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PORTRAIT Par Lauriane ZONCO Il est né dans la rue,mais il ne semble pas destiné à y rester : l’arturbain, le street art des taggeurs et des graffeurs, fait souffler un vent de folie de New York à Genève, où une galerie entièrement dédiée à ce véritable mouvement artistique vient d’ouvrir ses portes. Banksy. Le mystérieux artiste urbain Cet automne, le petit monde parfois un peu trop poussé de l’art bruissait d’un seul nom : Banksy. Le mystérieux artiste urbain a investi en octobre les rues de New York proposant chaque jour à des fans ravis de découvrir une nouvelle œuvre quelque part dans la Grosse Pomme. Incroyable engouement qui a vu les œuvres de l’artiste britannique carrément délogées de leurs murs pour être vendues aux enchères sans son autorisation. C’est que sa cote, reflet de l’ascension de l’art urbain, commence à sérieusement enfler : certaines de ses œuvres dépassent maintenant allègrement la barre du million de dollars en salle de ventes. A l’Atelier des Bains, on s’attarde donc devant un Banksy et on évoque avec Nicolas Couturieux, le Directeur Artistique de la galerie, le phénoménal envol de ce courant de l’art contemporain. Le jeune homme est formel : l’art urbain, «est bien LE mouvement artistique de notre époque, « comme il n’y en a plus eu depuis le Pop Art ». Il est bien placé pour en parler: tombé dans la mouvance street art dès son adolescence, il entretient des liens étroits avec bon nombre d’artistes de ce milieu. Son propre parcours de producteur de musique — il a été l’agent du très populaire DJ Laurent Wolf — n’a fait que développer sa compréhension du mode de vie et de pensée « street ». Leur côté puriste —Banksy milite à travers ses oeuvres pour la gratuité de l’art -, la complexe transition entre graffeur de rues et artiste renommé, les relations un chouia délicates avec les autorités... « Avec mon associé Arnaud Hubert, nous avons ouvert cette galerie car nous connaissons vraiment très bien ce milieu. Il ne nous serait pas venu à l’idée de faire quelque chose d’autre ». Lespace est parfait, suffisamment aéré pour mettre en valeur les oeuvres, sans être monacal. Connaisseur ou pas de l’art urbain, les œuvres présentées font le reste : les graffitis de Mist, les grandes toiles à la limite de l’art moderne du suisse Smash137 les billets colorés de Tilt...et pour ceux qui suivent la cote de ces artistes un peu à part, H y a même du JR et du Os Gêmeos, représentés exclusivement par de grandes galeries internationales qui peinent parfois à alimenter le marché ; excellent réseau de Nicolas Couturieux lui permet cependant d’obtenir certains des travaux de ces artistes. Genève la protestante Les collectionneurs apprécient : une bonne partie des oeuvres présentées ont été acquises. Genève la protestante est donc bien sensible à la fougue de l’art urbain ! « Nous ne voyions pas l’intérêt de nous installer à Paris, Londres ou New York où d’importantes galeries se consacrent déjà au street art, précisent Nicolas et Arnaud, alors qu’à Genève nous sommes les seuls. Nous avions cet espace à disposition, et nous savions que Genève abrite bon nombre de collectionneurs qui comptent. Lidée est donc venue naturellement ». Arnaud Hubert avait en effet dès 2011 repris le Café des Bains voisin et entrevu les possibilités de synergies qui pourraient exister avec une galerie d’art: « Nous avons toute la logistique pour organiser facilement des événements et mettre en valeur les artistes que nous présentons ». Des artistes dont la cote explose : si Banksy est en passe de devenir un cas d’école, l’art urbain en général est en train de sortir de son « ghetto » des rues. « En dix ans, les prix ont grimpé de 90%. Le street art est un excellent investissement » explique Nicolas Couturieux. Une évolution logique, « puisque c’est un vrai courant artistique, en ce sens qu’il est symptomatique d’une époque », mais qui a pris son temps. S’il est né dans l’ombre et dans la rue comme le rap, le hip hop et l’électro, le street art a longtemps été cantonné à un rôle secondaire, épiphénomène d’un monde artistique devenu très codé. « L’art, surtout aujourd’hui, a une dimension élitiste; hors l’art urbain prend le contre-pied de cet aspect. Le cheminement vers la lumière a donc été un peu plus long » confirme Nicolas Couturieux. Et ce d’autant plus qu’il West pas aisé de passé du statut de grafteur über-cool et radical à celui d’artiste mainstream qui brasse des millions. Certains le vivent bien, d’autres moins... Signe qui ne trompe pas, certains de ces artistes font maintenant leur entrée dans les musées, comme Smashl37 qui vient d’être intégré à la collection du Musée d’Indianapolis. Nicolas Couturieux et Amaud Hubert sont prêts à parier qu’il ne s’agit que d’un début: « Ceux qui achètent du street art aujourd’hui se féliciteront de leur flair dans dix ans » sourit Nicolas Couturieux. On ne rate donc pas le train et on file à l’Atelier des Bains regarder l’histoire artistique en marche. Celle de la galerie semble en tout cas prometteuse: « Nous aimerions à terme ouvrir d’autres galeries d’art urbain, dans des territoires vierges, comme l’Inde ou 1 ‘Amérique du Sud » confient les deux jeunes associés. Le souffle aventurier du street art est donc bien contagieux. DÉCEMBRE 2013 /JANVIER 2014 - www.cotemagazine.com


N°61 (décembre 2013 janvier 2014) cote genève article  
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