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Dossier prod sommaire

Communiqué de presse Note d’intention Traitement multimédia fonctionnalités du site Maquette site #1 Maquette site #2 Proposition éditoriale LIGNE Narrative ENQUETE LIGNE NARRATIVE HISTOIRE DE VIE Tannon Adama & Marie Claire Khairullah Lancement & diffusion

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5 Patras, Cimitière des migrants, 2009, photo de Sara Prestianni

5 La Turquie vue de l’ile de Samos, 2009 photo de Sara Prestianni

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5 Mellilla, 2006 photo de Sara Prestianni


communique de presse - 10092011

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Contacts: osonssavoir@gmail.com http://www.osons-savoir.com

Plus de 4 millions de kilomètres carrés, presque un demi milliard d’habitants, une trentaine de langues officielles et une grande peur : être au milieu de milliers de migrants qui cherchent une vie plus digne, un espoir, et le plus souvent, le salut même. C’est l’Europe. Plus encore, c’est la Forteresse Europe. De l’autre coté est un web documentaire qui a pour volonté d’enquêter sur l’externalisation des politiques migratoires des pays Européens, la volonté pour ces Etats Nations de créer la figure d’un ennemi afin d’assurer une cohésion nationale et enfin sur l’utopie d’un monde sans frontière annoncée par l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme. Notre projet se fonde sur un partenariat avec certaines organisations qui travaillent dans le domaine migratoire, parmi lesquelles la Ligue des Droits de l’Homme, la Fasti, la Cimade Rhône Alpes, le réseau Migreurop (70 associations internationales) et le réseau Terra (180 chercheurs internationaux). Pour la diffusion du webdoc, nous sommes en pourparler avec différents médias dont Libération, France Inter, l’Humanité et DailyMotion. Ce projet a été sélectionné au Festival International des Scénaristes de Bourges 2011 et aux Cross Video Days 2011. Grâce aux financements de la région Rhône Alpes et de la mairie de Lyon, une partie du tournage s’est déroulée durant l’été 2011 dans le sud de l’Europe à travers l’Italie, la Grèce et Istanbul. Nous sommes partis à la rencontre des protagonistes du fait migratoire, migrants, chercheurs, associations, journalistes, jusqu’aux personnels des institutions internationales. La deuxième partie du tournage doit être réalisée durant l’automne 2011 en France et dans les institutions européennes. Nous présentons aujourd’hui ce projet au Centre National du Cinéma afin de produire ce web documentaire avec le concours de l’agence de production Ligne 4.

Jeremy Cheong Chi Mo - Réalisateur mobile : +33 6 33678646


note d’intention

Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Après la lecture du livre Bilal sur la route des clandestins de Fabrizio Gatti, reporter au magazine italien l’Espresso, nous nous sommes investis dans ce sujet aussi tragique que passionnant qu’est l’immigration. Ce journaliste a eu le courage de partir de Dakar et d’affronter la réalité des migrants dans la peau d’un clandestin. A leurs côtés, il traversa le Mali, le Niger et la Libye pour arriver sur les rives sud de la méditerranée. Il est le seul journaliste à être entré dans un centre de rétention administrative en activité, à Lampedusa et à Milan, en se faisant passer pour un migrant. En 2009, un rapport accablant des députés européens vint conforter ses descriptions. La délégation affirma que les centres pour migrants sont des espaces inhumains et dégradant en marge de la loi, non conformes aux normes européennes en matière d’accueil et de protection, aussi bien en ce qui concerne les droits des demandeurs d’asile que les droits de tout être humain, indépendamment de sa situation juridique. Une évidence s’imposa : il nous fal-

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Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948, article 13.

lait comprendre l’immigration et sa complexité. et il ne fallait pas seulement comprendre l’importance de l’altérité mais aussi remettre en question nos représentations, engendrées et influencées par le pouvoir des médias et le discours politique. En effet, à travers l’orientation de ces discours, l’altérité devient suspecte. On se méfie de l’autre, on s’en est toujours méfié. Mais pourquoi craindre la diversité, pourquoi ne pas l’accepter et tenter de la comprendre, car cette différence est et sera permanente, réelle et surtout indispensable. Après de nombreuses recherches, de nombreuses lectures, nous avons constaté l’évolution des différentes politiques européennes à partir des années 80, lorsque l’idée d’une homogénéisation des politiques migratoires européennes fut lancée. De la déclaration de la secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Catherine Lalumière, en 1985, sur la nécessité d’harmoniser les législations européennes en matière d’immigration, en passant par la convention Dublin II en 1997, fondement d’une politique d’asile européenne, nous débouchons aujourd’hui


3,7Centre de retention admnistratif de Lampedusa, 2009. photo, de Sara Prestianni

sur une politique d’externalisation des politiques migratoires et nous soustraitons les applications de ces politiques à des pays non européens. Ces politiques d’externalisation se résument, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, à la militarisation des frontières de l’Europe par les pays du sud et de l’est, à la prolifération des centres de rétention de migrants aux frontières, au conditionnement de l’aide au développement par la gestion des flux migratoires par les pays du sud et enfin par des accords de réadmission par les pays originaires des migrants.

Au delà du prétexte, les intérêts européens sont bien évidents : d’une part le gaz et le pétrole présents en Libye et d‘autre part la possibilité d”utiliser le territoire Libyen comme une prison en plein d’air, une prison européenne à l’extérieur de l’Europe.

Après la célébration d’un gazoduc reliant les deux pays, Berlusconi inaugura le projet d’autoroute financé par Rome, reliant la Tunisie à l’Egypte. Connaissant la position autoritaire du régime libyen, et l’inexistence d’une liberté de la presse ainsi que le non respect de la déclaration universelle Hier, nous acceptions le chantage de des droits de l’homme et de la convenla Libye pour qu’elle s’occupe de stop- tion de Genève, il est clair que, sur ce per les flux migratoires en échange de territoire, une issue sanglante se pré5 milliards d’euros par an. Le colonel pare. Par témoignages directs et par Kadhafi, pendant longtemps maintenu les dénonciations des organisations à distance de la vie politique interna- non gouvernementales nous avons tionale, a été reconnecté au monde connaissance de l’existence de dépordiplomatique et politique européen tations massives dans le désert libyen par Silvio Berlusconi. Sous prétexte ainsi que de rafles quotidiennes de de dédommagement à la colonisation, clandestins. il a renforcé les liens et les relations entre la Libye et l’Union Européenne. Mais l’ancien adage du droit français

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semble toujours vrai : « testis unus, testis nullus », témoin unique, témoin nul. Apparemment, cette vérité n’a pas encore la force de changer les choses. Il faut continuer à agir pour savoir et diffuser des informations sur ce qu’il s’est passé et sur ce qu’il se passe encore. Durant ces derniers mois, la guerre a été déclaré au dictateur lybien mais les européens ont d’ors et déjà négocié la gestion des flux migratoires avec le Conseil National de Transition.

des hommes et qu’ils sont aujourd’hui traités comme des marchandises.

Le projet de web documentaire découle de ces constats et d’une envie d’enquêter et d’informer sur ces problématiques. Pour se faire, nous avons souhaité rassembler des témoins quotidiens de ces politiques migratoires avec les réseaux Migreurop et Terra afin d’apporter un regard si souvent mis de côté au profit d’un discours unique contraire à une parole si souvent ouLe phénomène migratoire est au- bliée : «Toute personne a le droit de jourd’hui instrumentalisé de manière circuler librement et de choisir sa résiquotidienne pour susciter la peur chez dence à l’intérieur d’un État. Toute perla population et utilisé pour justifier la sonne a le droit de quitter tout pays, violence des répressions envers les y compris le sien, et de revenir dans migrants. Cette vision occulte la ri- son pays.“ Déclaration Universelle des chesse produite par la diversité et ou- Droits de l’Homme, 1948, article 13. blie que ces migrants sont avant tout

4 Enfants marocains, 2008 photo, de Jeremy Cheong Chi Mo

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3 Patras, Cimitière des migrants, 2010 photo, de Sara Prestianni


traitement multimedia

Aujourd’hui, le web est devenu la plateforme médiatique la plus utilisée. La liberté, la disponibilité et la créativité qui en résultent nous ont poussé à développer ce projet pour ce support. Les nouveaux médias sont l’avenir de l’information. En effet, les possibilités esthétiques, l’étendue du réseau et la gratuité fondent les nouveaux moyens de diffusion de demain. La puissance d’indexation des moteurs de recherche actuels oriente les internautes directement vers les informations qui les intéressent.

photos, bandes sonores, textes, hypertextes, nous utiliserons tous les supports internet disponibles pour développer notre sujet. la construction de cette toile d’araignée est alors envisageable uniquement sur le web.

Avec ce nouveau moyen, les internautes ont désormais la possibilité de construire leur parcours informatif à travers l’ensemble des supports proposés. Ainsi, nous présenterons l’enquête sur l’externalisation des politiques migratoires et la création par les états d’un ennemi intérieur au profit d’une idéologie identitaire et nationaliste. Elle sera la base documentaire à laquelle s’ajoutera deux autres lignes narratives, une ligne historique pour expliquer les différents points clés de la construction des politiques migratoires depuis la convention de Genève et une ligne histoires de vie qui ajoutera des témoignages par les migrants sur leur expérience de voyage vers l’eldorado européen.

• Un mode galerie documentaire, l’internaute pourra alors accéder à l’ensemble des épisodes regroupés sous différentes thématiques : relations internationales, droits de l’homme, l’ennemi intérieur et l’utopie d’un monde sans frontière. • Un mode histoires de vie, le spectateur aura le choix entre des parcours différents, représentant différents itinéraires migratoires. Ces histoires seront segmentées en deux actes : premièrement le voyage et le passage des frontières vers l’Europe et deuxièmement les difficultés rencontrées en Europe. • Un mode historique, de cette manière les internautes pourront suivre la construction du système migratoire européen de manière chronologique.

Accès à l’information En plus du mode de lecture général proposé par l’enquête, trois autres modes de lecture pourront permettre aux internautes d’accéder aux différents épisodes.

A n’importe quel moment, des liens L’enquête sera un cadre vidéo (voir entre les trois lignes narratives se- maquette …...) dans lequel on pourra ront proposés à l’internaute. Vidéos, aisément naviguer entre les 4 cha-

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Cependant, au-delà de la forme narpitres. Des liens hypervidéos seront proposés tout le long de la lecture pour rative de notre webdoc, il sera égaaccéder aux épisodes histoires de vie lement possible pour l’internaute de retrouver l’ensemble des épisodes, où compléments historiques. indépendamment du parcours narratif, L’esthétique employée au fil de cette dans un espace qui lui permettra d’apnarration sera celle de la carte. Les profondir de manière plus théorique le histoires de vies seront découpés et sujet. disposés sur une carte afin de situer la Cet espace comprendra diverses runarration dans l’espace. Elle réfèrera directement aux différents mouvements briques : migratoires et permettra d’aborder le projet, les partenaires, une revue plus aisément des questions de géo- de presse, l’annuaire des associations, politique par l’animation de certaines un agenda, des ressources documencartes. Des données pourront être af- taires (bibliographie, filmographie, fichées grâce à une légende située en glossaire). bas à droite de l’écran. Ces informaAinsi, le but premier de ce web dotions reprendront les principales cartes produites par le réseau Migreurop sur cumentaire étant d’informer un large l’immigration.Le mode historique sera public sur l’ensemble des enjeux miprésenté sous une forme chronolo- gratoires, l’espace central est envisagé gique et divisé selon les grands évè- comme une bibliothèque ressource, qui permet une lecture « à la carte » du nements. sujet à travers divers points de vue

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7 Lampedusa, 2010; 3Manifestation à Rome, 2010 photos de Sara Prestianni


fonctionnalités du site

L’esthétique employée au fil de cette narration sera celle de la carte. Elle réfère directement aux différents mouvements migratoires et permet d’aborder plus aisément des questions de géopolitique. L’articulation des différents épisodes du web documentaire, se fera par des choix de trajectoires sur une carte géographique. Des légendes permettront à l’internaute de s’orienter et de localiser les différents épisodes.

retrouver l’ensemble des épisodes, indépendamment du parcours narratif initié avec les histoires de vie, dans un espace qui lui perAu fil de la narration, le déplacement mettra d’approfondir de manière plus géographique s’effectue dans cette théorique le sujet. carte sur un territoire toujours identifié. Après avoir vu la vidéo d’introduction, Cet espace comprendra diverses rul’internaute voit les points de départ briques : des itinéraires de chaque histoire de le projet, les partenaires, une revue vie ainsi que les zones frontières. de presse, l’annuaire des associations, un agenda, des ressources documenLors du clic sur une zone frontière, un taires (bibliographie, filmographie, zoom automatique s’effectue sur la ré- glossaire). gion concernée. L’épisode histoire de vie / frontière y est symbolisé et on est Ainsi, le but premier de ce web docuobligé de le lire pour passer au niveau mentaire étant de sensibiliser et d’insuivant. Des épisodes optionnels sont former un large public sur l’ensemble alors aussi représentés, soient sur la des enjeux de l’émigration et de l’imcarte si on peut les situer géographi- migration, l’espace central est envisaquement, sinon sur une bande grisée gé comme une bibliothèque ressource, située en bas de l’écran. permet une lecture « à la carte » du sujet à travers divers points de vue. Des La France sera le pays d’arrivée des données géopolitiques pourront être trois histoires. Des cartes de villes se- affichées grâce à une légende située ront alors utilisés pour situer les diffé- en bas à droite de l’écran. Ces inforrents épisodes tout comme sur la carte mations reprendront les principales régionale aux frontières. cartes produites par Migreurop sur l’immigration. Cependant, au-delà de la forme narrative de notre webdoc, il sera également possible pour l’internaute de

5 Algeciras, 2008, photo de Jeremy Cheong Chi Mo

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5 Le mode histoire de vie, on peut sélectionner le personnage que l’on souhaite suivre.

6 Après avoir sélectionné une histoire, les différents épisodes s’affichent sur la carte.

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5 La vidéo se lance.

6 Après avoir cliqué sur une zone frontière, les épisodes disponibles sont situés sur la carte.

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proposition editoriale

Par cette nouvelle forme de documentaire, le public n’est plus un simple observateur. Il peut désormais choisir quel parcours « de vie » suivre, et ainsi découvrir l’ensemble des rapports politiques, économiques et sociaux se référent à cet itinéraire. Entrecoupés par des d’entretiens effectués auprès d’acteurs du tissu associatif et de la recherche, par les récits de différents migrants, ces différents chemins seront racontés dans le synopsis ci après. Notre choix est de centrer la narration autour de l’enquête menée sur l’externalisation des politiques migratoires, la construction d’un ennemi et l’utopie d’un monde sans frontière. Les histoires de vie illustreront alors les difficultés concrètes engendrées par les politiques mises en place. Le ligne narrative historique rappellera quant à elle comment on en est arrivé là.

hension sur le phénomène migratoire. Pour ce faire, ce webdoc a pour ambition d’être à la fois un puzzle géographique et psychique des expériences des migrants; une reconstitution des difficultés éprouvées durant le voyage, des différents points des chercheurs et des organismes agissant dans le domaine de la migration; une enquête sur l’instrumentalisation politique du phénomène migratoire et le rapprochement des problématiques de l’immigration et du co développement.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’information est partout, tout le temps. Il devient complexe pour un simple citoyen de sélectionner les informations parmi l’ensemble proposé et de comprendre le fond du sujet à cause de son manque de vulgarisation et son détournement politique. Ce web-documentaire a donc l’ambition de pouvoir être compris de tous. S’il est expliqué de manière, non pas simpliste mais ouverte L’objectif global de ce web documen- et accessible à tous, c’est à dire en taire est de lutter contre la désinforma- explicitant le fondement de l’ensemble tion actuelle en matière d’immigration. des concepts. Ainsi, un glossaire sera Il veut proposer des clés de compré- intégré au webdoc.

4 Camp de rétention en Grèece, photo de Sara Prestianni

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3 Patras, grèce campement des subsahariens, photo de Sara Prestianni


LIGNE NArRATIVE ENQUETE

Avec la participation de: FRANCE : Claire Rodier (GISTI, Paris), Jerôme Valluy (Politologue, Paris), Sara Prestianni (Migreurop, Paris), Olivier Le Cour Grandmaison (Sociologue, Paris), Didier Bigo (Politologue, Paris), Pierrette Meynier (Cimade, Lyon), Olivier Clochard (Géographe, Migreurop, Bordeaux), Isabelle Saint Saens (Migreurop, Lyon), Catherine Withol De Wenden (Politologue, Paris), Jacky Fayolle (Economiste, Grenoble), Karine Fouteau (Journaliste, Paris), Daniel Schneidermann (Journaliste, Paris), Matthieu Rigouste (Sociologue, Paris), Didier Bigo (Politologue, Paris). ITALIE : Gabriele Del Grande (Journaliste, Turin), Fulvio Vassalo (Juriste, ARCI, Rome), Antonio Mazzeo (Journaliste, Messina), Franco Gabrieli (Chef de la protection civile, Rome), Claudio Grazziani (ARCI, Rome), Salvatore Pallidda (Sociologue, Genova), Barabara Molinario (UNHCR, Lampedusa), Pietro Milazzo (CGIL, Sicile). GRECE : Maria Delithanassi (Journaliste, Athènes), Yunous Muhammadi (Représentant de la communauté afghane, Athènes), Ambula (Migrant, Soudan), Ahmed Mohabia (Greek Forum Refugie, Athènes) CHYPRE : Stavros Tombazos (Sociologue). TURQUIE : Didem Danis (Sociologue, Istanbul), Guillaume Perrier (Journaliste, Istanbul)

Introduction : Lampedusa, une crise médiatique avant tout - 13’ Lampedusa, Avril 2011

italien. Cette arrivée va alors provoquer un profond désaccord entre les pays Depuis la chute du régime de Ben Ali européens sur la gestion des flux mifin janvier, on estime que 23 000 tuni- gratoire jusqu’à remettre en cause l’essiens ont pris la mer afin de rejoindre pace Schengen. Nous sommes au déles côtes italiennes et d’atteindre l’Eu- but du mois d’avril 2011, et il y a près rope. Ils profitaient du retrait tempo- de 6000 hommes, femmes et enfants raire par le gouvernement de transition qui viennent d’arriver sur nos côtes à tunisien, de l’accord bilatéral signé Lampedusa. L’Italie déclare la situaavec l’Italie concernant la surveillance tion de crise humanitaire et migratoire, des côtes maritimes et le rapatriement Franco Gabrielli est nommé chef de la des migrants interpellés sur le territoire protection civile.

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L’Italie veut alors utiliser la directive 55 / 2001 afin que le Conseil de l’Union Européenne considére l’arrivée des Tunisiens comme une urgence humanitaire, dans l’objectif de pouvoir accorder une protection temporaire de 3 mois aux migrants et l’accueil des populations par les différents pays membres. Mais le conseil européen du 12 avril n’est pas de cet avis et la France et l’Allemagne parviennent à convaincre leurs homologues de ne pas recourir à la directive. Ils justifient alors leur position pour les motifs suivants : ces migrants ne sont pas des réfugiés mais des migrants économiques, de plus l’Italie sera capable de gérer cet afflux elle même. En réaction, le ministre de l’intérieur italien, Roberto Maroni, déclare : «Je me demande si cela sert véritablement à quelque chose de continuer à faire partie de l’Union européenne, une institution qui se précipite pour sauver les banques et pour déclarer la guerre ; mais quant à exprimer concrètement la solidarité avec un pays en difficulté comme l’Italie, elle se débine. Franchement, mieux vaut être seul que mal accompagné». Et l’eurodéputé italien Fiorello Provera rajouta : «Nous sommes en première ligne d’une vague massive d’immigration, lors d’une

catastrophe humanitaire, il faut partager le fardeau». Malgré tout, l’Italie, sans l’accord du Conseil de l’Union Européenne, délivre un permis de séjour temporaire permettant aux migrants de circuler dans l’ensemble de l’espace Schengen. Dans un nouvel accord passé avec Tunis, l’Italie s’engage à remettre 10 navires et une centaine de jeep afin que la Tunisie reprenne la surveillance de ses côtes afin d’empêcher de nouveaux départs. Le 18 avril, en réaction à cette décision et sous prétexte de possible trouble à l’ordre public, la France suspend durant 6 heures les liaisons ferroviaire entre les deux pays. Dans une conférence commune entre les deux ministres de l’intérieur, Roberto Maroni et Claude Guéant, ce dernier annonce la légalité du permis de séjour délivré, ainsi « La France, agira dans le respect des règles de libre circulation, mais aussi dans le respect de l’article 5 du Traité qui prévoit la justification de documents d’identité en cours de validité et de ressources financières de la part des migrants ». Dans le cas, où les migrants ne répondent pas à ces conditions, ils seront expulsés vers l’Italie selon un accord signé en 1997. Cette réaction négative à la déli-

7 Arrivé de migrants à Lampedusa, 2010, photo de Sara Prestianni

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3 Athenes, en attente d’enregistrer une demande d’asile, 2009 photo, de Sara Prestianni


vrance du permis de séjour n’est pas l’unique à travers l’Europe. La Belgique ou encore l’Allemagne annoncent qu’ils emploieront les mêmes méthodes afin de bloquer le flux migratoire. L’Allemagne par son ministre de l’intérieur déclare alors : « Introduire de nouveaux contrôles n’est peut-être pas dans l’intérêt de l’Europe. Mais nous sommes prêts à le faire si nécessaire ». Tandis que Maria Fekter, son homologue autrichienne annonce : « Laisser entrer des gens qui ne peuvent se nourrir par leurs propres moyens, qui ne peuvent prouver qu’ils ont des ressources ne ferait que préparer le terrain à la criminalité, et en tant que ministre responsable de la sécurité je ne peux l’autoriser ».

un pays de plus 60 millions habitants peut se déclarer sous «le fardeau» d’un flux humanitaire, comparé à la solidarité exprimée par l’Etat tunisiens en transition qui accueille près de 150 000 personnes suite aux bombardements de l’OTAN en Libye, sans demander un seul dédommagement aux pays signataires du traité atlantique nord. Le 13 avril, le président du Comité économique et social européen déclare : «La plupart des États membres de l’UE et leurs citoyens traversent une période difficile en raison de la crise financière mondiale et des mesures d’austérité. Ces difficultés ne sauraient toutefois détourner notre attention de celles qui accablent nos voisins de la rive sud de la Méditerranée. Nous devons travailler plus étroitement avec ces pays afin de Cette situation désignée comme crise gérer les flux migratoires et de les aimigratoire et humanitaire laisse per- der à attaquer les causes mêmes des plexes nombres d’observateurs parmi migrations que sont la pauvreté, les les chercheurs et les associations. Ils ne conflits ou l’absence de mécanismes peuvent comprendre comment, l’Italie, de gouvernance démocratique».

Acte 1: L’externalisation des politiques migratoires -13’ du sud comme garde frontière ? Comment le président du conseil européen Alors que les pays européens procla- peut annoncer l’absence de gouverment depuis les années 80 une volonté nance démocratique dans les pays du d’harmonisation des politiques mi- sud, alors que l’embargo sur Kadhafi gratoires, la déclaration du 13 avril du fût levé afin de construire un gazéoprésident du conseil européen sem- duc vers l’Italie ? Pourquoi le président blait annoncer un échec de l’ensemble français Sarkozy l’accueillait avec joie des efforts politiques réalisés par l’Eu- à l’Elysée, pour ensuite lui déclarer la rope durant ces 30 dernières années. guerre quelques années plus tard ? La convention de Dublin II, la mise en Comment l’Europe peut expulser des place de l’Agence Frontex et la gestion migrants dans des pays, qui ne sont «concertée» des flux migratoires avec pas leurs pays d’origine et dont les diles pays du Sud sont les derniers ré- rigeants n’ont pas signé la convention sultats de cette démarche. Dès lors, il de Genève sur la protection des réfunous fallait enquêter sur ces 30 der- giés ? Pourquoi parle t on de gestion nières années : Pourquoi l’Europe a t concertée des flux migratoires, alors elle échoué dans la régulation des flux que la régulation des flux migratoires migratoires alors qu’elle a militarisé est une condition formelle de l’aide au ses frontières en se servant des pays développement ? Lyon, Septembre 2011

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Acte 2: Le Nouvel ordre sécuritaire - 13’ Paris, Décembre 2011 C’est plus d’un paradoxe qui réside dans la mise en place de ces politiques migratoires et au bout de 30 ans, elles n’ont pas abouti à un changement majeur. Les morts s’entassent aux frontières de l’Europe. Le journaliste Italien Gabriele Del Grande en dénombre à l’heure actuelle plus de 17 317 depuis 1988. Les Etats auraient-ils d’autres intérêts que celle de l’immigration choisi ? Sans aucun doute, les Etats européens se servent de la peur de l’envahissement migratoire afin de justifier d’un modèle sécuritaire.

Depuis la chute de l’URSS, l’ennemi a changé. Il ne se nomme plus communiste mais islamiste et terroriste, les migrants en seraient les principaux proliférateurs. Dès lors, les populations immigrées sont considérées comme porteurs d’une menace globale. Des colonies d’hier aux quartiers populaires d’aujourd’hui, le contrôle intérieur des états prend des dimensions médiatiques et économiques. Du contrôle des populations subversives en Algérie, l’Etat français a puisé les racines de l’esprit sécuritaire et identitaire qui l’habite aujourd’hui. La France, terre d’immigration depuis la fin du XIXème siècle, a structuré l’antiterrorisme sur la lutte antimigratoire. C’est le nouvel ordre sécuritaire.

Acte 3: La liberté de circulation, une utopie ? - 13’ Lyon , Mars 2011 Finalement, les frontières se militarisent et se déplacent toujours à l’extérieur de l’Europe. Des accords de réadmission sont signés avec une majorité des pays du Sud. On critique des gouvernements non démocratiques en oubliant les droits fondamentaux dont la liberté de circulation.

par l’assurance du respect des droits fondamentaux; le développement signifie aujourd’hui le démantèlement de l’Etat comme en témoigne les plans européens d’austérités.

Mais il existe tout de même un espace où l’on ose imaginer un monde sans frontière. Où les hommes seraient libres de circuler. Alors que l’Europe vieillit, elle est de plus en plus Tandis, que les Etats sont privatisés contrainte de faire appel à une main et vendus aux multinationales, des ar- oeuvre étrangère. Convaincu par l’inmements sont envoyés au Sud afin de vasion migratoire, elle n’ose tout de bloquer la liberté de voyager, de dé- même pas démentir que la liberté de couvrir, de rencontrer et finalement de circulation est bénéfique aux populapenser. L’aide conditionnelle au déve- tions, comme le démontre la création loppement démontre l’esprit néolibé- de l’espace Schengen. Malgré tout, les ral qui hante les développement des partis extrémistes gagnent électoralesociétés. Si en 1998 le prix de Nobel ment dans toute l’Europe et les Etats d’économie, Armatya Sen, prônait le continuent de diffuser une idéologie développement de la liberté par l’aug- sécuritaire. mentation des capacités de choix et

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LIGNE NARRATIVE HISTOIRE DE VIE

Présentation de trois itinéraires différents par la rencontre de migrants qui viennent de régions différentes (afrique de l’ouest, maghreb et moyen orient). lls nous expliquent leur volonté de circuler à travers le monde comme n’importe quel homme et ce qui les a poussé à partir. Aussi, le spectateur découvrira les difficultés rencontrées durant les différents voyages. Nous suivrons ces personnes de octobre à décembre 2011. Ces trois histoires de vie seront suivies tout au long du web documentaire. L’internaute pourra en voir une ou plusieurs.

5 Lampedusa, 2010 photo de Sara Prestianni

Acte 1 : À travers le récit des migrants, nous illustrerons les différents points de passage (maroc --> espagne / tunisie, libye --> italie / turquie --> Grèce) des flux migratoires en europe. Acte 2 : Les récits des migrants illustreront les difficultés rencontrées une fois en europe (logement, éducation, santé, travail, asile, autorisation de séjour).

5 Détroit de Gibraltar, vu par satellite.

5 Port de Tanger, 2008 photo de Erika Moleti

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Tannon :

mère qui vit en France depuis des années. Elle sait que l’unique façon de traverser, est de se cacher sous un des nombreux camions qui, attendent quotidiennement au port de Tanger avant de pouvoir embarquer vers l’Europe. Après avoir discuté avec ses parents, Tannon décide de faire le voyage. Avec l’argent nécessaire elle part vers Tanger. Prés du port, elle rencontre d’autres personnes qui comme elle, souhaitent traverser le détroit. Après plusieurs échecs, elle réussit à passer les contrôles à la douane et, après 48 heures de voyage, toujours cachée sous le camion, elle descend quelques dizaines de kilomètres après Algeciras. Arrivée dans la preTannon a 24 ans, elle vit à Marrakech mière grande ville d’Espagne, Sevilla, au Maroc depuis toujours et s’endort elle achète un billet de train pour Paris, chaque soir en pensant à sa vie dans Gare d’Austerlitz. un autre pays. Comme nous tous, elle Arrivée à Paris, elle est arrêtée direcsouhaite voyager et découvrir, d’autres paysages, d’autres manières de vivre. tement à la sortie du train et est placée Elle souhaite voir l’Europe, une terre en centre de rétention. Des passagers qu’elle a uniquement vu à la télévision contestent l’arrestation et sont mis en ou, dans les jours les plus beaux, de détention provisoire à leur tour. Ils seront jugés pour délit de rébellion et risl’autre coté du détroit de Gibraltar. quent alors jusqu’à deux mois de priElle souhaite rejoindre l’oncle de sa son et jusqu’à 7500 € d’amende.

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Adama ET Marie Claire :

grants, à Lampedusa. Directement arrêtés par la police, Adama et Marie Claire sont enfermés dans le centre de rétention. Ils savent qu’ils ne doivent pas dévoiler leurs origines pour éviter d’être expulsés, mais heureusement pour eux le centre est bondé et ils sont déplacés en Sicile, au centre de rétention et d’expulsion de Trapani.

Adama et Marie Claire sont un couple nigérien d’une cinquantaine d’années. Ils ont fui leur pays, lorsque Adama, membre d’un parti d’opposition et travailleur social pour l’UNICEF, critiqua, dans un dossier présenté au gouvernement, le manque de réforme sociale dans son pays et la mauvaise gouvernance des dirigeants. Sans pouvoir prendre leurs enfants avec eux, ils rencontrent un passeur pour quitter le Niger. Equipés d’un bidon d’eau et de quelques billets, ils quittent Agadez en direction de Dirkou pour passer en Libye.

Ne pouvant identifier l’origine et la nationalité d’Adama et Marie Claire, les autorités italiennes relâchent le couple. Ils prennent le train pour Milan où ils rencontrent des migrants nigériens qui leur conseillent de ne pas rester en Italie, mais d’essayer de partir vers la France. Ils arrivent à Marseille, où ils rencontrent Wadon, une amie qui vivait dans le même quartier qu’eux à Agadez et qui les aide dans un premier temps. Ils vivent avec elle durant quelques mois dans un squat. Désormais, un nouveau chapitre de leur long parcours débute pour obtenir la protection internationale. Fin 2007, ils demandent l’asile à la préfecture de Marseille. Ils ont désormais le statut de réfugiés politiques mais la seule chose qui les préoccupe est de retrouver leur famille. Après une année de recherche, ils retrouvent leurs enfants dans un camp de rétention. Ils n’attendent plus qu’une chose, se retrouver ensemble.

Après des jours de voyage et de nombreuses difficultés dues à la mer agitée, le couple arrive, avec 250 mi-

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Khairullah :

vers la Grèce et souhaite passer par la frontière de l’Hèbre.

Khairullah a 16 ans et vie à Kaboul avec sa mère et ses deux frères. Suite à la mort de son père, tué par des miliciens talibans pour avoir refusé de les suivre dans les combats, il part avec sa mère et ses frères vers l’Iran où il commence à travailler au noir pour gagner sa vie. En 2008, suite à la décision du gouvernement iranien de renvoyer les afghans dans leur pays, Khairullah fuit vers la Turquie. Arrivé à la frontière turque, il rencontre une famille afghane avec laquelle il arrive jusqu’à Istanbul. Il y reste pendant six mois en mendiant sur la route et en travaillant au noir avec les touristes à Sultanamet. Après avoir gagné quelques sous, il se dirige

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Durant l’été 2009, il arrive sur l’ile grèque de Lèsbos où il est enfermé pendant un mois dans le centre de rétention jusqu’à ce qu’il reçoive le papier d’expulsion l’obligeant à quitter la Grèce. Avec d’autres afghans, il quitte alors le centre pour arriver à Patras, où il attend dans un camp improvisé de trouver un moyen pour continuer son voyage. Il se cache finalement dans un camion avec deux autres migrants pour arriver à Ancone, en Italie, où ils sont arrêtés par la police. Durant le transport vers la préfecture, il s’échappe et se cache dans un train qui le ramène à Turin. Immédiatement, il saute dans un nouveau train pour arriver à Lyon. Il arrive enfin en France, mais il doit maintenant faire face à des nouveaux problèmes : il a besoin de se renseigner pour faire sa demande d’asile, mais ne parlant que pashtun et un peu d’arabe, il lui est difficile d’accéder aux informations nécessaires. Exténué, il commence à baisser les bras jusqu’à la rencontre de Patricia, militante à la Cimade. Elle l’aidera à obtenir une protection jeune majeur jusqu’à sa majorité. Sa régularisation lui est refusée par deux fois et le jour de ses 18 ans, il reçoit une obligation de quitter le territoire.


Lancement & diffusion

Ce web-documentaire a pour intention de rassembler les différents acteurs travaillants sur la compréhension de la réalité des migrants. Il s’impose donc, de fait, de travailler en étroite collaboration avec nos partenaires (associations & chercheurs). Notre webdocumentaire a pour vocation de rassembler autour de lui la population. De ce désir découle l’importance d’une large diffusion.

un large public est déjà mobilisé par la production du webdoc. Le montage devrait être finalisé pour février 2012. Nous serons alors au coeur de la période pré électorale dans laquelle le sujet de l’immigration sera débattu comme à chaque élection présidentielle. C’est donc ce contexte là, qui apportera sans doute des interrogations à la population française. Le web documentaire sera alors une des possibilités de réponse en portant la parole des associations et des chercheurs partenaires. Des pourparlers sont entamés avec Libération, France Inter, Dailymotion et l’Humanité afin de mettre en place des plans de diffusion.

De fait dès avril 2011, avant même le tournage du web-documentaire, un site internet sera mis en place, afin de créer un premier espace de rassemblement sur le thème de l’immigration. Si nos moyens nous le permettent, nous ferons vivre cet espace dès le début du tournage et durant les déplacements A partir du mois de septembre 2011 effectuées en postant régulièrement nous travaillons aussi sur un plan de des documents de différents supports. diffusion en Italie Un making off sera réalisé pour partager cette aventure avec le public. Le rassemblement des différents acteurs militants dans le domaine de l’immigration nous donne accès à un large réseau sur lequel nous pourrons diffuser sans possibilité.  Le réseau Migreurop rassemble à lui seul plus de trente organisations internationales. La Fasti regroupe plus de soixante associations de solidarité avec les travailleurs sans papier. Le réseau Terra associe plus de 180 chercheurs internationaux. Sans évoquer les membres de la Ligue des Droits de l’Homme et de la Cimade,

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De l'autre coté - Dossier de présentation