosent. Les arriérés de cotisations sociales s’élevaient à plus de 300 millions d’euros en juin 2010. Face à cette situation réunionnaise qui n’est comparable à aucun autre département de France et d’Europe, on a un gouvernement UMP, conduit par Sarkozy, qui mène une politique de casse sociale qui aggrave la situation des jeunes et des plus pauvres à La Réunion et notamment avec la réforme des retraites. Avec cette réforme les jeunes seront une fois de plus, les principaux touchés et encore plus dans notre île où 60% des jeunes de 15-34 ans sont condamnés au minimum vieillesse à 62 ans.

Les chômeurs et les inactifs condamnés. A La Réunion, où le taux de chômage global est trois fois plus élevé qu’en France métropolitaine, les jeunes sont encore plus confrontés à des difficultés d’insertion dans le monde du travail. Selon l’INSEE, à La Réunion 42 000 jeunes de 15 à 34 ans sont chômeurs, auquel s’ajoute 16 000 inactifs. Vu la conjoncture économique actuelle et la crise qui est devant nous, ces 58 000 jeunes n’auront pas cotisé suffisamment à 62 ans. Les précaires abandonnés. « Plus on est jeune et plus le contrat court est probable » titre l’INSEE. 35% des jeunes de 19-34 ans disposent d’un contrat court, principalement un contrat à durée déterminée (CDD). Sur les 20 000 jeunes en CDD, 9000 sont en contrat aidé. Avec la fin annoncée des contrats aidés (diminution de 20% l’année prochaine), ces 9000 jeunes seront au minimum vieillesse à 62 ans. Les étudiants et les lycéens sacrifiés. On n’a cesse de le dire, le diplôme reste la meilleure arme face à la crise. L’allongement des années d’études et l’élévation des diplômes de référence au niveau européen font entrer de plus en plus tard les jeunes sur le marché du travail. L’âge moyen d’accès au premier emploi stable est de 27 ans. Avec l’allongement des années de cotisation à 41,5 annuités et la non prise en compte des années d’études dans le calcul des retraites ce sont 16 650 étudiants et 40 620 lycéens à La Réunion qui n’auront pas de retraites à taux plein à 62 ans. Les stagiaires oubliés. En 2009, en cumulé sur un an, le Pôle emploi a enregistré 52 000 demandes d’emplois de jeunes de moins de 26 ans. 23% des jeunes demandeurs d’emploi de moins de 26 ans sont sortis des listes en 2009 pour entrer en stage. Ce sont là aussi plus de 11 960 jeunes stagiaires qui n’auront pas cotisé suffisamment à 62 ans. Au total, ce sont 136 230 jeunes Réunionnais, qui sont condamnés à la misère à 62 ans, parce qu’on leur impose une réforme injuste, inadaptée et qui ne prend pas en compte leurs spécificités et celles de La Réunion. Ce qui représente 60% des 232 000 jeunes de 15 à 34 ans à La Réunion.

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Le système des retraites en France comme tout système de protection collective est primordial afin de subvenir aux besoins de la population et notamment des plus précaires, il en va des mécanismes de répartition et de l'expression même de la solidarité entre les individus et les générations. Par temps de crise, les protections collectives sont la meilleure arme afin d'éviter l'aggravation d'une situation déjà critique. Du fait de l'aggravation de la situation économique et sociale à la Réunion, l'application en l'état de la réforme des retraites aurait des conséquences désastreuses pour la population. Il convient alors en premier lieu de prendre en urgence des mesures afin d'arrêter l'hémorragie actuelle résultant de politique inadaptées. En d'autres termes, nous exigeons le retrait pur et simple de cette réforme.

L'évolution de la société, la modification des rythmes tout au long de la vie ou encore les nouveaux besoins doivent nous obliger aujourd'hui à réfléchir à l'adaptation des protections collectives et plus précisément au système des retraites. Ce travail d'adaptation face aux dynamiques qui nous entourent est nécessaire, d'autant que nous nous situons sur une île, à l'histoire, au contexte et aux perspectives souvent différentes de la France hexagonale. En effet, si nous subissons un certain nombre de paramètres identiques à ce qu'il se passe ailleurs (flexibilité dans l'emploi, émancipation des femmes, allongement des études, …), nous ne devons pas oublier que nous connaissons de grandes spécificités.

Pour les jeunes, nous assistons à un allongement de la durée des études, ils entrent de ce fait beaucoup plus tard sur le marché de l'emploi, en moyenne à 27 ans. Ces années d'études doivent être prises en compte. Autre élément assez récent et qui va continuer à s'accroître, l'émancipation des femmes. De plus en plus vers la fin des femmes aux fourneaux, au linge et au nettoyage, elles sont nombreuses à projeter et à juste titre à une vraie carrière professionnelle. Nous devons leur permettre d'y parvenir et cela suppose la prise en considération de leur désir à un moment ou à un autre de fonder une famille. Représentants en France, 80% des travailleurs précaires, la situation des femmes ne peut se cantonner à cela. Des mesures doivent être prises afin que le marché du travail accepte et s'adapte à la situation, aux attentes et aux besoins des femmes... et non l'inverse. De l'organisation du travail Elle suppose une offre d'emploi pour tous ; nous en sommes particulièrement loin. Seules les personnes en emploi cotisent, avec 53% des jeunes qui sont au chômage à la Réunion, nous ne règlerons pas la question des retraites si l'on fait abstraction de la question de l'emploi. La question de l'emploi elle, ne se règlera pas pour sa part sans des engagements issus de réflexions profondes sur l'adaptation des formations en fonction des besoins en emplois qualifiants à la Réunion.

De l'organisation du cycle de vie Autrefois, parcellé en trois parties à savoir le temps de la formation, du travail, de la retraite correspondant respectivement à la jeunesse, l'âge adulte et la vieillesse, nous ne pouvons aujourd'hui entretenir l'illusion de frontières fixes d'âge. 11


AJFER - Dossier réforme des retraites à La Réunion - Août 2010

Par ailleurs, nous ne pouvons fermer les yeux sur la flexibilité qui s'instaure dans le domaine de l'emploi. Elle ne peut être garantie que si et là encore uniquement si, les formations répondent à ces conditions de mobilité. La sélection dans l'enseignement supérieur et l'application de seuils par filière sont des obstacles à la formation pluridisciplinaire. Enfin, la flexibilité dans l'emploi suppose des garanties et/ou des dispositifs permettant d'assurer aux personnes les moyens de vivre et ce quelque soit les fluctuations imposées par le marché de l'emploi. De même, ces années où la population subit les fluctuations du marché doivent être comptabilisées dans le calcul des annuités. Enfin, si une certaine flexibilité préparée est possible, le statut des travailleurs doit être reconnu en tant que tel pour participer et bénéficier des protections collectives. Ce n'est malheureusement pas le cas des contrats aidés, véritable expression de la précarité qui créé ce que nous pouvons appeler des « travailleurs pauvres » ; ils sont 9 000 jeunes concernés à la Réunion, il est primordial de leur offrir d'autres perspectives.

ques qui y contribuent de près comme de loin. Ainsi, la réforme des retraites ne peut se faire en catimini, sans concertation avec l'ensemble des acteurs notamment de terrain. Il y a incontestablement eu à un moment un manque cruel d'anticipation de la part des gouvernements qui se sont succédés, de certains dirigeants politiques mais aussi des générations qui nous ont précédés. D'autre part, on ne peut, de manière mécanique appliquer une réforme réfléchie principalement pour l'espace métropolitain à un espace insulaire où l'histoire, le contexte, les perspectives et les enjeux sont si différents. Une démographie, un tissu économique, un contexte social différents sont l'expression de la néces-

sité, non pas de sauver la retraite, mais pour la plupart des réunionnais, la nécessité de créer un système de retraite.

Des conditions de travail Malgré une tertiarisation de l'économie ou encore les nouvelles technologies, la pénibilité au travail demeure belle et bien présente. A la Réunion, nombreux sont-ils à travailler dans le BTP ou encore dans l'agriculture ; ces derniers sont ainsi confrontés à des efforts physiques conséquents mais également à des conditions extrêmes (bruit, météo, produits dangereux, …). Les autres salariés ne sont bien sur pas épargnés avec de nouvelles contraintes tels le stress professionnel ou encore les troubles musculo-squelettiques. Il convient donc de travailler à l'amélioration des conditions de travail, à la fois pour les personnes en fin de carrière mais aussi, en matière de prévention pour les jeunes qui entrent sur le marché de l'emploi. L'évolution des sociétés nécessite l'évolution des systèmes qui les régissent mais cela ne doit et ne peut se faire sans une véritable prise en considération de tous les éléments et dynami12


AJFER - Dossier réforme des retraites à La Réunion - Août 2010

L'Histoire nous enseigne la capacité, la détermination et le courage qu'ont eu à un moment, des générations qui, soucieuse de leur avenir, ont su s'organiser et se mobiliser massivement. Pour ne citer qu'eux, la génération 68... Ils représentaient alors presque un tiers de la population française, à l'époque. Beaucoup s'accorde à le dire, ils avaient la force démographique. Au moment où à la Réunion, la situation s'aggrave comme partout certes mais où nous sommes plus touchés par les mesures anti-sociales du fait dune situation déjà fragile, les jeunes représentent 30% de la population totale. Petit parfum de nostalgie, clin d'œil au passé, tiens, il semble que nous ayons la force démographique. Certains semblent avoir une mémoire courte ou une méconnaissance des éléments... On ne peut leur en vouloir, la France n'excelle pas dans le devoir de mémoire. Dommage pour eux mais surtout pour nous. Car en effet, peut être que si compte rendu et prise en compte de l'histoire il y avait eu, les politiques auraient préparé l'avenir et de surcroit avec les jeunes. Mais non, rien de cela, bien au contraire. Absences de renouvellement des élites politiques françaises pour une absence de débats autour notamment de l'adaptation des protections collectives face à l'évolution de la société.

pour sur, ses responsabilités. Elle combattra et à juste titre pour son avenir. Au début de la décennie, nous entendions via la pression de la rue, le gouvernement déclarer « priorité à l'embauche des jeunes ». Aujourd'hui, c'est « priorité à l'embauche des séniors ». Pourtant, les jeunes sont de plus en plus nombreux à être frappés par le chômage, 53% à la Réunion. La question des retraites posent inévitablement la question de la répartition des richesses, de ce que nous voulons pour le peuple. C'est une question de choix de société, pas d'un manque d'argent mais d'un manque de volonté. Les combats du passé ont permis un certain nombre d'acquis sociaux. Ils sont le fruit de longs combats pour la défense d'un modèle de société, basé notamment sur la solidarité. Des questions qui lui sont posées, des conditions qui lui sont faites, c'est vrai, chaque génération a rendez-vous avec une histoire qu'elle n'a pas écrite. Mais chaque génération choisit ses réponses. Il est de notre responsabilité de se battre aujourd'hui pour la société que nous voulons.

Mais qu'à cela ne tienne, tous n'ont pas pris leurs responsabilités, mais certains si. Alors, cette jeunesse réunionnaise, souvent citée en exemple, cette force démographique devra et prendra

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Le 7 septembre 2010: Sarkozy condamne 60% des jeunes Réunionnais à la misère à 62 ans!  

Conséquences de la réforme des retraites 2010 sur la jeunesse Réunionnaise

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